Échelle globale de sévérité des tics de Yale (YGTSS)

Découvrez l’Échelle globale de sévérité des tics de Yale (YGTSS), l’étalon-or psychométrique pour évaluer la sévérité des tics moteurs et vocaux dans le syndrome de Gilles de la Tourette.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’Échelle globale de sévérité des tics de Yale (Yale Global Tic Severity Scale, ou YGTSS) constitue l’étalon-or international (gold standard) pour l’évaluation clinique et psychométrique de la sévérité des tics moteurs et vocaux chez les enfants, les adolescents et les adultes souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) ou d’un trouble de tics moteurs ou vocaux chroniques. Développée initialement à l’Université de Yale par James F. Leckman et ses collaborateurs en 1989, la YGTSS combine un entretien semi-structuré préliminaire fondé sur une liste de contrôle détaillée des symptômes (Tic Symptom Checklist) et une série d’échelles d’évaluation ordinale complétées par un clinicien expert ou un évaluateur formé.

L’instrument quantifie les manifestations symptomatiques survenues au cours des sept à dix jours précédents à travers dix items fondamentaux répartis symétriquement en deux grands domaines : les tics moteurs et les tics phoniques (ou vocaux). Chaque domaine évalue cinq dimensions phénotypiques distinctes : le nombre, la fréquence, l’intensité, la complexité et l’interférence. Chaque item est noté sur une échelle ordinale de 0 à 5, permettant d’obtenir un score total de tics moteurs (0 à 25), un score total de tics phoniques (0 à 25) et un score combiné de sévérité globale des tics (Total Tic Score, 0 à 50). Un onzième item indépendant évalue le retentissement fonctionnel global (Overall Impairment Rating), quantifié sur une échelle de 0 à 50 par incréments de 10 points. La somme de ce retentissement et du score combiné de tics fournit le score global de sévérité (Global Severity Score, variant de 0 à 100).

Sur le plan métrologique, la YGTSS présente des propriétés psychométriques robustes établies dans de nombreuses études empiriques internationales. Elle démontre une cohérence interne élevée (coefficients alpha de Cronbach souvent supérieurs à 0,90), une excellente fidélité inter-juges (coefficients de corrélation intraclasse généralement supérieurs à 0,85), ainsi qu’une sensibilité avérée au changement thérapeutique dans le cadre des essais pharmacologiques et des interventions psychothérapeutiques comportementales (notamment le Comprehensive Behavioral Intervention for Tics ou CBIT). La validité convergente et la validité discriminante confirment que l’échelle mesure spécifiquement la pathologie des tics sans être confondue avec les comorbidités fréquentes telles que le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) ou le TDAH.

2. Mots-clés

Échelle globale de sévérité des tics de Yale, YGTSS, syndrome de Gilles de la Tourette, tics moteurs, tics phoniques, psychométrie, évaluation clinique, fidélité inter-juges, validité convergente, retentissement fonctionnel, neuropsychiatrie pédiatrique.

3. Auteurs

L’échelle a été conçue et standardisée au sein du Yale Child Study Center de l’École de médecine de l’Université de Yale (New Haven, Connecticut, États-Unis). L’équipe fondatrice était dirigée par le Dr James F. Leckman, MD, pédopsychiatre et neuroscientifique de renommée mondiale, titulaire de la chaire Neison Harris de pédopsychiatrie, pédiatrie et psychologie à Yale. Les co-auteurs de la version originale de 1989 incluent :

  • Mark A. Riddle, MD — Professeur de psychiatrie et de sciences comportementales à l’École de médecine de l’Université Johns Hopkins.
  • Maureen T. Hardin, MSN — Spécialiste clinique en soins infirmiers psychiatriques au Yale Child Study Center.
  • Sharon I. Ort, RN, MPH — Coordonnatrice de recherche clinique à l’Université de Yale.
  • Kari L. Swartz, BA — Collaboratrice de recherche en neuropsychiatrie.
  • Jim Stevenson, PhD — Professeur de psychologie à l’Université de Southampton (Royaume-Uni).
  • Donald J. Cohen, MD (décédé) — Ancien directeur visionnaire du Yale Child Study Center, pionnier de l’étude biologique et clinique de l’autisme et du syndrome de la Tourette.

