1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’obsessions-compulsions de Yale-Brown pour enfants — Deuxième Édition (Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale – Second Edition, CYBOCS-2 ou CY-BOCS-II) représente l’instrument d’évaluation de référence internationale (gold standard) pour quantifier la sévérité clinique des symptômes du trouble obsessionnel-compulsif (TOC) chez les enfants et adolescents âgés de 8 à 17 ans. Développée à l’origine par Wayne K. Goodman, Lawrence Scahill et leurs collaborateurs, puis révisée sous la direction d’Eric A. Storch et collègues, cette échelle semi-structurée hétéro-administrée par un clinicien permet de dépasser les biais inhérents aux auto-questionnaires pédiatriques. Le protocole complet associe une liste exhaustive de vérification des symptômes (Symptom Checklist évaluant plus de 60 obsessions et compulsions passées et présentes au cours des 30 derniers jours) à une échelle de sévérité principale en 10 items cotés de 0 à 5.
L’architecture de l’échelle de sévérité se structure en deux dimensions cardinales : les Obsessions (items 1 à 5, mesurant le temps consacré, l’intervalle sans obsessions, la résistance exercée, le contrôle perçu et la détresse associée) et les Compulsions (items 6 à 10, évaluant le temps dévolu aux rituels, l’intervalle sans compulsions, la résistance, le contrôle et la détresse générée en cas d’interruption du rituel). Le score global de sévérité s’échelonne de 0 à 50. Les études psychométriques démontrent une excellente consistance interne (alpha de Cronbach de 0,86 pour l’échelle d’obsessions, 0,89 pour l’échelle de compulsions, et supérieur à 0,90 pour le score total), une fidélité inter-juges quasi parfaite (coefficients de corrélation intraclasse dépassant 0,90) et une sensibilité remarquable aux variations thérapeutiques induites tant par les thérapies cognitivo-comportementales avec exposition et prévention de la réponse (TCC-EPR) que par les traitements pharmacologiques par inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS).
2. Mots-clés / Keywords
Trouble obsessionnel-compulsif, TOC pédiatrique, CYBOCS-2, Yale-Brown, psychométrie, évaluation clinique, entretien semi-structuré, obsessions, compulsions, échelle de sévérité, fidélité inter-juges, sensibilité au changement, pédopsychiatrie.
3. Auteurs / Authors
L’adaptation et la révision pédiatrique de la CY-BOCS résultent de décennies de travaux collaboratifs menés par des pédopsychiatres et psychologues cliniciens de renommée internationale :
- Wayne K. Goodman, M.D. — Professeur et directeur du Département de psychiatrie et des sciences comportementales au Baylor College of Medicine (Houston, Texas, États-Unis). Concepteur originel de la Y-BOCS adulte et co-concepteur de la version pédiatrique. Contact : [email protected].
- Lawrence Scahill, Ph.D., MSN — Professeur au Département de pédiatrie de la Emory University School of Medicine et directeur de recherche en essais cliniques au Marcus Autism Center (Atlanta, Géorgie, États-Unis). Auteur principal de la validation psychométrique princeps de la CY-BOCS (1997).
- Mark A. Riddle, M.D. — Professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Johns Hopkins University School of Medicine (Baltimore, Maryland, États-Unis).
- Eric A. Storch, Ph.D. — Professeur et vice-président de la recherche au Baylor College of Medicine (Houston, Texas, États-Unis) ; anciennement affilié à l’Université de Floride. Investigateur principal de la révision méthodologique ayant abouti à la CY-BOCS-II et à la Y-BOCS-II. Contact : [email protected].
- Steven A. Rasmussen, M.D. — Professeur et directeur du Département de psychiatrie et de comportement humain à la Brown University Alpert Medical School (Providence, Rhode Island, États-Unis).
- Lawrence H. Price, M.D. — Professeur de psychiatrie et de comportement humain à la Brown University (Providence, Rhode Island, États-Unis).
