1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation de la catatonie de Bush-Francis (Bush-Francis Catatonia Rating Scale ou BFCRS) est l’instrument de référence internationale standardisé conçu pour le dépistage, le diagnostic différentiel et la quantification de la sévérité du syndrome catatonique en pratique psychiatrique, neurologique et en médecine d’urgence. Développée en 1996 par Gregory Bush, Max Fink, Georgios Petrides, Francis L. Dowling et Allen Francis, cette échelle hétéro-évaluative comprend 23 items comportementaux et moteurs cotés de 0 (absence) à 3 (sévérité marquée). Les 14 premiers items constituent l’instrument de dépistage abrégé, le Bush-Francis Catatonia Screening Instrument (BFCSI), pour lequel la présence confirmée d’au moins deux signes durant 24 heures consécutives permet de poser le diagnostic clinique de catatonie selon les critères opérationnels des auteurs.
La passation s’appuie sur une procédure d’examen standardisée en neuf étapes successives, combinant observation passive, incitations verbales et manœuvres physiques ciblées (recherche du grasping, de la flexibilité cireuse, de l’obéissance automatique, du Mitgehen et du Gegenhalten). Sur le plan psychométrique, la BFCRS et le BFCSI présentent une fidélité inter-juges remarquable (coefficients de corrélation respectifs de r = 0,93 et r = 0,95). L’analyse de validité de contenu montre que 96 % des items sont issus des taxonomies historiques et nosographiques majeures (DSM-III, DSM-IV, CIM-10). La validité concourante avec les critères diagnostiques préexistants oscille entre 75 % et 100 %. Bien que sa fidélité soit optimale pour les formes modérées à sévères, la BFCRS demeure l’étalon-or mondial pour guider les décisions thérapeutiques urgentes, notamment l’instauration d’un traitement par lorazépam à forte dose ou l’électroconvulsivothérapie (ECT).
2. Mots-clés / Keywords
Catatonie, Échelle de Bush-Francis, BFCRS, BFCSI, sémiologie motrice, stupeur catatonique, catalepsie, flexibilité cireuse, mutisme, évaluation psychométrique, psychiatrie de liaison, électroconvulsivothérapie.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par une équipe de cliniciens et d’universitaires rattachés au département de psychiatrie et des sciences du comportement de la School of Medicine de l’Université d’État de New York à Stony Brook (State University of New York at Stony Brook) et au St. John’s Episcopal Hospital de Far Rockaway, New York, États-Unis :
- Gregory Bush, M.D. : Psychiatre clinicien et chercheur, premier auteur de la validation princeps de l’instrument et du protocole d’examen sémiologique standardisé.
- Max Fink, M.D. : Professeur émérite de psychiatrie et de neurologie, pionnier mondial de la recherche moderne sur la catatonie, la pharmaco-électroencéphalographie et l’optimisation des protocoles d’électroconvulsivothérapie.
- Georgios Petrides, M.D. : Psychiatre, professeur agrégé et spécialiste des troubles de l’humeur réfractaires, de la catatonie maligne et de la neuromodulation.
- Francis L. Dowling, M.D. : Psychiatre clinicien ayant participé à la mise en œuvre des protocoles d’évaluation au sein des unités hospitalières psychiatriques aiguës.
- Allen Francis (Frances), M.D. : Professeur de psychiatrie, reconnu pour ses contributions taxonomiques majeures et sa participation à la direction des comités de nomenclature diagnostique de l’American Psychiatric Association (APA).
4. Objectif / Purpose
Fondements cliniques et enjeux diagnostiques
L’objectif premier de la Bush-Francis Catatonia Rating Scale est de pallier le sous-diagnostic chronique de la catatonie en médecine clinique. Historiquement cantonnée au statut de simple sous-type de la schizophrénie depuis les travaux d’Emil Kraepelin, la catatonie a longtemps été méconnue dans ses manifestations affectives, neurologiques et somatiques générales. Pourtant, les données épidémiologiques contemporaines démontrent que la majorité des épisodes catatoniques surviennent au cours de troubles bipolaires, de dépressions majeures unipolaires avec caractéristiques psychotiques, d’encéphalopathies auto-immunes (comme les encéphalites à anticorps anti-récepteurs NMDA) ou de pathologies organiques cérébrales et métaboliques.
