Échelle d’expérience positive et négative (SPANE)

L’Échelle d’expérience positive et négative (SPANE) est un outil psychométrique de 12 items mesurant la composante affective du bien-être subjectif (SPANE-P, SPANE-N et équilibre SPANE-B). Analyse théorique et psychométrique complète.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle d’expérience positive et négative (en anglais : Scale of Positive and Negative Experience, ou SPANE) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé en 2009 et publié officiellement en 2010 par Ed Diener et ses collaborateurs. Conçue pour évaluer la composante affective du bien-être subjectif, cette échelle brève en 12 items a été élaborée afin de surmonter les limites conceptuelles et psychométriques majeures des inventaires affectifs antérieurs, notamment la Positive and Negative Affect Schedule (PANAS). Contrairement à cette dernière, qui se focalise de manière prépondérante sur des états émotionnels à haute activation physiologique (tels que l’enthousiasme, l’alerte ou la nervosité), la SPANE englobe délibérément des descripteurs affectifs universels et généraux (positif, négatif, bon, mauvais, plaisant, déplaisant) ainsi que des affects spécifiques discrets (heureux, triste, effrayé, joyeux, en colère, satisfait), couvrant ainsi l’ensemble du spectre de l’activation (arousal) et de la valence émotionnelle.

L’instrument se compose de deux sous-échelles orthogonales de six items chacune : l’expérience positive (SPANE-P, Positive Feelings) et l’expérience négative (SPANE-N, Negative Feelings). Ces deux dimensions permettent en outre le calcul d’un score différentiel d’équilibre affectif (SPANE-B, Affect Balance), obtenu par la soustraction du score négatif au score positif (SPANE-P − SPANE-N). Les répondants évaluent la fréquence à laquelle ils ont éprouvé chaque état au cours des quatre dernières semaines à l’aide d’une échelle ordinale en 5 points allant de 1 (« Très rarement ou jamais ») à 5 (« Très souvent ou toujours »). Cette focalisation sur la temporalité rétrospective récente (quatre semaines) et sur la fréquence plutôt que sur l’intensité émotionnelle confère à la mesure une stabilité temporelle et une validité écologique optimales, réduisant drastiquement les biais mnésiques liés aux pics d’intensité émotionnelle décrits dans les travaux de psychologie cognitive et comportementale.

D’un point de vue psychométrique, la SPANE présente des qualités exceptionnelles répliquées à travers une vaste diversité de contextes culturels, linguistiques et cliniques. Les analyses factorielles confirmatoires corroborent systématiquement une structure bidimensionnelle claire, sans colinéarité excessive entre les facteurs d’affect positif et négatif. Les indices de cohérence interne sont particulièrement élevés, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,84 et 0,90 pour la SPANE-P, et entre 0,80 et 0,89 pour la SPANE-N. La fidélité test-retest à moyen terme démontre une excellente stabilité temporelle tout en maintenant la sensibilité requise pour détecter les changements cliniques ou les effets d’interventions thérapeutiques et organisationnelles axées sur l’amélioration de la qualité de vie et de la santé mentale.

2. Mots-clés

Échelle d’expérience positive et négative, SPANE, bien-être subjectif, affect positif, affect négatif, équilibre affectif, psychométrie, évaluation émotionnelle, psychologie positive, Ed Diener

3. Auteurs

L’Échelle d’expérience positive et négative (SPANE) a été développée par une équipe internationale d’experts reconnus dans le domaine de l’évaluation du bien-être, de la personnalité et de la psychométrie appliquée :

