Échelle d’Intelligence Émotionnelle de Schutte (SEIS)

Découvrez l’Échelle d’Intelligence Émotionnelle de Schutte (SEIS) : analyse psychométrique complète, cadre théorique de Salovey et Mayer, validité, fidélité et liste intégrale des 33 items.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’Intelligence Émotionnelle de Schutte (Schutte Emotional Intelligence Scale, SEIS), également désignée dans la littérature scientifique sous les appellations de Self-Report Emotional Intelligence Test (SREIT), Assessing Emotions Scale (AES) ou encore Trait Meta-Mood Scale-33, est un instrument psychométrique auto-rapporté pionnier développé par Nicola S. Schutte et ses collaborateurs en 1998. Conçue pour opérationnaliser le modèle fondateur d’intelligence émotionnelle formulé par Peter Salovey et John D. Mayer (1990), l’échelle comprend 33 items mesurés sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« fortement en désaccord ») à 5 (« fortement en accord »). L’instrument évalue la propension individuelle à percevoir, comprendre, exprimer, réguler et utiliser ses propres émotions ainsi que celles d’autrui.

Bien que Schutte et al. (1998) aient initialement conceptualisé l’outil comme une mesure globale unidimensionnelle de l’intelligence émotionnelle trait (donnant lieu à un score composite variant de 33 à 165), des investigations psychométriques indépendantes subséquentes (notamment Petrides & Furnham, 2000 ; Saklofske et al., 2003 ; Ciarrochi et al., 2001) ont mis en évidence une structure multidimensionnelle robuste articulée autour de quatre facteurs principaux : la perception des émotions (ou évaluation), la régulation de ses propres émotions, la régulation des émotions d’autrui (compétences sociales) et l’utilisation des émotions à des fins cognitives et motivationnelles. Sur le plan psychométrique, la SEIS fait preuve d’une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant systématiquement entre 0,84 et 0,90 selon les populations étudiées, ainsi qu’une excellente stabilité temporelle à court et moyen terme (fidélité test-retest r = 0,78 sur deux semaines). La validité de construit, convergente et prédictive de l’instrument a été corroborée par des centaines d’études empiriques à travers le monde, corrélant significativement avec l’estime de soi, l’optimisme, le bien-être subjectif, la réussite académique et la réduction de la détresse psychologique.

2. Mots-clés / Keywords

Intelligence émotionnelle, Schutte Emotional Intelligence Scale, SEIS, SREIT, auto-évaluation émotionnelle, régulation émotionnelle, perception des émotions, compétences psychosociales, psychométrie, modèle de Salovey et Mayer, intelligence émotionnelle trait, validation transculturelle.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs en psychologie clinique et différentielle rattachés à plusieurs institutions universitaires américaines et australiennes :

  • Nicola S. Schutte, Ph.D. — Professeure émérite de psychologie à la School of Psychology, University of New England (Armidale, Nouvelle-Galles du Sud, Australie). Spécialiste de renommée mondiale dans l’étude des processus émotionnels, de l’auto-efficacité et de la psychologie positive. (Email institutionnel : [email protected]).
  • John M. Malouff, Ph.D., J.D. — Professeur associé de psychologie clinique à la University of New England (Australie). Ses travaux portent sur les interventions cognitivo-comportementales, la régulation des affects et les applications cliniques de l’intelligence émotionnelle.
  • Donald G. Hall, Ph.D. — Chercheur en psychométrie et psychologie différentielle (États-Unis).
  • Danielle J. Haggerty, B.A. — Collaboratrice de recherche, Nova Southeastern University (Fort Lauderdale, Floride, États-Unis).
  • Joan T. Cooper, B.S. — Collaboratrice de recherche en évaluation psychologique (États-Unis).
  • Charles J. Golden, Ph.D., ABPP/ABCN — Professeur distingué de psychologie et directeur du Neuropsychological Assessment Center au sein du College of Psychology, Nova Southeastern University (Floride, États-Unis). Sommité internationale en neuropsychologie et évaluation cognitive.
  • Lynne Dornheim, Ph.D. — Psychologue clinicienne et chercheuse affiliée aux travaux initiaux de validation.

