Échelle d’individualisme et de collectivisme (INDCOL)

Découvrez l’Échelle d’individualisme et de collectivisme (INDCOL) de Singelis et Triandis : cadre théorique, dimensions horizontales et verticales, validité psychométrique et items complets.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 2, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 2, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’Échelle d’individualisme et de collectivisme (couramment désignée sous l’acronyme INDCOL, pour Individualism and Collectivism Scale) constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et rigoureux pour évaluer les orientations culturelles et les schémas d’appréhension de soi (self-construal) tant au niveau individuel qu’au niveau sociétal. Élaborée initialement par Theodore M. Singelis (1994), puis affinée de manière décisive en collaboration avec Harry C. Triandis, Dharm P. S. Bhawuk et Michele J. Gelfand (1995), cette échelle a profondément transformé la psychologie interculturelle. Alors que les modélisations antérieures concevaient fréquemment l’individualisme et le collectivisme comme les deux pôles opposés d’un continuum unidimensionnel, l’INDCOL intègre une distinction théorique fondamentale entre les orientations horizontales (mettant l’accent sur l’égalité sociale et la similitude) et verticales (valorisant la hiérarchie, le statut et l’inégalité acceptée).

L’instrument permet ainsi de mesurer quatre dimensions orthogonales distinctes : l’individualisme horizontal (IH), l’individualisme vertical (IV), le collectivisme horizontal (CH) et le collectivisme vertical (CV). La version canonique se compose de 32 items — dont des ensembles d’items phares validés comprenant des énoncés emblématiques sur l’autonomie, la compétition, l’interdépendance bienveillante et le devoir filial —, évalués au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 9 points s’étendant de 1 (« Jamais ou définitivement non » / never or definitely no) à 9 (« Toujours » / always). D’un point de vue psychométrique, l’instrument démontre une cohérence interne satisfaisante à travers diverses populations culturelles (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,67 et 0,74 selon les sous-échelles dans les formulations initiales, et atteignant des valeurs supérieures dans les validations contemporaines), une validité de construit robuste démontrée par des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses, ainsi qu’une validité convergente et prédictive substantielle vis-à-vis des conduites pro-sociales, de l’attribution causale, de la résolution des conflits et du bien-être subjectif.

2. Mots-clés

Individualisme, collectivisme, individualisme horizontal, individualisme vertical, collectivisme horizontal, collectivisme vertical, psychologie interculturelle, conception de soi, soi indépendant, soi interdépendant, hiérarchie sociale, égalitarisme, échelle psychométrique, Singelis, Triandis.

3. Auteurs

L’échelle INDCOL et ses fondements méthodologiques directs sont issus des travaux conjoints de chercheurs de premier plan en psychologie sociale et interculturelle :

  • Theodore M. Singelis : Professeur émérite de psychologie à l’Université d’État de New York à Geneseo (SUNY Geneseo) et chercheur associé à l’Université d’Hawaï (courriel de contact institutionnel original : [email protected]). Ses travaux pionniers ont porté sur l’évaluation psychométrique des concepts de soi indépendant et interdépendant.
  • Harry C. Triandis (1926–2019) : Professeur de psychologie à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign, largement reconnu comme l’un des pères fondateurs de la psychologie interculturelle moderne, auteur de la théorisation quadrifactorielle articulant horizontalité et verticalité.
  • Dharm P. S. Bhawuk : Professeur de gestion et de culture d’entreprise au Shidler College of Business, Université d’Hawaï à Manoa, expert en communication interculturelle et en comportement organisationnel global.
  • Michele J. Gelfand : Professeure de comportement organisationnel et de psychologie à la Stanford Graduate School of Business et précédemment à l’Université du Maryland, spécialiste renommée des normes culturelles, de la théorie de la rigueur/souplesse culturelle (tightness-looseness) et de la négociation internationale.