  • Ed Diener, Ph.D. (1946–2021) : Professeur émérite de psychologie à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign, chercheur affilié au Centre pour la santé et le bien-être de l’Université de Princeton et à l’Institut Gallup. Surnommé « Dr. Happiness », il est l’un des fondateurs de l’étude scientifique du bien-être subjectif.
  • Derrick Wirtz, Ph.D. : Professeur associé d’enseignement en psychologie à l’Université de Colombie-Britannique (Okanagan Campus), spécialiste de la mémoire des expériences affectives et des dynamiques du bonheur.
  • William Tov, Ph.D. : Professeur associé de psychologie à la Singapore Management University, expert en psychologie sociale et culturelle, modélisation multiniveau et dynamique temporelle des émotions quotidiennes.
  • Chu Kim-Prieto, Ph.D. : Professeure de psychologie au College of New Jersey, spécialiste des influences transculturelles sur la cognition et l’affectivité.
  • Dong-won Choi, Ph.D. : Professeur agrégé au Département de psychologie de l’Université d’État de Californie à East Bay.
  • Shigehiro Oishi, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Université de Chicago, pionnier des approches socio-écologiques et de l’étude transculturelle de la richesse psychologique et du bien-être.
  • Robert Biswas-Diener, Ph.D. : Chercheur et consultant au sein de Positive Acorn, spécialiste mondial de la psychologie positive appliquée, du coaching psychologique et de la recherche interculturelle sur le bonheur.

Pour toute correspondance universitaire initiale concernant les versions matrices et les données de référence, les chercheurs se référaient au laboratoire d’Ed Diener au Department of Psychology, University of Illinois at Urbana-Champaign (Champaign, IL, États-Unis).

4. Objectif

L’objectif fondamental de la Scale of Positive and Negative Experience est de fournir une évaluation psychométriquement rigoureuse, parcimonieuse et universellement applicable de l’expérience affective humaine. Dans le cadre de l’évaluation psychologique, la mesure des émotions a longtemps été entravée par des compromis méthodologiques problématiques. Les inventaires traditionnels reposaient fréquemment sur des listes exhaustives de termes affectifs spécifiques (par exemple, jaloux, fier, enthousiaste, terrifié, honteux). Cette prolifération sémantique pose deux défis majeurs : d’une part, elle allonge considérablement le temps de passation, et d’autre part, elle introduit un biais culturel important, car la signification précise et la désirabilité sociale d’émotions très spécifiques varient de manière substantielle d’une société à une autre.

La SPANE a été explicitement conçue pour remédier aux insuffisances de la PANAS (Watson, Clark, & Tellegen, 1988). Bien que la PANAS ait constitué une avancée méthodologique majeure, Diener et ses collègues ont démontré qu’elle souffrait d’un biais structural : elle mesure principalement des états d’activation élevée (high arousal affect). Ainsi, des sentiments de basse énergie mais hautement positifs, tels que le calme, la sérénité ou le contentement, ainsi que des états négatifs fondamentaux de basse activation, sont marginalisés. De plus, plusieurs descripteurs de la PANAS (comme « fort », « alerte » ou « déterminé ») représentent davantage des états motivationnels ou cognitifs que des sentiments hédoniques ou émotionnels intrinsèques. La SPANE rétablit une évaluation authentiquement hédonique en intégrant des termes de valence pure (« positif », « négatif », « bon », « mauvais », « plaisant », « déplaisant ») complétés par des états émotionnels de base.

Dans la recherche scientifique, la SPANE permet d’opérationnaliser la dimension affective du bien-être subjectif (aux côtés de la dimension cognitive mesurée, par exemple, par la Satisfaction with Life Scale – SWLS). Elle s’applique à un spectre étendu de domaines :

  • Psychologie de la santé et médecine comportementale : Étude de l’impact des balances affectives chroniques sur le fonctionnement immunitaire, les biomarqueurs inflammatoires, la longévité et la récupération post-opératoire.
  • Psychologie clinique et psychopathologie : Dépistage des dysrégulations affectives, évaluation des troubles dépressifs et anxieux, et mesure de l’efficacité d’interventions psychothérapeutiques (thérapies cognitivo-comportementales, thérapies d’acceptation et d’engagement, interventions basées sur la pleine conscience).
  • Psychologie du travail et des organisations : Diagnostic de l’épuisement professionnel (burnout), mesure du climat organisationnel et analyse de la corrélation entre bien-être affectif, créativité et performance professionnelle.
  • Études transculturelles et sociologiques : Comparaison internationale du bien-être national et développement d’indicateurs sociaux alternatifs au Produit Intérieur Brut.

