- 1. Résumé / Abstract
- 2. Mots-clés / Keywords
- 3. Auteurs / Authors
- 4. Objectif / Purpose
- 5. Construit psychologique / Construct
- 6. Cadre théorique / Theoretical Framework
- 7. Validité / Validity
- 8. Fidélité / Reliability
- 9. Analyse factorielle / Factor Analysis
- 12. Références / References
- 13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’humanisation des soins de santé pour les personnes transgenres (connue sous l’acronyme anglophone THcH scale pour Transgender Health Care Humanization Scale) est un instrument psychométrique développé pour évaluer les attitudes, les croyances et les approches cliniques des professionnels de santé et des étudiants en médecine à l’égard des patients transgenres et de genre divers. Cet outil quantifie le degré d’« humanisation » déployé dans les contextes de soins, un concept englobant l’empathie clinique, le respect de l’identité de genre, la communication bienveillante et l’absence de conduites discriminatoires ou stigmatisantes. Conçue en réponse aux disparités majeures et aux violences épistémiques documentées au sein des systèmes de santé, cette échelle permet de dépasser l’évaluation passive pour mesurer activement la compétence culturelle et la préparation des soignants.
Sur le plan structural, l’instrument comprend 12 items articulés autour d’un modèle bidimensionnel robuste : le premier facteur capture l’engagement clinique proactif et l’écoute active, tandis que le second évalue les attitudes interpersonnelles, les préjugés et le confort relationnel. Les réponses sont recueillies sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 5 (« Tout à fait d’accord »), générant un score total oscillant entre 12 et 60 points.
Les évaluations psychométriques menées lors de sa validation au Brésil auprès de 450 professionnels et internes en santé révèlent d’excellentes qualités métrologiques. La consistance interne globale est remarquable, attestée par un coefficient alpha de Cronbach de 0,915 (0,908 pour le facteur 1 et 0,893 pour le facteur 2). L’analyse factorielle confirmatoire démontre un ajustement parfait aux données empiriques (CFI = 0,972 ; TLI = 0,964 ; RMSEA = 0,069 ; SRMR = 0,043). La validité divergente a été confirmée par une indépendance statistique vis-à-vis des dimensions de religiosité mesurées par le Duke University Religion Index (DUREL). Cet instrument s’impose ainsi comme un standard d’évaluation pour la recherche en psychologie de la santé et l’ingénierie pédagogique médicale.
2. Mots-clés / Keywords
humanisation des soins, personnes transgenres, santé transgenre, psychométrie, attitudes des soignants, discrimination en santé, compétence culturelle, théorie du stress des minorités, analyse factorielle confirmatoire, échelle d’évaluation clinique.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs du Programme de Post-Graduation en Médecine et Santé de l’Université Fédérale de Bahia (Salvador, Brésil) :
- Liliane Lins-Kusterer (MD, PhD) — Programme de Post-Graduation en Médecine et Santé (PPGMS), Faculté de Médecine de Bahia, Universidade Federal da Bahia (UFBA), Salvador, Brésil. Courriel de correspondance :
[email protected] - Nicolle Melo Vieira — Programme de Post-Graduation en Médecine et Santé, Universidade Federal da Bahia (UFBA), Salvador, Brésil.
- Carlos Brites (MD, PhD) — Professeur titulaire d’infectiologie et chercheur au Programme de Post-Graduation en Médecine et Santé, Universidade Federal da Bahia (UFBA), Salvador, Brésil.
4. Objectif / Purpose
Objectif principal et lacunes comblées
L’objectif fondamental de l’Échelle d’humanisation des soins de santé pour les personnes transgenres est d’offrir une mesure standardisée, fiable et empiriquement validée de la disposition des soignants à dispenser des soins exempts de biais envers les populations de minorités de genre. Historiquement, les cursus médicaux et paramédicaux ont exclu les thématiques relatives à la santé des personnes transgenres, conduisant à une méconnaissance structurelle des parcours de transition, à une pathologisation indue des identités et à des comportements d’évitement ou d’hostilité en milieu hospitalier (White Hughto et al., 2015).
Cette carence pédagogique et clinique entretient des disparités sanitaires sévères : renoncement aux soins d’urgence ou préventifs par peur de la stigmatisation, retards diagnostiques majeurs et détresse psychologique accrue chez les usagers transgenres (Reisner et al., 2016). L’échelle répond à ce défi en déplaçant la focale diagnostique de l’individu marginalisé vers la compétence relationnelle et l’éthique de l’institution soignante.