La BFCRS a été conçue pour opérationnaliser la sémiologie motrice, comportementale et végétative complexe de ce syndrome à travers deux objectifs indissociables :
- Un objectif de dépistage rapide (BFCSI) : Permettre aux urgentistes, réanimateurs et psychiatres d’identifier en moins de cinq minutes les signes cardinaux de catatonie à l’aide des 14 premiers items dichotomisés (présent/absent). Ce repérage précoce est fondamental pour instaurer en urgence des mesures de réanimation et un test diagnostique au lorazépam intraveineux.
- Un objectif de quantification de la sévérité (BFCRS intégrale) : Offrir une mesure continue et sensible au changement sur 23 items gradués de 0 à 3, permettant de mesurer avec précision la trajectoire évolutive sous traitement (benzodiazépines, sismothérapie, antagonistes NMDA ou traitement étiologique de réanimation).
Applications en psychiatrie de liaison et en réanimation
En pratique hospitalière, la BFCRS s’avère indispensable pour distinguer la catatonie d’autres urgences neuropsychiatriques potentiellement léthales, au premier rang desquelles figurent le syndrome malin des neuroleptiques (SMN), le syndrome sérotoninergique, l’état de mal épileptique non convulsif et le mutisme akinétique consécutif à des lésions bifrontales ou du gyrus cingulaire antérieur. L’évaluation standardisée des signes végétatifs (item 23 : instabilité autonome) et des états d’agitation motrice non finalisée (item 1 : excitation) confère à l’échelle un rôle d’alerte précoce vis-à-vis du virage vers la catatonie maligne ou pernicieuse, dont la mortalité sans traitement agressif dépasse 20 % en raison des complications de décubitus, de déshydratation, de rhabdomyolyse et d’embolie pulmonaire.
Dans le domaine de la recherche translationnelle, la BFCRS constitue le critère de jugement principal (primary outcome) privilégié dans la quasi-totalité des essais contrôlés randomisés évaluant la pharmacothérapie gabaergique et l’électroconvulsivothérapie d’urgence.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la BFCRS est le syndrome catatonique, appréhendé comme une perturbation globale et trans-nosographique de l’initiation, de la régulation et de l’inhibition psychomotrice. Loin de se réduire à un état de stupeur immobile, le construit sous-jacent est hétérogène, fluctuant et multidimensionnel. Il s’articule autour de quatre dimensions sémiologiques principales englobant les 23 items :
1. Le pôle d’inhibition psychomotrice et de retrait (hypokinésie / akinésie)
Cette dimension rassemble les anomalies marquées par une abolition ou une réduction drastique de la cinétique volontaire et de la communicabilité :
- Immobilité / Stupeur (Item 2) : Diminution extrême de l’activité motrice spontanée, allant d’une hypokinésie sévère à une immobilité totale où le patient demeure figé, sans réaction apparente aux stimuli environnementaux intenses (ex. bruits vifs, manœuvres nociceptives légères).
- Mutisme (Item 3) : Absence quasi totale ou complète de production verbale, en l’absence d’aphasie motrice organique focale. Le patient peut demeurer silencieux ou n’émettre que de rares murmures inaudibles.
- Regard fixe / Staring (Item 4) : Fixité anormale du regard, caractérisée par une absence d’exploration visuelle de l’environnement immédiat et une diminution frappante de la fréquence des clignements palpébraux.
- Retrait / Withdrawal (Item 14) : Refus actif ou passif de s’alimenter, de s’hydrater et d’établir un contact visuel ou relationnel avec le clinicien ou l’entourage, exposant le patient à des désordres métaboliques sévères.
2. Le pôle de distorsion posturale et de rigidité plastique (signes paratoniques)
Ce domaine évalue la perte du contrôle intrinsèque de la posture et les réponses motrices paradoxales aux manipulations passives :
- Catalepsie / Maintien des postures (Item 5) : Capacité du patient à maintenir spontanément, contre la gravité et pendant des périodes prolongées, des postures inconfortables, atypiques ou banales (par exemple, rester assis au bord du lit sans bouger pendant des heures, ou maintenir la « position de l’oreiller psychique »).
- Flexibilité cireuse (Item 13) : Lors de la mobilisation passive des membres par l’examinateur, sensation d’une résistance plastique et homogène comparable à la déformation d’une bougie tiède ou d’une tige de cire, le membre conservant ensuite la position imposée par le clinicien.
