Échelle d’évaluation psychiatrique brève (BPRS)

L’Échelle d’évaluation psychiatrique brève (BPRS), conçue par Overall et Gorham en 1962, est un outil clinique standardisé de 18 items mesurant la sévérité des états psychotiques et schizophréniques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’évaluation psychiatrique brève (Brief Psychiatric Rating Scale, BPRS), initialement conçue et publiée par John E. Overall et Donald R. Gorham en 1962, représente l’un des instruments hétéro-évaluatifs les plus emblématiques et largement adoptés au sein de la psychopathologie quantitative et de la psychopharmacologie clinique. Développée par le biais de l’analyse factorielle pour quantifier rapidement les variations symptomatologiques chez les patients présentant des états psychotiques, et plus particulièrement des troubles du spectre de la schizophrénie, la BPRS est constituée de 18 items discrets. Chaque item capture une dimension sémiologique singulière du tableau clinique, évitant la redondance conceptuelle. La passation repose sur un entretien clinique standardisé d’environ 18 minutes, suivi d’une cotation de 2 à 3 minutes par item. Parmi les 18 items, cinq sont dérivés de l’observation directe du comportement moteur et expressif du patient durant l’interaction (tension, retrait émotionnel, maniérisme et posture, ralentissement moteur, non-coopération), tandis que les treize autres s’appuient rigoureusement sur le rapport verbal subjectif des expériences vécues par le patient.

Chaque item est évalué selon une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (« Absent / Not present ») à 7 (« Extrêmement sévère / Extremely severe »), générant un score total compris entre 18 et 126 points (ou 0 à 108 points dans les cotations dérivées 0–6). Les analyses factorielles ont historiquement dégagé cinq dimensions sous-jacentes majeures : la perturbation de la pensée (Thinking Disturbance), le retrait-ralentissement (Withdrawal-Retardation), l’hostilité-méfiance (Hostile-Suspiciousness), l’anxiété-dépression (Anxious-Depression) et l’activation (Activation). Sur le plan psychométrique, la BPRS présente une fidélité inter-juges robuste, oscillant globalement entre 0,67 et 0,95 pour le score total, avec des coefficients par item variant de 0,56 (tension) à 0,87 (sentiments de culpabilité et comportement hallucinatoire). Sa validité convergente avec d’autres échelles psychopathologiques majeures atteint jusqu’à 0,93. Reconnue pour son insensibilité aux biais de lecture ou d’écriture du patient et sa capacité éprouvée à discriminer les populations hospitalisées des cohortes ambulatoires, la BPRS demeure une référence méthodologique mondiale dans l’évaluation de l’efficacité thérapeutique.

2. Mots-clés / Keywords

BPRS, Échelle d’évaluation psychiatrique brève, schizophrénie, psychométrie, fidélité inter-juges, analyse factorielle, pharmacométrie clinique, sémiologie psychiatrique, évaluation des symptômes, antipsychotiques

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée par :

  • John E. Overall, Ph.D. — Psychologue quantitatif et statisticien, affilié au Central Neuropsychiatric Research Laboratory de la Veterans Administration et ultérieurement professeur au Département de psychiatrie et des sciences du comportement de l’University of Texas Medical Branch (UTMB), Galveston, Texas, États-Unis.
  • Donald R. Gorham, Ph.D. — Psychologue clinicien et chercheur, également rattaché au Veterans Administration Hospital (Perry Point, Maryland, et Fort Meade, Dakota du Sud), pionnier dans la standardisation des outils diagnostiques et l’application des méthodes factorielles à la nosographie psychiatrique.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental présidant à la genèse de la Brief Psychiatric Rating Scale (BPRS) était de combler un vide méthodologique criant au début des années 1960. À cette époque, l’émergence des premiers agents neuroleptiques (comme la chlorpromazine) exigeait des cliniciens et des chercheurs des instruments de mesure standardisés capables d’évaluer de manière sensible, dynamique et économique les modifications de l’état clinique des patients hospitalisés sous traitement pharmacologique. Les inventaires psychiatriques existants alors, souvent longs de plusieurs dizaines de pages ou centrés sur des théories psychanalytiques difficilement quantifiables, se révélaient inadaptés aux contraintes de la recherche translationnelle et des essais contrôlés randomisés multicentriques.

