1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’inspiration (en anglais, Inspiration Scale [IS]), développée par les psychologues Todd M. Thrash et Andrew J. Elliot en 2003, constitue le premier instrument de mesure psychométrique validé conçu pour évaluer l’inspiration en tant que trait de personnalité et construit psychologique distinct. Longtemps reléguée au domaine de la théologie, de la poétique ou du mysticisme, l’inspiration a été opérationnalisée par Thrash et Elliot comme un état psychologique tripartite caractérisé par l’évocation (le sentiment involontaire et spontané d’être saisi par une idée ou un objet), la transcendance (la prise de conscience de possibilités supérieures dépassant les limites ordinaires du soi) et la motivation d’approche (l’élan motivationnel orienté vers l’expression, l’actualisation ou la transmission de cette vision nouvelle).
L’échelle est composée de 4 énoncés fondamentaux. Pour chacun de ces énoncés, le participant répond à deux questions distinctes mesurant respectivement la fréquence (combien de fois l’expérience se produit-elle ?) et l’intensité (avec quelle profondeur ou force générale l’expérience est-elle vécue ?). Le protocole génère ainsi 8 items au total, évalués sur une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (« jamais » / « pas du tout ») à 7 (« très souvent » / « très profondément ou fortement »). L’instrument permet de calculer un score de fréquence (items 1a, 2a, 3a, 4a), un score d’intensité (items 1b, 2b, 3b, 4b) ainsi qu’un score global composite d’inspiration.
Les propriétés psychométriques de l’échelle d’inspiration sont exceptionnellement robustes. Les analyses factorielles confirmatoires appuient une structure bifactorielle corrélée ou un modèle hiérarchique avec un facteur général d’inspiration. La consistance interne est systématiquement élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,90 et 0,95 pour l’ensemble des sous-échelles et l’échelle globale. Les études de validité démontrent que l’échelle prédit de manière unique la créativité, l’atteinte d’objectifs personnels, la vitalité subjective et le bien-être eudémonique, tout en se distinguant nettement des construits voisins tels que l’affect positif générique, l’effort conscient et les traits du modèle des Big Five.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’inspiration, Inspiration Scale, psychométrie, créativité, motivation d’approche, transcendance, évocation, psychologie positive, Todd Thrash, Andrew Elliot, validation d’échelle, bien-être eudémonique, affect positif.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’inspiration a été créée et validée par deux figures majeures de la recherche en psychologie de la motivation et de la personnalité :
- Todd M. Thrash, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie au Département des sciences psychologiques du College of William & Mary (Williamsburg, Virginie, États-Unis). Ses travaux pionniers portent sur la nature de l’inspiration, les processus créatifs, la motivation intrinsèque et la relation entre la spiritualité et les états affectifs d’ordre supérieur. Courriel institutionnel : [email protected].
- Andrew J. Elliot, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Université de Rochester (Rochester, New York, États-Unis). Chercheur de renommée mondiale dans le domaine de la motivation humaine, il est particulièrement célèbre pour ses modèles hiérarchiques de la motivation d’approche et d’évitement, ainsi que pour ses recherches sur les buts d’accomplissement et la psychologie sociale expérimentale. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’inspiration est de fournir aux chercheurs et aux praticiens un outil de mesure standardisé, fiable et valide pour quantifier la propension individuelle à vivre des expériences d’inspiration. Avant les travaux séminaux de Thrash et Elliot publiés en 2003 dans le Journal of Personality and Social Psychology, le concept d’inspiration était presque totalement absent de la psychologie empirique contemporaine. Il était souvent considéré comme un phénomène trop éphémère, ésotérique ou métaphorique pour se prêter à une investigation quantitative rigoureuse.
Justification théorique et scientifique
La création de l’IS répondait à un vide théorique majeur. Bien que la créativité ait fait l’objet de milliers de publications empiriques, la psychologie cognitive et différentielle s’était principalement concentrée sur les mécanismes délibératifs, analytiques et axés sur l’effort (comme la pensée divergente, les fonctions exécutives ou la résolution méthodique de problèmes). L’aspect phénoménologique de « l’illumination » ou de la « muse » — où une idée novatrice et transformatrice émerge spontanément dans la conscience avec une charge motivationnelle puissante — était ignoré ou assimilé à tort à un simple affect positif.
