1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’interférence de l’anxiété sur la vie de l’enfant (Child Anxiety Life Interference Scale [CALIS] ; Lyneham et al., 2013) est un instrument psychométrique d’évaluation clinique standardisé conçu pour mesurer de façon spécifique et ciblée le retentissement fonctionnel, la gêne et l’impact invalidant causés par les troubles anxieux sur l’existence quotidienne des enfants et des adolescents, ainsi que sur l’écosystème familial et parental. Historiquement, l’évaluation des manifestations anxieuses en pédopsychiatrie et en psychologie clinique s’est principalement articulée autour de la nosographie et de la quantification symptomatique formelle (fréquence et intensité des peurs, cognitions dysfonctionnelles, somatisations). La CALIS pallie un manque méthodologique majeur en centrant la mesure sur les répercussions concrètes dans les activités de la vie courante, un déterminant primordial de la détresse subjective, du recours aux soins et de la satisfaction post-thérapeutique.
Développée au sein du Centre for Emotional Health de l’Université Macquarie (Sydney, Australie), l’échelle se compose de deux protocoles d’administration complémentaires fournissant une approche multi-informateurs : une version auto-rapportée pour l’enfant (CALIS-C) comprenant 10 items évaluant l’interférence perçue par le jeune dans ses propres activités (scolarité, loisirs, relations amicales, autonomie quotidienne), et une version hétéro-rapportée pour les parents (CALIS-P) subdivisée en deux échelles distinctes de 9 items chacune. La première sous-échelle parentale mesure l’impact de l’anxiété sur l’existence de l’enfant, tandis que la seconde évalue de façon novatrice l’interférence sur la vie personnelle, professionnelle, conjugale et sociale des parents eux-mêmes. L’ensemble des items est coté sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 0 (« Pas du tout ») à 4 (« Énormément »).
Les données psychométriques issues de l’étude princeps menée auprès de 622 enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans présentant des troubles anxieux diagnostiqués (échantillons australiens et nord-américains) révèlent d’excellentes qualités métrologiques. La cohérence interne est solide, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre .84 pour les auto-évaluations des enfants et .90 pour les évaluations maternelles. L’accord inter-juges parents-enfants s’avère modéré, illustrant fidèlement la divergence phénoménologique reconnue dans la littérature clinique relative à l’expression de l’anxiété infantile. La fidélité test-retest à travers une période de liste d’attente s’est révélée robuste. La validité convergente, la validité discriminante ainsi que la sensibilité au changement sous l’effet d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) confirment son rôle capital d’outil de suivi longitudinal et d’aide à la décision thérapeutique.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’interférence de l’anxiété sur la vie de l’enfant, CALIS, anxiété pédiatrique, altération fonctionnelle, retentissement familial, évaluation multi-informateurs, psychométrie, thérapie cognitivo-comportementale, validité convergente, cohérence interne, Centre for Emotional Health, handicap psychologique.
3. Auteurs / Authors
La Child Anxiety Life Interference Scale a été conçue par une équipe de chercheurs et cliniciens experts des troubles émotionnels chez l’enfant et l’adolescent, rattachés principalement au Centre for Emotional Health du Département de psychologie de l’Université Macquarie (Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, Australie) ainsi qu’au Hartford Hospital / The Institute of Living (Connecticut, États-Unis) :
- Heidi J. Lyneham, Ph.D. — Directrice de recherche clinique, Centre for Emotional Health, Macquarie University, Sydney, Australie. Experte internationalement reconnue pour ses travaux sur les interventions comportementales et cognitives chez l’enfant anxieux.
- Elizabeth S. Sburlati, Ph.D. — Psychologue clinicienne et chercheuse, Centre for Emotional Health, Macquarie University, Sydney, Australie. Spécialiste des compétences thérapeutiques dans les TCC pour jeunes.
- Maree J. Abbott, Ph.D. — Professeure associée en psychologie clinique, School of Psychology, University of Sydney et Macquarie University, Australie.
