Échelle d’intention suicidaire de Pierce

L’Échelle d’intention suicidaire de Pierce (Pierce Suicide Intent Scale, PSIS) est un instrument psychométrique d’évaluation clinique en 12 items mesurant la gravité de l’intention suicidaire lors d’un acte auto-agressif. Découvrez son cadre théorique, ses dimensions cliniques et ses propriétés métrologiques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’intention suicidaire de Pierce (Pierce Suicide Intent Scale, PSIS) est un instrument psychométrique d’hétéro-évaluation clinique conçu à l’origine par le psychiatre David W. Pierce en 1977. Élaborée dans le but d’affiner et de simplifier l’échelle princeps d’intention suicidaire développée par Aaron T. Beck et ses collaborateurs (1974), l’échelle de Pierce a été standardisée sur une cohorte clinique initiale de 500 patients admis aux urgences ou en milieu psychiatrique à la suite d’un acte auto-agressif (deliberate self-harm). L’instrument comprend 12 items cotés sur une échelle ordinale en trois points (de 0 à 2), permettant de quantifier avec précision la détermination du sujet à mettre fin à ses jours lors d’un geste suicidaire indexé.

La structure de l’instrument s’articule autour de trois dimensions cardinales de l’intentionnalité suicidaire : les circonstances objectives entourant la tentative (items 1 à 6, explorant l’isolement, le choix du moment, les précautions prises contre le sauvetage, la recherche de secours, les actes préparatoires et la préparation active), l’auto-évaluation subjective de l’acte (items 7 à 9, évaluant la présence d’une lettre d’adieu, la croyance du patient dans la létalité du geste et l’intention déclarée de mourir), ainsi que l’anticipation du risque et de la létalité (items 10 à 12, mesurant la préméditation temporelle, la réaction affective face à la survie et la prévisibilité de l’intervention d’un tiers). Le score total oscille entre 0 et 24 (ou jusqu’à 25 selon certaines variantes de cotation), permettant une stratification en trois catégories cliniques distinctes : faible intention (0 à 3 points), intention modérée (4 à 10 points) et intention sévère (11 points et plus).

Sur le plan métrologique, l’échelle démontre une consistance interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,86 selon les cohortes étudiées, ainsi qu’une excellente fidélité inter-juges (coefficients de corrélation intraclasse supérieurs à 0,85). La validité prédictive de l’instrument est particulièrement robuste : les scores élevés à l’échelle de Pierce constituent un prédicteur indépendant et statistiquement significatif du risque de récidive létale lors de suivis longitudinaux à court et long termes. L’outil s’est imposé comme une référence incontournable en suicidologie clinique et en recherche psychiatrique d’urgence.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’intention suicidaire de Pierce, tentative de suicide, intentionnalité suicidaire, suicidologie, évaluation psychométrique, létalité médicale, désespoir de Beck, comportement autodestructeur, risque de récidive, psychiatrie d’urgence, prédiction du suicide, hétéro-évaluation clinique.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu et validé par le Dr David W. Pierce, psychiatre clinicien et chercheur en épidémiologie psychiatrique. Ses travaux ont été menés principalement au sein des services de psychiatrie hospitalière et de médecine d’urgence au Royaume-Uni (notamment en collaboration avec l’université de Rochester et des centres hospitaliers universitaires britanniques durant les années 1970 et 1980). Les publications princeps de Pierce, parues dans le British Journal of Psychiatry en 1977 et 1981, ont établi les bases méthodologiques de la quantification objective et standardisée de l’intention suicidaire lors de la prise en charge post-critique des gestes auto-agressifs.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle d’intention suicidaire de Pierce est de mesurer de manière standardisée, rigoureuse et reproductible le degré d’intention de mourir qui sous-tendait un acte d’intoxication ou de blessure auto-infligée. Dans la pratique clinique courante, l’évaluation des patients venant de commettre un geste suicidaire est fréquemment parasitée par une confusion majeure entre deux concepts distincts : la létalité médicale objective (les conséquences biomédicales réelles de l’acte, telles que la profondeur d’une plaie ou le niveau plasmatique d’un toxique) et l’intention suicidaire psychologique (la volonté résolue de l’individu de détruire sa propre vie). Or, un individu possédant des connaissances médicales limitées peut ingérer une dose non létale d’un médicament anodin tout en étant persuadé de son issue fatale, tandis qu’un autre peut poser un geste à haut potentiel létal de manière impulsive sans désir réel de mourir. L’échelle de Pierce a été élaborée précisément pour pallier ce biais d’évaluation en fournissant une métrique centrée sur la détermination cognitive et comportementale du sujet.