Thrash et Elliot ont démontré que l’inspiration ne peut être réduite à la joie ou à l’enthousiasme général. L’objectif de l’échelle est donc d’isoler une forme spécifique d’activation motivationnelle qui lie la perception d’une possibilité nouvelle et transcendante à une impulsion intrinsèque de réalisation. L’échelle a été conçue pour capturer à la fois la fréquence à laquelle les individus accèdent à cet état et l’intensité avec laquelle ils le ressentent, permettant ainsi une modélisation fine des différences individuelles.
Applications en recherche
En contexte académique, l’échelle est largement utilisée dans plusieurs sous-disciplines :
- Psychologie de la créativité : L’IS permet d’examiner le rôle médiateur de l’inspiration entre les prédispositions de la personnalité (telles que l’Ouverture aux expériences) et les réalisations créatives réelles (publication de poèmes, écriture de romans, brevets scientifiques, composition musicale).
- Psychologie de la motivation : L’échelle sert à analyser la distinction cruciale entre les processus « inspiré par » (inspired by, réception passive d’une valeur supérieure) et « inspiré à » (inspired to, motivation d’actualisation proactive).
- Psychologie positive et bien-être : L’IS est employée pour explorer les déterminants de l’épanouissement personnel, du sens de la vie, de l’optimisme et de la vitalité subjective.
- Comportement organisationnel : Dans les sciences de gestion, l’outil est appliqué pour évaluer l’impact du leadership transformationnel sur l’inspiration des employés, la productivité innovante et l’engagement au travail.
Applications cliniques et pédagogiques
Sur le plan appliqué, l’échelle d’inspiration est utilisée dans le cadre du coaching exécutif et du conseil en développement personnel pour identifier les blocages créatifs et stimuler la motivation intrinsèque. En éducation, elle permet d’évaluer dans quelle mesure les environnements pédagogiques favorisent l’éveil intellectuel plutôt que la simple mémorisation mécanique. En psychologie clinique, l’évaluation du déficit d’inspiration peut éclairer certains profils dépressifs caractérisés par l’anhédonie, l’aboulie et l’incapacité à envisager des futurs stimulants.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’Échelle d’inspiration repose sur une conceptualisation tripartite rigoureusement articulée par Thrash et Elliot (2003, 2004). Pour qu’un état psychologique soit qualifié d’inspiration, il doit comporter trois composantes indispensables : l’évocation, la transcendance et la motivation d’approche.
1. Les trois composantes cardinales de l’inspiration
- L’évocation (Evocation) : L’inspiration est vécue comme un phénomène spontané, involontaire et non provoqué par un effort conscient de la volonté. L’individu ne « décide » pas d’être inspiré par un acte délibéré de contrôle exécutif ; l’inspiration est plutôt évoquée par la rencontre avec un stimulus extérieur (une œuvre d’art, un modèle humain, un paysage naturel grandiose) ou par l’émergence soudaine d’une prise de conscience interne. L’individu se perçoit comme le récepteur d’une idée ou d’une clarté qui semble venir d’au-delà de son moi habituel.
- La transcendance (Transcendence) : Lors d’un épisode d’inspiration, la conscience de l’individu est orientée vers des possibilités qui dépassent les préoccupations quotidiennes, routinières ou égocentrées. Cette transcendance implique un sentiment de clarté conceptuelle, d’illumination et de beauté. L’individu entrevoit une réalité meilleure, une vérité plus profonde ou une solution élégante à un problème complexe, rompant avec le scepticisme ou la myopie cognitive ordinaire.
- La motivation d’approche (Approach Motivation) : Contrairement à la simple contemplation esthétique (comme l’admiration passive ou la fascination), l’inspiration engendre une impulsion motrice puissante. Elle pousse l’individu à exprimer, matérialiser, communiquer ou concrétiser la vision nouvelle qui s’est imposée à lui. Cette énergie motivationnelle est intrinsèquement orientée vers l’approche (tendre vers un but désirable) plutôt que vers l’évitement (fuir une menace).
2. Les deux processus séquentiels : « Inspiré par » et « Inspiré à »
La théorie de Thrash et Elliot stipule que l’inspiration fonctionne selon une dialectique en deux temps :
- Être inspiré par (Inspired by) : Ce premier temps correspond à la phase de réception. L’individu apprécie la valeur intrinsèque, la grandeur ou la perfection d’un objet stimulant. Cela suscite l’évocation et la transcendance.
