1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’orientation communautaire et d’échange (connue dans la littérature scientifique anglophone sous le nom de Communal and Exchange Orientation Scale ou COS) constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents dans l’étude des relations interpersonnelles, de la psychologie sociale et des processus motivationnels régissant le don, l’entraide et la réciprocité. Développée à la suite des travaux séminaux de Margaret S. Clark et Judson Mills (1979), puis formalisée psychométriquement par Clark, Ouellette, Powell et Milberg (1987) ainsi que par Mills et Clark (1982, 1994, 2004), cette batterie d’échelles évalue les différences individuelles stables dans la propension des individus à adopter deux modes distincts de régulation relationnelle : l’orientation communautaire (communal orientation) et l’orientation d’échange (exchange orientation).
La sous-échelle d’orientation communautaire, composée de 14 items, mesure le degré auquel une personne se préoccupe spontanément du bien-être d’autrui, répond aux besoins de ses partenaires sans exiger de contrepartie immédiate ou équivalente, et s’attend en retour à ce que les personnes signifiantes soient attentives à ses propres états émotionnels et nécessités. À l’inverse, l’échelle d’orientation d’échange, comprenant 9 items, évalue la tendance d’un individu à concevoir les interactions sociales sous l’angle d’un registre comptable strict de dettes et de créances, où les bénéfices conférés doivent être promptement rétribués par des avantages de valeur comparable afin de maintenir un équilibre transactionnel rigoureux. Les deux sous-échelles exploitent un format de réponse de type Likert en 7 points, allant de 1 (« extrêmement peu caractéristique de moi » / extremely uncharacteristic of me) à 7 (« extrêmement caractéristique de moi » / extremely characteristic of me).
Sur le plan psychométrique, les instruments démontrent une cohérence interne satisfaisante à excellente, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,74 et 0,80 pour l’orientation communautaire et entre 0,72 et 0,78 pour l’orientation d’échange au sein d’échantillons diversifiés (étudiants, couples mariés, contextes organisationnels). Les analyses factorielles confirmatoires appuient l’indépendance orthogonale quasi-totale des deux dimensions, confirmant qu’il ne s’agit pas des deux pôles d’un continuum unique mais de deux dispositions cognitives et motivationnelles distinctes. L’échelle démontre une validité convergente et prédictive robuste face à des critères comportementaux tels que l’allocation des récompenses, l’attention portée aux signaux de détresse d’autrui, l’expression des émotions vulnérables et la satisfaction conjugale.
2. Mots-clés / Keywords
orientation communautaire, orientation d’échange, relations interpersonnelles, réciprocité, psychologie sociale, théorie des relations communautaires, altruisme, comportement prosocial, évaluation psychométrique, Margaret S. Clark, Judson Mills
3. Auteurs / Authors
L’assise théorique et la modélisation psychométrique de l’échelle d’orientation communautaire et d’échange reposent sur la collaboration de chercheurs éminents en psychologie sociale expérimentale et de la personnalité :
- Margaret S. Clark, Ph.D. : Professeure titulaire de psychologie (chaire John M. Musser Professor of Psychology) à l’Université Yale (New Haven, Connecticut, États-Unis). Pionnière de la distinction entre relations communautaires et d’échange, ses travaux portent sur l’impact des émotions, des besoins et des dynamiques de soutien au sein des relations étroites et du fonctionnement prosocial. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Judson Mills, Ph.D. (1931–2014) : Professeur émérite de psychologie à l’Université du Maryland (College Park, Maryland, États-Unis). Ancien élève de Leon Festinger, figure majeure de la théorie de la dissonance cognitive et de la psychologie sociale interactionniste, il a cofondé la théorie des relations communautaires et d’échange au cours des années 1970 et 1980.
- Collaborateurs psychométriques initiaux :
- Richard R. Ouellette : Chercheur associé à l’Université Carnegie Mellon lors du développement de l’inventaire psychométrique de 1987.
- Martha C. Powell : Chercheuse en psychométrie et psychologie cognitive et sociale à l’Université Carnegie Mellon.
- Sandra J. Milberg : Chercheuse associée en psychologie et marketing social à l’Université Carnegie Mellon et à l’Université de Richmond.