4. Objectif / Purpose

Le développement de la Schutte Emotional Intelligence Scale s’est inscrit dans une période charnière de la psychologie différentielle à la fin des années 1990. Bien que le concept d’intelligence émotionnelle ait été formalisé sur le plan théorique par Salovey et Mayer en 1990 et popularisé mondialement par Daniel Goleman en 1995, la communauté scientifique manquait cruellement d’outils de mesure standardisés, brefs, fiables et faciles d’administration permettant de quantifier ces compétences adaptatives au sein d’échantillons variés de recherche et de pratique clinique.

L’objectif fondamental de Schutte et al. (1998) était d’opérationnaliser le modèle tripartite de Salovey et Mayer (1990) sous la forme d’un inventaire auto-rapporté accessible ne requérant pas les contraintes matérielles ou d’encodage complexes des tests de performance maximale (tels que le MEIS ou ultérieurement le MSCEIT). L’instrument a été conçu pour capturer les dispositions comportementales habituelles, l’auto-efficacité émotionnelle perçue et la méta-connaissance relative au fonctionnement affectif d’un individu dans son quotidien.

Dans le domaine de la recherche en psychologie et sciences sociales, la SEIS vise à explorer le rôle médiateur et modérateur de l’intelligence émotionnelle dans une multitude de trajectoires psychosociales :

  • La résistance au stress chronique, à l’épuisement professionnel (burnout) et au stress vicariant en milieu professionnel et soignant ;
  • L’impact des compétences émotionnelles sur le leadership transformationnel, la négociation, la cohésion d’équipe et la performance organisationnelle ;
  • L’adaptation académique et universitaire, où l’auto-régulation affective favorise la persévérance face à l’échec et la gestion de l’anxiété d’évaluation ;
  • La qualité des relations interpersonnelles, de la communication empathique et de la satisfaction conjugale.

Sur le plan des applications cliniques et de santé mentale, la SEIS constitue un instrument d’évaluation diagnostique préliminaire et de suivi d’intervention. Elle permet aux praticiens (psychologues cliniciens, psychothérapeutes, conseillers d’orientation) d’identifier les déficits spécifiques d’un patient dans l’identification ou la régulation des affects, offrant une cartographie précieuse pour orienter des protocoles de thérapie cognitivo-comportementale (TCC), d’entraînement aux compétences émotionnelles ou de thérapie dialectique comportementale. En outre, elle s’avère particulièrement pertinente pour évaluer le pronostic ou l’efficacité thérapeutique dans la prise en charge des troubles dépressifs, des troubles anxieux et des difficultés d’adaptation comportementale associées à des profils alexithymiques modérés.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit ciblé par la SEIS relève de ce que la taxonomie contemporaine de la psychologie différentielle qualifie d’intelligence émotionnelle trait (ou auto-efficacité émotionnelle perçue), définie comme une constellation de dispositions comportementales et d’auto-perceptions situées aux niveaux inférieurs des hiérarchies de la personnalité (Petrides et al., 2007). L’échelle opérationnalise les dimensions interconnectées du modèle originel de Salovey et Mayer (1990), déclinées en sous-domaines fonctionnels :

1. Évaluation et expression des émotions (Appraisal and Expression of Emotion)

Cette dimension centrale, couverte par 13 items dans l’échelle, renvoie à l’aptitude d’une personne à identifier, discriminer et exprimer adéquatement ses propres états affectifs, ainsi qu’à décoder avec précision les indices émotionnels manifestés par autrui via le langage corporel, les expressions faciales et les variations prosodiques. Cette composante se subdivise en deux vecteurs :

  • Évaluation de soi : La conscience réflexive immédiate de ses propres affects au moment où ils émergent (ex. item 9 : « I am aware of my emotions as I experience them ») et la capacité à expliciter verbalement son vécu interne à des interlocuteurs choisis (ex. item 1 : « I know when to speak about my personal problems to others »).
  • Évaluation d’autrui : La sensibilité perceptive sociale permettant de déchiffrer les dynamiques affectives non verbales de ses pairs (ex. item 18 : « By looking at their facial expressions, I recognize the emotions people are experiencing » et item 32 : « I can tell how people are feeling by listening to the tone of their voice »). Un dysfonctionnement sur cet axe reflète des difficultés de décodage socio-émotionnel (ex. item inversé 5 : « I find it hard to understand the nonverbal messages of other people »).

