Échelle obsessionnelle-compulsive de Yale-Brown (Y-BOCS)

Découvrez l’Échelle obsessionnelle-compulsive de Yale-Brown (Y-BOCS), l’étalon-or pour l’évaluation de la sévérité du trouble obsessionnel-compulsif (TOC) : structure des 10 items, cadre théorique, validité clinique et cotation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle obsessionnelle-compulsive de Yale-Brown (en anglais, Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale ou Y-BOCS) constitue l’étalon-or international (gold standard) pour l’évaluation clinique et psychométrique de la sévérité des symptômes du trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Développée à la fin des années 1980 par Wayne K. Goodman et ses collaborateurs, la Y-BOCS a été spécifiquement conçue pour pallier les limites des instruments d’auto-évaluation antérieurs, lesquels confondaient fréquemment le contenu idiosyncrasique des obsessions ou des compulsions avec l’intensité globale du trouble. L’échelle clinique principale se compose de 10 items fondamentaux administrés dans le cadre d’un entretien semi-structuré conduit par un clinicien qualifié. Ces items se subdivisent en deux sous-échelles symétriques de cinq items chacune : la sous-échelle des obsessions (items 1 à 5) et la sous-échelle des compulsions (items 6 à 10).

Chaque item explore une dimension spécifique de la psychopathologie obsessionnelle-compulsive sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points, cotée de 0 (« Aucun / Aucun symptôme ») à 4 (« Extrême / Incapacitant »). Les paramètres évalués incluent le temps consacré aux symptômes, l’interférence fonctionnelle dans les activités quotidiennes, professionnelles ou sociales, la détresse subjective ou l’anxiété associée, le niveau d’effort de résistance déployé par le patient, et le degré de contrôle perçu sur les pensées obsessionnelles ou les actes compulsifs. Le score global de sévérité oscille entre 0 et 40, permettant une stratification clinique allant d’une symptomatologie subclinique ou légère à une forme extrême et invalidante du trouble. Sur le plan psychométrique, la Y-BOCS présente une consistance interne robuste (coefficients alpha de Cronbach se situant généralement entre 0,87 et 0,91), une excellente fidélité inter-juges (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,95) et une sensibilité remarquable aux changements thérapeutiques induits par les pharmacothérapies sérotoninergiques ou les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) fondées sur l’exposition avec prévention de la réponse (EPR).

2. Mots-clés / Keywords

Trouble obsessionnel-compulsif, Y-BOCS, psychométrie, évaluation clinique, sévérité symptomatique, obsessions, compulsions, entretien semi-structuré, fidélité inter-juges, validité de construit, sensibilité au changement, thérapie cognitivo-comportementale.

3. Auteurs / Authors

L’échelle Y-BOCS a été élaborée conjointement par des psychiatres et chercheurs de l’Université Yale (Yale University School of Medicine, New Haven, Connecticut) et de l’Université Brown (Brown University, Providence, Rhode Island), sous la direction principale du Dr Wayne K. Goodman. Les auteurs fondamentaux incluent :

  • Wayne K. Goodman, M.D. — Professeur émérite et titulaire de la chaire de psychiatrie D.C. et Irene Ellwood au Baylor College of Medicine (Houston, Texas) ; anciennement rattaché au département de psychiatrie de la Yale University School of Medicine. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Lawrence H. Price, M.D. — Professeur de psychiatrie et de comportement humain à la Warren Alpert Medical School of Brown University, directeur de la recherche au Butler Hospital (Providence, Rhode Island).
  • Steven A. Rasmussen, M.D. — Professeur et directeur du département de psychiatrie et de comportement humain à la Brown University (Providence, Rhode Island).
  • Chawki Mazure, Ph.D. — Professeure en psychiatrie et santé des femmes, Yale School of Medicine (New Haven, Connecticut).
  • Ronald L. Delgado, M.D. — Chercheur associé au département de psychiatrie, Yale University School of Medicine.
  • George R. Heninger, M.D. — Professeur émérite de psychiatrie, Yale University School of Medicine.
  • Dennis S. Charney, M.D. — Doyen de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai (New York) ; anciennement professeur à Yale University.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale (Y-BOCS) est de mesurer avec rigueur, fidélité et sensibilité la sévérité globale des manifestations obsessionnelles et compulsives chez des individus répondant déjà aux critères diagnostiques du trouble obsessionnel-compulsif, conformément aux classifications diagnostiques internationales telles que le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et la CIM (Classification internationale des maladies de l’OMS). Un principe méthodologique cardinal de la Y-BOCS est qu’elle n’a pas été développée comme un outil de dépistage ou de diagnostic catégoriel binaire (présence versus absence de la pathologie). Elle s’adresse aux populations cliniques chez lesquelles le diagnostic de TOC a été préalablement établi au moyen d’un entretien clinique approfondi ou d’entrevues structurées telles que la SCID (Structured Clinical Interview for DSM).