- Être inspiré à (Inspired to) : Ce second temps représente la phase d’action motivationnelle. L’individu ressent le besoin impérieux de créer, d’agir ou de transformer quelque chose à la lumière de ce qu’il a perçu. L’objet d’inspiration initial est alors métabolisé en une intention créative autonome.
3. Les deux dimensions psychométriques de l’échelle
L’échelle d’inspiration operationalise ce construit à travers deux dimensions complémentaires :
- La fréquence de l’inspiration (Inspiration Frequency) : Cette dimension mesure l’accessibilité chronique et la régularité temporelle des états d’inspiration dans la vie de l’individu. Une personne affichant un score élevé de fréquence fait l’expérience de l’inspiration de manière récurrente au cours de sa semaine ou de son mois, considérant ce phénomène comme une composante habituelle de son fonctionnement cognitif et émotionnel.
- L’intensité de l’inspiration (Inspiration Intensity) : Cette dimension capture la magnitude, la profondeur et l’impact émotionnel et motivationnel des épisodes vécus. Une inspiration intense est vécue comme une expérience transformative, électrisante et profondément marquante, tandis qu’une inspiration de faible intensité se limite à une légère étincelle d’intérêt.
Bien que la fréquence et l’intensité soient fortement corrélées (généralement entre r = 0,60 et r = 0,80), leur distinction permet d’identifier des profils différentiels : certains individus éprouvent des inspirations fréquentes mais modérées, tandis que d’autres connaissent des illuminations rares mais bouleversantes.
Distinction avec les construits connexes
Pour asseoir la légitimité du construit, Thrash et Elliot ont démontré empiriquement que l’inspiration se différencie nettement d’autres états psychologiques :
- L’affect positif (PA) : Alors que l’affect positif (mesuré par exemple par le PANAS) reflète un état de valence positive et d’activation énergétique générale (ex. être enthousiaste, alerte), l’inspiration implique nécessairement une transcendance sémantique et un contenu orienté vers une idée novatrice.
- L’état de Flow (Csikszentmihalyi) : Le flow requiert une immersion totale dans une tâche en cours avec un équilibre précis entre compétences et défis, généralement dans un cadre très structuré. L’inspiration précède souvent le flow et se caractérise par une émergence passive/spontanée, alors que le flow est un état actif d’engagement continu.
- L’expérience de l’« Eurêka » (Insight) : L’insight cognitif est souvent limité à la résolution d’une impasse computationnelle dans un problème fermé, tandis que l’inspiration inclut une dynamique affective et une motivation d’approche expansive à large spectre.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’Échelle d’inspiration s’ancre à la croisée de plusieurs traditions théoriques majeures de la psychologie contemporaine et classique :
1. La tradition humaniste et les expériences paroxystiques de Maslow
Dans les années 1960, Abraham Maslow a théorisé les « expériences paroxystiques » (peak experiences) comme des moments d’extase, de plénitude et d’illumination où l’être humain s’actualise pleinement et perçoit l’univers avec une clarté désintéressée. Thrash et Elliot se sont directement inspirés de cette tradition humaniste en reprenant la dimension de transcendance, tout en appliquant les canons méthodologiques modernes de la psychométrie pour rendre le phénomène mesurable et réfutable.
2. Le modèle hiérarchique de la motivation d’approche et d’évitement
Andrew J. Elliot est l’un des principaux théoriciens contemporains de la motivation basée sur la dichotomie approche/évitement. Selon cette perspective, les comportements humains sont organisés autour de deux systèmes fondamentaux : le système d’approche, guidé par des stimuli positifs et des opportunités de récompense ou de croissance, et le système d’évitement, activé par les menaces potentielles et la punition.
L’inspiration est théorisée comme un état d’activation pure du système d’approche. Lorsqu’une personne est inspirée, son attention est canalisée vers une possibilité désirable supérieure. Elle n’agit pas sous la pression de la peur de l’échec, du devoir ou de l’anxiété (qui caractérisent l’évitement ou la motivation extrinsèque contrôlée), mais sous l’impulsion d’une attraction magnétique envers un idéal à matérialiser.
3. La théorie de l’autodétermination (Deci et Ryan)
L’inspiration s’articule étroitement avec la théorie de l’autodétermination (Self-Determination Theory [SDT]) développée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan. Dans le cadre de la SDT, l’inspiration représente une manifestation prototypique du fonctionnement autonome. L’individu agit par intérêt intrinsèque et par alignement profond avec ses valeurs, faisant l’expérience d’une autonomie psychologique totale. Bien que l’inspiration soit initialement suscitée par un stimulus déclencheur (évocation involontaire), la motivation d’approche qui en découle est immédiatement intégrée et intériorisée par le soi.
