1. Résumé / Abstract
L’Échelle de la famille d’origine (Family-of-Origin Scale, FOS), développée par Alan J. Hovestadt, Wayne T. Anderson, Fred P. Piercy, Samuel W. Cochran et Marshall Fine en 1985, constitue un instrument d’évaluation psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer rétrospectivement le niveau de santé psychologique, d’autonomie et d’intimité au sein de la famille nucléaire ou d’origine d’un individu. Reposant sur les paradigmes fondamentaux de la thérapie systémique familiale et de la théorie de la différenciation du soi formulée par Murray Bowen, l’échelle opérationnalise le fonctionnement familial développemental à travers 40 items cotés sur une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 5 (« Tout à fait d’accord »).
L’architecture conceptuelle de l’outil s’articule autour de deux métadomaines interconnectés comprenant chacun cinq sous-échelles spécifiques : l’Autonomie (incluant la clarté d’expression, la responsabilité personnelle, le respect d’autrui, l’ouverture aux autres et l’acceptation de la séparation et des pertes) et l’Intimité (englobant le climat et la tonalité affective, l’éventail des émotions, la résolution des conflits, l’empathie et la confiance). La structure globale permet d’obtenir un score total composite oscillant entre 40 et 200 points, où des scores élevés traduisent une perception d’un milieu familial d’origine soutenant, différencié et émotionnellement équilibré.
Les propriétés psychométriques établies dans la littérature initiale et contemporaine démontrent une excellente stabilité temporelle avec une fidélité test-retest à deux semaines de r = 0,97 pour le score total, ainsi qu’une consistance interne robuste avec des coefficients alpha de Cronbach dépassant régulièrement 0,90 pour l’échelle globale et oscillant entre 0,72 et 0,88 pour les sous-échelles individuelles. La validité de construit, explorée au moyen d’analyses factorielles confirmatoires et exploratoires, confirme la pertinence clinique des dimensions d’autonomie et d’intimité, bien que certains débats méthodologiques soulignent la présence d’un facteur général prédominant de climat familial positif. Utilisée tant dans la recherche translationnelle sur les transmissions intergénérationnelles que dans l’évaluation clinique pré-thérapeutique individuelle et de couple, la FOS demeure une référence internationale en évaluation relationnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de la famille d’origine, FOS, psychométrie, thérapie systémique, différenciation de soi, Murray Bowen, autonomie, intimité, transmission intergénérationnelle, fonctionnement familial, climat familial, évaluation clinique.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de la famille d’origine a été élaborée en 1985 par une équipe interdisciplinaire de chercheurs et cliniciens spécialisés en psychologie du conseil et en thérapie conjugale et familiale :
- Alan J. Hovestadt, Ed.D. : Professeur émérite au Département de formation des conseillers et de psychologie du conseil (Department of Counselor Education and Counseling Psychology) à la Western Michigan University, Kalamazoo, Michigan, États-Unis. Ses recherches se sont centrées sur la dynamique des systèmes familiaux, l’évaluation clinique et le développement professionnel des thérapeutes de couple et de famille.
- Wayne T. Anderson, Ph.D. : Professeur de psychologie et conseiller clinicien, affilié au Service de conseil psychologique et au Département de psychologie de l’Université du Missouri-Columbia, Missouri, États-Unis.
- Fred P. Piercy, Ph.D. : Professeur émérite de thérapie conjugale et familiale au Département de développement humain et des sciences familiales (Department of Human Development and Family Science) à Virginia Tech (Blacksburg, Virginie) et ancien professeur à Purdue University. Reconnu internationalement pour ses travaux sur la formation clinique et la recherche méthodologique en thérapie systémique.
- Samuel W. Cochran, Ph.D. : Spécialiste en biostatistique, psychométrie et méthodologie quantitative appliquée aux sciences du comportement, alors affilié à la Western Michigan University.
- Marshall Fine, Ed.D. : Professeur associé et clinicien en thérapie familiale au Département des relations familiales et de la nutrition appliquée à l’Université de Guelph, Ontario, Canada.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de la famille d’origine est de fournir aux cliniciens et aux chercheurs une mesure empirique standardisée, valide et opérationnelle de la santé psychologique et du degré de compétence relationnelle vécus au sein de la famille d’origine d’un adulte. Dans les paradigmes systémiques, la manière dont un individu s’est développé au sein de sa structure familiale de départ influence profondément ses styles d’attachement ultérieurs, sa capacité à réguler la distance émotionnelle au sein du couple, son niveau de vulnérabilité aux psychopathologies et ses compétences parentales futures. Avant la création de la FOS au milieu des années 1980, l’évaluation des dynamiques de la famille d’origine dépendait quasi exclusivement d’entretiens cliniques non standardisés, d’anamnèses projectives ou de génogrammes qualitatifs, lesquels présentaient une grande variabilité inter-évaluateurs et rendaient complexes les études quantitatives comparatives.