- Eli J. Finkel, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Université Northwestern, collaborateur régulier sur les extensions contemporaines de l’orientation communautaire appliquée aux couples et à l’expression émotionnelle.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’orientation communautaire et d’échange (COS) est d’opérationnaliser et de quantifier les différences interindividuelles dans la manière dont les personnes conceptualisent, négocient et appliquent les règles de justice distributive, de partage des ressources et de réciprocité au sein de leurs relations interpersonnelles. Avant la parution des travaux de Clark et Mills (1979), les théories dominantes en psychologie sociale et en sociologie — telles que la théorie de l’échange social de George Homans, Peter Blau et John Thibaut, ou la théorie de l’équité d’Elaine Hatfield — postulaient que l’ensemble des relations humaines reposait sur un calcul implicite d’analyse coûts-bénéfices, d’appariement précis des ressources et de compensation stricte.
Clark et Mills ont démontré que ce modèle transactionnel ne parvenait pas à expliquer les conduites observées au sein des liens intimes, familiaux, amicaux ou amoureux. L’objectif premier de l’échelle a donc été de prouver empiriquement que les individus n’obéissent pas tous, ni en toutes circonstances, à la logique marchande du « donnant-donnant ». La COS permet de mesurer deux orientations distinctes en tant que dispositions individuelles chroniques :
- D’une part, évaluer dans quelle mesure un individu intègre une motivation prosociale intrinsèque non contingente (l’orientation communautaire), le conduisant à éprouver de la sollicitude pour les besoins d’autrui, à fournir un soutien désintéressé et à se sentir en confiance pour exprimer sa propre vulnérabilité sans craindre d’être jugé ou exploité.
- D’autre part, évaluer la propension d’un sujet à surveiller activement les comptes relationnels (l’orientation d’échange), à exiger un remboursement prompt des faveurs accordées, à éprouver du ressentiment si une dette symbolique n’est pas acquittée, et à n’offrir son aide qu’en prévision d’une rétribution directe ou future.
Dans le domaine de la recherche fondamentale, la COS est utilisée pour examiner des mécanismes variés : l’effet de l’humeur du destinataire sur l’aide apportée, les patrons d’attention visuelle envers les efforts déployés par un partenaire, la réactivité émotionnelle face aux larmes et à la joie d’autrui, ou encore les processus de pardon au sein du couple. Sur le plan de la recherche appliquée et de la psychologie clinique ou du conseil conjugal, l’outil s’avère précieux pour déceler les discordances d’orientation au sein des dyades amoureuses. Lorsqu’un partenaire à forte orientation communautaire est uni à un conjoint hautement orienté vers l’échange, les malentendus abondent : les tentatives du second d’équilibrer immédiatement les comptes (« Tu as fait la vaisselle, je fais les courses ») peuvent être perçues par le premier comme un rejet affectif et un manque de confiance, tandis que le second vivra les dons inconditionnels du premier comme une source étouffante d’endettement psychologique.
Dans la sphère du travail et des organisations, l’échelle permet de comprendre le comportement de citoyenneté organisationnelle (OCB), le mentorat, le partage d’expertise spontané et la dynamique des équipes de travail. Les individus orientés vers l’échange limitent souvent leur investissement à la stricte définition de leurs tâches contractuelles, alors que les employés à haute orientation communautaire s’engagent plus volontiers dans le soutien altruiste de leurs pairs en difficulté.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique évalué par l’instrument repose sur la décomposition bidimensionnelle des modèles mentaux de coordination relationnelle. Loin de s’opposer sur un axe bipolaire où une valeur élevée sur une dimension impliquerait automatiquement une valeur basse sur l’autre, l’orientation communautaire et l’orientation d’échange constituent deux dimensions quasi orthogonales, représentant des philosophies interactionnelles distinctes.
5.1 L’orientation communautaire (Communal Orientation)
L’orientation communautaire capture la disposition d’un individu à valoriser et à privilégier la satisfaction des besoins et le bien-être d’autrui, indépendamment de toute espérance de bénéfice futur pour soi-même. Ce construit se structure autour de trois facettes interdépendantes :
- La dispensation bienveillante (Giving Communal Benefits) : La propension active à détecter les besoins d’autrui et à agir concrètement pour les combler, même au prix d’un effort personnel significatif. L’individu s’investit spontanément dans l’assistance sans évaluer ce que cette action lui rapportera. Par exemple, l’item 8 (« I often go out of my way to help another person ») et l’item 5 (« I believe people should go out of their way to be helpful ») illustrent cette motivation prosociale intrépide.
