1. Résumé / Abstract
L’Échelle du Nouveau Paradigme Écologique – Révisée (New Ecological Paradigm Scale – Revised, ou NEP-R), conçue par Riley E. Dunlap, Kent D. Van Liere, Angela G. Mertig et Robert Emmet Jones en 2000, constitue l’instrument psychométrique le plus largement employé à l’échelle internationale pour mesurer l’adhésion des individus à une vision du monde pro-écologique. Face aux limites de l’échelle originale développée en 1978 (l’échelle du New Environmental Paradigm à 12 items), la version révisée comprend 15 items formulés de manière symétrique pour contrebalancer les biais d’acquiescement : huit items mesurent l’adhésion au Nouveau Paradigme Écologique (pro-écologique), tandis que sept items reflètent l’adhésion au « Paradigme Social Dominant » (anthropocentrique) et font l’objet d’un codage inversé.
Le construit théorique opérationnalisé par l’instrument repose sur cinq facettes conceptuelles distinctes mais interdépendantes : la réalité des limites à la croissance (limits to growth), l’anti-anthropocentrisme (anti-anthropocentrism), la fragilité de l’équilibre de la nature (fragility of nature’s balance), le rejet de l’exceptionnalisme humain (rejection of exemptionalism) et la vulnérabilité face aux crises écologiques majeures (possibility of an ecocrisis). Les participants expriment leur degré d’accord sur une échelle de réponse ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree), avec un point médian neutre (« Incertain » / Unsure).
Sur le plan métrologique, l’échelle révisée a démontré une cohérence interne satisfaisante avec un coefficient alpha de Cronbach atteignant couramment 0,83 dans les échantillons représentatifs de la population générale, surpassant la version de 1978 (souvent comprise entre 0,65 et 0,75). Sa validité prédictive, convergente et discriminante a été confirmée à travers des centaines d’études empiriques couvrant les comportements environnementaux, les choix de consommation responsable, la gestion des ressources naturelles et la psychologie du tourisme durable. Selon les contextes culturels et les protocoles méthodologiques, l’échelle est traitée soit comme une mesure unidimensionnelle synthétique d’orientation biocentrique/écocentrique globale, soit comme une structure multidimensionnelle de premier ou second ordre reflétant les différentes nuances des croyances écologiques modernes.
2. Mots-clés / Keywords
Nouveau Paradigme Écologique, NEP-R, vision du monde environnementale, psychométrie environnementale, anthropocentrisme, écocentrisme, limites de la croissance, équilibre écologique, exceptionnalisme humain, attitudes environnementales, comportement pro-environnemental, psychologie de la conservation.
3. Auteurs / Authors
L’échelle NEP révisée a été conçue et validée par une équipe de chercheurs de premier plan en sociologie environnementale et en psychologie sociale aux États-Unis :
- Riley E. Dunlap : Professeur émérite et Regents Professor de sociologie à l’Oklahoma State University (Stillwater, Oklahoma, États-Unis). Pionnier de la sociologie environnementale, ancien président de la section « Environment and Technology » de l’American Sociological Association (ASA). Contact académique : [email protected].
- Kent D. Van Liere : Chercheur en sociologie et méthodologie d’enquête, anciennement affilié au Department of Sociology de l’University of Tennessee (Knoxville, Tennessee, États-Unis), consultant senior en sciences sociales appliquées et études de marché environnementales.
- Angela G. Mertig : Professeure de sociologie au Department of Sociology and Anthropology de la Middle Tennessee State University (Murfreesboro, Tennessee, États-Unis), spécialiste de l’opinion publique environnementale et des mouvements sociaux écologistes.
- Robert Emmet Jones : Professeur agrégé de sociologie au Department of Sociology de l’University of Tennessee (Knoxville, Tennessee, États-Unis), chercheur affilié au Howard H. Baker Jr. Center for Public Policy, expert de la justice environnementale et des attitudes envers la biodiversité.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la NEP Scale – Revised (NEP-R) est d’évaluer la vision du monde écologique globale (primitive environmental worldview) adoptée par les individus et les collectivités. Dans l’architecture conceptuelle des sciences psychosociales, une vision du monde constitue la strate la plus profonde et la plus stable des croyances fondamentales (primitive beliefs) d’une personne à l’égard de la nature et de la place qu’y occupe l’espèce humaine. Contrairement aux échelles d’attitudes spécifiques qui mesurent l’évaluation ponctuelle d’un objet (par exemple, l’attitude envers le tri sélectif ou l’énergie éolienne), la NEP-R capte les postulats ontologiques et épistémologiques sous-jacents qui structurent la perception globale des rapports entre les sociétés humaines et la biosphère.