Des travaux d’affinement et de réplication psychométrique ultérieurs ont été menés par d’éminents chercheurs internationaux, notamment le Dr Eric A. Storch (Baylor College of Medicine, Houston, Texas) et le Dr Lawrence Scahill (Emory University School of Medicine, Atlanta, Géorgie).

4. Objectif

L’objectif fondamental de la Yale Global Tic Severity Scale est de fournir une évaluation standardisée, multidimensionnelle, objective et reproductible de la sévérité contemporaine des tics chez les personnes âgées de 6 à 17 ans, bien que son utilisation ait été validée avec succès chez les populations adultes. Contrairement aux grilles diagnostiques catégorielles fondées sur le DSM-5-TR ou la CIM-11, la YGTSS n’est pas un outil de dépistage ni un instrument diagnostique destiné à statuer sur la présence ou l’absence d’une entité nosologique. Son rôle exclusif consiste à quantifier l’intensité symptomatique et la charge morbide d’un trouble préalablement diagnostiqué.

Dans la pratique clinique courante, l’échelle permet d’établir une ligne de base détaillée (baseline) avant l’instauration d’un traitement, qu’il s’agisse d’une pharmacothérapie (antipsychotiques de deuxième génération, agonistes alpha-2 adrénergiques) ou d’une psychothérapie ciblée telle que la thérapie d’inversion des habitudes (Habit Reversal Training, HRT). En consignant précisément les tics présents au cours des sept à dix jours précédant l’entretien, l’instrument capture la fluctuation temporelle inhérente à la pathologie des tics tout en atténuant le biais d’observation ponctuelle liée au cabinet médical, où les patients peuvent temporairement supprimer leurs tics ou, au contraire, manifester une exacerbation réactive au stress.

En recherche translationnelle et en neuropsychopharmacologie, la YGTSS représente la mesure d’efficacité principale (primary outcome measure) exigée par les agences de régulation telles que la Food and Drug Administration (FDA) et l’Agence européenne des médicaments (EMA). Elle permet de calculer des critères d’évaluation normalisés, tels que le taux de réponse thérapeutique (généralement défini par une réduction de 25 % à 35 % du Total Tic Score), ainsi que d’analyser la dynamique d’amélioration des différents profils phénoménologiques (par exemple, déterminer si un traitement réduit plus sélectivement l’intensité physique des secousses motrices ou la complexité des vocalisations).

5. Construit psychologique

La YGTSS conceptualise la sévérité des tics non pas comme un phénomène monolithique ou une simple fréquence d’occurrence, mais comme un construit composite articulé autour de deux axes sémiologiques majeurs — les tics moteurs et les tics phoniques — évalués chacun selon cinq composantes paramétriques distinctes, complétées par un axe d’altération socio-fonctionnelle.

1. Les tics moteurs

Les tics moteurs sont des mouvements involontaires, soudains, rapides, récurrents et non rythmiques, engageant des groupes musculaires précis. La YGTSS examine :

  • Nombre (Number) : Quantification du répertoire anatomique des tics. La cotation distingue l’absence de tics (0), un tic unique isolé (1), des tics discrets multiples allant de 2 à 5 (2), plus de 5 tics discrets (3), l’apparition de séquences orchestrées ou simultanées (4), jusqu’à de multiples séquences complexes entrelacées (5).
  • Fréquence (Frequency) : Périodicité temporelle des émissions. L’échelle évalue si les tics surviennent de façon exceptionnelle au cours de la journée, par intermittence prévisible, de manière fréquente à chaque heure, ou s’ils se manifestent de façon continue au point d’occuper presque chaque minute d’éveil.
  • Intensité (Intensity) : Force biomécanique et vigueur contractile du mouvement. Cela s’étend du clignement palpébral discret ou de la secousse d’épaule à peine perceptible (1) à des secousses musculaires violentes, spasmodiques, douloureuses ou susceptibles de causer des traumatismes physiques (5).
  • Complexité (Complexity) : Morphologie gestuelle. Les tics simples n’impliquent qu’un groupe musculaire circonscrit (clignement, haussement). Les tics complexes imitent des comportements finalisés mais inopportuns (gestes obscènes ou copropraxie, touchers compulsifs, échopraxie, contorsions posturales coordonnées).
  • Interférence (Interference) : Rupture fonctionnelle immédiate provoquée par le mouvement sur le flux comportemental normal. Le tic peut ne causer aucune interruption (0), interrompre brièvement l’attention ou l’écriture (2), ou interrompre totalement l’action en cours, rendant impossible l’exécution d’une tâche motrice ou intellectuelle continue (5).