2. Régulation des émotions (Regulation of Emotion)

Composée de 10 items, cette composante évalue les stratégies métacognitives et comportementales déployées par l’individu pour moduler l’intensité, la durée et la trajectoire de ses états affectifs, ainsi que pour intervenir de manière bienveillante et constructive sur le climat émotionnel de ses pairs :

  • Régulation intra-personnelle : Le sentiment de maîtrise et de contrôle sur ses débordements émotionnels (ex. item 21 : « I have control over my emotions »), la capacité à prolonger et savourer les états affectifs agréables (ex. item 12 : « When I experience a positive emotion, I know how to make it last ») et la recherche délibérée d’activités hédoniques et régulatrices (ex. item 14 : « I seek out activities that make me happy »).
  • Régulation interpersonnelle : L’orientation proactive vers le soutien social et l’élévation de l’humeur d’autrui en situation de vulnérabilité affective (ex. item 30 : « I help other people feel better when they are down ») et la création d’environnements propices à l’épanouissement partagé (ex. item 13 : « I arrange events others enjoy »).

3. Utilisation des émotions (Utilisation of Emotion)

Articulée autour de 10 items, cette dimension quantifie la manière dont l’individu canalise son énergie affective pour catalyser ses processus cognitifs, sa résolution de problèmes complexes, sa créativité divergente et sa motivation intrinsèque :

  • Pensée flexible et créativité : L’utilisation des fluctuations d’humeur comme déclencheurs d’ouverture cognitive et de génération d’idées neuves (ex. item 7 : « When my mood changes, I see new possibilities » et item 20 : « When I am in a positive mood, I am able to come up with new ideas »).
  • Résolution de problèmes et auto-motivation : L’utilisation intentionnelle des états d’esprit positifs pour persévérer face à l’adversité et aux contraintes environnementales (ex. item 31 : « I use good moods to help myself keep trying in the face of obstacles » et item 23 : « I motivate myself by imagining a good outcome to tasks I take on »), s’opposant directement à la résignation apprise ou à l’abandon anticipé face au défi (ex. item inversé 28 : « When I am faced with a challenge, I give up because I believe I will fail »).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement épistémologique de la SEIS repose sur la première formalisation théorique de l’intelligence émotionnelle établie par les psychologues Peter Salovey et John D. Mayer dans leur article princeps de 1990 (« Emotional Intelligence », publié dans Imagination, Cognition and Personality). Salovey et Mayer définissaient alors l’intelligence émotionnelle comme « la capacité à contrôler ses sentiments et émotions et ceux d’autrui, à les discriminer et à utiliser cette information pour guider ses pensées et ses actions ».

Ce modèle théorique originel rompait radicalement avec la conception dualiste historique qui opposait la raison pure (intellect, quotient intellectuel) aux émotions (considérées comme des interférences chaotiques, perturbatrices ou désorganisatrices de la pensée rationnelle). S’inscrivant dans la lignée des travaux d’Howard Gardner sur les intelligences multiples (particulièrement les intelligences intra-personnelle et interpersonnelle), Salovey et Mayer ont postulé que les affects véhiculent une information sémantique hautement organisée et adaptative essentielle à la survie et au fonctionnement optimal de l’individu dans son écologie sociale.

Dans leur cadre initial de 1990, Salovey et Mayer subdivisaient le concept en trois domaines fonctionnels majeurs interconnectés :

  1. L’évaluation et l’expression de l’émotion (dans le soi et chez autrui) : englobant les composantes verbales et non verbales, la perception intéroceptive, la métacognition affective et l’empathie cognitive ;
  2. La régulation de l’émotion (dans le soi et chez autrui) : impliquant le métacontrôle de l’humeur, l’atténuation des émotions négatives invalidantes et l’amplification des émotions positives ;
  3. L’utilisation de l’émotion : intégrant la planification flexible, la pensée créative, l’attention focalisée et la motivation orientée vers des buts complexes.

Pour construire leur instrument, Schutte et son équipe (1998) ont rigoureusement généré un réservoir initial de 62 items opérationnalisant textuellement chaque facette de ce modèle tripartite de 1990. Après une analyse factorielle exploratoire minutieuse, 33 items présentant des saturations dominantes et stables sur un facteur général cohérent ont été retenus. Bien que Mayer et Salovey aient ultérieurement révisé leur cadre théorique en 1997 pour adopter un modèle d’aptitude en quatre branches hiérarchiques (Four-Branch Ability Model), mesuré par des tâches d’évaluation des performances objectives (comme le MSCEIT), la SEIS est demeurée l’opérationnalisation de référence du modèle originel de 1990 dans le paradigme auto-rapporté.