- Tanya K. Murphy, M.D., M.S. — Professeure titulaire et directrice de division au Département de pédiatrie de l’University of South Florida (Tampa, Floride, États-Unis).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale (CYBOCS-2) est d’isoler et d’évaluer avec précision la sévérité intrinsèque de la symptomatologie obsessionnelle-compulsive indépendamment du nombre, du thème et de la typologie spécifique des obsessions ou des rituels manifestés. Dans les tableaux cliniques pédiatriques, le contenu thématique des symptômes (p. ex., contamination, symétrie, scrupulosité morale, pensées intrusives agressives, rituels de vérification, d’ordre ou de répétition) présente une instabilité développementale notoire : les thématiques migrent fréquemment au gré de l’âge sans que la gravité pathologique sous-jacente ne varie. La CYBOCS-2 a été méticuleusement conçue pour surmonter cet écueil en distinguant formellement l’inventaire phénotypique qualitatif (Symptom Checklist) de l’évaluation dimensionnelle quantitative de la charge morbide (Severity Scale).
Dans la pratique clinique courante, l’outil remplit une triple mission diagnostique, pronostique et décisionnelle :
- Aide à la clarification diagnostique et au ciblage thérapeutique : L’administration conjointe clinicien-enfant-parents met en lumière des rituels dissimulés, des obsessions silencieuses ou des comportements d’évitement complexes que l’enfant ne verbalise pas spontanément en raison de la honte ou de la peur de la réprobation.
- Surveillance de l’évolution longitudinale : L’utilisation répétée de l’échelle permet de dresser une courbe d’évolution clinique précise et d’objectiver l’atténuation symptomatique au fil des séances de psychothérapie ou lors de l’adaptation posologique des psychotropes.
- Évaluation des seuils d’efficacité : La littérature clinique s’appuie sur la CYBOCS pour définir les critères consensuels de réponse au traitement (typiquement une réduction de 25 % à 35 % du score total) et de rémission clinique (usuellement fixée à un score total ≤ 12 ou ≤ 14 selon les cohortes).
Dans le domaine de la recherche translationnelle et clinique, la CYBOCS-2 sert de critère de jugement principal (primary outcome measure) pour les essais contrôlés randomisés évaluant l’efficacité des interventions psychothérapeutiques basées sur des preuves — telles que la thérapie d’exposition avec prévention de la réponse selon le protocole de l’American Academy of Child and Adolescent Psychiatry (AACAP) — et des essais pharmacologiques multivariés (comme les études de référence du consortium POTS — Pediatric OCD Treatment Study). Sa standardisation assure une parfaite comparabilité inter-études et limite les effets de variance instrumentale.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par la CYBOCS-2 repose sur le modèle bidimensionnel du TOC pédiatrique délimité par le DSM-5 et la CIM-11. Ce modèle postule que la gravité globale du trouble résulte de l’interaction dynamique entre deux axes sémiologiques distincts mais interconnectés : le pôle idéatif/cognitif anxiogène (les Obsessions) et le pôle comportemental/moteur réducteur de tension (les Compulsions).
Sous-échelle des Obsessions (Items 1 à 5)
Cette sous-échelle quantifie l’impact psychologique des pensées, impulsions ou images récurrentes, persistantes et intrusives, ressenties comme inopportunes et dérangeantes :
- Temps consacré aux obsessions (Item 1) : Évalue la durée cumulative quotidienne passée sous l’emprise des pensées intrusives. Chez l’enfant, cela peut aller de quelques pensées fugaces (moins d’une heure par jour) à une invasion cognitive quasi ininterrompue monopolisant plus de huit heures quotidiennes.
- Intervalle libre d’obsessions (Item 2) : Introduit spécifiquement dans la révision pour capturer la fragmentation temporelle de la pathologie. Il mesure la plus longue période d’éveil consécutive durant laquelle l’enfant n’est soumis à aucune intrusion idéative.