2. Les tics phoniques (vocaux)

Les tics phoniques englobent toute production sonore involontaire résultant du passage de l’air à travers les voies aériennes supérieures (nez, gorge, bouche). Ils sont évalués selon les mêmes cinq dimensions que les tics moteurs :

  • Nombre : Éventail des phonations distinctes, allant d’un raclement de gorge isolé à un répertoire diversifié combinant reniflements, gloussements, grognements et productions verbales structurées.
  • Fréquence : Taux d’émission sonore perçu sur les journées types de la semaine écoulée.
  • Intensité : Amplitude acoustique. Les bruits faibles perceptibles uniquement dans le silence absolu contrastent avec des cris, des hurlements ou des vociférations stridentes perçus à travers les cloisons ou dans des espaces publics ouverts.
  • Complexité : Distinction entre les sons inarticulés élémentaires (bruits d’aspiration, toussotements) et les vocalisations linguistiques élaborées incluant des mots isolés, des phrases complètes, la palilalie (répétition de ses propres paroles), l’écholalie (répétition des paroles d’autrui) ou la redoutée coprolalie (propos obscènes ou socialement tabous).
  • Interférence : Degré auquel l’émission sonore brise le fil du discours, interrompt la communication verbale, ou empêche le sujet et ses interlocuteurs de poursuivre un échange verbal cohérent.

3. L’altération globale du fonctionnement (Overall Impairment Rating)

Cette composante isole l’impact indirect et la souffrance psychologique ou adaptative générés par les tics. Elle ne mesure pas les mouvements eux-mêmes, mais leur coût psychosocial : érosion de l’estime de soi, isolement social consécutif au rejet ou aux moqueries des pairs, perturbations familiales majeures, rejet scolaire, dégradation des notes, refus d’aller en classe ou impossibilité de maintenir un emploi. Cet item unitaire est scoré de 0 (aucun impact) à 50 (détresse catastrophique avec interruption complète de la scolarité ou du travail).

6. Cadre théorique

Le développement de la YGTSS s’enracine dans la convergence de la neuropsychiatrie du développement, des modèles de boucles cortico-striato-thalamo-corticales (CSTC) et de la psychométrie clinique quantitative de la fin du XXe siècle. Traditionnellement, le syndrome de la Tourette avait été appréhendé soit sous un angle psychanalytique caduc le réduisant à des décharges pulsionnelles refoulées, soit sous un prisme strictement neurologique binaire (présence/absence de chorée ou de myoclonie).

Sous l’impulsion de Donald J. Cohen et James F. Leckman au Yale Child Study Center, un nouveau paradigme biomédical et neuro-développemental a émergé dans les années 1980. Ce cadre théorique postule que les tics résultent d’un dysfonctionnement des circuits de désinhibition motrice et d’intégration sensorimotrice au sein des ganglions de la base, particulièrement au niveau du striatum et de ses connexions dopaminergiques avec le cortex préfrontal et le cortex moteur supplémentaire. Dans cette perspective, la sévérité clinique ne peut être réduite à un décompte d’événements : un patient peut présenter cent clignements quasi-imperceptibles par heure sans préjudice majeur, tandis qu’un autre peut émettre trois coprolalies hurlées par jour ayant des conséquences relationnelles dévastatrices.