La BPRS a donc été conçue pour capturer rapidement la sévérité globale et dimensionnelle de la psychopathologie chez les adultes présentant des troubles psychiatriques majeurs, au premier rang desquels figurent la schizophrénie et les psychoses affectives. En limitant la cotation à 18 domaines symptomatiques discrets, Overall et Gorham ont délibérément privilégié l’efficience clinique : un entretien sémiologique ciblé d’environ 18 minutes permet de recueillir les éléments nécessaires, après quoi le praticien alloue 2 à 3 minutes par item pour compléter la grille d’évaluation. Ce format compact réduit considérablement l’épuisement cognitif des patients sévèrement atteints, tout en offrant aux psychiatres une métrique standardisée de la trajectoire clinique.

Au-delà de la surveillance thérapeutique en milieu hospitalier fermé, la BPRS est devenue un instrument de prédilection dans une multiplicité de contextes cliniques et de recherche :

  • Les essais cliniques pharmacologiques et médico-économiques : La BPRS sert d’indicateur principal ou secondaire de résultat (outcome measure) pour documenter la réduction des symptômes psychotiques, la réponse au traitement (usuellement définie par une baisse de 20 % à 50 % du score total) et le taux de rémission clinique (Leucht et al., 2005).
  • Les unités psychiatriques d’admission et de crise : L’outil facilite l’évaluation initiale à l’admission, le triage clinique et le suivi continu des patients désorganisés ou en crise aiguë (Ligon & Thyer, 2000).
  • La psychiatrie médico-légale (forensique) et correctionnelle : La BPRS permet de suivre l’évolution des symptômes délirants, de l’hostilité et des troubles du comportement au sein de populations incarcérées ou hospitalisées sous contrainte (van Beek et al., 2015).
  • Les structures de soins communautaires et de réhabilitation : L’échelle aide à repérer précocement les rechutes prodromiques et à mesurer le maintien de la stabilité symptomatique chez les patients vivant en logement supervisé ou suivis en ambulatoire.
  • Les populations spécifiques : L’échelle a été validée avec succès chez les patients sourds atteints de troubles psychotiques (Horton & Silverstein, 2011), ainsi que dans les cohortes présentant des comorbidités addictives (alcool et substances illicites).

La justification théorique sous-jacente repose sur le postulat qu’une évaluation hétéro-attribuée combinant l’observation comportementale objective et l’écoute des vécus phénoménologiques subjectifs produit une mesure plus valide de la maladie que l’auto-évaluation, souvent biaisée par l’anosognosie ou la désorganisation cognitive propre à la psychose.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par la BPRS est la sévérité multidimensionnelle des états psychopathologiques chez les patients souffrant de troubles psychiatriques sévères. L’instrument appréhende la psychopathologie non pas comme une entité binaire monolithique, mais comme un ensemble articulé de syndromes observables et verbalisés. Les 18 items originaux s’organisent empiriquement autour de cinq sous-échelles factorielles canoniques :

1. Perturbation de la pensée (Thinking Disturbance)

Cette dimension reflète le noyau positif et cognitif des états psychotiques. Elle englobe :

  • Désorganisation conceptuelle (Item 4) : Évalue l’altération du cours de la pensée se traduisant par un discours incohérent, relâché dans ses associations, tangentiel ou incompréhensible. Le clinicien ne note pas le sentiment du patient quant à sa propre pensée, mais la rupture formelle de l’intégration verbale.
  • Comportement hallucinatoire (Item 12) : Quantifie les perceptions survenues en l’absence de stimuli sensoriels externes au cours de la semaine précédant l’entretien (hallucinations auditives, visuelles, olfactives ou cénesthésiques), verbalisées par le patient.
  • Contenu inhabituel de la pensée (Item 15) : Mesure le degré de bizarrerie, les idées délirantes (persécution, mystiques, d’influence) ou les croyances magiques étranges, indépendamment de la fluidité verbale.