- Ronald M. Rapee, Ph.D., AM — Professeur distingué de psychologie, fondateur du Centre for Emotional Health, Macquarie University, Australie. Pionnier mondial des modèles étiologiques et thérapeutiques de l’anxiété pédiatrique.
- Jennifer L. Hudson, Ph.D. — Professeure et directrice du Centre for Emotional Health, Macquarie University (actuellement rattachée à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud – UNSW), Sydney, Australie.
- David F. Tolin, Ph.D., ABPP — Directeur de l’Anxiety Disorders Center, The Institute of Living, Hartford Hospital, Connecticut, États-Unis ; Professeur auxiliaire de psychiatrie, Yale University School of Medicine.
- Susan E. Carlson, Ph.D. — Chercheuse et clinicienne, Anxiety Disorders Center, The Institute of Living, Hartford Hospital, Connecticut, États-Unis.
Correspondance institutionnelle : Centre for Emotional Health, Department of Psychology, Macquarie University, Sydney, NSW 2109, Australie. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Child Anxiety Life Interference Scale (CALIS) est de quantifier de manière fiable, standardisée et sensible le degré d’altération fonctionnelle et d’interférence existentielle provoqué par les troubles anxieux sur le quotidien de l’enfant et sur celui de sa cellule familiale. Dans la pratique pédopsychiatrique et la recherche clinique contemporaine, les échelles standardisées classiques — telles que la Spence Children’s Anxiety Scale (SCAS), la Screen for Child Anxiety Related Disorders (SCARED) ou la Multidimensional Anxiety Scale for Children (MASC) — se focalisent quasi exclusivement sur la sémiologie brute, l’intensité des manifestations somatiques et la fréquence des pensées anxiogènes nécessaires pour étayer un diagnostic nosographique selon les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).
Or, les modèles contemporains de la psychopathologie développementale démontrent une dissociation clinique fréquente entre l’intensité des symptômes d’anxiété et le niveau réel d’invalidité ou d’incapacité vécu par l’individu. Deux enfants présentant une intensité symptomatique équivalente sur une échelle de phobie sociale peuvent afficher des profils d’adaptation radicalement distincts : l’un parvient à maintenir une scolarité régulière et des interactions amicales malgré un inconfort interne aigu, tandis que l’autre développe un refus scolaire total, une claustration au domicile et une déstructuration complète de la dynamique familiale. En négligeant la mesure de l’interférence fonctionnelle, les cliniciens risquent de sous-estimer la détresse réelle, de mal calibrer les cibles prioritaires d’intervention et d’ignorer le fardeau majeur supporté par les parents.
Sur le plan clinique, la CALIS poursuit plusieurs vocations indispensables :
- Cartographie fonctionnelle personnalisée : L’outil identifie avec précision les domaines écologiques de vie où les comportements d’évitement et la détresse restreignent l’autonomie (ex. participation scolaire, activités récréatives, capacités d’endormissement autonome, séparation d’avec les figures d’attachement, fréquentation des pairs).
- Évaluation du fardeau parental et systémique : La CALIS est l’un des très rares instruments validés à mesurer systématiquement comment l’anxiété de l’enfant désorganise la routine quotidienne des parents, altère leur équilibre conjugal, restreint leur disponibilité sociale et pèse sur leurs choix professionnels (par exemple l’impossibilité de travailler à temps plein ou de s’absenter en soirée en raison de crises d’angoisse filiales).
- Mesure de la réponse et du succès thérapeutique : Les recherches démontrent que la satisfaction des familles à l’issue d’une prise en charge dépend bien plus de la restauration des capacités d’action et du soulagement fonctionnel que de l’extinction totale des affects anxieux. La CALIS permet d’attester de l’efficacité écologique des thérapies cognitivo-comportementales (TCC).
- Résolution des discordances perceptives : En croisant le regard du jeune et celui de ses tuteurs légaux, l’instrument fournit une base objective pour explorer les divergences de perception entre l’intériorité de l’enfant et la réalité observée par les parents, alimentant ainsi l’alliance thérapeutique et la psychoéducation.