La FOS répond à ce besoin en traduisant des concepts théoriques complexes — initialement décrits par des théoriciens tels que Murray Bowen, Salvador Minuchin ou Ivan Boszormenyi-Nagy — en indicateurs comportementaux et phénoménologiques mesurables. L’accent est délibérément mis sur la santé familiale plutôt que sur la psychopathologie seule : l’instrument vise à mesurer la présence de processus interactifs facilitants plutôt que la simple absence de symptômes manifestes. Il évalue dans quelle mesure la famille a réussi à naviguer entre les deux impératifs apparemment opposés du développement humain : le besoin d’individuation (autonomie) et le besoin d’appartenance et d’attachement sécure (intimité).
Dans les contextes cliniques, la FOS est couramment déployée en début de psychothérapie individuelle, de thérapie conjugale ou de thérapie de groupe pour :
- Identifier les carences développementales précoces dans la communication affective, la gestion des conflits ou l’expression de la vulnérabilité ;
- Mettre en lumière les mécanismes de projection intergénérationnelle et les loyautés invisibles qui parasitent la relation de couple actuelle ;
- Fournir un support psychoéducatif concret permettant au patient d’objectiver son histoire développementale sans verser dans la sur-culpabilisation unilatérale ;
- Établir une ligne de base psychométrique permettant d’évaluer les progrès longitudinaux au fur et à mesure que les schémas relationnels s’assouplissent.
En recherche fondamentale et appliquée, la FOS est largement exploitée pour investiguer la transmission intergénérationnelle des compétences relationnelles, les corrélats familiaux des troubles anxio-dépressifs, les profils d’ajustement marital chez les jeunes mariés, ainsi que l’impact des traumatismes ou des dépendances au sein du foyer initial sur les processus de résilience chez les adultes émergents.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la FOS repose sur une conceptualisation bidimensionnelle du fonctionnement familial sain, chaque métadomaine étant sous-tendu par cinq dimensions spécifiques interdépendantes, totalisant 10 sous-échelles de 4 items chacune :
A. Le métadomaine de l’Autonomie (Autonomy)
L’autonomie fait référence à la capacité de la famille à encourager le développement de l’identité individuelle, l’affirmation de soi et la prise de responsabilité personnelle chez chaque membre, tout en maintenant des frontières relationnelles claires et perméables. Ce construit englobe cinq facettes :
- Clarté d’expression (Clarity of Expression) : La clarté avec laquelle les membres expriment leurs pensées, leurs croyances et leurs affects sans recourir au double langage, aux non-dits ou aux messages paradoxaux. Un environnement sain permet de verbaliser ses perceptions sans craindre d’induire une distorsion cognitive chez autrui (ex. : items 9, 16, 24, 34).
- Responsabilité personnelle (Responsibility) : La propension des membres de la famille, particulièrement des figures parentales, à assumer la responsabilité de leurs actes, de leurs erreurs et de leurs émotions au lieu d’externaliser le blâme ou de recourir à des boucs émissaires (ex. : items 5, 11, 18, 38).
- Respect d’autrui (Respect for Others) : La valorisation des différences individuelles, la tolérance face aux opinions divergentes et le refus de recourir à la coercition intellectuelle ou émotionnelle pour maintenir une homogénéité artificielle (ex. : items 4, 15, 19, 28).
- Ouverture aux autres (Openness to Others) : La réceptivité mutuelle et la capacité d’écoute active au sein du système familial, où chaque individu se sent accueilli dans sa singularité et encouragé à explorer le monde extérieur (ex. : items 6, 14, 23, 37).
- Acceptation de la séparation et du deuil (Acceptance of Separation and Loss) : La flexibilité du système familial face aux transitions développementales majeures, aux départs physiques (déménagements, envol des enfants) et à la mort, permettant le travail de deuil et la verbalisation de la tristesse sans effondrement structurel (ex. : items 10, 20, 25, 36).