4. Les modèles cognitifs de la créativité
Dans les sciences cognitives de la créativité (telles que le modèle de Wallas articulé en quatre phases : préparation, incubation, illumination, vérification), l’inspiration correspond précisément à la phase d’illumination et de passage à l’action. Thrash et Elliot conceptualisent l’inspiration comme le pont motivationnel reliant la découverte d’une idée novatrice (processus créatif primaire) à l’effort délibéré nécessaire pour la formaliser dans le monde réel (processus créatif secondaire).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle d’inspiration a été établie au moyen de multiples études quantitatives menées auprès d’échantillons diversifiés comprenant des étudiants universitaires, des artistes professionnels, des écrivains et des adultes de la population générale (Thrash & Elliot, 2003, 2004 ; Thrash et al., 2010).
Validité convergente
Les scores à l’Échelle d’inspiration montrent des corrélations positives statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec une série de variables psychologiques établies :
- Ouverture à l’expérience (Big Five) : Des corrélations robustes (typiquement entre r = 0,35 et r = 0,50, p < 0,001) ont été systématiquement observées avec le trait d’Ouverture, en particulier avec les facettes de réceptivité esthétique, de fantaisie et d’idées.
- Absorption psychologique : L’inspiration corrèle positivement avec l’échelle d’absorption de Tellegen (r ≈ 0,40), indiquant une capacité supérieure à s’immerger profondément dans les expériences sensorielles et imaginatives.
- Affect positif et vitalité : Des corrélations positives modérées à fortes sont observées avec le score d’affect positif du PANAS (r = 0,40 à 0,55) et avec l’échelle de vitalité subjective de Ryan et Frederick (r ≈ 0,45).
- Motivation intrinsèque : L’IS corrèle positivement avec l’orientation vers des buts de maîtrise (mastery goals) et la motivation autonome (r ≈ 0,38).
- Spiritualité et transcendance : Des corrélations significatives ont été mesurées avec l’échelle de transcendance spirituelle de Piedmont, confirmant la présence de la dimension transcendante au cœur de l’instrument.
Validité discriminante
Une préoccupation majeure lors de la validation était de prouver que l’inspiration ne constitue pas un simple dédoublement de l’affect positif générique ou de l’énergie physique. Thrash et Elliot ont démontré cette validité discriminante par plusieurs analyses rigoureuses :
- Différenciation de l’affect positif : Lorsque l’affect positif est contrôlé statistiquement par régression multiple ou modélisation par équations structurelles, l’inspiration continue de prédire de manière significative la créativité et la progression des buts, ce que l’affect positif résiduel ne parvient pas à faire.
- Indépendance vis-à-vis de l’effort : L’inspiration n’est pas corrélée avec la simple propension à fournir un effort conscient non dirigé. L’effort est vécu comme un travail de la volonté, alors que l’inspiration est vécue comme une propulsion sans effort préalable.
- Absence de lien avec la manie : L’inspiration se distingue nettement des états d’hypomanie ou d’agitation impulsive mesurés par des instruments cliniques ; l’inspiration s’accompagne d’une clarté réflexive et non d’une désorganisation cognitive.
Validité prédictive et de critère
L’échelle fait preuve d’une validité prédictive remarquable dans des contextes réels et écologiques :
- Production littéraire et poétique : Dans une étude menée auprès d’écrivains et de poètes (Thrash et al., 2010), les scores d’inspiration mesurés au niveau état ou trait prédisaient de façon indépendante l’évaluation qualitative en aveugle des textes produits (originalité technique, valeur esthétique et impact émotionnel jugés par des experts indépendants).
- Progression des objectifs personnels : Thrash et Elliot (2002, 2004) ont démontré dans des études longitudinales que les individus présentant des scores d’inspiration plus élevés font des progrès significativement plus rapides et durables vers leurs objectifs de vie personnels sur des périodes de trois mois.
- Brevets et innovations scientifiques : Chez des scientifiques et des ingénieurs, les scores à l’IS prédisent le nombre de dépôts de brevets et de solutions créatives documentées au travail.
