1. Résumé
L’Échelle d’hétérosexisme de Park (en anglais, Park’s Heterosexism Scale [HS]) est un instrument psychométrique auto-rapporté composé de 16 items, initialement conceptualisé et validé par Jeeseon Park (parfois référencée sous le nom de Sun-Ah Park) en 2001 dans le cadre de ses travaux doctoraux à l’Université d’État de Pennsylvanie, sous la direction de Kathleen J. Bieschke. Cet outil d’évaluation a été conçu pour opérationnaliser et mesurer de manière rigoureuse l’hétérosexisme, appréhendé non pas seulement comme une hostilité affective individuelle circonscrite ou une phobie interpersonnelle (telle que traditionnellement mesurée par les échelles d’homophobie), mais comme un système idéologique, institutionnel et attitudinal global postulant la supériorité intrinsèque de l’hétérosexualité tout en dénigrant, marginalisant ou délégitimant les orientations non hétérosexuelles.
L’instrument repose sur une structure bifactorielle robuste et stable, isolant deux dimensions complémentaires : (1) la sous-échelle de Supériorité de l’hétérosexualité (Superiority of Heterosexuality), qui quantifie l’adhésion aux croyances normatives selon lesquelles les personnes hétérosexuelles et leurs relations sont moralement, psychologiquement et socialement supérieures ; et (2) la sous-échelle de Tolérance et d’acceptation de la non-hétérosexualité (Tolerance/Acceptance of Non-Heterosexuality), qui jauge le degré d’ouverture, d’intégration équitable et d’acceptation interpersonnelle des minorités sexuelles (personnes lesbiennes, gaies et bisexuelles) dans divers contextes sociaux, professionnels et familiaux. Les répondants expriment leur degré d’accord à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points, allant de Strongly Disagree (Fortement en désaccord) à Strongly Agree (Fortement d’accord).
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre d’excellentes propriétés psychométriques. La cohérence interne globale et sous-scalaire est élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach compris entre 0,83 et 0,92 selon les échantillons étudiés, et une fidélité test-retest substantielle s’échelonnant entre 0,75 et 0,85. La validité de construit est étayée par des corrélations convergentes significatives avec des instruments classiques comme l’Attitudes Toward Lesbians and Gay Men Scale (ATLG) de Herek ou l’Homophobia Scale de Hudson et Ricketts, tout en conservant une validité incrémentielle notable pour prédire les attitudes envers les droits civiques, l’adoption homoparentale et le mariage entre personnes de même sexe. L’Échelle de Park s’impose ainsi comme un outil déterminant en psychologie sociale, en psychologie clinique et du conseil, ainsi que dans les recherches institutionnelles sur les discriminations systémiques.
2. Mots-clés
Hétérosexisme, attitudes envers les minorités sexuelles, préjugés sexuels, psychométrie, échelle de Park, supériorité hétérosexuelle, homophobie systémique, validité de construit, analyse factorielle, psychologie sociale.
3. Auteurs
L’échelle a été développée par la chercheuse en psychologie du conseil (Counseling Psychology) :
- Jeeseon Park-Saltzman, Ph.D. (publiée initialement sous le nom de Sun-Ah / Jeeseon Park) : Professeure et chercheuse en psychologie du conseil, Department of Educational Psychology, College of Education and Human Development, Texas A&M University, College Station, Texas, États-Unis. Ses axes d’investigation portent sur la justice sociale, l’équité pour les minorités sexuelles et raciales, le développement d’échelles et la formation clinique interculturelle.
- Kathleen J. Bieschke, Ph.D. (collaboratrice et directrice doctorale) : Professeure émérite d’éducation (Counseling Psychology), Department of Educational Psychology, Counseling, and Special Education, The Pennsylvania State University, University Park, Pennsylvanie, États-Unis. Spécialiste renommée des attitudes des thérapeutes envers les populations LGB et de la recherche en psychothérapie affirmative.
4. Objectif
Le développement de l’Échelle d’hétérosexisme par Park en 2001 répondait à une lacune conceptuelle et méthodologique majeure dans la littérature en sciences sociales et en psychologie clinique. Jusqu’au début des années 2000, la majorité des instruments disponibles privilégiaient le concept d’« homophobie » (défini par George Weinberg dans les années 1970) ou d’attitudes anti-gaies individuelles. Bien que ces mesures – à l’instar de l’échelle d’attitude envers les homosexuels ou de l’indice d’homophobie – aient permis d’importantes avancées, elles réduisaient fréquemment le phénomène à une pathologie individuelle, une peur irrationnelle ou une répulsion viscérale dirigée contre les individus homosexuels, occultant ainsi la dimension structurelle, idéologique et culturelle des privilèges hétéronormatifs.