B. Le métadomaine de l’Intimité (Intimacy)
L’intimité représente la capacité du système familial à cultiver la proximité émotionnelle, la chaleur relationnelle, la vulnérabilité partagée et une sécurité d’attachement profonde. Elle est articulée autour de cinq sous-dimensions :
- Humeur et climat affectif (Mood and Tone) : L’atmosphère émotionnelle générale prévalant au sein du foyer, caractérisée par la bienveillance, la joie, la chaleur et la sécurité, par opposition à un climat chronique de tension, de froideur, de cynisme ou de menace latente (ex. : items 2, 22, 29, 40).
- Éventail des émotions (Range of Feelings) : L’autorisation explicite et implicite de manifester un large spectre émotionnel, incluant tant les émotions agréables (joie, fierté, tendresse) que les affects désagréables ou vulnérables (colère saine, peur, tristesse), sans interdiction rigide (ex. : items 1, 12, 32, 39).
- Résolution des conflits (Conflict Resolution) : La compétence du système à aborder directement les désaccords, à négocier des compromis viables et à désamorcer l’escalade émotionnelle sans recourir au déni chronique, à l’évitement ou à la violence relationnelle (ex. : items 7, 13, 27, 31).
- Empathie envers autrui (Empathy for Others) : La sensibilité émotionnelle mutuelle, la reconnaissance intuitive des états affectifs de l’autre et l’aptitude à offrir un réconfort accordé sans minimiser ni rejeter le vécu partagé (ex. : items 17, 21, 30, 35).
- Confiance (Trust) : La croyance fondamentale en la bienveillance foncière de l’environnement humain, encouragée au sein du foyer et projetée vers la société, plutôt que l’inculcation d’une méfiance paranoïde systématique envers l’extérieur (ex. : items 3, 8, 26, 33).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle de la famille d’origine s’enracine directement dans l’évolution historique de la théorie générale des systèmes appliquée à la psychologie familiale au cours des années 1960 à 1980. Le socle épistémologique principal découle de la théorie des systèmes familiaux de Murray Bowen (Bowen Family Systems Theory). Dans le modèle bowénien, le concept cardinal est la différenciation du soi (differentiation of self), définie comme la capacité d’un individu à équilibrer les forces intrapersonnelles (séparer le fonctionnement émotionnel de la pensée intellectuelle) et les forces interpersonnelles (maintenir son autonomie au sein de relations de proximité intense sans fusionner ni s’isoler émotionnellement).
Une personne issue d’une famille d’origine hautement différenciée possède une « masse du moi » solide, lui permettant d’affirmer un « je » clair tout en demeurant en lien intime avec autrui. À l’opposé, les familles peu différenciées sont caractérisées soit par l’enchevêtrement (enmeshment), où toute divergence d’opinion est vécue comme une trahison intolérable menaçant l’équilibre du groupe, soit par la rupture émotionnelle (emotional cutoff), mécanisme de défense illusoire où l’éloignement physique ou psychologique masque une immaturité fusionnelle non résolue. Hovestadt et ses collaborateurs ont traduit cette dynamique dialectique à travers les axes jumeaux de la FOS : l’autonomie et l’intimité ne sont pas considérées comme des forces antagonistes, mais comme des processus synergiques. Une véritable intimité n’est possible qu’entre des individus autonomes et différenciés ; inversement, une véritable autonomie s’épanouit au sein d’un milieu offrant une sécurité intime inconditionnelle.
L’outil s’inspire également de la thérapie contextuelle d’Ivan Boszormenyi-Nagy, notamment à travers les notions de justice relationnelle, de légitimité destructive et de loyautés invisibles. Dans les familles saines, la responsabilisation mutuelle et le respect des mérites individuels favorisent une « éthique relationnelle » équilibrée. Les dimensions de responsabilité personnelle et de confiance de la FOS reflètent précisément cette capacité des figures parentales à tenir un registre de justice équitable, où les fautes sont admises et réparées (item 11) plutôt que transmises sous forme de dettes transgénérationnelles.
Enfin, les modèles structuraux de Salvador Minuchin et humanistes de Virginia Satir imprègnent la conception de l’instrument. La théorie structurale apporte la vision des frontières intergénérationnelles claires : les parents exercent une autorité bienveillante sans effacer l’individualité des enfants, et le sous-système parental n’instrumentalise pas l’enfant dans des triangles pervers (évitement des conflits conjugaux par focalisation sur l’enfant). La perspective humaniste de Virginia Satir infuse quant à elle les dimensions de climat affectif, d’estime de soi et d’ouverture expressive : une communication congruente, exempte de masquages défensifs (blâme, calcul, distraction ou supplication), permet à la famille de fonctionner comme un environnement nutritif propice à la maturation globale de l’être humain.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle de la famille d’origine a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques destinées à confirmer sa validité de contenu, de construit, convergente et discriminante.