Dans la cartographie des sciences psychologiques modernes établie par K. V. Petrides, la SEIS se situe au croisement du modèle des habiletés cognitives (de par son ancrage conceptuel) et du modèle de l’intelligence émotionnelle trait (de par sa méthode de recueil par auto-questionnaire évaluant des perceptions de soi et des propensions stables plutôt que des capacités cognitives maximales vérifiables par de bonnes ou mauvaises réponses).

7. Validité / Validity

L’accumulation de travaux psychométriques menés depuis 1998 fournit un corpus probant attestant de la validité scientifique robuste de la SEIS au travers de multiples prismes méthodologiques :

Validité de construit et validité convergente

Dans leur étude princeps, Schutte et al. (1998) ont démontré une forte corrélation positive entre les scores de la SEIS et des mesures établies de construits théoriquement congruents. L’instrument corrèle significativement et positivement avec :

  • L’orientation vers la vie et l’optimisme mesuré par le Life Orientation Test (LOT ; Scheier & Carver, 1985), avec r = 0,52 (p < 0,001) ;
  • L’estime de soi évaluée par l’échelle de Rosenberg (1965), affichant des coefficients compris entre r = 0,45 et r = 0,61 ;
  • La clarté des sentiments et la propension à l’autoréparation affective mesurées par la Trait Meta-Mood Scale (TMMS ; Salovey et al., 1995), avec des associations robustes (r = 0,55 à 0,68) ;
  • L’empathie cognitive et affective mesurée par l’Interpersonal Reactivity Index (IRI ; Davis, 1983), particulièrement avec la sous-échelle de prise de perspective (r = 0,43).

Validité discriminante

La validité discriminante a été rigoureusement examinée pour vérifier que l’instrument ne se réduisait pas à une simple variante des traits de personnalité du modèle des Big Five (NEO-PI-R). Les études montrent des corrélations modérées avec l’extraversion (r = 0,38 à 0,45), l’agréabilité (r = 0,26 à 0,35), la conscience (r = 0,25 à 0,32) et l’ouverture à l’expérience (r = 0,40 à 0,54). De façon attendue et cohérente avec la théorie, une corrélation négative systématique et significative est retrouvée avec le névrosisme (r = -0,28 à -0,38). Plus fondamentalement, Schutte et al. (1998) ont démontré que les scores à la SEIS ne présentaient pas de corrélation statistiquement significative avec l’intelligence cognitive générale (quotient intellectuel évalué par les matrices de Raven ou les scores SAT, r = -0,06 à 0,08, non significatif), prouvant ainsi l’indépendance psychométrique du construit par rapport au facteur g intellectuel.

De surcroît, l’échelle démontre une excellente discrimination négative avec l’alexithymie : les corrélations avec la Toronto Alexithymia Scale (TAS-20 ; Bagby et al., 1994) sont fortement inverses (r = -0,65 à -0,72), confirmant que la SEIS évalue avec fidélité le pôle opposé aux déficits d’identification et de verbalisation des sentiments.

Validité prédictive et de critère

La validité prédictive de la SEIS a été confirmée dans des contextes empiriques écologiques majeurs :

  • Réussite académique : Dans la cohorte inaugurale de Schutte et al. (1998), les scores obtenus à l’entrée à l’université prédisaient de manière significative la moyenne générale cumulative (Grade Point Average, GPA) des étudiants à la fin de leur première année académique (r = 0,32, p < 0,01), maintenant une part de variance unique au-delà des capacités cognitives préalables.
  • Adaptation clinique et santé mentale : Des scores élevés à la SEIS sont prédictifs de scores d’affectivité négative et de dépression significativement plus bas (Beck Depression Inventory, r = -0,37 à -0,44). Schutte et al. (2002) ont démontré que les individus présentant des scores élevés à l’échelle manifestaient une plus grande résilience affective face à des tâches stressantes induites en laboratoire, maintenant leur sentiment d’auto-efficacité face aux feed-backs d’échec expérimentaux.
  • Relations sociales : Les scores SEIS prédisent significativement une meilleure qualité des relations interpersonnelles, une plus grande propension à la coopération sociale dans des jeux de dilemme du prisonnier et une perception accrue de soutien social perçu (Ciarrochi et al., 2001).