2. Retrait et Ralentissement (Withdrawal-Retardation)

Ce pôle renvoie directement au registre des symptômes déficitaires ou négatifs de la schizophrénie, mesurés majoritairement par l’observation :

  • Retrait émotionnel (Item 3) : Manque de réactivité affective et d’engagement interpersonnel vis-à-vis du clinicien au cours de l’interaction (regard fuyant, froideur, absence de lien).
  • Ralentissement moteur (Item 13) : Diminution visible de l’énergie cinétique, bradykinésie, pauses prolongées avant de répondre et hypomobilité observée.
  • Émoussement affectif (Item 16) : Réduction de la gamme d’expression faciale, monotonie tonale de la voix et pauvreté des gestes communicatifs.

3. Hostilité et Méfiance (Hostile-Suspiciousness)

Cette sous-échelle évalue les tensions projectives et paranoïaques du patient envers son environnement humain :

  • Hostilité (Item 10) : Degré d’animosité, de mépris ou d’agressivité verbale manifesté ou rapporté par le patient envers autrui à l’extérieur de l’entretien.
  • Méfiance (Item 11) : Croyance ou conviction délirante selon laquelle d’autres individus nourrissent des intentions malveillantes, persécutrices ou discriminatoires à son égard.
  • Non-coopération (Item 14) : Résistance active ou passive manifeste, ressentiment ou refus de collaborer avec le clinicien durant la situation d’entretien.

4. Anxiété et Dépression (Anxious-Depression)

Cette dimension captures les affects dépressifs et névrotiques intériorisés souvent comorbides aux troubles psychotiques :

  • Préoccupation somatique (Item 1) : Hypocondrie ou inquiétude disproportionnée concernant la santé corporelle, que les plaintes reposent ou non sur une base médicale organique réelle.
  • Anxiété (Item 2) : Appréhension, peur subjective ou angoisse liée au présent ou au futur, notée exclusivement à partir des déclarations verbales du patient.
  • Sentiments de culpabilité (Item 5) : Remords excessifs, sentiment de responsabilité déraisonnable ou reproches moraux envers soi-même pour des actes passés.
  • Humeur dépressive (Item 9) : Tristesse vécue, découragement, désespoir et morosité exprimés verbalement.

5. Activation (Activation)

Cette composante décrit les états d’excitation neuropsychique et d’hyperactivité psychomotrice :

  • Tension (Item 6) : Manifestations physiques et posturales de nervosité, d’agitation motrice et de tonus musculaire accru observées lors de l’entretien.
  • Maniérisme et posture (Item 7) : Comportements moteurs inhabituels, postures stéréotypées, mouvements bizarres ou contorsions théâtrales.
  • Excitation (Item 17) : Élévation du tonus affectif, loquacité accélérée, hyperréactivité émotionnelle et accélération motrice globale.

Deux items supplémentaires, la Grandiosité (Item 8) et la Désorientation (Item 18), complètent la grille pour documenter les idées mégalomaniaques et les confusions spatio-temporelles aiguës.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique de la BPRS s’inscrit au carrefour de la psychométrie classique, de la sémiologie psychiatrique néo-kraepelinienne et du modèle quantitatif dimensionnel issu des travaux factoriels de J. P. Guilford et de Louis Leon Thurstone. Au tournant des années 1950 et 1960, la psychiatrie académique américaine était profondément divisée entre le modèle psychanalytique prédominant et l’émergence d’une psychiatrie biologique empirique soutenue par le développement fulgurant de la psychopharmacologie.