- Résistance face aux obsessions (Item 3) : Quantifie l’effort conscient déployé par l’enfant pour défier, repousser ou ignorer l’obsession. Contrairement à la version 1 où un score élevé traduisait un symptôme sévère (l’absence d’effort pouvant refléter une soumission totale), la formulation de la version 2 affine l’interprétation clinique en pondérant l’effort actif versus l’épuisement passif.
- Contrôle exercé sur les obsessions (Item 4) : Explore la capacité perçue de l’enfant à interrompre le flux obsessionnel ou à détourner son attention volontaire vers d’autres activités ludiques ou académiques.
- Détresse associée aux obsessions (Item 5) : Évalue l’intensité de l’anxiété subjective, de la peur, du dégoût ou de la souffrance émotionnelle générée par l’irruption de la pensée intrusive.
Sous-échelle des Compulsions (Items 6 à 10)
Cette sous-échelle examine les comportements répétitifs (p. ex., se laver les mains, vérifier les portes, ranger de manière symétrique) ou les actes mentaux ritualisés (p. ex., compter, réciter des formules conjuratoires dans sa tête) que l’enfant se sent poussé à accomplir en réponse à une obsession ou selon des règles rigides :
- Temps consacré aux compulsions (Item 6) : Mesure la chronophagie des rituels moteurs et mentaux. Par exemple, un enfant présentant des rituels de toilette peut consacrer plusieurs heures par jour à des lavages itératifs ritualisés.
- Intervalle libre de compulsions (Item 7) : Détermine la plus longue plage de temps pendant laquelle l’enfant est totalement affranchi de l’impulsion à ritualiser.
- Résistance face aux compulsions (Item 8) : Mesure la volonté et les tentatives actives de l’enfant d’inhiber le comportement compulsif lorsqu’il en ressent la pulsion.
- Contrôle exercé sur les compulsions (Item 9) : Évalue le degré de maîtrise motrice ou attentionnelle : l’enfant peut-il stopper volontairement un rituel en cours ou retarder son exécution sans céder immédiatement ?
- Détresse en cas d’interruption des compulsions (Item 10) : Capture le niveau d’anxiété paroxystique, d’agitation motrice ou d’effondrement émotionnel qui survient lorsqu’un tiers (parents, enseignants) ou une circonstance externe bloque la finalisation du rituel.
Dans la perspective développementale propre à la CYBOCS-2, le clinicien intègre systématiquement le phénomène d’hébergement familial (family accommodation) : les parents modifient fréquemment l’organisation du foyer (répondre aux questions répétitives, acheter des stocks disproportionnés de savon, effectuer eux-mêmes des vérifications pour rassurer l’enfant). Ce comportement d’accommodation peut artificiellement masquer la détresse immédiate de l’enfant ou réduire le temps apparent des rituels de l’enfant tout en augmentant la sévérité systémique du trouble.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de la CYBOCS-2 s’ancre à la convergence des modèles cognitivo-comportementaux, neurobiologiques et développementaux du trouble obsessionnel-compulsif.
Le modèle cognitivo-comportemental classique
L’architecture de l’échelle fait directement écho au modèle bifactoriel de Mowrer, enrichi par les théorisations cognitives de Paul Salkovskis et Jack Rachman. Selon ce cadre théorique :
- L’obsession prend naissance à partir d’une intrusion cognitive normale, mais se pérennise dès lors que le sujet lui attribue une signification dysfonctionnelle catastrophique (responsabilité excessive, fusion pensée-action, intolérance à l’incertitude).
- L’anxiété massive et la détresse émotionnelle résultantes incitent le sujet à adopter des stratégies d’évitement ou des rituels de neutralisation.
- La compulsion produit un soulagement immédiat de l’anxiété par renforcement négatif, ce qui bloque le processus naturel d’habituation et conforte l’évaluation cognitive erronée, enfermant l’enfant dans un cercle vicieux pathologique.