De plus, le modèle théorique sous-jacent intègre le phénomène phénoménologique des besoins impérieux prémonitoires (premonitory urges). Les tics sont compris comme des comportements partiellement semi-volontaires exécutés en réponse à une tension somatique interne grandissante. La variabilité contextuelle de ce contrôle inhibiteur a imposé un modèle d’évaluation intégratif : la YGTSS ne se contente pas d’une observation passive en laboratoire (dont la validité écologique est compromise par les capacités transitoires de suppression volontaire), mais sollicite l’expertise rétrospective combinée du patient, de ses parents et du jugement pondéré d’un clinicien aguerri sur un intervalle temporel de référence (7 à 10 jours).

7. Validité

La validité psychométrique de la YGTSS a fait l’objet de validations empiriques exhaustives à travers le monde, consolidant son statut d’outil de référence.

Validité convergente

La validité convergente a été démontrée par des corrélations robustes et statistiquement significatives entre les scores de la YGTSS et d’autres instruments d’évaluation de la sévérité des tics. Dans l’étude princeps de Leckman et al. (1989), le Total Tic Score présentait une corrélation élevée avec l’échelle d’évaluation globale des tics de Tourette (Tourette Syndrome Global Scale, TSGS ; r = 0,86) et avec les impressions cliniques globales de sévérité (CGI-Severity ; r = 0,72 à 0,81). Des travaux ultérieurs (Storch et al., 2005 ; Walkup et al., 2008) ont retrouvé des corrélations de 0,68 à 0,77 entre le score combiné de la YGTSS et les enregistrements vidéo standardisés encodés en insu par des observateurs indépendants.

Validité discriminante

L’une des plus grandes forces de l’échelle réside dans sa capacité à discriminer la symptomatologie propre aux tics des troubles comorbides hautement prévalents dans cette population. Storch et ses collaborateurs (2013) ont démontré dans une vaste cohorte pédiatrique que le Total Tic Score n’était pas corrélé de manière significative avec les échelles de sévérité du trouble obsessionnel-compulsif mesurées par la Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale (CY-BOCS ; coefficients r compris entre 0,01 et 0,15). De même, les corrélations avec les symptômes d’anxiété générale (r = 0,06 à 0,28), la dépression pédiatrique (r = 0,02 à 0,26) et les scores de comportements externalisés et internalisés rapportés par les parents sur la Child Behavior Checklist (CBCL ; r = 0,07 à 0,20) se sont révélées faibles à négligeables, confirmant que la YGTSS capture un construit neuropsychiatrique spécifique et non un indice général de détresse psychologique.

Sensibilité au changement et validité prédictive

L’échelle a démontré une sensibilité remarquable aux variations thérapeutiques. Les études d’analyse de détection de signal (Storch et al., 2011) ont identifié qu’une réduction de 25 % à 35 % du Total Tic Score correspondait au seuil d’amélioration cliniquement significative (« très amélioré » ou « beaucoup amélioré » sur l’échelle CGI-Improvement). Cette réactivité en fait le critère de jugement principal dans presque tous les essais cliniques randomisés contrôlés par placebo évaluant de nouvelles molécules pharmacologiques (par exemple, la tétrabénazine, l’aripiprazole, l’écopipam) ou des interventions comportementales comme le CBIT.

8. Fidélité

La fidélité de la YGTSS a été documentée sous l’angle de la cohérence interne, de la fidélité inter-juges et de la stabilité temporelle test-retest.

Cohérence interne

Les analyses de consistance interne révèlent une excellente homogénéité des items composant les sous-échelles. Dans les travaux méthodologiques de référence de Storch et al. (2005, 2013), les coefficients alpha de Cronbach se sont avérés remarquablement élevés :

  • Score total des tics moteurs : α = 0,92 lors de la première administration et α = 0,92 lors de la réévaluation.
  • Score total des tics phoniques : α = 0,93 à la première administration et α = 0,93 à la seconde.
  • Score total des tics (Motor + Phonic) : α = 0,93 et α = 0,94.

Ces coefficients démontrent que les cinq dimensions d’évaluation (nombre, fréquence, intensité, complexité, interférence) convergent harmonieusement pour mesurer un construit cohérent au sein de chaque domaine clinique.

