1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation de l’anxiété de Hamilton (communément désignée par l’acronyme anglophone HAM-A pour Hamilton Anxiety Rating Scale) constitue l’un des instruments pionniers et les plus universellement employés pour mesurer la sévérité de la symptomatologie anxieuse en contexte clinique et de recherche psychiatrique. Conçue et publiée initialement par le psychiatre britannique Max Hamilton en 1959, cette échelle a été spécifiquement élaborée pour quantifier l’intensité des manifestations de ce que l’on qualifiait alors d’« états d’anxiété névrotique », correspondant aujourd’hui principalement au trouble anxieux généralisé (TAG) ainsi qu’aux manifestations comorbides d’anxiété dans d’autres affections psychiatriques.
La HAM-A est une échelle d’hétéro-évaluation administrée par un clinicien ou un évaluateur qualifié lors d’un entretien semi-structuré d’une durée approximative de 10 à 15 minutes. Elle comprend 14 items distincts, chacun décrivant un groupe homogène de signes et symptômes. L’évaluateur cote chaque item selon une échelle ordinale de type Likert en cinq points, variant de 0 (symptôme absent / Not at all) à 4 (symptôme très sévère ou invalidant / Very Severe). Le score total global s’étend ainsi de 0 à 56 points, où un score plus élevé reflète une anxiété de plus forte sévérité.
Sur le plan structural, l’instrument se subdivise classiquement en deux dimensions factorielles majeures : l’anxiété psychique (regroupant l’humeur anxieuse, la tension, les peurs, les altérations cognitives, l’humeur dépressive et le comportement observable lors de l’entretien) et l’anxiété somatique (englobant les manifestations musculaires, sensorielles, cardiovasculaires, respiratoires, gastro-intestinales, génito-urinaires et neurovégétatives). Les études psychométriques ont régulièrement démontré une cohérence interne satisfaisante (coefficient alpha de Cronbach généralement compris entre 0,78 et 0,92) ainsi qu’une fidélité inter-évaluateurs élevée (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,85 lors de l’utilisation de protocoles standardisés). En raison de sa sensibilité reconnue aux changements thérapeutiques induits par les molécules anxiolytiques, antidépressives et par les psychothérapies cognitives et comportementales, la HAM-A demeure l’étalon-or d’efficacité dans la majorité des essais cliniques randomisés contrôlés contemporains.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’évaluation de l’anxiété de Hamilton, HAM-A, anxiété psychique, anxiété somatique, psychométrie, hétéro-évaluation clinique, trouble anxieux généralisé, sévérité de l’anxiété, Max Hamilton, essais cliniques psychiatriques, fidélité inter-juges, validité factorielle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue, formalisée et validée de manière individuelle par Max Hamilton (1912–1988), médecin et psychiatre britannique de renommée mondiale. Au moment du développement de l’outil à la fin des années 1950, Hamilton exerçait comme maître de conférences et chercheur clinicien au sein du département de psychiatrie de l’Université de Leeds (University of Leeds) au Royaume-Uni. Il a ultérieurement occupé la chaire professorale Nuffield de psychiatrie dans cette même institution de 1964 à 1977, tout en servant comme président de la British Psychological Society.
Hamilton est universellement reconnu comme l’un des pères fondateurs de la mesure quantitative standardisée en psychopathologie. Outre la HAM-A, il est le créateur de la célèbre Hamilton Depression Rating Scale (HAM-D ou HDRS, publiée en 1960). En raison de l’époque de publication historique (1959), aucune adresse de courrier électronique institutionnelle n’était associée à ses travaux fondateurs ; la diffusion internationale de ses instruments s’est effectuée par les voies éditoriales universitaires et les revues médicales britanniques.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’évaluation de l’anxiété de Hamilton est de procurer aux cliniciens et aux investigateurs un dispositif standardisé, robuste et reproductible permettant d’estimer et de suivre de manière quantitative l’intensité des symptômes chez des patients préalablement diagnostiqués avec un trouble anxieux. Il convient de souligner avec rigueur que la HAM-A n’a pas été conçue comme un outil de dépistage ou de diagnostic différentiel ; elle n’a pas pour vocation d’établir si un individu répond aux critères catégoriels d’une nosographie psychiatrique spécifique (telle que définie par les classifications modernes du DSM-5 de l’American Psychiatric Association ou de la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé). Son dessein exclusif réside dans l’appréciation quantitative de la sévérité d’un état anxieux déjà identifié sur le plan clinique.