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’Échelle d’individualisme et de collectivisme (INDCOL) est de fournir une mesure standardisée, sensible et multidimensionnelle des orientations axiologiques et identitaires des individus dans leurs interactions avec autrui et leur communauté d’appartenance. Historiquement, l’essor des recherches transculturelles menées par des sociologues et psychologues tels que Geert Hofstede avait conceptualisé l’individualisme et le collectivisme comme un axe bipolaire opérant principalement au niveau macro-sociétal ou national. Cependant, cette approche présentait de sérieuses limites méthodologiques lorsqu’elle était transposée au niveau individuel (commettant ainsi une erreur écologique classique) : elle ne permettait pas de rendre compte des nuances intra-culturelles ni de comprendre pourquoi certains individus au sein d’une société hautement individualiste (par exemple les États-Unis) privilégient l’harmonie communautaire, tandis que d’autres au sein d’une société collectiviste (par exemple l’Inde ou le Japon) recherchent activement la compétition et l’ascendant hiérarchique.

Pour pallier ces déficits, l’INDCOL a été conçue afin d’opérationnaliser le modèle à quatre dimensions proposé par Singelis et Triandis. Son but premier est de distinguer non seulement l’autonomie du soi par rapport au groupe (individualisme versus collectivisme), mais également la manière dont la structure des relations interpersonnelles est perçue et valorisée (égalité versus hiérarchie). En séparant l’axe horizontal de l’axe vertical, l’instrument permet d’élucider des paradoxes comportementaux majeurs :

  • Pourquoi l’individualisme en Suède ou au Danemark prend-il la forme d’une quête d’autonomie personnelle couplée à un attachement viscéral à l’égalité économique et sociale (individualisme horizontal), alors qu’aux États-Unis, il prend souvent la forme d’une compétition agressive pour la réussite matérielle et le prestige hiérarchique (individualisme vertical) ?
  • Pourquoi le collectivisme dans un kibboutz israélien traditionnel valorise-t-il la prise de décision démocratique et l’égalité parfaite des membres (collectivisme horizontal), alors que le collectivisme dans une famille patriarcale confucéenne exige la soumission inconditionnelle des enfants à l’autorité parentale et la préservation stricte de la hiérarchie des statuts (collectivisme vertical) ?

Dans le domaine de la recherche fondamentale, l’échelle permet d’étudier la variabilité des représentations de soi, l’impact des valeurs sur les biais cognitifs (tels que l’erreur fondamentale d’attribution ou le biais d’auto-complaisance), ainsi que les processus motivationnels sous-jacents aux comportements de coopération et de compétition. Dans le domaine appliqué et organisationnel, l’INDCOL est largement utilisée en gestion des ressources humaines internationales pour prédire l’adaptation des expatriés, analyser le climat organisationnel, optimiser les dynamiques de négociation multiculturelle et concevoir des systèmes de rémunération équitables (rémunération basée sur le mérite individuel versus récompenses collectives fondées sur l’ancienneté ou la collégialité).

Dans la pratique clinique et de conseil psychologique, l’échelle offre une grille de lecture diagnostique inestimable pour appréhender les conflits de rôle, les dissonances identitaires chez les populations migrantes ou issues de minorités biculturelles, ainsi que les dynamiques de stress familial liées à la confrontation entre impératifs d’émancipation personnelle et devoirs de loyauté collective.

5. Construit psychologique

L’INDCOL opérationnalise un construit psychologique complexe qui croise deux dimensions orthogonales majeures : la nature de la relation entre le soi et le groupe (indépendance versus interdépendance) et le modèle d’organisation des relations sociales (égalité horizontale versus différenciation verticale). De cette intersection émergent quatre orientations fondamentales, chacune caractérisée par des schémas cognitifs, émotionnels et motivationnels distincts.