Sur le plan théorique, la SPANE se distingue en interrogeant la fréquence des affects sur une période standardisée de quatre semaines. Les données empiriques en psychologie cognitive démontrent avec constance que la fréquence des émotions positives constitue un prédicteur beaucoup plus robuste du bien-être global et de l’adaptation psychologique que leur intensité épisodique. En effet, l’intensité émotionnelle extrême est souvent éphémère et soumise à des processus d’adaptation hédonique, tandis qu’un flux régulier et fréquent de sentiments modérément positifs soutient durablement la résilience et les ressources cognitives.

5. Construit psychologique

Le construit théorique opérationnalisé par la SPANE repose sur une conceptualisation tripartite de l’expérience affective : la composante affective positive, la composante affective négative, et l’équilibre affectif relatif. Ce modèle s’articule autour de fondements psychométriques précis :

1. Sentiments positifs (SPANE-P : Positive Feelings)

La dimension SPANE-P quantifie l’occurrence globale des états émotionnels agréables et désirables au cours du mois écoulé. Elle rassemble six descripteurs : Positive (positif), Good (bon), Pleasant (plaisant), Happy (heureux), Joyful (joyeux) et Contented (satisfait/content). Cette sélection combine judicieusement :

  • Trois descripteurs généraux et inclusifs : « Positif », « bon » et « plaisant » capturent la valence hédonique pure, indépendamment de toute étiquette émotionnelle spécifique. L’inclusion de ces termes globaux permet au sujet d’intégrer dans son évaluation des ressentis positifs idiosyncrasiques ou culturels qui ne disposeraient pas nécessairement d’un descripteur émotionnel unique (par exemple, le sentiment de paix intérieure, la fierté discrète, la gratitude ou l’extase contemplative).
  • Trois émotions positives prototypiques : « Heureux » capture l’évaluation globale du bonheur subjectif ; « joyeux » reflète une activation émotionnelle plus dynamique et rayonnante ; « satisfait/content » mesure un état de plénitude et d’apaisement caractérisé par un faible niveau d’activation.

Un score élevé sur la SPANE-P indique que l’individu perçoit sa vie affective récente comme riche en expériences positives, gratifiantes et plaisantes, favorisant l’élargissement cognitif et la construction de ressources personnelles (modèle Broaden-and-Build de Barbara Fredrickson).

2. Sentiments négatifs (SPANE-N : Negative Feelings)

La dimension SPANE-N évalue la fréquence d’apparition des états émotionnels aversifs et désagréables. Elle comprend également six items : Negative (négatif), Bad (mauvais), Unpleasant (déplaisant), Sad (triste), Afraid (effrayé) et Angry (en colère). Sa structure symétrique reflète précisément celle de la SPANE-P :

  • Trois descripteurs généraux d’aversion : « Négatif », « mauvais » et « déplaisant » évaluent le sentiment global de mal-être et de détresse sans enfermer le sujet dans des syndromes restrictifs.
  • Trois émotions négatives fondamentales : L’échelle cible les trois grands axes émotionnels primaires décrits par la psychologie évolutionniste : la tristesse (réaction à la perte, associée à l’humeur dépressive), la peur/l’effroi (réaction à la menace, associée à l’anxiété) et la colère (réaction à l’obstacle ou à la violation des droits, associée à l’hostilité).

Un score élevé sur la SPANE-N traduit une présence récurrente de détresse psychologique, de contrariétés émotionnelles et de vulnérabilité affective, ce qui peut refléter une symptomatologie internalisée ou externalisée significative.