Validité de contenu et apparente
Lors de la phase de création, Hovestadt et ses collègues (1985) ont généré un pool initial de plusieurs dizaines d’énoncés à partir d’une revue systématique des modèles théoriques de Bowen, Minuchin, Satir et Framo. Un panel d’experts indépendants en thérapie familiale et en psychométrie a examiné chaque item pour évaluer sa pertinence, sa clarté syntaxique et son adéquation conceptuelle avec les dix sous-échelles théoriques. Seuls les 40 items présentant un consensus inter-juges quasi unanime ont été conservés, assurant une solide validité de contenu.
Validité convergente
La FOS montre des corrélations positives statistiquement significatives et théoriquement attendues avec des instruments mesurant le fonctionnement individuel et conjugal adapté :
- Ajustement marital : Des corrélations positives substantielles (r variant de 0,40 à 0,62, p < 0,001) ont été établies entre le score total à la FOS et l’échelle d’ajustement dyadique (Dyadic Adjustment Scale, DAS de Spanier). Les partenaires percevant leur famille d’origine comme plus saine et autonome déclarent une satisfaction conjugale significativement plus élevée.
- Estime de soi et bien-être : Les scores à la FOS corrèlent positivement avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (r = 0,45 à 0,55) et les mesures de locus de contrôle interne (Rotter).
- Différenciation de soi : Des études ultérieures corrélant la FOS avec le Differentiation of Self Inventory (DSI de Skowron et Friedlander) ont confirmé de fortes associations positives avec les sous-échelles « Prise de position » (I-Position) et de faibles niveaux de réactivité émotionnelle ou de rupture relationnelle.
Validité discriminante et différentielle
La validité discriminante est illustrée par des corrélations négatives marquées avec des instruments mesurant la détresse psychologique :
- Symptomatologie psychopathologique : Corrélations inverses modérées à fortes avec les dimensions d’anxiété, de dépression et de sensibilité interpersonnelle du Symptom Checklist-90-Revised (SCL-90-R) et du Beck Depression Inventory (BDI), avec des coefficients oscillant généralement entre r = -0,35 et r = -0,52 (p < 0,01).
- Groupes cliniques vs non cliniques : Hovestadt et al. (1985) ainsi que plusieurs réplications indépendantes (notamment Fine & Hovestadt, 1984 ; Lee et al., 1989) ont démontré que la FOS discrimine avec une haute significativité statistique les populations d’adultes consultant en clinique de santé mentale ou en thérapie de couple comparativement à des cohortes témoins non cliniques (différences de moyennes significatives, t > 6,5, p < 0,001). Les adultes issus de foyers marqués par l’alcoolisme parental (enfants adultes d’alcooliques, ACOA) présentent systématiquement des scores à la FOS significativement inférieurs à ceux des groupes témoins.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de la FOS a été évaluée sous les angles de la stabilité temporelle (test-retest) et de la cohérence interne (homogénéité des items).
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Dans l’étude princeps de validation conduite par Hovestadt, Anderson, Piercy, Cochran et Fine (1985) auprès d’un échantillon d’adultes sur un intervalle de deux semaines, le coefficient de corrélation test-retest pour le score total a atteint r = 0,97 (p < 0,0001). Ce niveau de stabilité temporelle exceptionnel indique que les représentations mnésiques et subjectives du climat de la famille d’origine sont hautement stables chez les adultes sur de courtes périodes. Pour les 10 sous-échelles individuelles, les coefficients test-retest se sont échelonnés entre 0,77 et 0,93, démontrant une fidélité robuste même à l’échelle des micro-dimensions à 4 items.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
L’évaluation de la consistance interne confirme l’excellente cohésion des items constituant l’échelle :
- Score total global : Les différentes études psychométriques rapportent de manière concordante des coefficients alpha de Cronbach (α) compris entre 0,93 et 0,96, témoignant d’une très forte homogénéité générale du questionnaire.
- Métadomaines Autonomie et Intimité : L’alpha de Cronbach se situe généralement entre 0,88 et 0,92 pour le métadomaine d’Autonomie (20 items), et entre 0,89 et 0,93 pour le métadomaine d’Intimité (20 items).