Fondements et justification sociocognitive
L’objectif fondamental de Park a été d’opérationnaliser le concept d’hétérosexisme tel que défini par Gregory M. Herek (1990) et d’autres théoriciens critiques : un système culturel et idéologique global qui nie, dénigre et stigmatise toute forme de comportement, d’identité, de relation ou de communauté non hétérosexuelle, tout en instituant l’hétérosexualité comme la seule norme valide, saine et socialement désirable. Il ne s’agit donc plus simplement d’évaluer si un individu éprouve un dégoût conscient envers une personne homosexuelle, mais d’évaluer dans quelle mesure il adhère à une vision du monde où les privilèges juridiques, religieux, professionnels, éducatifs et familiaux sont légitimement et exclusivement réservés aux hétérosexuels.
Applications en recherche fondamentale et appliquée
Sur le plan de la recherche, l’échelle permet de :
- Mesurer les composantes implicites et explicites du préjugé institutionnalisé au sein de larges populations (étudiants, professionnels de santé, corps enseignant, personnel militaire).
- Analyser l’impact des croyances hétérosexistes sur les prises de position politiques, notamment le soutien ou l’opposition aux lois anti-discrimination, à l’accès au mariage, à l’adoption conjointe par les couples de même sexe ou à l’intégration dans l’armée.
- Étudier les corrélations entre l’hétérosexisme et d’autres systèmes de domination ou d’idéologies conservatrices, tels que l’autoritarisme de droite (RWA), l’orientation de dominance sociale (SDO), le sexisme ambivalent et le fondamentalisme religieux.
- Évaluer l’efficacité longitudinale d’interventions pédagogiques, de modules de sensibilisation à la diversité sexuelle et d’ateliers de formation à la justice sociale.
Applications cliniques et en formation professionnelle
Dans les contextes appliqués et cliniques, l’outil s’avère précieux pour la formation des psychologues, des travailleurs sociaux et des conseillers d’orientation. La recherche en counseling a fréquemment démontré que des préjugés hétérosexistes non examinés chez les praticiens peuvent corrompre l’alliance thérapeutique, induire des biais diagnostiques (par exemple, considérer systématiquement l’orientation non hétérosexuelle comme la cause d’une détresse psychologique) ou perpétuer des micro-agressions au sein de la consultation. L’échelle sert ainsi d’outil d’auto-évaluation réflexive au cours de la formation universitaire, favorisant l’émergence d’une pratique thérapeutique affirmative.
5. Construit psychologique
L’hétérosexisme constitue un construit multidimensionnel complexe combinant des composantes cognitives (croyances sur la nature et la hiérarchie des sexualités), affectives (degrés de confort, de tolérance ou de bienveillance interpersonnelle) et conatives (intentions comportementales vis-à-vis des politiques publiques et des interactions sociales). L’Échelle de Park capture ce construit à travers 16 items organisés en deux dimensions factorielles distinctes mais corrélées.
Dimension 1 : Supériorité de l’hétérosexualité (Superiority of Heterosexuality)
Cette dimension regroupe les croyances selon lesquelles l’hétérosexualité représente l’expression humaine la plus achevée, la plus saine, la plus morale et la seule garante de la stabilité sociale. Elle reflète une hiérarchisation explicite des sexualités dans laquelle les personnes non hétérosexuelles sont perçues comme déficientes, psychologiquement inadaptées ou inaptes à exercer certaines fonctions centrales dans la société.
Les indicateurs empiriques de cette sous-échelle explorent plusieurs domaines institutionnels et psychosociaux :
- Ajustement psychologique et accomplissement personnel : Postulat selon lequel les personnes lesbiennes, gaies et bisexuelles (LGB) ne peuvent connaître une vie aussi épanouissante que les hétérosexuels (item 3) ou croyance qu’en général, les hétérosexuels sont psychologiquement mieux adaptés (item 15).