3. Équilibre affectif (SPANE-B : Affect Balance)

L’équilibre affectif (score différentiel SPANE-B) découle directement de la relation dynamique entre la SPANE-P et la SPANE-N. Bien que les dimensions positives et négatives soient mesurées séparément et fassent preuve d’une indépendance fonctionnelle relative (confirmant que l’absence d’affect négatif ne garantit pas la présence d’affect positif), l’équilibre net entre ces deux polarités constitue l’indicateur le plus sensible du bien-être global ressenti par l’individu. Le calcul (SPANE-P − SPANE-N) produit un continuum s’étendant de -24 à +24. Un score fortement négatif est symptomatique d’une prédominance toxique d’expériences pénibles, tandis qu’un score positif élevé caractérise ce que les théoriciens désignent sous le terme d’épanouissement émotionnel ou de fonctionnement psychologique optimal.

6. Cadre théorique

La SPANE s’ancre dans le modèle structural et dynamique du bien-être subjectif formulé par Diener (1984) et enrichi au fil de trois décennies de recherches empiriques. Selon ce cadre, le bien-être subjectif comporte trois dimensions intriquées mais conceptuellement distinctes : la satisfaction globale par rapport à l’existence (jugement cognitif global), la présence fréquente d’affects positifs (évaluation émotionnelle positive), et la rareté relative des affects négatifs (évaluation émotionnelle négative).

Le modèle circumplexe des émotions et la question de l’activation

L’assise conceptuelle de la SPANE s’articule de manière critique avec le modèle circumplexe des affects développé par James Russell (1980). Ce modèle postule que tous les états affectifs résultent de la combinaison de deux neuro-systèmes fondamentaux : la valence (plaisir vs déplaisir) et l’activation (haute énergie vs basse énergie). L’une des failles des instruments d’évaluation antérieurs était leur incapacité à dissocier la valence de l’activation. Par exemple, la PANAS ne sélectionne que des descripteurs situés dans les quadrants de valence positive à haute activation (ex. excité, enthousiaste) ou de valence négative à haute activation (ex. énervé, apeuré). En conséquence, un individu calme, apaisé et serein obtenait des scores très bas sur la sous-échelle d’affect positif de la PANAS, créant un artefact de mesure problématique, particulièrement dans les cultures orientales où les émotions positives à basse activation sont hautement valorisées et recherchées (Tsai, Knutson, & Fung, 2006).

En introduisant des termes généraux (« bon », « plaisant ») et des émotions à faible activation (« satisfait »), la SPANE neutralise ce biais d’activation. L’instrument permet ainsi une cartographie complète et non discriminante de l’expérience affective à travers l’ensemble des quadrants du circumplexe de Russell.

L’indépendance versus bipolarité des affects

Le débat classique opposant l’indépendance orthogonale (Watson & Tellegen, 1985) et la bipolarité stricte (Green, Goldman, & Salovey, 1993) de l’affect trouve une résolution pragmatique dans la structure de la SPANE. Les recherches de Diener démontrent que si, au niveau de l’instant présent (expérience momentanée), les affects positifs et négatifs peuvent être mutuellement exclusifs, ils opèrent de manière indépendante lorsqu’ils sont agrégés sur une période temporelle intermédiaire telle que quatre semaines. Un individu peut tout à fait vivre des événements intensément négatifs au travail tout en maintenant des expériences positives enrichissantes au sein de sa sphère familiale. La SPANE préserve cette indépendance structurelle en modélisant SPANE-P et SPANE-N comme deux échelles séparées, tout en autorisant l’agrégation synthétique via l’indice SPANE-B.

La mesure de la fréquence versus l’intensité

La théorie psychométrique de Diener soutient fermement que la composante fréquentielle de l’affect est infiniment supérieure à sa composante d’intensité pour quantifier le bien-être subjectif. L’intensité émotionnelle est souvent biaisée rétrospectivement par des heuristiques de jugement, telles que la « règle du pic et de la fin » (peak-end rule décrite par Daniel Kahneman). En demandant aux répondants d’indiquer la fréquence temporelle (« Très rarement ou jamais » jusqu’à « Très souvent ou toujours »), la SPANE minimise les distorsions mnésiques et capte l’équilibre homéostatique véritable de la vie affective du sujet.