- Sous-échelles individuelles : En raison de leur brièveté (4 items par dimension), les coefficients alpha des dix sous-échelles varient selon les échantillons entre 0,68 et 0,86. Les dimensions telles que « Climat et tonalité affective », « Résolution des conflits » et « Clarté d’expression » affichent fréquemment les niveaux de cohérence interne les plus élevés (α > 0,80), tandis que des dimensions comme « Responsabilité » ou « Acceptation de la séparation » gravitent plus souvent autour de 0,70 à 0,75.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la FOS a suscité de riches investigations empiriques dans le champ psychométrique, alimentant un débat stimulant quant à l’adéquation d’un modèle hiérarchique, bidimensionnel ou unidimensionnel.
Structure originale théorisée
Hovestadt et al. (1985) ont conceptuellement modélisé la FOS comme un instrument hiérarchique composé de deux facteurs de second ordre (Autonomie et Intimité), chacun étant subdivisé en cinq composantes de premier ordre (les 10 sous-échelles). Dans ce modèle a priori, chaque sous-échelle est représentée par 4 items soigneusement appariés.
Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Plusieurs études indépendantes ultérieures, notamment les travaux pionniers de Lee, Gordon et O’Dell (1989), ont soumis la matrice de corrélation des 40 items à des analyses factorielles exploratoires en composantes principales avec rotations varimax et oblimin. Ces recherches ont révélé l’existence d’un facteur général prédominant (souvent qualifié de « santé globale de la famille d’origine » ou « climat familial positif ») expliquant à lui seul entre 42 % et 51 % de la variance totale. Dans ces AFE, la grande majorité des items saturent fortement (> 0,50) sur ce premier facteur non tourné, ce qui a conduit certains méthodologistes à suggérer que l’instrument fonctionne prioritairement comme une mesure globale unidimensionnelle de compétence familiale perçue.
Néanmoins, lorsque des solutions factorielles à plusieurs facteurs sont extraites (souvent entre 2 et 5 facteurs avec des valeurs propres supérieures à 1,5), les dimensions émergentes tendent à regrouper :
- Climat émotionnel et intimité chaleureuse (saturation des items de tonalité, d’empathie et d’acceptation affective) ;
- Encouragement de l’autonomie et tolérance de la divergence (saturation des items de respect d’autrui, liberté d’expression et ouverture) ;
- Régulation et résolution des conflits (saturation spécifique des items mesurant le stress conflictuel et le dialogue réparateur).
Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Les modélisations en équations structurelles conduites dans les années 1990 et 2000 ont comparé divers modèles concurrents :
- Modèle unidimensionnel strict : Bien qu’il capte la majeure partie de la variance commune, les indices d’ajustement absolus (ex. : RMSEA > 0,08 ; CFI < 0,85) sont sous-optimaux, indiquant qu’un seul facteur ne rend pas compte de la finesse des interrelations.
- Modèle corrélé à deux facteurs (Autonomie & Intimité) : Présente un ajustement nettement supérieur, bien que la corrélation inter-facteurs soit très élevée (souvent r > 0,80), reflétant la complémentarité systémique postulée par Bowen.
- Modèle bifactoriel ou hiérarchique : Les AFC récentes démontrent que le modèle hiérarchique (un facteur général de santé familiale de second ordre chapeautant les dimensions d’autonomie et d’intimité, ou les 10 facettes spécifiques) offre le meilleur compromis psychométrique (CFI > 0,91, TLI > 0,90, RMSEA ≈ 0,05-0,06). Les saturations factorielles standardisées des items sur leurs sous-échelles assignées oscillent majoritairement entre 0,48 et 0,82, validant la pertinence clinique de l’utilisation conjointe du score global et des profils dimensionnels fins.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de la famille d’origine est un questionnaire psychométrique auto-administré conçu pour les adultes (ou adolescents matures) évaluant rétrospectivement leur expérience au sein du système familial où ils ont grandi.
Caractéristiques techniques de l’instrument
- Type de test : Échelle psychométrique d’auto-évaluation rétrospective (self-report inventory).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée/en ligne. L’instrument est individuel mais peut être administré simultanément aux deux partenaires d’un couple à des fins de comparaison clinique.
