1. Résumé / Abstract
L’Échelle multidimensionnelle du perfectionnisme de Frost (Frost Multidimensional Perfectionism Scale ou FMPS), élaborée initialement en 1990 par Randy O. Frost, Patricia Marten, Cathleen Lahart et Robin Rosenblate au sein du département de psychologie du Smith College, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et rigoureux pour l’évaluation multidimensionnelle du perfectionnisme. Historiquement appréhendé comme une entité unidimensionnelle souvent assimilée à un trait dysfonctionnel ou névrotique, le perfectionnisme a été redéfini par Frost et ses collaborateurs comme un construit complexe comportant à la fois des composantes cognitives, comportementales et développementales. Le questionnaire compte 35 items auto-rapportés, évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« fortement en désaccord » / « pas du tout vrai ») à 5 (« fortement d’accord » / « tout à fait vrai »).
Le modèle canonique de la FMPS capture six dimensions distinctes : la Préoccupation face aux erreurs (Concern over Mistakes [CM], 9 items), les Exigences personnelles élevées (Personal Standards [PS], 7 items), les Attentes parentales (Parental Expectations [PE], 5 items), les Critiques parentales (Parental Criticism [PC], 4 items), le Doute par rapport aux actions (Doubts about Actions [D], 4 items) et l’Organisation (Organization [O], 6 items). Des analyses factorielles confirmatoires et d’ordre supérieur ont ultérieurement conduit à des propositions de modèles structuraux simplifiés (notamment la structure à quatre facteurs de Stöber en 1998, regroupant CM et D, ainsi que PE et PC), ou à une bipartition théorique entre « perfectionnisme adaptatif/orienté vers la réussite » et « perfectionnisme inadapté/évaluatif ». D’un point de vue psychométrique, la FMPS démontre une excellente cohérence interne, avec un coefficient alpha de Cronbach global excédant généralement .90 ( variant de .73 à .88 pour les sous-échelles individuelles), ainsi qu’une remarquable validité de construit, convergente et discriminante, corroborée dans de multiples contextes cliniques et transculturels (y compris ses validations francophones initiées par Rhéaume et al. en 1995 et 2000).
2. Mots-clés / Keywords
Perfectionnisme multidimensionnel, Échelle de Frost, FMPS, Évaluation psychométrique, Psychopathologie cognitive, Préoccupation face aux erreurs, Exigences personnelles, Attentes parentales, Critiques parentales, Doute sur les actions, Organisation, Validité factorielle, Fidélité psychométrique, Troubles des conduites alimentaires, Dépression.
3. Auteurs / Authors
L’échelle multidimensionnelle du perfectionnisme a été conçue et standardisée par une équipe de chercheurs en psychologie clinique de l’Université Smith College (Northampton, Massachusetts, États-Unis) :
- Randy O. Frost, Ph.D. : Professeur émérite en psychologie à la chaire Harold Edward et Mina Eisner au Smith College. Auteur principal, sommité internationale dans le domaine de la psychopathologie cognitive, du perfectionnisme clinique, des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et de la thésaurisation pathologique (syndrome de syllogomanie). Courriel institutionnel : [email protected].
- Patricia Marten, M.A. : Chercheuse associée au département de psychologie, Smith College.
- Cathleen Lahart, B.A. : Assistante de recherche en psychopathologie quantitative, Smith College.
- Robin Rosenblate, B.A. : Collaboratrice de recherche clinique, Smith College.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la création de la Frost Multidimensional Perfectionism Scale (FMPS) était de transcender les approches psychométriques traditionnelles qui mesuraient le perfectionnisme de manière unidimensionnelle, restrictive et principalement péjorative. Jusqu’à la fin des années 1980, le perfectionnisme était couramment mesuré à l’aide d’échelles globales ou de sous-échelles isolées, à l’instar de la sous-échelle de l’Eating Disorder Inventory (EDI; Garner et al., 1983) ou de l’échelle des attitudes dysfonctionnelles (DAS; Weissman & Beck, 1978). Ces instruments ne parvenaient pas à capter l’hétérogénéité structurelle du construit, mêlant sans distinction des aspirations positives à l’excellence et des cognitions profondément autodépréciatives induites par la peur de l’échec.