7. Validité

La validité psychométrique de la SPANE a fait l’objet d’investigations exhaustives dans l’étude princeps de Diener et al. (2010), ainsi que dans de multiples études de réplication indépendantes menées sur des échantillons cliniques, universitaires et représentatifs de la population générale à travers le monde (Europe, Asie, Amériques).

Validité convergente

La validité convergente de la SPANE a été établie par des corrélations robustes et théoriquement cohérentes avec une pluralité d’instruments étalonnés :

  • Corrélation avec la PANAS : La sous-échelle SPANE-P montre une corrélation positive très forte avec la sous-échelle d’affect positif de la PANAS (r = 0,65 à 0,72), tandis que la SPANE-N corrèle puissamment avec la sous-échelle d’affect négatif de la PANAS (r = 0,67 à 0,74). De surcroît, la SPANE corrèle plus fortement avec d’autres échelles d’humeur générale que la PANAS, attestant de son spectre de mesure plus inclusif.
  • Corrélation avec les échelles de satisfaction de vie : Le score d’équilibre SPANE-B corrèle de manière marquée avec l’échelle de satisfaction de vie SWLS (Satisfaction with Life Scale) avec des coefficients oscillant entre r = 0,58 et 0,68. La SPANE-P présente des corrélations positives avec la SWLS (r ≈ 0,55 à 0,62), tandis que la SPANE-N présente des corrélations négatives attendues (r ≈ -0,48 à -0,56).
  • Corrélation avec l’échelle d’épanouissement (Flourishing Scale) : L’indice SPANE-B corrèle fortement avec la Flourishing Scale développée conjointement par Diener et al. (r = 0,62 à 0,70), démontrant que la fréquence des affects positifs soutient l’accomplissement psychologique et le fonctionnement optimal.

Validité discriminante

La validité discriminante est étayée par la corrélation modérée à faible entre les deux sous-échelles de la SPANE elles-mêmes. Typiquement, la corrélation inter-échelles entre SPANE-P et SPANE-N se situe entre r = -0,40 et r = -0,60 selon les populations étudiées. Cette relation inverse modérée confirme que si les deux dimensions partagent une polarité générale, elles ne constituent en aucun cas les extrêmes redondants d’une seule variable unidimensionnelle, préservant ainsi la nature distincte des mécanismes neurobiologiques sous-jacents aux affects positifs et négatifs.

De plus, face à des échelles évaluant la dépression (comme le BDI-II ou l’échelle CES-D) et l’anxiété (comme le STAI ou le GAD-7), la sous-échelle SPANE-N démontre une convergence adéquate mais distincte (r = 0,55 à 0,68), tandis que la SPANE-P maintient une corrélation inverse spécifique avec les mesures d’anhédonie.

Validité prédictive et de critère

Des études longitudinales et d’échantillonnage de l’expérience quotidienne (Experience Sampling Method, ESM) ont confirmé la validité prédictive de la SPANE. Les scores de la SPANE prédisent significativement les évaluations affectives écologiques momentanées recueillies plusieurs fois par jour sur des téléphones intelligents, surpassant les prédictions offertes par des mesures basées uniquement sur des termes affectifs spécifiques. Dans le domaine clinique et organisationnel, la SPANE-B prédit efficacement l’absentéisme, l’engagement professionnel, la rémission clinique et le recours aux soins de santé primaires.

8. Fidélité

La fidélité de l’Échelle d’expérience positive et négative a été quantifiée à travers de multiples métriques psychométriques, incluant la cohérence interne et la stabilité temporelle par test-retest.