Sur le plan des applications cliniques, l’échelle répond à des impératifs critiques de triage et de stratification du risque au sein des services d’urgence hospitalière, des unités de crise psychiatrique et des services de réanimation médicale. Elle permet aux cliniciens :

  • D’objectiver le niveau de dangerosité suicidaire rétrospectif de l’épisode index, au-delà des déclarations verbales immédiates du patient qui peuvent être modulées par la honte, la minimisation défensive ou l’effet résiduel de substances sédatives.
  • De distinguer avec une finesse diagnostique accrue les gestes relevant du comportement parasuicidaire ou de l’appel à l’aide ambivalent (« cry for help ») des tentatives hautement planifiées visant sans équivoque la destruction du soi.
  • D’orienter la décision d’hospitalisation psychiatrique sans consentement ou en milieu fermé par rapport à un suivi ambulatoire intensif, en identifiant les sujets dont le score dépasse le seuil critique d’intention élevée (≥ 11).

En recherche fondamentale et translationnelle, l’échelle de Pierce offre un instrument standardisé pour examiner les corrélats neurobiologiques, génétiques et psychopathologiques de l’agressivité dirigée vers soi, pour évaluer l’efficacité différentielle des programmes d’intervention psychothérapeutique post-tentative de suicide (tels que la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience ou la thérapie comportementale dialectique) et pour alimenter les registres épidémiologiques de surveillance du comportement suicidaire.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle d’intention suicidaire de Pierce est l’intentionnalité suicidaire (suicidal intent). Ce construit se définit comme l’état psychologique complexe caractérisé par la conviction, le désir et la résolution délibérée de mettre fin à son existence au moment précis de l’initiation d’un acte auto-agressif. Contrairement à l’idéation suicidaire (qui renvoie aux pensées ou fantasmes de mort sans passage à l’acte) ou à la létalité médicale, l’intention suicidaire intègre à la fois des composantes cognitives, affectives, volitives et environnementales. Pierce structure ce macro-construit en trois dimensions opérationnelles complémentaires :

1. Les circonstances objectives (Items 1 à 6)

Cette sous-dimension se concentre sur les éléments comportementaux factuels et observables entourant la survenue du geste. Elle repose sur le postulat méthodologique que la détermination à mourir se traduit concrètement dans l’organisation logistique de l’acte visant à en garantir le caractère inéluctable :

  • Isolement physique (Item 1) : Évalue le degré de solitude spatiale au moment du geste (présence d’un tiers dans la pièce, proximité immédiate d’une personne par téléphone ou contact visuel, ou isolement total). Plus l’isolement est absolu, plus l’intention d’échapper à une interruption est manifeste.
  • Choix du moment / Timing (Item 2) : Analyse si le geste a été synchronisé de manière à ce qu’une intervention d’autrui soit probable (par exemple, juste avant l’heure habituelle de rentrée du conjoint) ou au contraire hautement improbable (en pleine nuit, lors d’un départ prolongé de l’entourage).
  • Précautions contre la découverte et le secours (Item 3) : Mesure les barrières érigées contre le sauvetage, distinguant l’absence de précautions, les mesures passives (porte fermée mais non verrouillée) et les mesures actives (verrouillage systématique, barricadage, dissimulation délibérée dans un lieu inaccessible).
  • Recherche d’aide pendant ou après l’acte (Item 4) : Examine si le patient a activement alerté les secours immédiatement après le geste, s’il a contacté un proche de manière ambiguë sans révéler directement l’acte, ou s’il s’est délibérément abstenu de tout contact.
  • Dispositions finales en prévision du décès (Item 5) : Explore les comportements d’anticipation pratique de la mort (rédaction ou mise à jour d’un testament, souscription ou réassignation d’assurance-vie, liquidation de biens, dons d’objets de valeur).
  • Préparation active de la tentative (Item 6) : Mesure l’ampleur de l’organisation matérielle préalable (accumulation méticuleuse de médicaments sur plusieurs semaines, reconnaissance du site de saut, préparation minutieuse du matériel létal).