- Légitimité parentale et familiale : Conviction que les couples hétérosexuels constituent intrinsèquement de meilleurs candidats à l’adoption que les couples de même sexe (item 6).
- Ordre moral et autorité religieuse : Idée que seuls les individus hétérosexuels sont aptes à être des leaders spirituels ou religieux (item 4).
- Rôle éducatif et transmission : Affirmation selon laquelle les personnes LGB sont inaptes à enseigner (item 11).
- Péril civilisationnel : Conviction que la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe viendrait démanteler les fondations fondamentales de la société (item 16).
Un score élevé sur cette dimension traduit une hétéronormativité prescriptive forte, caractérisée par la croyance en un ordre naturel ou divin réservant les prérogatives sociales et symboliques aux seules personnes hétérosexuelles.
Dimension 2 : Tolérance et acceptation de la non-hétérosexualité (Tolerance/Acceptance of Non-Heterosexuality)
Cette seconde dimension examine l’adhésion aux valeurs d’égalité, d’équité juridique, d’inclusion scolaire et d’acceptation interpersonnelle sans distinction d’orientation sexuelle. Les items de cette sous-échelle sont formulés de manière pro-égalitaire (et sont inversés lors de la cotation globale de l’hétérosexisme) ou portent sur des attitudes d’ouverture relationnelle.
Cette dimension mesure concrètement :
- L’égalitarisme ontologique : Croyance selon laquelle toutes les orientations sexuelles sont des expressions naturelles de la sexualité humaine (item 1) et qu’aucune orientation n’est supérieure à une autre (item 8).
- L’inclusion civique et légale : Nécessité d’intégrer l’orientation sexuelle dans les lois anti-discrimination (item 9), droit de servir dans l’armée sans restriction (item 10) et reconnaissance des bénéfices sociétaux de l’égalité d’accès à l’emploi (item 5).
- La visibilité éducative : Volonté d’intégrer les aspects positifs de diverses orientations sexuelles dans les programmes de l’éducation publique (item 2).
- L’acceptation interpersonnelle et proximale : Acceptation inconditionnelle du partenaire d’un frère ou d’une sœur quel que soit son sexe (item 7), absence de dépréciation envers un collègue de travail LGB (item 12), constance du lien amical si un proche se révèle non hétérosexuel (item 13, item formulé négativement), et inclusion active du partenaire d’un ami gai ou lesbien lors des événements sociaux (item 14).
6. Cadre théorique
L’architecture conceptuelle de l’Échelle d’hétérosexisme de Park s’ancre à la croisée de la psychologie sociale des préjugés, de la théorie critique féministe et des théories des relations intergroupes.
Le modèle de Herek : Du préjugé individuel au stigmate structurel
Le socle théorique immédiat de l’instrument découle des travaux fondateurs de Gregory M. Herek (1990, 2004, 2007) sur le stigmate sexuel (sexual stigma), l’hétérosexisme et le préjugé sexuel (sexual prejudice). Herek a démontré les limites du terme « homophobie », qui pathologisait l’individu hostile en réduisant le problème à une phobie clinique irrationnelle. À l’opposé, Herek a formalisé une distinction tripartite :
- Stigmate sexuel structurel/institutionnel (Hétérosexisme) : L’ensemble des structures juridiques, des politiques institutionnelles, des doctrines religieuses et des normes culturelles qui désavantagent les minorités sexuelles et privilégient l’hétérosexualité.
- Préjugé sexuel : L’attitude négative individuelle intériorisée envers une personne en raison de son orientation sexuelle.
- Stigmate sexuel intériorisé : L’incorporation du stigmate sociétal par les minorités sexuelles elles-mêmes.
L’échelle de Park traduit cette théorisation en évaluant comment le préjugé sexuel individuel se nourrit directement de l’hétérosexisme culturel : les individus hétérosexistes ne se perçoivent généralement pas comme haineux, mais comme les défenseurs d’un ordre social « normal » ou « légitime ».
Théorie de l’identité sociale et dominance sociale
L’échelle s’inscrit également dans le prolongement de la théorie de l’identité sociale de Henri Tajfel et John Turner, ainsi que de la théorie de la dominance sociale (Sidanius & Pratto, 1999). Dans cette perspective, la hiérarchie sexuelle constitue un système de domination intergroupe dans lequel le groupe dominant (les hétérosexuels) génère des « mythes légitimateurs » (legitimizing myths) pour justifier l’allocation asymétrique des droits, de l’autorité morale et du prestige social. Les items de la dimension Supériorité de l’hétérosexualité constituent précisément des expressions de ces mythes légitimateurs (par exemple, prétendre que les enfants ont un besoin exclusif de parents hétérosexuels ou que la société s’effondrera si les personnes de même sexe se marient).