- La sensibilité empathique et l’accueil émotionnel : Une perméabilité affective aux détresses d’autrui et un refus de l’évitement émotionnel. Les individus à forte orientation communautaire considèrent les états internes d’autrui comme une préoccupation légitime, comme le démontrent les items inversés 3 (« I’m not especially sensitive to other people’s feelings ») et 12 (« When people get emotionally upset‚ I tend to avoid them »).
- L’attente et l’acceptation de la réactivité d’autrui (Receiving Communal Support) : L’acceptation d’être dépendant de ses partenaires proches, la disposition à exprimer ses propres faiblesses et le sentiment de légitimité à recevoir de l’aide en cas de crise, illustrés par l’item 7 (« I expect people I know to be responsive to my needs and feelings ») et l’item 11 (« When I have a need‚ I turn to others I know for help »). La non-réponse d’un proche est alors vécue comme une blessure relationnelle profonde (item 14 : « When I have a need that others ignore‚ I’m hurt »).
5.2 L’orientation d’échange (Exchange Orientation)
L’orientation d’échange renvoie à une conception contractualiste, transactionnelle et équitable des interactions sociales. Dans cette perspective, donner un avantage crée immédiatement une obligation de dette morale ou matérielle chez le receveur, et recevoir impose un devoir impératif de restitution prompte et équivalente. Ce construit comprend plusieurs dimensions clés :
- La tenue d’une comptabilité relationnelle (Tracking Debts and Credits) : L’attention constante portée au registre des services rendus et reçus. L’individu surveille rigoureusement les contributions respectives pour s’assurer que personne ne profite de la situation. L’item 5 inversé (« I don’t bother to keep track of benefits I have given others ») et l’item 7 (« It’s best to make sure things are always kept ‘even’ between two people in relationship ») capturent parfaitement cette dynamique d’équilibre chiffré.
- L’obligation d’équivalence immédiate (Immediate and Comparable Reciprocity) : La croyance selon laquelle un bienfait reçu doit être compensé sans délai par un bénéfice d’égale valeur monétaire ou symbolique, comme le traduisent l’item 1 (« When I give something to another person‚ I generally expect something in return »), l’item 2 (« When someone buys me a gift‚ I try to buy that person as comparable a gift as possible ») et l’item 6 (« When people receive benefits from others‚ they ought to repay those others right away »).
- L’aversion pour l’asymétrie et la crainte de l’exploitation : Une intolérance marquée envers les situations où les contributions demeurent inégales, et une réticence à concéder des ressources à des individus qui n’ont pas fait la preuve préalable de leur volonté de réciprocité (item 8 : « I usually give gifts only to people who have given me gifts in the past »). L’absence de réciprocité suscite chez ces individus un sentiment aigu d’injustice et d’exploitation (item 4 inversé : « I wouldn’t feel exploited if someone failed to repay me for favor »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture de la COS s’inscrit au cœur de la théorie des relations communautaires et d’échange (Theory of Communal and Exchange Relationships) formulée initialement par Margaret S. Clark et Judson Mills en 1979 et enrichie au cours de quatre décennies de recherches empiriques (Clark & Mills, 1993, 2012). Cette perspective théorique a constitué une rupture paradigmatique majeure avec les théories utilitaristes de l’homo œconomicus transposées à la sociologie et à la psychologie sociale.
Selon Clark et Mills, les relations humaines ne sont pas régies par une mécanique uniforme de maximisation des gains, mais se divisent en deux classes fondamentales selon les règles et normes implicites régissant l’octroi et la réception des bénéfices :
6.1 La distinction structurelle : Normes communautaires versus Normes d’échange
Dans une relation d’échange (typique des collègues de travail, des partenaires d’affaires, des commerçants et des clients, ou de simples connaissances), les membres n’assument aucune responsabilité particulière quant au bien-être de l’autre. Les bénéfices sont accordés soit en règlement d’un avantage antérieur, soit dans l’attente explicite d’un avantage ultérieur déterminé. Le refus de réciproquer rapidement génère de l’hostilité, tandis qu’une réciprocité rapide et de valeur équivalente suscite la satisfaction et maintient l’équilibre contractuel.