Applications en recherche et en pratique clinique
L’instrument remplit des fonctions diagnostiques, évaluatives et de recherche transversale :
- Diagnostic institutionnel : Permettre aux directions d’hôpitaux, aux cliniques et aux centres de soins primaires de quantifier le climat d’accueil et d’identifier d’éventuels foyers de microagressions ou de discrimination au sein de leurs équipes soignantes.
- Évaluation des programmes de formation : Servir de critère de jugement pré- et post-interventionnel afin d’évaluer l’impact pédagogique des modules universitaires ou continus dédiés aux soins d’affirmation de genre (Burgwal et al., 2021).
- Recherche translationnelle en psychologie de la santé : Analyser les corrélats psychosociaux (empathie dispositionnelle, autoritarisme, représentations sociales) associés à la déshumanisation des soins et modéliser l’impact direct des attitudes soignantes sur l’observance thérapeutique et la qualité de vie des patients.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’instrument est l’humanisation des soins de santé appliquée aux usagers transgenres. Dans la littérature contemporaine en bioéthique et en psychologie sociale, l’humanisation transcende la simple conformité technique ou l’application stricte des protocoles biomédicaux. Elle renvoie à la reconnaissance pleine et entière de la dignité intrinsèque, de la singularité biographique et de l’autonomie décisionnelle du patient, associée à une posture réflexive active neutralisant les préjugés inconscients.
L’échelle structure ce macro-construit en deux dimensions interdépendantes :
Facteur 1 : Engagement clinique proactif et écoute active (Items 1 à 4)
Cette dimension évalue la propension du soignant à initier une relation d’alliance thérapeutique positive, concrétisée par :
- Une écoute attentive et non jugeante des besoins exprimés par le patient concernant sa santé globale et ses transitions corporelles.
- La valorisation de l’orientation préventive et de l’accompagnement holistique, intégrant les aspects de santé sexuelle, mentale et endocrinienne sans réductionnisme anatomique.
- La volonté d’adapter l’environnement clinique pour sécuriser l’usager (respect du prénom d’usage, des pronoms corrects et de la confidentialité).
Facteur 2 : Attitudes interpersonnelles, reconnaissance du préjudice et confort relationnel (Items 5 à 12)
Ce second facteur explore les composantes cognitives, affectives et réflexives sous-tendant l’interaction de soin :
- Aisance relationnelle : L’absence d’inconfort, de malaise ou d’anxiété lors de l’examen clinique ou de l’anamnèse d’une personne transgenre.
- Dépathologisation : Le rejet des stéréotypes associant systématiquement l’incongruence de genre à des troubles psychiatriques primaires.
- Conscience structurelle : La lucidité quant à l’existence de barrières systémiques, de discriminations institutionnelles et de violences subies au quotidien par les minorités de genre.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle de l’échelle s’inscrit au croisement de trois courants théoriques majeurs de la psychologie et de la sociologie de la santé :
1. La théorie du stress des minorités (Minority Stress Theory)
Formalisée initialement par Ilan Meyer (2003) et étendue au contexte de l’identité de genre par White Hughto, Reisner et Pachankis (2015), cette théorie postule que les minorités sexuelles et de genre sont soumises à un excès chronique de stress psychosocial causé par des stresseurs distaux (discriminations, violences, préjudices institutionnels) et proximaux (attente du rejet, vigilance permanente, intériorisation de la stigmatisation). Dans le milieu médical, un comportement soignant déshumanisant réactive brutalement ce stress proximal, provoquant un phénomène d’évitement des soins potentiellement létal. L’échelle mesure précisément la capacité du soignant à agir comme un agent modérateur et protecteur face à ce stress.
2. Les modèles de déshumanisation en psychologie sociale
Selon les travaux fondamentaux de Nick Haslam (2006) sur la déshumanisation duale, les individus marginalisés sont fréquemment privés de leurs attributs spécifiquement humains (humanité unique : culture, moralité, rationalité) ou de leur nature humaine (chaleur, émotivité, profondeur). Dans les contextes de soins, la déshumanisation mécaniste réduit le corps transgenre à une curiosité anatomique ou clinique, tandis que la déshumanisation animalisante prive l’usager de son statut d’interlocuteur moral digne d’empathie. L’échelle opérationnalise l’inversion de ce processus via l’engagement humaniste.
3. L’approche des soins centrés sur la personne (Patient-Centered Care)
Inspirée des paradigmes de Mead et Bower (2000), cette approche exige le partage du pouvoir décisionnel, la compréhension du contexte biopsychosocial global du patient et l’édification d’une alliance thérapeutique fondée sur le respect inconditionnel de l’expérience vécue du sujet.