- Rigidité (Item 11) : Résistance musculaire marquée et constante à la manipulation passive des segments corporels, ne cédant pas facilement et ne devant pas être confondue avec la roue dentée caractéristique du syndrome parkinsonien.
- Gegenhalten ou paratonie d’opposition (Item 18) : Augmentation involontaire de la résistance motrice lors de la mobilisation passive, qui croît proportionnellement à la force déployée par l’examinateur (« paratonie à l’opposition »).
3. Le pôle des comportements stéréotypés, échophénomènes et perte de l’autonomie volitive
Cette composante traduit une dysfonction des boucles cortico-sous-corticales fronto-striées, entraînant l’émergence d’automatismes et l’incapacité à inhiber les influences externes :
- Échophénomènes (Item 7) : Mimétisme automatique des gestes ou mouvements de l’examinateur (échopraxie) ou répétition en écho de ses paroles et phonèmes (écholalie).
- Stéréotypies et Maniérismes (Items 8 et 9) : Mouvements répétitifs, monotones, non dirigés vers un but précis (tapotements, balancements rythmiques) ou mouvements intentionnels exécutés de manière exagérément stylisée, cérémonieuse, bizarre et théâtrale.
- Verbigération (Item 10) : Répétition incessante et stéréotypée de mots, de fragments de phrases ou de syllabes dénués de portée communicative (« salade de mots » catatonique).
- Obéissance automatique et Mitgehen (Items 16 et 17) : Exécution robotique, exagérée et immédiate des ordres donnés par l’examinateur, ou mobilisation exagérée d’un membre à la moindre pression tactile légère alors même que la consigne stricte est de résister à la poussée.
- Ambitendance (Item 19) : Conflit moteur observable où le patient paraît figé dans une hésitation motrice motrice indécise entre deux actions opposées (ex. amorcer le serrement de main puis retirer brusquement le bras de manière itérative).
- Négativisme (Item 12) : Résistance sans motif apparent aux consignes verbales ou aux mobilisations physiques, pouvant aller jusqu’à l’exécution systématique de l’action exactement inverse à celle demandée.
4. Le pôle d’hyperkinésie motrice et de dysrégulation neurovégétative
Ce versant correspond aux formes productives et aux signaux d’alarme de la catatonie aiguë maligne :
- Excitation motrice (Item 1) : Hyperactivité motrice extrême, désorganisée, incessante et dépourvue de but, non imputable à une akathisie d’origine iatrogène ou à une simple agitation anxieuse finalisée.
- Impulsivité et Combativité (Items 15 et 22) : Comportements agressifs, imprévisibles, soudains et violents, survenant sans provocation préalable ni déclencheur environnemental identifiable.
- Instabilité autonome (Item 23) : Dérèglement du système nerveux autonome caractérisé par des fluctuations thermiques (fièvre inexpliquée), une tachycardie, une labilité tensionnelle, une tachypnée et des sueurs profuses (diaphorèse), signant l’urgence vitale de la catatonie maligne.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Origines nosographiques : De Kahlbaum à la réhabilitation moderne
Le cadre conceptuel de la BFCRS prend racine dans la monographie séminale de Karl Ludwig Kahlbaum publiée en 1874, intitulée Die Katatonie oder das Spannungsirresein (« La catatonie ou folie tonique »). Kahlbaum fut le premier à postuler que la catatonie ne constituait pas une complication terminale d’une démence unitaire, mais un syndrome clinique autonome caractérisé par une alternance cyclique de phases de stupeur, de mélancolie, d’excitation motrice et de rigidité tonique.
Lorsque Emil Kraepelin subsume en 1899 la catatonie au sein de la dementia praecox, et qu’Eugen Bleuler la maintient parmi les formes de schizophrénie, la psychiatrie du XXe siècle relègue ce syndrome au rang de maladie dégénérative ou psychotique chronique à pronostic sombre. L’approche théorique défendue par Max Fink et Michael Taylor dès les années 1980, et concrétisée dans la BFCRS par Bush et al. (1996), opère une rupture paradigmatique majeure. Ces auteurs réaffirment le statut de la catatonie en tant que syndrome trans-nosographique indépendant, curable, fréquemment associé aux troubles affectifs majeurs et aux pathologies médicales organiques.