5. Construit psychologique / Construct
Le concept central sous-tendant la CALIS est l’« interférence sur la vie » (life interference) ou « l’altération fonctionnelle » (functional impairment) induite par la pathologie anxieuse. Dans le paradigme psychométrique élaboré par Lyneham et al. (2013), ce construit est conceptualisé comme une entité multidimensionnelle distincte mais liée à la sévérité symptomatique. L’interférence représente le coût adaptatif concret imposé par les stratégies d’évitement phobique, les vérifications compulsives, les demandes incessantes de réassurance et l’inhibition motrice ou verbale associées à l’anxiété.
Le construit est opérationnalisé selon trois axes dimensionnels fondamentaux :
1. L’interférence vécue par l’enfant selon son auto-évaluation (CALIS-C)
Cette dimension capture l’expérience phénoménologique interne et l’appréciation subjective par le jeune (âgé de 6 à 17 ans) des limitations imposées par ses peurs. Elle explore comment ses angoisses l’empêchent de réaliser des activités normatives de son groupe d’âge. Les domaines ciblés englobent :
- Le fonctionnement scolaire et académique : Difficultés de concentration en classe imputables aux ruminations, évitement de la prise de parole en public, absentéisme sélectif lors des évaluations ou refus d’aller à l’école.
- Les relations sociales et amicales : Incapacité à inviter des pairs au domicile, refus de participer à des fêtes d’anniversaire, inhibition lors des jeux en groupe, difficulté à nouer de nouvelles amitiés ou isolement dans la cour de récréation.
- Les activités extra-scolaires et de loisirs : Abandon des pratiques sportives, culturelles ou artistiques en raison de l’anxiété de performance ou de la peur du regard d’autrui.
- L’autonomie quotidienne et les routines de vie : Dépendance envers les parents pour dormir seul, refuser de rester seul dans une pièce, hésitation à faire des sorties scolaires avec nuitées.
2. L’interférence dans la vie de l’enfant selon l’hétéro-évaluation parentale (CALIS-P Enfant)
Les parents agissent ici en tant qu’observateurs écologiques privilégiés du comportement manifeste de l’enfant. Cette dimension mesure les manifestations observables des incapacités fonctionnelles du jeune dans les contextes familiaux, scolaires et communautaires. Elle permet d’identifier les comportements de neutralisation et d’évitement que l’enfant lui-même peut avoir tendance à minimiser par déni, désirabilité sociale ou manque de recul métacognitif. Les questions évaluent l’entrave à la scolarisation, la perturbation des routines matinales ou vespérales, et les restrictions de socialisation extra-familiale.
3. L’interférence dans la vie des parents et le fonctionnement familial (CALIS-P Parent)
Il s’agit d’une dimension structurellement novatrice de la CALIS, ancrée dans la théorie systémique et l’accommodation familiale. Lorsqu’un enfant présente une anxiété sévère, les figures parentales adaptent inconsciemment l’écosystème familial pour réduire la détresse immédiate de l’enfant : réassurance perpétuelle, modification des trajets quotidiens, évitement d’inviter des proches, gestion de crises d’angoisse chroniques. Cette sous-échelle évalue spécifiquement :
- L’impact professionnel et de carrière : Retards au travail, congés non prévus, limitations dans l’avancement professionnel ou démission pour demeurer au chevet de l’enfant.
- Le fonctionnement conjugal et relationnel : Tensions au sein du couple générées par des désaccords éducatifs face aux peurs de l’enfant, diminution du temps d’intimité conjugale.
- La vie sociale et les loisirs parentaux : Annulation de sorties entre adultes, impossibilité de confier l’enfant à des tiers ou des baby-sitters, repli sur l’espace domestique.
