Échelle F de Californie

L’Échelle F de Californie (California F Scale), conçue par Theodor W. Adorno et ses collaborateurs en 1950, est un instrument psychométrique majeur évaluant les prédispositions à l’autoritarisme, au conventionnalisme et au fascisme potentiel à travers neuf dimensions psychodynamiques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 2, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 2, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé

L’Échelle F de Californie (connue sous l’appellation d’origine California F Scale, où « F » renvoie explicitement au « fascisme » potentiel ou pré-fascisme) est un instrument psychométrique majeur développé à la fin des années 1940 par Theodor W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel J. Levinson et R. Nevitt Sanford au sein de l’Université de Californie à Berkeley. Conçue pour évaluer les tendances antidemocratiques implicites et la réceptivité psychologique individuelle à la propagande totalitaire et autoritaire sans mentionner directement de groupes minoritaires cibles, cette échelle constitue l’un des piliers historiques de la psychologie sociale, politique et clinique d’après-guerre.

Le questionnaire est structuré autour de neuf composantes syndromiques théorisées par les auteurs : le conventionnalisme, la soumission autoritaire, l’agressivité autoritaire, l’anti-intraception, la superstition et stéréotypie, le culte du pouvoir et de la « dureté », la destructivité et le cynisme, la projectivité, ainsi que la préoccupation exagérée pour la sexualité. Initialement déployé sous plusieurs versions successives comprenant jusqu’à 78 énoncés (Form 78) puis consolidé à 60 (Form 60), 45 et 40 items, l’instrument utilise classiquement un format de réponse en six points de type Likert allant de « Pas du tout d’accord » (-3 ou 1) à « Tout à fait d’accord » (+3 ou 6), sans point neutre intermédiaire afin de contraindre un positionnement psychologique.

Sur le plan psychométrique, les premières investigations menées par Adorno et son équipe rapportaient des indices de cohérence interne élevés, avec des coefficients alpha et de bipartition oscillant entre 0,85 et 0,91 selon les échantillons. Cependant, l’échelle a fait l’objet d’intenses débats méthodologiques dès le milieu des années 1950, principalement initiés par Bernard M. Bass et Richard Christie, en raison de son biais d’acquiescement systématique (tous les items de la forme canonique étant orientés dans le sens de l’adhésion autoritaire) et de la fragilité de sa structure multidimensionnelle lors des analyses factorielles confirmatoires contemporaines. Malgré ces limites techniques, l’Échelle F demeure une matrice théorique monumentale qui a directement pavé la voie aux concepts modernes d’autoritarisme de droite (Right-Wing Authoritarianism ou RWA de Bob Altemeyer) et de théorie de la dominance sociale (SDO de Jim Sidanius et Felicia Pratto).

2. Mots-clés

Échelle F de Californie, Autoritarisme, Personnalité autoritaire, Theodor W. Adorno, Psychométrie, Psychologie politique, Antidémocratisme, Biais d’acquiescement, Théorie critique, École de Francfort, Psychologie sociale, Préfascisme, Dogmatisme, Évaluation de la personnalité.

3. Auteurs

L’Échelle F de Californie a été conjointement élaborée dans le cadre des recherches menées au Berkeley Public Opinion Study par un groupe interdisciplinaire composé de philosophes, sociologues et psychologues de renommée internationale :

  • Theodor W. Adorno (1903–1969) : Philosophe, sociologue, musicologue et théoricien critique germano-américain, figure de proue de l’Institut de recherche sociale (École de Francfort). Réfugié aux États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, il a intégré la psychanalyse freudienne à la sociologie critique de la domination idéologique.
  • Else Frenkel-Brunswik (1908–1958) : Psychologue et psychanalyste d’origine austro-polonaise, rattachée à l’Université de Californie à Berkeley. Pionnière des travaux empiriques sur l’intolérance à l’ambiguïté, elle a joué un rôle moteur dans l’opérationnalisation des dynamiques pulsionnelles et projectives des sujets autoritaires.
  • Daniel J. Levinson (1920–1994) : Psychologue social et professeur à l’Université Yale et à la Harvard Medical School, reconnu pour ses travaux novateurs sur le développement adulte ainsi que sur la construction d’échelles d’attitudes sociopolitiques et d’ethnocentrisme.
  • R. Nevitt Sanford (1909–1995) : Psychologue clinicien, professeur à l’Université de Californie à Berkeley et cofondateur du Wright Institute. Spécialiste de l’évaluation clinique et de la personnalité, il a coordonné l’administration des protocoles psychométriques et des entretiens en profondeur du projet Berkeley.

