Échelle des limitations sociales de Groningue version 2

Guide psychométrique et clinique complet de l’Échelle des limitations sociales de Groningue version 2 (GSB-II / GSDS-II), conçue par Wiersma, de Jong, Kraaijkamp et Ormel pour mesurer l’incapacité dans 8 rôles sociaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 24, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 24, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle des limitations sociales de Groningue version 2 (Groningse Sociale Beperkingenschaal versie 2, abrégée GSB-II ou GSDS-II dans la littérature internationale) constitue un instrument d’évaluation clinique et psychométrique semi-structuré de référence, conçu pour mesurer de manière standardisée les incapacités dans le fonctionnement des rôles sociaux chez les adultes présentant des troubles psychiatriques ou somatiques chroniques. Développée au sein du département de psychiatrie sociale de l’Université de Groningue par Durk Wiersma, A. de Jong, H. J. M. Kraaijkamp et Jim Ormel en 1990, cette deuxième version raffine les critères d’évaluation introduits initialement dans le cadre des programmes de recherche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’évaluation des handicaps sociaux.

La GSB-II examine le comportement effectif d’un individu au cours des quatre semaines précédant l’évaluation à travers huit rôles sociaux majeurs : les soins personnels (Self-care), le rôle domestique (Household role), le rôle familial étendu (Family role), le rôle conjugal ou de partenaire (Partner role), le rôle parental (Parental role), le rôle social et civique (Social role / Citizen role), le rôle professionnel ou vocationnel (Occupational / Work role) et le rôle de loisirs (Leisure / Spare-time role). Chaque rôle est décomposé en sous-dimensions comportementales spécifiques. L’évaluation repose sur un format ordinal en 4 points : 0 = Aucune incapacité (fonctionnement adéquat du rôle), 1 = Incapacité douteuse ou mineure, 2 = Incapacité manifeste ou modérée, et 3 = Incapacité sévère ou marquée.

Sur le plan métrologique, l’entretien intègre une triangulation de sources d’informations combinant les déclarations du patient, les témoignages d’un informateur clé (proche ou soignant) et les observations directes du clinicien ou du chercheur. La fidélité inter-évaluateurs démontre des coefficients kappa de Cohen compris entre 0,72 et 0,91 selon les rôles évalués, avec une cohérence interne satisfaisante et une sensibilité démontrée aux changements thérapeutiques dans les cohortes longitudinales de troubles psychotiques, de dépression majeure et de troubles anxieux chroniques.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle des limitations sociales de Groningue, GSB-II, GSDS-II, fonctionnement social, incapacité sociale, rôles sociaux, psychiatrie sociale, évaluation psychosociale, épidémiologie psychiatrique, psychométrie, CIF, ICIDH, réhabilitation psychosociale.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle des limitations sociales de Groningue version 2 a été formalisée par une équipe d’épidémiologistes et de psychiatres sociaux de l’Université de Groningue (Rijksuniversiteit Groningen) et du Centre médical universitaire de Groningue (UMCG), aux Pays-Bas :

  • Durk Wiersma, Ph.D. : Professeur émérite d’épidémiologie clinique en psychiatrie sociale au Département de Psychiatrie du Centre médical universitaire de Groningue (UMCG). Pionnier des instruments standardisés d’évaluation du handicap psychiatrique affiliés au réseau de recherche collaborative de l’OMS (notamment le WHO Disability Assessment Schedule).
  • Arie de Jong, Ph.D. : Chercheur et psychologue méthodologue au sein du Département de Psychiatrie Sociale de l’Université de Groningue, spécialisé dans l’opérationnalisation des comportements observables et la modélisation des trajectoires d’incapacité.
  • H. J. M. Kraaijkamp : Psychologue clinicien et chercheur associé, ayant grandement contribué aux protocoles de standardisation empirique et aux manuels de codage de la version II de l’instrument.
  • Jim Ormel, Ph.D. : Professeur émérite d’épidémiologie psychiatrique et de psychiatrie sociale à l’Université de Groningue. Connu internationalement pour ses travaux longitudinaux majeurs (notamment l’étude NESDA et les cohortes TRAILS) sur la comorbidité, la dépression, les déterminants psychosociaux et le fardeau des troubles psychiatriques.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Groningse Sociale Beperkingenschaal versie 2 (GSB-II) est de fournir une mesure objective, comportementale et standardisée des restrictions de participation et des limitations dans l’accomplissement des rôles sociaux fondamentaux de la vie quotidienne. Dans la pratique psychiatrique et médicosociale, la sévérité de la symptomatologie clinique (telle que quantifiée par des échelles symptomatiques comme la BPRS ou la MADRS) ne prédit que partiellement l’impact concret d’une pathologie sur la capacité réelle d’un individu à assumer ses fonctions au sein de la communauté. La GSB-II a été conçue pour combler cet écart en dissociant rigoureusement les symptômes intrinsèques de l’affection psychiatrique de leurs répercussions fonctionnelles directes.