Applications en recherche fondamentale et clinique
La FMPS a été spécifiquement conçue pour isoler les mécanismes cognitifs, affectifs et étiologiques qui régissent le développement et le maintien du perfectionnisme. En recherche clinique, elle sert d’outil diagnostique transversal et de mesure de processus pour analyser la vulnérabilité cognitive liée à diverses psychopathologies sévères :
- Troubles du comportement alimentaire : Identification des facteurs de maintien dans l’anorexie mentale restrictive, la boulimie et l’hyperphagie boulimique, où les scores élevés aux sous-échelles « Préoccupation face aux erreurs » et « Attentes parentales » prédisent la sévérité clinique, la rigidité cognitive et la résistance au traitement ambulatoire.
- Troubles dépressifs et idéation suicidaire : Élucidation des schémas cognitifs de type « tout ou rien », de l’autocritique destructive et du sentiment d’impuissance induits par l’écart permanent entre la performance réelle et des idéaux inatteignables.
- Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et spectre anxieux : Analyse des liens étroits entre la sous-échelle « Doute par rapport aux actions » et les rituels de vérification compulsive, l’intolérance à l’incertitude et l’anxiété généralisée.
- Perfectionnisme académique, sportif et professionnel : Étude de la procastination d’évitement, du syndrome de l’imposteur, de l’épuisement professionnel (burnout) et des performances optimales chez les athlètes de haut niveau ou les étudiants en filières hautement sélectives.
Justification théorique et utilité thérapeutique
Sur le plan psychothérapeutique, notamment en thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la FMPS permet d’établir une conceptualisation de cas fine et personnalisée. En distinguant les facettes intrapersonnelles (telles que le besoin de propreté et d’ordre ou la fixation d’objectifs) des dimensions interpersonnelles et développementales (le conditionnement parental perçu), le clinicien peut cibler précisément les croyances irrationnelles centrales sans chercher à éradiquer les traits d’organisation qui peuvent constituer des ressources adaptatives pour le patient.
5. Construit psychologique / Construct
Le modèle élaboré par Frost et ses collègues conceptualise le perfectionnisme comme un réseau multidimensionnel de croyances, d’évaluations de soi et de comportements, structuré autour de six composantes spécifiques :
1. Préoccupation face aux erreurs (Concern over Mistakes – CM)
Cette dimension centrale (9 items : 9, 10, 13, 14, 18, 21, 23, 25, 34) reflète la tendance à interpréter toute imperfection ou erreur, même minime, comme un échec personnel catastrophique entraînant la perte d’estime de soi et du respect d’autrui. L’individu opère sous un biais cognitif de pensée dichotomique (« Si je ne fais pas tout parfaitement, je suis un raté complet »). C’est la sous-échelle la plus étroitement corrélée aux manifestations psychopathologiques telles que la détresse psychologique, l’anxiété sociale et les symptômes dépressifs.
2. Exigences personnelles élevées (Personal Standards – PS)
Composée de 7 items (4, 6, 12, 16, 19, 24, 30), cette dimension évalue la fixation d’objectifs extrêmement élevés et la propension à subordonner son auto-évaluation exclusivement à l’atteinte de ces critères d’excellence absolue. L’item 4 (« Si je ne fixe pas les normes les plus élevées pour moi-même, je risque de devenir une personne médiocre ») illustre bien cette exigence rigide. Bien qu’associée à une motivation d’accomplissement élevée, cette dimension devient vulnérabilisante lorsqu’elle s’articule à une intolérance à la moindre baisse de rendement.
3. Attentes parentales (Parental Expectations – PE)
Cette sous-échelle (5 items : 1, 11, 15, 20, 26) mesure la perception rétrospective ou actuelle selon laquelle les figures parentales ont fixé des standards démesurément élevés et exigeaient une performance sans faille (« Mes parents s’attendaient à ce que j’excelle en tout »). Elle renvoie aux sources développementales du schéma de perfectionnisme imposé de l’extérieur.