Théorie du sexisme ambivalent et de la normativité de genre
Enfin, le modèle théorique sous-tendant l’hétérosexisme postule une interconnexion profonde entre le maintien des rôles de genre traditionnels et le rejet de la non-hétérosexualité (Kite & Deaux, 1987). L’hétérosexualité obligatoire (terme introduit par la théoricienne Adrienne Rich, 1980) agit comme un mécanisme de surveillance des frontières du genre : toute déviation envers le modèle hétérosexuel est vécue comme une transgression des normes de masculinité et de féminité, ce qui explique pourquoi l’hétérosexisme se manifeste intensément dans les domaines du mariage, de l’éducation et de la parentalité.
7. Validité
La validité psychométrique de l’Échelle d’hétérosexisme de Park a fait l’objet d’investigations approfondies lors de son développement initial (Park, 2001) et a été confirmée par des études empiriques indépendantes ultérieures, notamment par Gallor (2006) et par Goodrich, Selig et Crofts (2014).
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée en corrélant les scores de l’Échelle d’hétérosexisme avec ceux d’instruments préexistants mesurant des construits connexes :
- Attitudes Toward Lesbians and Gay Men Scale (ATLG ; Herek, 1988) : Des corrélations positives fortes ont été observées entre le score total de l’échelle HS et les sous-échelles d’attitudes envers les hommes gais (ATG, r compris entre 0,70 et 0,81) et envers les lesbiennes (ATL, r compris entre 0,65 et 0,78).
- Index of Homophobia / Homophobia Scale (Hudson & Ricketts, 1980) : Les corrélations oscillent entre 0,68 et 0,76, démontrant que l’échelle capte adéquatement le noyau affectif hostile tout en mesurant un spectre plus large de croyances institutionnelles.
- Rôles de genre traditionnels : Gallor (2006) a documenté des corrélations positives significatives (r = 0,45 à 0,55) avec l’adhésion aux stéréotypes traditionnels de genre et l’échelle d’attitudes envers les rôles sexospécifiques.
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée par l’absence de corrélations excessives avec des mesures d’anxiété générale, de névrosisme ou d’estime de soi globale (r généralement non significatifs ou inférieurs à 0,15). De plus, bien que corrélée aux mesures de désirabilité sociale (telles que l’échelle de Marlowe-Crowne), la magnitude des corrélations est restée modérée (r variant de -0,18 à -0,28), indiquant que l’instrument ne se réduit pas à une simple conformité aux attentes normatives de présentation de soi.
Validité de construit et validité prédictive
L’échelle a démontré une excellente validité prédictive à l’égard de critères comportementaux et attitudinaux concrets :
- Prédiction du vote et des politiques publiques : Les scores sur la sous-échelle Supériorité de l’hétérosexualité prédisent négativement et significativement le soutien à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, à l’adoption conjointe et aux lois fédérales ou locales protégeant contre la discrimination au travail.
- Comportements interpersonnels et micro-agressions : Dans des contextes universitaires et professionnels, des scores élevés à l’échelle sont positivement corrélés à l’utilisation déclarée de termes péjoratifs ou au refus de participer à des activités de soutien aux collectifs LGBT+.
- Relations parents-enfants : Gallor (2006) a montré que chez les parents hétérosexuels ayant un enfant gai ou lesbien, un score d’hétérosexisme plus élevé prédisait significativement un fonctionnement relationnel altéré et un niveau de conflit parental supérieur.
8. Fidélité
Les études empiriques confirment que l’Échelle d’hétérosexisme de Park possède une consistance interne et une stabilité temporelle satisfaisant aux standards psychométriques les plus stricts pour la recherche et l’évaluation diagnostique de groupe.
Consistance interne
Lors des études de développement initial menées par Park (2001) auprès d’échantillons d’étudiants de premier cycle et d’adultes :
- Score total de l’échelle (16 items) : Le coefficient alpha de Cronbach s’est établi à α = 0,90 – 0,92, témoignant d’une excellente homogénéité conceptuelle des énoncés.