La justification théorique et méthodologique de la création de la Y-BOCS résidait dans l’absence d’outils sensibles aux variations thérapeutiques au milieu des années 1980. Les échelles existantes, telles que le Maudsley Obsessional-Compulsive Inventory (MOCI) ou l’inventaire de Leyton, reposaient sur des formats d’auto-évaluation énumérant des types spécifiques de comportements (lavage de mains, vérifications, rituels d’ordre). Par conséquent, si un patient présentait des obsessions purement idéatives, des compulsions de rumination mentale ou des thématiques atypiques (par exemple des scrupules religieux ou des obsessions agressives sans rituels moteurs visibles), les instruments conventionnels sous-estimaient radicalement la sévérité du tableau clinique. De plus, la guérison ou l’atténuation d’un rituel particulier masquait parfois l’émergence d’un rituel de substitution, rendant les inventaires de symptômes inadéquats pour mesurer l’efficacité des nouveaux traitements psychopharmacologiques (notamment les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ou ISRS) et comportementaux.

En pratique clinique et en recherche biomédicale, la Y-BOCS remplit plusieurs fonctions majeures :

  • Évaluation de la ligne de base (baseline) : Elle permet d’établir le profil dimensionnel initial du patient en quantifiant séparément l’impact des obsessions et des compulsions.
  • Suivi longitudinal et monitorage thérapeutique : En fournissant un indice continu allant de 0 à 40, l’échelle permet d’objectiver précisément les fluctuations symptomatiques entre les séances de psychothérapie ou au cours de protocoles pharmacologiques.
  • Critère d’efficacité standardisé (End-point) dans les essais cliniques : La communauté scientifique internationale s’accorde généralement à définir la réponse thérapeutique complète ou partielle par une réduction d’au moins 25 % à 35 % du score total à la Y-BOCS par rapport au score initial, tandis qu’un score final inférieur ou égal à 12 ou 14 est couramment retenu comme critère de rémission clinique.
  • Adaptation personnalisée de l’exposition thérapeutique : L’analyse détaillée des items permet d’identifier si les déficits prédominent dans le registre de la résistance volitionnelle ou du contrôle exécutif, orientant ainsi les stratégies de restructuration cognitive et d’exposition avec prévention de la réponse.

5. Construit psychologique / Construct

La Y-BOCS opérationnalise la sévérité du trouble obsessionnel-compulsif non pas à travers le contenu thématique des obsessions (comme la contamination, la symétrie ou les impulsions agressives), mais à travers la charge fonctionnelle et phénoménologique globale qu’elles exercent sur le fonctionnement psychique et comportemental de l’individu. Ce construit multidimensionnel repose sur une symétrie conceptuelle parfaite entre les cognitions intrusives (obsessions) et les comportements moteurs ou mentaux répétitifs (compulsions). Pour chacun de ces deux versants, cinq dimensions cardinales sont rigoureusement évaluées :

1. Dimension temporelle : Temps consacré (Items 1 et 6)

Cette dimension mesure la durée objective ou estimée durant laquelle les obsessions occupent l’esprit du sujet ou le temps passé à accomplir des actes compulsifs au cours d’une journée type. Le clinicien sonde également la fréquence des intrusions. Le continuum s’étend de l’absence totale de pensées intrusives ou d’actes rituels (0 heure par jour, note 0) à une invasion cognitive ou comportementale quasi-permanente occupant plus de 8 heures par jour (note 4). Par exemple, un patient passant 30 minutes par jour à des vérifications reçoit une note modérée, tandis qu’un individu effectuant des rituels de lavage durant 6 heures consécutives illustre une sévérité sévère à extrême.

