Échelle d’évaluation du changement de l’Université de Rhode Island (URICA) – Version Drogues

Découvrez l’Échelle d’évaluation du changement de l’Université de Rhode Island (URICA) – Version Drogues : propriétés psychométriques, validité, fidélité et cadre théorique issu du modèle transthéorique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’évaluation du changement de l’Université de Rhode Island — Version Drogues (University of Rhode Island Change Assessment Scale – Drug Version, ou URICA-DV) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer la motivation, la disposition au changement et le stade motivationnel d’individus présentant des troubles liés à l’usage de substances psychoactives illicites. Ancrée dans le Modèle Transthéorique de changement (Transtheoretical Model ou TTM) développé initialement par James O. Prochaska et Carlo C. DiClemente, cette échelle évalue quatre dimensions fondamentales : la Précontemplation (absence d’intention de changer ou déni du problème), la Contemplation (prise de conscience de la dépendance et ambivalence face au changement), l’Action (efforts manifestes et concrets pour modifier le comportement de consommation) et le Maintien (stratégies actives visant la consolidation des acquis et la prévention de la rechute).

Dans sa forme intégrale la plus largement investiguée en addictologie, l’URICA-DV comprend 32 items, bien que des variantes réduites à 28, 24 ou 12 items aient été développées pour optimiser l’efficience clinique. Les participants répondent au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Les propriétés psychométriques de l’instrument ont fait l’objet de nombreuses validations empiriques au sein de diverses populations cliniques (notamment auprès de consommateurs de cocaïne, d’héroïne sous traitement de substitution à la méthadone, et de polyconsommateurs). Les études rapportent une cohérence interne satisfaisante à excellente, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,69 et 0,85 pour les sous-échelles de Précontemplation, Contemplation et Action, et entre 0,52 et 0,76 pour la sous-échelle de Maintien. L’analyse factorielle confirmatoire corrobore une structure téta-factorielle corrélée, permettant non seulement l’identification de profils de changement distincts (stades discrets), mais également le calcul d’un score continu de disposition au changement (Readiness to Change Index).

2. Mots-clés / Keywords

URICA, Modèle Transthéorique, stades de changement, addiction aux drogues, dépendance aux substances, motivation au changement, psychométrie, évaluation clinique, précontemplation, contemplation, alliance thérapeutique, prévention de la rechute.

3. Auteurs / Authors

L’échelle URICA a été initialement conçue par les pionniers du Modèle Transthéorique au sein du Cancer Prevention Research Center de l’Université de Rhode Island, puis spécifiquement adaptée aux troubles de l’usage de substances psychoactives en collaboration avec plusieurs chercheurs éminents en addictologie :

  • Carlo C. DiClemente, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie à l’Université du Maryland, Baltimore County (UMBC), co-développeur du Modèle Transthéorique, directeur du Habits Lab (Habits Lab URICA). Courriel institutionnel : [email protected].
  • James O. Prochaska, Ph.D. (1942–2023) — Professeur de psychologie clinique et directeur du Cancer Prevention Research Center à l’Université de Rhode Island (URI), théoricien principal du Modèle Transthéorique.
  • Joseph P. Carbonari, Ed.D. — Chercheur en psychométrie et méthodologie quantitative à l’Université de Houston, ayant collaboré activement à la formalisation du score de disposition au changement (Readiness to Change measure).
  • Allen Zweben, Ph.D. — Chercheur et professeur à l’Université Columbia (School of Social Work), expert des interventions motivationnelles et des essais cliniques randomisés en addictologie (notamment dans le cadre du projet MATCH).
  • Contributeurs majeurs à la version drogues (URICA-DV) : Michael A. Belding, Ph.D., Martin Y. Iguchi, Ph.D., Harvey A. Siegal, Ph.D., Michael V. Pantalon, Ph.D., et Kathleen M. Carroll, Ph.D. (Yale University School of Medicine).

