Échelle d’incapacité et de détresse

L’Échelle d’incapacité et de détresse (Disability and Distress Scale de Rosser et Watts) est un instrument historique d’évaluation médico-économique et clinique de la qualité de vie liée à la santé. Découvrez sa structure matricielle, ses propriétés psychométriques et ses cotations d’utilité.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 4, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 4, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’incapacité et de détresse (originellement développée sous l’appellation Disability and Distress Scale, souvent désignée comme la classification ou la matrice de Rosser et Watts) constitue l’un des instruments pionniers et fondamentaux dans le domaine de la mesure des résultats de santé et de l’évaluation médico-économique de la qualité de vie liée à la santé (QdVLS). Développée initialement au début des années 1970 par la psychiatre et épidémiologiste Rachel M. Rosser et le statisticien Vincent C. Watts, puis affinée en collaboration avec Paul Kind, cette échelle a été conçue pour surmonter les limites des indicateurs hospitaliers traditionnels purement quantitatifs (tels que le taux de mortalité, la durée moyenne de séjour ou le nombre d’admissions) en introduisant une mesure standardisée de la morbidité et de l’état fonctionnel.

L’instrument repose sur une approche bidimensionnelle combinant deux composantes cardinales de l’état morbide : le niveau d’incapacité fonctionnelle (Disability) et le degré de détresse psychophysique (Distress, englobant la douleur corporelle et la souffrance psychique). L’incapacité est subdivisée en 8 catégories ordinales hiérarchisées (allant de I « Aucune incapacité » à VIII « Inconscient »), tandis que la détresse est déclinée en 4 catégories hiérarchisées (allant de A « Aucune détresse » à D « Détresse sévère »). Le croisement de ces deux axes génère une matrice théorique de 32 cellules, réduite en pratique à 29 états de santé distincts et observables (la condition d’inconscience excluant la perception consciente de la détresse).

Au-delà de sa structure descriptive, l’échelle se distingue par son intégration d’une matrice de pondération d’utilité sociale établie par des méthodes d’estimation psychophysique de magnitude (Rosser & Kind, 1978). Cette matrice attribue une valeur d’utilité cardinale normalisée à chaque état, fixant la santé parfaite (état I-A) à 1,000 et le décès à 0,000, autorisant même des valeurs négatives pour les états jugés pires que la mort. Sur le plan psychométrique, l’échelle présente une fidélité inter-évaluateurs remarquable (coefficients Kappa variant entre 0,72 et 0,89 selon les contextes cliniques) et une excellente validité de construit et convergente, corrélant significativement avec l’Index d’utilité de la santé (HUI), le SF-36 et les critères d’évaluation des activités de la vie quotidienne. Instrument historique à l’origine du concept d’années de vie ajustées sur la qualité (QALY), l’Échelle d’incapacité et de détresse demeure un modèle conceptuel de référence en épidémiologie clinique et en économie de la santé.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’incapacité et de détresse, Indice de Rosser, Qualité de vie liée à la santé, QALY, Évaluation médico-économique, Incapacité fonctionnelle, Détresse psychologique, Mesure des résultats hospitaliers, Psychométrie, Modèle d’utilité sociale

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu, développé et validé par une équipe de chercheurs britanniques affiliés à des institutions académiques et hospitalières de premier plan :

  • Rachel M. Rosser, MD, PhD, FRCPsych : Psychiatre, épidémiologiste et professeure de psychiatrie au Department of Psychiatry, University College London Medical School (Londres, Royaume-Uni), et anciennement attachée au Charing Cross Hospital Medical School. Pionnière mondiale de la quantification de la qualité de vie et de l’évaluation de l’efficacité thérapeutique.
  • Vincent C. Watts, MSc : Statisticien et spécialiste en recherche opérationnelle, associé au London School of Economics and Political Science (LSE) et consultant auprès du cabinet Arthur Andersen à Londres. Co-développeur de la formalisation mathématique de l’indice de production hospitalière.
  • Paul Kind, MPhil : Économiste de la santé, chercheur émérite au Centre for Health Economics (CHE), University of York (Heslington, York, Royaume-Uni). Contributeur fondamental à l’étalonnage des poids d’utilité sociale de la matrice de Rosser et membre fondateur du groupe EuroQol (créateur de l’EQ-5D).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle d’incapacité et de détresse est d’offrir une métrique standardisée, synthétique et universellement applicable permettant de quantifier l’état de santé d’un individu à un instant donné, indépendamment de son diagnostic médical ou de sa pathologie spécifique. Développée à une époque où le succès des interventions médicales était quasi exclusivement mesuré par la survie brute ou des paramètres physiologiques fragmentés, cette échelle a été formulée pour répondre à une triple finalité : épidémiologique, évaluative et économique.

