1. Résumé / Abstract
L’Échelle fonctionnelle spécifique au patient (communément désignée sous l’acronyme anglophone Patient-Specific Functional Scale ou PSFS) est un instrument psychométrique et clinimétrique individualisé, auto-rapporté par le patient, conçu initialement par Paul Stratford et ses collaborateurs en 1995 à l’Université McMaster. Contrairement aux échelles fonctionnelles nomothétiques traditionnelles dont la liste d’activités prédéterminée peut manquer de pertinence pour un individu donné, la PSFS adopte une approche idiographique : elle invite le patient à identifier activement jusqu’à cinq activités signifiantes de sa vie quotidienne qu’il a du mal à accomplir ou qu’il ne peut plus réaliser en raison d’une affection musculosquelettique, neurologique ou orthopédique.
Chaque activité sélectionnée par le patient est évaluée au moyen d’une échelle numérique d’évaluation (Numeric Rating Scale ou NRS) à 11 points, variant de 0 (« Incapable de réaliser l’activité ») à 10 (« Capable de réaliser l’activité au même niveau qu’avant la blessure ou le problème »). Le score global de l’instrument s’obtient en calculant la moyenne des scores attribués aux activités identifiées. L’absence de sous-échelles rigides découle directement de son postulat centré sur la personne : le construit ciblé est l’incapacité fonctionnelle auto-perçue dans des contextes écologiques concrets.
Les propriétés métrologiques de la PSFS ont été abondamment validées dans une vaste diversité de populations cliniques (atteintes du rachis cervical et lombaire, pathologies du genou, de l’épaule, dysfonctions de la cheville, réadaptation gériatrique). Les études rapportent systématiquement une excellente fidélité test-retest, avec des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) généralement compris entre 0,82 et 0,97. La validité convergente est démontrée par des corrélations modérées à fortes avec des instruments spécifiques aux régions anatomiques tels que l’Oswestry Disability Index (ODI), le Roland-Morris Disability Questionnaire (RMDQ) ou le Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand (DASH). De surcroît, la sensibilité au changement (réactivité clinique) de la PSFS surpasse fréquemment celle des échelles à items fixes, affichant une différence minimale cliniquement importante (MCID) typiquement fixée entre 2 et 3 points pour une activité individuelle et à 2 points pour le score moyen global. L’instrument combine ainsi une grande simplicité d’administration, une pertinence clinique maximale et une rigueur métrologique de premier plan.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle fonctionnelle spécifique au patient, PSFS, évaluation centrée sur le patient, résultat rapporté par le patient, PROMs, incapacité fonctionnelle, réadaptation musculosquelettique, fidélité test-retest, sensibilité au changement, clinimétrie, kinésithérapie, physiothérapie, approche idiographique.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle fonctionnelle spécifique au patient a été développée et formalisée par une équipe de chercheurs et cliniciens de la Faculté des sciences de la santé de l’Université McMaster (Hamilton, Ontario, Canada) :
- Paul W. Stratford, PT, MSc : Professeur émérite à l’École des sciences de la réadaptation (School of Rehabilitation Science) et au Département d’épidémiologie clinique et de biostatistique de l’Université McMaster. Sommité internationale en méthodologie de recherche en physiothérapie et en développement d’instruments de mesure de l’incapacité. (Courriel institutionnel historique : [email protected]).
- Carolyn Gill, PT : Physiothérapeute clinicienne et chercheuse associée, active dans l’évaluation des troubles musculosquelettiques ambulatoires.
- M. Westaway, PT : Clinicienne et chercheuse en réadaptation, spécialisée dans les pathologies rachidiennes et les bilans fonctionnels.
- Jill M. Binkley, PT, MSc, FAAOMPT : Physiothérapeute spécialisée en thérapie manuelle orthopédique, directrice de programmes cliniques et chercheuse renommée dans le domaine de la mesure des résultats en santé musculosquelettique.
Par la suite, de nombreux chercheurs ont développé et validé des adaptations linguistiques et transculturelles, notamment la version néerlandaise standardisée établie par Ton A. R. Schreuders et A. J. Videler (2008), ainsi que diverses adaptations francophones validées dans des contextes de médecine physique et de réadaptation.