La CYBOCS-2 capte ces deux pôles du modèle en évaluant séparément l’intensité de la détresse cognitive déclenchante (items 1 à 5) et les mécanismes de maintien comportementaux de renforcement négatif (items 6 à 10).
Le substrat neurobiologique et neurodéveloppemental
Sur le plan neuroscientifique, le TOC pédiatrique est caractérisé par un dysfonctionnement des boucles cortico-striato-thalamo-corticales (CSTC), impliquant une hyperactivité du cortex orbitofrontal, du cortex cingulaire antérieur et du noyau caudé. Ces anomalies neurofonctionnelles altèrent les processus exécutifs de haut niveau, en particulier l’inhibition comportementale et la flexibilité cognitive. Dans la CYBOCS-2, les items explorant la « résistance » et le « contrôle » constituent des reflets cliniques directs de ces déficits neuro-exécutifs : l’incapacité à freiner un rituel traduit une défaillance de la régulation descendante (top-down inhibitory control) médiée par le striatum et les régions préfrontales.
La dimension développementale et relationnelle
Contrairement aux adultes, les enfants présentent un niveau de métacognition et d’insight très hétérogène. L’enfant plus jeune peut ne pas percevoir le caractère irrationnel de ses rituels (considérant ses peurs comme réalistes). C’est pourquoi la version 2 de la CYBOCS a choisi de disjoindre l’évaluation de l’insight du score de sévérité de base (où il introduisait des incohérences de variance factorielle) pour en faire un item périphérique indépendant. De surcroît, le cadre théorique intègre la théorie de l’attachement et des dynamiques familiales (Lebowitz & Storch) pour modéliser le rôle modulateur de l’entourage dans le maintien des conduites rituelles.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la CYBOCS-2 a fait l’objet de validations empiriques rigoureuses, démontrant des indices de validité exceptionnels conformes aux standards de l’American Psychological Association (APA).
Validité de construit et validité factorielle
Les études de modélisation en équations structurelles valident la structure bidimensionnelle de l’échelle. Les analyses factorielles confirmatoires mettent en évidence un ajustement satisfaisant pour un modèle à deux facteurs corrélés (Obsessions et Compulsions), avec des indices d’adéquation tels que le CFI (Comparative Fit Index) > 0,92, le TLI (Tucker-Lewis Index) > 0,90 et un RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) < 0,06. Toutes les saturations factorielles standardisées des items sur leurs facteurs respectifs sont hautement significatives et supérieures à 0,60.
Validité convergente
La validité convergente de la CYBOCS-2 est établie par des corrélations positives robustes et statistiquement significatives avec d’autres mesures de sévérité psychopathologique :
- Corrélations élevées (r = 0,70 à 0,85) avec l’échelle d’impression clinique globale de sévérité (Clinical Global Impression – Severity, CGI-S) appliquée au TOC.
- Corrélations modérées à fortes (r = 0,55 à 0,72) avec les sous-échelles d’anxiété globale et d’évitement de la Multidimensional Anxiety Scale for Children (MASC).
- Corrélations modérées (r = 0,40 à 0,55) avec l’inventaire de dépression pédiatrique (Children’s Depression Inventory, CDI), reflétant la comorbidité dépressive fréquente sans confusion conceptuelle.
Validité discriminante
L’instrument démontre une excellente capacité à discriminer le trouble obsessionnel-compulsif des autres troubles neurodéveloppementaux et psychiatriques de l’enfant :
- Faibles corrélations (r < 0,25) avec les échelles mesurant les symptômes d’hyperactivité et de déficit de l’attention (TDAH, échelles Conners).
- Différenciation claire entre les compulsions véritables et les tics moteurs ou vocaux simples (évalués par la Yale Global Tic Severity Scale, YGTSS), bien que les rituels de type « just right » (symétrie/toucher) observés dans les formes de TOC avec tics associés soient adéquatement captés par la Symptom Checklist.