Individualisme horizontal (IH) : L’autonomie égalitaire

L’individualisme horizontal se caractérise par la conception d’un soi autonome, indépendant d’autrui, mais fondamentalement égal aux autres membres de la société. L’individu guidé par l’IH désire exprimer son unicité, préserver sa vie privée et affirmer sa liberté personnelle, sans éprouver le besoin de surpasser autrui ou d’acquérir un statut hiérarchique supérieur. La compétition n’est pas perçue comme un moteur identitaire valorisant. Les items emblématiques de cette sous-échelle reflètent cette posture : « One should live one’s life independently of others » (On devrait vivre sa vie indépendamment des autres), « I often do my own thing » (Je fais souvent mes propres affaires à ma façon), ou encore « I enjoy being unique and different from the others in many ways » (J’apprécie d’être unique et différent des autres à bien des égards). L’individu IH recherche la réalisation personnelle intrinsèque, respecte scrupuleusement la liberté d’autrui et valorise l’authenticité sans arrogance.

Individualisme vertical (IV) : La compétition et la primauté du statut

L’individualisme vertical conçoit également le soi comme hautement autonome et séparé d’autrui, mais il intègre et légitime l’existence des inégalités et de la hiérarchie sociale. Pour l’individu orienté vers l’IV, la valeur personnelle se mesure à l’aune du succès comparatif, de la victoire compétitive et de l’accession à des positions dominantes. La société est perçue comme une arène où seuls les plus méritants, les plus talentueux ou les plus combatifs doivent triompher. Cette dimension est illustrée par des affirmations directes telles que : « Winning is everything » (Gagner est tout ce qui compte), « Competition is law of nature » (La compétition est une loi de la nature), ou « When another person does better than I do, I get tense and aroused » (Quand une autre personne réussit mieux que moi, je deviens tendu et agité). L’IV est étroitement associé au besoin de pouvoir (need for power), à l’ambition matérielle et à une sensibilité exacerbée aux comparaisons sociales ascendantes.

Collectivisme horizontal (CH) : L’interdépendance harmonieuse et égalitaire

Le collectivisme horizontal appréhende le soi comme une partie intégrante d’un groupe social ou d’une communauté, tout en considérant que l’ensemble des membres de ce groupe possèdent un statut équivalent et méritent une considération égale. L’accent est mis sur la solidarité, l’empathie, la coopération bienveillante, le partage des ressources et le maintien méticuleux de l’harmonie au sein de l’endogroupe (in-group). La hiérarchie n’est ni désirée ni nécessaire au fonctionnement collectif ; ce sont la confiance mutuelle et le sentiment d’appartenance partagé qui cimentent le lien social. Les items typiques incluent : « My happiness depends very much on the happiness of those around me » (Mon bonheur dépend beaucoup du bonheur de ceux qui m’entourent), « It is important for me to maintain harmony within my group » (Il est important pour moi de maintenir l’harmonie au sein de mon groupe), et « I feel good when I cooperate with others » (Je me sens bien lorsque je coopère avec autrui). Cette orientation est prédictive de comportements de citoyenneté organisationnelle, de soutien social et d’aversion pour le conflit destructeur.

Collectivisme vertical (CV) : Le sacrifice de soi et la déférence hiérarchique

Le collectivisme vertical perçoit également le soi comme fusionné ou subordonné à l’endogroupe, mais il adhère fermement à une structure hiérarchique stricte au sein de laquelle l’autorité, la tradition et les devoirs assignés par le statut prévalent sur les désirs individuels. L’individu CV est disposé à subordonner ses aspirations personnelles, ses préférences et son confort matériel aux intérêts et à l’honneur de sa famille, de son clan ou de son organisation. La soumission aux aînés, le respect des figures d’autorité et la conformité aux normes prescrites constituent des impératifs éthiques cardinaux. Cette dimension s’exprime au travers d’items révélateurs tels que : « I usually sacrifice my self-interest for the benefit of my group » (Je sacrifie habituellement mon intérêt personnel au profit de mon groupe), « Children should be taught to place duty before pleasure » (On devrait enseigner aux enfants à faire passer le devoir avant le plaisir), ou « I would do what would please my family » (Je ferais ce qui plairait à ma famille). Le CV s’articule autour des notions de piété filiale, de loyauté inconditionnelle et de responsabilité morale collective.