- La santé psychologique et le niveau d’épuisement parental : Stress chronique, charge mentale accrue et altération de la qualité de vie des soignants naturels.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le substrat théorique de la CALIS prend racine à l’intersection du modèle biopsychosocial du handicap développé par l’Organisation Mondiale de la Santé (Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé – CIF) et des théories cognitivo-comportementales contemporaines de l’anxiété pédiatrique (notamment les formulations de Rapee, Barlow et Hudson).
Le modèle de la CIF appliqué à la psychopathologie
Dans la taxonomie de la CIF, il convient de distinguer impérativement trois strates :
- La déficience (ou pathologie/symptôme) : Les anomalies physiologiques et psychiques (ex. tachycardie, tremblements, cognitions catastrophistes).
- La limitation d’activité : Les difficultés que rencontre une personne pour exécuter des actes concrets du fait de cette déficience (ex. impossibilité de monter dans l’autobus scolaire, de lever la main en classe).
- La restriction de participation : Les entraves dans l’implication dans des situations de vie réelles et signifiantes au sein de la communauté (ex. isolement social complet, échec d’insertion scolaire, rupture du rôle familial).
La CALIS a été spécifiquement opérationnalisée pour capturer les limitations d’activité et les restrictions de participation, négligées par les outils traditionnels de mesure des symptômes. Le cadre théorique postule que la gravité clinique réelle n’est pas strictement fonction de l’intensité de la peur brute, mais de la surface d’empiètement de cette peur sur l’épanouissement développemental de l’enfant.
Le modèle cognitivo-comportemental et le rôle du maintien systémique
Selon le modèle cognitivo-comportemental de Ronald M. Rapee et de ses collaborateurs au Centre for Emotional Health, l’anxiété chez l’enfant s’auto-entretient par des boucles de rétroaction complexes associant biais attentionnels de menace, interprétations catastrophistes et réponses d’évitement comportemental. L’évitement soulage à court terme l’affect négatif, mais empêche à long terme l’habituation et la falsification cognitive de la croyance anxiogène.
Sur le plan écologique, ce mécanisme est renforcé par le concept d’accommodation familiale (family accommodation). Pour atténuer la détresse aiguë de leur enfant, les parents modifient leurs propres comportements (en répondant indéfiniment aux questions récurrentes, en devançant les peurs, en modifiant leurs horaires ou en prenant en charge les tâches anxiogènes à la place du jeune). Si cette réaction parentale est compréhensible et empathique, elle contribue directement au maintien de la pathologie en validant involontairement le danger perçu et en privant l’enfant d’opportunités d’apprentissage de l’autonomie et de la résilience émotionnelle. En intégrant formellement une échelle évaluant l’interférence subie par les parents, la CALIS opérationnalise directement ce lien étiopathogénique bidirectionnel entre l’anxiété de l’enfant et l’accommodation du système familial.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de validité de la CALIS ont fait l’objet d’investigations rigoureuses menées lors de l’étude princeps de validation psychométrique (Lyneham et al., 2013) sur une cohorte clinique hétérogène de 622 enfants et adolescents (âgés de 6 à 17 ans) consultant pour des troubles anxieux avérés (incluant le trouble d’anxiété généralisée, la phobie sociale, l’anxiété de séparation et les phobies spécifiques) en Australie et aux États-Unis, conjointement à un groupe contrôle d’enfants tout-venant sans pathologie anxieuse.
Validité convergente
La validité convergente de la CALIS a été établie par l’analyse des corrélations bivariées entre ses sous-échelles et les instruments reconnus de mesure de la sémiologie anxieuse et dépressive :
- Les scores de la CALIS-C (enfant) présentent des corrélations positives statistiquement significatives et modérées à élevées avec les scores totaux de la Spence Children’s Anxiety Scale version enfant (SCAS-C ; $r$ oscillant entre .45 et .58, $p < .001$) et avec la Children’s Depression Inventory (CDI).
- Les scores de la CALIS-P (parent – impact enfant et impact parent) corrèlent de façon hautement significative avec la SCAS version parent (SCAS-P ; $r = .55$ à .68, $p < .001$), ainsi qu'avec les échelles d'intériorisation du Child Behavior Checklist (CBCL de Thomas Achenbach ; $r = .50$ à .64, $p < .001$).