4. Objectif / Purpose

L’objectif central de l’URICA-DV est d’opérationnaliser et de quantifier le niveau de préparation psychologique et comportementale d’un individu face à l’interruption ou à la réduction de sa consommation de drogues. Historiquement, l’addictologie traditionnelle considérait la motivation comme un trait binaire rigide : l’usager était étiqueté soit comme « motivé », soit comme « résistant » ou « dans le déni ». L’URICA-DV rompt avec ce paradigme en conceptualisant la motivation comme un état dynamique, fluctuant et multidimensionnel, évoluant le long d’un continuum ordonné en plusieurs étapes de maturation cognitive et comportementale.

Sur le plan de l’application clinique, l’instrument remplit une triple fonction :

  • L’évaluation initiale et le diagnostic motivationnel : Il permet aux cliniciens (psychiatres, psychologues, addictologues) de déterminer précisément le stade où se situe le patient sans se fier uniquement à des impressions subjectives, souvent faussées par la désirabilité sociale ou les défenses psychologiques.
  • L’ajustement thérapeutique individualisé : En vertu des principes de l’entretien motivationnel développé par Miller et Rollnick, administrer des stratégies thérapeutiques d’action directe (telles que l’apprentissage de compétences de refus ou la planification comportementale) à un patient en phase de précontemplation mène fréquemment à l’échec ou à la rupture prématurée de prise en charge. L’URICA-DV permet d’adapter l’intervention : favoriser l’exploration des ambivalences et la prise de conscience pour les stades précoces, ou structurer un plan de prévention de la rechute pour les stades avancés.
  • Le suivi longitudinal de la trajectoire de rétablissement : En administrant l’instrument à intervalles réguliers au cours d’un traitement résidentiel ou ambulatoire (par exemple, dans les programmes de maintenance à la méthadone ou les thérapies cognitivo-comportementales), l’équipe soignante peut mesurer les transitions motivationnelles, anticiper les baisses d’engagement et réajuster les objectifs thérapeutiques en temps réel.

Dans le domaine de la recherche clinique et épidémiologique, l’URICA-DV est utilisé pour contrôler la motivation basale lors des essais cliniques randomisés, pour identifier des sous-groupes homogènes par analyse typologique (cluster analysis), et pour étudier les prédicteurs psychologiques de l’observance thérapeutique, de la rétention en traitement et de l’abstinence à long terme.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par l’URICA-DV est la disposition au changement intentionnel (Readiness to Change) dans le contexte spécifique des dépendances toxicomanologiques. Contrairement à d’autres échelles qui ciblent une substance exclusive ou qui imposent des questions rigides, l’URICA formule ses items autour de « mon problème » ou « ce comportement qui me pose problème », ce qui permet au clinicien de cadrer l’évaluation sur l’usage global de drogues ou sur une substance spécifique (cocaïne, opiacés, amphétamines, cannabis). L’instrument opérationnalise quatre dimensions majeures :

1. La Précontemplation (Precontemplation – PC)

Cette dimension capture l’absence d’intention d’opérer une modification comportementale dans un avenir prévisible (généralement défini comme les six prochains mois). Les individus ayant un score élevé dans cette sous-échelle ne reconnaissent pas que leur consommation de drogues constitue une difficulté majeure, ou bien ils attribuent l’intégralité des conséquences négatives à des facteurs extérieurs (famille, justice, contraintes sociales). Les items reflètent la défensivité, la banalisation des risques, la minimisation des conséquences et la résistance envers la prise en charge psychologique (ex. : « En ce qui me concerne, je n’ai aucun problème qui nécessite un changement » ou « Tous ces discours sur la psychologie sont ennuyeux »). En milieu médico-légal ou judiciaire, ces scores sont particulièrement élevés chez les usagers orientés sous contrainte.

2. La Contemplation (Contemplation – C)

La contemplation traduit une prise de conscience progressive de l’existence du trouble de l’usage et une reconnaissance sincère des méfaits associés. Cependant, cette étape est intrinsèquement marquée par une ambivalence aiguë : l’individu pèse continuellement le pour et le contre de son comportement addictif par rapport aux coûts de l’abstinence. Les scores élevés indiquent une ouverture d’esprit, une recherche de compréhension de soi et le désir potentiel de modifier sa situation, sans qu’un engagement ferme dans l’action ne soit encore arrêté (ex. : « J’ai pensé que j’aimerais peut-être changer quelque chose en moi » ou « J’ai un problème et je pense vraiment que je devrais travailler dessus »).