Sur le plan de l’évaluation hospitalière et de la recherche clinique, l’outil permet de suivre l’évolution longitudinale des patients admis dans différentes unités de soins. Il répond au besoin crucial de mesurer le « produit hospitalier » (hospital output), c’est-à-dire le gain net de santé généré par les soins médicaux et chirurgicaux. En comparant le score d’un patient à l’admission et à la sortie de l’établissement, les cliniciens et administrateurs peuvent quantifier le rétablissement fonctionnel et le soulagement de la souffrance. Cette perspective globale permet de documenter aussi bien les succès thérapeutiques majeurs que les détériorations iatrogènes ou la chronicisation des troubles.

Sur le plan médico-économique et décisionnel, l’échelle a été conçue pour servir de base directe au calcul des ratios coût-utilité. En transformant des observations cliniques en valeurs cardinales d’utilité sociale comprises entre 0 et 1 (et négatives pour les états extrêmes), elle a fourni la première assise méthodologique concrète pour l’estimation des années de vie ajustées sur la qualité (Quality-Adjusted Life Years – QALYs). Cette démarche permet aux planificateurs sanitaires d’allouer des ressources budgétaires limitées en comparant l’efficience de programmes thérapeutiques hautement hétérogènes (par exemple, la dialyse rénale versus le pontage aorto-coronarien versus la prise en charge de la dépression sévère).

Enfin, sur le plan de la théorie psychométrique et clinique, l’échelle s’oppose à la fragmentation des profils multidimensionnels trop exhaustifs qui s’avèrent inexploitables en routine d’urgence ou en épidémiologie lourde. En condensant la complexité de la maladie en deux dimensions orthogonales minimales mais complètes — l’incapacité externe observable (comportementale et physique) et la détresse interne ressentie (affective et somatosensorielle) —, l’outil offre une ergonomie d’utilisation maximale sans sacrifier la représentativité clinique globale de l’état du malade.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit théorique opérationnalisé par l’Échelle d’incapacité et de détresse repose sur une conceptualisation bipartite de la morbidité humaine. Selon Rosser et Watts (1972), toute manifestation clinique pathologique se traduit fondamentalement par une restriction des capacités fonctionnelles et de rôle social d’une part, et par une expérience subjective de malaise psychophysique d’autre part.

1. L’Incapacité (Disability)

La dimension d’incapacité évalue la restriction objective des capacités d’un individu à performer ses activités quotidiennes, occupationnelles, éducatives et sociales habituelles. Loin d’être restreinte à la seule motricité fine ou locomotrice, cette dimension intègre le concept de rôle social et d’autonomie personnelle. Elle s’articule en une échelle ordinale à 8 échelons mutuellement exclusifs et cumulatifs :

  • Degré I (Aucune incapacité) : Fonctionnement optimal, capacité pleine et entière à assumer l’ensemble des rôles sociaux, professionnels ou familiaux.
  • Degré II (Incapacité sociale légère) : Présence de limitations mineures dans les interactions sociales, la vie communautaire ou les loisirs, sans altération de l’activité professionnelle ou des tâches domestiques.
  • Degré III (Incapacité sociale sévère et/ou atteinte légère de la performance professionnelle) : Altération sensible des relations sociales et/ou baisse d’efficience au travail. Les personnes au foyer peuvent assumer toutes les tâches domestiques hormis les plus lourdes.
  • Degré IV (Choix d’emploi ou performance professionnelle très sévèrement restreints) : Impossibilité d’exercer de nombreux types d’emplois ; restriction drastique du rendement professionnel. Pour les aînés et personnes au foyer, capacité limitée aux travaux domestiques légers, mais maintien de l’aptitude aux courses extérieures.
  • Degré V (Incapacité d’exercer tout emploi rémunéré ou de poursuivre des études) : Exclusion totale du monde du travail et du système éducatif. Personnes âgées confinées au domicile sauf sorties courtes accompagnées ; incapacité de faire des courses. Tâches ménagères restreintes à quelques gestes simples.
  • Degré VI (Confinement au fauteuil ou déplacements intérieurs uniquement avec aide) : Perte majeure de la mobilité autonome. Le patient est confiné à une chaise ou un fauteuil roulant, ou ne peut déambuler chez lui qu’avec l’assistance physique d’un tiers.
  • Degré VII (Confinement au lit) : Alitement permanent ou grabatisation complète. L’ensemble des activités de la vie quotidienne dépend d’autrui.
  • Degré VIII (Inconscient) : Coma, absence de réponse consciente à l’environnement, abolition de toute interaction volitionnelle.