4. Objectif / Purpose
Ce que mesure l’échelle et justification clinique
L’objectif fondamental de l’Échelle fonctionnelle spécifique au patient est de quantifier avec exactitude le niveau de limitation d’activité éprouvé par un individu dans les tâches qui revêtent pour lui une importance fonctionnelle, récréative ou professionnelle majeure. Alors que les échelles génériques d’évaluation de la santé (comme le SF-36) ou les inventaires spécifiques d’une région anatomique (tels que le Neck Disability Index ou le Lower Extremity Functional Scale) contraignent le sujet à répondre à une série standardisée d’énoncés prédéfinis, la PSFS part du constat clinique que deux patients partageant un diagnostic médical rigoureusement identique peuvent présenter des perturbations fonctionnelles radicalement hétérogènes.
Par exemple, une rupture partielle de la coiffe des rotateurs peut empêcher un musicien professionnel de lever son archet de violon, tandis qu’un ouvrier du bâtiment sera entravé dans la manipulation d’outils lourds au-dessus des épaules, et qu’un parent au foyer sera incapable de soulever son jeune enfant de son lit. Les questionnaires traditionnels omettent souvent ces activités idiosyncrasiques ou les noient au sein d’une moyenne d’items non pertinents (marcher plusieurs kilomètres, utiliser les transports en commun, monter des escaliers), ce qui engendre des effets de plancher ou de plafond artificiels. La PSFS résout ce biais intrinsèque en déléguant au patient la sélection des domaines cibles d’évaluation, maximisant ainsi la pertinence écologique et la validité de contenu du processus d’évaluation.
Applications en pratique clinique
En pratique clinique quotidienne (physiothérapie, ergothérapie, chirurgie orthopédique, médecine du sport, rhumatologie), la PSFS remplit plusieurs fonctions thérapeutiques déterminantes :
- Facilitation de l’alliance thérapeutique et de l’écoute active : L’administration de l’échelle dès la consultation initiale structure l’anamnèse en incitant le praticien à s’enquérir des répercussions concrètes de l’affection sur la vie du patient. Ce processus place d’emblée la personne au centre de son projet de soin.
- Définition d’objectifs thérapeutiques opérationnels : Les activités nommées par le patient deviennent des objectifs fonctionnels prioritaires (par exemple selon les critères SMART), guidant la prescription des exercices de rééducation et les interventions ergonomiques.
- Suivi longitudinal des progrès et efficacité des interventions : Lors des réévaluations périodiques, le patient est réinterrogé sur ces mêmes activités spécifiques. En lui permettant de visualiser ses scores antérieurs lors du suivi (modalité formellement prévue par Stratford et ses collaborateurs), l’échelle sert de puissant vecteur de rétroaction positive et d’adhésion au traitement.
- Critère de fin de traitement ou d’orientation : L’atteinte d’un score moyen supérieur à 8/10 ou la réalisation de la différence minimale cliniquement importante (MCID) fournit un indicateur objectif pour décider du congé du patient, de l’espacement des séances ou d’une réorientation médicale.
Applications en recherche clinique
Dans les essais cliniques randomisés et les études observationnelles portant sur les interventions thérapeutiques musculosquelettiques, la PSFS est abondamment employée comme critère de jugement principal ou secondaire de type PROM (Patient-Reported Outcome Measure). Sa réactivité supérieure à celle de nombreux questionnaires fixes permet de détecter des variations cliniquement significatives avec des échantillons de taille plus modeste, réduisant ainsi les biais de mesure et la variabilité inter-individuelle non pertinente.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’Échelle fonctionnelle spécifique au patient relève de l’incapacité fonctionnelle perçue et de la limitation d’activité auto-rapportée dans des domaines d’engagement personnel significatifs. Pour conceptualiser précisément ce construit, il convient d’analyser son architecture théorique et les dimensions sous-jacentes qu’il synthétise.
La distinction entre capacité, performance et limitation vécue
Dans les sciences de la motricité et la psychométrie appliquée à la santé, une distinction essentielle sépare la capacité (ce qu’un individu peut réaliser dans un environnement standardisé de laboratoire ou d’examen clinique) de la performance (ce que l’individu réalise effectivement dans son cadre de vie quotidien habituel). La PSFS évalue la performance fonctionnelle perçue par le sujet. Ce construit n’est pas une simple mesure objective de force musculaire, d’amplitude articulaire ou de vitesse d’exécution ; il capture l’interaction complexe entre les altérations biomécaniques, la sensation douloureuse, la fatigue perçue, la peur du mouvement (késiophobie) et le sentiment d’auto-efficacité de l’individu.