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation des qualités métrologiques de la SEIS a fait l’objet de multiples réplications indépendantes dans une grande diversité de contextes culturels et linguistiques, confirmant une homogénéité interne et une stabilité temporelle répondant aux standards les plus exigeants de l’American Psychological Association (APA).

Consistance interne

Dans l’échantillon de développement initial composé de 346 adultes et étudiants universitaires (Schutte et al., 1998), le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale de 33 items s’élevait à 0,90, témoignant d’une remarquable consistance interne. Les réplications menées à l’échelle internationale ont retrouvé des valeurs tout à fait comparables :

  • Ciarrochi, Chan et Caputi (2000) ont rapporté un alpha de 0,84 chez des adultes australiens ;
  • Petrides et Furnham (2000) ont obtenu un alpha de 0,86 dans un échantillon britannique ;
  • Saklofske, Austin et Minski (2003) ont documenté un alpha de 0,87 auprès d’étudiants universitaires canadiens ;
  • Dans les adaptations francophones de l’échelle, les coefficients de consistance interne globaux varient généralement entre 0,85 et 0,89.

Lorsque les quatre sous-échelles factorielles usuelles sont analysées séparément, les coefficients alpha demeurent modérément satisfaisants à solides : Perception/Évaluation des émotions (α ≈ 0,76 – 0,82), Régulation de ses propres émotions (α ≈ 0,75 – 0,81), Régulation des émotions d’autrui (α ≈ 0,66 – 0,74) et Utilisation des émotions (α ≈ 0,66 – 0,73).

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La stabilité temporelle de la mesure a été confirmée à plusieurs reprises :

  • Schutte et al. (1998) ont évalué un sous-échantillon de 28 participants sur un intervalle de deux semaines, constatant un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,78 (p < 0,001), ce qui atteste d’une grande stabilité à court terme sans effet d’apprentissage perturbateur.
  • Des études longitudinales ultérieures portant sur des périodes de trois à six mois (ex. Petrides et al., 2004) ont documenté des coefficients de corrélation oscillant entre r = 0,68 et r = 0,74, confirmant la nature de disposition durable (trait) des scores obtenus via la SEIS.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La composition dimensionnelle de la SEIS a constitué l’un des débats psychométriques les plus stimulants dans le champ de l’évaluation émotionnelle au cours des deux dernières décennies.

L’approche unidimensionnelle inaugurale

Lors de la phase de création, Schutte et al. (1998) ont soumis les 62 items exploratoires initiaux à une analyse factorielle exploratoire (AFE) par la méthode des facteurs principaux avec rotation orthogonale (Varimax). Le critère d’éboulis de Cattell (scree test) indiquait sans ambiguïté l’émergence d’un premier facteur général dominant très robuste, expliquant une part prépondérante de la variance totale avant le point d’inflexion. Les auteurs ont retenu 33 items présentant des saturations supérieures ou égales à 0,40 sur ce facteur général d’intelligence émotionnelle. En conséquence, Schutte et ses collègues ont préconisé l’utilisation de l’instrument comme une mesure unidimensionnelle globale de l’intelligence émotionnelle, générant un score unique.

La mise en évidence d’une structure quadri-factorielle

Très rapidement, des méthodologistes ont réexaminé la structure interne de l’échelle à l’aide d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) et exploratoires par rotation oblique (reconnaissant l’interdépendance théorique des dimensions émotionnelles). Les travaux fondateurs de Petrides et Furnham (2000), corroborés par Ciarrochi et al. (2001) et Saklofske et al. (2003), ont invalidé l’ajustement strict d’un modèle purement unidimensionnel au profit d’un modèle hiérarchique à quatre facteurs corrélés :

  1. Optimisme / Régulation de ses propres émotions (Optimism / Mood Regulation) : Regroupant les items axés sur la maîtrise affective personnelle et l’anticipation positive (ex. items 2, 3, 10, 12, 14, 21, 23, 28) ;
  2. Évaluation des émotions (Appraisal of Emotion) : Isolant les items évaluant l’identification intéroceptive et non verbale des affects chez soi et chez autrui (ex. items 5, 9, 15, 18, 19, 22, 25, 29, 32, 33) ;
  3. Compétences sociales / Régulation d’autrui (Social Skills / Regulating Others’ Emotions) : Capturant la communication empathique, la sociabilité et le soutien apporté à autrui (ex. items 1, 4, 11, 13, 16, 24, 26, 30) ;
  4. Utilisation des émotions (Utilization of Emotion) : Focalisant sur la mobilisation des affects dans la résolution créative de problèmes et l’ouverture d’esprit (ex. items 6, 7, 8, 17, 20, 27, 31).