4. Critiques parentales (Parental Criticism – PC)
Constituée de 4 items (3, 5, 22, 35), elle évalue le sentiment d’avoir été puni, rejeté, incompris ou soumis à une désapprobation constante lors de l’enfance en cas de non-atteinte de la perfection (« Enfant, j’étais puni si je faisais les choses de manière imparfaite »). Cette dimension capture l’intériorisation d’un regard parental punitif et invalidant.
5. Doute par rapport aux actions (Doubts about Actions – D)
Cette dimension (4 items : 17, 28, 32, 33) mesure la sensation chronique et intrusive qu’une tâche n’a pas été accomplie de manière satisfaisante ou complète, incitant l’individu à vérifier indéfiniment son travail ou à douter de ses propres capacités (« Même lorsque je fais quelque chose très soigneusement, j’ai souvent l’impression que ce n’est pas tout à fait bien »). Elle partage une proximité phénoménologique directe avec les rituels et doutes obsessionnels décrits par Pierre Janet sous le concept de sentiment d’incomplétude.
6. Organisation (Organization – O)
Regroupant 6 items (2, 7, 8, 27, 29, 31), elle évalue l’importance accordée à l’ordre, au rangement, à la méthode, à la propreté et à la structure minutieuse du quotidien. Fait remarquable, Frost et al. (1990) ont constaté que cette dimension présente de faibles corrélations avec les cinq autres sous-échelles. Pour cette raison méthodologique, le score d’Organisation n’est généralement pas inclus dans le calcul du score total de perfectionnisme de la FMPS, car il représente davantage un style comportemental ou un facteur de personnalité adaptatif (proche de la conscience/méticulosité du modèle Big Five) qu’un indice de souffrance psychique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique de la FMPS s’inscrit à la confluence de la psychologie cognitive, des modèles de l’apprentissage social et de la psychopathologie développementale.
L’héritage de Beck, Burns et Ellis
Dans les fondements de la thérapie cognitive développée par Aaron T. Beck (1976) et Albert Ellis (1962), le perfectionnisme découle de schémas cognitifs inconditionnels rigides structurés sous forme d’injonctions tyranniques (les « shoulds » ou « devoirs » absolus décrits par Karen Horney, 1950). David Burns (1980) a postulé que les perfectionnistes sont des individus dont les critères de performance sont irréalistes, qui s’évaluent exclusivement à travers leurs réussites et dont la vie cognitive est dominée par des distorsions telles que la surgénéralisation et la pensée polarisée.
Frost et ses coauteurs ont formalisé ce postulat en affirmant que le noyau psychopathologique fondamental du perfectionnisme n’est pas simplement la poursuite de standards élevés, mais la sur-réactivité émotionnelle à l’erreur perçue. Pour l’individu perfectionniste inadapté, l’erreur n’est pas une opportunité d’apprentissage mais une menace existentielle invalidant son statut en tant qu’être humain digne d’affection et d’estime.
La dialectique du perfectionnisme normal vs névrotique (Hamachek)
En 1978, Don Hamachek a proposé une distinction théorique fondamentale entre deux formes de perfectionnisme :
- Le perfectionnisme normal (ou adaptatif) : L’individu se fixe des standards d’excellence élevés tout en conservant une souplesse psychologique. Il éprouve du plaisir dans la progression vers ses buts et accepte l’erreur comme inhérente à la condition humaine.
- Le perfectionnisme névrotique (ou inadapté) : L’individu est motivé par la peur panique de l’échec plutôt que par le désir de réussite. Il n’éprouve aucune satisfaction même lors de performances brillantes, car la barre est instantanément relevée ou le résultat attribué à la chance.
La FMPS a opérationnalisé empiriquement ce clivage : alors que les sous-échelles « Exigences personnelles » et « Organisation » peuvent s’associer au versant normal, les sous-échelles « Préoccupation face aux erreurs » et « Doute sur les actions » constituent l’épicentre du versant névrotique.