8. Fidélité / Reliability
L’Échelle d’inspiration possède d’excellentes qualités de métrologie interne et de stabilité temporelle, attestées par de nombreuses cohortes expérimentales.
Consistance interne
La cohérence interne de l’IS a été évaluée à l’aide de l’alpha de Cronbach ainsi que du coefficient oméga de McDonald dans des études subséquentes. Malgré sa brièveté (4 énoncés déclinés en 8 items), l’instrument affiche une homogénéité remarquable :
- Sous-échelle Fréquence (4 items) : Les coefficients alpha de Cronbach se situent invariablement entre 0,89 et 0,94 selon les études (ex. α = 0,91 dans l’étude initiale de Thrash & Elliot, 2003).
- Sous-échelle Intensité (4 items) : Les valeurs d’alpha varient entre 0,90 et 0,95 (ex. α = 0,93 dans Thrash & Elliot, 2003).
- Échelle globale composite (8 items) : L’alpha de Cronbach global excède généralement 0,93, avec des saturations moyennes inter-items très solides.
Les corrélations item-total corrigées dépassent systématiquement le seuil recommandé de 0,70 pour l’ensemble des items, soulignant l’absence totale d’item redondant ou parasitaire.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle a été mesurée pour déterminer si l’instrument mesure bien un trait dispositionnel stable :
- Sur un intervalle de 3 mois, Thrash et Elliot (2003) ont obtenu un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,77 pour la sous-échelle Fréquence et de r = 0,69 pour la sous-échelle Intensité (p < 0,001).
- Sur un intervalle de 6 semaines, les coefficients se maintiennent au-delà de r = 0,80 pour l’ensemble des scores.
Ces données confirment que si l’état d’inspiration varie naturellement d’un jour à l’autre en fonction des événements de vie, la propension globale à vivre des inspirations fréquentes et intenses demeure un trait de personnalité remarquablement stable au cours du temps chez l’adulte.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’Échelle d’inspiration a fait l’objet d’examens statistiques approfondis combinant l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) dès sa conception initiale.
Analyses factorielles confirmatoires initiales (Thrash & Elliot, 2003)
Thrash et Elliot ont comparé trois modèles concurrents par modélisation par équations structurelles afin de déterminer la configuration psychométrique optimale :
- Modèle unifactoriel (1 facteur général) : Tous les 8 items saturent sur une seule variable latente « Inspiration globale ». Ce modèle présentait un ajustement modéré mais insuffisant au vu des standards psychométriques stricts (CFI < 0,90, RMSEA > 0,10), signalant que la distinction entre fréquence et intensité ne pouvait être ignorée.
- Modèle bifactoriel corrélé (2 facteurs) : Les 4 items de fréquence (1a, 2a, 3a, 4a) saturent sur un facteur latent « Fréquence », et les 4 items d’intensité (1b, 2b, 3b, 4b) saturent sur un facteur distinct « Intensité », les deux facteurs étant autorisés à corréler. Ce modèle a démontré un ajustement excellent : χ² significativement plus bas, comparative fit index (CFI) > 0,97, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,96, et root mean square error of approximation (RMSEA) < 0,06.
- Modèle hiérarchique de second ordre : Les deux facteurs de premier ordre (Fréquence et Intensité) saturent sur un facteur d’inspiration générale de second ordre. Ce modèle est statistiquement équivalent au modèle bifactoriel corrélé et justifie pleinement l’utilisation d’un score composite global lorsque les chercheurs souhaitent une mesure synthétique.
Saturations factorielles des items
Les saturations factorielles standardisées (factor loadings, λ) issues des analyses confirmatoires sont particulièrement élevées :
- Pour le facteur Fréquence, les saturations des items 1a à 4a oscillent entre 0,82 et 0,92.
- Pour le facteur Intensité, les saturations des items 1b à 4b oscillent entre 0,84 et 0,94.
De plus, des termes de covariance entre les erreurs de mesure des paires d’items correspondant au même énoncé racine (ex. corrélation entre les résidus de 1a et 1b) sont généralement inclus dans les modèles de pointe pour tenir compte de la variance de méthode liée à la formulation textuelle commune. Même après ajustement de ces covariances résiduelles, la structure dimensionnelle reste parfaitement stable et invariante selon le genre et les groupes d’âge.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle d’inspiration est un instrument d’auto-évaluation standardisé caractérisé par une conception méthodologique élégante et brève, optimisée pour minimiser la fatigue cognitive des participants.