6. Cadre théorique

L’assise théorique de l’INDCOL se situe au confluent de deux courants de pensée majeurs de la psychologie contemporaine : les modèles socio-culturels de la personnalité développés par Harry C. Triandis et la théorie des représentations de soi (self-construal theory) formulée par Hazel Rose Markus et Shinobu Kitayama (1991).

Dans leur publication séminale de 1991, Markus et Kitayama ont postulé que la culture façonne de manière profonde et différenciée la structure psychologique fondamentale du soi. Elles ont distingué le soi indépendant (prévalent dans les cultures occidentales), caractérisé par des frontières nettes entre le soi et l’environnement social, une quête d’auto-expression, d’affirmation de ses attributs internes et d’autonomie comportementale, et le soi interdépendant (prévalent dans les cultures asiatiques, africaines et latino-américaines), caractérisé par des frontières poreuses entre le soi et autrui, une définition de l’identité en termes de rôles relationnels et un impératif d’ajustement harmonieux au contexte social. En 1994, Theodore M. Singelis a fourni la première opérationnalisation psychométrique rigoureuse de ce modèle bipolaire en publiant la Self-Construal Scale (SCS).

Néanmoins, Harry C. Triandis (1995) a rapidement souligné que la dichotomie indépendance/interdépendance demeurait insuffisante pour capturer la totalité du spectre culturel. Triandis a introduit l’axe horizontal-vertical en s’appuyant sur des travaux sociologiques classiques concernant les formes fondamentales de relations humaines (notamment la typologie des modèles relationnels d’Alan Fiske : partage communautaire, autorité hiérarchique, égalité d’échange, et tarification marchande). Triandis a démontré que deux sociétés classées comme « individualistes » peuvent fonctionner sur des postulats axiologiques radicalement divergents :

  • Dans l’individualisme horizontal, le postulat de base est l’égalité des êtres humains (« I am unique and equal to others »). Cette vision est historiquement incarnée par les démocraties sociales scandinaves ou l’humanisme laïque.
  • Dans l’individualisme vertical, le postulat de base est la différenciation compétitive (« I am unique and I must be the best »). Cette perspective est fortement ancrée dans le capitalisme entrepreneurial américain et la méritocratie concurrentielle.

De façon symétrique, Triandis a distingué deux formes de collectivisme :

  • Dans le collectivisme horizontal, le postulat est l’interdépendance égalitaire (« We are all part of the collective and we are all of equal worth »), typique des communautés de type coopératif, des kibboutz traditionnels ou de certaines cultures indigènes collectivistes sans centralisation du pouvoir.
  • Dans le collectivisme vertical, le postulat est l’interdépendance hiérarchique (« We are all part of the collective, but status, duty, and obedience to the leaders are paramount »), illustré par les sociétés confucéennes traditionnelles, les structures militaires ou les organisations corporatistes autoritaires.

En unissant leurs expertises en 1995, Singelis, Triandis, Bhawuk et Gelfand ont formalisé ce cadre théorique dans l’INDCOL. L’échelle repose sur l’hypothèse centrale que ces quatre orientations ne sont pas des traits mutuellement exclusifs au sens typologique strict, mais des syndromes culturels intériorisés. Chaque individu possède, à des degrés divers, des schémas cognitifs correspondant aux quatre dimensions. C’est l’accessibilité relative de ces schémas en mémoire de travail, modulée par les indices contextuels et l’histoire de socialisation, qui détermine l’expression comportementale dans une situation donnée.

7. Validité

Les propriétés de validité de l’INDCOL ont fait l’objet d’investigations approfondies à travers de multiples échantillons internationaux, attestant de la solidité méthodologique de l’instrument.