Les processus de socialisation et d’étiologie développementale
La FMPS s’appuie également sur la théorie de l’attachement et la socialisation parentale. Selon Frost et al., les individus développent des schémas perfectionnistes en réponse à un environnement familial perçu comme conditionnel : l’amour, l’approbation et l’attention des parents ne sont accordés que lorsque l’enfant répond à des critères d’excellence impossibles, accompagnés de punitions ou de retraits d’affection en cas de défaillance. Cela se traduit au niveau psychométrique par le couplage des dimensions PE (Attentes) et PC (Critiques).
Convergence et divergence avec le modèle de Hewitt et Flett
Parallèlement aux travaux de Frost, Paul Hewitt et Gordon Flett (1991) ont conçu la Multidimensional Perfectionism Scale (HF-MPS), axée sur l’orientation interpersonnelle du trait : le perfectionnisme orienté vers soi (Self-Oriented), orienté vers autrui (Other-Oriented) et socialement prescrit (Socially Prescribed). Des recherches comparatives systématiques (Frost et al., 1993) ont démontré de fortes correspondances théoriques : le perfectionnisme socialement prescrit de Hewitt & Flett converge massivement avec les sous-échelles Préoccupation face aux erreurs, Doutes, et Attentes parentales de la FMPS de Frost, attestant de la solidité conceptuelle du domaine.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la FMPS a été rigoureusement établie à travers des centaines d’études empiriques conduites sur des populations non cliniques (étudiants, adolescents, athlètes) et cliniques (patients souffrant de troubles de l’humeur, d’anxiété, de TOC ou d’anorexie).
Validité de construit et validité convergente
Dans l’étude princeps de Frost et al. (1990) ainsi que dans les méta-analyses subséquentes, les sous-échelles de la FMPS présentent des corrélations hautement significatives et cohérentes avec des instruments étalonnés de psychopathologie :
- Dépression : Les sous-échelles CM (Préoccupation face aux erreurs), D (Doute par rapport aux actions) et PC (Critiques parentales) corrèlent positivement et significativement avec l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI; corrélations oscillant entre r = .35 et .55, p < .001).
- Anxiété générale et sociale : La sous-échelle CM montre des corrélations robustes (r > .40) avec l’échelle d’anxiété-trait du STAI (State-Trait Anxiety Inventory) et des échelles de peur de l’évaluation négative (FNE).
- Symptomatologie obsessionnelle compulsive : La sous-échelle Doute par rapport aux actions (D) est très fortement liée aux sous-échelles de vérification et d’incertitude de l’inventaire Maudsley Obsessional-Compulsive Inventory (MOCI) et de l’OCI-R (r allant de .45 à .60).
- Troubles des conduites alimentaires : De multiples études (notamment Bastiani et al., 1995 ; Halmi et al., 2000) révèlent des scores significativement plus élevés chez les patientes anorexiques comparées à des témoins sains sur les dimensions CM, PS et PE, corrélant fortement avec les scores du EDI (Eating Disorder Inventory).
Validité discriminante
La sous-échelle Organisation (O) offre une démonstration magistrale de validité discriminante : elle ne corrèle pas de manière significative avec les indices de psychopathologie générale, de dépression ou d’anxiété (r variant typiquement entre -.08 et .10, non significatif), tout en corrélant positivement avec des mesures d’auto-efficacité, de sentiment de compétence personnelle et de méthodes d’étude structurées.