Dans la pratique psychiatrique hospitalière et ambulatoire, l’instrument permet aux cliniciens de cartographier avec précision la répartition symptomatique entre les plaintes d’ordre psychique (rumination, irritabilité, appréhension) et les manifestations fonctionnelles d’ordre neurovégétatif ou somatique (palpitations, spasmes digestifs, dyspnée). Cette distinction s’avère déterminante pour l’orientation des stratégies thérapeutiques, permettant par exemple d’orienter le choix entre des interventions psychoéducatives et cognitives focalisées sur les biais de pensée et des approches pharmacologiques ou de relaxation ciblant l’hyperactivité sympathique.
Dans le domaine de la recherche translationnelle et clinique, la HAM-A a servi d’instrument de mesure d’efficacité primaire (primary outcome measure) pour l’approbation réglementaire par la FDA (Food and Drug Administration) et l’EMA (European Medicines Agency) de la quasi-totalité des molécules thérapeutiques indiquées dans le trouble anxieux généralisé depuis plus de quatre décennies, notamment les benzodiazépines, la buspirone, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN). L’échelle offre une métrique particulièrement fine et sensible aux variations longitudinales, facilitant l’identification des pourcentages de réponse thérapeutique (traditionnellement définis par une réduction d’au moins 50 % du score initial) et des critères de rémission clinique (usuellement fixés à un score total inférieur ou égal à 7).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la HAM-A est l’état d’anxiété clinique multidimensionnel. Max Hamilton concevait l’anxiété non pas comme un phénomène cognitif isolé, mais comme un syndrome psychophysiologique global traduisant une activation généralisée de l’organisme face à une menace perçue ou diffuse. Conformément aux analyses cliniques et psychométriques consacrées, ce construit se structure en deux sous-dimensions fondamentales :
1. L’anxiété psychique (ou cognitive et affective)
Cette dimension englobe l’expérience interne, subjective et mentale du syndrome anxieux. Elle réunit les composantes suivantes :
- Humeur anxieuse (Item 1) : État affectif central caractérisé par des soucis permanents, l’anticipation négative systématique d’événements catastrophiques, une appréhension craintive et une irritabilité accrue. Le patient éprouve un sentiment d’insécurité chronique et une vigilance exacerbée.
- Tension (Item 2) : Sensation de blocage intérieur, épuisement nerveux, fatigabilité rapide, réponses de sursaut démesurées face à des stimuli environnementaux banals, labilité émotionnelle avec tendance aux pleurs sans cause proportionnée, incapacité motrice et mentale à se détendre.
- Peurs (Item 3) : Présence d’angoisses ciblées ou de réactions phobiques disproportionnées face à des contextes spécifiques, notamment l’obscurité, les individus inconnus, la solitude, la foule, la circulation ou la proximité d’animaux.
- Intellectuel / Fonctions cognitives (Item 5) : Difficultés manifestes de concentration, sensation de vide mental lors des situations stressantes, perte de flexibilité cognitive et altération subjective de la mémoire immédiate ou de travail.
- Humeur dépressive (Item 6) : Émoussement affectif, anhédoine (perte de la capacité d’éprouver du plaisir dans les activités habituelles), variations de l’humeur au cours de la journée et réveils matinaux précoces. Hamilton a délibérément inclus cet item en raison de la consubstantialité clinique fréquente entre les affects anxieux et dépressifs.
- Comportement lors de l’entretien (Item 14) : Manifestations comportementales directes observées par l’évaluateur, telles que l’agitation motrice (trépignements, déambulation, manipulation d’objets), le tremblement des mains, les mimiques faciales crispées, le froncement des sourcils, les soupirs fréquents ou la pâleur du visage.
2. L’anxiété somatique (ou physiologique et neurovégétative)
Cette dimension traduit l’impact somatique et l’hyperexcitabilité du système nerveux autonome (sympathique et parasympathique) ainsi que des systèmes sensoriels et musculo-squelettiques :
- Insomnie (Item 4) : Perturbations globales de l’architecture du sommeil, incluant les difficultés d’endormissement dues aux ruminations, les éveils nocturnes multiples avec incapacité à se rendormir, les cauchemars ou terreurs nocturnes, et un sommeil non réparateur induisant une fatigue dès le lever.
- Physique / Musculaire (Item 7) : Myalgies, raideurs diffuses, surcroît de tonus musculaire involontaire, spasmes musculaires, secousses myocloniques, bruxisme (grincement involontaire des dents) et voix instable ou chevrotante.