- Sous-échelle Supériorité de l’hétérosexualité : Les coefficients alpha rapportés oscillent typiquement entre α = 0,85 et 0,89.
- Sous-échelle Tolérance/Acceptation de la non-hétérosexualité : Les valeurs de consistance interne se situent entre α = 0,83 et 0,88.
Dans l’investigation psychométrique indépendante de Goodrich, Selig et Crofts (2014), les estimations de cohérence interne sont demeurées remarquablement stables (α = 0,89 pour l’échelle globale ; α = 0,86 pour la supériorité ; α = 0,84 pour la tolérance), confirmant la robustesse de l’instrument sur des cohortes diversifiées.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Park (2001) a examiné la stabilité test-retest sur un intervalle de 2 à 4 semaines auprès d’un sous-échantillon de participants hétérosexuels :
- Le coefficient de corrélation de Pearson pour l’ensemble de l’échelle s’est élevé à r = 0,82 (avec des variations de 0,75 à 0,85 selon les sous-groupes), indiquant une forte stabilité temporelle du construit.
- Les sous-échelles ont obtenu respectivement des indices de stabilité de r = 0,81 pour la dimension Supériorité et de r = 0,78 pour la dimension Tolérance/Acceptation.
9. Analyse factorielle
L’exploration et la confirmation de la structure factorielle de l’Échelle d’hétérosexisme ont fait l’objet d’analyses factorielles rigoureuses.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Dans sa recherche doctorale, Park (2001) a soumis un ensemble initial plus large d’items à une analyse en composantes principales suivie d’une analyse factorielle en axes principaux avec rotation oblique (Promax), en raison de la corrélation théorique attendue entre les dimensions de l’hétérosexisme. L’examen des valeurs propres (eigenvalues supérieures à 1) et du graphique d’éboulis de Cattell (scree plot) a clairement fait émerger une solution bi-factorielle dominante :
- Facteur 1 : Supériorité de l’hétérosexualité (expliquant la plus grande part de la variance commune, avec des saturations factorielles [factor loadings] allant de 0,52 à 0,84). Les items caractéristiques incluent l’item 3, l’item 4, l’item 6, l’item 11, l’item 15 et l’item 16.
- Facteur 2 : Tolérance / Acceptation de la non-hétérosexualité (saturations comprises entre 0,48 et 0,79). Les items centraux comprennent l’item 1, l’item 2, l’item 5, l’item 7, l’item 8, l’item 9, l’item 10, l’item 12, l’item 13 et l’item 14.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’examen structurel mené ultérieurement par Goodrich, Selig et Crofts (2014) a testé plusieurs modèles concurrents via l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) :
- Un modèle unifactoriel global (l’ensemble des 16 items saturant sur un facteur d’hétérosexisme général unique).
- Un modèle orthogonal à deux facteurs (dimensions indépendantes).
- Un modèle corrélé à deux facteurs (Supériorité et Tolérance/Acceptation).
- Un modèle hiérarchique du second ordre (deux facteurs de premier ordre reliés à un facteur hétérosexiste général).
Les indices d’ajustement ont démontré la supériorité nette du modèle corrélé à deux facteurs et du modèle hiérarchique sur le modèle unidimensionnel strict. Les indices d’adéquation ont présenté des valeurs conformes aux recommandations méthodologiques contemporaines (CFI > 0,92 ; TLI > 0,90 ; RMSEA ≤ 0,06 [IC 90 %: 0,049 – 0,072] ; SRMR ≤ 0,05). Ces résultats confirment que bien que l’hétérosexisme forme un construit intégré, ses composantes de « domination/supériorité » et d’« acceptation/droits sociaux » possèdent une spécificité factorielle légitime justifiant le calcul de scores sous-scalaires distincts.
10. Instrument de mesure
- Type d’instrument : Questionnaire psychométrique auto-rapporté d’attitudes psychosociales.
- Nombre d’items : 16 énoncés.
- Format de réponse : Échelle de Likert en 5 points comprenant les options suivantes :
- Strongly Disagree (Fortement en désaccord = 1)
- Disagree (En désaccord = 2)
- Neither Disagree or Agree (Ni en désaccord ni d’accord = 3)
- Agree (D’accord = 4)
- Strongly Agree (Fortement d’accord = 5)
- Sous-échelles :
- Superiority of Heterosexuality (items reflétant la supériorité morale, psychologique et institutionnelle des hétérosexuels : items 3, 4, 6, 11, 15, 16).