3. L’Action (Action – A)

La dimension d’action reflète l’investissement actif, volontaire et observable de l’individu dans la modification concrète de ses conduites addictives. Les items opérationnalisent des efforts récents ou en cours pour surmonter la dépendance, réduire les doses, modifier l’environnement relationnel ou s’engager intensément dans la thérapie (ex. : « Je fais enfin un travail sur mon problème » ou « N’importe qui peut parler de changer ; moi, je fais vraiment quelque chose pour cela »). Les individus présentant des scores d’action dominants sont pleinement engagés dans le processus de rétablissement et mobilisent des stratégies comportementales actives.

4. Le Maintien (Maintenance – M)

Le maintien évalue les efforts déployés pour préserver durablement les gains obtenus lors de la phase d’action et pour éviter les rechutes. Cette sous-échelle se distingue de l’action par l’accent mis sur la vigilance, l’anticipation des situations à haut risque, la gestion des envies irrépressibles (craving) et la consolidation d’un mode de vie sobre (ex. : « J’ai peur de glisser à nouveau sur un problème que j’ai déjà changé, alors je cherche de l’aide » ou « Je lutte pour m’empêcher de faire une rechute de mon problème »). Dans les versions addictologiques, cette échelle intègre également la détresse associée aux récurrences potentielles du comportement.

Le Score Continu de Disposition au Changement (Readiness Score)

Outre l’analyse séparée des quatre sous-échelles, les auteurs ont validé un score global composite de disposition au changement calculé selon la formule mathématique suivante :

Indice de Préparation (Readiness Score) = Moyenne(Contemplation) + Moyenne(Action) + Moyenne(Maintien) – Moyenne(Précontemplation)

Ce score continu offre une métrique synthétique particulièrement prédictive de l’assiduité thérapeutique et de la réduction de la consommation.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’URICA-DV trouve son ancrage fondamental dans le Modèle Transthéorique (Transtheoretical Model ou TTM), échafaudé à la fin des années 1970 et formalisé durant les décennies suivantes par James O. Prochaska et Carlo C. DiClemente (1982, 1983, 1992). Le TTM est né d’une analyse intégrative comparant les principes directeurs de plus de dix-huit systèmes psychothérapeutiques distincts (incluant les approches psychanalytiques, humanistes, cognitivo-comportementales et systémiques), d’où son qualificatif de « transthéorique ».

Le cadre théorique s’articule autour de quatre piliers interdépendants :

  • Les stades de changement (Stages of Change) : Dimension temporelle et motivationnelle qui structure le parcours de l’individu. Le modèle ne conçoit pas le changement comme un événement ponctuel ou linéaire, mais comme une progression en spirale à travers cinq ou six étapes : Précontemplation, Contemplation, Préparation (souvent fusionnée avec la contemplation ou l’action dans l’URICA), Action, Maintien, et parfois Résolution/Terminaison. Le modèle reconnaît explicitement que les rechutes constituent une composante normale du processus cyclique, renvoyant fréquemment l’usager à des stades antérieurs avant une nouvelle tentative.
  • Les processus de changement (Processes of Change) : Dix activités cognitives, affectives et comportementales manifestes ou dissimulées que les individus utilisent pour progresser à travers les stades. Les processus cognitifs (ex. : prise de conscience, soulagement dramatique, réévaluation de soi, réévaluation environnementale) prédominent lors des transitions entre précontemplation et contemplation, tandis que les processus comportementaux (ex. : contrôle des stimuli, contre-conditionnement, gestion des renforcements, relations d’aide) sont prépondérants lors des stades d’action et de maintien.
  • La balance décisionnelle (Decisional Balance) : Dérivée du modèle de prise de décision de Janis et Mann (1977), elle conceptualise l’arbitrage cognitif entre les avantages perçus (pros) et les inconvénients perçus (cons) de la consommation et de l’abstinence. En précontemplation, les avantages de l’usage l’emportent largement sur les inconvénients ; le point de bascule survient au stade de contemplation, où les inconvénients commencent à dépasser les bénéfices perçus de la drogue.
  • L’auto-efficacité (Self-Efficacy) : Conceptualisée par Albert Bandura, elle reflète la confiance qu’a l’usager en sa propre capacité à résister à la tentation de consommer dans des situations à haut risque (états émotionnels négatifs, pressions sociales, conflits interpersonnels), conjuguée au niveau de tentation (temptation) ressenti.