Unidimensionnalité fonctionnelle versus multidimensionnalité phénoménologique
Bien que le score final de la PSFS se présente sous la forme d’un indice composite unique (une moyenne arithmétique variant de 0 à 10), le construit psychologique sous-jacent est intrinsèquement holistique. Lorsqu’un patient cote une activité comme « jardiner pendant 30 minutes » à 3/10, cette note intègre simultanément :
- La limitation mécanique et sensorielle : L’apparition de douleurs, de raideurs ou d’un manque de force physique entravant directement le geste moteur.
- L’interférence temporelle et l’endurance : La nécessité d’interrompre prématurément l’action ou de réduire drastiquement sa fréquence.
- La charge cognitive et attentionnelle : L’appréhension, l’anticipation négative de la douleur ou la perte de spontanéité dans l’exécution de la tâche.
- Les stratégies d’adaptation et de compensation : Le recours obligatoire à des postures de contournement, à des aides techniques ou à l’assistance d’un tiers.
En agrégeant ces composantes au sein d’une métrique continue centrée sur la tâche, la PSFS opérationnalise le construit de la limitation fonctionnelle d’une manière qui reflète fidèlement la définition de la santé donnée par l’Organisation mondiale de la Santé : non pas l’absence de lésion anatomique, mais l’aptitude à s’engager avec succès dans les rôles sociaux et les activités de vie signifiantes.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’Échelle fonctionnelle spécifique au patient s’inscrit au carrefour de trois paradigmes scientifiques majeurs : le modèle biopsychosocial de la santé, la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS, et le mouvement de la mesure idiographique en psychologie clinique.
Le modèle biopsychosocial d’Engel
Historiquement, l’évaluation orthopédique et rhumatologique reposait sur un modèle biomédical strict, postulant une relation linéaire directe entre la gravité de la lésion tissulaire (visualisée par imagerie médicale ou radiographie) et l’incapacité du patient. Proposé initialement par George L. Engel en 1977, le modèle biopsychosocial a réfuté ce réductionnisme en démontrant que l’expérience du handicap résulte de l’imbrication dynamique de facteurs biologiques (altérations tissulaires, nociception), psychologiques (croyances de peur-évitement, catastrophisme, auto-efficacité) et contextuels ou sociaux (exigences du poste de travail, réseau de soutien familial). La PSFS matérialise ce paradigme en s’affranchissant du site lésionnel pur pour mesurer l’impact de l’affection sur l’écologie globale de l’individu.
La Classification internationale du fonctionnement (CIF)
Dans la taxonomie de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF), l’état de santé d’une personne est analysé selon trois niveaux :
- Fonctions organiques et structures anatomiques (déficiences au niveau des organes, tissus, articulations) ;
- Activités (exécution d’une tâche par une personne, dont les restrictions constituent les limitations d’activité) ;
- Participation (implication de la personne dans les situations de vie réelle, dont les obstacles constituent les restrictions de participation).
Les outils biomécaniques traditionnels (goniométrie, dynamométrie isocinétique) mesurent le premier niveau (déficiences). En revanche, la PSFS a été délibérément pensée pour cartographier les deuxième et troisième niveaux : les activités et la participation. En sollicitant des formulations telles que « jouer au football avec mes enfants », « rester assis au bureau plus de 45 minutes » ou « boutonner ma chemise », l’instrument relie directement l’évaluation clinique aux dimensions les plus concrètes de l’existence humaine.
L’approche idiographique et le Goal Attainment Scaling (GAS)
Sur le plan psychométrique, la PSFS puise ses fondements méthodologiques dans la distinction introduite par Gordon Allport entre l’approche nomothétique (recherche de lois générales applicables à tous par des questionnaires standardisés uniformes) et l’approche idiographique (focalisation sur l’unicité de chaque individu). Elle partage des affinités conceptuelles profondes avec l’évaluation de l’atteinte des objectifs ou Goal Attainment Scaling (GAS) développée par Kiresuk et Sherman en 1968. Tout comme le GAS, la PSFS confère au sujet le statut de co-concepteur de son évaluation, ce qui optimise la validité écologique et la pertinence perçue de l’instrument.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de l’Échelle fonctionnelle spécifique au patient ont fait l’objet de dizaines d’investigations empiriques indépendantes à travers le monde, confirmant sa robustesse métrologique.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de la PSFS a été rigoureusement démontrée par sa corrélation avec une multitude d’instruments de référence auto-rapportés dans des cohortes variées :
- Pathologies rachidiennes lombaires : Stratford et al. (1995) ont mis en évidence des corrélations négatives modérées à élevées avec le Roland-Morris Disability Questionnaire (r = -0,67 à -0,78), signifiant qu’une baisse de l’incapacité globale sur le RMDQ s’accompagne d’une élévation parallèle des capacités rapportées sur la PSFS.