John E. Overall et Donald R. Gorham ont adopté une démarche explicitement empiriste et athéorique, anticipant les révolutions nosographiques du DSM-III. Leur posture épistémologique postulait que les entités nosologiques psychiatriques complexes (comme la démence précoce ou la psychose maniaco-dépressive) pouvaient être décomposées en unités comportementales observables et quantifiables. Plutôt que de s’attarder sur les mécanismes de défense inconscients ou la structure présumée du Moi, les auteurs ont cherché à isoler les « manifestations phénotypiques directes » des troubles psychiques.

Pour construire l’instrument, Overall et Gorham ont extrait une liste exhaustive de concepts sémiologiques à partir de grilles cliniques existantes, notamment les travaux de Maurice Lorr sur la Multidimensional Scale for Rating Psychiatric Patients (MSRPP) et l’Inpatient Multidimensional Psychiatric Scale (IMPS). Par application rigoureuse de l’analyse factorielle exploratoire, ils ont réduit ces listes redondantes à un ensemble épuré de 18 traits symptomatiques mutuellement exclusifs présentant le maximum de variance inter-individuelle et intra-individuelle dans le temps.

Ce cadre théorique postule deux principes opérationnels cardinaux :

  1. La distinction stricte entre observation objective et rapport verbal subjectif : Les auteurs ont théorisé que certains symptômes ne peuvent être appréciés que par le regard externe d’un professionnel expérimenté (items comportementaux), car l’introspection du patient est altérée par le processus morbide ; d’autres, en revanche, requièrent l’expression directe de la vie phénoménologique intérieure (items d’expression verbale). L’attribution sélective des sources d’information pour chaque item minimise les déductions spéculatives du clinicien.
  2. Le modèle d’état plutôt que de trait : Contrairement aux tests de personnalité (comme le MMPI), la BPRS est ancrée dans une perspective dynamique d’évaluation de l’état clinique transitoire. Elle a été mathématiquement calibrée pour mesurer la sensibilité au changement induit par les molécules pharmacologiques, posant ainsi les bases méthodologiques de la pharmacométrie comportementale moderne.

7. Validité / Validity

Les propriétés de validité de la BPRS ont été corroborées par des décennies d’investigations cliniques dans des contextes hautement diversifiés :

Validité de construit

La validité de construit de l’échelle repose sur sa capacité à reproduire de manière cohérente la structure multidimensionnelle de la psychopathologie psychotique. Les études confirmatoires menées en Europe (Andersen et al., 1989; Hafkenscheid, 1991) ont démontré que les regroupements factoriels (perturbation de la pensée, retrait affectif, hostilité, anxiété-dépression) s’alignent étroitement sur les construits cliniques contemporains des symptômes positifs, négatifs et affectifs de la schizophrénie.

Validité convergente

La validité convergente de la BPRS avec d’autres étalons or de la psychiatrie quantitative est exceptionnellement élevée. Des corrélations allant jusqu’à r = 0,93 ont été documentées entre le score total de la BPRS et l’échelle des syndromes positif et négatif (PANSS), cette dernière ayant d’ailleurs intégré l’intégralité des 18 items de la BPRS dans son corpus de 30 items. Des corrélations substantielles sont également rapportées avec le Brief Symptom Inventory (BSI) (Morlan & Tan, 1998), la Scale for the Assessment of Negative Symptoms (SANS) et la Scale for the Assessment of Positive Symptoms (SAPS).

Validité discriminante et diagnostique

La BPRS démontre une excellente capacité à discriminer les populations en fonction du niveau d’acuité clinique, différenciant avec une grande robustesse les patients nécessitant une hospitalisation complète sous contrainte des patients stabilisés suivis en ambulatoire. Néanmoins, sa validité discriminante sur le plan de la nosologie catégorielle pure est jugée contestable : bien qu’Overall et Gorham aient proposé des formules de pondération diagnostique pour 13 types nosologiques dans leurs publications princeps, l’instrument ne doit pas être employé comme un outil de diagnostic différentiel catégoriel étanche, car la sévérité globale transversale tend à masquer les spécificités étiopathogéniques.