La révision de 2000 menée par Dunlap et ses collaborateurs visait quatre buts majeurs :
- Actualiser et élargir le spectre conceptuel : L’échelle originale de 1978 se concentrait principalement sur trois thèmes (les limites de la croissance, l’équilibre de la nature et l’anthropocentrisme). La version révisée intègre formellement le rejet de l’exceptionnalisme humain (l’illusion que l’ingéniosité technologique affranchit l’humanité des lois écologiques) et la susceptibilité face aux crises écologiques globales (changement climatique, effondrement de la biodiversité).
- Équilibrer la valence directionnelle des items : Afin d’éliminer le biais d’acquiescement (la tendance des répondants à approuver systématiquement les énoncés indépendamment de leur contenu), la NEP-R alterne rigoureusement 8 items formulés dans le sens pro-écologique et 7 items formulés dans le sens anthropocentrique (reversés lors de la cotation).
- Moderniser la terminologie : Les items originaux contenaient des formulations quelque peu datées ou genrées (par exemple, l’usage exclusif du mot « mankind » au lieu de « humankind » ou « humans »), réajustées pour refléter les standards contemporains de la psychométrie.
- Améliorer la puissance psychométrique : Établir une distribution plus équilibrée et une variance accrue dans les populations générales, tout en consolidant la fidélité de l’instrument.
Dans la recherche appliquée, la NEP-R est largement exploitée en psychologie environnementale, en sociologie de l’environnement, en économie comportementale et en études du tourisme durable. En recherche touristique, par exemple, les scores à la NEP prédisent avec acuité les préférences pour l’écotourisme, le consentement à payer des suppléments financiers verts (green premiums), l’adhésion aux programmes de compensation carbone et le respect des réglementations de conservation au sein des parcs naturels nationaux. Elle sert également d’instrument de segmentation psychographique pour identifier les profils d’individus les plus réceptifs aux messages éducatifs sur l’atténuation climatique ou, à l’inverse, les populations caractérisées par un fort déni environnemental.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la NEP-R est l’adhésion à une vision du monde biocentrique ou écocentrique, articulée en opposition directe avec le paradigme anthropocentrique traditionnel. Dunlap et ses collègues (2000) ont structuré l’échelle autour de cinq facettes fondamentales, chacune opérationnalisée par trois items dédiés (composés systématiquement de propositions pro-écologiques et anti-écologiques) :
1. La réalité des limites à la croissance (Reality of limits to growth)
Cette composante interroge l’existence de contraintes physiques et écologiques objectives imposées par la capacité de charge de la Terre. Elle s’oppose à l’idée d’une croissance démographique et économique infinie dans un monde clos. Les répondants adhérant à cette dimension reconnaissent que l’espace géographique et les réserves biophysiques de la planète ne peuvent subvenir aux besoins d’une population humaine en expansion perpétuelle (items 1, 6 et 11).
2. L’anti-anthropocentrisme (Anti-anthropocentrism)
L’anthropocentrisme classique postule que l’être humain se situe au sommet d’une hiérarchie naturelle ontologique et qu’il possède le droit moral absolu d’exploiter les écosystèmes et les autres organismes vivants à son profit exclusif. À l’opposé, l’orientation biocentrique mesurée ici accorde une valeur intrinsèque à toutes les formes de vie, soutenant que les animaux et les végétaux ont un droit d’exister égal à celui des êtres humains et réfutant le fait que l’humanité a été créée pour dominer la nature (items 2, 7 et 12).
3. La fragilité de l’équilibre de la nature (Fragility of nature’s balance)
Cette dimension évalue la perception de la vulnérabilité des écosystèmes face aux perturbations anthropiques. L’écologie moderne conçoit les réseaux trophiques et les équilibres biogéochimiques comme des systèmes complexes, sensibles et facilement déstabilisés dès lors que des interventions technologiques et industrielles à grande échelle viennent briser les homéostasies naturelles. Cette croyance s’oppose à la vision rassurante d’une nature robuste et inépuisable capable d’absorber tous les chocs industriels (items 3, 8 et 13).