Cohérence interne

Dans l’échantillon de validation original de Diener et al. (2009, 2010), composé de 682 participants collégiens et adultes :

  • SPANE-P : Le coefficient alpha de Cronbach (α) s’élève à 0,87. Dans les études de validation transculturelle ultérieures (notamment en Chine, au Japon, en Allemagne, au Portugal, en Afrique du Sud et dans les pays francophones), les valeurs d’alpha se situent systématiquement entre 0,84 et 0,91. Le coefficient oméga de McDonald (ω), plus robuste aux violations de tau-équivalence, présente des valeurs équivalentes ou supérieures (généralement comprises entre 0,86 et 0,92).
  • SPANE-N : Le coefficient alpha de Cronbach (α) dans l’étude originale est de 0,81. Dans les adaptations internationales, il fluctue généralement entre 0,80 et 0,89, confirmant une très forte homogénéité des items de détresse affective.
  • SPANE-B : En tant que score différentiel composite, l’équilibre affectif affiche une fidélité estimée oscillant entre 0,88 et 0,92 selon les formules de fiabilité des scores de différence.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été documentée sur divers intervalles de temps :

  • Intervalle de 1 mois : Diener et al. (2010) ont rapporté des coefficients de corrélation test-retest de r = 0,62 pour la SPANE-P, r = 0,63 pour la SPANE-N, et r = 0,68 pour la SPANE-B. Ces valeurs sont optimales : elles démontrent une stabilité substantielle assimilable à celle d’un trait psychologique d’humeur générale, tout en laissant subsister une marge de variance (environ 60% de variance partagée) réceptive aux événements récents de la vie.
  • Intervalle de 2 à 3 mois : Des réplications indépendantes (par ex., Silva & Caetano, 2013) ont révélé des corrélations test-retest stables se maintenant entre r = 0,55 et 0,65, indiquant que l’outil est robuste face au bruit de mesure aléatoire tout en demeurant sensible aux interventions longitudinales.

9. Analyse factorielle

La dimensionnalité de la SPANE a été scrutée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies, attestant sans ambiguïté d’une structure à deux facteurs corrélés.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors de la phase initiale de conception (Diener et al., 2010), l’analyse en composantes principales ainsi que l’analyse factorielle avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct) ont extrait invariablement deux facteurs principaux dont les valeurs propres (eigenvalues) dépassaient nettement le critère de Kaiser (> 1) et s’isolaient de façon distincte sur le graphique d’éboulis (scree plot). Le premier facteur regroupait exclusivement les 6 items positifs, tandis que le second facteur regroupait exclusivement les 6 items négatifs. Aucune saturation croisée (cross-loading) substantielle (supérieure à 0,25) n’a été observée, confirmant la pureté de chaque sous-ensemble.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les modélisations en équations structurelles (SEM) et les AFC réalisées sur de grands échantillons ont comparé plusieurs modèles concurrents :

  • Modèle unidimensionnel (bipolaire) : Un modèle postulant que tous les 12 items saturent sur un continuum unique d’affect général échoue de façon critique (χ²/df > 12,0, RMSEA > 0,14, CFI < 0,70, SRMR > 0,11).
  • Modèle bidimensionnel orthogonal : Un modèle à deux facteurs contraints à une corrélation nulle présente un ajustement insuffisant (CFI < 0,85).
  • Modèle bidimensionnel oblique (retenu) : Le modèle théorique stipulant deux facteurs latents intercorrélés (Facteur 1 : SPANE-P ; Facteur 2 : SPANE-N) présente une adéquation remarquable aux données empiriques. Les indices d’ajustement standardisés rapportés dans la littérature sont d’un niveau d’excellence psychométrique élevé :

Indices d’ajustement typiques du modèle bidimensionnel oblique de la SPANE :

  • Comparative Fit Index (CFI) : 0,95 à 0,98
  • Tucker-Lewis Index (TLI) : 0,94 à 0,97
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : 0,042 à 0,065 (IC 90% [0,035 ; 0,072])
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : 0,031 à 0,048

Saturations factorielles des items (Factor Loadings)

Les saturations factorielles standardisées (λ) issues des AFC démontrent que chaque item reflète puissamment son facteur d’appartenance respectif :