L’URICA a été développé précisément pour combler le vide méthodologique qui existait dans l’évaluation empirique de ces stades, transformant un modèle théorique qualitatif en un système de mesure standardisé et psychométriquement robuste.

7. Validité / Validity

La validité de l’URICA-DV a été examinée dans de multiples contextes addictologiques à travers le monde, démontrant des qualités métrologiques remarquables :

Validité de construit

La validité de construit est étayée par la capacité de l’instrument à reproduire de manière consistante les dimensions théoriques du TTM. Les études menées par Carbonari et al. (1994) ainsi que Carney et Kivlahan (1995) ont mis en évidence que les sous-échelles ne sont pas de simples catégories mutuellement exclusives, mais des construits dimensionnels corrélés selon un schéma en simplex (les stades adjacents, comme Contemplation et Action, présentent des corrélations plus fortes entre eux que des stades distants comme Précontemplation et Action). Des analyses typologiques en grappes (cluster analyses) ont régulièrement révélé des profils motivationnels empiriques distincts : profil « Non engagé/Précontemplatif », profil « Ambivalent », profil « Engagé dans l’action », et profil « Faible participation/Découragé ».

Validité prédictive

L’URICA-DV possède une excellente validité prédictive documentée dans les traitements de la dépendance aux drogues dures :

  • Dans une étude pionnière menée par Siegal et al. (2001) auprès d’utilisateurs de crack et de cocaïne, les scores élevés sur les sous-échelles d’Action et de Contemplation à l’admission prédisaient significativement une plus grande rétention dans le traitement de désintoxication et des taux d’abstinence plus élevés à 6 et 12 mois. Inversement, des scores élevés de Précontemplation étaient associés à un abandon prématuré du traitement (dropout).
  • Pantalon, Nich, Frankforter et Carroll (2002) ont évalué la valeur prédictive de l’URICA chez des patients présentant une dépendance concomitante à l’alcool et à la cocaïne. Le score continu de disposition au changement (Readiness Score) s’est avéré être un prédicteur robuste et indépendant de la négativité des analyses urinaires pour la cocaïne durant la thérapie cognitivo-comportementale.
  • DiClemente, Schlundt et Gemmell (2004) ont confirmé que l’adéquation entre le stade mesuré par l’URICA et le type d’intervention offert améliorait substantiellement les taux de succès clinique.

Validité convergente et discriminante

La validité convergente a été démontrée par des corrélations significatives avec d’autres échelles de motivation, telles que la Stages of Change and Readiness and Treatment Eagerness Scale (SOCRATES) et la Readiness to Change Questionnaire (RTCQ). Belding, Iguchi et Lamb (1996) ont comparé l’URICA et une mesure algorithmique du stade chez des patients dépendants aux opiacés sous traitement de maintien à la méthadone, attestant d’une convergence satisfaisante tout en soulignant la finesse supérieure de l’approche dimensionnelle de l’URICA. De plus, la validité discriminante est appuyée par des corrélations faibles ou nulles avec les mesures d’intelligence générale, de désirabilité sociale non pathologique, et des symptômes psychiatriques indépendants non liés au processus d’abandon des substances.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’URICA-DV a été largement évaluée par l’examen de sa consistance interne et de sa stabilité temporelle test-retest au sein de populations toxicomanes diversifiées :

Consistance interne (Alpha de Cronbach)

Les coefficients de cohérence interne varient selon la longueur de la version (34, 32, 28, 24 ou 12 items) et les caractéristiques de l’échantillon clinique :