Sensibilité au changement thérapeutique

La sensibilité au changement est sans doute la propriété de validité la plus éclatante de la BPRS. L’étude de référence de Leucht et al. (2005) a établi des correspondances directes (equipercentile linking) entre les scores BPRS et l’impression clinique globale (CGI) : une réduction de 20 % du score BPRS total correspond à un état clinique « minimalement amélioré », tandis qu’une baisse de 50 % équivaut à un état « très grandement amélioré ». Ces repères cliniques fournissent aux investigateurs des seuils d’efficacité d’une grande validité écologique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de la BPRS a fait l’objet d’examens métrologiques exhaustifs depuis son introduction :

Fidélité inter-juges (Inter-rater reliability)

Comme la BPRS dépend du jugement de l’examinateur, la fidélité inter-juges représente sa métrique de cohérence la plus cruciale. Dans la littérature académique de référence, les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) ou de corrélation de Pearson pour le score global s’échelonnent entre 0,67 et 0,95, témoignant d’un accord exceptionnellement solide lorsque les examinateurs ont bénéficié d’une formation standardisée.

Au niveau des items individuels, la concordance varie selon la nature du symptôme évalué :

  • Les items reposant sur des verbalisations franches ou des manifestations phénoménologiques nettes atteignent les coefficients les plus élevés : 0,87 pour les sentiments de culpabilité (Item 5) et le comportement hallucinatoire (Item 12).
  • Les items fondés exclusivement sur l’observation motrice ou les signes végétatifs subtils obtiennent des corrélations plus modérées, descendant jusqu’à 0,56 pour la tension motrice (Item 6).

L’introduction d’entretiens conjoints ou enregistrés sur bande vidéo a permis d’accroître encore cette fiabilité, y compris au sein d’équipes soignantes infirmières ou de travailleurs sociaux (McGorry et al., 1988).

Consistance interne

Bien que la BPRS ait été intentionnellement architecturée pour embrasser des domaines hétérogènes sans redondance (ce qui tend mécaniquement à abaisser le coefficient global), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 18 items oscille généralement entre 0,75 et 0,86 selon les échantillons cliniques. Les sous-échelles factorielles (notamment Perturbation de la pensée et Retrait-Ralentissement) affichent des alphas respectifs variant de 0,70 à 0,84.

Dérive des évaluateurs et fidélité temporelle

La fidélité test-retest à très court terme (24 à 48 heures) demeure élevée (r > 0,80), sous réserve que l’état mental du patient n’ait pas subi de bouleversement iatrogène ou aigu. Cependant, les spécialistes soulignent le risque de dérive des évaluateurs (rater drift) au fil du temps dans les essais longitudinaux, imposant des sessions régulières de recalibrage et de consensus clinique.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’analyse factorielle constitue la colonne vertébrale mathématique sur laquelle repose toute la légitimité de la BPRS. Lors de la publication inaugurale de 1962, Overall et Gorham ont soumis les évaluations de centaines de patients psychiatriques hospitalisés à des analyses en composantes principales suivies de rotations orthogonales Varimax.

Structure originale à cinq facteurs

La décomposition factorielle initiale a fait émerger une solution robuste à cinq facteurs, expliquant une part prépondérante de la variance totale des symptômes :

Facteur Dénomination Items constitutifs principaux Saturations typiques (λ)
Facteur I Perturbation de la pensée (Thinking Disturbance) Item 4 (Désorganisation), Item 12 (Hallucinations), Item 15 (Pensées inhabituelles) 0,65 – 0,82
Facteur II Retrait et Ralentissement (Withdrawal-Retardation) Item 3 (Retrait émotionnel), Item 13 (Ralentissement moteur), Item 16 (Émoussement affectif) 0,60 – 0,78
Facteur III Hostilité et Méfiance (Hostile-Suspiciousness) Item 10 (Hostilité), Item 11 (Méfiance), Item 14 (Non-coopération) 0,58 – 0,80
Facteur IV Anxiété et Dépression (Anxious-Depression) Item 1 (Préoccupations somatiques), Item 2 (Anxiété), Item 5 (Culpabilité), Item 9 (Humeur dépressive) 0,55 – 0,76
Facteur V Activation (Activation) Item 6 (Tension), Item 7 (Maniérisme), Item 17 (Excitation) 0,52 – 0,74