Fidélité inter-juges

L’administration de la YGTSS reposant sur un jugement clinique guidé par un entretien semi-structuré, la concordance inter-évaluateurs constitue un enjeu méthodologique critique. Dès l’étude originelle de Leckman et al. (1989), les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) calculés à partir d’évaluations simultanées ou vidéo-enregistrées étaient exceptionnels : 0,85 pour les tics moteurs, 0,91 pour les tics vocaux, et 0,94 pour le score d’altération globale. Kircanski et al. (2010) ont répliqué ces constats en rapportant des CCI inter-évaluateurs supérieurs à 0,88 pour l’ensemble des scores composites chez des enfants et adolescents vus en ambulatoire.

Fidélité test-retest

Bien que la sévérité des tics présente une variabilité spontanée dans le temps, la fidélité test-retest à court terme (intervalle de 1 à 2 semaines chez des patients cliniquement stables sans modification thérapeutique) révèle une stabilité substantielle, avec des coefficients de corrélation de Pearson et des CCI compris entre 0,77 et 0,90 (Storch et al., 2005).

9. Analyse factorielle

La structure factorielle de la YGTSS a fait l’objet de multiples explorations psychométriques, notamment par Storch et al. (2007) et Kircanski et al. (2010), visant à déterminer si la dichotomie sémiologique classique entre tics moteurs et tics phoniques était corroborée par l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC).

Structure à deux facteurs

Les analyses factorielles conduites sur les dix items de sévérité (excluant l’item d’altération globale) soutiennent majoritairement un modèle à deux facteurs corrélés :

  • Facteur 1 : Sévérité des tics moteurs, regroupant les saturations des cinq items moteurs (nombre, fréquence, intensité, complexité, interférence). Les saturations factorielles de ces items oscillent typiquement entre 0,74 et 0,88.
  • Facteur 2 : Sévérité des tics phoniques, regroupant les saturations des cinq items correspondants, avec des saturations factorielles comprises entre 0,78 et 0,91.

La corrélation entre ces deux facteurs latents se situe généralement autour de r = 0,45 à 0,60, ce qui démontre qu’ils reflètent des expressions distinctes mais corrélées d’une vulnérabilité neurobiologique commune. Les indices d’ajustement du modèle à deux facteurs en analyse confirmatoire (ex. RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,96 ; TLI > 0,95) confirment une excellente adéquation aux données empiriques.

Statut de l’item d’altération fonctionnelle

Les analyses dimensionnelles révèlent systématiquement que le onzième item — l’évaluation globale du retentissement (Overall Impairment Rating) — ne sature pas de façon homogène sur le facteur moteur ni sur le facteur phonique. Il constitue une dimension distale distincte. En effet, la variance de l’altération fonctionnelle n’est expliquée qu’en partie (environ 25 à 40 %) par la sévérité intrinsèque des mouvements anormaux, le reste de la variance étant modulé par la tolérance de l’environnement familial, la présence de traits anxiodépressifs, les fonctions exécutives et le climat scolaire. Cette découverte statistique a conforté la recommandation méthodologique moderne de ne pas fusionner systématiquement le retentissement dans le score de tics, mais d’analyser séparément le Total Tic Score (0–50) et le score de retentissement (0–50).

10. Instrument de mesure

L’administration et la cotation de la YGTSS s’effectuent selon un protocole standardisé strict en clinique ou en recherche :