  • Facteur SPANE-P (Affect Positif) :
    • Positive : λ = 0,82 à 0,88
    • Good : λ = 0,79 à 0,85
    • Pleasant : λ = 0,76 à 0,83
    • Happy : λ = 0,80 à 0,87
    • Joyful : λ = 0,78 à 0,84
    • Contented : λ = 0,70 à 0,78
  • Facteur SPANE-N (Affect Négatif) :
    • Negative : λ = 0,78 à 0,84
    • Bad : λ = 0,77 à 0,83
    • Unpleasant : λ = 0,73 à 0,81
    • Sad : λ = 0,70 à 0,78
    • Afraid : λ = 0,64 à 0,74
    • Angry : λ = 0,66 à 0,75

Ces résultats attestent d’une variance extraite moyenne (AVE) supérieure au seuil standard de 0,50 pour les deux sous-échelles, consolidant la validité convergente intrinsèque de chaque facteur.

10. Instrument de mesure

L’instrument de mesure présente une structure rigoureuse, simple et rapide de passation, convenant tant à l’administration individuelle qu’aux protocoles épidémiologiques de grande envergure :

  • Type de test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation standardisée).
  • Format d’administration : Version papier-crayon, formulaire informatisé en ligne, ou interface mobile pour protocoles ESM/EMA (Évaluation Momentanée Écologique).
  • Nombre total d’items : 12 items sous forme de descripteurs affectifs uniques (adjectifs).
  • Période de rappel temporel : Les quatre dernières semaines précédant la passation (« Pensez à ce que vous avez ressenti au cours des quatre dernières semaines… »).
  • Échelle de réponse (Response Scale) : Échelle de Likert ordinale en 5 points, évaluant la fréquence de survenue :
    • 1 = Very rarely or never (Très rarement ou jamais)
    • 2 = Rarely (Rarement)
    • 3 = Sometimes (Parfois)
    • 4 = Often (Souvent)
    • 5 = Very often or always (Très souvent ou toujours)
  • Modalités de cotation et scores dérivés :
    • Score de sentiments positifs (SPANE-P) : Somme arithmétique directe des 6 items positifs (Items 1, 3, 5, 7, 10, 12 : Positive, Good, Pleasant, Happy, Joyful, Contented). L’étendue des scores possibles va de 6 (score positif minimal) à 30 (score positif maximal).
    • Score de sentiments négatifs (SPANE-N) : Somme arithmétique directe des 6 items négatifs (Items 2, 4, 6, 8, 9, 11 : Negative, Bad, Unpleasant, Sad, Afraid, Angry). L’étendue des scores possibles va de 6 (score négatif minimal) à 30 (score négatif maximal).
    • Score d’équilibre affectif (SPANE-B) : Obtenu par soustraction du score SPANE-N au score SPANE-P (formule : SPANE-B = SPANE-P - SPANE-N). L’étendue théorique des scores varie de -24 (équilibre affectif le plus malheureux possible : l’individu n’éprouve jamais d’affect positif et toujours des affects négatifs) à +24 (équilibre affectif le plus heureux possible : présence continue d’affects positifs et absence totale d’affects négatifs). Un score de 0 représente un parfait équilibre entre affects positifs et négatifs.
  • Temps moyen de passation : Environ 1 à 3 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’Échelle d’expérience positive et négative (SPANE) a été développée en 2009 et publiée officiellement dans sa version validée en 2010 dans la revue scientifique internationale Social Indicators Research.