7. Validité / Validity
La validation psychométrique initiale de l’instrument a été conduite au Brésil sur un échantillon représentatif de 450 professionnels de santé (infirmiers, médecins, chirurgiens-dentistes) et d’étudiants en fin de cycle clinique au sein d’un centre hospitalier universitaire (da Silva, Lins-Kusterer, Luz & Brites, 2023 ; Lins-Kusterer et al., 2024).
Validité de construit
La structure factorielle a été vérifiée par une méthodologie rigoureuse de scission d’échantillon (split-sample method utilisant l’algorithme SOLOMON). La validité dimensionnelle a été établie par la concordance parfaite entre les analyses exploratoires et confirmatoires, confirmant que les 12 items saturent significativement sur leurs dimensions respectives sans saturation croisée problématique.
Validité divergente / discriminante
Afin de prouver que l’échelle mesure bien l’humanisation professionnelle des soins et non un trait de personnalité général ou des prédispositions spirituelles privées, les chercheurs ont confronté les scores de l’échelle à ceux du Duke University Religion Index (DUREL), qui évalue l’activité religieuse organisationnelle (ORA), non organisationnelle (NORA) et la religiosité intrinsèque (IR) (Koenig & Büssing, 2010) :
- Facteur 1 (Engagement clinique) : N’a montré aucune corrélation statistiquement significative avec les sous-dimensions du DUREL, démontrant que l’engagement professionnel proactif opère de manière indépendante des croyances religieuses du praticien.
- Facteur 2 (Attitudes interpersonnelles) : A présenté des corrélations faibles à modérées avec certaines pratiques religieuses, ce qui corrobore la littérature sociologique sans compromettre l’autonomie conceptuelle du construit.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle d’humanisation a été documentée à travers l’évaluation de sa cohérence interne lors des phases exploratoires et confirmatoires :
- Échelle globale (12 items) : Le coefficient alpha de Cronbach atteint α = 0,915 (et α = 0,92 dans les analyses synthétiques de validation), attestant d’une excellente consistance interne largement supérieure au seuil usuel d’acceptabilité de 0,70 ou 0,80 préconisé par Nunnally et Bernstein (1994).
- Facteur 1 (Engagement proactif) : Démontre une consistance interne élevée avec un coefficient α = 0,908.
- Facteur 2 (Attitudes interpersonnelles) : Présente une cohérence interne de α = 0,893.
Ces indices numériques confirment l’homogénéité des items et la reproductibilité des mesures dans le cadre d’études épidémiologiques et d’évaluations interventionnelles en santé.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La robustesse factorielle de l’outil a été établie selon un protocole statistique séquentiel :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Conduite sur un premier sous-échantillon aléatoire (n = 240), l’AFE a utilisé une méthode d’extraction en facteurs principaux avec rotation oblique (Promax/Oblimin) adaptée aux construits corrélés. Le test d’adéquation de l’échantillonnage de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO > 0,85) et le test de sphéricité de Bartlett (p < 0,001) ont confirmé la factorisabilité de la matrice de corrélation. L'analyse a mis en évidence une structure bicomposée claire expliquant une part prépondérante de la variance totale.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’AFC a été réalisée sur le second sous-échantillon indépendant (n = 203) par estimation du maximum de vraisemblance (Maximum Likelihood). Les indices d’ajustement structurel obtenus surpassent les critères les plus stricts de la modélisation par équations structurelles (Dr. Liliane Lins-Kusterer).
12. Références / References
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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Conformément aux directives de protection des instruments de mesure psychométriques, les 12 items verbatim composant l’échelle officielle ne sont pas reproduits dans le domaine public ouvert. Les chercheurs et cliniciens souhaitant administrer l’inventaire officiel dans le cadre de leurs travaux doivent se référer à la publication originale ou contacter directement les auteurs (Dr. Liliane Lins-Kusterer).
Response Scale / Format de réponse :
12 items, 5-point Likert scale (1 = Strongly disagree / Pas du tout d’accord, 2 = Disagree / Plutôt pas d’accord, 3 = Neither agree nor disagree / Neutre, 4 = Agree / Plutôt d’accord, 5 = Strongly agree / Tout à fait d’accord).
Structural Distribution of the Items / Répartition structurelle des items :
- Factor 1: Proactive Clinical Engagement & Active Listening (Items 1, 2, 3, 4)
Objective: Evaluates the provider’s willingness to listen actively, establish therapeutic rapport, and guide transgender patients across essential preventive and general health domains. - Factor 2: Interpersonal Attitudes, Comfort & Recognition of Prejudice (Items 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12)
Objective: Evaluates professional comfort, absence of fear or unease during clinical examinations, non-stigmatizing beliefs, and acute awareness of systemic and institutional barriers experienced by transgender individuals.
Scoring Formula :
Total Score = Sum of ordinal values for all 12 items (Range: 12 to 60 points).