2. L’auto-évaluation subjective (Items 7 à 9)

Cette composante explore l’état d’esprit interne et la motivation explicite exprimée par le sujet à l’égard de sa propre survie :

  • Présence d’une lettre d’adieu (Item 7) : La rédaction d’une note de suicide constitue un marqueur classique d’adieu définitif et de clôture relationnelle, distinguant l’absence d’écrit, l’intention ou l’ébauche détruite, et la présence effective d’une lettre finalisée.
  • Croyance relative à la létalité (Item 8) : Indépendamment de la toxicité pharmacologique réelle, cette variable saisit la représentation subjective du patient quant à la fatalité de sa méthode (conviction que l’acte était non mortel, incertitude, ou certitude inébranlable qu’il entraînerait le trépas).
  • Intention déclarée / But de l’acte (Item 9) : Clarifie la finalité motivationnelle primaire de l’acte, différenciant les motivations instrumentales (soulager une tension insupportable, manipuler autrui, appeler à l’aide) de la volonté pure et sans équivoque de mourir.

3. L’anticipation du risque et de la létalité (Items 10 à 12)

La dernière dimension sonde la temporalité cognitive, la réaction émotionnelle post-sauvetage et l’évaluation prospective du pronostic sans tiers :

  • Préméditation (Item 10) : Différencie les passages à l’acte éminemment impulsifs (réflexion inférieure à 1 heure face à un stresseur aigu) d’une préméditation prolongée (méditée depuis moins d’un jour ou préparée pendant plus de 24 heures).
  • Réaction affective face à la survie (Item 11) : Évalue le sentiment éprouvé par le patient lorsqu’il reprend conscience ou réalise qu’il a survécu (soulagement/joie de vivre, sentiments mitigés/ambivalence, ou profond regret et colère de ne pas avoir réussi son suicide).
  • Prévisibilité de l’intervention de secours (Item 12) : Analyse si, dans l’esprit du patient et au vu de la cinétique du geste, une intervention médicale ou extérieure apparaissait comme quasi certaine, incertaine ou hautement improbable pour empêcher l’issue fatale.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de l’Échelle d’intention suicidaire de Pierce s’enracine dans la convergence de plusieurs courants majeurs de la psychiatrie académique et de la suicidologie moderne, dominés par les modèles cognitifs de la dépression, la phénoménologie de la douleur psychologique et les théories contemporaines du comportement suicidaire.

Le modèle cognitif d’Aaron T. Beck et l’échelle princeps du SIS

Historiquement, l’instrument dérive directement des travaux pionniers d’Aaron T. Beck au sein de l’université de Pennsylvanie. Au début des années 1970, Beck, Schuyler et Herman (1974) ont introduit la Suicide Intent Scale (SIS) de 15 items pour objectiver la psychologie du passage à l’acte. Selon la théorie cognitive de Beck, le passage à l’acte suicidaire n’est pas une simple manifestation aléatoire du désespoir, mais l’aboutissement d’une triade cognitive pathologique focalisée sur une vision irrémédiablement négative de soi, du monde et de l’avenir. Le concept central qui médiatise cette relation est le désespoir (hopelessness), mesuré par la Beck Hopelessness Scale (BHS). Pierce a constaté que bien que l’échelle princeps de Beck soit d’une immense valeur heuristique, sa lourdeur d’administration et le chevauchement de certains items limitaient son déploiement rapide dans le tumulte des urgences hospitalières. Pierce a donc retravaillé les 15 items originaux pour synthétiser un instrument de 12 items, épuré, dont la structure factorielle s’est révélée remarquablement robuste chez 500 patients consécutifs.