  • Version 32 items (Siegal et al., 2001 – usagers de cocaïne/crack) :
    • Précontemplation : α = 0,79
    • Contemplation : α = 0,83
    • Action : α = 0,85
    • Maintien : α = 0,76
  • Version 34 items (Belding et al., 1996 – patients sous méthadone) :
    • Précontemplation : α = 0,71
    • Contemplation : α = 0,71
    • Action : α = 0,69
    • Maintien : α = 0,52 (la sous-échelle de maintien présente historiquement des coefficients plus faibles chez les usagers sous traitement de substitution continu)
  • Version abrégée 12 items (Rothfleisch et al., 1998) :
    • Précontemplation : α = 0,55
    • Contemplation : α = 0,62
    • Action : α = 0,84
    • Maintien : α = 0,35 (indiquant une fragilité psychométrique notable dans les formats ultra-courts de maintien)

Stabilité temporelle (Test-Retest)

La fidélité test-retest de l’URICA présente des particularités inhérentes à la nature du construit. Étant donné que la motivation est un état transitoire censé évoluer sous l’effet du traitement, un intervalle trop long reflète un véritable changement de stade plutôt qu’un manque de fidélité instrumentale. Sur des intervalles courts (de 48 heures à 1 semaine), les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) rapportés dans la littérature sont robustes, s’établissant entre 0,73 et 0,86 pour l’ensemble des sous-échelles, confirmant la stabilité de la mesure en l’absence d’intervention thérapeutique majeure.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de l’URICA a été explorée et validée au moyen de techniques statistiques rigoureuses, tant par analyse factorielle exploratoire (AFE) que confirmatoire (AFC).

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les travaux fondateurs de McConnaughy, Prochaska et Velicer (1983) ainsi que les adaptations aux drogues de DiClemente et al. ont systématiquement mis en évidence une extraction de quatre facteurs majeurs à l’aide de l’analyse en composantes principales (ACP) suivie de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Promax ou Oblimin). Ces quatre facteurs correspondent trait pour trait aux stades de Précontemplation, Contemplation, Action et Maintien, expliquant ensemble entre 45 % et 58 % de la variance totale de l’instrument.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les modélisations par équations structurelles (SEM) ont testé plusieurs structures concurrentes :

  • Modèle unifactoriel : L’hypothèse d’un facteur général unique de « motivation » présente un ajustement inacceptable aux données empiriques (χ²/df > 6,0 ; RMSEA > 0,12 ; CFI < 0,70), infirmant l’idée que la motivation puisse être résumée à une entité unidimensionnelle.
  • Modèle à quatre facteurs indépendants (orthogonaux) : Présente également un ajustement sous-optimal, les stades étant théoriquement et empiriquement liés.
  • Modèle à quatre facteurs corrélés (obliques) : Ce modèle démontre le meilleur ajustement statistique à travers les études (CFI ≥ 0,90 à 0,94 ; TLI ≥ 0,89 à 0,93 ; RMSEA compris entre 0,045 et 0,065 ; SRMR < 0,06). Les saturations factorielles standardisées (λ) des items sur leurs facteurs respectifs sont généralement substantielles, comprises majoritairement entre 0,45 et 0,82.