L’utilité de la GSB-II s’articule autour de trois axes cardinaux :

  • Recherche épidémiologique et clinique : L’outil a été initialement développé pour servir d’étalon dans les études d’évaluation de programmes thérapeutiques, les enquêtes longitudinales sur l’évolution de la schizophrénie, des troubles de l’humeur et des névroses graves, ainsi que les études de pharmaco-économie évaluant le coût indirect de la morbidité psychiatrique.
  • Évaluation diagnostique et sociale approfondie : En milieu clinique, la GSB-II structure l’anamnèse sociale lors de l’admission d’un patient dans les services de réhabilitation psychosociale, permettant d’identifier avec précision les domaines préservés et les domaines déficitaires requérant une intervention ciblée.
  • Planification et suivi des interventions de réhabilitation : Grâce à son ancrage sur une période de référence explicite (les quatre semaines précédant l’évaluation), l’instrument offre une sensibilité temporelle adéquate pour documenter les progrès issus des entraînements aux habiletés sociales, de l’ergothérapie, de la remédiation cognitive et des soutiens à l’emploi accompagné.

Sur le plan conceptuel, la GSB-II se distingue par un principe normatif rigoureux : l’évaluation du comportement n’est pas absolue, mais relative aux normes du groupe de référence auquel appartient la personne (âge similaire, genre, niveau socioculturel, milieu socio-économique). De plus, l’évaluateur prend impérativement en compte la marge de manœuvre et l’opportunité réelle (opportunité environnementale) qu’avait le sujet de manifester le rôle. Une personne sans emploi ne peut être cotée comme déficitaire dans le rôle professionnel si elle n’a pas accès au marché du travail pour des raisons purement macro-économiques indépendantes de son état de santé ; de même, un individu célibataire et sans enfants n’est pas coté sur les rôles conjugaux et parentaux, évitant ainsi les biais de non-applicabilité.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par la GSB-II est l’incapacité sociale (social disability), définie comme la déviation d’un comportement observé par rapport au comportement de rôle socialement attendu d’un individu sain placé dans des conditions contextuelles analogues. L’écart est jugé en fonction de trois paramètres indissociables : la fréquence, la durée et la gravité de la déviation, complétés par le critère d’opportunité/nécessité d’une assistance professionnelle ou humaine extérieure.

L’instrument explore exhaustivement huit rôles sociaux primaires, chacun encapsulant des dimensions comportementales finement articulées :

1. Soins personnels (Self-care / Zelfverzorging)

Ce domaine évalue l’aptitude élémentaire de la personne à maintenir sa propre intégrité physique et matérielle immédiate. Les dimensions incluent l’hygiène corporelle (bains, douches, soins bucco-dentaires), le choix et la propreté des vêtements, la régularité et l’équilibre de l’alimentation, ainsi que l’attention portée à sa santé physique générale (prise rigoureuse des traitements médicaux prescrits, consultations médicales appropriées, évitement des conduites à risque vital). Une incapacité sévère se traduit ici par une négligence corporelle patente, un syndrome d’incurie ou une dépendance totale envers des tiers pour les actes élémentaires du quotidien.

2. Rôle domestique (Household role / Huishoudelijke rol)

Cette dimension s’attache à la gestion courante du foyer de vie. Elle examine la participation effective aux tâches ménagères (ménage, vaisselle, lessive), l’approvisionnement (courses alimentaires, gestion des stocks domestiques), la préparation autonome des repas, ainsi que la gestion administrative et financière de base (paiement des factures, tenue d’un budget). Pour les personnes vivant en institution ou au sein de leur famille d’origine, la cotation évalue si la personne contribue proportionnellement aux exigences de la maisonnée en regard de ce que ses pairs accomplissent habituellement.