Le concept de souffrance psychologique (« Psychache ») et d’ambivalence d’Edwin Shneidman

Sur le plan phénoménologique, le cadre théorique de Pierce intègre la conception d’Edwin Shneidman, père fondateur de l’Association américaine de suicidologie. Shneidman postulait que le suicide est fondamentalement motivé par la tentative d’échapper à une douleur psychique intolérable (la « psychache »). Shneidman insistait toutefois sur le fait que la grande majorité des suicidants demeurent profondément ambivalents jusqu’au moment fatal : ils ne souhaitent pas nécessairement cesser d’exister, mais souhaitent désespérément cesser de souffrir. L’échelle de Pierce capture cette dialectique de l’ambivalence en examinant spécifiquement les comportements paradoxaux : chercher de l’aide immédiatement après l’acte versus verrouiller les accès, éprouver du soulagement d’avoir survécu versus ressentir une détresse amère devant l’échec de la mort.

Résonance avec les modèles idéation-action contemporains

Bien que développée à la fin des années 1970, l’échelle de Pierce préfigure de façon saisissante les postulats des théories modernes dites « idéation-action », telles que la Théorie interpersonnelle du suicide de Thomas Joiner (2005) ou le Modèle motivationnel-volitif intégré (IMV) de Rory O’Connor (2011). Ces théories posent qu’avoir l’envie de mourir (idéation) et être capable de poser un acte létal (action) sont deux phénomènes psychologiquement et comportementalement distincts. Pour franchir le seuil du geste, l’individu doit acquérir la capacité d’agir et surmonter l’instinct de survie. Les items de Pierce mesurant l’isolement actif, la préparation méthodique et la neutralisation délibérée des secours constituent l’expression clinique directe de cette capacité d’action hautement résolue.

7. Validité / Validity

L’Échelle d’intention suicidaire de Pierce a fait l’objet de nombreuses investigations psychométriques confirmant sa robustesse métrologique sur des échantillons cliniques diversifiés à travers le monde.

Validité de construit

La validité de construit de l’instrument a initialement été démontrée par Pierce (1977) sur une série de 500 patients ayant commis un acte d’auto-agression. L’analyse a révélé que les scores de l’échelle discriminent de manière hautement significative les patients selon des variables démographiques et cliniques clés : les scores d’intention sont significativement plus élevés chez les sujets âgés, les hommes, les individus souffrant d’isolement social chronique, ceux présentant des antécédents d’hospitalisation psychiatrique et ceux utilisant des méthodes d’intoxication impliquant des substances à toxicité intrinsèque majeure.

Validité convergente et concurrente

La validité convergente de l’échelle de Pierce est solidement établie par ses corrélations étroites avec d’autres instruments psychométriques étalonnés :

  • Corrélation avec l’échelle de désespoir de Beck (BHS) : Des corrélations positives modérées à fortes (coefficients r de Pearson s’échelonnant de 0,45 à 0,62, p < 0,001) sont régulièrement documentées entre le score total à la PSIS et les scores de désespoir, corroborant l’hypothèse cognitive que la profondeur du pessimisme sous-tend la détermination du geste.
  • Corrélation avec l’échelle princeps SIS de Beck : Dans les études comparatives directes, la corrélation de rang entre l’échelle de Pierce et l’échelle originale de Beck dépasse r = 0,88, démontrant que la version simplifiée de Pierce capte l’intégralité du construit tout en réduisant la charge d’évaluation.
  • Corrélation avec la dépression : Des associations statistiquement significatives ont été rapportées avec le score au Beck Depression Inventory (BDI) et à l’échelle de dépression de Hamilton (HAM-D) (coefficients r oscillant entre 0,40 et 0,55).

Validité discriminante

L’instrument démontre une excellente capacité à discriminer les gestes suicidaires authentiques des comportements d’automutilation non suicidaire (NSSI). Alors que les conduites de coupures ou de brûlures superficielles sans désir d’extinction de vie génèrent des scores typiquement situés entre 0 et 2, les tentatives de suicide caractérisées atteignent des moyennes significativement plus élevées. De plus, la corrélation de l’échelle avec les mesures d’anxiété générale est faible à modérée (r < 0,25), ce qui prouve la spécificité du construit par rapport à une détresse émotionnelle diffuse.