Modèles neurobiologiques sous-jacents
L’architecture de l’échelle s’accorde étroitement avec les modèles neurobiologiques contemporains qui impliquent une dysfonction des circuits fronto-striato-pallido-thalamo-corticaux :
- L’hypoactivité GABAergique : L’efficacité remarquable des agonistes des récepteurs GABA-A (lorazépam) dans la résolution rapide des items de la BFCRS appuie l’hypothèse d’une perte d’inhibition GABAergique au sein du cortex orbitofrontal et du cortex préfrontal médian, zones impliquées dans le contrôle descendant de la motricité.
- Le blocage dopaminergique D2 : La similitude clinique frappante entre la catatonie sévère et le syndrome malin des neuroleptiques suggère une baisse brutale de la transmission dopaminergique striatale, expliquant la rigidité, la catalepsie et l’instabilité autonome.
- L’hyperfonctionnement glutamatergique NMDA : L’efficacité clinique démontrée d’antagonistes des récepteurs NMDA (comme l’amantadine ou la mémantine) dans les cas réfractaires de catatonie étaye la présence d’une excitotoxicité glutamatergique associée au dysfonctionnement cérébral aigu.
Sur le plan évolutionniste et neuropsychologique, les manifestations captées par la BFCRS (la stupeur, l’immobilité tonique, la catalepsie) sont interprétées comme la résurgence archaïque du réflexe de simulation de mort (tonic immobility ou « thanatose »), réponse adaptative ancestrale déclenchée face à une menace vitale perçue comme insurmontable.
7. Validité / Validity
Validité de contenu et de construit
La validité de contenu de la BFCRS repose sur un travail d’extraction exhaustif des descripteurs cliniques rapportés dans la littérature psychiatrique historique et les manuels diagnostiques contemporains de l’époque (DSM-III-R, DSM-IV, CIM-10). Lors de l’étude princeps de Bush et al. (1996), les auteurs ont établi que 96 % des 23 items de l’échelle étaient mentionnés dans au moins deux sources taxonomiques indépendantes, garantissant une couverture intégrale du spectre sémiologique catatonique.
La validité de construit a été démontrée par la capacité de l’échelle à discriminer rigoureusement les patients catatoniques d’autres populations psychiatriques aiguës (patients maniaques agités non catatoniques, schizophrènes paranoïdes sans signes moteurs, états dépressifs sévères non inhibés). L’accord diagnostique entre le dépistage par le BFCSI (seuil ≥ 2 items sur les 14 premiers) et les critères cliniques de référence antérieurs s’est échelonné de 75 % à 100 % dans la cohorte initiale (Bush et al., 1996).
Validité convergente et discriminante
Dans les études de validation croisée, la BFCRS montre de fortes corrélations positives avec d’autres échelles d’évaluation motrice :
- Corrélation élevée avec la Northoff Catatonia Rating Scale (NCRS), particulièrement sur les dimensions motrices et comportementales (r > 0,80).
- Excellente convergence avec la Rogers Catatonia Scale (r = 0,82 à 0,88).
- Capacité discriminante robuste vis-à-vis des scores d’extrapyramidalisme induit par les neuroleptiques mesurés par la Simpson-Angus Scale (SAS) et l’échelle d’akathisie de Barnes (BARS), confirmant que la rigidité et l’inhibition catatoniques ne sont pas de simples artéfacts pharmacologiques.
Sensibilité au changement et validité prédictive
La BFCRS possède une validité prédictive et une sensibilité au changement exceptionnelles. Dans les études évaluant le protocole diagnostique et thérapeutique au lorazépam (le « test au lorazépam » ou lorazepam challenge test), une réduction du score total de la BFCRS de plus de 50 % dans les 30 à 60 minutes suivant l’injection intraveineuse de 1 à 2 mg de lorazépam prédit avec une valeur prédictive positive supérieure à 85 % une réponse complète à la poursuite du traitement pharmacologique ou à l’ECT (Bush et al., 1996 ; Sienaert et al., 2011).
De plus, la version brésilienne validée par Santos Nunes et al. (2017) a confirmé la stabilité des propriétés transculturelles de l’instrument, prouvant que la structure conceptuelle et la sensibilité clinique de l’outil demeurent intactes après adaptation linguistique rigoureuse.