Validité prédictive et incrémentielle
Des protocoles longitudinaux ont confirmé que la dimension d’« Évaluations négatives de soi » (CM + D) prédit l’augmentation des épisodes dépressifs majeurs lors d’événements de vie stressants (échecs universitaires ou ruptures amoureuses), validant empiriquement le modèle diathèse-stress du perfectionnisme cognitif.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la FMPS, évaluée par sa cohérence interne et sa stabilité temporelle, présente d’excellentes qualités métrologiques documentées à l’échelle internationale.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon initial de Frost et al. (1990) constitué d’étudiantes universitaires (N = 175), le coefficient alpha de Cronbach pour le score global de perfectionnisme (items totaux sans l’Organisation) atteignait .90. Les coefficients des sous-échelles s’établissaient comme suit :
- Préoccupation face aux erreurs (CM) : α = .88 (confirmé à .87 par Stöber, 1998)
- Exigences personnelles élevées (PS) : α = .83 (.78 dans Stöber, 1998)
- Attentes parentales (PE) : α = .84 (.88 dans Stöber, 1998)
- Critiques parentales (PC) : α = .84 (.81 dans Stöber, 1998)
- Doute par rapport aux actions (D) : α = .77 (.73 dans Stöber, 1998)
- Organisation (O) : α = .93 (.86 dans Stöber, 1998)
Dans la validation francophone québécoise de Rhéaume et al. (1995, 2000), les coefficients de consistance interne se sont avérés quasi identiques, oscillant entre .74 (Doute) et .89 (Organisation), confirmant la robustesse inter-linguistique des items.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Les investigations portant sur la stabilité test-retest sur des intervalles variant de 4 semaines à 6 mois démontrent des coefficients de corrélation intra-classe (ICC) et de Pearson élevés, généralement compris entre r = .75 et .88 pour l’ensemble des sous-échelles, confirmant la nature de trait stable du perfectionnisme tel que quantifié par la FMPS.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la FMPS a suscité un corpus de recherche particulièrement riche, donnant lieu à des débats psychométriques sur le nombre de facteurs sous-jacents.
L’Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) originale à 6 facteurs
Lors de sa conceptualisation, Frost et al. (1990) ont soumis les 35 items à une analyse factorielle avec rotation oblique (oblimin), révélant une solution claire en six facteurs expliquant une part prépondérante de la variance totale. Les saturations factorielles étaient particulièrement nettes, chaque item présentant une saturation primaire substantielle (> .45) sur sa dimension théorique respective, avec un faible niveau de saturations croisées.
Le modèle à 4 facteurs de Stöber (1998)
Certains auteurs ont questionné la pertinence de maintenir six facteurs indépendants, notamment en raison des fortes intercorrélations entre certaines dimensions. Joachim Stöber (1998) a publié une réanalyse psychométrique majeure de la FMPS (The Frost Multidimensional Perfectionism Scale Revisited) à partir d’échantillons universitaires étendus. En combinant analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, Stöber a démontré qu’un modèle à 4 facteurs offrait un ajustement statistique supérieur :
- Facteur 1 : Préoccupation face aux erreurs et doutes (CMDA / CMD) : Fusion des sous-échelles CM et D (items 5, 6, 8, 12, 13, 15, 18, 21, 22, 23 de la version abrégée/réduite de 24 items).
- Facteur 2 : Attentes et critiques parentales (PEPC) : Regroupement des items PE et PC (items 1, 2, 7, 9, 16, 24).
- Facteur 3 : Exigences personnelles (PS) : Conservation des standards élevés intrapersonnels (items 10, 11, 14, 20).
- Facteur 4 : Organisation (ORG) : Maintien intact des aspects d’ordre et de méthode (items 3, 4, 17, 19).
Ce modèle à 4 dimensions résout le problème de colinéarité excessive entre les variables parentales et entre les aspects d’anxiété d’erreur et de doute.
Modèles hiérarchiques d’ordre supérieur (Bieling et al., 2004)
D’autres analyses confirmatoires (notamment Bieling, Israeli & Antony, 2004) ont mis en lumière une organisation hiérarchique du second ordre scindant la FMPS en deux grands méta-facteurs :
- Perfectionnisme inadapté / Préoccupations évaluatives (Evaluative Concerns) : Regroupe CM, D, PE et PC. Ce méta-facteur capture l’inadaptation psychologique, la détresse émotionnelle, les schémas d’échec et les pensées automatiques négatives.
- Perfectionnisme adaptatif / Efforts positifs (Positive Striving) : Regroupe PS et O. Ce méta-facteur capture la recherche d’excellence, le sens de l’organisation, l’orientation vers la tâche et la motivation intrinsèque.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nature de l’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique multidimensionnelle (auto-rapporté).
- Nombre total d’items : 35 items formulés sous la forme d’affirmations à la première personne du singulier.
- Format de passation : Format papier-crayon ou administration informatisée/numérique interactive.