Validité prédictive et sensibilité au changement
La CYBOCS-2 présente une sensibilité au changement clinique supérieure à celle des auto-questionnaires. Dans les essais cliniques pharmacologiques et psychothérapeutiques, la taille d’effet (Cohen’s d) mesurée par la CYBOCS post-traitement se situe couramment entre 1,10 et 1,50. Une baisse de plus de 30 % du score total sur la CYBOCS-2 corrèle de manière quasi univoque avec le statut de « répondeur au traitement » établi par des cliniciens indépendants sur l’échelle CGI-I (Clinical Global Impression – Improvement).
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de la CYBOCS-2 ont été documentées dans des cohortes cliniques diversifiées d’enfants et d’adolescents présentant un diagnostic formel de TOC :
Consistance interne
Les coefficients de cohérence interne de l’échelle de sévérité atteignent des valeurs psychométriques remarquables :
- Score total de sévérité : alpha de Cronbach (α) compris entre 0,89 et 0,92 selon les échantillons d’étude ; coefficient oméga de McDonald (ω) atteignant 0,91.
- Sous-échelle Obsessions (Items 1 à 5) : alpha de Cronbach α = 0,86.
- Sous-échelle Compulsions (Items 6 à 10) : alpha de Cronbach α = 0,89.
Ces indices démontrent une grande homogénéité des items à l’intérieur de chaque pôle fonctionnel sans redondance sémantique excessive.
Fidélité inter-juges
L’administration de la CYBOCS-2 reposant sur un jugement clinique éclairé, la concordance entre évaluateurs indépendants a été soumise à des analyses rigoureuses lors d’entretiens conjoints ou de réévaluations enregistrées par vidéo :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total de sévérité varie entre 0,91 et 0,97.
- Pour la sous-échelle d’obsessions, le CCI oscille entre 0,88 et 0,94.
- Pour la sous-échelle de compulsions, le CCI oscille entre 0,89 et 0,96.
Ces données confirment que les ancrages descriptifs révisés de la version 2 réduisent considérablement la subjectivité de l’évaluateur.
Fidélité test-retest
Chez des patients stables en liste d’attente évalués à un intervalle de 1 à 3 semaines, le coefficient de fidélité test-retest (Pearson r) se maintient entre 0,84 et 0,90. L’erreur standard de mesure (SEM) est faible, garantissant que les variations de scores observées en cours de thérapie reflètent une réelle évolution clinique plutôt qu’un bruit de mesure aléatoire.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la CYBOCS et de sa révision a fait l’objet de débats méthodologiques substantiels ayant conduit aux raffinements structurels de la CYBOCS-2.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Les premières études factorielles conduites sur la version princeps (Scahill et al., 1997 ; Storch et al., 2005) ont révélé que les items de « résistance » (item 3 pour les obsessions et item 8 pour les compulsions) présentaient parfois des saturations factorielles croisées ou des saturations paradoxalement faibles (< 0,40) sur leurs facteurs théoriques. En effet, un patient pédiatrique très sévère, totalement submergé par son trouble, cesse parfois de résister par sentiment d’impuissance acquise, tandis qu’un patient en voie de rétablissement peut augmenter temporairement ses efforts de résistance active sous l’effet des consignes d’exposition.
Lors de la création de la CY-BOCS-II, la reformulation des descripteurs d’ancrage des items de résistance et l’incorporation systématique des items d’« intervalle libre » (items 2 et 7) ont permis de stabiliser la structure factorielle. Les AFE conduites avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) dégagent nettement une structure à deux facteurs principaux expliquant plus de 62 % de la variance totale :
- Facteur 1 (Sévérité des Obsessions) : regroupe les items 1, 2, 3, 4 et 5 avec des saturations factorielles comprises entre 0,64 et 0,84.