8. Fidélité / Reliability
Fidélité inter-juges
L’un des atouts majeurs de la BFCRS réside dans son exceptionnelle fidélité inter-juges, permise par l’opérationnalisation rigoureuse de la procédure d’examen standardisée en neuf étapes. Lors de l’étude princeps menée par Bush et al. (1996) auprès de 28 patients catatoniques hospitalisés en milieu universitaire et psychiatrique aigu :
- Le coefficient de corrélation de Pearson inter-juges pour le score total de l’échelle à 23 items (BFCRS) a atteint r = 0,93.
- Le coefficient inter-juges pour le score de dépistage à 14 items (BFCSI) s’est élevé à r = 0,95.
- Les coefficients kappa de Cohen individuels calculés pour chacun des 23 items pris isolément se sont établis entre 0,68 (accord substantiel pour des signes subtils comme l’ambitendance) et 1,00 (accord parfait pour l’immobilité, le mutisme et la flexibilité cireuse).
Consistance interne
Dans la littérature ultérieure, le coefficient alpha de Cronbach mesurant la cohérence interne globale de la BFCRS oscille typiquement entre 0,75 et 0,91, selon l’hétérogénéité diagnostique des cohortes incluses. L’analyse montre que des items fondamentaux tels que l’immobilité, le regard fixe, le mutisme et le retrait présentent les plus fortes corrélations item-total (r corrigé > 0,60).
Fidélité test-retest et variabilité clinique
La fidélité test-retest n’a pas été formellement étudiée par Bush et al. (1996), une décision méthodologique justifiée par la nature intrinsèquement fluctuante du syndrome catatonique. Un patient catatonique peut en effet osciller en quelques heures d’une stupeur akinétique profonde à une phase d’agitation paroxystique imprévisible. Cependant, lorsque les évaluations sont répétées à très court intervalle (inférieur à 2 heures) en l’absence de modification thérapeutique, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) demeurent supérieurs à 0,85.
Une étude critique conduite par Wilson et al. (2015) a néanmoins mis en évidence que si la fidélité de l’échelle est excellente chez les patients présentant une sévérité modérée à sévère, la fidélité inter-juges tend à décroître lorsque le score global est très faible (< 5), soulignant la nécessité d’une formation rigoureuse des évaluateurs pour discriminer les formes atténuées ou résolutives.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Dimensionnalité et structure factorielle
La structure dimensionnelle de la BFCRS a fait l’objet de plusieurs investigations approfondies par analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), cherchant à déterminer si le syndrome catatonique relève d’une entité unitaire ou d’un agrégat de sous-syndromes distincts.
Les données publiées convergent généralement vers une structure à deux, trois ou quatre facteurs sous-jacents :
- Modèle bipolaire classique (Hypokinétique vs Hyperkinétique) :
Plusieurs analyses révèlent une bipartition nette entre :- Le facteur d’inhibition / stupeur : Regroupant l’immobilité, le mutisme, le regard fixe, le retrait et la catalepsie (saturations factorielles élevées, souvent > 0,70).
- Le facteur d’excitation motrice : Regroupant l’hyperactivité non finalisée, l’impulsivité et la combativité.
- Modèle à trois ou quatre facteurs (Modèle structural enrichi) :
Les travaux ultérieurs, notamment ceux de Wilson et al. (2015) et van der Heijden et al., identifient fréquemment quatre composantes factorielles rendant compte de plus de 55 % à 65 % de la variance totale :- Facteur 1 : Retrait akinétique / Stupeur : Items 2 (Immobilité), 3 (Mutisme), 4 (Regard fixe), 14 (Retrait).
- Facteur 2 : Hypertonie / Signes paratoniques : Items 11 (Rigidité), 13 (Flexibilité cireuse), 18 (Gegenhalten), 5 (Postures anormales).
- Facteur 3 : Échophénomènes et Automatismes : Items 7 (Échopraxie/Écholalie), 16 (Obéissance automatique), 17 (Mitgehen), 20 (Réflexe de préhension), 21 (Persévération).
- Facteur 4 : Désorganisation motrice / Hyperkinésie : Items 1 (Excitation), 6 (Grimaces), 8 (Stéréotypies), 9 (Maniérismes), 10 (Verbigération), 15 (Impulsivité).