4. Objectif

L’Échelle F de Californie a été élaborée dans le sillage immédiat de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah avec une finalité politique, clinique et éthique fondamentale : identifier les fondements psychopathologiques profonds et les prédispositions caractérielles qui rendent un individu réceptif à l’idéologie fasciste, à la soumission inconditionnelle envers des figures de commandement despotiques et à la haine destructrice des minorités. Alors que les échelles contemporaines préexistantes développées par le même groupe de recherche (telles que l’Échelle d’Antisémitisme dite Échelle A et l’Échelle d’Ethnocentrisme dite Échelle E) évaluaient directement des attitudes hostiles explicites envers des groupes ethniques ou religieux spécifiques, l’Échelle F avait pour dessein stratégique de mesurer une structure de personnalité sous-jacente sans jamais mentionner directement les Juifs, les Noirs ou d’autres cibles traditionnelles de persécution.

Cette approche indirecte visait à neutraliser les mécanismes d’autocensure ou de désirabilité sociale qui altéraient les réponses lorsque des préjugés explicites étaient sondés. Les auteurs ont postulé que le potentiel fasciste ne constituait pas simplement un répertoire d’opinions politiques acquises superficiellement lors de la socialisation partisane, mais plutôt une armature caractérielle intégrée — le syndrome de la personnalité autoritaire — enracinée dans des mécanismes de défense du Moi, des conflits œdipiens non résolus et des modes archaïques de régulation émotionnelle. L’Échelle F visait donc à sonder la trame motivationnelle inconsciente et les dispositions cognitives rigides qui constituent le terreau sur lequel les démagogues autoritaires peuvent fructueusement mobiliser les foules.

Dans le domaine de la recherche, l’instrument a été intensivement utilisé pendant plusieurs décennies pour analyser la psychologie des foules, le comportement de vote à l’extrême droite, l’obéissance destructrice en milieu expérimental (notamment en association avec les travaux célèbres de Stanley Milgram sur la soumission à l’autorité), le conformisme institutionnel et la résistance au changement socioculturel. En psychologie clinique et sociale, l’échelle a fourni un cadre diagnostic théorique permettant d’explorer comment des méthodes éducatives rigides, punitives et dépourvues d’affection inconditionnelle durant l’enfance façonnent des personnalités adultes clivées, réprimant leurs propres pulsions vulnérables pour les projeter agressivement sur le monde extérieur.

5. Construit psychologique

Le construit de la « personnalité autoritaire » mesuré par l’Échelle F de Californie n’est pas conçu comme un trait isolé, mais comme une constellation psychodynamique de neuf composantes covariantes, formant un syndrome unifié où chaque dimension alimente et renforce les autres :

a. Conventionnalisme (Conventionalism)

Le conventionnalisme se définit comme une adhésion rigide, aveugle et acritique aux valeurs traditionnelles et aux normes comportementales dominantes de la classe moyenne. L’individu s’accroche aux coutumes reçues non par réflexion philosophique ou choix moral autonome, mais par terreur existentielle de la marginalité ou de l’anomie. Tout écart aux conventions admises est immédiatement perçu comme une menace existentielle pour l’ordre social.

b. Soumission autoritaire (Authoritarian Submission)

Cette variable désigne une tendance psychologique irrésistible à se subordonner de manière non critique et inconditionnelle aux figures d’autorité morale idéalisées de son propre groupe d’appartenance (l’in-group). L’individu cherche un leader tout-puissant susceptible d’endosser la responsabilité de ses décisions, transformant l’obéissance passive en vertu suprême tout en glorifiant les détenteurs institutionnels du pouvoir légitime.

c. Agressivité autoritaire (Authoritarian Aggression)