- Facteur 2 (Sévérité des Compulsions) : regroupe les items 6, 7, 8, 9 et 10 avec des saturations factorielles comprises entre 0,68 et 0,87.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les analyses confirmatoires ont testé plusieurs modèles concurrents :
- Modèle unifactoriel global : postulant un facteur unique de sévérité du TOC. Ce modèle présente des indices d’adéquation médiocres (RMSEA > 0,11, CFI < 0,80), indiquant l’impossibilité de fusionner obsessions et rituels sous un trait unidimensionnel simple.
- Modèle bifactoriel orthogonal : postulant deux facteurs complètement indépendants. Ce modèle est rejeté en raison de la corrélation clinique et statistique substantielle entre obsessions et compulsions (r inter-facteurs généralement compris entre 0,55 et 0,68).
- Modèle bifactoriel oblique (deux facteurs corrélés) : ce modèle offre la meilleure adéquation empirique globale (CFI = 0,948 ; TLI = 0,932 ; RMSEA = 0,054, IC à 90 % [0,039, 0,069]).
Ces données confirment l’élégance psychométrique de la séparation en deux sous-échelles de 5 items chacune, totalisant 25 points par domaine.
10. Instrument de mesure / Instrument
La CYBOCS-2 est une échelle d’évaluation clinique administrée sous forme d’entretien semi-structuré associant l’enfant et ses parents ou tuteurs légaux. Le protocole s’articule comme suit :
- Nom du test : Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale – Second Edition (CYBOCS-2).
- Format d’administration : Entretien semi-structuré dirigé par un clinicien formé (pédopsychiatre, psychologue ou chercheur clinicien).
- Population cible : Enfants et adolescents âgés de 8 à 17 ans. Pour les enfants de moins de 8 ans, des adaptations spécifiques pour l’âge préscolaire (telles que la CY-BOCS adaptée aux jeunes enfants) sont recommandées.
- Durée de passation : Environ 45 à 60 minutes pour la première passation (incluant la Symptom Checklist complète) ; 20 à 30 minutes pour les passations de suivi axées uniquement sur l’échelle de sévérité.
- Structure générale :
- Phase préparatoire : Établissement de la liste des symptômes (Symptom Checklist) identifiant les obsessions et compulsions prédominantes passées et au cours des 30 derniers jours.
- Phase d’évaluation de la sévérité : 10 items quantitatifs interrogeant les symptômes cibles identifiés.
- Nombre d’items de sévérité : 10 items (5 pour les obsessions, 5 pour les compulsions).
- Échelle de réponse : Échelle de cotation clinique en 6 points cotée de 0 à 5, où des ancrages descriptifs rigoureux correspondent aux niveaux : Aucun (0), Léger (1), Modéré (2), Sévère (3), Très sévère (4) et Extrême (5).
- Modalités de calcul et de cotation (Scoring) :
- Sous-total Obsessions (Items 1 à 5) : Somme brute allant de 0 à 25.
- Sous-total Compulsions (Items 6 à 10) : Somme brute allant de 0 à 25.
- Score total de sévérité CYBOCS-2 : Somme des 10 items, s’échelonnant de 0 à 50.
- Interprétation des scores seuils (Gradation de sévérité clinique) :
- 0 à 7 : Sous-clinique / Rémission complète.
- 8 à 15 : Sévérité légère (symptômes présents mais impact fonctionnel discret).
- 16 à 23 : Sévérité modérée (altération notable de la vie scolaire, familiale ou sociale).
- 24 à 31 : Sévérité sévère (souffrance psychologique majeure, retentissement invalidant).
- 32 à 50 : Sévérité extrême (incapacité fonctionnelle quasi totale, rituels omniprésents).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 1989 (version adulte princeps par Goodman et al.) ; 1997 (première validation pédiatrique formelle par Scahill, Riddle et al.).
- Année de révision (CYBOCS-2) : 2004 (développement de la révision), validée et publiée formellement en 2010 (Storch, Goodman et al.).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : La CYBOCS-2 est un instrument du domaine public universitaire, accessible sans frais pour la recherche académique et la pratique clinique de routine.