Les indices d’ajustement en analyse factorielle confirmatoire pour ce modèle quadri-factoriel s’avèrent nettement supérieurs aux standards méthodologiques (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,90 ; TLI > 0,89) par rapport au modèle unifactoriel contraint. Aujourd’hui, les spécialistes de psychométrie s’accordent à considérer la SEIS comme un modèle bifactoriel ou hiérarchique : un facteur général d’ordre supérieur d’intelligence émotionnelle trait sous-tend l’instrument (justifiant le calcul du score composite total pour la recherche générale), tout en permettant l’extraction de quatre sous-scores spécifiques très informatifs pour le diagnostic clinique détaillé.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’instrument : Inventaire psychométrique auto-rapporté (questionnaire standardisé d’auto-évaluation).
  • Population cible : Adultes et adolescents (dès 14-15 ans en fonction du niveau de maîtrise linguistique et de compréhension lexicale).
  • Nombre total d’items : 33 items rédigés sous la forme d’affirmations comportementales et métacognitives à la première personne du singulier.
  • Échelle de réponse (Format Likert en 5 points) :
    • 1 = Strongly disagree (Fortement en désaccord)
    • 2 = Disagree (En désaccord)
    • 3 = Neither disagree nor agree (Ni en désaccord, ni d’accord / Neutre)
    • 4 = Agree (D’accord)
    • 5 = Strongly agree (Fortement d’accord)
  • Items inversés : 3 items sont rédigés selon une polarité négative et requièrent une inversion préalable du score avant toute agrégation (transformation de la note brute X en note ajustée : 6 – X) :
    • Item 5 (« I find it hard to understand the nonverbal messages of other people »)
    • Item 28 (« When I am faced with a challenge, I give up because I believe I will fail »)
    • Item 33 (« It is difficult for me to understand why people feel the way they do »)
  • Calcul des scores :
    • Score total d’intelligence émotionnelle : Somme directe de l’ensemble des 33 items (après inversion des items 5, 28 et 33). Le score total varie de 33 à 165 points. Un score plus élevé reflète un niveau supérieur d’auto-efficacité émotionnelle globale. Dans les échantillons normatifs adultes, la moyenne générale se situe typiquement autour de 124-128 (écart-type ≈ 13-15).
    • Scores sous-dimensionnels (modèle théorique d’origine de Schutte et al., 1998) :
      • Évaluation et expression des émotions : 13 items.
      • Régulation des émotions : 10 items.
      • Utilisation des émotions : 10 items.
  • Temps de passation moyen : Environ 5 à 10 minutes, ce qui confère à la SEIS un ratio efficience diagnostique / économie cognitive particulièrement avantageux.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1998 (dans la revue scientifique à comité de lecture Personality and Individual Differences).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : Les auteurs de l’échelle, Nicola S. Schutte et John M. Malouff, ont placé la SEIS dans le domaine public académique afin de promouvoir le développement et la rigueur de la recherche en psychologie émotionnelle. Aucune autorisation formelle écrite n’est requise de la part des auteurs ou de l’éditeur pour une utilisation dans le cadre de recherches universitaires, d’enseignements académiques ou d’évaluations cliniques non commerciales, à condition de citer fidèlement l’article de référence de 1998.
  • Tarification : L’accès et l’administration de l’échelle sont entièrement gratuits (0 € / 0 $). Il n’existe aucun coût d’acquisition de licence, ni de frais d’utilisation par passation ou de redevance psychométrique.
  • Utilisation commerciale : Toute incorporation de l’instrument dans des plateformes logicielles commerciales de recrutement, des outils de coaching payants ou des produits éditoriaux propriétaires nécessite de contacter préalablement les détenteurs moraux des droits (Pr. Nicola S. Schutte) et de vérifier les accords avec l’éditeur d’origine (Elsevier Science Ltd).