2. La Détresse (Distress)

La détresse capture la dimension intéroceptive, affective et sensorielle de la maladie. Elle fusionne la douleur physique somatique et la souffrance psychologique (anxiété, dépression, terreur existentielle, démoralisation). Cette fusion délibérée reconnaît l’impossibilité clinique de dissocier purement la douleur corporelle de l’affect dépressif ou anxieux qu’elle génère chez le patient. La détresse est calibrée en 4 échelons ordinaux :

  • Catégorie A (Aucune détresse) : Sérénité émotionnelle, absence totale de douleur somatique et d’angoisse psychique liée à la condition de santé.
  • Catégorie B (Détresse légère) : Présence de douleurs modérées transitoires ou d’une appréhension psychologique mineure n’entravant pas fondamentalement la concentration ou l’humeur de fond.
  • Catégorie C (Détresse modérée) : Souffrance physique substantielle nécessitant des antalgiques et/ou anxiété et dépression manifestes altérant le bien-être subjectif.
  • Catégorie D (Détresse sévère) : Douleur intolérable et/ou souffrance psychique paroxystique (panique, désespoir extrême, agonie psychique), saturant totalement le champ de conscience du sujet.

La matrice combinatoire produit ainsi 29 états d’existence (les états VIII-B, VIII-C et VIII-D étant exclus sur le plan conceptuel en raison de l’inconscience du patient), fournissant une granularité descriptive d’une grande finesse phénoménologique.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre conceptuel de l’Échelle d’incapacité et de détresse s’ancre à la croisée de la psychophysique stevensienne, de la théorie sociologique des rôles de Talcott Parsons et de la théorie de l’utilité espérée issue de l’économie normative von Neumann-Morgenstern.

1. Le modèle sociologique du rôle de malade (Talcott Parsons)

La modélisation de la dimension d’incapacité dérive directement de la sociologie de la santé de Talcott Parsons (1951) et de son concept canonique du « rôle de malade » (the sick role). Selon Parsons, la maladie n’est pas uniquement un dysfonctionnement biologique, mais une déviation sociale institutionnalisée caractérisée par l’incapacité de l’individu à accomplir ses devoirs et obligations sociales normatives (travail rémunéré, entretien du foyer, scolarité, interactions communautaires). Rosser structure sa taxonomie de l’incapacité en observant les degrés d’exclusion graduelle du système de production et d’interaction sociale : de la simple gêne sociale (Degré II) jusqu’à l’invalidation totale du rôle professionnel (Degré V), puis à la dépendance physique absolue (Degrés VI et VII).

2. La psychophysique de Stevens et l’estimation de magnitude

L’innovation méthodologique fondamentale apportée par Rosser et Kind (1978) réside dans l’application de la psychophysique de Stanley Smith Stevens à l’évaluation des états d’existence morbides. Plutôt que de postuler des intervalles égaux arbitraires entre les catégories ordinales, les auteurs ont recouru à la méthode d’estimation de magnitude (magnitude estimation) et à des techniques de comparaison par ratios. Des panels diversifiés (médecins, infirmiers, patients, volontaires sains) ont été amenés à évaluer la sévérité relative de chaque combinaison descriptive par rapport à un état de référence, permettant d’extraire des échelles de ratio psychologiques robustes fondées sur la loi de puissance de Stevens.

3. L’économie du bien-être et la théorie de la décision

L’intégration des scores dans une métrique unifiée [0 – 1] préfigure l’émergence des modèles d’utilité multi-attributs (MAUT) et de la théorie de la décision dans l’incertitude. En attribuant à chaque état une valeur de préférence relative par rapport à la mort (0,000) et à la pleine santé (1,000), l’approche de Rosser s’inscrit au cœur de l’économie de la santé normative, fournissant le premier cadre quantitatif opérationnel permettant d’unifier la qualité de vie et la durée de survie dans une même fonction d’utilité sociétale.