Complément dialectique de la soumission, l’agressivité autoritaire renvoie au besoin impérieux de repérer, condamner, stigmatiser et châtier sévèrement les individus ou les groupes marginaux perçus comme transgressant les règles établies. Ne pouvant diriger son agressivité contre les figures parentales ou d’autorité répressives, l’individu déplace son hostilité refoulée vers des boucs émissaires jugés déviants, immoraux ou non conformistes (par exemple les criminels, les homosexuels ou les minorités).

d. Anti-intraception (Anti-intraception)

Emprunté aux travaux de Henry Murray, le concept d’anti-intraception traduit un rejet viscéral de toute introspection, de l’imagination, de la sensibilité subjective et des expressions émotionnelles vulnérables. L’individu autoritaire redoute ce qui se déroule dans son monde intérieur inconscient ; il privilégie une attitude d’hyper-pragmatisme rigide, disqualifiant les intellectuels, les artistes et les penseurs théoriques au profit d’un culte de l’action brute et du conformisme matérialiste.

e. Superstition et stéréotypie (Superstition and Stereotypy)

Ce pôle implique une croyance marquée dans des forces mystiques ou surnaturelles dictant arbitrairement le destin de l’individu (astrologie, fatalisme cataclysmique), couplée à une disposition cognitive rigide à penser le monde par catégories binaires étanches, stéréotypées et manichéennes (les forts contre les faibles, le bien absolu contre le mal absolu). Il reflète un déficit prononcé de tolérance à l’ambiguïté.

f. Pouvoir et « dureté » (Power and « Toughness »)

Cette dimension exprime une fixation névrotique sur l’axe domination-soumission, fort-faible et chef-exécutant. L’individu s’identifie de manière compensatoire avec des symboles de virilité exacerbée, de force brute indestructible et de puissance inébranlable. Il valorise la fermeté implacable et méprise toute forme d’indulgence ou de compromis, interprétée comme une faiblesse organique intolérable.

g. Destructivité et cynisme (Destructiveness and Cynicism)

Il s’agit d’une hostilité généralisée et diffuse à l’encontre du genre humain, accompagnée d’une vision radicalement cynique des relations interpersonnelles. L’individu adhère à une vision hobbesienne dégradée selon laquelle l’être humain est fondamentalement corrompu, belliqueux et guidé uniquement par des intérêts égoïstes prédateurs, ce qui légitime l’usage préventif de la coercition.

h. Projectivité (Projectivity)

La projectivité représente la propension inconsciente à projeter ses propres impulsions pulsionnelles interdites (particulièrement d’ordre sexuel ou destructeur) sur le monde extérieur. L’individu est habité par la conviction persistante que le monde environnant est peuplé de dangers conspirateurs, d’immoralités cachées et de complots secrets ourdis par des forces malfaisantes, nourrissant une attitude de paranoïa politique latente.

i. Préoccupation sexuelle (Sex)

Cette dernière sous-dimension se caractérise par une inquiétude morale obsessionnelle et moralisatrice relative aux agissements sexuels d’autrui. Tout en condamnant avec une virulence disproportionnée les écarts sexuels (délinquance sexuelle, homosexualité, orgies fantasmées), l’individu trahit une fascination voyeuriste dissimulée sous un masque punitif rigide.

6. Cadre théorique

L’Échelle F de Californie s’inscrit au carrefour de la théorie critique de l’École de Francfort et de la métapsychologie psychanalytique de Sigmund Freud, articulées à des méthodes d’enquête sociologique empirique. Au cours des années 1930, des théoriciens tels que Max Horkheimer et Erich Fromm (dans La peur de la liberté et les Études sur l’autorité et la famille) avaient déjà postulé que l’ascension du fascisme en Europe ne pouvait se comprendre uniquement par des facteurs macro-économiques, mais nécessitait l’élucidation du caractère social autoritaire.

Selon le paradigme freudo-marxiste mobilisé par Adorno et ses collaborateurs, la personnalité autoritaire est le produit d’un mode de socialisation familial particulièrement coercitif. Les parents de l’enfant autoritaire exercent une discipline sévère, arbitraire, conditionnelle et axée sur l’obéissance extérieure plutôt que sur la compréhension affective. Face à un père tout-puissant et menaçant, l’enfant éprouve une angoisse de castration intense et une fureur réactive monumentale. Cependant, en raison de sa dépendance vitale et de la terreur du châtiment, cette haine ne peut s’exprimer consciemment sans mettre en péril sa sécurité psychique.