- Temps d’administration : Environ 10 à 15 minutes.
- Population cible : Adolescents (à partir de 12-14 ans avec instructions adaptées) et adultes issus de la population générale ou clinique.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points, ancrée de la manière suivante :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree) / Pas du tout vrai (Not at all true)
- 2 = Partiellement en désaccord / Peu vrai
- 3 = Neutre / Moyennement vrai
- 4 = Partiellement d’accord / Assez vrai
- 5 = Fortement d’accord (Strongly agree) / Tout à fait vrai (Very true)
- Cotation et calcul des scores :
- Scores des sous-échelles : Les scores s’obtiennent par la somme brute ou la moyenne des items assignés à chaque dimension :
- Préoccupation face aux erreurs (CM) : Items 9, 10, 13, 14, 18, 21, 23, 25, 34 (étendue : 9 à 45).
- Exigences personnelles (PS) : Items 4, 6, 12, 16, 19, 24, 30 (étendue : 7 à 35).
- Attentes parentales (PE) : Items 1, 11, 15, 20, 26 (étendue : 5 à 25).
- Critiques parentales (PC) : Items 3, 5, 22, 35 (étendue : 4 à 20).
- Doutes par rapport aux actions (D) : Items 17, 28, 32, 33 (étendue : 4 à 20).
- Organisation (O) : Items 2, 7, 8, 27, 29, 31 (étendue : 6 à 30).
- Score Global de Perfectionnisme (FMPS Total) : Calculé en effectuant la somme des cinq sous-échelles CM + PS + PE + PC + D (soit 29 items au total, échelle allant de 29 à 145). Règle standard : Le score de la sous-échelle Organisation (O) est exclu du score total en raison de sa nature psychométrique non pathologique.
- Scores des sous-échelles : Les scores s’obtiennent par la somme brute ou la moyenne des items assignés à chaque dimension :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1990 (Cognitive Therapy and Research).
- Statut des droits d’auteur : Le questionnaire original a été publié dans une revue universitaire évaluée par les pairs à des fins scientifiques. Les items sont largement reproduits dans la littérature académique internationale.
- Frais d’utilisation : L’utilisation de l’instrument est entièrement libre de droits et gratuite pour la recherche académique, l’enseignement universitaire, les thèses doctorales et l’évaluation clinique non commerciale.
- Conditions de reproduction et d’usage commercial : Toute intégration de l’échelle au sein d’une plateforme logicielle commerciale payante, d’une solution de recrutement pour entreprises ou d’un manuel édité à but lucratif requiert l’autorisation expresse des détenteurs originaux des droits d’auteur et de l’éditeur de la revue source (Springer Nature / Plenum Publishing). Pour toute étude scientifique, il convient de citer adéquatement l’article princeps de Frost et al. (1990).
12. Références / References
Les références ci-dessous regroupent les publications séminales et les études de validation psychométrique majeures concernant la FMPS :
- Bastiani, A. M., Rao, R., Weltzin, T., & Kaye, W. H. (1995). Perfectionism in anorexia nervosa. International Journal of Eating Disorders, 17(2), 147-152. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(03)00235-6
- Burns, D. D. (1980). The perfectionist’s script for self-defeat. Psychology Today, 14(6), 34-52.
- Frost, R. O., Marten, P., Lahart, C., & Rosenblate, R. (1990). The dimensions of perfectionism. Cognitive Therapy and Research, 14(5), 449-468. https://doi.org/10.1007/BF01172967
- Frost, R. O., Heimberg, R. G., Holt, C. S., Mattia, J. I., & Neubauer, A. L. (1993). A comparison of two measures of perfectionism. Personality and Individual Differences, 14(1), 119-126. https://doi.org/10.1016/0191-8869(93)90181-2
- Halmi, K. A., Sunday, S. R., Strober, M., Kaplan, A., Woodside, D. B., Fichter, M., Treasure, J., Berrettini, W. H., & Kaye, W. H. (2000). Perfectionism in anorexia nervosa: Variation by clinical subtype, obsessionality, and pathological eating behavior. American Journal of Psychiatry, 157(11), 1799-1805. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.157.11.1799
- Hamachek, D. E. (1978). Psychodynamics of normal and neurotic perfectionism. Psychology: A Journal of Human Behavior, 15(1), 27-33.