2. Dimension fonctionnelle : Interférence dans le fonctionnement (Items 2 et 7)

L’interférence quantifie l’impact délétère et invalidant des symptômes sur les rôles sociaux, professionnels, académiques et relationnels fondamentaux. Il s’agit d’évaluer dans quelle mesure les pensées ou les actes empêchent l’accomplissement d’activités constructives ou provoquent une désorganisation du quotidien. L’évaluation varie de l’absence d’interférence (note 0) à une incapacité complète et débilitante où le sujet est incapable de conserver un emploi, de fréquenter l’université ou d’entretenir des liens familiaux minimaux en raison de l’accaparement symptomatique (note 4).

3. Dimension affective : Détresse subjective et anxiété (Items 3 et 8)

Cette composante explore la réactivité émotionnelle et la souffrance psychologique induite par la pathologie. Pour les obsessions (Item 3), elle évalue le niveau d’angoisse, de panique ou de dégoût généré par la survenue des idées intrusives. Pour les compulsions (Item 8), l’accent est mis sur l’anxiété projetée : que ressentirait le patient si un obstacle externe ou une consigne clinique l’empêchait brutalement d’exécuter ses rituels ? La graduation va d’une absence d’anxiété (note 0) à une détresse intolérable, continue, accompagnée d’un sentiment de panique catastrophique (note 4).

4. Dimension volitionnelle : Résistance active (Items 4 et 9)

La résistance reflète les efforts délibérés et conscients mobilisés par le patient pour repousser, ignorer, neutraliser ou détourner son attention des obsessions, ou pour différer l’accomplissement des compulsions. Il s’agit d’un indicateur clinique essentiel de la motivation interne et de la lutte contre le trouble. Paradoxalement dans le système de cotation inversé de la Y-BOCS, un score élevé à ces items traduit un abandon de la lutte (capitulation complète devant le symptôme, note 4), tandis qu’un score de 0 indique une tentative constante et vigoureuse de résister à chaque manifestation symptomatique.

5. Dimension de maîtrise : Degré de contrôle perçu (Items 5 et 10)

Cette dimension mesure l’efficacité réelle des efforts de l’individu et son sentiment d’auto-efficacité face au trouble. Même lorsqu’un patient tente de résister, parvient-il effectivement à interrompre une chaîne de ruminations obsessionnelles ou à stopper un rituel compulsif une fois amorcé ? La cotation s’échelonne d’un contrôle complet et aisé (note 0) à une absence totale de contrôle, où les obsessions s’imposent de manière inexorable et où les compulsions sont exécutées de façon involontaire, automatique et irrépressible (note 4).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique sous-jacent à la Y-BOCS s’enracine au confluent des modèles cognitivo-comportementaux classiques de l’anxiété et des paradigmes de la neuropsychiatrie translationnelle. Historiquement, le développement de l’échelle a été catalysé par la nécessité de transcender les approches purement descriptives et psychanalytiques prévalant jusqu’aux années 1970, afin d’arrimer l’évaluation clinique aux avancées de la psychologie scientifique et de la psychopharmacologie moderne.

Le modèle comportemental à deux facteurs de Mowrer et l’habituation

Sur le plan comportemental, la Y-BOCS intègre les postulats de la théorie bi-factorielle de Mowrer appliquée au TOC par Stanley Rachman et Victor Meyer. Selon ce modèle, les obsessions constituent des stimuli conditionnés déclenchant une angoisse aversive intense. Les compulsions représentent des comportements d’évitement actif ou de neutralisation maintenus par un puissant mécanisme de renforcement négatif : l’accomplissement du rituel fait chuter temporairement l’anxiété, ce qui prévient l’extinction naturelle de la réponse émotionnelle et renforce la chronicité du cercle vicieux. L’architecture de la Y-BOCS opérationnalise précisément ce cycle en articulant l’évaluation du déclenchement émotionnel (Items 3 et 8) avec la compulsion motrice ou cognitive et son interférence (Items 6, 7 et 10).

L’approche cognitive de Beck, Salkovskis et Rachman

Le modèle cognitif développé par Paul Salkovskis, David A. Clark et Jack Rachman stipule que les pensées intrusives sont des phénomènes universels expérimentés par la quasi-totalité de la population générale. Ce qui distingue le patient souffrant de TOC de l’individu sain réside dans l’interprétation catastrophique et dysfonctionnelle que le patient accorde à ces pensées. Des schémas cognitifs rigides centrés sur la responsabilité excessive (l’idée que ne pas agir causera du tort à autrui), la fusion pensée-action (croire que penser à un acte équivaut moralement à l’accomplir) et le besoin absolu de certitude transforment une simple intrusion en crise anxiogène majeure. La Y-BOCS capture cette dynamique cognitive à travers l’effort désespéré de résistance mentale (Item 4) et la perte de contrôle ressentie (Item 5), illustrant comment la tentative pathologique de supprimer une pensée indésirable produit un effet rebond bien documenté par Daniel Wegner (la théorie du contrôle ironique).