  • Type d’évaluation : Entretien semi-structuré administré par un clinicien ou un évaluateur formé, combinant les déclarations directes de l’enfant ou de l’adolescent, celles de ses parents ou accompagnants, et l’observation clinique directe.
  • Période de référence : Les 7 à 10 jours précédant immédiatement l’évaluation.
  • Étape préliminaire obligatoire : Remplissage de la Tic Symptom Checklist (liste de vérification des symptômes). L’évaluateur passe en revue une liste systématique de plus de 30 tics moteurs (clignements, mouvements du nez, secousses du cou, torsions du torse, sauts, gestes obscènes, etc.) et de tics phoniques (toux, bruits de déglutition, sifflements, répétitions de syllabes, mots obscènes, etc.) afin d’identifier ceux qui ont été présents au cours de la semaine écoulée, ainsi que ceux présents par le passé.
  • Nombre d’items cotés : 11 items au total : 5 items pour les tics moteurs, 5 items pour les tics phoniques, et 1 item d’altération fonctionnelle globale.
  • Format des échelles de réponse :
    • Items 1 à 10 (domaines moteur et phonique) : notés sur une échelle ordinale de 0 à 5 (6 points d’ancrage comportementaux détaillés).
    • Item 11 (retentissement global) : noté sur une échelle de 0 à 50 par incréments de 10 points (0 = Aucun ; 10 = Minimal ; 20 = Léger ; 30 = Modéré ; 40 = Marqué ; 50 = Sévère).
  • Calcul des scores et cotation :
    • Total Motor Tic Score (Score total des tics moteurs) : Somme des items 1 à 5 (Étendue : 0 à 25).
    • Total Phonic Tic Score (Score total des tics phoniques) : Somme des items 6 à 10 (Étendue : 0 à 25).
    • Total Tic Score (Score total de tics) : Score moteur + Score phonique (Étendue : 0 à 50).
    • Overall Impairment Rating (Score de retentissement global) : Valeur de l’item 11 (Étendue : 0 à 50).
    • Global Severity Score (Score de sévérité globale) : Total Tic Score + Overall Impairment Rating (Étendue : 0 à 100).

11. Permissions, Tarifs et Année du test

La Yale Global Tic Severity Scale a été initialement publiée en 1989 dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry par James F. Leckman et ses collaborateurs au Yale Child Study Center.

L’instrument est considéré comme un outil du domaine public à visée académique et clinique. Il est accessible sans frais de licence commerciale pour les chercheurs institutionnels, les praticiens hospitaliers et les cliniciens du secteur public ou privé à des fins d’évaluation des soins et de recherche non commerciale. Les manuels de cotation, les grilles de passation et la liste de contrôle des tics peuvent être obtenus librement via les publications princeps ou sur demande auprès des centres universitaires spécialisés dans le syndrome de Gilles de la Tourette (notamment le Yale Child Study Center ou l’association américaine Tourette Association of America).

Pour les essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique ou les études multinationales d’envergure nécessitant des grilles électroniques standardisées (eCOA / ePRO), des accords d’utilisation ou des frais de certification de traduction et de formation des évaluateurs peuvent être requis par des organismes de contractualisation affiliés à l’Université de Yale.

12. Références

Kircanski, K., Woods, D. W., Chang, S. W., Ricketts, E. J., & Piacentini, J. (2010). Cluster analysis of the Yale Global Tic Severity Scale (YGTSS): Symptom dimensions and clinical correlates in an outpatient youth sample. Journal of Abnormal Child Psychology, 38(6), 777–788. https://doi.org/10.1007/s10802-010-9410-6

Leckman, J. F., Riddle, M. A., Hardin, M. T., Ort, S. I., Swartz, K. L., Stevenson, J., & Cohen, D. J. (1989). The Yale Global Tic Severity Scale: Initial testing of a clinician-rated scale of tic severity. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 28(4), 566–573. https://doi.org/10.1097/00004583-198907000-00015

Scahill, L. (2013). Yale Global Tic Severity Scale. In F. R. Volkmar (Ed.), Encyclopedia of Autism Spectrum Disorders (pp. 3415–3416). Springer New York. https://doi.org/10.1007/978-1-4419-1698-3_1686

Selles, R. R., Murphy, T. K., Obregon, D., Storch, E. A., & Lewin, A. B. (2013). Treatment decisions for chronic tic disorders. Clinical Practice, 10(6), 765–780. https://doi.org/10.2217/cpr.13.62

Storch, E. A., De Nadai, A. S., Lewin, A. B., McGuire, J. F., Jones, A. M., Mutch, P. J., & Murphy, T. K. (2011). Defining treatment response in pediatric tic disorders: A signal detection analysis of the Yale Global Tic Severity Scale. Journal of Child and Adolescent Psychopharmacology, 21(6), 621–627. https://doi.org/10.1089/cap.2011.0044

Storch, E. A., Murphy, T. K., Fernandez, M., Krishnan, M., Geffken, G. R., Kellgren, A. R., & Goodman, W. K. (2007). Factor-analytic study of the Yale Global Tic Severity Scale. Psychiatry Research, 149(1), 231–237. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2006.01.018