Validité de construit et validité factorielle

Dans l’étude princeps de Singelis, Triandis, Bhawuk et Gelfand (1995), menée auprès d’étudiants universitaires aux États-Unis, des analyses factorielles exploratoires puis confirmatoires ont démontré que le modèle à quatre facteurs corrélés offrait un ajustement significativement supérieur à celui des modèles unidimensionnels ou bidimensionnels alternatifs. Les items conçus pour saturer sur chaque dimension présentaient des saturations factorielles primaires substantielles (généralement comprises entre 0,40 et 0,70) avec des saturations croisées minimes.

Validité convergente et discriminante

L’INDCOL présente une excellente validité convergente avec d’autres échelles de valeurs et de personnalité reconnues dans la littérature psychologique :

  • L’individualisme vertical (IV) présente de fortes corrélations positives avec l’orientation vers la dominance sociale (Social Dominance Orientation, SDO ; r compris entre 0,35 et 0,48), le besoin d’accomplissement compétitif, le machiavélisme et la motivation de pouvoir. Inversement, il corrèle négativement ou de façon nulle avec l’agréabilité du modèle Big Five.
  • L’individualisme horizontal (IH) présente des corrélations positives robustes avec l’estime de soi globale, le besoin d’autonomie (au sens de la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan), la tolérance à l’ambiguïté et l’ouverture à l’expérience, tout en maintenant des corrélations proches de zéro avec la dominance sociale ou l’agressivité compétitive.
  • Le collectivisme horizontal (CH) montre une forte convergence avec l’empathie dispositionnelle, le comportement pro-social, le besoin d’affiliation, l’agréabilité et l’orientation vers l’équité distributive. Il corrèle négativement avec l’individualisme vertical et les attitudes hostiles.
  • Le collectivisme vertical (CV) corrèle positivement et de manière significative avec l’autoritarisme de droite (Right-Wing Authoritarianism, RWA ; r oscillant entre 0,30 et 0,45), la piété filiale, le conservatisme social, le conformisme et l’attachement aux traditions familiales, tout en corrélant négativement avec la recherche de sensations.

Validité prédictive et de critère

De nombreuses recherches empiriques ont confirmé que l’INDCOL prédit avec précision des comportements réels dans des contextes variés :

  • Négociation et résolution de conflits : Dans des simulations de négociation intergroupes, Gelfand et ses collaborateurs ont mis en évidence que les participants ayant des scores élevés en CH adoptent des styles de négociation intégrative (recherche de solutions gagnant-gagnant), tandis que ceux ayant des scores élevés en IV recourent massivement à des tactiques distributives et agressives (menaces, rétention d’informations).
  • Partage des ressources et allocations économiques : Dans des jeux expérimentaux du dilemme du prisonnier ou des jeux de biens publics, les individus à forte dominante CH maximisent les contributions au pot commun, tandis que les individus CV coopèrent intensément au sein de leur groupe désigné tout en manifestant une méfiance accrue envers les membres de l’exogroupe (out-group).

8. Fidélité

La fidélité psychométrique de l’Échelle d’individualisme et de collectivisme a été minutieusement évaluée sur les plans de la cohérence interne et de la stabilité temporelle.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Dans la publication originale de Singelis et al. (1995), les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) rapportés pour les sous-échelles de la version à 32 items étaient les suivants :

  • Individualisme horizontal (IH) : α = 0,67
  • Individualisme vertical (IV) : α = 0,74
  • Collectivisme horizontal (CH) : α = 0,74
  • Collectivisme vertical (CV) : α = 0,68

Bien que les valeurs de 0,67 pour l’IH et de 0,68 pour le CV se situent légèrement en deçà du seuil traditionnel conventionnel de 0,70, les auteurs et les méthodologistes ultérieurs (tels que Cozma, 2011) ont souligné que ces scores sont tout à fait acceptables pour des construits culturels larges et hétérogènes mesurés au moyen d’un nombre restreint d’items. Dans des versions ultérieures révisées et condensées (notamment par Triandis et Gelfand en 1998 avec 16 items sélectionnés pour leur forte saturation), les alphas ont régulièrement dépassé les 0,75 à 0,82 pour l’ensemble des dimensions.