4. Le rejet de l’exceptionnalisme humain (Rejection of exemptionalism)
L’« exceptionnalisme humain » (ou Human Exemptionalism Paradigm) est la conviction que les caractéristiques uniques de l’humanité (culture, langage, technologie, science) affranchissent l’espèce humaine des règles de la biologie et de l’écologie fondamentale. Les individus rejetant l’exceptionnalisme admettent que, malgré ses prouesses technologiques, l’être humain demeure une composante biologique indissociable de la biosphère, subordonnée aux lois naturelles universelles et incapable d’exercer un contrôle absolu sur le fonctionnement du cosmos (items 4, 9 et 14).
5. La possibilité d’une crise écologique majeure (Possibility of an ecocrisis)
Cette sous-échelle capte la gravité et l’imminence perçues des détériorations environnementales globales induites par l’activité humaine. Elle mesure l’anticipation d’effondrements écologiques systémiques (dérèglement du climat, pollutions massives, épuisement des ressources vitales) en l’absence de modifications radicales de notre modèle de développement, rejetant l’affirmation selon laquelle la « crise écologique » serait une invention ou une exagération démesurée propagée par les médias ou les militants (items 5, 10 et 15).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de l’instrument s’enracine au croisement de la sociologie de l’environnement et de la psychologie sociale cognitive. À la fin des années 1970, Riley Dunlap et William R. Catton Jr. ont jeté les bases d’une critique épistémologique majeure de la sociologie classique, qu’ils qualifièrent de dépendante du Paradigme de l’Exceptionnalisme Humain (Human Exemptionalism Paradigm, ou HEP). Ce dernier, influencé par la pensée occidentale des Lumières, le dualisme cartésien et la révolution industrielle, considérait que l’ingéniosité humaine, la division du travail et les technologies modernes libéraient les sociétés des contraintes biophysiques imposées au reste du règne animal.
En opposition directe avec ce modèle, Catton et Dunlap (1978, 1980) ont théorisé l’émergence progressive dans les sociétés contemporaines d’un Nouveau Paradigme Écologique (New Ecological Paradigm, NEP). Ce changement paradigmatique reflète une transition ontologique majeure : l’humain n’est plus envisagé comme le maître ou le propriétaire exclusif de la nature (héritage du « Dominant Social Paradigm » décrit par Pirages & Ehrlich en 1974), mais comme une espèce parmi des millions d’autres au sein d’une biosphère finie, interdépendante et vulnérable.
Sur le plan psychologique, la NEP-R a été intégrée de manière systématique dans la théorie des valeurs-croyances-normes (Value-Belief-Norm Theory, ou théorie VBN) formulée par Paul C. Stern et ses collaborateurs (Stern et al., 1999 ; Stern, 2000). Dans ce modèle séquentiel hiérarchique :
- Les valeurs fondamentales (valeurs biosphériques, altruistes et égoïstes de Schwartz) constituent le socle motivationnel primaire de l’individu.
- Ces valeurs influencent directement la vision du monde écologique (mesurée spécifiquement par l’échelle NEP-R).
- La NEP-R agit comme un filtre cognitif global déterminant les croyances environnementales spécifiques, notamment la perception des menaces (Awareness of Consequences, AC) et le sentiment de responsabilité personnelle envers les dommages environnementaux (Ascription of Responsibility, AR).
- Ces croyances activent à leur tour des normes personnelles morales (le sentiment d’obligation morale interne d’agir).
- Enfin, ces normes dictent l’adoption effective d’un éventail varié de comportements pro-environnementaux (activisme écologique, comportements de consommation durable, gestes citoyens écoresponsables).
Ainsi, la NEP-R occupe une place charnière dans la chaîne causale reliant les valeurs abstraites et stables aux actions concrètes en faveur de la durabilité environnementale.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’échelle révisée de Dunlap et al. (2000) ont été soumises à de multiples protocoles empiriques d’évaluation de la validité dans divers pays et contextes socioculturels :
Validité de construit
La validité de construit a été initialement établie par Dunlap et al. (2000) sur un échantillon représentatif de 676 résidents de l’État de Washington. L’instrument a montré une discrimination robuste entre des sous-groupes de population connus a priori pour leurs orientations divergentes (méthode des groupes contrastés). Les membres d’organisations écologistes réputées (par exemple, le Sierra Club) ont obtenu des scores significativement plus élevés que les représentants du grand public ou des associations industrielles/agricoles d’exploitants de ressources naturelles.