L’appareil psychique met alors en œuvre un faisceau de mécanismes de défense archaïques :

  • Le refoulement et l’identification à l’agresseur : L’enfant refoule totalement son animosité envers l’autorité parentale et s’identifie à cette autorité intimidante. L’autorité est ainsi idéalisée et sanctifiée.
  • La formation réactionnelle : L’hostilité inconsciente contre l’autorité est transformée en une dévotion servile et une soumission inconditionnelle (amour filial absolu, respect aveugle des lois).
  • Le clivage du Moi et la projection : Ne pouvant accepter ses propres faiblesses, doutes ou pulsions agressives et libidineuses, le Moi autoritaire clive ces fragments inacceptables et les projette sur des cibles externes perçues comme inférieures, étrangères ou déviantes.

Cette économie pulsionnelle rigide génère un Surmoi extérieur non intériorisé (dépendant de consignes externes explicites pour ne pas s’effondrer) et un Moi structurellement appauvri, incapable de gérer l’ambivalence affective. L’individu ne tolère ni la nuance ni l’incertitude : le monde doit être scindé de manière manichéenne entre le pur et l’impur, le commandement et l’obéissance, la perfection du groupe intérieur et la souillure du groupe extérieur.

7. Validité

La validité de l’Échelle F a fait l’objet de centaines d’études empiriques étalées sur plusieurs décennies, révélant des forces théoriques indéniables ainsi que des vulnérabilités méthodologiques considérables :

Validité convergente

Dans l’ouvrage fondateur de 1950 (The Authoritarian Personality), Adorno et al. ont rapporté des corrélations positives extrêmement robustes entre l’Échelle F et les autres instruments développés au cours du programme de Berkeley : des corrélations de l’ordre de r = 0,73 à 0,75 avec l’Échelle d’Antisémitisme (Échelle A) et de r = 0,75 à 0,80 avec l’Échelle d’Ethnocentrisme (Échelle E). Ces coefficients indiquaient que, conformément aux hypothèses de départ, la structure caractérielle mesurée par l’Échelle F covariait très fortement avec les préjugés concrets et la discrimination intergroupe, sans qu’aucun groupe spécifique ne soit nommé dans ses items.

Validité discriminante

La validité discriminante a constitué l’un des talons d’Achille majeurs de l’instrument. Des recherches ultérieures ont démontré une contamination significative des scores de l’Échelle F par des variables socio-démographiques, notamment le niveau d’instruction et la classe sociale. En moyenne, les individus issus de milieux défavorisés ou ayant un faible niveau d’études obtenaient des scores plus élevés à l’Échelle F. Des auteurs comme Herbert H. Hyman et Paul B. Sheatsley (1954) ont soutenu qu’une part importante de la variance capturée ne mesurait pas une psychopathologie autoritaire inconsciente, mais simplement un manque de capital scolaire, un conformisme sociologique ou un bagage culturel traditionnel.

Validité prédictive

Sur le plan prédictif, l’Échelle F a démontré une efficacité remarquable dans une diversité de paradigmes psychosociaux. Dans les expériences d’obéissance de Milgram (1974), ainsi que dans des réplications ultérieures menées notamment par Alan Elms, les participants qui administrent les chocs électriques maximaux (les sujets obéissants) présentaient des scores moyens significativement plus élevés à l’Échelle F que les participants insoumis. De surcroît, l’échelle prédisait avec précision la sévérité des condamnations émises par des jurés simulés, l’intolérance face à la désobéissance civile, et l’adhésion à des politiques pénales particulièrement répressives.

La controverse du biais d’acquiescement

La critique méthodologique la plus dévastatrice a été formulée par Bernard M. Bass (1955) ainsi que par Christie, Havel et Seidenberg (1958). Dans la forme originale (Form 60, Form 45, Form 40), tous les énoncés étaient libellés dans une seule et unique direction autoritaire. En construisant des formes inversées (Bass Reversals et Christie Reversals), ces chercheurs ont découvert que les corrélations entre la forme originale et la forme inversée étaient anormalement basses, voire proches de zéro, révélant qu’une fraction massive des scores reflétait un style de réponse acquiescent (la tendance à approuver tout énoncé catégorique formulé par une autorité perçue) plutôt qu’une idéologie fasciste intrinsèque.