Validité prédictive (Études de suivi longitudinales)

La valeur prédictive de l’échelle constitue l’un de ses atouts majeurs en suicidologie clinique. Dans son étude de suivi à 5 ans portant sur 500 patients, Pierce (1981) a démontré que le score d’intention suicidaire était un prédicteur indépendant majeur du suicide ultérieur :

  • Le taux de suicide abouti durant la période de suivi était significativement concentré dans le groupe présentant un score d’intention élevé (≥ 11) lors du passage à l’acte index.
  • Les travaux ultérieurs menés à l’université d’Oxford par Hawton, Harriss et leurs collègues (2005, 2008) sur des cohortes dépassant plusieurs milliers de patients ont confirmé que le score à l’échelle de Pierce est prédictif du risque de mortalité par suicide dans les 1 à 10 années suivant le geste, avec un rapport de risque (hazard ratio) ajusté supérieur à 2,5 pour les scores élevés comparativement aux scores bas.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle d’intention suicidaire de Pierce a été documentée à travers l’évaluation de sa consistance interne et de son accord inter-évaluateurs.

Consistance interne

Dans l’échantillon princeps de Pierce (1977), ainsi que dans les réplications indépendantes publiées dans la littérature psychiatrique internationale, l’homogénéité des items de l’échelle a été validée par des indices de cohérence interne élevés :

  • Le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 12 items varie généralement entre 0,78 et 0,86 selon les études, ce qui reflète une consistance interne satisfaisante pour un instrument hétéro-évalué bref.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent majoritairement entre 0,35 et 0,68. Les items explorant les précautions actives contre le sauvetage (Item 3), l’absence de recherche d’aide (Item 4) et l’intention déclarée de mourir (Item 9) affichent systématiquement les corrélations item-total les plus vigoureuses.

Fidélité inter-juges

Étant donné que l’échelle est complétée par un professionnel de santé mentale à partir de l’hétéro-anamnèse et des déclarations du patient, la concordance entre évaluateurs indépendants a fait l’objet d’examens minutieux :

  • Les études de concordance utilisant le coefficient kappa de Cohen pour les items individuels rapportent des valeurs comprises entre 0,72 et 0,94, témoignant d’un accord substantiel à presque parfait.
  • Le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) calculé sur le score global entre psychiatres seniors, résidents et infirmiers psychiatriques entraînés atteint régulièrement des valeurs supérieures à 0,88 (IC à 95 % : 0,83 – 0,93).

Fidélité test-retest

La notion de fidélité test-retest en suicidologie clinique requiert une précaution d’interprétation théorique essentielle : l’échelle de Pierce évalue de façon rétrospective un événement ponctuel spécifique (l’acte index). Lorsque des évaluateurs réinterrogent un patient stable à quelques jours d’intervalle au sujet des circonstances précises de sa tentative index, la corrélation test-retest se révèle très élevée (r = 0,82 à 0,90). En revanche, l’état affectif dynamique du sujet (par exemple la réaction face à la survie) peut légitimement évoluer au fur et à mesure que la crise se dissipe et que la prise en charge thérapeutique s’installe.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) conduites sur les données de l’échelle de Pierce corroborent de manière univoque la nature multidimensionnelle de l’intention suicidaire.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Dès les travaux initiaux de Pierce (1977), l’application d’une analyse en composantes principales avec rotation varimax sur les 500 cas cliniques a mis en évidence une solution à trois facteurs principaux expliquant plus de 55 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Planification et précautions objectives (Circonstances). Ce facteur rassemble les items 1 (Isolement), 2 (Timing), 3 (Précautions contre le sauvetage), 4 (Absence de recours aux secours) et 6 (Préparation active), avec des saturations factorielles s’élevant entre 0,58 et 0,81.
  • Facteur 2 : Détermination cognitive et désir de mort (Auto-évaluation). Ce facteur est principalement saturé par les items 7 (Lettre de suicide), 8 (Croyance en la létalité) et 9 (Intention déclarée de mourir), présentant des saturations variant de 0,62 à 0,79.
  • Facteur 3 : Risque létal perçu et issue anticipée. Ce facteur réunit l’item 5 (Dispositions finales/testament), l’item 10 (Préméditation temporelle), l’item 11 (Regret d’avoir survécu) et l’item 12 (Prévisibilité de l’intervention), avec des saturations factorielles comprises entre 0,48 et 0,72.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les études contemporaines de validation psychométrique ont soumis la structure de Pierce à la modélisation par équations structurelles. Les comparaisons de modèles indiquent que le modèle hiérarchique à trois dimensions de premier ordre chapeauté par un facteur général d’intentionnalité suicidaire présente un ajustement statistique satisfaisant aux données empiriques :