Réplications et analyses factorielles confirmatoires (AFC)

Au cours des décennies suivantes, cette structure a été reproduite à travers des études transculturelles majeures, notamment aux Pays-Bas (Dingemans et al., 1983) et en Scandinavie (Andersen et al., 1989). Les modèles d’équations structurelles et les AFC ont validé la stabilité de ces cinq dimensions, bien que des saturations croisées mineures apparaissent parfois entre l’Item 8 (Grandiosité) et le facteur de perturbation de la pensée, ou entre l’Item 18 (Désorientation) et les symptômes cognitifs déficitaires.

Dans des populations spécialisées, telles que les cohortes psychiatriques médico-légales (van Beek et al., 2015), des structures factorielles à quatre ou six facteurs ont parfois été mises en évidence, mettant en exergue une séparation plus nette entre l’impulsivité agressive et la méfiance paranoïde, confirmant la plasticité de l’outil tout en validant son invariance de mesure fondamentale.

10. Instrument de mesure / Instrument

Les caractéristiques structurales et procédurales de l’instrument sont résumées ci-dessous :

  • Type d’instrument : Échelle d’hétéro-évaluation psychiatrique clinique (clinician-administered rating scale).
  • Format d’administration : Entretien clinique semi-structuré d’une durée standard de 18 minutes, suivi de la cotation indépendante de chaque item par le professionnel (2 à 3 minutes par item).
  • Nombre d’items : 18 items distincts recouvrant l’ensemble du spectre de la sémiologie psychotique et affective.
  • Sources d’information méthodologiques :
    • Items d’observation comportementale (5 items) : Item 3 (Emotional Withdrawal), Item 6 (Tension), Item 7 (Mannerisms and Posturing), Item 13 (Motor Retardation), Item 14 (Uncooperativeness).
    • Items de rapport verbal subjectif (13 items) : Items 1, 2, 4, 5, 8, 9, 10, 11, 12, 15, 16, 17, 18.
  • Format de réponse (échelle Likert à 7 points) :
    • 1 = Not present (Absent)
    • 2 = Very mild (Très léger)
    • 3 = Mild (Léger)
    • 4 = Moderate (Modéré)
    • 5 = Moderately severe (Modérément sévère)
    • 6 = Severe (Sévère)
    • 7 = Extremely severe (Extrêmement sévère)
    • Option additionnelle de non-évaluation : 0 = Not assessed (Non évalué).
  • Modalités de calcul et cotation :
    • Le score total s’obtient par la somme directe des notes attribuées aux 18 items.
    • L’étendue théorique du score total varie de 18 à 126 (ou de 0 à 108 si l’ancrage 0–6 est appliqué).
    • Des scores dimensionnels spécifiques sont calculés par sommation des items composant les cinq sous-échelles canoniques.
    • Aucun item n’est inversé (tous les items sont orientés dans le sens de la pathologie croissante).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1962 (version étendue à 24 items développée par la suite en 1988 par Lukoff, Nuechterlein et Ventura).
  • Statut du droit d’auteur (Copyright) et domaine : La BPRS originale à 18 items fait partie du domaine public académique. Les auteurs, Overall et Gorham, ayant initialement développé cet outil sous l’égide de la Veterans Administration (gouvernement fédéral des États-Unis), l’instrument est accessible librement pour la recherche scientifique et la pratique clinique sans versement de redevances.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût d’acquisition ou de licence commerciale exigé pour le texte source original).
  • Conditions de qualification professionnelle : Bien que libre de droits, son administration requiert une qualification clinique formelle en santé mentale (psychiatres, psychologues cliniciens, infirmiers psychiatriques formés) et un entraînement rigoureux aux définitions opérationnelles des symptômes afin de garantir l’homogénéité inter-juges.