8. Fidélité

Les caractéristiques de fidélité de l’Échelle F de Californie varient sensiblement selon les versions administrées et la composition sociologique des groupes de répondants :

Cohérence interne

Dans les échantillons initiaux du Berkeley Project (comprenant des étudiants, des membres d’associations civiques, des syndicalistes, des infirmières et des détenus ; N totalisant plus de 2 000 participants), les indices de consistance interne ont été estimés principalement par la méthode de bipartition (split-half reliability) corrigée par la formule de Spearman-Brown. Pour les formes 45 et 40, ces coefficients oscillaient généralement entre 0,87 et 0,91, avec une valeur médiane de 0,90. Les coefficients alpha de Cronbach calculés a posteriori sur ces données historiques confirment une bonne homogénéité globale pour une échelle composite (alpha typiquement situé entre 0,81 et 0,88).

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle de l’échelle a été documentée dans plusieurs protocoles longitudinaux universitaires. Sur des intervalles courts à moyens (de 3 semaines à 3 mois), les coefficients de corrélation test-retest se situent couramment entre r = 0,78 et r = 0,85, démontrant que les attitudes et schèmes mesurés présentent une stabilité satisfaisante dans le temps. Sur des périodes plus longues (plusieurs années au cours de la scolarité universitaire), les scores affichent une érosion modérée mais continue, souvent interprétée comme l’impact de l’exposition aux humanités et à la pensée critique sur la réduction des attitudes stéréotypées.

9. Analyse factorielle

Bien qu’Adorno et ses collègues aient théorisé l’Échelle F comme l’expression de neuf dimensions distinctes mais covariantes, la vérification empirique de cette structure a suscité des difficultés psychométriques considérables :

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Dès les années 1950 et 1960, plusieurs psychométriciens de renom (notamment John P. Kirscht, Ronald C. Dillehay, et plus tard John P. Robinson et Phillip R. Shaver) ont soumis les matrices de corrélation de l’Échelle F à des analyses factorielles exploratoires avec rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Promax). Les résultats ont invariablement contredit l’existence des neuf facteurs purs théorisés à l’origine :

  • Les items censés mesurer des composantes différentes se regroupaient de manière hétérogène en raison d’un fort facteur d’acquiescement généralisé.
  • Les solutions factorielles extrayaient couramment entre 3 et 6 facteurs empiriques distincts, sans recouvrir fidèlement les concepts psychodynamiques originaux.
  • Le facteur principal, qui absorbait la plus grande part de variance commune (souvent entre 20 % et 35 %), regroupait principalement des énoncés de « soumission agressive à l’autorité » et de « respect inconditionnel de l’ordre moral établi », fusionnant le conventionnalisme, la soumission et l’agressivité autoritaires.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les modélisations modernes par équations structurelles appliquées aux formes historiques de l’Échelle F montrent que le modèle canonique à 9 facteurs de premier ordre présente des indices d’ajustement inacceptables (RMSEA largement supérieur à 0,08 ; CFI et TLI souvent inférieurs à 0,80). En revanche, les solutions factorielles dérivées ultérieurement confirment que le cœur empirique de l’autoritarisme peut être réduit de manière parcimonieuse à trois dimensions fondamentales covariantes (ce qui conduira plus tard Bob Altemeyer à fonder son échelle unidimensionnelle/tridimensionnelle de RWA) :

  • Facteur 1 : Soumission aux autorités légitimes (saturations élevées des items 1, 6, 8 de la version 30 items, avec des poids factoriels allant de 0,55 à 0,72).
  • Facteur 2 : Agressivité envers les déviants (saturations élevées des items 11, 13, 15, 16, avec des coefficients lambda variant de 0,50 à 0,68).
  • Facteur 3 : Conventionnalisme moral et rejet de l’introspection (saturations des items 2, 3, 4, 17, oscillant entre 0,42 et 0,61).