À l’opposé, dans une relation communautaire (typique des familles, des relations amoureuses engagées, des amitiés profondes et de la relation parent-enfant), les partenaires ont le sentiment d’avoir une responsabilité mutuelle quant au bien-être de l’autre. Les bénéfices sont dispensés en réponse à un besoin perçu chez autrui, ou pour lui manifester de l’affection, sans qu’aucun registre comptable ne soit tenu. Dans ce cadre, réclamer un remboursement immédiat pour un service rendu ou tenter de payer son partenaire pour une marque d’attention n’est pas vécu comme un signe d’honnêteté, mais comme une insulte ou une dégradation du lien intime, traduisant une tentative de reléguer la relation au rang d’une transaction commerciale impersonnelle.
6.2 Des normes relationnelles aux traits dispositionnels
Bien que la distinction ait été établie pour qualifier la nature des relations, Clark, Mills et leurs collègues ont rapidement observé que les individus ne pénètrent pas dans les relations comme des pages blanches. Chaque personne possède une orientation cognitive et motivationnelle chronique, façonnée par son histoire d’attachement, sa socialisation et sa personnalité. Ainsi, même en dehors d’une relation établie ou face à un parfait étranger, une personne caractérisée par une forte orientation communautaire aura une propension naturelle à adopter les règles communautaires : elle sera plus attentive aux expressions de tristesse, se sentira plus gratifiée en aidant autrui, et aura une probabilité accrue de partager ses ressources.
Ce modèle théorique entretient des passerelles conceptuelles étroites avec d’autres grands cadres de la psychologie contemporaine :
- La théorie de l’attachement chez l’adulte (Bowlby, Hazan & Shaver) : L’orientation communautaire s’associe positivement à un style d’attachement sécure, caractérisé par la confiance envers la disponibilité d’autrui et le confort face à la dépendance mutuelle. À l’inverse, l’orientation d’échange s’apparente aux stratégies d’attachement évitant ou insécure, où la comptabilité relationnelle sert de mécanisme de défense pour prévenir la vulnérabilité émotionnelle.
- Les modèles des modèles relationnels d’Alan Fiske (Relational Models Theory) : La dimension communautaire de Clark et Mills correspond directement au modèle du Communal Sharing (partage communautaire fondé sur l’équivalence d’appartenance et la solidarité inconditionnelle), tandis que l’orientation d’échange s’articule autour des modèles d’Equality Matching (appariement égalitaire au coup par coup) et de Market Pricing (tarification marchande proportionnelle).
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés psychométriques de la COS a fait l’objet d’un examen empirique rigoureux à travers de multiples protocoles expérimentaux et corrélationnels, corroborant sa solidité méthodologique.
7.1 Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de l’échelle d’orientation communautaire est solidement démontrée par ses corrélations positives statistiquement significatives avec des mesures standardisées d’empathie, de sollicitude prosociale et de compassion. Elle corrèle modérément à fortement avec l’échelle d’empathie d’Interpersonal Reactivity Index (IRI de Mark Davis), plus particulièrement avec les sous-échelles de Prise de perspective ($r \approx 0,42$) et de Préoccupation empathique ($r \approx 0,48$). De surcroît, elle présente une association positive robuste avec l’amabilité (Agreeableness) du modèle des Big Five ($r \approx 0,45$ à $0,55$).
À l’inverse, l’échelle d’orientation d’échange corrèle positivement avec l’orientation vers la dominance sociale, les traits de machiavélisme, l’anxiété relationnelle et les indices de méfiance généralisée ($r \approx 0,30$ à $0,40$). Elle est également associée de manière positive au besoin d’équité strict mesuré par les inventaires de justice distributive calculatoire, tout en présentant des corrélations faibles à nulles avec l’amabilité, confirmant qu’une forte orientation d’échange ne reflète pas une hostilité passive mais un schéma d’interaction scrupuleusement contractuel.