- Tarification : Aucun coût d’achat unitaire ni redevance par passation (gratuit pour usage clinique non commercial).
- Conditions d’utilisation en recherche clinique : Pour toute utilisation dans le cadre d’essais cliniques sponsorisés ou de projets de recherche institutionnels, les investigateurs doivent contacter formellement les auteurs détenteurs des droits moraux (via le Baylor College of Medicine ou l’Université de Floride) afin d’obtenir l’autorisation écrite et de s’assurer de l’utilisation de la version standardisée la plus récente.
12. Références / References
- Goodman, W. K., Price, L. H., Rasmussen, S. A., Mazure, C., Fleischmann, R. L., Hill, C. L., Heninger, G. R., & Charney, D. S. (1989). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: I. Development, use, and reliability. Archives of General Psychiatry, 46(11), 1006–1011. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1989.01810110048007
- Goodman, W. K., Price, L. H., Rasmussen, S. A., Mazure, C., Delgado, P., Heninger, G. R., & Charney, D. S. (1989). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: II. Validity. Archives of General Psychiatry, 46(11), 1012–1016. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1989.01810110054008
- Pediatric OCD Treatment Study (POTS) Team. (2004). Cognitive-behavior therapy, sertraline, and their combination for children and adolescents with obsessive-compulsive disorder: The Pediatric OCD Treatment Study (POTS) randomized controlled trial. JAMA, 292(16), 1969–1976. https://doi.org/10.1001/jama.292.16.1969
- Scahill, L., Riddle, M. A., McSwiggin-Hardin, M., Ort, S. I., King, R. A., Goodman, W. K., Cicchetti, D., & Leckman, J. F. (1997). Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: Reliability and validity. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 36(6), 844–852. https://doi.org/10.1097/00004583-199706000-00023
- Storch, E. A., Murphy, T. K., Geffken, G. R., Soto, O., Sajid, M., Allen, P., Roberti, J. W., Killiany, E. M., & Goodman, W. K. (2005). Psychometric evaluation of the Children’s Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale. Psychiatry Research, 132(3), 253–260. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2004.06.009
- Storch, E. A., Rasmussen, S. A., Price, L. H., Larson, M. J., Murphy, T. K., & Goodman, W. K. (2010). Development and psychometric evaluation of the Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale—Second Edition. Psychological Assessment, 22(2), 223–232. https://doi.org/10.1037/a0018492
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Scoring Guide: Items 1 to 5 assess obsessions (Obsessions Subtotal: 0-25). Items 6 to 10 assess compulsions (Compulsions Subtotal: 0-25). Total CY-BOCS-II Severity Score ranges from 0 to 50, calculated by summing all 10 items.
Part I: Obsessions Severity Scale (Items 1 to 5)
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Time Spent on Obsessions
Question: How much time do you spend having thoughts, images, or urges that keep coming back even when you don’t want them to?[0] None
[1] Mild (Less than 1 hr/day or occasional intrusive thoughts)
[2] Moderate (1 to 3 hrs/day or frequent intrusive thoughts)
[3] Severe (Greater than 3 and up to 8 hrs/day or very frequent intrusive thoughts)
[4] Very Severe (Greater than 8 hrs/day or near-constant intrusive thoughts)
[5] Extreme (Constant, unyielding obsessions; incapacitating) -
Obsession-Free Interval
Question: On average, what is the longest amount of time during waking hours when you are free from these thoughts, images, or urges?[0] None (No obsessions present)
[1] Mild (Long obsession-free intervals; free for more than 8 consecutive hours)
[2] Moderate (Free for 4 to 8 consecutive hours)
[3] Severe (Free for 1 to 3 consecutive hours)
[4] Very Severe (Free for less than 1 hour)
[5] Extreme (Zero consecutive minutes obsession-free; constant presence) -
Resistance to Obsessions
Question: How much effort do you make to push these unwanted thoughts, images, or urges away or to ignore them?[0] Always tries to resist, or symptoms so minimal does not need to resist