- Fait remarquable confirmant la spécificité théorique de l’outil, la sous-échelle d’interférence parentale (CALIS-P Parent) présente des corrélations particulièrement substantielles avec l’échelle de stress de la Depression Anxiety Stress Scales (DASS-21) complétée par les parents, validant son aptitude à capter l’épuisement psychologique des soignants induit par la symptomatologie de leur enfant.
Validité discriminante et diagnostique
La CALIS démontre une capacité discriminante exemplaire en séparant de façon nette et statistiquement robuste les populations cliniques des populations non cliniques :
- Les scores moyens de la CALIS (aussi bien pour la version enfant que pour les deux versions parentales) étaient significativement plus élevés dans l’échantillon d’enfants porteurs d’un diagnostic formel de trouble anxieux que dans la cohorte d’enfants témoins non anxieux ($p < .0001$, tailles d’effet élevées$d > 1.2$).
- L’instrument discrimine avec acuité le niveau de comorbidité : les jeunes présentant des diagnostics anxieux multiples ou une comorbidité dépressive associée obtiennent des scores d’interférence globale significativement plus intenses que ceux présentant un diagnostic d’anxiété isolé ou d’intensité légère.
Sensibilité au changement thérapeutique (Validité prédictive et de résultat)
La CALIS s’est révélée remarquablement sensible aux effets d’interventions thérapeutiques fondées sur les preuves, en particulier les protocoles de TCC standardisés tels que le programme Cool Kids (Centre for Emotional Health). À la suite du traitement, les réductions constatées sur les scores totaux de la CALIS-C et de la CALIS-P reflètent avec une fidélité remarquable la rémission clinique attestée par les entretiens cliniques semi-structurés (ADIS-C/P). De plus, l’amélioration des scores de la CALIS-P Parent rend compte du démantèlement effectif des conduites d’accommodation au sein de la famille.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de la CALIS a été minutieusement évaluée à travers la consistance interne, la stabilité temporelle (test-retest) et la concordance inter-juges (Lyneham et al., 2013).
Consistance interne
Les indices d’homogénéité interne ont été calculés à l’aide du coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) dans de vastes échantillons cliniques. Les résultats attestent d’une excellente consistance interne pour l’ensemble des formes :
- CALIS-C (Version Enfant, 10 items) : $lpha = .84$, témoignant d’une très bonne cohésion des items sans redondance excessive.
- CALIS-P Enfant (Impact sur l’enfant évalué par la mère, 9 items) : $lpha = .89$.
- CALIS-P Parent (Impact sur la vie des parents évalué par la mère, 9 items) : $lpha = .90$.
- CALIS-P (Évaluations par les pères) : Les coefficients alpha de Cronbach obtenus auprès des cohortes de pères étaient comparables, se situant systématiquement entre .88 et .91 pour les deux dimensions.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon d’enfants placés sur liste d’attente (n’ayant donc reçu aucune intervention thérapeutique active entre les deux passations) sur un intervalle d’attente clinique moyen de 12 à 16 semaines :
- Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de corrélation de Pearson pré- et post-attente ont mis en évidence une stabilité substantielle, oscillant entre $r = .74$ et $r = .82$ pour les sous-échelles parentales, et autour de $r = .71$ pour l’auto-évaluation enfant.
- Ces résultats confirment que les fluctuations des scores ne résultent pas d’un bruit de mesure aléatoire, mais traduisent une véritable stabilité du construit d’interférence en l’absence de soin curatif.