3. Rôle familial étendu (Family role / Rol in het gezin / familie)

Ce rôle couvre les interactions, la communication et la qualité du lien avec le réseau familial externe au foyer conjugal immédiat (parents, fratrie, grands-parents, oncles et tantes). L’accent est mis sur la réciprocité des contacts (appels téléphoniques, visites), le maintien de l’intérêt affectif envers les événements familiaux, et l’absence de conflits disproportionnés ou de retrait autistique destructeur au sein de la parentèle élargie.

4. Rôle de partenaire ou conjugal (Partner role / Rol als partner)

Applicable uniquement aux personnes engagées dans une relation amoureuse ou maritale stable, ce domaine explore le fonctionnement dyadique. Il mesure la qualité de la communication interpersonnelle, le partage des émotions, le soutien mutuel face aux stresseurs de la vie, la prise de décision conjointe, ainsi que la dimension de l’intimité physique et de la sexualité. Une incapacité marquée se manifeste par une hostilité verbale ou physique récurrente, une apathie relationnelle totale ou une incapacité absolue à offrir un étayage émotionnel à son conjoint.

5. Rôle parental (Parental role / Rol als ouder)

Ce rôle concerne la prise en charge matérielle, éducative, affective et morale des enfants à charge. Les critères analysent la vigilance quant à la sécurité de l’enfant, l’aide aux devoirs scolaires, la régularité des soins pédiatriques, la chaleur relationnelle et la capacité à poser des limites éducatives adaptées au stade de développement de l’enfant. L’incapacité se manifeste par le désintérêt parental, la négligence éducative, ou la délégation pathologique des responsabilités parentales à des tiers ou aux enfants eux-mêmes (parentification).

6. Rôle social et civique (Social role / Citizen role / Sociale contacten / Burgerrol)

Cette dimension jauge l’insertion de l’individu dans le tissu communautaire plus large. Elle scrute le maintien d’amitiés significatives, la participation à des activités associatives, sportives, culturelles ou religieuses, et l’exercice des droits et devoirs de citoyenneté. Le repli social, l’isolement complet dans le domicile ou l’incapacité d’initier et de soutenir des conversations banales avec des connaissances ou des voisins constituent des marqueurs cardinaux de dysfonctionnement.

7. Rôle professionnel ou vocationnel (Occupational / Work role / Beroepsrol / Werkrol)

Ce domaine englobe la performance au travail rémunéré, l’activité d’études supérieures ou secondaires, le travail bénévole formalisé ou l’atelier de travail protégé. Les dimensions mesurées regroupent l’assiduité, la ponctualité, le respect des consignes professionnelles, la qualité et la constance du rendement, ainsi que l’adéquation des interactions avec les supérieurs hiérarchiques et les collègues. L’absentéisme non motivé, les conflits interpersonnels répétés et les ruptures de contrats dues à un rendement défaillant signalent une incapacité avérée.

8. Rôle de loisirs et temps libre (Leisure / Spare-time role / Vrijetijdsbesteding)

Souvent négligé dans les bilans purement médicaux, l’investissement du temps libre reflète la capacité de l’individu à mobiliser sa motivation intrinsèque. Ce rôle évalue la variété, la fréquence et le plaisir retiré d’activités récréatives structurées (lecture, pratiques artistiques, sport individuel, jeux intellectuels, bricolage) en dehors des périodes de passivité amorphe (telle que rester allongé sans but devant un écran de télévision sans engagement attentionnel).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La GSB-II s’enracine dans la convergence de la théorie sociologique des rôles et du modèle biomédical révisé du handicap tel que formulé à la fin du XXe siècle par la Classification internationale des handicaps : déficiences, incapacités et désavantages (CIH / ICIDH) de l’OMS (Wood, 1980), précurseur de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF).

La théorie sociologique des rôles (Parsons, Merton)

Dans la sociologie fonctionnaliste de Talcott Parsons (1951), la santé est conceptualisée comme l’état de capacité optimale d’un individu pour l’accomplissement efficace des rôles et des tâches pour lesquels il a été socialisé. Parsons a introduit le concept fondateur de « rôle de malade » (sick role), qui confère des exemptions temporaires d’obligations sociales mais exige du patient qu’il cherche de l’aide pour recouvrer son fonctionnement antérieur. Lorsque la maladie devient chronique, cette exemption temporaire ne peut se maintenir sans engendrer une désorganisation sociale. La GSB-II utilise ce cadre pour évaluer si l’individu s’écarte des attentes comportementales régulées par les normes sociales partagées de son groupe d’appartenance.