12. Références / References

  • Bagby, R. M., Parker, J. D., & Taylor, G. J. (1994). The twenty-item Toronto Alexithymia Scale—I. Item selection and cross-validation of the factor structure. Journal of Psychosomatic Research, 38(1), 23-32. https://doi.org/10.1016/0022-3999(94)90005-1
  • Ciarrochi, J. V., Chan, A. Y., & Caputi, P. (2000). A critical evaluation of the emotional intelligence construct. Personality and Individual Differences, 28(3), 539-561. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(99)00119-1
  • Ciarrochi, J., Chan, F. P., & Bajgar, J. (2001). Measuring emotional intelligence in adolescents. Personality and Individual Differences, 31(7), 1105-1119. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(00)00207-5
  • Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113-126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
  • Mayer, J. D., & Salovey, P. (1997). What is emotional intelligence? In P. Salovey & D. J. Sluyter (Eds.), Emotional development and emotional intelligence: Educational implications (pp. 3-34). Basic Books.
  • Petrides, K. V., & Furnham, A. (2000). On the dimensional structure of emotional intelligence. Personality and Individual Differences, 29(2), 313-320. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(99)00195-6
  • Petrides, K. V., Pita, R., & Kokkinaki, F. (2007). The location of trait emotional intelligence in personality factor space. British Journal of Psychology, 98(2), 273-289. https://doi.org/10.1348/000712606X120618
  • Saklofske, D. H., Austin, E. J., & Minski, P. S. (2003). Factor structure and validity of a trait emotional intelligence measure. Personality and Individual Differences, 34(4), 707-721. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(02)00056-9
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  • Scheier, M. F., & Carver, C. S. (1985). Optimism, coping, and health: Assessment and implications of generalized outcome expectancies. Health Psychology, 4(3), 219-247. https://doi.org/10.1037/0278-6133.4.3.219
  • Schutte, N. S., & Malouff, J. M. (1999). Measuring emotional intelligence and related constructs. Edwin Mellen Press.
  • Schutte, N. S., Malouff, J. M., Hall, L. E., Haggerty, D. J., Cooper, J. T., Golden, C. J., & Dornheim, L. (1998). Development and validation of a measure of emotional intelligence. Personality and Individual Differences, 25(2), 167-177. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(98)00001-4
  • Schutte, N. S., Malouff, J. M., Simunek, M., McKenley, J., & Hollander, S. (2002). Characteristic emotional intelligence and emotional well-being. Cognition and Emotion, 16(6), 769-785. https://doi.org/10.1080/02699930143000482

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

I know when to speak about my personal problems to others.
2

When I am faced with obstacles‚ I remember times I faced similar obstacles and overcame them.
3

I expect that I will do well on most things I try.
4

Other people find it easy to confide in me.
5

I find it hard to understand the nonverbal messages of other people.
6

Some of the major events of my life have led me to re-evaluate what is important and not important.
7

When my mood changes‚ I see new possibilities.
8

Emotions are some of the things that make my life worth living.
9

I am aware of my emotions as I experience them.
10

I expect good things to happen.
11

I like to share my emotions with others.
12

When I experience a positive emotion‚ I know how to make it last.
13

I arrange events others enjoy.
14

I seek out activities that make me happy.
15

I am aware of the nonverbal messages I send to others.
16

I present myself in a way that makes a good impression on others.
17

When I am in a positive mood‚ solving problems is easy for me.
18

By looking at their facial expressions‚ I recognize the emotions people are experiencing.
19

I know why my emotions change.
20

When I am in a positive mood‚ I am able to come up with new ideas.
21

I have control over my emotions.
22

I easily recognize my emotions as I experience them.
23

I motivate myself by imagining a good outcome to tasks I take on.
24

I compliment others when they have done something well.
25

I am aware of the nonverbal messages other people send.
26

When another person tells me about an important event in his or her life‚ I almost feel as though I have experienced this event myself.
27

When I feel a change in emotions‚ I tend to come up with new ideas.
28

When I am faced with a challenge‚ I give up because I believe I will fail.
29

I know what other people are feeling just by looking at them.
30

I help other people feel better when they are down.
31

I use good moods to help myself keep trying in the face of obstacles.
32

I can tell how people are feeling by listening to the tone of their voice.
33

It is difficult for me to understand why people feel the way they do.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle d’Intelligence Émotionnelle de Schutte (SEIS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-intelligence-emotionnelle-schutte-seis/
Looti, Mohammed. “Échelle d’Intelligence Émotionnelle de Schutte (SEIS).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-intelligence-emotionnelle-schutte-seis/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’Intelligence Émotionnelle de Schutte (SEIS).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-intelligence-emotionnelle-schutte-seis/.