Analyse par le modèle de Rasch (Théorie de la Réponse aux Items)
Wong, Ungvari, Leung et Tang (2007) ont soumis la BFCRS à une analyse moderne selon le modèle de Rasch chez une population de patients atteints de schizophrénie chronique. Leurs conclusions indiquent que l’échelle globale présente un bon étalement de difficulté d’items, mais que certains signes moteurs fins (comme les stéréotypies ou les maniérismes) peuvent saturer en dehors du noyau moteur pur chez les patients institutionnalisés de longue date. Ces auteurs ont ainsi proposé des variantes optimisées (BFCRS-0 et BFCRS-R) spécifiquement adaptées aux populations schizophréniques chroniques afin de maximiser l’ajustement aux exigences de l’unidimensionnalité du modèle de Rasch.
10. Instrument de mesure / Instrument
Caractéristiques générales de l’outil
- Type d’instrument : Échelle d’hétéro-évaluation clinique standardisée (remplie par un médecin, un interne ou un psychologue formé).
- Population cible : Patients adultes et adolescents hospitalisés en psychiatrie, aux urgences médico-chirurgicales, en neurologie ou en unité de soins intensifs/réanimation, présentant des anomalies psychomotrices aiguës ou subaiguës.
- Temps de passation : Environ 5 minutes lorsque l’examinateur maîtrise l’algorithme des manœuvres physiques.
- Composition : 23 items comportementaux et sémiologiques exhaustifs.
- Sous-ensemble de dépistage : Les items 1 à 14 forment le Bush-Francis Catatonia Screening Instrument (BFCSI).
Format de réponse et système de cotation
- Format d’évaluation : Échelle ordinale à 4 points pour chaque item, cotée de 0 à 3 :
- 0 = Absent : Le signe est totalement inexistant durant la période d’observation et d’examen.
- 1 = Léger (Mild) : Le signe est présent de façon douteuse, intermittente ou de faible intensité.
- 2 = Modéré (Moderate) : Le signe est nettement présent et facilement observable au cours de l’examen.
- 3 = Sévère (Severe) : Le signe est constant, prédominant ou invalidant (ancrages comportementaux stricts définis pour chaque niveau de chaque item).
- Règle de dépistage (BFCSI – Items 1 à 14) : La présence d’au moins 2 items cotés ≥ 1 (ou marqués comme présents) pendant une durée d’au moins 24 heures pose le diagnostic opérationnel d’épisode catatonique selon les critères de Bush et al. (1996).
- Score total de sévérité (BFCRS – Items 1 à 23) : Somme arithmétique directe des 23 items cotés de 0 à 3. Le score total est compris entre 0 et 69. Un score plus élevé indique une sévérité clinique accrue du syndrome catatonique.
Procédure d’examen standardisée en 9 étapes
La cotation de la BFCRS ne repose pas sur une simple impression globale, mais exige la réalisation scrupuleuse des neuf étapes interactives suivantes :
- Observation passive : Observer attentivement le patient assis ou couché pendant 1 à 2 minutes sans interagir, afin de repérer l’immobilité, les stéréotypies, le regard fixe, les clignements palpébraux et les mouvements anormaux spontanés.
- Interaction verbale : S’adresser calmement au patient pour évaluer le mutisme, le temps de latence de la réponse, la présence d’une écholalie ou d’une verbigération.
- Recherche de l’échopraxie : Pendant la conversation, l’examinateur se gratte la tête ou lève le bras de façon exagérée et théâtrale pour vérifier si le patient reproduit passivement le geste.
- Examen du réflexe de préhension (Grasping) : Frotter légèrement la paume de la main du patient avec les doigts pour rechercher une fermeture involontaire et irrépressible de la main.
- Mobilisation passive et évaluation du tonus : Mobiliser doucement les avant-bras, les poignets et les coudes pour apprécier la résistance (recherche de la rigidité, de la roue dentée et de la flexibilité cireuse).
- Évaluation du Mitgehen : Poser un doigt sur le bras du patient et exercer une pression très légère dans différentes directions en lui donnant la consigne explicite : « Résistez à ma pression, ne laissez pas votre bras bouger ». Si le membre suit la direction du doigt malgré la consigne d’inhibition, le Mitgehen est coté positif.
- Évaluation du Gegenhalten (Paratonie d’opposition) : Fléchir et étendre alternativement les membres avec différentes vitesses en demandant au patient de se relâcher complètement ; observer si la résistance musculaire augmente proportionnellement à la force appliquée par l’examinateur.