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory).
- Nombre d’énoncés racines : 4 énoncés fondamentaux décrivant l’expérience de l’inspiration.
- Nombre total d’items évalués : 8 items au total (chaque énoncé racine est décliné en 2 questions distinctes d’évaluation).
- Format des réponses : Échelles de type Likert en 7 points graduées numériquement de 1 à 7 :
- Pour la dimension Fréquence (a) : les ancrages sont définis par 1 = « never » (jamais) à 7 = « very often » (très souvent).
- Pour la dimension Intensité (b) : les ancrages sont définis par 1 = « not at all » (pas du tout) à 7 = « very deeply or strongly » (très profondément ou fortement).
- Temps d’administration : Environ 1 à 2 minutes (extrêmement rapide et adapté aux protocoles de recherche longitudinaux ou d’échantillonnage des expériences [ESM]).
- Consignes de passation : Il est demandé au participant de lire attentivement chaque énoncé et de répondre aux deux questions associées en évaluant à quelle fréquence et avec quelle profondeur générale il vit l’expérience décrite.
- Mode de calcul des scores (Cotation) :
- Sous-échelle Fréquence : Somme (ou moyenne) des items 1a + 2a + 3a + 4a (fourchette de score brut : 4 à 28).
- Sous-échelle Intensité : Somme (ou moyenne) des items 1b + 2b + 3b + 4b (fourchette de score brut : 4 à 28).
- Score Global d’Inspiration : Somme (ou moyenne) des 8 items 1a + 1b + 2a + 2b + 3a + 3b + 4a + 4b (fourchette de score brut : 8 à 56).
- Items inversés : Aucun item n’est inversé ; tous les items sont cotés positivement.
- Interprétation des résultats : Plus le score est élevé, plus l’individu présente une disposition prononcée à être fréquemment et intensément inspiré dans sa vie quotidienne. Les moyennes de référence en population universitaire se situent généralement autour de 4,5 sur l’échelle de 1 à 7 pour la fréquence comme pour l’intensité.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2003 (publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology).
- Statut du droit d’auteur (Copyright) : Les droits scientifiques de l’article princeps sont détenus par l’American Psychological Association (APA). Cependant, les auteurs mettent l’échelle à la disposition de la communauté académique.
- Tarifs et gratuité : L’Échelle d’inspiration est entièrement gratuite pour les activités de recherche scientifique, académique et pédagogique non commerciale.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les chercheurs et étudiants sont autorisés à reproduire et administrer l’échelle dans leurs études empiriques sans demande formelle d’autorisation écrite préalable, à la condition expresse de citer rigoureusement l’article princeps de Thrash et Elliot (2003) dans toutes les publications et communications scientifiques en résultant. Pour toute utilisation commerciale, d’intégration logicielle propriétaire ou d’application lucrative dans des entreprises, une autorisation formelle doit être sollicitée auprès des auteurs et de l’APA.
12. Références / References
Les publications fondatrices et études empiriques suivantes documentent la validation, la théorisation et les applications psychométriques de l’Échelle d’inspiration :
- Thrash, T. M., & Elliot, A. J. (2003). Inspiration as a psychological construct. Journal of Personality and Social Psychology, 84(4), 871–889. https://doi.org/10.1037/0022-3514.84.4.871
- Thrash, T. M., & Elliot, A. J. (2004). Inspiration: Core characteristics, component processes, antecedents, and function. Journal of Personality and Social Psychology, 87(6), 957–973. https://doi.org/10.1037/0022-3514.87.6.957
- Thrash, T. M., Maruskin, L. A., Cassidy, S. E., Fryer, J. W., & Ryan, R. M. (2010). Mediating between the muse and the masses: Inspiration and the actualization of creative ideas. Journal of Personality and Social Psychology, 98(3), 469–487. https://doi.org/10.1037/a0017907
- Thrash, T. M., Moldovan, E. G., Oleynick, V. C., & Maruskin, L. A. (2014). The psychology of inspiration. Social and Personality Psychology Compass, 8(9), 495–510. https://doi.org/10.1111/spc3.12127
- Oleynick, V. C., Thrash, T. M., LeFew, M. C., Moldovan, E. G., & Kieffaber, P. D. (2014). The scientific study of inspiration in the creative process: Challenges and opportunities. Frontiers in Human Neuroscience, 8, 436. https://doi.org/10.3389/fnhum.2014.00436