Validité convergente
L’échelle NEP-R démontre de fortes corrélations positives avec :
- Les valeurs biosphériques et altruistes de l’inventaire des valeurs de Schwartz (corrélations typiques : r = 0,45 à 0,62, p < 0,001).
- L’évaluation des risques environnementaux globaux (ex. réchauffement planétaire, perte de biodiversité), où les coefficients oscillent généralement entre 0,40 et 0,55.
- Le sentiment de connexion avec la nature mesuré par l’échelle Connectedness to Nature Scale (Mayer & Frantz, 2004) avec des corrélations moyennes r > 0,50.
Parallèlement, la NEP-R présente de fortes corrélations négatives avec la justification du système économique néolibéral, l’orientation de dominance sociale (SDO) et le conservatisme idéologique traditionnel.
Validité prédictive et de critère
L’instrument prédit significativement une vaste gamme de comportements autodéclarés et observés. Dans l’étude de Dunlap et al. (2000), le score total à la NEP s’est révélé corrélé de manière significative avec le soutien aux politiques de régulation environnementale (r = 0,57), les intentions de vote écologique (r = 0,45) et l’adoption de comportements quotidiens de conservation de l’énergie et de recyclage (r = 0,32 à 0,41). En recherche appliquée sur le tourisme et l’hôtellerie, les scores élevés à la NEP-R augmentent de 30 à 45 % la probabilité de choisir des hébergements certifiés écolabellisés et expliquent une part substantielle de la variance relative à l’acceptation de taxes carbone sur les billets d’avion.
Validité discriminante
L’échelle est capable de distinguer l’orientation écologique générale d’autres construits psychologiques généraux tels que le lieu de contrôle (Locus of Control), les traits de personnalité généraux du modèle à cinq facteurs (Big Five), ou le niveau d’intelligence générale. Bien qu’associée positivement à l’ouverture aux expériences (Openness to Experience) et à l’agréabilité (Agreeableness), les corrélations restent modérées (r < 0,30), confirmant la spécificité de la vision du monde écologique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de l’échelle NEP-R a été largement attestée dans la littérature sociologique et psychologique internationale, affichant des niveaux de précision et de reproductibilité supérieurs à ceux de la version d’origine de 1978 :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon princeps de validation (Dunlap et al., 2000, N = 676), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 15 items s’élevait à 0,83. Cette valeur indique une cohérence interne élevée pour un instrument mesurant un construit d’opinion large et hétérogène. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnaient de 0,33 à 0,62, sans qu’aucun item ne vienne dégrader significativement l’alpha global en cas de suppression.
Des réplications ultérieures à l’international ont rapporté des coefficients de cohérence interne comparables :
- Études aux États-Unis (échantillons généraux) : $\alpha = 0,81 – 0,85$.
- Adaptations européennes (France, Allemagne, Espagne, Suède) : $\alpha = 0,76 – 0,84$.
- Adaptations en Amérique latine et en Asie : $\alpha = 0,72 – 0,81$.
Si la cohérence interne globale à 15 items est systématiquement satisfaisante, les alphas des 5 sous-dimensions individuelles prises isolément (3 items par facette) s’avèrent plus modestes, oscillant souvent entre 0,55 et 0,72 en raison du faible nombre d’items par sous-échelle.