- Pathologies cervicales : Dans les travaux de Cleland et al. (2006) portant sur des patients souffrant de cervicalgies mécaniques ou de radiculopathies, la PSFS a corrélé de façon statistiquement significative avec le Neck Disability Index (r = -0,65 à -0,73).
- Atteintes des membres inférieurs : Des études conduites auprès de patients présentant des arthroses ou des lésions méniscales du genou rapportent des corrélations fortes entre la PSFS et le Lower Extremity Functional Scale (LEFS) ou l’indice WOMAC (r compris entre 0,60 et 0,75).
- Membres supérieurs : Dans les dysfonctions de l’épaule et du coude, les corrélations avec le score DASH et le Shoulder Pain and Disability Index (SPADI) varient généralement de 0,55 à 0,72.
Validité discriminante
La PSFS démontre une validité discriminante appropriée : ses corrélations avec des mesures d’états émotionnels purs (par exemple les échelles de dépression ou d’anxiété comme le HADS) ou avec des sous-échelles de santé générale sans composante motrice (telles que le score de santé mentale du SF-36) sont nettement plus faibles (généralement r < 0,35) qu’avec les scores d’incapacité physique. Cela atteste que l’outil mesure spécifiquement l’incapacité physique opérationnelle et non une détresse psychologique indifférenciée.
Sensibilité au changement et réactivité clinique (Responsiveness)
L’un des atouts les plus éclatants de la PSFS réside dans sa réactivité supérieure. Dans de multiples essais cliniques comparatifs (notamment Stratford et al., 1995 ; Cleland et al., 2006 ; Horn et al., 2012), l’indice de réactivité de Guyatt, le ratio de réponse standardisé (Standardized Response Mean ou SRM) et la taille d’effet (Effect Size) de la PSFS ont systématiquement égalé ou surpassé ceux des questionnaires fixes traditionnels. Dans l’étude princeps de Stratford et al. (1995), la PSFS affichait un SRM de 1,41, tandis que le RMDQ atteignait 1,06. Cette plus grande réactivité découle directement de l’élimination des items « non pertinents » qui, dans les échelles conventionnelles, diluent la détection des améliorations réelles.
8. Fidélité / Reliability
Fidélité test-retest
La fidélité de stabilité temporelle (test-retest) de la PSFS a été évaluée dans des conditions cliniques où l’état de santé des participants demeurait stable sur des intervalles de temps variant de 24 heures à 7 jours. Dans la publication originale de Stratford et al. (1995), le coefficient de corrélation intraclasse (ICC, modèle à effets mixtes à deux facteurs pour mesures uniques) était de 0,97 pour le score moyen global, dénotant une concordance presque parfaite. Des investigations subséquentes menées par d’autres équipes de recherche indépendantes ont corroboré ces données d’excellence :
- Westaway et al. (1998) ont retrouvé un ICC de 0,91 chez des patients souffrant de lombalgies chroniques.
- Cleland et al. (2006) ont rapporté un ICC de 0,82 (intervalle de confiance à 95 % : 0,72 – 0,89) dans une cohorte de patients atteints de douleurs cervicales.
- Hefford et al. (2012) ont confirmé un ICC de 0,89 à 0,93 à travers de multiples sous-groupes musculosquelettiques ambulatoires.
Erreur type de mesure (SEM) et Changement minimal détectable (MDC)
L’erreur type de mesure (Standard Error of Measurement ou SEM), qui quantifie l’incertitude intrinsèque associée à une mesure donnée, oscille habituellement entre 0,5 et 0,8 point sur l’échelle de 0 à 10 pour le score moyen :
- Le Changement minimal détectable à 90 % de confiance (MDC90) s’établit à environ 1,4 à 1,8 point pour le score moyen.
- Le Changement minimal détectable à 95 % de confiance (MDC95) se situe entre 1,8 et 2,3 points pour le score moyen, et entre 2,5 et 3,0 points lorsqu’une activité individuelle est analysée isolément.
- En pratique clinique, la différence minimale cliniquement importante (MCID) communément retenue est d’un gain d’au moins 2,0 points pour le score moyen, ou de 2,0 à 3,0 points pour un item particulier.