Le modèle neurobiologique des boucles cortico-striato-thalamo-corticales (CSTC)

Parallèlement, la Y-BOCS a été conçue par Wayne Goodman et des neuroscientifiques de Yale dans le contexte de la découverte des altérations structurelles et fonctionnelles des circuits neuronaux impliqués dans le contrôle inhibiteur. Le modèle postule une hyperactivité des boucles orbitofrontales-sous-corticales reliant le cortex orbitofrontal, le cortex cingulaire antérieur, le noyau caudé et le thalamus. L’incapacité à freiner les comportements répétitifs (reflétée par les items 9 et 10 de contrôle compulsif) traduit un dysfonctionnement de l’inhibition motrice et cognitive. La standardisation de la Y-BOCS a ainsi permis de corréler pour la première fois les scores de sévérité clinique avec des biomarqueurs neuro-imageriques (TEP, IRMf) et de mesurer la normalisation de l’activité cérébrale après traitement pharmacologique ou neurochirurgical (stimulation cérébrale profonde).

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de la Y-BOCS a fait l’objet de centaines d’investigations empiriques indépendantes dans des contextes transculturels variés, établissant solidement ses propriétés de mesure.

Validité de contenu et de construit

La validité de contenu a été initialement assurée par un panel d’experts psychiatres et psychologues spécialistes des troubles anxieux, garantissant que les cinq dimensions opérationnalisées recouvrent fidèlement l’ensemble de la phénoménologie clinique du TOC définie par les consensus internationaux. La validité de construit est démontrée par la capacité de l’instrument à discriminer sans ambiguïté les sujets atteints de TOC clinique des sujets sains ou des patients souffrant d’autres troubles psychiatriques.

Validité convergente

La validité convergente de la Y-BOCS a été documentée par des corrélations statistiquement significatives avec d’autres échelles d’évaluation du TOC :

  • Corrélations modérées à élevées avec l’échelle d’auto-évaluation Obsessive-Compulsive Inventory-Revised (OCI-R), avec des coefficients $r$ oscillant entre 0,60 et 0,78 ($p < 0,001$).
  • Corrélations positives significatives avec le Maudsley Obsessional-Compulsive Inventory (MOCI), variant entre 0,55 et 0,67.
  • Corrélations étroites avec l’évaluation globale du clinicien mesurée par l’échelle Clinical Global Impression – Severity (CGI-S), avec des coefficients $r$ couramment supérieurs à 0,70.

Validité discriminante

La validité discriminante est l’un des points forts méthodologiques majeurs de la Y-BOCS. Bien que le TOC s’accompagne fréquemment de comorbidités dépressives et anxieuses, les études princeps de Goodman et al. (1989a, 1989b) ont mis en évidence des corrélations relativement faibles à modérées avec les échelles de dépression telles que l’Échelle d’évaluation de la dépression de Hamilton (HDRS, $r = 0,35$ à $0,42$) et l’Inventaire de dépression de Beck (BDI, $r = 0,30$ à $0,38$). Ces valeurs indiquent que la Y-BOCS mesure spécifiquement le noyau psychopathologique obsessionnel-compulsif et ne se confond pas avec une mesure générale de détresse affective ou de dysphorie.

Validité prédictive et sensibilité au changement

La Y-BOCS présente une sensibilité au changement exceptionnelle, devenue la référence dans l’évaluation des médicaments antiobsessionnels. Dans les essais cliniques multicentriques évaluant les ISRS (fluoxétine, sertraline, fluvoxamine, paroxétine, citalopram) ou la clomipramine versus placebo, l’échelle a systématiquement détecté des différences statistiquement significatives dès les premières semaines de traitement. De même, les protocoles de psychothérapie cognitivo-comportementale montrent une chute moyenne de 40 % à 60 % du score total après 12 à 16 séances d’exposition avec prévention de la réponse, corrélée aux améliorations de la qualité de vie globale des patients.