Fidélité test-retest et stabilité temporelle

Les études de stabilité temporelle à des intervalles de 4 à 8 semaines révèlent des coefficients de corrélation test-retest compris entre 0,70 et 0,81 selon les sous-échelles, démontrant que les orientations horizontales et verticales fonctionnent bien comme des dispositions culturelles stables chez l’adulte en situation de stabilité environnementale, tout en restant réceptives à des processus d’acculturation prolongés ou à des interventions de sensibilisation culturelle.

9. Analyse factorielle

La structure factorielle sous-jacente à l’INDCOL a constitué le cœur des débats et des raffinements méthodologiques en psychométrie transculturelle durant les trois dernières décennies.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors de la phase de conception initiale, Singelis et al. (1995) ont soumis un ensemble élargi d’items à des analyses factorielles en composantes principales suivies de rotations obliques (Promax) et orthogonales (Varimax). Les résultats ont clairement mis en évidence une rupture nette avec le modèle unidimensionnel d’Hofstede. Quatre facteurs distincts émergeaient régulièrement avec des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,5, expliquant collectivement une part substantielle de la variance totale :

  • Facteur 1 (IV) : Caractérisé par de fortes saturations des énoncés axés sur la compétition, la victoire et l’intolérance à être surpassé (ex. saturations factorielles de 0,55 à 0,71 pour les items de rivalité).
  • Facteur 2 (CH) : Regroupant les items relatifs au bien-être partagé, à l’interdépendance positive et au plaisir de la collaboration (saturations de 0,52 à 0,68).
  • Facteur 3 (CV) : Délimité par les items de subordination des désirs personnels aux normes familiales et de déférence hiérarchique (saturations de 0,48 à 0,66).
  • Facteur 4 (IH) : Déterminé par l’affirmation de la singularité individuelle et de la vie privée sans hostilité compétitive (saturations de 0,45 à 0,64).

Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et invariance de mesure

Des travaux de modélisation par équations structurelles (SEM) ont ultérieurement comparé plusieurs architectures factorielles concurrentes :

  1. Un modèle à 1 facteur global (individualisme vs collectivisme) ;
  2. Un modèle à 2 facteurs orthogonaux ou corrélés (individualisme global vs collectivisme global) ;
  3. Un modèle à 4 facteurs corrélés (IH, IV, CH, CV) ;
  4. Un modèle hiérarchique de second ordre (deux facteurs de second ordre subsumant les facettes horizontales et verticales).

Les indices d’ajustement globaux (CFI > 0,91, TLI > 0,90, RMSEA < 0,06 et SRMR < 0,05) ont systématiquement validé la supériorité du modèle à quatre facteurs corrélés. Par ailleurs, des tests rigoureux d'invariance de mesure interculturelle (invariance configurale, métrique et scalaire) ont montré que si l'invariance configurale et métrique est généralement respectée à travers de nombreux groupes nationaux (permettant la comparaison des relations structurales entre construits), l'invariance scalaire complète requiert parfois la libération de contraintes sur certains items fortement ancrés dans des coutumes spécifiques (par exemple les items relatifs à l'hébergement des parents âgés pour le CV).