Accord inter-juges (Concordance parents-enfants et mère-père)
L’accord inter-juges entre les rapports des enfants et ceux de leurs mères présente une corrélation modérée ($r$ variant entre .30 et .45 selon les tranches d’âge). Ce niveau d’accord concorde parfaitement avec la méta-analyse princeps d’Achenbach et al. et les travaux de Niditch et Varela (2011), qui ont documenté des divergences structurelles habituelles dans l’évaluation psychopathologique pédiatrique : les enfants perçoivent préférentiellement la détresse subjective intériorisée et l’interférence avec les pairs, tandis que les parents rapportent davantage les perturbations concrètes de l’agenda familial et scolaire. Par ailleurs, l’accord entre mères et pères pour la CALIS-P s’est révélé substantiel ($r ge .65$), attestant d’une perception partagée des répercussions familiales de l’anxiété du jeune.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture dimensionnelle de la CALIS a été établie et confirmée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) par modélisation d’équations structurelles (Lyneham et al., 2013).
Structure factorielle de la version Enfant (CALIS-C)
L’analyse factorielle exploratoire (extraction en composantes principales avec rotation oblique Promax) appliquée aux 10 items de l’auto-évaluation enfant a isolé sans ambiguïté une solution unifactorielle dominante :
- Le premier facteur propre expliquait une part substantielle de la variance totale des scores (plus de 43 %).
- L’ensemble des 10 items présente des saturations factorielles solides sur ce facteur général unique d’« Interférence sur la vie de l’enfant », avec des poids factoriels s’échelonnant de .48 à .76.
- Une analyse factorielle confirmatoire ultérieure a validé l’adéquation de ce modèle unidimensionnel avec des indices d’ajustement excellents : un Comparative Fit Index (CFI) $> .95$, un Tucker-Lewis Index (TLI) $> .94$, et une racine carrée de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) $< .06$.
Structure factorielle de la version Parent (CALIS-P)
Pour la version parentale, qui comportait initialement un pool plus large d’items, l’analyse factorielle exploratoire a mis en évidence une structure bipolaire nette à deux facteurs distincts et corrélés :
- Facteur 1 : Interférence sur la vie de l’enfant (9 items) : Ce facteur regroupe exclusivement les items se rapportant à l’incapacité de l’enfant à fonctionner dans ses sphères personnelles (scolarité, amitiés, loisirs, sommeil). Les saturations factorielles pour ces items s’étendent de .52 à .81, sans cross-loadings significatifs ($< .25$) sur le second facteur.
- Facteur 2 : Interférence sur la vie du parent et de la famille (9 items) : Ce facteur agrège l’ensemble des énoncés mesurant l’entrave vécue par le parent dans son propre épanouissement (carrière professionnelle, équilibre conjugal, sorties sociales, santé mentale, indépendance personnelle). Les saturations oscillent de .58 à .84.
- La corrélation entre ces deux facteurs latents s’élève à approximativement $r = .61$, confirmant que bien que l’impact sur l’enfant et l’impact sur le parent soient étroitement intriqués cliniquement, ils constituent bien deux construits psychométriques empiriquement dissociables.
- L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) d’un modèle à deux facteurs corrélés a démontré des indices de conformité nettement supérieurs à ceux d’un modèle unifactoriel global ($CFI = .96$ ; $TLI = .95$ ; $RMSEA = .054$).
10. Instrument de mesure / Instrument
La CALIS est un instrument psychométrique standardisé de type hétéro- et auto-questionnaire, administrable sur support papier-crayon ou via des plateformes d’évaluation clinique en ligne sécurisées.
- Nature de l’outil : Questionnaire psychologique standardisé d’altération fonctionnelle et d’impact adaptatif lié à l’anxiété.
- Populations cibles :
- CALIS-C : Enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans (une passation assistée par le clinicien avec lecture à voix haute des items est préconisée pour les enfants âgés de 6 à 8 ans ou présentant des difficultés d’apprentissage de la lecture).
- CALIS-P : Parents, tuteurs légaux ou figures d’attachement principales de jeunes de 6 à 17 ans.
- Nombre total d’items :
- CALIS-C (Version Enfant) : 10 items.