- Hawkins, C. C., Watt, H. M. G., & Sinclair, K. E. (2006). Psychometric properties of the Frost Multidimensional Perfectionism Scale with Australian adolescent girls. Educational and Psychological Measurement, 66(6), 1001-1021. https://doi.org/10.1177/0013164406288168
- Hewitt, P. L., & Flett, G. L. (1991). Perfectionism in deficits in self-worth, and depressive symptoms: Cognitive and social aspects. Journal of Counseling Psychology, 38(1), 98-101. https://doi.org/10.1037/0022-0167.38.1.98
- Khawaja, N. G., & Armstrong, K. A. (2005). Factor structure and psychometric properties of the Frost Multidimensional Perfectionism Scale: Developing shorter versions using an Australian sample. Australian Journal of Psychology, 57(2), 129-138. https://doi.org/10.1080/00049530500048704
- Rhéaume, J., Freeston, M. H., Dugas, M. J., Letarte, H., & Ladouceur, R. (1995). Perfectionism, responsibility and obsessive-compulsive symptoms. Behaviour Research and Therapy, 33(7), 785-794. https://doi.org/10.1016/0005-7967(95)00017-V
- Rhéaume, J., Ladouceur, R., & Freeston, M. H. (2000). The Frost Multidimensional Perfectionism Scale: Psychometric properties and validation in a French-speaking sample. European Review of Applied Psychology, 50(2), 241-248.
- Stöber, J. (1998). The Frost Multidimensional Perfectionism Scale: More perfect with four (instead of six) dimensions. Personality and Individual Differences, 24(4), 481-491. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(97)00207-9
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: Please indicate how much you agree or disagree with each of the following statements using the rating scale from 1 (Strongly disagree / Not at all true) to 5 (Strongly agree / Very true).
[Subscale Key: CM = Concern over Mistakes, PS = Personal Standards, PE = Parental Expectations, PC = Parental Criticism, D = Doubts about actions, O = Organization]
- My parents set very high standards for me. [PE]
- Organization is very important to me. [O]
- As a child, I was punished for doing things less than perfect. [PC]
- If I do not set the highest standards for myself, I am likely to end up a second-rate person. [PS]
- My parents never tried to understand my mistakes. [PC]
- It is important to me that I am thoroughly competent in everything I do. [PS]
- I am a neat person. [O]
- I try to be an organized person. [O]
- If I fail at work/school, I am a failure as a person. [CM]
- I should be upset if I make a mistake. [CM]
- My parents wanted me to do the best at everything. [PE]
- I set higher goals than most people. [PS]
- If someone does a task at work/school better than I, then I feel like I failed the whole task. [CM]
- If I fail partly, it is as bad as being a complete failure. [CM]
- Only outstanding performance is good enough in my family. [PE]
- I am very good at focusing my efforts on attaining a goal. [PS]
- Even when I do something very carefully, I often feel that it is not quite right. [D]
- I hate being less than the best at things. [CM]
- I have extremely high goals. [PS]
- My parents have expected excellence from me. [PE]
- People will probably think less of me if I make a mistake. [CM]
- I never felt like I could meet my parents’ expectations. [PC]
- If I do not as well as other people, it means I am an inferior human being. [CM]
- Other people seem to accept lower standards than I do. [PS]
- If I do not do well all the time, people will not respect me. [CM]
- My parents have always had higher expectations for my future than I have. [PE]
- I try to be a neat person. [O]
- I usually have doubts about the simple everyday things I do. [D]
- Neatness is very important to me. [O]
- I expect higher performance in my daily tasks than most people. [PS]
- I am an organized person. [O]
- I tend to get behind in my work because I repeat things over and over. [D]
- It takes me a long time to do something « right. » [D]
- The fewer mistakes I make, the more people will like me. [CM]
- I never felt like I could meet my parents’ standards. [PC]