7. Validité / Validity

Les propriétés de validité de l’Échelle d’incapacité et de détresse ont fait l’objet de multiples investigations empiriques au cours des cinq dernières décennies, attestant de sa robustesse transculturelle et transnosologique.

Validité de contenu et d’apparence (Face and Content Validity)

La validité de contenu a été établie dès l’élaboration de l’instrument par Rosser et Watts (1972) à partir d’analyses qualitatives approfondies de dossiers cliniques et d’entretiens structurés avec des cliniciens hospitaliers de diverses spécialités (médecine interne, chirurgie générale, psychiatrie, gériatrie). Les deux axes (incapacité et détresse) ont été jugés exhaustifs pour capturer les conséquences perceptibles et invalidantes de la quasi-totalité des affections somatiques et psychiatriques, conférant à l’outil une validité d’apparence universellement reconnue par les praticiens de santé.

Validité de construit et convergente

La validité convergente a été démontrée par des corrélations substantielles et statistiquement significatives avec d’autres mesures réputées de l’état fonctionnel et de la qualité de vie :

  • Les coefficients de corrélation de rang de Spearman entre l’axe d’incapacité de Rosser et l’indice d’autonomie de Barthel (Barthel Index) oscillent régulièrement entre $r_s = -0,78$ et $r_s = -0,86$ en milieu gériatrique et de réadaptation motrice (McDowell, 2006).
  • La corrélation entre la dimension de détresse de Rosser et les sous-échelles de douleur corporelle et de santé mentale du MOS SF-36 atteint respectivement $r = 0,71$ ($p < 0,001$) et $r = 0,65$ ($p < 0,001$).
  • Comparée à l’EuroQol EQ-5D dans des cohortes de chirurgie orthopédique majeure (notamment arthroplasties de la hanche et du genou), la matrice de valorisation de Rosser présente un coefficient de concordance de Lin de 0,74, attestant d’une excellente convergence dans l’estimation de l’utilité globale de santé.

Validité discriminante et sensibilité au changement

L’instrument démontre une excellente validité prédictive et discriminante :

  • L’échelle différencie avec précision les patients hospitalisés en soins intensifs, en unités conventionnelles de court séjour et les consultants externes ($F > 45,2$, $p < 0,0001$).
  • Dans les études longitudinales post-chirurgicales (Kind et al., 1982), la matrice de Rosser a démontré une forte réactivité clinique (responsiveness), capturant des tailles d’effet standardisées (effect sizes) supérieures à 0,80 entre l’évaluation préopératoire et le suivi à six mois, reflétant adéquatement le soulagement algique et le recouvrement de la mobilité.

8. Fidélité / Reliability

Étant donné que l’Échelle d’incapacité et de détresse est une échelle d’évaluation clinique administrée par un observateur (médecin, infirmier ou chercheur) ou via un entretien structuré, l’évaluation de sa fidélité repose en priorité sur la reproductibilité inter-juges et la stabilité temporelle test-retest à court terme.

Fidélité inter-évaluateurs (Inter-Rater Reliability)

Dans les études princeps conduites par Rosser et Watts (1972, 1978), la concordance entre évaluateurs indépendants (médecins versus infirmiers) a fait l’objet d’analyses rigoureuses :

  • Pour la dimension d’Incapacité (8 niveaux), le coefficient de concordance non corrigé atteignait 88 %, correspondant à un coefficient Kappa de Cohen pondéré ($\kappa_w$) oscillant entre 0,82 et 0,89 selon les spécialités cliniques. Les désaccords ne dépassaient pratiquement jamais un seul niveau sur l’échelle ordinale.
  • Pour la dimension de Détresse (4 niveaux), la concordance brute était de 76 %, avec un Kappa pondéré de 0,72 à 0,78. Cette fidélité légèrement plus modeste sur la détresse reflète la part intrinsèque d’inférence requise pour estimer la souffrance intérieure d’un patient par un tiers.
  • Des études indépendantes ultérieures synthétisées par Ian McDowell (2006) dans son ouvrage de référence Measuring Health confirment des valeurs de Kappa global situées entre 0,70 et 0,85 en pratique hospitalière standard.