- Nombre total d’items : 40 énoncés formulés à la première personne du singulier ou du pluriel (« Dans ma famille… », « Mes parents… », « Je trouvais… »).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert standard en 5 points :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly Disagree)
- 2 = En désaccord (Disagree)
- 3 = Neutre / Indécis (Neutral)
- 4 = D’accord (Agree)
- 5 = Tout à fait d’accord (Strongly Agree)
- Temps de passation estimé : Environ 10 à 15 minutes.
Modalités de cotation et calcul des scores
La FOS contient à la fois des items formulés positivement et des items inversés destinés à minimiser le biais d’acquiescement :
- Items inversés (Reverse-scored items) : Vingt des quarante items doivent être inversés avant le calcul des scores (c’est-à-dire : 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, 5 devient 1). Ces items sont : 2, 4, 5, 7, 9, 13, 16, 17, 18, 20, 22, 23, 25, 26, 28, 30, 31 (dans certaines versions d’encodage selon le sens textuel ; noter la configuration standard), 32, 33, 37, 39. (Se référer aux clés de cotation officielles détaillées en Section 13).
- Score total composite : Somme des 40 items après inversion. L’étendue théorique des scores va de 40 à 200 points :
- Scores faibles (40 – 119) : Indiquent la perception d’un climat familial d’origine dysfonctionnel, insécurisant, caractérisé par de faibles frontières individuelles, des conflits irrésolus ou une inhibition émotionnelle sévère.
- Scores modérés (120 – 159) : Témoignent d’une santé familiale modérée avec des compétences réelles mais des zones de vulnérabilité ciblées (par exemple, tolérance aux conflits précaire ou rigidité face au deuil).
- Scores élevés (160 – 200) : Reflètent un environnement familial hautement différencié, chaleureux, facilitateur de l’individuation et de l’intimité sécure.
- Scores des sous-échelles : Chaque sous-échelle (comprenant 4 items) produit un score variant de 4 à 20 points. Les deux métadomaines (Autonomie et Intimité, 20 items chacun) génèrent des scores allant de 20 à 100 points chacun.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1985.
- Publication d’origine : Journal of Marital and Family Therapy, Volume 11, Numéro 3, pages 287–297.
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’Échelle de la famille d’origine a été mise à la disposition de la communauté scientifique et clinique par ses auteurs originaux dans le cadre de leur publication fondatrice de 1985. Elle est largement reproduite dans des anthologies académiques de référence, notamment dans l’ouvrage Measures for Clinical Practice and Research: A Sourcebook (édité par Joel Fischer et Kevin J. Corcoran, Oxford University Press).
- Tarification et accès : L’instrument est classiquement accessible sans redevance commerciale pour la recherche universitaire non lucrative, l’enseignement et la pratique clinique individuelle. Les praticiens et chercheurs sont toutefois tenus de citer rigoureusement les auteurs et la publication originale lors de toute diffusion de données ou utilisation d’extraits. Pour les déploiements commerciaux d’envergure, les adaptations propriétaires ou les intégrations dans des plateformes logicielles payantes, une demande formelle auprès des titulaires de droits de l’article princeps (American Association for Marriage and Family Therapy / Wiley-Blackwell) ou des auteurs survivants demeure requise.
12. Références / References
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- Fischer, J., & Corcoran, K. J. (2007). Family-of-Origin Scale (FOS). In Measures for clinical practice and research: A sourcebook (4th ed., Vol. 1, pp. 306–308). Oxford University Press.
- Hovestadt, A. J., Anderson, W. T., Piercy, F. P., Cochran, S. W., & Fine, M. (1985). A family of origin scale. Journal of Marital and Family Therapy, 11(3), 287–297. https://doi.org/10.1111/j.1752-0606.1985.tb00621.x
- Larson, J. H., Anderson, W. T., & Morgan, A. (1989). The Family of Origin Scale: A test of construct validity. Contemporary Family Therapy, 11(4), 281–295. https://doi.org/10.1007/BF00890697
- Lee, R. E., Gordon, N. G., & O’Dell, J. W. (1989). The Family-of-Origin Scale: A factor analytic study. Journal of Marital and Family Therapy, 15(4), 429–437. https://doi.org/10.1111/j.1752-0606.1989.tb00828.x
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- Satir, V. (1988). The new peoplemaking. Science and Behavior Books.
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- Spanier, G. B. (1976). Measuring dyadic adjustment: New scales for assessing the quality of marriage and similar dyads. Journal of Marriage and the Family, 38(1), 15–28. https://doi.org/10.2307/350547