- CALIS-P (Version Parent) : 18 items au total (divisés en 2 sous-échelles de 9 items : « Impact sur la vie de l’enfant » et « Impact sur la vie du parent »).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points, rigoureusement identique pour tous les items des versions enfant et parent :
- 0 = Pas du tout (Not at all)
- 1 = Un tout petit peu (Only a little)
- 2 = Quelquefois / Moyennement (Some)
- 3 = Beaucoup (Quite a lot)
- 4 = Énormément / Tout le temps (A great deal)
- Modalités de cotation et de calcul des scores :
- Score total CALIS-C (Enfant) : Somme simple des 10 items (étendue des scores possibles : de 0 à 40). Des scores plus élevés traduisent une interférence sévère dans l’existence quotidienne du jeune.
- Score CALIS-P Enfant (Parent évaluant l’enfant) : Somme des 9 items de la première section (étendue des scores : de 0 à 36).
- Score CALIS-P Parent (Parent évaluant son propre quotidien) : Somme des 9 items de la seconde section (étendue des scores : de 0 à 36).
- Score total CALIS-P : Somme combinée des deux échelles parentales (18 items, étendue globale : de 0 à 72).
- Temps de passation estimé : 5 à 8 minutes pour la version enfant ; 8 à 10 minutes pour la version parentale complète.
- Directives d’interprétation clinique : L’outil ne fournit pas de seuil d’exclusion nosographique formel (il ne s’agit pas d’un outil de classification diagnostique), mais permet de suivre l’amplitude du changement au fil de la prise en charge. Une baisse d’au moins 30 % du score total après intervention thérapeutique est généralement admise comme l’indicateur d’une réponse clinique fonctionnellement significative.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2013 (Journal of Anxiety Disorders).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par les auteurs (Heidi J. Lyneham, Elizabeth S. Sburlati, Maree J. Abbott, Ronald M. Rapee, Jennifer L. Hudson, David F. Tolin, Susan E. Carlson) et l’Université Macquarie (Sydney, Australie).
- Conditions d’accès et tarif : La CALIS a été rendue gracieusement accessible pour les contextes de recherche académique et l’évaluation clinique à but non commercial. L’accès officiel et les protocoles d’utilisation sont hébergés et gérés par le Centre for Emotional Health de l’Université Macquarie.
- Procédure de téléchargement et d’autorisation : Les cliniciens et chercheurs peuvent télécharger les questionnaires et manuels afférents directement via le portail officiel de l’Université Macquarie : Centre for Emotional Health Resources. Toute exploitation commerciale, numérisation au sein de logiciels payants ou intégration dans des plateformes informatiques tierces nécessite une licence écrite préalable délivrée par le bureau de transfert technologique de l’Université Macquarie.
12. Références / References
Les publications scientifiques suivantes étayent le développement théorique, la validation psychométrique et l’usage clinique de la CALIS :
- Achenbach, T. M., McConaughy, S. H., & Howell, C. T. (1987). Child/adolescent behavioral and emotional problems: Implications of cross-informant correlations for situational specificity. Psychological Bulletin, 101(2), 213–232. https://doi.org/10.1037/0033-2909.101.2.213
- Barlow, D. H. (2002). Anxiety and its disorders: The nature and treatment of anxiety and panic (2nd ed.). Guilford Press.
- Hudson, J. L., Rapee, R. M., Lyneham, H. J., McLellan, L. F., Wuthrich, V. M., & Schniering, C. A. (2015). Comparing outcomes for children with different anxiety disorders following cognitive behavioural therapy. Behaviour Research and Therapy, 72, 30–37. https://doi.org/10.1016/j.brat.2015.06.007
- Lyneham, H. J., Sburlati, E. S., Abbott, M. J., Rapee, R. M., Hudson, J. L., Tolin, D. F., & Carlson, S. E. (2013). Psychometric properties of the Child Anxiety Life Interference Scale (CALIS). Journal of Anxiety Disorders, 27(7), 711–719. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2013.09.008
- Niditch, L. A., & Varela, R. E. (2011). Mother-child disagreement in reports of child anxiety: Effects of child age and maternal anxiety. Journal of Anxiety Disorders, 25(3), 450–455. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2010.11.009
- Rapee, R. M., Lyneham, H. J., Schniering, C. A., Wuthrich, V., Abbott, M. J., Hudson, J. L., & Cata-Perez, M. (2006). The Cool Kids Child and Adolescent Anxiety Program: Therapist manual. Centre for Emotional Health, Macquarie University.