8. Fidélité / Reliability

Les études métrologiques attestent des niveaux remarquables de fidélité et de reproductibilité de la Y-BOCS à travers différents contextes cliniques et académiques.

Consistance interne

La cohérence interne de l’échelle globale de 10 items est constamment documentée comme excellente. Dans l’échantillon princeps de validation (Goodman et al., 1989a), le coefficient alpha de Cronbach s’élevait à 0,89 pour le score total. Les analyses ultérieures menées sur des cohortes cliniques de grande taille (e.g., Storch et al., 2005 ; Frost et al., 1995) ont rapporté des coefficients alpha compris entre 0,87 et 0,91 pour l’ensemble des 10 items. Les sous-échelles individuelles présentent également une très bonne consistance interne :

  • Sous-échelle des obsessions (items 1 à 5) : $\alpha$ compris entre 0,77 et 0,88.
  • Sous-échelle des compulsions (items 6 à 10) : $\alpha$ compris entre 0,82 et 0,91.

Fidélité inter-juges

L’administration de la Y-BOCS reposant sur un entretien semi-structuré où l’évaluateur attribue les notes d’après les déclarations du sujet et son jugement clinique, la fidélité inter-évaluateurs est cruciale. Les données publiées montrent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) ou des coefficients de corrélation de Pearson exceptionnels :

  • Score total : $r = 0,95$ à $0,98$.
  • Sous-échelle des obsessions : $r = 0,90$ à $0,96$.
  • Sous-échelle des compulsions : $r = 0,93$ à $0,97$.

Ce niveau de concordance très élevé persiste même lorsque des évaluateurs d’expériences cliniques hétérogènes sont formés au manuel d’administration standardisé.

Fidélité test-retest

La fidélité temporelle a été testée sur des intervalles courts (de 24 heures à deux semaines) auprès de patients présentant un état clinique stable sans modification thérapeutique. Les coefficients de corrélation test-retest se situent invariablement entre 0,81 et 0,90, démontrant la grande stabilité temporelle de la mesure en l’absence d’intervention ciblée.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle interne de la Y-BOCS a fait l’objet de nombreux débats méthodologiques et d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies au fil des décennies.

Modèle bidimensionnel traditionnel (Obsessions vs Compulsions)

Conceptuellement, l’échelle a été construite autour d’une partition logique a priori en deux facteurs orthogonaux ou modérément corrélés : le facteur « Obsessions » (items 1 à 5) et le facteur « Compulsions » (items 6 à 10). Initialement, Goodman et al. soutenaient ce modèle bipolaire en démontrant que les deux sous-scores apportaient des informations cliniques complémentaires sur la typologie symptomatique.

Modèle à deux facteurs alternatifs : « Sévérité / Perturbation » et « Résistance / Contrôle »

Cependant, les investigations statistiques rigoureuses par analyse factorielle exploratoire (notamment menées par Kim, Dysken & Kuskowski, 1990 ; puis reprises par McKay et al., 2003) ont fréquemment rejeté la séparation stricte obsessions/compulsions au profit d’un regroupement fonctionnel transversal en deux dimensions différentes :

  • Facteur 1 : Sévérité fondamentale ou Perturbation cognitive et comportementale (regroupant les items 1, 2, 3, 6, 7 et 8). Ce facteur agrège le temps consommé, l’interférence fonctionnelle et la détresse émotionnelle, tant pour les obsessions que pour les compulsions. Les saturations factorielles de ces items sur ce premier facteur sont très élevées, oscillant généralement entre 0,65 et 0,85.
  • Facteur 2 : Résistance et Contrôle volitionnel (regroupant les items 4, 5, 9 et 10). Ce facteur isole les efforts déployés par l’individu pour contrer ses symptômes et son sentiment d’efficacité personnelle. Les saturations factorielles varient entre 0,55 et 0,78.

La problématique psychométrique de l’item « Résistance »

Plusieurs études confirmatoires (e.g., Storch et al., 2005 ; Amir et al., 1997) ont mis en lumière un comportement psychométrique atypique de l’Item 4 (Résistance contre les obsessions) et parfois de l’Item 9 (Résistance contre les compulsions). Dans certaines populations cliniques très sévères ou chroniques, les patients cessent complètement de résister (ce qui donne une note maximale de 4), non pas par absence de conscience du trouble, mais en raison d’un épuisement psychologique total. Inversement, certains patients en amélioration clinique luttent moins activement parce qu’ils appliquent les consignes de thérapie cognitive consistant à accepter l’intrusion mentale sans la combattre, ce qui peut paradoxalement faire augmenter leur score à cet item. Pour pallier cette anomalie statistique, certains chercheurs ont proposé des modèles factoriels hiérarchiques ou des versions révisées excluant ou reformulant la dimension de résistance (comme dans la Y-BOCS-II).