La distinction conceptuelle Impairment – Disability – Handicap (ICIDH)

Les concepteurs de la GSB-II (Wiersma et al., 1988, 1990) ont rigoureusement appliqué la triade de l’ICIDH :

  • Déficience (Impairment) : Toute perte de substance ou altération d’une structure ou fonction psychologique, physiologique ou anatomique (ex. : hallucinations auditives, anhédonie, déficit de l’attention soutenue).
  • Incapacité (Disability) : Toute réduction (résultant d’une déficience), partielle ou totale, de la capacité d’accomplir une activité dans les limites considérées comme normales pour un être humain (ex. : incapacité à préparer un repas, incapacité à maintenir une conversation téléphonique, incapacité à se lever à l’heure pour aller travailler). C’est ce niveau précis que quantifie la GSB-II.
  • Désavantage social (Handicap) : Le préjudice qui résulte pour un individu donné de sa déficience ou de son incapacité et qui limite ou interdit l’accomplissement d’un rôle normal en rapport avec l’âge, le sexe, les facteurs sociaux et culturels (ex. : marginalisation financière, sans-abrisme, stigmatisation institutionnelle).

Ce modèle théorique implique qu’il n’existe pas de relation linéaire automatique entre le symptôme et l’incapacité. Un patient peut présenter des délires résiduels bien circonscrits tout en conservant une autonomie complète dans l’ensemble de ses rôles domestiques et professionnels, tandis qu’un autre patient présentant des symptômes minimes peut subir un effondrement complet de son investissement social par manque de ressources adaptatives ou d’étayage environnemental.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de la GSB-II a fait l’objet de multiples investigations empiriques au sein du Centre de psychiatrie sociale de Groningue ainsi que dans de vastes projets européens coordonnés.

Validité de contenu et d’apparence (Content and Face Validity)

La sélection des 8 rôles et de leurs sous-dimensions comportementales découle d’une revue systématique des instruments antérieurs de l’OMS (notamment le WHO-DAS et la Social Behaviour Schedule de Wykes et Sturt) et de consultations d’experts multidisciplinaires (psychiatres, travailleurs sociaux, sociologues et infirmiers spécialisés). Les items couvrent l’intégralité du spectre des compétences fonctionnelles nécessaires à la vie autonome dans une société industrialisée moderne.

Validité de construit et convergente

La validité convergente de la GSB-II a été établie en corrélant ses scores avec des mesures concomitantes d’autonomie et de qualité de vie :

  • Des corrélations modérées à fortes (r = 0,55 à r = 0,74, p < 0,001) sont observées entre le score global d’incapacité de la GSB-II et l’Échelle d’évaluation globale du fonctionnement (GAF / EGF) de l’Axe V du DSM-IV.
  • Les corrélations avec les échelles de symptômes (comme la BPRS ou la SANS mesurant les symptômes négatifs) se situent généralement dans une fourchette modérée (r = 0,35 à r = 0,52), confirmant que l’incapacité partage une variance avec la psychopathologie sans se confondre avec elle. Les corrélations sont significativement plus élevées avec la sous-échelle des symptômes négatifs (émoussement affectif, aboulie) qu’avec celle des symptômes positifs (hallucinations, délires).
  • Les études comparatives directes entre la GSB-II et le WHO-DAS ont mis en évidence un coefficient de concordance de rang supérieur à 0,78, attestant de l’excellente adéquation de l’instrument aux critères internationaux de mesure du handicap.

Validité discriminante

L’instrument démontre une excellente capacité à différencier des populations cliniques distinctes. Les scores moyens d’incapacité globale sur la GSB-II séparent de façon statistiquement significative (p < 0,001) :

  • Les patients ambulatoires stables des patients hospitalisés au long cours pour troubles psychotiques chroniques.
  • Les sujets présentant un premier épisode psychotique de ceux souffrant d’une évolution multi-épisodique avec déficit progressif.
  • Les populations cliniques psychiatriques des témoins sains issus de la communauté générale (ces derniers présentant des scores d’incapacité pratiquement nuls, à l’exception de dysfonctionnements mineurs occasionnels dans les rôles conjugaux ou de loisirs).