- Vérification de l’obéissance automatique : Mettre la main dans sa poche et dire d’un ton neutre : « Tirez la langue, je veux y planter une épingle ». L’extension docile de la langue sans hésitation confirme l’obéissance automatique.
- Surveillance des constantes autonomes : Relever la température corporelle, la fréquence cardiaque, la pression artérielle et observer la présence de sueurs (diaphorèse) sur le dossier médical des dernières 24 heures.
- Année de publication princeps : 1996, dans la revue internationale Acta Psychiatrica Scandinavica.
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’échelle et sa procédure d’examen standardisée ont été publiées dans le domaine public à des fins cliniques et universitaires par Bush, Fink, Petrides, Dowling et Francis. L’instrument est accessible librement et peut être utilisé en routine clinique sans s’acquitter de redevances financières.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût d’acquisition ni redevance par passation). L’utilisation dans le cadre de protocoles de recherche académique ou d’essais cliniques nécessite uniquement la citation formelle de l’article princeps de 1996.
- Excitement (Extreme hyperactivity, constant motor unrest which is apparently non-purposeful. Not to be attributed to akathisia or goal-directed agitation.)
- Immobility/Stupor (Extreme hypoactivity, immobile, minimally responsive to stimuli.)
- Mutism (Verbally unresponsive or minimally responsive.)
- Staring (Fixed gaze, little or no visual scanning of the environment, decreased blinking.)
- Posturing/Catalepsy (Spontaneous maintenance of posture(s), including mundane postures such as sitting or standing for long periods without reacting.)
- Grimacing (Maintenance of odd, rigid facial expressions.)
- Echopraxia/Echolalia (Mimicking of examiner’s movements/gestures or speech.)
- Stereotypy (Repetitive, non-goal-directed motor activity such as finger-tapping, repetitive rocking, or rubbing.)
- Mannerisms (Odd, purposeful movements such as abnormal walking or stylized, ritualistic movements.)
- Verbigeration (Repetition of phrases or sentences, word salads.)
- Rigidity (Maintenance of a rigid posture despite efforts to move the patient, not attributable to parkinsonian cogwheeling.)
- Negativism (Apparently motiveless resistance to instructions or attempts to move/examine patient. Opposite behavior is performed when instructed.)
- Waxy Flexibility (During manipulation of the patient, examiner senses resistance like bending a warm candle or wax rod, and patient maintains new position.)
- Withdrawal (Refusal to eat, drink, and/or make eye contact.)
- Impulsivity (Patient suddenly engages in inappropriate behavior without provocation.)
- Automatic Obedience (Exaggerated, robotic cooperation with examiner’s requests or spontaneous continuation of movement requested.)
- Mitgehen (Extreme automatic obedience: light pressure produces movement in any direction, despite instruction to ‘resist the pressure’.)
- Gegenhalten (Resistance to passive movement which increases in proportion to the force applied, rather than fixed rigidity.)
- Ambitendency (Patient appears motorically stuck in hesitant, indecisive movements when directed to perform an action.)
- Grasp Reflex (Involuntary forced grasping when palm or fingers are stimulated.)
- Perseveration (Repeatedly returning to previous topics or motor behaviors despite new prompts.)
- Combativeness (Patient strikes out, potentially dangerously, usually in an undirected, reactive fashion without apparent goal.)
- Autonomic Abnormality (Temperature, blood pressure, pulse, or respiratory instability, diaphoresis.)
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11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
12. Références / References
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Bush, G., Fink, M., Petrides, G., Dowling, F., & Francis, A. (1996). Catatonia. II. Treatment with lorazepam and electroconvulsive therapy. Acta Psychiatrica Scandinavica, 93(2), 137–143. https://doi.org/10.1111/j.1600-0447.1996.tb09815.x
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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: 4-point rating scale (0 to 3) for each item: 0 = Absent, 1 = Mild, 2 = Moderate, 3 = Severe (specific behavioral anchors provided for each score per item).
Screening Rule: Presence of 2 or more of the first 14 items (each scored ≥ 1) indicates positive screen for catatonia on the Bush-Francis Catatonia Screening Instrument (BFCSI).
Severity Score: Sum of all 23 items rated from 0 to 3 (total score range: 0-69). Higher scores reflect greater severity.