Fidélité test-retest
Les investigations portant sur la stabilité temporelle de la NEP-R révèlent une remarquable robustesse dans le temps, confirmant qu’elle capture une vision du monde structurelle plutôt qu’un état émotionnel transitoire. Sur des intervalles de test-retest variant de 6 semaines à 6 mois, les coefficients de corrélation intra-classe (ICC) et les corrélations de Pearson se situent de façon constante entre 0,74 et 0,82 en l’absence d’interventions éducatives majeures ou d’événements traumatiques environnementaux directs.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la NEP-R a suscité l’un des débats psychométriques les plus riches de la psychologie environnementale contemporaine, partagée entre partisans d’un modèle unidimensionnel et défenseurs d’un modèle multidimensionnel.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Dans l’analyse factorielle exploratoire princeps avec rotation varimax (Dunlap et al., 2000), les 15 items ont extrait quatre facteurs ayant une valeur propre supérieure à 1,00, expliquant ensemble 56,1 % de la variance totale. Néanmoins, le premier facteur non tourné expliquait à lui seul une part prépondérante de la variance (31,3 %), tous les items affichant des saturations positives significatives sur ce premier axe global (saturations comprises entre 0,40 et 0,73).
Pour cette raison, Dunlap et ses collaborateurs ont recommandé de traiter la NEP-R principalement comme une mesure unidimensionnelle lorsque la cohérence interne est supérieure à 0,80, tout en concédant que la structure factorielle empirique dépend substantiellement de la composition de l’échantillon étudié (populations rurales vs urbaines, pays industrialisés vs pays en développement).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les études ayant mobilisé la modélisation en équations structurelles (SEM) et l’analyse factorielle confirmatoire ont comparé plusieurs topologies :
- Modèle unidimensionnel strict : Offre souvent des indices d’ajustement acceptables mais perfectibles ($CFI \approx 0,88 – 0,91$, $RMSEA \approx 0,06 – 0,08$) en raison de la présence de variance résiduelle partagée entre items formulés positivement et négativement.
- Modèle à 5 facteurs de premier ordre : Calqué sur les facettes théoriques (limites, anthropocentrisme, fragilité, anti-exceptionnalisme, écocrise). Ce modèle améliore fréquemment l’ajustement global ($CFI > 0,93$, $TLI > 0,91$, $RMSEA < 0,055$), bien que les fortes corrélations inter-facteurs ($r > 0,60$) témoignent d’une redondance conceptuelle.
- Modèle bifactoriel ou hiérarchique de second ordre : Considéré par beaucoup de méthodologistes (Hawcroft & Milfont, 2010 ; Xiao et al., 2013) comme la solution la plus parcimonieuse et théoriquement juste. Il postule un facteur général dominant (la vision du monde pro-écologique globale) chapeautant les 5 facettes spécifiques ou absorbant les effets méthodologiques liés aux polarités d’énoncé.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle du Nouveau Paradigme Écologique – Révisée (New Ecological Paradigm Scale – Revised, NEP-R).
- Auteurs : Riley E. Dunlap, Kent D. Van Liere, Angela G. Mertig et Robert Emmet Jones (2000).
- Nature de l’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique mesurant la vision du monde écologique.
- Nombre total d’items : 15 items.
- Format des réponses : Échelle de Likert à 5 points d’accord :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly Disagree)
- 2 = Plutôt pas d’accord (Mildly Disagree)
- 3 = Incertain (Unsure)
- 4 = Plutôt d’accord (Mildly Agree)
- 5 = Tout à fait d’accord (Strongly Agree)
- Règles de cotation (Scoring Rules) :
- Items pro-écologiques (sens NEP direct) : Les huit items impairs (1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15) sont codés de manière directe : 1 = 1, 2 = 2, 3 = 3, 4 = 4, 5 = 5.
- Items anthropocentriques (sens DSP inversé) : Les sept items pairs (2, 4, 6, 8, 10, 12, 14) reflètent le paradigme social dominant et font l’objet d’un recodage inversé systématique : 1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2, 5 = 1.
- Calcul du score : Le score global est obtenu en additionnant les réponses (après inversion des items pairs) pour un total allant de 15 à 75, ou en calculant la moyenne arithmétique (score de 1,00 à 5,00). Des scores élevés signalent une vision du monde écocentrique ou pro-écologique vigoureuse, tandis que des scores faibles reflètent une adhésion au paradigme anthropocentrique dominant.
- Sous-échelles / Facettes théoriques :
- Réalité des limites à la croissance : Items 1, 6, 11.
- Anti-anthropocentrisme : Items 2, 7, 12.
- Fragilité de l’équilibre de la nature : Items 3, 8, 13.
- Rejet de l’exceptionnalisme : Items 4, 9, 14.
- Possibilité d’une crise écologique majeure : Items 5, 10, 15.