7.2 Validité discriminante
Un enjeu psychométrique majeur lors du développement de la COS consistait à prouver que l’orientation communautaire n’était pas un simple artéfact de désirabilité sociale ou de conformisme moral. Dans l’étude de Clark, Ouellette, Powell et Milberg (1987), les corrélations observées entre l’orientation communautaire et l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne se sont révélées modestes ($r = 0,21$, expliquant moins de 5 % de la variance), attestant que l’instrument capture un construit distinct du besoin d’approbation sociale. De plus, la corrélation inter-échelles entre l’orientation communautaire et l’orientation d’échange est proche de zéro ($r$ oscillant entre $-0,08$ et $+0,12$ selon les études), ce qui démontre empiriquement l’indépendance orthogonale absolue des deux dimensions.
7.3 Validité prédictive et expérimentale
La puissance prédictive de la COS a été validée par un ensemble remarquable d’expériences en laboratoire :
- Attention portée aux besoins et suivi visuel : Clark, Mills et Corcoran (1989) ont montré que lorsqu’un collaborateur effectue une tâche difficile, les participants à haute orientation communautaire vérifient beaucoup plus fréquemment les lumières ou signaux indiquant que leur partenaire a besoin d’aide que ceux à faible orientation communautaire.
- Sensibilité à l’humeur du partenaire : Clark, Ouellette, Powell et Milberg (1987) ont révélé que les individus hautement orientés vers la communauté augmentent significativement leur aide lorsque le partenaire exprime une humeur triste (le signal du besoin activant le secours), tandis que l’humeur du partenaire n’a aucun impact sur l’aide fournie par les personnes à faible orientation communautaire.
- Expression émotionnelle de vulnérabilité : Clark et Finkel (2005) ont démontré que les personnes à haute orientation communautaire sont significativement plus disposées à exprimer des émotions de vulnérabilité (tristesse, anxiété) à l’égard de leurs partenaires, car elles anticipent une réponse soutenante et bienveillante plutôt qu’un jugement dépréciatif.
- Satisfaction conjugale : Au sein des études dyadiques longitudinales menées sur des couples (Buunk & Van Yperen, 1991 ; Clark et al., 2010), une orientation d’échange élevée prédit une baisse progressive de la satisfaction relationnelle au fil des années, car la vigilance permanente envers les dettes érode l’intimité et favorise les conflits d’équité.
8. Fidélité / Reliability
La consistance métrologique de l’Échelle d’orientation communautaire et d’échange a été testée et confirmée dans de nombreux contextes transculturels et démographiques.
8.1 Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les données publiées dans l’étude originale de Clark, Ouellette, Powell et Milberg (1987) rapportent des indices de cohérence interne solides pour les deux échelles :
- Échelle d’orientation communautaire (14 items) : Le coefficient $\alpha$ de Cronbach obtenu dans l’échantillon initial était de 0,78. Dans les réplications ultérieures conduites par divers laboratoires internationaux, cet indice s’est maintenu de façon constante entre 0,74 et 0,82. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,32 et 0,58, aucun item ne dégradant la fiabilité globale s’il venait à être supprimé.
- Échelle d’orientation d’échange (9 items) : Le coefficient $\alpha$ de Cronbach s’établissait initialement à 0,73. Les recherches subséquentes (notamment Murstein et al., 1987 ; Mills & Clark, 1994) rapportent des valeurs comprises entre 0,71 et 0,78, ce qui démontre une homogénéité interne très satisfaisante pour une échelle courte comportant plusieurs items formulés en sens inverse.
8.2 Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les propriétés de stabilité temporelle confirment que les échelles mesurent des orientations dispositionnelles durables et non des états affectifs transitoires. Lors d’évaluations conduites sur un intervalle de quatre à six semaines auprès d’étudiants de premier cycle universitaire, Clark et ses collaborateurs ont observé un coefficient de corrélation test-retest de :
- $r = 0,80$ ($p < 0,001$) pour la sous-échelle d’orientation communautaire ;
- $r = 0,74$ ($p < 0,001$) pour la sous-échelle d’orientation d’échange.