La question de la cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans la métrologie classique, la cohérence interne est mesurée par le coefficient alpha de Cronbach. Toutefois, dans le cas particulier de la PSFS, le calcul de l’alpha de Cronbach est conceptuellement discutable, voire non pertinent au sens strict. En effet, les items de la PSFS ne représentent pas des énoncés fixes et standardisés soumis à un échantillon normatif, mais un modèle d’indices causaux (formative measurement model) choisis individuellement par chaque répondant. Les activités sélectionnées peuvent correspondre à des patterns biomécaniques ou d’effort très disparates chez un même patient (par exemple, un patient peut sélectionner « nager le crawl » et « porter ses courses »). Bien que certaines études calculent formellement un alpha compris entre 0,70 et 0,85, les méthodologistes s’accordent sur le fait que la cohérence interne n’est pas le critère psychométrique pertinent pour juger de la fiabilité d’un inventaire clinique individualisé.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le défi psychométrique des inventaires idiographiques
L’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) constituent la pierre angulaire de l’évaluation des questionnaires psychologiques nomothétiques traditionnels. Elles reposent sur une matrice de covariance inter-items fixe, calculée sur des questions rigoureusement identiques administrées à l’ensemble des participants d’un échantillon donné.
Or, la PSFS présente une structure d’items dynamiques : l’item 1 d’un patient (ex. : « courir 5 kilomètres ») ne partage aucun contenu sémantique préétabli avec l’item 1 d’un second patient (ex. : « tourner le volant en voiture »). Par conséquent, il est mathématiquement et conceptuellement impossible d’exécuter une analyse factorielle classique sur les contenus bruts des énoncés à travers un échantillon global.
Modélisation en clinimétrie et variables latentes
Pour appréhender la structure factorielle de la PSFS, les chercheurs en psychométrie clinique adoptent deux démarches analytiques spécifiques :
- L’approche de la théorie de la mesure formatrice (Formative Indicator Model) : Contrairement aux modèles réflexifs où les items sont des reflets passifs d’un trait latent commun, les activités de la PSFS opèrent comme des indicateurs formateurs qui définissent eux-mêmes le profil d’incapacité globale de l’individu. Dans cette perspective clinimétrique formalisée par Alvan Feinstein, l’agrégation des scores sous forme de moyenne représente un index composite valide plutôt qu’une échelle factorielle réflexive.
- Analyses factorielles intra-individuelles et modélisation de Rasch : Des travaux appliquant les modèles de réponse aux items (IRT) et l’analyse de Rasch sur des banques d’activités classifiées selon la CIF ont démontré que le mécanisme d’estimation sur l’échelle 0-10 suit une fonction de mesure unidimensionnelle ordonnée : les patients utilisent le continuum de 0 à 10 de manière homogène pour calibrer le degré de sévérité de leur restriction fonctionnelle.
Les études empiriques montrent que le score composite de la PSFS fonctionne comme une mesure essentiellement unidimensionnelle de la restriction de capacité auto-perçue dans les domaines cibles de l’individu, garantissant la validité de l’utilisation d’une note synthétique unique.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle fonctionnelle spécifique au patient (Patient-Specific Functional Scale – PSFS).
- Type d’instrument : Mesure des résultats rapportés par le patient (PROM), auto-questionnaire clinique individualisé, semi-structuré, d’évaluation fonctionnelle.
- Format d’administration : Papier-crayon, passation assistée par le clinicien lors de l’entretien initial, ou formulaires électroniques sur tablette/portail patient.
- Nombre d’items : De 3 à 5 activités fonctionnelles identifiées et formulées par le patient lui-même (minimum requis de 3 activités pour une représentativité optimale, avec une option possible pour une 4e et une 5e activité).
- Format et échelle de réponse : 11-point numeric rating scale from 0 to 10 (0 = Unable to perform activity, 10 = Able to perform activity at same level as before injury or problem).
- Cotation et calcul du score :
- Chaque activité reçoit une note entière comprise entre 0 et 10.
- Le score total s’obtient en faisant la somme des scores attribués à toutes les activités spécifiées, divisée par le nombre total d’activités évaluées (Score moyen = Somme des scores / Nombre d’activités).
- Le score final varie donc sur un continuum théorique de 0 à 10.
- Sens de la cotation : Un score plus élevé indique une meilleure performance fonctionnelle (10 correspond à un fonctionnement parfait, identique à celui d’avant l’atteinte ou la blessure, tandis que 0 correspond à une incapacité totale d’exécuter l’activité).
- Interprétation clinique et seuils décisionnels :
- Changement minimal détectable (MDC) : Approximativement 2 points pour le score moyen global.