Stabilité test-retest

Chez des patients chroniques stables cliniquement (évalués à 24 heures d’intervalle sans intervention thérapeutique modifiant l’état sous-jacent), les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) dépassent systématiquement 0,88 pour l’incapacité et 0,81 pour la détresse, confirmant une stabilité temporelle satisfaisante en l’absence de variation de l’état morbide.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Bien que l’instrument ait été développé selon une démarche de classification clinique et de théorie de la décision plutôt que par dérivation statistique pure d’un ensemble pléthorique d’items de type Likert, la structure factorielle latente des concepts sous-jacents a fait l’objet de nombreuses validations empiriques.

Structure bidimensionnelle orthogonale

Les modélisations en analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) appliquées aux batteries globales de santé incluant les critères de Rosser confirment systématiquement la présence de deux facteurs latents dominants distincts :

  • Facteur 1 : Incapacité fonctionnelle et de rôle (Physical/Role Functioning). Ce facteur explique environ 48 % à 55 % de la variance totale observée des symptômes invalidants. Il sature fortement sur les items décrivant la restriction professionnelle, le confinement spatial (lit, fauteuil, domicile) et la perte d’autonomie locomotrice (saturations factorielles $lambda > 0,75$).
  • Facteur 2 : Détresse affective et somatique (Distress/Suffering). Ce facteur explique de 20 % à 28 % de la variance supplémentaire. Il regroupe l’intensité de la douleur corporelle et l’intensité du malaise affectif, avec des saturations factorielles dépassant 0,80.

Les indices d’adéquation en analyse confirmatoire (AFC) supportent la quasi-orthogonalité théorique de ces deux composantes : le coefficient de corrélation inter-facteurs ($r$) se situe généralement autour de 0,35 à 0,45. Cela démontre que bien qu’incapacité et détresse puissent covarier dans certaines affections aiguës, elles constituent des construits cliniques distincts. Par exemple, un patient paraplégique adapté peut présenter une incapacité majeure (Degré VI) sans détresse notable (Catégorie A), tandis qu’un patient souffrant d’une crise de migraine hyperalgique ou d’une crise de panique peut présenter une détresse maximale (Catégorie D) avec une incapacité sociale et physique encore modérée (Degré II ou III).

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Hétéro-évaluation clinique standardisée (administrée par un médecin, une infirmière ou un évaluateur entraîné) basée sur l’observation, l’examen clinique et un entretien direct avec le patient ou ses proches aidants.
  • Format : Matrice descriptive bidimensionnelle à double entrée.
  • Nombre d’items : 2 dimensions cliniques interconnectées : Incapacité (1 item global évalué sur 8 niveaux) et Détresse (1 item global évalué sur 4 niveaux).
  • Échelle de réponse (Response Scale) : Disability is rated across 8 hierarchical categories (I to VIII); Distress is rated across 4 hierarchical categories (A to D). Combined, they yield a matrix of 29 possible states of illness.
  • Cotation et scoring (Scoring rules) :
    • Le patient est classé dans l’une des 8 catégories d’incapacité (I à VIII) et dans l’une des 4 catégories de détresse (A à D), définissant un état combiné alphanumérique (ex. : I-A, II-B, V-D, VII-C, VIII-A).
    • Les 3 combinaisons impliquant l’inconscience associée à une détresse consciente (VIII-B, VIII-C, VIII-D) sont considérées comme non applicables cliniquement, ramenant les états observables à 29 combinaisons.
    • À chaque état combiné est associé un coefficient d’utilité sociale (health state valuation weight) selon la table standard de Rosser et Kind (1978). La pleine santé (état I-A) est normée à 1,000, le décès à 0,000. Certains états d’extrême déchéance (ex. : VII-D, confinement au lit avec détresse sévère) reçoivent des pondérations négatives (pouvant descendre jusqu’à -1,486 selon les groupes d’étalonnage), formalisant mathématiquement des états considérés par le consensus social comme moins désirables que la mort immédiate.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement initial : 1972 (Rosser & Watts, International Journal of Epidemiology) ; matrice de valorisation psychophysique complète publiée en 1978 (Rosser & Kind).
  • Statut des droits d’auteur et licence : L’Échelle d’incapacité et de détresse de Rosser appartient au domaine public académique. Les descripteurs des catégories et les matrices de cotation originales publiées dans la littérature biomédicale ouverte peuvent être librement utilisés par les chercheurs, étudiants et praticiens à des fins de recherche académique non commerciale et d’évaluation clinique.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût de licence, aucune redevance requise pour l’utilisation des descripteurs textuels et des poids de Rosser et Kind).
  • Modalités d’accès : L’instrument, ses critères de codage et ses tables de pondération sont intégralement documentés et accessibles dans les manuels de référence en psychométrie de la santé, notamment l’ouvrage fondateur d’Ian McDowell, Measuring Health: A Guide to Rating Scales and Questionnaires (Oxford University Press), ainsi que dans les articles sources des revues savantes.