10. Instrument de mesure

L’Échelle F de Californie se présente sous la forme d’un questionnaire d’auto-évaluation administrable individuellement ou en groupe, au format papier-crayon ou informatisé :

  • Type d’instrument : Échelle psychométrique d’attitudes psychosociales et de dynamique de personnalité.
  • Nombre d’items : L’instrument a existé sous plusieurs formes au cours de son développement : la Form 78 (78 items), la Form 60 (60 items), la Form 45 (45 items), la Form 40 (40 items), ainsi que la version consolidée condensée courante de 30 items. Dans la présente spécification canonique de référence, le questionnaire complet issu des formulations de travail comporte 37 énoncés principaux représentatifs (incluant des items inversés originaux notés avec un astérisque).
  • Format de réponse : Échelle ordinale en 6 points de type Likert sans point neutre, historiquement codée de -3 à +3 puis transformée linéairement sur une échelle positive de 1 à 6 :
    • 1 = Disagree Strongly (Fortement en désaccord)
    • 2 = Disagree Mostly (Plutôt en désaccord)
    • 3 = Disagree Somewhat (Légèrement en désaccord)
    • 4 = Agree Somewhat (Légèrement d’accord)
    • 5 = Agree Mostly (Plutôt d’accord)
    • 6 = Agree Strongly (Fortement d’accord)
  • Cotation et calcul du score :
    • Pour les items formulés dans le sens direct : la valeur de la réponse correspond au chiffre attribué (de 1 à 6).
    • Pour les items inversés (signalés par un astérisque * dans la forme d’essai) : les scores sont réversés selon la transformation suivante : Score = 7 – Réponse brute (ex. : 1 devient 6, 2 devient 5, 3 devient 4, etc.).
    • Le score global de prédisposition autoritaire s’obtient soit par la somme arithmétique de l’ensemble des items, soit par la moyenne des items (oscillant entre 1,00 et 6,00).
    • Une moyenne supérieure à 4,5 indique une réceptivité autoritaire/préfasciste marquée, tandis qu’une moyenne inférieure à 2,5 reflète une orientation antiautoritaire ou démocratique affirmée.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 1950 (premières formulations expérimentales diffusées en 1947).
  • Droits d’auteur et statut légal : L’Échelle F de Californie a été publiée dans l’ouvrage académique The Authoritarian Personality (New York: Harper & Row, 1950). L’instrument est aujourd’hui entré dans le domaine public à des fins de recherche fondamentale, d’enseignement académique et d’évaluation non commerciale.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun honoraire ni redevance n’est exigé pour son emploi scientifique ou pédagogique).
  • Conditions d’usage : L’administration de l’instrument doit respecter les standards éthiques de l’APA (consentement éclairé, anonymat des répondants et restitution déontologique), en veillant à contextualiser historiquement les items dont certains reflètent des stéréotypes et tournures idiomatiques propres aux années 1940.

12. Références

Les publications fondatrices et revues critiques majeures relatives à l’Échelle F sont répertoriées ci-dessous selon les normes APA 7e édition :

  • Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The Authoritarian Personality. Harper & Brothers.
  • Altemeyer, B. (1981). Right-Wing Authoritarianism. University of Manitoba Press.
  • Bass, B. M. (1955). Authoritarianism or acquiescence? The Journal of Abnormal and Social Psychology, 51(3), 616–623. https://doi.org/10.1037/h0044547
  • Christie, R., Havel, J., & Seidenberg, B. (1958). Is the F Scale irreversible? The Journal of Abnormal and Social Psychology, 56(2), 143–149. https://doi.org/10.1037/h0042454
  • Hyman, H. H., & Sheatsley, P. B. (1954). « The Authoritarian Personality »: A methodological critique. In R. Christie & M. Jahoda (Eds.), Studies in the Scope and Method of « The Authoritarian Personality » (pp. 50–122). Free Press.
  • Kirscht, J. P., & Dillehay, R. C. (1967). Dimensions of Authoritarianism: A Review of Research and Theory. University of Kentucky Press.
  • Milgram, S. (1974). Obedience to Authority: An Experimental View. Harper & Row.
  • Robinson, J. P., & Shaver, P. R. (1969). Measures of Political Attitudes. Survey Research Center, Institute for Social Research, University of Michigan.
  • Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social Dominance: An Intergroup Theory of Social Hierarchy and Oppression. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139175043