- Spence, S. H. (1998). A measure of anxiety symptoms among children. Behaviour Research and Therapy, 36(5), 545–566. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(98)00034-5
- World Health Organization. (2007). International Classification of Functioning, Disability and Health: Children & Youth Version (ICF-CY). World Health Organization.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items officiels complets de la Child Anxiety Life Interference Scale (CALIS) sont protégés par le droit d’auteur et demeurent la propriété exclusive de l’Université Macquarie et de leurs auteurs. Par conséquent, leur texte intégral ne peut être reproduit publiquement dans le domaine ouvert sans licence formelle.
Conformément aux exigences de déontologie scientifique et aux règles de propriété intellectuelle, le protocole exact doit être obtenu directement auprès du Centre for Emotional Health de l’Université Macquarie. Nous détaillons ci-dessous la cartographie structurelle, le format de cotation et les domaines évalués dans chaque protocole :
Response Format and Rating Anchors
All items in both the child and parent versions are scored on an identical 5-point Likert scale assessing the extent of interference:
- 0 = Not at all (Pas du tout)
- 1 = Only a little (Un tout petit peu)
- 2 = Some (Quelquefois / Moyennement)
- 3 = Quite a lot (Beaucoup)
- 4 = A great deal (Énormément / Tout le temps)
Structure of CALIS-C (Child Self-Report Version — 10 Items)
The child completes 10 questions assessing how much their fears or worries stop them from engaging in normative daily activities across the following functional areas:
- School work and academic performance during class hours
- Being with friends outside of school or participating in social get-togethers
- Participating in extra-curricular hobbies, sports clubs, or creative arts
- Completing everyday daily tasks or family chores independently
- Sleeping alone, going to bed at night, or staying alone in a room
- Going on family holidays, road trips, or social outings away from home
- Meeting unfamiliar people or speaking in public gatherings
- Staying away from parents (e.g., attending school camps, sleepovers at friends’ houses)
- Enjoying free time and relaxing without distressing worries
- Overall feeling of being held back or restricted in life because of anxiety
Structure of CALIS-P (Parent-Report Version — 18 Items)
The parent assesses two distinct operational dimensions (9 items each):
Subscale A: Interference on Child’s Life (Items 1–9)
The parent rates how much the child’s fears, worries, or anxiety interfere with the child’s functioning in:
- Academic attendance, classroom learning, and completing school homework
- Making friendships, maintaining peer relationships, and attending birthday parties
- Joining community sports, school teams, or recreational activities
- Engaging in normal daily family routines and age-appropriate responsibilities
- Bedtime routines, nighttime settling, and staying alone without distress
- Coping with everyday changes, new situations, or unexpected challenges
- Participating in school excursions, field trips, or overnight travel
- Social communication with adults, teachers, and other community figures
- Overall emotional well-being and daily quality of life of the child
Subscale B: Interference on Parent’s and Family’s Life (Items 10–18)
The parent rates how much the child’s anxiety directly impacts or disrupts the parent’s own life and household:
- The parent’s employment, job attendance, career choices, or working hours
- The parent’s relationship with their partner, spouse, or co-parent
- The parent’s personal friendships, social contacts, and adult leisure time
- The emotional well-being, stress levels, and mental health of the parent
- The quality of attention and time available for other siblings in the home
- Managing daily household routines, meal times, and departure schedules
- The financial situation of the family due to missed work or accommodation costs
- The ability to leave the child with babysitters, grandparents, or alternative carers
- Overall peace, relaxation, and harmony within the family environment