- Tolerance/Acceptance of Non-Heterosexuality (items formulés en faveur de l’égalité et de l’intégration : items 1, 2, 5, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14).
- Cotation et calcul des scores :
- Pour obtenir un score global d’hétérosexisme où un résultat élevé indique un niveau plus fort de préjugé hétérosexiste, les items formulés dans le sens de l’égalité et de la tolérance (items 1, 2, 5, 7, 8, 9, 10, 12, 14) doivent faire l’objet d’une cotation inversée (1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2, 5 = 1).
- L’item 13 (« My relationship with my friend would change if I found out that he or she was not heterosexual ») est orienté vers l’hétérosexisme/rejet relationnel et se cote de manière directe dans le score total (ou selon le schéma défini par l’analyse factorielle pour sa sous-échelle).
- Les scores peuvent être sommés (étendue globale de 16 à 80) ou présentés sous forme de moyenne d’item (étendue de 1 à 5).
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de développement : 2001 (dissertation doctorale de Park), avec des disséminations académiques formelles en 2002 (congrès APA), 2004 et ré-examinations empiriques majeures en 2014.
- Statut des droits d’auteur : L’Échelle d’hétérosexisme de Park est un instrument académique protégé par les droits d’auteur de l’auteure (Jeeseon Park / Kathleen J. Bieschke, Université d’État de Pennsylvanie).
- Tarifs et conditions d’accès : L’utilisation de l’instrument est gratuite à des fins de recherche académique et d’enseignement non commercial. Aucune redevance n’est exigée des chercheurs ou des étudiants.
- Modalités d’autorisation : Les chercheurs souhaitant administrer l’échelle dans le cadre de leurs protocoles de recherche sont encouragés à citer rigoureusement les travaux de référence de Park (2001, 2004) et de Goodrich et al. (2014). Pour les exploitations institutionnelles ou toute adaptation linguistique formelle, il convient de solliciter l’accord de l’auteure principale, Jeeseon Park-Saltzman, Ph.D.
12. Références
- Gallor, S. M. (2006). Heterosexual parents’ gender role attitudes, religious orientation, heterosexist beliefs, support group experiences, and relationship functioning with their lesbian or gay children (Doctoral dissertation, University of Maryland, College Park). Digital Repository at the University of Maryland (DRUM). https://doi.org/10.13016/M2532H
- Goodrich, K. M., Selig, J. P., & Crofts, G. (2014). An examination of the Heterosexism Scale. Journal of Homosexuality, 61(10), 1378–1392. https://doi.org/10.1080/00918369.2014.926768
- Herek, G. M. (1988). Heterosexuals’ attitudes toward lesbians and gay men: Correlates and gender differences. The Journal of Sex Research, 25(4), 451–477. https://doi.org/10.1080/00224498809551476
- Herek, G. M. (1990). The context of anti-gay violence: Notes on cultural and psychological heterosexism. Journal of Interpersonal Violence, 5(3), 316–333. https://doi.org/10.1177/088626090005003006
- Herek, G. M. (2004). Beyond “homophobia”: Thinking about sexual prejudice and stigma in the twenty-first century. Sexuality Research and Social Policy, 1(2), 6–24. https://doi.org/10.1525/srsp.2004.1.2.6
- Hudson, W. W., & Ricketts, W. A. (1980). A strategy for the measurement of homophobia. Journal of Homosexuality, 5(4), 357–372. https://doi.org/10.1300/J082v05n04_02
- Kite, M. E., & Deaux, K. (1987). Gender belief systems: Homosexuality and the implicit inversion theory. Psychology of Women Quarterly, 11(1), 83–96. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1987.tb00776.x
- Park, J. (2001). Development of the Heterosexism Scale (Doctoral dissertation, The Pennsylvania State University, University Park). ProQuest Dissertations Publishing, UMI No. 3036089.
- Park, J., & Bieschke, K. J. (2002, August). Development of the Heterosexism Scale. Poster presented at the 110th Annual Convention of the American Psychological Association, Chicago, IL.
- Park, J. (2004). Development of the Heterosexism Scale. Manuscrit non publié soumis pour publication.
- Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social dominance: An intergroup theory of social hierarchy and oppression. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139175043