12. Références / References

Les publications fondatrices et les travaux de validation psychométrique de référence sont les suivants :

  • Andersen, J., Larsen, J. K., Schultz, V., Nielsen, B. M., Korner, A., Behnke, K., & Bech, P. (1989). The Brief Psychiatric Rating Scale. Dimension of schizophrenia–reliability and construct validity. Psychopathology, 22(2-3), 168-176. https://doi.org/10.1159/000284591
  • Dingemans, P. M., Winter, M.-L. F.-d., Bleeker, J. A. C., & Rathod, P. (1983). A cross-cultural study of the reliability and factorial dimensions of the Brief Psychiatric Rating Scale (BPRS). Psychopharmacology, 80(2), 190-191. https://doi.org/10.1007/bf00427968
  • Hafkenscheid, A. (1991). Psychometric evaluation of a standardized and expanded Brief Psychiatric Rating Scale. Acta Psychiatrica Scandinavica, 84(3), 294-300. https://doi.org/10.1111/j.1600-0447.1991.tb03147.x
  • Horton, H. K., & Silverstein, S. M. (2011). Factor structure of the BPRS in deaf people with schizophrenia: Correlates to language and thought. Cognitive Neuropsychiatry, 16(3), 256-283. https://doi.org/10.1080/13546805.2010.538231
  • Leucht, S., Kane, J. M., Kissling, W., Hamann, J., Etschel, E. V. A., & Engel, R. (2005). Clinical implications of Brief Psychiatric Rating Scale scores. The British Journal of Psychiatry, 187(4), 366-371. https://doi.org/10.1192/bjp.187.4.366
  • Ligon, J., & Thyer, B. A. (2000). Interrater reliability of the Brief Psychiatric Rating Scale used at a community-based inpatient crisis stabilization unit. Journal of Clinical Psychology, 56(4), 583-587. https://doi.org/10.1002/(SICI)1097-4679(200004)56:4%3C583::AID-JCLP12%3E3.0.CO;2-U
  • McGorry, P. D., Goodwin, R. J., & Stuart, G. W. (1988). The development, use, and reliability of the brief psychiatric rating scale (nursing modification) — an assessment procedure for the nursing team in clinical and research settings. Comprehensive Psychiatry, 29(6), 575-587. https://doi.org/10.1016/0010-440X(88)90078-8
  • Morlan, K. K., & Tan, S. Y. (1998). Comparison of the Brief Psychiatric Rating Scale and the Brief Symptom Inventory. Journal of Clinical Psychology, 54(7), 885-894. https://doi.org/10.1002/(SICI)1097-4679(199811)54:7%3C885::AID-JCLP3%3E3.0.CO;2-E
  • Overall, J. E., & Gorham, D. R. (1962). The Brief Psychiatric Rating Scale. Psychological Reports, 10(3), 799-812. https://doi.org/10.2466/pr0.1962.10.3.799
  • van Beek, J., Vuijk, P. J., Harte, J. M., Smit, B. L., Nijman, H., & Scherder, E. J. (2015). The factor structure of the Brief Psychiatric Rating Scale (expanded version) in a sample of forensic psychiatric patients. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 59(7), 743-756. https://doi.org/10.1177/0306624X14529077