- Sensorialité (Item 8) : Distorsions perceptives sensorielles associées à l’hyperéveil, acouphènes, vision floue, sensations de bouffées vaso-motrices de chaleur ou de froid, accès soudains de faiblesse musculaire et paresthésies (sensations de piqûres ou de fourmillements).
- Cardiovasculaire (Item 9) : Tachycardie, palpitations subjectives angoissantes, précordialgies ou douleurs thoraciques d’allure constrictive, battements vasculaires pulsatiles perçus au niveau cervical ou temporal, sensations de lipothymie et extrasystoles perçues comme des « arrêts » cardiaques.
- Respiratoire (Item 10) : Sensation de constriction thoracique (« étau »), impression d’étouffement ou de manque d’air (faim d’air), soupirs compensatoires récurrents, et épisodes d’hyperventilation ou de dyspnée sans étiologie organique.
- Gastro-intestinal / Digestif (Item 11) : Dysphagie (sensation de boule dans la gorge ou difficulté de déglutition), dyspepsie fonctionnelle, douleurs abdominales spastiques, sensations de brûlure gastrique, météorisme et borborygmes, nausées, vomissements, diarrhée motrice ou constipation opiniâtre, et perte pondérale secondaire.
- Génito-urinaire (Item 12) : Pollakiurie (mictions fréquentes), impériosité mictionnelle, perturbations du cycle menstruel (aménorrhée, ménorragies), anorgasmie ou baisse marquée du désir sexuel, éjaculation précoce et dysfonction érectile.
- Symptômes neurovégétatifs autonomes (Item 13) : Xérostomie (sécheresse buccale persistante), flush facial ou pâleur soudaine, hypersudation (paumes moites, sueurs profuses sans effort thermique), étourdissements fréquents, céphalées de tension et horripilation (piloérection ou « chair de poule »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’Échelle d’évaluation de l’anxiété de Hamilton s’ancre dans le paradigme de la psychiatrie empirique et nosologique britannique de l’après-Seconde Guerre mondiale, fortement influencée par les courants descriptifs de l’école de Maudsley et les travaux d’Aubrey Lewis. À cette époque, la psychiatrie clinique cherchait à s’émanciper des abstractions purement spéculatives de la métapsychologie psychanalytique pour asseoir son autorité sur des critères cliniques rigoureux, opérationnalisables et quantifiables.
Le cadre conceptuel repose sur la notion d’anxiété comme réponse psychobiologique intégrée. Hamilton a tiré parti des découvertes de la physiologie du stress, notamment les concepts d’homéostasie et de réaction d’alarme formulés par Walter Cannon (le syndrome de combat-fuite ou fight-or-flight response) et les travaux sur le stress de Hans Selye. Selon cette modélisation théorique, l’anxiété pathologique représente un dérèglement chronique de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et du système nerveux autonome sympathique. Par conséquent, toute tentative d’évaluation clinique qui omettrait les répercussions organiques directes méconnaîtrait une part essentielle de la réalité phénoménologique de la souffrance anxieuse.
Sur le plan méthodologique, Hamilton a appliqué les principes de la psychométrie factorielle inspirés par Charles Spearman et L. L. Thurstone. Il soutenait que les divers signes observés en clinique ne devaient pas être considérés de manière isolée, mais plutôt comme les manifestations manifestes de variables latentes sous-jacentes. En construisant des items regroupant des faisceaux sémiologiques cohérents, Hamilton visait à élaborer un instrument qui traduirait mathématiquement la charge globale du trouble tout en respectant sa structure bi-dimensionnelle intrinsèque (l’entrelacement de la souffrance mentale et de la réactivité viscérale).
7. Validité / Validity
Depuis son introduction en 1959, la HAM-A a fait l’objet d’un examen approfondi concernant ses différentes facettes de validité psychométrique :
Validité de contenu
La validité de contenu repose sur l’exhaustivité de la description clinique originale établie par Hamilton à partir de l’observation minutieuse de vastes cohortes de patients présentant des névroses d’angoisse. Les 14 items couvrent pratiquement l’ensemble des sphères somatiques et psychiques associées aux états anxieux sévères, offrant une excellente représentativité du spectre symptomatique classique du trouble anxieux généralisé.