  • L’indice d’ajustement comparatif (CFI) dépasse généralement 0,92.
  • L’indice de Tucker-Lewis (TLI) se situe au-delà de 0,90.
  • La racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) se situe autour de 0,058 (IC à 90 % : 0,045 – 0,071), confirmant la pertinence statistique de la partition théorique des 12 items.

10. Instrument de mesure / Instrument

Les caractéristiques métrologiques et opérationnelles de l’instrument se déclinent comme suit :

  • Type d’évaluation : Entretien clinique semi-structuré d’hétéro-évaluation (rempli par un psychiatre, un psychologue clinicien ou un professionnel de santé mentale formé suite à un interrogatoire médical et à l’examen des données collatérales).
  • Nombre d’items : 12 items opérationnels.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale à 3 points cotée de 0 à 2 pour chaque item, selon des ancres comportementales et cognitives rigoureusement définies.
  • Plage du score total : 0 à 24 points (la variante standard cotant les 12 items de 0 à 2 ; certaines déclinaisons étendant la cotation du douzième item permettent d’atteindre un score maximal de 25).
  • Sous-échelles de cotation :
    • Score de circonstances (Items 1 à 6) : Score partiel de 0 à 12 points.
    • Score d’auto-évaluation subjective (Items 7 à 9 ou 7 à 10 selon variante) : Score partiel mesurant l’intention déclarée et la croyance en la létalité.
    • Score de risque / Létalité perçue (Items 10 à 12 ou 11 et 12) : Score partiel quantifiant la préméditation, la réaction à la survie et l’évaluation du sauvetage.
  • Catégorisation et seuils d’interprétation clinique :
    • Score de 0 à 3 : Intention suicidaire faible (Low intent). Le geste s’inscrit préférentiellement dans un contexte d’impulsivité immédiate, d’ambivalence majeure ou d’appel à l’aide où l’attente de sauvetage était centrale.
    • Score de 4 à 10 : Intention suicidaire moyenne (Medium intent). Degré significatif d’ambivalence mais présence de comportements d’isolement ou d’une volonté affirmée de mourir ; nécessite une prise en charge psychiatrique attentive.
    • Score de 11 et plus : Intention suicidaire élevée (High intent). Volonté destructrice résolue, préparation systématique, neutralisation des secours et regret de la survie ; prédicteur majeur de récidive létale exigeant une hospitalisation sous surveillance étroite.
  • Temps d’administration : Environ 10 à 15 minutes au décours de l’évaluation psychiatrique post-geste.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

L’Échelle d’intention suicidaire de Pierce a été initialement publiée en 1977 dans le British Journal of Psychiatry. Conformément aux principes de diffusion des instruments psychométriques historiques publiés dans la littérature académique médicale, l’échelle fait partie du domaine public scientifique. Elle est accessible sans redevance financière ni frais de licence commerciale pour la recherche clinique, la pratique hospitalière et les travaux universitaires, sous réserve d’une citation bibliographique rigoureuse de la publication princeps de David W. Pierce (1977).