[1] Tries to resist most of the time
[2] Makes some effort to resist
[3] Yields to all obsessions without attempting to control them, but does so with reluctance
[4] Completely and willingly yields to all obsessions
[5] Complete incapacity to resist; entirely overwhelmed -
Control over Obsessions
Question: How much control do you have over these unwanted thoughts, images, or urges? Can you stop them or turn your attention away?[0] Complete control
[1] Much control (Usually able to stop or divert attention with some effort)
[2] Moderate control (Sometimes able to stop or divert attention)
[3] Little control (Rarely successful in stopping thoughts, diverts attention only with great difficulty)
[4] Very little control (Rarely able to delay intrusive thoughts even briefly)
[5] No control (Completely involuntary, cannot dismiss thoughts at all) -
Distress Associated with Obsessions
Question: How much upset, anxiety, or emotional pain do these thoughts, images, or urges cause you?[0] None
[1] Mild (Infrequent anxiety/distress, not disturbing)
[2] Moderate (Frequent anxiety/distress, manageable)
[3] Severe (Very frequent and distressing anxiety/upset)
[4] Very Severe (Near constant, disabling anxiety/distress)
[5] Extreme (Continuous, incapacitating distress, completely overwhelmed)
Part II: Compulsions Severity Scale (Items 6 to 10)
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Time Spent on Compulsions
Question: How much time do you spend performing actions, rituals, or mental routines to make things feel right or to keep bad things from happening?[0] None
[1] Mild (Less than 1 hr/day spent performing compulsions)
[2] Moderate (1 to 3 hrs/day spent performing compulsions)
[3] Severe (Greater than 3 and up to 8 hrs/day performing compulsions)
[4] Very Severe (Greater than 8 hrs/day performing compulsions)
[5] Extreme (Constant, unyielding compulsions; incapacitating) -
Compulsion-Free Interval
Question: On average, what is the longest amount of time during waking hours when you are completely free from performing or feeling driven to perform these behaviors or rituals?[0] None (No compulsions present)
[1] Mild (Long compulsion-free intervals; free for more than 8 consecutive hours)
[2] Moderate (Free for 4 to 8 consecutive hours)
[3] Severe (Free for 1 to 3 consecutive hours)
[4] Very Severe (Free for less than 1 hour)
[5] Extreme (Zero consecutive minutes compulsion-free; constant urge or performance) -
Resistance to Compulsions
Question: How much effort do you make to stop yourself from doing these behaviors, rituals, or mental routines?[0] Always tries to resist, or symptoms so minimal does not need to resist
[1] Tries to resist most of the time
[2] Makes some effort to resist
[3] Yields to all compulsions without attempting to control them, but does so with reluctance
[4] Completely and willingly yields to all compulsions
[5] Complete incapacity to resist; entirely overwhelmed -
Control over Compulsions
Question: How much control do you have over performing the behaviors or rituals? Can you stop yourself from doing them when you try?[0] Complete control
[1] Much control (Experiences pressure to perform ritual, but usually able to stop or delay it)
[2] Moderate control (Can delay or stop compulsions only with significant difficulty)
[3] Little control (Rarely able to stop or delay compulsions; must complete ritual)
[4] Very little control (Rarely able to delay compulsions even briefly)
[5] No control (Completely involuntary, cannot dismiss or resist rituals at all) -
Distress if Compulsions are Prevented
Question: How anxious, upset, or distressed would you get if someone or something stopped you from doing these behaviors or rituals?[0] None
[1] Mild (Slight anxiety or irritation if rituals are interrupted)
[2] Moderate (Moderate, manageable anxiety or distress if rituals are prevented)
[3] Severe (Prominent and very distressing increase in anxiety or anger)
[4] Very Severe (Extreme anxiety, panic, or intense distress if prevented)
[5] Extreme (Incapacitating distress or severe behavioral outbursts if interrupted)