- Temps de passation estimé : 5 à 8 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication de la version révisée : 2000 (première édition originale conçue en 1978).
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’article original a été publié dans le Journal of Social Issues sous l’égide de la Society for the Psychological Study of Social Issues (SPSSI) et édité par Wiley-Blackwell. Les auteurs (notamment le Pr Riley E. Dunlap) ont explicitement mis les 15 items de l’échelle à la disposition de la communauté scientifique internationale pour une utilisation académique, pédagogique et à des fins de recherche non commerciale, sans frais de licence requis.
- Conditions financières : Instrument en accès libre gratuit (Open Access à usage scientifique). Aucune redevance n’est exigée des chercheurs universitaires. Les utilisations commerciales à grande échelle ou intégrées dans des logiciels propriétaires payants doivent faire l’objet d’une demande de droits auprès de l’éditeur (Wiley/SPSSI).
12. Références / References
- Catton, W. R., Jr., & Dunlap, R. E. (1978). Environmental sociology: A new paradigm. The American Sociologist, 13(1), 41–49. https://www.jstor.org/stable/27702311
- Catton, W. R., Jr., & Dunlap, R. E. (1980). A new ecological paradigm for post-exuberant sociology. American Behavioral Scientist, 24(1), 15–47. https://doi.org/10.1177/000276428002400103
- Dunlap, R. E., & Van Liere, K. D. (1978). The « New Environmental Paradigm »: A proposed measuring instrument and preliminary results. The Journal of Environmental Education, 9(4), 10–19. https://doi.org/10.1080/00958964.1978.10801875
- Dunlap, R. E., Van Liere, K. D., Mertig, A. G., & Jones, R. E. (2000). Measuring endorsement of the new ecological paradigm: A revised NEP scale. Journal of Social Issues, 56(3), 425–442. https://doi.org/10.1111/0022-4537.00176
- Hawcroft, L. J., & Milfont, T. L. (2010). The use (and abuse) of the new environmental paradigm scale over the last 30 years: A meta-analysis. Journal of Environmental Psychology, 30(2), 143–158. https://doi.org/10.1016/j.jenvp.2009.10.003
- Mayer, F. S., & Frantz, C. M. (2004). The connectedness to nature scale: A measure of individuals’ feeling in community with nature. Journal of Environmental Psychology, 24(4), 503–515. https://doi.org/10.1016/j.jenvp.2004.10.001
- Pirages, D. C., & Ehrlich, P. R. (1974). Ark II: Social response to environmental imperatives. W. H. Freeman and Company.
- Stern, P. C. (2000). New environmental theories: Toward a coherent theory of environmentally significant behavior. Journal of Social Issues, 56(3), 407–424. https://doi.org/10.1111/0022-4537.00175
- Stern, P. C., Dietz, T., Abel, T., Guagnano, G. A., & Kalof, L. (1999). A value-belief-norm theory of support for social movements: The case of environmentalism. Human Ecology Review, 6(2), 81–97. https://www.jstor.org/stable/24707060
- Xiao, C., Dunlap, R. E., & Hong, D. (2013). The nature and bases of environmental concern among Chinese citizens. Social Science Quarterly, 94(3), 672–690. https://doi.org/10.1111/ssqu.12004
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
5-point Likert scale:
1 = Strongly Disagree
2 = Mildly Disagree
3 = Unsure
4 = Mildly Agree
5 = Strongly Agree
Scale Items:
- We are approaching the limit of the number of people the earth can support.
- Humans have the right to modify the natural environment to suit their needs.
- When humans interfere with nature it often produces disastrous consequences.
- Human ingenuity will insure that we do NOT make the earth unlivable.
- Humans are severely abusing the environment.
- The earth has plenty of natural resources if we just learn how to develop them.
- Plants and animals have as much right as humans to exist.
- The balance of nature is strong enough to cope with the impacts of modern industrial nations.
- Despite our special abilities humans are still subject to the laws of nature.
- The so-called « ecological crisis » facing humankind has been greatly exaggerated.
- The earth is like a spaceship with very limited room and resources.
- Humans were meant to rule over the rest of nature.
- The balance of nature is very delicate and easily upset.
- Humans will eventually learn enough about how nature works to be able to control it.
- If things continue on their present course, we will soon experience a major ecological catastrophe.