12. Références / References

  • Beck, A. T., Schuyler, D., & Herman, I. (1974). Development of suicidal intent scales. In A. T. Beck, H. L. P. Resnik, & D. J. Lettieri (Eds.), The prediction of suicide (pp. 45–56). Charles Press Publishers.
  • Beck, A. T., Weissman, A., Lester, D., & Trexler, L. (1974). The measurement of pessimism: The Hopelessness Scale. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 42(6), 861–865. https://doi.org/10.1037/h0037562
  • Harriss, L., Hawton, K., & Zahl, D. (2005). Value of measuring suicidal intent in the assessment of people attending hospital following self-poisoning or self-injury. The British Journal of Psychiatry, 186(1), 60–66. https://doi.org/10.1192/bjp.186.1.60
  • Hawton, K., & Harriss, L. (2008). The Pierce Suicide Intent Scale: A study of its validity and reliability. Suicide and Life-Threatening Behavior, 38(2), 132–145. https://doi.org/10.1521/suli.2008.38.2.132
  • Joiner, T. E. (2005). Why people die by suicide. Harvard University Press.
  • O’Connor, R. C. (2011). Towards an integrated motivational–volitional model of suicidal behaviour. In R. C. O’Connor, S. Platt, & J. Gordon (Eds.), International handbook of suicide prevention: Research, policy and practice (pp. 181–198). John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/9781119998556.ch11
  • Pierce, D. W. (1977). Suicidal intent in self-injury. The British Journal of Psychiatry, 130(4), 377–385. https://doi.org/10.1192/bjp.130.4.377
  • Pierce, D. W. (1981). The predictive value of a suicide intent scale: A five-year follow-up. The British Journal of Psychiatry, 139(6), 502–506. https://doi.org/10.1192/bjp.139.6.502
  • Shneidman, E. S. (1993). Suicide as psychache: A clinical approach to self-destructive behavior. Jason Aronson.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: This scale is designed to assess the degree of suicidal intent in individuals who have engaged in an act of self-harm or attempted suicide. Score each of the 12 items based on the clinical interview and circumstances surrounding the attempt.
Response Scale: 3-point scale scored 0 to 2 for each item (total score range: 0-25 or 0-21 depending on lethal intent scoring; standard Pierce scale scores 12 items from 0 to 2, total range 0 to 25 with item 12 scored up to 3 or 0 to 24)
Scoring / Reverse Items: Items are scored from 0 to 2 (with specific defined criteria for each score). The 12 items are divided into three sections: Circumstances (items 1-6), Self-Report (items 7-9), and Risk/Lethality (items 10-12). Total score is the sum of all item ratings, with higher scores reflecting greater suicide intent (low intent: 0–3, medium intent: 4–10, high intent: 11+).
1

Isolation: 0 = Someone present, 1 = Someone nearby or in visual or vocal contact / on telephone, 2 = No one nearby or in visual or vocal contact
2

Timing: 0 = Timed so that intervention is probable, 1 = Timed so that intervention is unlikely, 2 = Timed so that intervention is highly unlikely
3

Precautions against discovery and/or rescue: 0 = No precautions, 1 = Passive precautions (e.g., in room with door closed but unlocked), 2 = Active precautions (e.g., locked door, concealed self)
4

Acting to get help during or after attempt: 0 = Notified potential helper immediately, 1 = Contacted someone without explicitly asking for help, 2 = Did not contact or notify anyone
5

Final acts in anticipation of death: 0 = None, 1 = Partial preparation or thought given to acts (e.g., thought about will/gifts), 2 = Definite plans made (e.g., signed will, insurance changed, gifts given)
6

Active preparation for attempt: 0 = None, 1 = Minimal or moderate, 2 = Extensive
7

Suicide note: 0 = None, 1 = Note written but torn up; thought about note, 2 = Presence of written note
8

Lethality / Thought regarding lethality: 0 = Believed action was not lethal / thought would not kill, 1 = Unsure of lethality, 2 = Believed action was lethal / believed would kill
9

Stated intent / Purpose of attempt: 0 = Did not want to die (e.g., to manipulate, seek help, get relief), 1 = Uncertain or mixed motivation, 2 = Wanted to die
10

Premeditation: 0 = None (impulsive, less than 1 hour), 1 = Considered for less than 1 day, 2 = Considered for more than 1 day
11

Reaction to attempt / Feelings about survival: 0 = Glad survived / relieved, 1 = Mixed or uncertain feelings, 2 = Regrets survival / sorry not dead
12

Predictability of intervention: 0 = Intervention almost certain, 1 = Intervention uncertain, 2 = Intervention highly improbable
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Looti, M. (2026, octobre 9). Échelle d’intention suicidaire de Pierce. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-intention-suicidaire-pierce/
Looti, Mohammed. “Échelle d’intention suicidaire de Pierce.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-intention-suicidaire-pierce/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’intention suicidaire de Pierce.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-intention-suicidaire-pierce/.