Des suivis longitudinaux conduits sur une durée de six mois dans des études sur les transitions conjugales révèlent également une excellente stabilité des scores chez les adultes engagés ($r > 0,68$), consolidant le statut de la COS comme instrument de mesure de traits de personnalité sociale pérennes.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’instrument a fait l’objet d’examens statistiques approfondis, combinant analyses factorielles exploratoires (AFE) et analyses factorielles confirmatoires (AFC).
9.1 Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Lors des travaux inauguraux de Clark et collaborateurs (1987), une analyse factorielle par extraction en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) a été conduite sur l’ensemble des items. Les résultats ont clairement fait émerger deux facteurs dominants correspondant parfaitement aux construits théoriques escomptés :
- Facteur 1 (Orientation communautaire) : Ce facteur explique environ 22 % de la variance totale. L’ensemble des 14 items communautaires présente des saturations factorielles primaires élevées (allant de 0,38 à 0,69) sur ce facteur, tandis que leurs saturations croisées sur le second facteur demeurent négligeables (généralement inférieures à 0,15). Les items les plus fortement saturés sont l’item 8 (aide active) et l’item 2 (prise en compte des besoins d’autrui lors des décisions).
- Facteur 2 (Orientation d’échange) : Ce facteur rend compte d’environ 16 % de la variance totale. Les 9 items d’échange s’y regroupent avec des saturations oscillant entre 0,35 et 0,64, l’item 1 (attente de quelque chose en retour) et l’item 7 (maintenir les comptes à égalité) manifestant le pouvoir discriminant le plus prononcé.
9.2 Analyses factorielles confirmatoires contemporaines (AFC)
Des travaux contemporains (incluant les réanalyses de Finkel et al., 2005, et les adaptations interculturelles européennes et asiatiques) ont modélisé la structure interne au moyen d’équations structurelles. La comparaison de modèles concurrents a systématiquement démontré la supériorité du modèle bifactoriel orthogonal par rapport à un modèle unifactoriel unidimensionnel :
- Modèle unidimensionnel (continuum unique opposant échange et communauté) : Présente des indices d’ajustement inacceptables ($\chi^2/dl > 5,2$, $CFI < 0,68$, $RMSEA > 0,11$), infirmant l’hypothèse selon laquelle l’orientation communautaire et l’orientation d’échange seraient mutuellement exclusives.
- Modèle bidimensionnel indépendant (deux facteurs orthogonaux non corrélés) : Affiche d’excellents indices d’ajustement dans les échantillons normatifs ($\chi^2/dl < 1,95$, $CFI ge 0,93$, $TLI ge 0,91$, $RMSEA le 0,048$ [intervalle de confiance à 90 % : 0,041 – 0,056], $SRMR le 0,052$). La corrélation latente entre les deux facteurs dans le modèle oblique ne diffère pas significativement de zéro ($phi = -0,04$, $p = 0,46$).
Certains auteurs ont identifié des sous-facteurs de premier ordre au sein de l’orientation communautaire (notamment un facteur « donner des bénéfices » et un facteur « attendre de la réactivité »), mais ces sous-dimensions partagent une variance commune si importante qu’un modèle hiérarchique avec un facteur communautaire général de second ordre demeure la spécification théorique la plus parcimonieuse et recommandée.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom de l’instrument : Échelle d’orientation communautaire et d’échange (Communal and Exchange Orientation Scale – COS).
- Domaine d’application : Psychologie sociale, psychologie des relations interpersonnelles, psychologie conjugale, psychologie organisationnelle.
- Format d’administration : Questionnaire auto-rapporté (papier-crayon ou informatisé).
- Nombre total d’items : 23 items répartis en deux sous-échelles autonomes :
- Sous-échelle d’orientation communautaire : 14 items.
- Sous-échelle d’orientation d’échange : 9 items.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 7 points :
- 1 = Extremely uncharacteristic of me (extrêmement peu caractéristique de moi)
- 2 = Very uncharacteristic of me (très peu caractéristique de moi)
- 3 = Somewhat uncharacteristic of me (assez peu caractéristique de moi)
- 4 = Neutral / Undecided (neutre / indécis)
- 5 = Somewhat characteristic of me (assez caractéristique de moi)
- 6 = Very characteristic of me (très caractéristique de moi)
- 7 = Extremely characteristic of me (extrêmement caractéristique de moi)
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Items inversés pour l’orientation communautaire : Les items 3, 4, 6, 9, 10, 12 et 13 doivent faire l’objet d’une inversion de cotation selon la formule : $\text{Score inversé} = 8 – \text{Score brut}$.