Validité convergente
De nombreuses études empiriques ont confirmé une corrélation élevée à modérée entre la HAM-A et d’autres instruments reconnus évaluant l’anxiété. Des corrélations significatives (coefficients de Pearson $r$ variant généralement entre 0,65 et 0,82) ont été documentées avec l’inventaire d’anxiété de Beck (Beck Anxiety Inventory, BAI), le sous-score d’anxiété de l’échelle hospitalière d’anxiété et de dépression (HADS-A), l’échelle d’anxiété de Covi et le questionnaire d’anxiété état-trait de Spielberger (STAI). Les corrélations avec les échelles globales de sévérité clinique, telles que la Clinical Global Impression – Severity (CGI-S), atteignent fréquemment des valeurs comprises entre 0,70 et 0,85.
Validité discriminante
La validité discriminante de l’échelle présente un point de discussion théorique majeur en psychopathologie. La HAM-A montre une corrélation substantielle (souvent comprise entre 0,55 et 0,70) avec les échelles de dépression, en particulier la HAM-D et l’échelle de Montgomery-Åsberg (MADRS). Cette corrélation élevée s’explique par la présence de l’item 6 (« humeur dépressive ») et d’items d’altérations partagées (sommeil, concentration), mais aussi par le chevauchement étiologique et syndromique réel unissant anxiété et dépression dans la clinique humaine (le syndrome de détresse générale ou negative affectivity décrit par David Watson et Lee Anna Clark). Néanmoins, l’analyse spécifique du sous-score d’anxiété somatique permet généralement de bien distinguer les troubles anxieux primaires des épisodes dépressifs caractérisés purs dénués d’hyperactivation neurovégétative.
Sensibilité au changement
La sensibilité de la HAM-A à détecter les modifications cliniques après traitement est exceptionnelle, ce qui explique son hégémonie dans les essais thérapeutiques. Les tailles d’effet (d de Cohen) mesurées lors des essais contrôlés par placebo évaluant les inhibiteurs de la recapture ou les modulateurs gabaergiques se situent couramment dans une fourchette de 0,50 à 0,90, témoignant d’une capacité remarquable à capturer la rémission clinique et le soulagement symptomatique graduel au fil des semaines d’intervention.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de fidélité de la HAM-A ont été documentées dans une multitude de publications cliniques et transculturelles :
Consistance interne
Les estimations de la cohérence interne mesurées par le coefficient alpha de Cronbach oscillent habituellement entre 0,78 et 0,92 pour l’ensemble des 14 items, démontrant une excellente homogénéité du score global. Les analyses portant sur les sous-échelles révèlent généralement un alpha de Cronbach compris entre 0,75 et 0,86 pour la dimension de l’anxiété psychique, et entre 0,72 et 0,84 pour la dimension de l’anxiété somatique, confirmant la cohésion interne de chacune des deux composantes fondamentales.
Fidélité inter-évaluateurs
En tant qu’instrument d’hétéro-évaluation, la fidélité inter-juges constitue une métrique capitale. Dans les premières études menées par Hamilton, les corrélations de rang entre deux cliniciens évaluant indépendamment les mêmes patients atteignaient des coefficients de 0,89 à 0,94. Dans les recherches modernes utilisant des enregistrements vidéo et des protocoles d’entretien guidés standardisés (tels que le Structured Interview Guide for the Hamilton Anxiety Scale ou SIGH-A développé par M. Katherine Shear et ses collaborateurs en 2001), les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et les coefficients kappa pondérés se maintiennent régulièrement entre 0,82 et 0,96, attestant d’une concordance inter-juges remarquable dès lors que les évaluateurs reçoivent une formation préalable adéquate.
Fidélité test-retest
La fidélité test-retest à court terme (intervalle de 24 à 48 heures chez des patients cliniquement stables sans modification thérapeutique) révèle des coefficients de corrélation oscillant entre 0,80 et 0,90. Sur des périodes plus longues (plusieurs semaines), la fidélité test-retest est délibérément moindre en raison de la réactivité naturelle du trouble anxieux aux fluctuations environnementales et aux interventions thérapeutiques, ce qui reflète l’aptitude de l’instrument à mesurer un état plutôt qu’un trait figé.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle de la HAM-A a suscité de nombreux travaux statistiques depuis la publication princeps de Max Hamilton en 1959. Dans son analyse factorielle centroïde d’origine réalisée sur un échantillon de 118 patients, Hamilton avait extrait un premier facteur général d’anxiété expliquant la majeure partie de la variance commune, suivi d’un facteur bipolaire distinguant nettement les symptômes psychiques des manifestations somatiques.
Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Les études factorielles exploratoires modernes conduites avec rotation varimax ou promax ont constamment confirmé l’existence de ces deux facteurs prédominants :
- Facteur 1 : Anxiété psychique / cognitive : Les saturations factorielles les plus fortes sont systématiquement portées par l’item 1 (humeur anxieuse, saturation fréquemment supérieure à 0,70), l’item 2 (tension), l’item 3 (peurs) et l’item 5 (intellectuel). L’item 14 (comportement à l’entretien) sature également de façon préférentielle sur cette dimension.
- Facteur 2 : Anxiété somatique / viscérale : Ce facteur regroupe les saturations les plus robustes pour l’item 7 (musculaire), l’item 9 (cardiovasculaire, souvent saturé à plus de 0,65), l’item 10 (respiratoire), l’item 11 (gastro-intestinal) et l’item 13 (symptômes autonomes). L’item 8 (sensorialité) et l’item 12 (génito-urinaire) s’agrègent de manière stable à ce second pôle.
L’item 4 (insomnie) et l’item 6 (humeur dépressive) présentent occasionnellement des saturations croisées intermédiaires selon les cohortes étudiées, l’insomnie partageant à la fois des racines dans l’hyperactivation neurovégétative somatique et dans l’hyper-éveil cognitif psychique.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Les modélisations par équations structurelles et analyses confirmatoires (notamment les travaux de Maier et al. en 1988, et de Beck & Riskind) ont comparé des modèles unifactoriels, bifactoriels et trifactoriels. Le modèle bifactoriel corrélé (anxiété psychique et anxiété somatique) présente des indices d’adéquation nettement supérieurs à un modèle strictement unidimensionnel (avec des indices tels que le CFI > 0,92 et un RMSEA < 0,06 dans la plupart des réplications contemporaines). Certains auteurs ont proposé un modèle à trois facteurs isolant un facteur neurovégétatif pur distinct des plaintes musculo-squelettiques, mais le modèle historique à deux facteurs demeure la référence la plus robuste et la plus opérationnelle sur le plan clinique.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Hétéro-évaluation clinique (échelle complétée par un professionnel de santé mentale lors d’un entretien semi-structuré avec le patient).
- Format : Entretien clinique face-à-face, éventuellement assisté par un guide d’entretien standardisé (ex. SIGH-A).
- Nombre d’items : 14 items composites couvrant chacun un regroupement de symptômes cliniques.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale à 5 échelons d’intensité :
0= Absent / Pas du tout (Not at all)1= Léger (Mild)2= Modéré (Moderate)3= Sévère (Severe)4= Très sévère / Invalidant (Very Severe)
- Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes entre les mains d’un clinicien expérimenté.
- Population cible : Adultes et adolescents présentant des manifestations anxieuses cliniquement significatives.
- Calcul du score total : Sommation brute des 14 items, générant un score continu oscillant entre 0 et 56 points.
- Sous-scores dimensionnels :
- Score d’anxiété psychique : Somme des items 1, 2, 3, 5, 6 et 14 (étendue de 0 à 24 points).
- Score d’anxiété somatique : Somme des items 4, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13 (étendue de 0 à 32 points).
- Repères d’interprétation clinique usuels :
0 à 13 points: Symptomatologie anxieuse minimale ou absence d’anxiété cliniquement significative.14 à 17 points: Anxiété d’intensité légère.18 à 24 points: Anxiété d’intensité modérée.25 à 30 points: Anxiété d’intensité sévère.Plus de 30 points: Anxiété extrêmement sévère à invalidante.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle d’évaluation de l’anxiété de Hamilton a été publiée initialement en 1959 dans le British Journal of Medical Psychology. En vertu de son ancienneté et de sa publication dans une revue savante à une époque antérieure aux restrictions actuelles sur la propriété intellectuelle des tests psychométriques, la version originale de la HAM-A est considérée comme appartenant au domaine public (public domain).
Par conséquent, l’instrument original ne requiert l’acquisition d’aucune licence commerciale onéreuse ni le paiement de droits d’auteur (royalty-free) pour les applications courantes de recherche académique, d’enseignement universitaire ou de pratique clinique de routine. Les chercheurs et cliniciens sont libres de reproduire et d’administrer l’échelle sans frais. Toutefois, des adaptations spécifiques ou des guides d’entretiens structurés ultérieurs commercialisés par certains éditeurs de tests psychologiques (comme certaines déclinaisons numériques ou le manuel SIGH-A lorsqu’il est édité dans des formats commerciaux propriétaires) peuvent être assujettis à des droits d’auteur propres à leurs concepteurs respectifs. Pour toute utilisation dans un cadre formel d’essai clinique industriel, il est recommandé de mentionner avec précision la citation bibliographique originale de 1959.