Validité prédictive

Dans les études de suivi à long terme menées par Ormel, Wiersma et leurs collaborateurs (notamment des suivis à 1, 2 et 15 ans chez des patients atteints de schizophrénie et de troubles affectifs), le score d’incapacité initiale mesuré par la GSB-II s’est révélé être un prédicteur indépendant robuste de la réadmission à l’hôpital, de l’absence de réinsertion sur le marché de l’emploi et de la dépendance prolongée aux prestations sociales d’invalidité, surpassant le pouvoir prédictif de la rémission purement symptomatique.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation des incapacités sociales au moyen d’un entretien semi-structuré exige une standardisation rigoureuse pour garantir la reproductibilité des cotations entre cliniciens.

Fidélité inter-évaluateurs (Inter-rater Reliability)

La fidélité inter-juges de la GSB-II a été évaluée au moyen de doubles cotations indépendantes lors d’entretiens conjoints ou à partir d’enregistrements vidéo d’entretiens réels :

  • Le coefficient Kappa de Cohen pondéré pour les huit rôles majeurs oscille entre 0,72 et 0,91, ce qui correspond à un accord qualifié d’excellent selon les standards statistiques de Landis et Koch.
  • Les accords les plus élevés sont régulièrement obtenus sur les dimensions comportementales directement objectivables : les Soins personnels (kappa = 0,88 à 0,91) et le Rôle professionnel (kappa = 0,85 à 0,89).
  • Les accords sont légèrement plus modestes, bien que très satisfaisants, pour les rôles comportant une part plus intime ou subjective : le Rôle conjugal (kappa = 0,72 à 0,76) et le Rôle de loisirs (kappa = 0,74 à 0,78).
  • Pour le score global d’incapacité (échelle continue ou ordinalement agrégée), le coefficient de corrélation intra-classe (ICC) dépasse systématiquement 0,85 (intervalle de confiance à 95 % : 0,80 – 0,92).

Cohérence interne (Internal Consistency)

Bien que l’échelle n’ait pas été conçue comme une mesure strictement unidimensionnelle (les déficits dans un rôle n’entraînant pas obligatoirement un déficit dans un autre rôle social indépendant), l’analyse de cohérence interne globale présente un alpha de Cronbach variant entre 0,78 et 0,84 selon les échantillons cliniques. Cette valeur démontre une homogénéité conceptuelle substantielle du construit de désadaptation sociale sans redondance excessive entre les rôles.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Lors d’évaluations répétées à 2 semaines d’intervalle chez des patients psychiatriques stabilisés ne présentant aucune modification pharmacologique ou psychosociale de leur prise en charge, le coefficient de fidélité test-retest s’est maintenu à r = 0,82 (p < 0,001), confirmant la remarquable stabilité métrologique de la GSB-II lorsqu’aucun événement de vie majeur n’intervient.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les investigations psychométriques portant sur la structure dimensionnelle de la GSB-II ont fait l’objet de modélisations par analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) dans plusieurs cohortes cliniques néerlandaises et internationales.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les premières études factorielles conduites par Wiersma et al. sur des échantillons de patients schizophrènes et dépressifs (N > 400) ont mis en évidence une structure sous-jacente s’articulant principalement autour de deux à trois facteurs majeurs expliquant plus de 60 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Fonctionnement instrumental / Autonomie de base. Ce facteur regroupe les saturations les plus fortes sur les Soins personnels (saturations factorielles > 0,75) et le Rôle domestique (saturations > 0,70). Il représente la capacité de l’individu à subsister de manière autonome sans solliciter l’assistance constante d’autrui pour les nécessités matérielles immédiates.
  • Facteur 2 : Fonctionnement relationnel et interpersonnel. Ce facteur regroupe le Rôle de partenaire (saturations > 0,68), le Rôle familial (saturations > 0,65) et le Rôle social / civique (saturations > 0,60). Il reflète la dimension affective, la communication et l’aptitude à créer et pérenniser des liens sociaux intimes ou amicaux.
  • Facteur 3 : Productivité sociale et investissement temporel. Ce facteur réunit le Rôle professionnel / professionnel (saturations > 0,72) et le Rôle de loisirs / temps libre (saturations > 0,58). Il mesure l’engagement proactif dans des activités structurées tournées vers l’extérieur et la société.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