10. Instrument de mesure

  • Nom complet de l’outil : Échelle d’individualisme et de collectivisme (Individualism and Collectivism Scale — INDCOL).
  • Domaine d’évaluation : Psychologie interculturelle, psychologie sociale, comportement organisationnel, évaluation de la personnalité.
  • Population cible : Adultes et adolescents à partir de 16 ans issus de diverses origines culturelles et linguistiques.
  • Format d’administration : Auto-questionnaire papier-crayon ou passation informatisée / en ligne.
  • Temps de passation estimé : 8 à 12 minutes pour l’ensemble du protocole.
  • Nombre d’items : Variable selon les versions de recherche (version classique complète de 32 items répartis en 4 sous-échelles de 8 items, ainsi que versions affinées comportant des items de calibrage et d’attitude sociale).
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert à 9 points, graduée de 1 (« Jamais ou définitivement non » / « never or definitely no ») à 9 (« Toujours » / « always »).
  • Procédure de cotation :
    • Inversion préalable des items inversés (notamment dans la sous-échelle IV : « Some people emphasize winning; I am not one of them », dont le score est recalculé selon la formule : 10 - Score brut).
    • Calcul des scores moyens ou totaux pour chacune des quatre dimensions en sommant les scores des items constitutifs de chaque sous-échelle : Individualisme Horizontal (IH), Individualisme Vertical (IV), Collectivisme Horizontal (CH), Collectivisme Vertical (CV).
    • Les scores finaux permettent d’établir un profil multidimensionnel pour chaque participant plutôt qu’une étiquette typologique unique réductrice.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 1994 (Singelis, fondements sur l’auto-construction) ; 1995 (Singelis, Triandis, Bhawuk & Gelfand, formalisation quadrifactorielle de l’INDCOL).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : Instrument académique relevant du domaine de la recherche scientifique ouverte (open scientific research instrument). L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche non commerciale, d’enseignement universitaire et de thèses doctorales est libre de droits, sous réserve expresse de citer convenablement les publications princeps des auteurs dans les travaux qui en découlent.
  • Tarification : Accès entièrement gratuit pour la communauté universitaire et la recherche académique. Aucune licence commerciale onéreuse n’est requise pour une passation standard dans un cadre non lucratif. Pour toute utilisation commerciale (conseil en entreprise, intégration dans des plateformes SaaS propriétaires d’évaluation RH payantes), une demande d’autorisation auprès des détenteurs des droits et des éditeurs scientifiques des revues sources est requise.

12. Références

Les fondements théoriques et psychométriques de l’INDCOL reposent sur les publications scientifiques majeures suivantes :

  • Cozma, I. (2011). How are individualism and collectivism measured? Romanian Journal of Applied Psychology, 13(1), 11–17. http://www.rjap.psihologietm.ro/Download/rjap131_2.pdf
  • Markus, H. R., & Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. Psychological Review, 98(2), 224–253. https://doi.org/10.1037/0033-295X.98.2.224
  • Singelis, T. M. (1994). The measurement of independent and interdependent self-construals. Personality and Social Psychology Bulletin, 20(5), 580–591. https://doi.org/10.1177/0146167294205014
  • Singelis, T. M., Triandis, H. C., Bhawuk, D. P. S., & Gelfand, M. J. (1995). Horizontal and vertical dimensions of individualism and collectivism: A theoretical and measurement refinement. Cross-Cultural Research, 29(3), 240–275. https://doi.org/10.1177/106939719502900302
  • Triandis, H. C. (1995). Individualism & collectivism. Westview Press.
  • Triandis, H. C., & Gelfand, M. J. (1998). Converging measurement of horizontal and vertical individualism and collectivism. Journal of Personality and Social Psychology, 74(1), 118–128. https://doi.org/10.1037/0022-3514.74.1.118

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale: 1 = never or definitely no and 9 = always

  1. I prefer to be direct and forthright when I talk with people
  2. One should live one’s life independently of others
  3. I often do my own thing
  4. I am a unique individual
  5. I like my privacy
  6. When I succeeded‚ it is usually because of my abilities
  7. What happens to me is my own doing
  8. I enjoy being unique and different from the others in many ways
  9. *I think cooperation in workplace is more important than competition
  10. *I think it is important everyone has equal access to healthcare
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 2). Échelle d’individualisme et de collectivisme (INDCOL). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-individualisme-collectivisme-indcol-2/
Looti, Mohammed. “Échelle d’individualisme et de collectivisme (INDCOL).” Base de données de psychologie en français, 2 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-individualisme-collectivisme-indcol-2/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’individualisme et de collectivisme (INDCOL).” Base de données de psychologie en français. octobre 2, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-individualisme-collectivisme-indcol-2/.