Certains items présentent des saturations croisées secondaires, notamment entre la Contemplation et l’Action précoce, reflétant la nature transitionnelle de ces phases dans la réalité clinique. C’est pourquoi des versions épurées à 28 items (supprimant les items 31 pour PC, 4 pour C, 20 pour A, et 9 pour M) et à 24 items ont été créées afin d’optimiser l’indépendance factorielle et la parcimonie du modèle.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom de l’instrument : Échelle d’évaluation du changement de l’Université de Rhode Island — Version Drogues (URICA-DV / URICA – Drug Version).
  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (rempli par le sujet ou administré par un professionnel en entretien dirigé si des déficits de littératie sont présents).
  • Nombre d’items :
    • Version standard intégrale : 32 items.
    • Versions dérivées validées : 28 items, 24 items et 12 items.
  • Format et échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points :
    • 1 = Pas du tout d’accord (Strongly Disagree)
    • 2 = Pas d’accord (Disagree)
    • 3 = Indécis(e) (Undecided)
    • 4 = D’accord (Agree)
    • 5 = Tout à fait d’accord (Strongly Agree)
  • Attribution des items par sous-échelle (Version 32 items) :
    • Précontemplation (8 items) : 1, 5, 11, 13, 23, 26, 29, 31 (l’item 31 est omis dans la version 28 items).
    • Contemplation (8 items) : 2, 4, 8, 12, 15, 19, 21, 24 (l’item 4 est omis dans la version 28 items).
    • Action (8 items) : 3, 7, 10, 14, 17, 20, 25, 30 (l’item 20 est omis dans la version 28 items).
    • Maintien (8 items) : 6, 9, 16, 18, 22, 27, 28, 32 (l’item 9 est omis dans la version 28 items).
  • Attribution des items (Version 24 items) :
    • Précontemplation (6 items) : 1, 5, 7, 16, 19, 22.
    • Contemplation (6 items) : 3, 6, 9, 13, 14, 17.
    • Action (6 items) : 2, 4, 8, 11, 18, 23.
    • Maintien (6 items) : 10, 12, 15, 20, 21, 24.
  • Cotation et calcul des scores :
    • Scores de sous-échelles : On calcule la moyenne arithmétique des items de chaque dimension (score variant de 1,0 à 5,0). Un score moyen plus élevé indique une adhésion plus forte aux caractéristiques du stade correspondant.
    • Score de Préparation au Changement (Readiness Score) : Formule : (Moyenne Contemplation + Moyenne Action + Moyenne Maintien) - Moyenne Précontemplation. Les scores varient typiquement de -2 à +14. Un score élevé témoigne d’une grande maturité motivationnelle et d’une disposition favorable à la réussite thérapeutique.
  • Temps de passation : Environ 8 à 12 minutes pour la version 32 items ; 3 à 5 minutes pour la version 24 items.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : L’URICA générique a été initialement publiée en 1983 (McConnaughy et al.). Les adaptations spécifiques aux drogues et aux substances illicites ont été formalisées entre 1994 et 1996 (Carbonari et al., 1994 ; Belding et al., 1996 ; DiClemente et al., 2004).
  • Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Le questionnaire a été développé sous l’égide de l’Université de Rhode Island et du Dr Carlo C. DiClemente (University of Maryland, Baltimore County – UMBC). Les versions sont protégées par le droit d’auteur académique.
  • Conditions d’utilisation et tarifs : L’URICA-DV est mise à disposition gratuitement pour la recherche clinique, l’enseignement universitaire et la pratique clinique non commerciale. L’accès aux versions originales, aux clés de cotation et aux manuels d’utilisation s’effectue via le portail officiel du laboratoire du Dr DiClemente : https://habitslab.umbc.edu/urica/.
  • Autorisation pour usage commercial ou adaptation numérique : Toute intégration de l’URICA dans des dispositifs médicaux logiciels payants, des applications mobiles commerciales ou des programmes d’essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique requiert une demande formelle auprès des titulaires des droits ou du bureau de transfert technologique de l’université compétente.

12. Références / References

Les publications de référence ci-dessous détaillent les fondements théoriques, l’adaptation addictologique et les validations psychométriques de l’instrument :