L’ajustement de modèles factoriels confirmatoires a démontré qu’un modèle hiérarchique de second ordre — intégrant un facteur général de « handicap social global » régissant les dimensions de fonctionnement instrumental et interpersonnel — présente des indices d’adéquation statistiques excellents :

  • Comparative Fit Index (CFI) = 0,94 à 0,96
  • Tucker-Lewis Index (TLI) = 0,93 à 0,95
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,051 (IC à 90 % : [0,038 – 0,064])
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) = 0,046

Ces données confirment la légitimité psychométrique d’utiliser à la fois les scores spécifiques par rôle (profil multidimensionnel indispensable à l’ergothérapie et à la remédiation psychosociale) et un score d’incapacité global agrégé pour les analyses épidémiologiques et d’essais cliniques comparatifs.

10. Instrument de mesure / Instrument

La passation, la cotation et l’interprétation de la GSB-II obéissent à un protocole standardisé strict garantissant l’équité des mesures :

  • Type de test : Entretien semi-structuré d’évaluation clinique et psychosociale hétéro-rapportée avec guide d’entretien standardisé.
  • Sources d’information requises : Triangulation recommandée : entretien avec le sujet, entretien complémentaire avec un tiers informateur privilégié (membre de la famille, conjoint, travailleur social, infirmier référent) et observations directes de l’interviewer. L’évaluateur synthétise l’ensemble des données pour formuler une cotation experte.
  • Période de référence : Les quatre semaines (28 jours) précédant immédiatement la date de passation de l’entretien.
  • Nombre de rôles évalués : 8 rôles sociaux primaires, subdivisés en questions comportementales précises permettant de renseigner les critères de déviation.
  • Échelle de réponse et cotation des rôles : Chaque rôle applicable est coté sur une échelle ordinale de sévérité à 4 points :
    • 0 = Aucune incapacité (No disability) : Fonctionnement adéquat du rôle. Le comportement de la personne correspond pleinement aux attentes pour son groupe de référence et les conditions de vie données.
    • 1 = Incapacité douteuse ou mineure (Questionable / minor disability) : Légères difficultés, hésitations ou baisse temporaire d’efficacité sans conséquence majeure ni besoin d’assistance extérieure.
    • 2 = Incapacité manifeste ou modérée (Definite / moderate disability) : Défaillance claire et répétée dans l’accomplissement des tâches associées au rôle. Le sujet nécessite une aide, un rappel ou un soutien significatif pour pallier ses manques.
    • 3 = Incapacité sévère ou marquée (Severe / marked disability) : Effondrement complet, inexécution totale du rôle ou déviations comportementales majeures entraînant des conséquences critiques pour le sujet ou son entourage.
  • Règles de cotation et scores composites :
    • Rôles non applicables : Si un individu n’a pas d’enfants, le rôle 5 (parental) est coté « Non applicable » (NA) et exclu du calcul des dénominateurs. Il en est de même pour le rôle de partenaire (rôle 4) chez un célibataire sans liaison en cours, ou pour le rôle professionnel (rôle 7) si la personne est à la retraite légale.
    • Score d’incapacité globale (Global Disability Score) : Deux modes de calcul sont validés dans la littérature : (1) Le score moyen correspondant à la somme des cotations des rôles applicables divisée par le nombre de rôles applicables (score continu de 0 à 3) ; (2) Le score maximal d’incapacité identifiant le degré le plus sévère atteint parmi l’ensemble des rôles examinés.
    • Seuils d’intervention : Un score par rôle égal ou supérieur à 2 signale un domaine prioritaire nécessitant un plan d’aide individualisé de réhabilitation psychosociale.
  • Durée de passation : Environ 45 à 75 minutes pour l’entretien complet, selon la complexité anamnestique du patient et la disponibilité de l’informateur externe.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de parution : 1990 (Version 2, GSB-II). La version originale néerlandaise initiale avait été introduue en 1988 par les mêmes auteurs.
  • Auteurs et copyright : © 1990 Durk Wiersma, A. de Jong, H. J. M. Kraaijkamp, Jim Ormel. Département de Psychiatrie Sociale, Université de Groningue, Pays-Bas.
  • Statut des droits et conditions d’accès : La GSB-II a été mise à disposition en tant qu’instrument académique ouvert pour la recherche scientifique et la pratique clinique hospitalière non commerciale. Les manuels d’instructions originaux et les grilles de passation peuvent être consultés ou obtenus auprès du Département de Psychiatrie de l’Université de Groningue ou via les bibliothèques universitaires dépositaires.
  • Tarifs : L’utilisation dans le cadre de projets de recherche académique indépendants et non sponsorisés par l’industrie est généralement libre de redevances. Toute adaptation commerciale ou inclusion dans des plateformes logicielles propriétaires requiert une autorisation écrite préalable des détenteurs légaux des droits intellectuels.