Storch, E. A., Murphy, T. K., Geffken, G. R., Sajid, M., Allen, P., Roberti, J. W., & Goodman, W. K. (2005). Reliability and validity of the Yale Global Tic Severity Scale. Psychological Assessment, 17(4), 486–491. https://doi.org/10.1037/1040-3590.17.4.486

Walkup, J. T., Ferrão, Y., Leckman, J. F., Stein, D. J., & Singer, H. (2008). Tourette Syndrome. Oxford University Press.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Rate the severity of motor and vocal/phonic tics observed or reported over the prior week across five domains (Number, Frequency, Intensity, Complexity, and Interference), followed by an overall Impairment rating.
Response Scale: Items 1-10 are rated on a 6-point scale (0 to 5); Item 11 (Impairment) is rated on a 6-point scale from 0 to 50 in increments of 10 (0 = None, 10 = Minimal, 20 = Mild, 30 = Moderate, 40 = Marked, 50 = Severe).
Scoring / Reverse Items: Total Motor Tic Score = sum of items 1-5 (range 0-25). Total Phonic Tic Score = sum of items 6-10 (range 0-25). Total Tic Score = Total Motor + Total Phonic (range 0-50). Global Severity Score = Total Tic Score + Overall Impairment Rating (range 0-100).
1

Motor Tics: Number (0 = None; 1 = Single tic; 2 = Multiple discrete tics [2-5]; 3 = Multiple discrete tics [>5]; 4 = Multiple discrete tics plus at least one orchestrated pattern of multiple simultaneous or sequential tics; 5 = Multiple discrete tics plus several orchestrated patterns of multiple simultaneous or sequential tics)
2

Motor Tics: Frequency (0 = None; 1 = Rarely; 2 = Occasionally; 3 = Frequent; 4 = Very frequent; 5 = Always)
3

Motor Tics: Intensity (0 = None; 1 = Minimal intensity; 2 = Mild intensity; 3 = Moderate intensity; 4 = Marked intensity; 5 = Severe intensity)
4

Motor Tics: Complexity (0 = None; 1 = Borderline; 2 = Mild; 3 = Moderate; 4 = Marked; 5 = Severe)
5

Motor Tics: Interference (0 = None; 1 = Minimal; 2 = Mild; 3 = Moderate; 4 = Marked; 5 = Severe)
6

Phonic Tics: Number (0 = None; 1 = Single tic; 2 = Multiple discrete tics [2-5]; 3 = Multiple discrete tics [>5]; 4 = Multiple discrete tics plus at least one orchestrated pattern of multiple simultaneous or sequential tics; 5 = Multiple discrete tics plus several orchestrated patterns of multiple simultaneous or sequential tics)
7

Phonic Tics: Frequency (0 = None; 1 = Rarely; 2 = Occasionally; 3 = Frequent; 4 = Very frequent; 5 = Always)
8

Phonic Tics: Intensity (0 = None; 1 = Minimal intensity; 2 = Mild intensity; 3 = Moderate intensity; 4 = Marked intensity; 5 = Severe intensity)
9

Phonic Tics: Complexity (0 = None; 1 = Borderline; 2 = Mild; 3 = Moderate; 4 = Marked; 5 = Severe)
10

Phonic Tics: Interference (0 = None; 1 = Minimal; 2 = Mild; 3 = Moderate; 4 = Marked; 5 = Severe)
11

Overall Impairment Rating: Impairment in self-esteem, family life, social acceptance, or school/job functioning (0 = None; 10 = Minimal; 20 = Mild; 30 = Moderate; 40 = Marked; 50 = Severe)
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle globale de sévérité des tics de Yale (YGTSS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-globale-de-severite-des-tics-de-yale-ygtss/
Looti, Mohammed. “Échelle globale de sévérité des tics de Yale (YGTSS).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-globale-de-severite-des-tics-de-yale-ygtss/.
Looti, Mohammed. “Échelle globale de sévérité des tics de Yale (YGTSS).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-globale-de-severite-des-tics-de-yale-ygtss/.