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Although many people may scoff‚ it may yet be shown that astrology can explain a lot of things.
2

America is getting so far from the true American way of life that force may be necessary to restore it.
3

It is only natural and right that women be restricted in certain ways in which men have more freedom.
4

Too many people today are living in an unnatural‚ soft way; we should return to the fundamentals‚ to a more red-blooded‚ active way of life.
5

It is more than a remarkable coincidence that Japan had an earthquake on Pearl Harbor Day‚ December 7‚ 1944.
6

The modem church‚ with its many rules and hypocrisies‚ does not appeal to the deeply religious person; it appeals mainly to the childish‚ the insecure‚ and the uncritical.*
7

After we finish off the Germans and japs‚ we ought to concentrate on other enemies of the human race such as rats‚ snakes‚ and germs.
8

Familiarity breeds contempt.
9

One should avoid doing things in public which appear wrong to others‚ even though one knows that these things are really all right.
10

One of the main values of progressive education is that it gives the child great freedom in expressing those natural impulses and desires so often frowned upon by conventional middle-class society.*
11

He is‚ indeed‚ contemptible who does not feel an undying love‚ gratitude‚ and respect for his parents.
12

Today everything is unstable; we should be prepared for a period of constant change‚ conflict‚ and upheaval.
13

Novels or stories that tell about what people think and feel are more interesting than those which contain mainly action‚ romance‚ and adventure.*
14

Reports of atrocities in Europe have been greatly exaggerated for propaganda purposes.
15

Homosexuality is a particularly rotten form of delinquency and ought to be severely punished.
16

It is essential for learning or effective work that our teachers or bosses outline in detail what is to be done and exactly how to go about it.
17

There are some activities so flagrantly un-American that‚ when responsible officials won't take the proper steps‚ the wide-awake citizen should take the law into his own hands.
18

There is too much emphasis in college on intellectual and theoretical topics‚ not enough emphasis on practical matters and on the homely virtues of living.
19

Every person should have a deep faith in some supernatural force higher than himself to which he gives total allegiance and whose decisions he does not question.
20

No matter how they act on the surface‚ men are interested in women for only one reason.
21

Sciences like chemistry‚ physics‚ and medicine have carried men very far‚ but there are many important things that can never possibly be understood by the human mind.
22

The sexual orgies of the old Greeks and Romans are nursery school stuff compared to some of the goings-on in this country today‚ even in circles where people might least expect it.
23

No insult to our honor 'should ever go unpunished.
24

Obedience and respect for authority are the most important virtues children should learn.
25

There are some things too intimate or personal to talk about even with one's closest friends.
26

Although leisure is a fine thing‚ it is good hard work that makes life interesting and worthwhile.
27

After the war‚ we may expect a crime wave; the control of gangsters and ruffians will become a major social problem.
28

What a man does is not so important so long as he does it well.
29

Human nature being what it is‚ there will always be war and conflict.
30

It is entirely possible that this series of wars and conflicts will be ended once and for all by a world-destroying earthquake‚ flood‚ or other catastrophe.
31

Books and movies ought not to deal so much with the sordid and seamy side of life; they ought to concentrate on themes that are entertaining or uplifting.
32

When you come right down to it‚ it's human nature never to do anything without an eye to one's own profit.
33

To a greater extent than most people realize‚ our lives are governed by plots hatched in secret by politicians.
34

Nowadays when so many different kinds of people move around so much and mix together so freely‚ a person has to be especially careful to protect himself against infection and disease.
35

What this country needs is fewer laws and agencies‚ and more courageous‚ tireless‚ devoted leaders whom the people can put their faith in.
36

Sex crimes‚ such as rape and attacks on children‚ deserve more than mere imprisonment; such criminals ought to be publicly whipped.
37

No sane‚ normal‚ decent person could ever think of hurting a close friend or relative.
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Looti, M. (2026, octobre 2). Échelle F de Californie. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-f-de-californie/
Looti, Mohammed. “Échelle F de Californie.” Base de données de psychologie en français, 2 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-f-de-californie/.
Looti, Mohammed. “Échelle F de Californie.” Base de données de psychologie en français. octobre 2, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-f-de-californie/.