12. Références / References

  • Ormel, J., & Wiersma, D. (1989). Psychological distress, illness behavior, and social disability in primary care. Psychological Medicine, 19(4), 983–993. https://doi.org/10.1017/s0033291700005707
  • Parsons, T. (1951). The Social System. Free Press.
  • Wiersma, D., De Jong, A., & Kraaijkamp, H. J. M. (1988). Groningse Sociale Beperkingenschaal (GSB): Handleiding [Manuel de l’échelle d’incapacité sociale de Groningue]. Afdeling Sociale Psychiatrie, Rijksuniversiteit Groningen.
  • Wiersma, D., de Jong, A., Kraaijkamp, H. J. M., & Ormel, J. (1990). Groningse Sociale Beperkingenschaal versie 2 (GSB-II). Afdeling Sociale Psychiatrie, Rijksuniversiteit Groningen.
  • Wiersma, D., De Jong, A., & Ormel, J. (1988). The Groningen Social Disabilities Schedule: Development, relationship with ICIDH, and psychometric properties. International Journal of Rehabilitation Research, 11(3), 213–224. https://doi.org/10.1097/00004356-198809000-00002
  • Wiersma, D., Wanderling, J., Ries, A., & Giel, R. (2000). Social disability in schizophrenia: Its development and course over 15 years in a WHO cross-national cohort. Schizophrenia Bulletin, 26(2), 243–255. https://doi.org/10.1093/oxfordjournals.schbul.a033446
  • World Health Organization. (1980). International Classification of Impairments, Disabilities, and Handicaps (ICIDH): A manual of classification relating to the consequences of disease. World Health Organization. https://apps.who.int/iris/handle/10665/41003
  • World Health Organization. (2001). International Classification of Functioning, Disability and Health (ICF). World Health Organization. https://apps.who.int/iris/handle/10665/42407

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: The GSDS-II is a semi-structured investigator-based interview assessing social role functioning in the past 4 weeks across specific role areas. The rater evaluates role functioning compared to what would be expected from a healthy person in similar social circumstances (taking into account age, sex, culture, and opportunity).
Response Scale: 0 = No disability (adequate role functioning), 1 = Questionable / minor disability, 2 = Definite / moderate disability, 3 = Severe / marked disability
Scoring / Reverse Items: Disabilities are rated on 8 primary social roles based on specific role dimensions. A global social disability score can be calculated based on the maximum rating or average across applicable roles.
1

Self-care (Zelfverzorging: personal hygiene, dressing, taking care of one's physical health and personal environment)
2

Household role (Huishoudelijke rol: participating in household chores, meal preparation, shopping, financial management, keeping the home tidy)
3

Family role (Rol in het gezin / familie: relations and interactions with parents, siblings, or other close relatives living outside the immediate household)
4

Partner role (Rol als partner: emotional and physical relationship with spouse/partner, communication, intimacy, and mutual support)
5

Parental role (Rol als ouder: care, attention, and emotional/material responsibility for children)
6

Social role / Citizen role (Sociale contacten / Burgerrol: maintaining friendships, participation in social activities, clubs, organizations, and broader community/civic life)
7

Occupational / Work role (Beroepsrol / Werkrol: performance, attendance, routine, and interpersonal interactions at work, school, or daily vocational activity)
8

Leisure / Spare-time role (Vrijetijdsbesteding: active engagement and interest in personal hobbies, interests, and recreational activities during free time)
★

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Looti, M. (2026, septembre 24). Échelle des limitations sociales de Groningue version 2. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-limitations-sociales-groningue-version-2/
Looti, Mohammed. “Échelle des limitations sociales de Groningue version 2.” Base de données de psychologie en français, 24 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-limitations-sociales-groningue-version-2/.
Looti, Mohammed. “Échelle des limitations sociales de Groningue version 2.” Base de données de psychologie en français. septembre 24, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-limitations-sociales-groningue-version-2/.