12. Références / References
Clark, D. A., & Beck, A. T. (2010). Cognitive therapy of anxiety disorders: Science and practice. Guilford Press.
Hamilton, M. (1959). The assessment of anxiety states by rating. British Journal of Medical Psychology, 32(1), 50–55. https://doi.org/10.1111/j.2044-8341.1959.tb00467.x
Hamilton, M. (1969). Diagnosis and rating for anxiety. Dans M. H. Lader (Éd.), Studies of Anxiety (pp. 76–79). Headley Brothers.
Kobak, K. A., Reynolds, W. M., & Greist, J. H. (1993). Development and validation of a computer-administered version of the Hamilton Anxiety Rating Scale. Depression and Anxiety, 1(3), 119–124. https://doi.org/10.1002/da.1010010304
Maier, W., Buller, R., Philipp, M., & Heuser, I. (1988). The Hamilton Anxiety Scale: Reliability, validity and sensitivity to change in anxiety and depressive disorders. Journal of Affective Disorders, 14(1), 61–68. https://doi.org/10.1016/0165-0327(88)90072-9
Riskind, J. H., Beck, A. T., Brown, G., & Steer, R. A. (1987). Taking the measure of anxiety and depression: Validity of the reconstructed Hamilton Scales. The Journal of Nervous and Mental Disease, 175(8), 474–479. https://doi.org/10.1097/00005053-198708000-00005
Shear, M. K., Vander Bilt, J., Rucci, P., Endicott, J., Lydiard, B., Otto, M. W., Pollack, M. H., Chandler, L., Williams, J., Ali, A., & Frank, E. (2001). Reliability and validity of a structured interview guide for the Hamilton Anxiety Rating Scale (SIGH-A). Depression and Anxiety, 13(4), 166–178. https://doi.org/10.1002/da.1033
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Read the symptom in the left column. Rate it on a scale of 0-4 in the right column.
0 – Not at all
1 – Mild
2 – Moderate
3 – Severe
4 – Very Severe
- 1. Anxious mood — Worries‚ anticipation of the worst‚ fearful anticipation‚ irritability.
- 2. Tension — Feelings of tension‚ fatigability‚ startle response‚ moved to tears easily‚ trembling‚ feelings of restlessness‚ inability to relax.
- 3. Fears — Of dark‚ of strangers‚ of being left alone‚ of animals‚ of traffic‚ of crowds.
- 4. Insomnia — Difficulty in falling asleep‚ broken sleep‚ unsatisfying sleep and fatigue on waking‚ dreams‚ nightmares‚ night terrors.
- 5. Intellectual — Difficulty in concentration‚ poor memory.
- 6. Depressed Mood — Loss of interest‚ lack of pleasure in hobbies‚ depression‚ early waking‚ mood swings.
- 7. Physical/Muscular — Pains and aches‚ twitching‚ stiffness‚ myoclonic jerks‚ grinding of teeth‚ unsteady voice‚ increased muscular tone.
- 8. Senses — Tinnitus‚ blurring of vision‚ hot and cold flushes‚ feelings of weakness‚ pricking sensation.
- 9. Cardiovascular — Tachycardia‚ palpitations‚ pain in chest‚ throbbing of vessels‚ fainting feelings‚ ‘skipping’ a beat.
- 10. Respiratory — Pressure or constriction in chest‚ choking feelings‚ sighing‚ dyspnea.
- 11. Digestive — Difficulty in swallowing‚ wind abdominal pain‚ burning sensations‚ abdominal fullness‚ nausea‚ vomiting‚ borborygmi‚ looseness of bowels‚ loss of weight‚ constipation.
- 12. Genitourinary — Frequency of micturition‚ urgency of micturition‚ amenorrhea‚ menorrhagia‚ development of frigidity‚ premature ejaculation‚ loss of libido‚ impotence.
- 13. Autonomic symptoms — Dry mouth‚ flushing‚ pallor‚ tendency to sweat‚ giddiness‚ tension headache‚ raising of hair.
- 14. Behavior at interview — Fidgeting‚ restlessness or pacing‚ tremor of hands‚ furrowed brow‚ strained face‚ sighing or rapid respiration‚ facial pallor‚ swallowing‚ etc.