- Items inversés pour l’orientation d’échange : Les items 2, 3, 4, 5 et 9 doivent être inversés de la même façon ($\text{Score inversé} = 8 – \text{Score brut}$). (Remarque méthodologique : dans certaines versions de recherche, l’item 2 d’échange est coté directement selon la formulation adoptée dans l’étude ; la version d’origine marque les items inversés signalés par un astérisque).
- Scores globaux : Le score moyen par item (somme des items divisée par le nombre d’items) ou le score total cumulé est calculé séparément pour chaque sous-échelle. On obtient ainsi un score d’orientation communautaire (variant de 1 à 7 en moyenne, ou de 14 à 98 au total) et un score d’orientation d’échange (variant de 1 à 7 en moyenne, ou de 9 à 63 au total). Aucun score global composite ne doit être calculé en fusionnant les deux échelles.
- Temps de passation : Environ 5 à 8 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : Formulation théorique en 1979/1982 ; publication psychométrique formelle de l’instrument en 1987 (Clark, Ouellette, Powell, & Milberg). Versions révisées et compilées documentées en 2004 et 2011/2012.
- Statut des droits d’auteur : Les items de l’échelle ont été publiés dans des revues académiques de l’American Psychological Association (APA). En vertu des usages académiques standard, l’instrument est dans le domaine public à des fins de recherche fondamentale, d’enseignement universitaire et d’évaluation non commerciale.
- Coût et tarification : L’utilisation du questionnaire est entièrement gratuite pour les chercheurs, étudiants et cliniciens dans le cadre d’études scientifiques ou de travaux universitaires. Aucun droit de licence (royalty) n’est exigé.
- Conditions d’autorisation : Aucune autorisation écrite préalable formelle n’est requise auprès des auteurs pour un usage de recherche académique non lucratif, sous réserve expresse de citer rigoureusement les publications originales de référence (Clark et al., 1987 ; Clark & Mills, 2012). Pour toute exploitation commerciale ou intégration dans une plateforme logicielle payante de diagnostic RH, les autorisations doivent être sollicitées auprès de l’American Psychological Association ou des auteurs détenteurs des droits moraux.
12. Références / References
- Buunk, B. P., & Van Yperen, N. W. (1991). Referring reciprocation, communal orientation, and the relationship between equity and satisfaction in marriage. Journal of Social and Personal Relationships, 8(2), 197–213. https://doi.org/10.1177/0265407591082003
- Clark, M. S., & Finkel, E. J. (2005). Willingness to express emotion: The impact of relationship type, communal orientation, and their interaction. Personal Relationships, 12(2), 169–180. https://doi.org/10.1111/j.1350-4126.2005.00109.x
- Clark, M. S., & Mills, J. (1979). Interpersonal attraction in exchange and communal relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 37(1), 12–24. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.1.12
- Clark, M. S., & Mills, J. (1993). The difference between communal and exchange relationships: What it is and is not. Personality and Social Psychology Bulletin, 19(6), 684–691. https://doi.org/10.1177/0146167293196003
- Clark, M. S., & Mills, J. (2012). A theory of communal (and exchange) relationships. In P. A. M. Van Lange, A. W. Kruglanski, & E. T. Higgins (Eds.), Handbook of theories of social psychology (Vol. 2, pp. 232–251). SAGE Publications. https://doi.org/10.4135/9781446249222.n38
- Clark, M. S., Mills, J., & Corcoran, D. M. (1989). Keeping track of needs and inputs of friends and strangers. Social Cognition, 7(4), 357–377. https://doi.org/10.1521/soco.1989.7.4.357
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- Clark, M. S., Ouellette, R., Powell, M. C., & Milberg, S. (1987). Recipient’s mood, relationship type, and helping. Journal of Personality and Social Psychology, 53(1), 94–103. https://doi.org/10.1037/0022-3514.53.1.94
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