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Échelle d’évaluation des troubles obsessionnels-compulsifs de Yale-Brown (Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale — Y-BOCS).
  • Format d’administration : Entretien clinique semi-structuré hétéro-évalué conduit par un professionnel de la santé mentale formé (psychiatre, psychologue, assistant de recherche clinique). Un formulaire complémentaire d’auto-évaluation a été ultérieurement développé mais l’entretien hétéro-évalué demeure la norme scientifique officielle.
  • Nombre d’items : 10 items principaux pour l’échelle de sévérité (complétés en pratique clinique par une liste de contrôle préalable des symptômes ou Y-BOCS Symptom Checklist de plus de 50 types d’obsessions et de compulsions).
  • Sous-échelles :
    • Sous-échelle des obsessions : Items 1 à 5 (Score de 0 à 20).
    • Sous-échelle des compulsions : Items 6 à 10 (Score de 0 à 20).
  • Échelle de réponse : Échelle d’évaluation ordinale en 5 points cotée de 0 à 4 (0 = Aucun / None, 1 = Léger / Mild, 2 = Modéré / Moderate, 3 = Sévère / Severe, 4 = Extrême / Extreme).
  • Temps de passation : Environ 15 à 30 minutes pour l’échelle de sévérité en 10 items (45 à 60 minutes si l’on administre l’inventaire complet des symptômes lors de la première consultation).
  • Règles de cotation et calcul des scores :
    • Sous-total Obsessions : Somme arithmétique directe des items 1 à 5 (Plage : 0 à 20).
    • Sous-total Compulsions : Somme arithmétique directe des items 6 à 10 (Plage : 0 à 20).
    • Score total de sévérité Y-BOCS : Somme arithmétique des 10 items (Plage : 0 à 40).
  • Interprétation clinique des scores totaux :
    • 0 à 7 : Symptomatologie subclinique / Rémission clinique complète.
    • 8 à 15 : Atteinte légère (Mild OCD).
    • 16 à 23 : Atteinte modérée (Moderate OCD) — seuil habituel d’inclusion dans les essais cliniques pharmacologiques et psychothérapeutiques.
    • 24 à 31 : Atteinte sévère (Severe OCD) — altération fonctionnelle majeure au quotidien.
    • 32 à 40 : Atteinte extrême (Extreme OCD) — état d’invalidité psychiatrique quasi-total.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1989 (publiée dans deux articles fondateurs consécutifs dans les Archives of General Psychiatry).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : Les publications originales de Goodman et collaborateurs précisent que l’instrument a été mis à disposition de la communauté académique, médicale et scientifique internationale dans le but d’harmoniser les protocoles de recherche sur le TOC. L’échelle est tombée dans le domaine public clinique pour un usage non commercial. Les cliniciens et les chercheurs académiques peuvent généralement l’imprimer et l’administrer librement sans paiement de redevances.
  • Frais d’utilisation (Fees) : Gratuit pour une utilisation clinique individuelle, pédagogique et pour la recherche académique non financée par l’industrie. Pour les essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique ou l’intégration dans des plateformes logicielles propriétaires commerciales, des accords de licence ou de certification peuvent être requis par les détenteurs des droits de distribution dérivés.
  • Évolution (Y-BOCS-II) : Une seconde édition révisée, la Y-BOCS-II, a été publiée en 2010 par Goodman, Storch et al., apportant des modifications aux échelles de cotation (échelle de 0 à 5 pour chaque item, élimination du biais de résistance) et faisant l’objet d’accords d’utilisation spécifiques.