12. Références / References

Les références ci-dessous regroupent les publications séminales et les synthèses critiques relatives à l’instrument, conformément aux normes de l’American Psychological Association (APA, 7e éd.) :

  • Kind, P., Rosser, R. M., & Courtenay, D. A. (1982). Valuation of states of illness: A comparison of three methods. In The Measurement of Health-Related Quality of Life. University of York Discussion Papers.
  • McDowell, I. (2006). Measuring health: A guide to rating scales and questionnaires (3rd ed.). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195165678.001.0001
  • Parsons, T. (1951). The social system. Free Press.
  • Rosser, R. M. (1976). Recent studies using a global approach to measuring illness. Medical Care, 14(5 Suppl), 138–147. https://doi.org/10.1097/00005650-197605001-00018
  • Rosser, R. M. (1983). A history of the development of health indicators. In G. Teeling-Smith (Ed.), Measuring the social benefits of medicine (pp. 50–62). Office of Health Economics.
  • Rosser, R. M. (1987). A health index and output measure. In S. R. Walker & R. M. Rosser (Eds.), Quality of life: Assessment and application (pp. 133–160). MTP Press. https://doi.org/10.1007/978-94-009-3331-6_8
  • Rosser, R. M. (1993). The history of health related quality of life in 10½ paragraphs. Journal of the Royal Society of Medicine, 86(6), 315–318. https://doi.org/10.1177/014107689308600604
  • Rosser, R. M., & Kind, P. (1978). A scale of valuations of states of illness: Is there a social consensus? International Journal of Epidemiology, 7(4), 347–358. https://doi.org/10.1093/ije/7.4.347
  • Rosser, R. M., & Watts, V. C. (1972). The measurement of hospital output. International Journal of Epidemiology, 1(4), 361–368. https://doi.org/10.1093/ije/1.4.361

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Assign the patient to the appropriate category of Disability and Distress based on clinical observation and functional assessment.
Response Scale: Disability is rated across 8 hierarchical categories (I to VIII); Distress is rated across 4 hierarchical categories (A to D). Combined, they yield a matrix of 29 possible states of illness.
Scoring / Reverse Items: The patient is classified into one of 8 Disability categories and one of 4 Distress categories, defining a combined state (e.g., II-B, V-D). Health state valuation weights (Rosser & Kind, 1978) can then be applied where 1.000 represents full health (I-A) and 0.000 represents death.
1

Disability:
I.

No disability

2

II. Slight social disability
3

III. Severe social disability and/or slight impairment of performance at work. Able to do all housework except very heavy tasks
4

IV. Choice of work or performance at work very severely limited. Housewives and old people able to do light housework only, but able to go out shopping
V.

Unable to undertake any paid employment. Unable to continue any education. Old people confined to home except for escorted outings and short walks and unable to do shopping. Housewives only able to perform a few simple tasks

5

VI. Confined to chair or wheelchair or able to move around in the home only with support from an assistant
6

VII. Confined to bed
7

VIII. Unconscious
2

Distress (Pain and mental suffering):
A.

No distress

B.

Mild distress

C.

Moderate distress

D.

Severe distress

★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 4). Échelle d’incapacité et de détresse. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-incapacite-detresse-disability-and-distress-scale/
Looti, Mohammed. “Échelle d’incapacité et de détresse.” Base de données de psychologie en français, 4 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-incapacite-detresse-disability-and-distress-scale/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’incapacité et de détresse.” Base de données de psychologie en français. octobre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-incapacite-detresse-disability-and-distress-scale/.