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Rating Scale: 7-point rating scale: 1 = Not present, 2 = Very mild, 3 = Mild, 4 = Moderate, 5 = Moderately severe, 6 = Severe, 7 = Extremely severe (or 0 = Not assessed)
  1. Somatic Concern: Degree of concern over present bodily health. Rate the degree to which physical health is perceived as a problem by the patient, whether complaints have realistic basis or not.
  2. Anxiety: Worry, fear, or over-concern for present or future. Rate solely on the basis of verbal report of patient’s own subjective experiences. Do not infer anxiety from physical signs or from neurotic defense mechanisms.
  3. Emotional Withdrawal: Deficiency in relating to the interviewer and to the interview situation. Rate only the degree to which the patient gives the impression of failing to be in emotional contact with the interviewer, not how he is said to relate to others.
  4. Conceptual Disorganization: Degree to which the thought processes are confused, disconnected, or disorganized. Rate on the basis of integration of the verbal products of the patient; do not rate on the basis of the patient’s subjective impression of his own thinking.
  5. Guilt Feelings: Over-concern or remorse for past behavior. Rate on the basis of the patient’s subjective experiences of guilt as evidenced by verbal report with appropriate affect; do not infer guilt feelings from depression, anxiety or neurotic defenses.
  6. Tension: Physical and motor manifestations of tension, ‘nervousness’, and heightened activation level. Tension should be rated solely on the basis of physical signs and motor behavior and not on the basis of subjective experiences of tension reported by the patient.
  7. Mannerisms and Posturing: Unusual and unnatural motor behavior, the type of motor behavior which excuses the typical ‘bizarre’ or ‘odd’ quality. Rate only abnormality of movements; do not rate simple heightened motor activity here.
  8. Grandiosity: Exaggerated self-opinion, conviction of unusual ability or powers. Rate only on the basis of patient’s statements about himself or self-in-relation-to-others, not on the basis of his demeanor in the interview situation.
  9. Depressive Mood: Despondency in mood, sadness. Rate only the degree of despondency; do not rate on the basis of inferences made from depression, guilt, somatic condition, etc.
  10. Hostility: Animosity, contempt, belligerence, disdain for other people outside the interview situation. Rate solely on the basis of the verbal report of feelings and actions of the patient toward others; do not infer hostility from neurotic defenses, anxiety, nor rate the degree of hostility toward the interviewer here.
  11. Suspiciousness: Belief (delusional or otherwise) that others have now, or have had in the past, malicious or discriminatory intentions toward the patient. On the basis of verbal report, rate only those feelings which are currently held, whether they concern past or present occurrences.
  12. Hallucinatory Behavior: Perceptions without normal external stimulus correspondence. Rate only those experiences which are reported to have occurred within the last week and which are described as distinct perceptions in the absence of corresponding external stimuli.
  13. Motor Retardation: Reduction in energy level evidenced in slowed movements. Rate on the basis of observed duration of the interview period, as well as by patient’s report of fatigue and lack of energy.
  14. Uncooperativeness: Evidence of resistance, unfriendliness, resentment, and lack of readiness to cooperate with the interviewer. Rate only on the basis of the patient’s attitude and responses to the interviewer and the interview situation; do not rate on basis of reported resentment or uncooperativeness outside the interview situation.
  15. Unusual Thought Content: Unusual, odd, strange, or bizarre thought content. Rate the degree of unusualness, not the degree of disorganization of thought processes.
  16. Blunted Affect: Reduced emotional responsiveness of a neutral but not depressive tone. Rate on basis of facial expression, vocal inflections, and gestures.
  17. Excitement: Heightened emotional tone, agitation, increased reactivity. Rate on basis of motor and verbal behavior; do not rate on basis of patient’s subjective experiences alone.
  18. Disorientation: Confusion or lack of proper orientation for person, place, or time. Rate on the basis of patient’s responses to direct questions regarding person, place, and time.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle d’évaluation psychiatrique brève (BPRS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-evaluation-psychiatrique-breve-bprs/
Looti, Mohammed. “Échelle d’évaluation psychiatrique brève (BPRS).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-evaluation-psychiatrique-breve-bprs/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’évaluation psychiatrique brève (BPRS).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-evaluation-psychiatrique-breve-bprs/.