12. Références / References

Voici les références bibliographiques académiques relatives à la conception, la validation et les propriétés psychométriques de la Y-BOCS, rédigées selon les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :

  • Goodman, W. K., Price, L. H., Rasmussen, S. A., Mazure, C., Fleischmann, R. L., Hill, C. L., Heninger, G. R., & Charney, D. S. (1989a). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: I. Development, use, and reliability. Archives of General Psychiatry, 46(11), 1006–1011. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1989.01810110048007
  • Goodman, W. K., Price, L. H., Rasmussen, S. A., Mazure, C., Delgado, P., Heninger, G. R., & Charney, D. S. (1989b). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: II. Validity. Archives of General Psychiatry, 46(11), 1012–1016. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1989.01810110054008
  • Goodman, W. K., Storch, E. A., Geffken, G. R., & Murphy, T. K. (2014). Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale (Y-BOCS). In Encyclopedia of Neurological Disorders. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3958520/
  • Kim, S. W., Dysken, M. W., & Kuskowski, M. (1990). The Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale: A reliability and validity study. Psychiatry Research, 34(1), 99–106. https://doi.org/10.1016/0165-1781(90)90061-8
  • McKay, D., Danyko, S. J., Neziroglu, F., & Yaryura-Tobias, J. A. (2003). Factor structure of the Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale: A critical review. Depression and Anxiety, 17(3), 130–140. https://doi.org/10.1002/da.10100
  • Moullec, G., & Bouvard, M. (2007). Propriétés psychométriques de l’adaptation française de l’Échelle d’évaluation des troubles obsessionnels-compulsifs de Yale-Brown (Y-BOCS). L’Encéphale, 33(5), 785–794. https://doi.org/10.1016/j.encep.2006.07.006
  • Storch, E. A., Shapira, N. A., Dimastrogiovanni, D. P., Geffken, G. R., Murphy, T. K., & Goodman, W. K. (2005). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: Further psychometric evaluation of the severity scale and symptom checklist. Psychiatry Research, 137(3), 207–214. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2005.08.006
  • Storch, E. A., Rasmussen, S. A., Price, L. H., Larson, M. J., Murphy, T. K., & Goodman, W. K. (2010). Development and psychometric evaluation of the Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale—Second Edition. Psychological Assessment, 22(2), 223–232. https://doi.org/10.1037/a0018492

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Questions 1 through 5 are about your obsessive thoughts. Questions 6 through 10 are about your compulsive behaviors. Rate the characteristics of each symptom over the previous 7 days based on the clinician-administered interview.
Response Scale: 5-point rating scale from 0 to 4 (e.g., 0 = None, 1 = Mild, 2 = Moderate, 3 = Severe, 4 = Extreme)
Scoring / Reverse Items: Items are rated on a 0-4 scale. The Obsessions Subtotal is calculated by summing items 1 through 5 (score range 0-20). The Compulsions Subtotal is calculated by summing items 6 through 10 (score range 0-20). The Total Y-BOCS Severity Score is the sum of items 1-10 (score range 0-40).
1

Time spent on obsessions: How much of your time is occupied by obsessive thoughts? How frequently do the obsessive thoughts occur?
2

Interference due to obsessions: How much do your obsessive thoughts interfere with your work, school, social, or other important role functioning? Is there anything that you don't do because of them?
3

Distress associated with obsessions: How much distress or anxiety do your obsessive thoughts cause you?
4

Resistance against obsessions: How much of an effort do you make to resist the obsessive thoughts? How often do you try to disregard or turn your attention away from these thoughts as they enter your mind?
5

Degree of control over obsessions: How much control do you have over your obsessive thoughts? How successful are you in stopping or diverting your obsessive thinking? Can you dismiss them?
6

Time spent performing compulsive behaviors: How much time do you spend performing compulsive behaviors? How frequently do you perform compulsions?
7

Interference due to compulsive behaviors: How much do your compulsive behaviors interfere with your work, school, social, or other important role functioning? Is there anything that you don't do because of the compulsions?
8

Distress associated with compulsive behavior: How would you feel if prevented from performing your compulsion(s)? How anxious would you become?
9

Resistance against compulsions: How much of an effort do you make to resist the compulsions?
10

Degree of control over compulsive behavior: How strong is the drive to perform the compulsive behavior? How much control do you have over the compulsions?
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle obsessionnelle-compulsive de Yale-Brown (Y-BOCS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-obsessionnelle-compulsive-de-yale-brown-y-bocs/
Looti, Mohammed. “Échelle obsessionnelle-compulsive de Yale-Brown (Y-BOCS).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-obsessionnelle-compulsive-de-yale-brown-y-bocs/.
Looti, Mohammed. “Échelle obsessionnelle-compulsive de Yale-Brown (Y-BOCS).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-obsessionnelle-compulsive-de-yale-brown-y-bocs/.