- Différence minimale cliniquement importante (MCID) : Reconnue entre 2 et 3 points pour une activité spécifique individuelle, ou d’au moins 2 points sur le score moyen global pour affirmer une amélioration cliniquement significative.
- Procédure lors des visites de suivi : Lors des réévaluations, les mêmes activités spécifiques sont soumises au patient, qui peut consulter ses scores préalables afin de mesurer objectivement ses gains ou pertes de fonction au cours de la réadaptation.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1995 (étude de référence publiée dans la revue internationale Physiotherapy Canada).
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : L’Échelle fonctionnelle spécifique au patient a été conçue pour le bénéfice de la communauté médicale et scientifique. Elle est considérée comme appartenant au domaine public académique pour un usage clinique et pour la recherche non commerciale.
- Tarifs d’utilisation : Entièrement gratuite (libre de redevance / sans frais de licence pour les cliniciens individuels, les services de soins publics, les universités et les chercheurs indépendants).
- Conditions d’utilisation et d’adaptation : Les utilisateurs sont tenus de citer rigoureusement l’article princeps de Stratford et al. (1995) dans toutes leurs publications scientifiques ou présentations de cas cliniques. L’intégration dans des solutions logicielles commerciales de dossiers médicaux électroniques (DME/EMR) doit respecter l’intégrité de la consigne et de l’échelle d’évaluation numérique sans altérer les ancrages des scores (0 et 10).
12. Références / References
Les références bibliographiques suivantes fournissent les bases méthodologiques, les validations psychométriques et les adaptations de l’instrument en conformité avec les normes APA (7e édition) :
- Abbott, J. H., & Schmitt, J. (2014). Minimum important difference decisions were influenced by the method of reference standard calculation: A study of the Patient-Specific Functional Scale. Journal of Clinical Epidemiology, 67(6), 679–689. https://doi.org/10.1016/j.jclinepi.2013.11.005
- Cleland, J. A., Fritz, J. M., Whitman, J. M., & Palmer, J. A. (2006). The reliability and construct validity of the Neck Disability Index and Patient Specific Functional Scale in patients with cervical radiculopathy. Spine, 31(5), 598–602. https://doi.org/10.1097/01.brs.0000201241.90914.22
- Hefford, C., Abbott, J. H., Arnold, R., & Baxter, G. D. (2012). The Patient-Specific Functional Scale: Validity, reliability, and responsiveness in patients with upper extremity conditions. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 42(4), 333–342. https://doi.org/10.2519/jospt.2012.3953
- Horn, K. K., Jennings, S., Richardson, G., Van Vliet, D., Hefford, C., & Abbott, J. H. (2012). The Patient-Specific Functional Scale: Psychometrics, clinimetrics, and application as a clinical outcome measure. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 42(1), 30–42. https://doi.org/10.2519/jospt.2012.3727
- Schreuders, T. A. R., & Videler, A. J. (2008). Patient Specific Functional Scale (PSFS) – Nederlandse versie. Afdeling Revalidatiegeneeskunde, Erasmus MC, Rotterdam.
- Stratford, P., Gill, C., Westaway, M., & Binkley, J. (1995). Assessing disability and change on individual patients: A report of a patient specific measure. Physiotherapy Canada, 47(4), 258–263. https://doi.org/10.3138/ptc.47.4.258
- Westaway, M. D., Stratford, P. W., & Binkley, J. M. (1998). The Patient-Specific Functional Scale: Measurement properties in patients with low back pain. The Journal of Manual & Manipulative Therapy, 6(4), 178–184. https://doi.org/10.1179/jmt.1998.6.4.178
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions to Patient:
Please identify up to five important activities that you are having difficulty with or are unable to do as a result of your problem. Rate each activity on an 11-point numeric rating scale from 0 to 10.
Response Scale:
- Patient-specified activity 1: [Patient identifies an important activity that they are having difficulty with or are unable to do]
- Patient-specified activity 2: [Patient identifies an important activity that they are having difficulty with or are unable to do]
- Patient-specified activity 3: [Patient identifies an important activity that they are having difficulty with or are unable to do]
- Patient-specified activity 4 (optional): [Patient identifies an important activity that they are having difficulty with or are unable to do]
- Patient-specified activity 5 (optional): [Patient identifies an important activity that they are having difficulty with or are unable to do]
Sum the scores of all specified activities and divide by the number of activities evaluated (total score = sum of activity scores / number of activities, ranging from 0 to 10). A higher score indicates better functional performance. Minimum clinically important difference (MCID) is typically 2 to 3 points for an individual activity or 2 points for the average score.