  • Droits d’auteur et permissions : Ed Diener et ses co-auteurs ont placé la SPANE dans le domaine public à des fins universitaires, de recherche et d’utilisation clinique non commerciale. Aucune autorisation écrite préalable n’est requise pour utiliser, imprimer, traduire ou intégrer l’échelle dans des travaux de recherche scientifique indépendants, sous réserve expresse de citer de manière appropriée les articles princeps de Diener et al. (2009, 2010).
  • Tarifs d’utilisation : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont entièrement gratuits (Open Access pour la communauté scientifique et les praticiens).
  • Utilisation commerciale : Pour toute utilisation commerciale à grande échelle, intégration dans des progiciels propriétaires d’entreprise ou commercialisation d’outils d’évaluation payants, il convient de vérifier les termes de propriété intellectuelle et les licences accordées par les ayants droit du laboratoire d’Ed Diener.
  • Dépôt institutionnel officiel : Les instructions originales et les différentes traductions vérifiées sont hébergées sur le site officiel de recherche comportementale : https://internal.psychology.illinois.edu/~ediener/SPANE.html.

12. Références

Les travaux scientifiques fondateurs et études méthodologiques clés régissant la SPANE sont présentés ci-dessous selon les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :

  • Diener, E. (1984). Subjective well-being. Psychological Bulletin, 95(3), 542–575. https://doi.org/10.1037/0033-2909.95.3.542
  • Diener, E., & Biswas-Diener, R. (2008). Happiness: Unlocking the mysteries of psychological wealth. Malden, MA: Wiley-Blackwell.
  • Diener, E., Wirtz, D., Tov, W., Kim-Prieto, C., Choi, D., Oishi, S., & Biswas-Diener, R. (2009). New measures of well-being: Flourishing and positive and negative feelings. Social Indicators Research, 39, 247–266.
  • Diener, E., Wirtz, D., Tov, W., Kim-Prieto, C., Choi, D. W., Oishi, S., & Biswas-Diener, R. (2010). New well-being measures: Short scales to assess flourishing and positive and negative feelings. Social Indicators Research, 97(2), 143–156. https://doi.org/10.1007/s11205-009-9493-y
  • Fredrickson, B. L. (2001). The role of positive emotions in positive psychology: The broaden-and-build theory of positive emotions. American Psychologist, 56(3), 218–226. https://doi.org/10.1037/0003-066X.56.3.218
  • Green, D. P., Goldman, S. L., & Salovey, P. (1993). Measurement error masks bipolarity in affect ratings. Journal of Personality and Social Psychology, 64(6), 1029–1041. https://doi.org/10.1037/0022-3514.64.6.1029
  • Russell, J. A. (1980). A circumplex model of affect. Journal of Personality and Social Psychology, 39(6), 1161–1178. https://doi.org/10.1037/h0077714
  • Silva, A. J., & Caetano, A. (2013). Validation of the Flourishing Scale and Scale of Positive and Negative Experience in Portugal. Social Indicators Research, 110(2), 469–478. https://doi.org/10.1007/s11205-011-9938-y
  • Tsai, J. L., Knutson, B., & Fung, H. H. (2006). Cultural variation in affect valuation. Journal of Personality and Social Psychology, 90(2), 288–307. https://doi.org/10.1037/0022-3514.90.2.288
  • Watson, D., Clark, L. A., & Tellegen, A. (1988). Development and validation of brief measures of positive and negative affect: The PANAS scales. Journal of Personality and Social Psychology, 54(6), 1063–1070. https://doi.org/10.1037/0022-3514.54.6.1063

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Scale of Positive and Negative Experience (SPANE)

Please think about what you have been doing and experiencing during the past four weeks. Then report how much you experienced each of the following feelings, using the scale below:

Response Scale:
1 = Very rarely or never
2 = Rarely
3 = Sometimes
4 = Often
5 = Very often or always

  1. Positive
  2. Negative
  3. Good
  4. Bad
  5. Pleasant
  6. Unpleasant
  7. Happy
  8. Sad
  9. Afraid
  10. Joyful
  11. Angry
  12. Contented
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Échelle d’expérience positive et négative (SPANE). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-experience-positive-negative-spane/
Looti, Mohammed. “Échelle d’expérience positive et négative (SPANE).” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-experience-positive-negative-spane/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’expérience positive et négative (SPANE).” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-experience-positive-negative-spane/.