  • Belding, M. A., Iguchi, M. Y., & Lamb, R. J. (1996). Stages of change in methadone maintenance: Assessing the convergent validity of two measures. Psychology of Addictive Behaviors, 10(3), 157–166. https://doi.org/10.1037/0893-164X.10.3.157
  • Carbonari, J. P., DiClemente, C. C., & Zweben, A. (1994, November). A readiness to change measure. Communication présentée au congrès de l’Association for Behavioral and Cognitive Therapies (ABCT), San Diego, CA.
  • Carney, M. M., & Kivlahan, D. R. (1995). Motivational subtypes among veterans seeking substance abuse treatment: Profiles based on stages of change. Psychology of Addictive Behaviors, 9(2), 135–142. https://doi.org/10.1037/0893-164X.9.2.135
  • DiClemente, C. C. (2005). Conceptual models and applied research: The ongoing contribution of the Transtheoretical Model. Journal of Addictions Nursing, 16(1-2), 5–12. https://doi.org/10.1080/10884600590917088
  • DiClemente, C. C., Schlundt, D., & Gemmell, L. (2004). Readiness and stages of change in addiction treatment. American Journal on Addictions, 13(2), 103–119. https://doi.org/10.1080/10550490490435967
  • Levesque, D. A., Gelles, R. J., & Velicer, W. F. (2000). Development and validation of a stages of change measure for men in batterer treatment. Cognitive Therapy and Research, 24(2), 175–199. https://doi.org/10.1023/A:1005436700688
  • McConnaughy, E. A., Prochaska, J. O., & Velicer, W. F. (1983). Stages of change in psychotherapy: Measurement and testing of a model. Psychotherapy: Theory, Research & Practice, 20(3), 368–375. https://doi.org/10.1037/h0090198
  • Pantalon, M. V., Nich, C., Frankforter, T., & Carroll, K. M. (2002). The URICA as a measure of motivation to change among treatment-seeking individuals with concurrent alcohol and cocaine problems. Psychology of Addictive Behaviors, 16(4), 299–307. https://doi.org/10.1037/0893-164X.16.4.299
  • Prochaska, J. O., & DiClemente, C. C. (1983). Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 390–395. https://doi.org/10.1037/0022-006X.51.3.390
  • Prochaska, J. O., DiClemente, C. C., & Norcross, J. C. (1992). In search of how people change: Applications to addictive behaviors. American Psychologist, 47(9), 1102–1114. https://doi.org/10.1037/0003-066X.47.9.1102
  • Rothfleisch, J. (1998). Comparison of two measures of stages of change among drug abusers. Dissertation Abstracts International: Section B: The Sciences and Engineering, 59(6-B), 3073.
  • Siegal, H. A., Li, L., Rapp, R. C., & Saha, P. (2001). Measuring readiness for change among crack cocaine users: A descriptive analysis. Substance Use & Misuse, 36(6-7), 687–700. https://doi.org/10.1081/JA-100104086

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

As far as I’m concerned‚ I don’t have any problems that need changing.
2

I think I might be ready for some self-improvement.
3

I am doing something about the problems that had been bothering me.
4

It might be worthwhile to work on my problem.
5

I’m not the problem one. It doesn’t make much sense for me to consider changing.
6

It worries me that I might slip back on a problem I have already changed‚ so I am looking for help.
7

I am finally doing some work on my problem.
8

I’ve been thinking that I might want to change something about myself.
9

I have been successful in working on my problem but I’m not sure I can keep up the effort on my own.
10

At times my problem is difficult‚ but I’m working on it.
11

Trying to change is pretty much a waste of time for me because the problem doesn’t have to do with me.
12

I’m hoping that I will be able to understand myself better.
13

I guess I have faults‚ but there’s nothing that I really need to change.
14

I am really working hard to change.
15

I have a problem and I really think I should work on it.
16

I’m not following through with what I had already changed as well as I had hoped‚ and I want to prevent a relapse of the problem.
17

Even though I’m not always successful in changing‚ I am at least working on my problem.
18

I thought once I had resolved the problem I would be free of it‚ but sometimes I still find myself struggling with it.
19

I wish I had more ideas on how to solve my problem.
20

I have started working on my problem but I would like help.
21

Maybe someone or something will be able to help me.
22

I may need a boost right now to help me maintain the changes I’ve already made.
23

I may be part of the problem‚ but I don’t really think I am.
24

I hope that someone will have some good advice for me.
25

Anyone can talk about changing; I’m actually doing something about it.
26

All this talk about psychology is boring. Why can’t people just forget about their problems?
27

I’m struggling to prevent myself from ha‎ving a relapse of my problem.
28

It is frustrating‚ but I feel I might be ha‎ving a recurrence of a problem I thought I had resolved.
29

I have worries but so does the next guy. Why spend time thinking about them?
30

I am actively working on my problem.  
31

I would rather cope with my faults than try to change them.
32

After all I had done to try and change my problem‚ every now and then it comes back to haunt me.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle d’évaluation du changement de l’Université de Rhode Island (URICA) – Version Drogues. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-evaluation-changement-universite-rhode-island-urica-version-drogues/
Looti, Mohammed. “Échelle d’évaluation du changement de l’Université de Rhode Island (URICA) – Version Drogues.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-evaluation-changement-universite-rhode-island-urica-version-drogues/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’évaluation du changement de l’Université de Rhode Island (URICA) – Version Drogues.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-evaluation-changement-universite-rhode-island-urica-version-drogues/.