1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation de l’acculturation pour les Américains d’origine mexicaine-II (Acculturation Rating Scale for Mexican Americans-II, ARSMA-II), développée par Israel Cuellar, Bill Arnold et Roberto Maldonado en 1995, constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et influents pour mesurer les processus d’acculturation et d’enculturation au sein des populations d’origine mexicaine résidant aux États-Unis. Conçue pour surmonter les limitations des modèles unidimensionnels et linéaires de l’acculturation, l’ARSMA-II opérationnalise un paradigme bidimensionnel et orthogonal dans lequel l’orientation vers la culture d’origine (mexicaine) et l’orientation vers la culture d’accueil (anglo-américaine) sont conceptualisées et évaluées de manière indépendante.
L’instrument se compose de deux échelles indépendantes. L’Échelle 1 comprend 30 items évaluant quatre domaines comportementaux et identitaires distincts : l’utilisation et la préférence linguistique, l’identité et la classification ethniques, l’héritage culturel et les comportements ethniques, ainsi que les interactions sociales interethniques. Cette échelle génère deux scores cardinaux : la sous-échelle d’orientation anglo-saxonne (Anglo Orientation Subscale, AOS, 13 items) et la sous-échelle d’orientation mexicaine (Mexican Orientation Subscale, MOS, 17 items). La soustraction de la moyenne de la MOS de celle de l’AOS permet d’établir un score linéaire continu d’acculturation et de catégoriser les individus en cinq niveaux typologiques distincts, allant d’une orientation mexicaine très marquée (Niveau I) à une assimilation anglo-saxonne quasi exclusive (Niveau V), en passant par un biculturalisme équilibré (Niveau III). L’Échelle 2, composée de 18 items, évalue la marginalité culturelle à travers trois sous-échelles : la marginalité anglo-saxonne (ANGMAR), la marginalité mexicaine (MEXMAR) et la marginalité mexicaine-américaine (MAMARG).
Les propriétés psychométriques de l’ARSMA-II sont exceptionnelles. La cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach est de 0,83 pour l’AOS, 0,88 pour la MOS et 0,87 pour l’échelle globale de marginalité. La fidélité test-retest à une semaine démontre une stabilité temporelle remarquable (0,94 pour l’AOS et 0,96 pour la MOS). La validité de construit, confirmée par des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, corrobore sans ambiguïté l’indépendance orthogonale des dimensions culturelles et son applicabilité transculturelle.
2. Mots-clés / Keywords
Acculturation, Enculturation, ARSMA-II, Psychométrie, Psychologie interculturelle, Américains d’origine mexicaine, Biculturalisme, Marginalité culturelle, Identité ethnique, Validité transculturelle, Évaluation psychologique, Adaptation socioculturelle, Intégration bilingue.
3. Auteurs / Authors
L’échelle ARSMA-II a été élaborée et validée par une équipe de chercheurs et cliniciens spécialisés en psychologie clinique, psychologie transculturelle et santé mentale des minorités hispaniques :
- Israel Cuellar, Ph.D. (1946–2008) : Professeur de psychologie à la Michigan State University et précédemment à l’University of Texas–Pan American. Clinicien émérite et pionnier international de l’évaluation de la santé mentale et de l’acculturation des populations d’origine hispanique.
- Bill Arnold, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur en psychométrie, affilié au Department of Psychology de l’University of Texas–Pan American (Edinburg, Texas, États-Unis).
- Roberto Maldonado, M.A. : Chercheur et psychomètre associé au Mental Health/Mental Retardation Center et à l’University of Texas–Pan American, spécialiste des dynamiques d’acculturation communautaire chez les jeunes adultes hispaniques.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’ARSMA-II est de fournir une mesure standardisée, fiable, valide et multidimensionnelle de l’acculturation chez les individus d’origine mexicaine vivant aux États-Unis, tout en offrant un cadre méthodologique adaptable à d’autres groupes ethno-culturels. Avant la conception de l’ARSMA-II, la recherche psychologique reposait massivement sur l’échelle ARSMA originale développée en 1980 par Cuellar, Harris et Jasso. Bien que révolutionnaire à son époque, la version initiale souffrait d’un postulat théorique réducteur : elle envisageait l’acculturation comme un continuum unidimensionnel et bipolaire. Selon cette vision linéaire traditionnelle, l’acquisition des normes de la culture dominante (américaine blanche ou anglo-saxonne) impliquait inévitablement et proportionnellement l’abandon ou l’érosion de la culture d’origine (mexicaine).
L’ARSMA-II a été formulée pour dépasser cette contrainte conceptuelle en intégrant les avancées théoriques de la psychologie interculturelle contemporaine, notamment le modèle bidimensionnel de John Berry. L’outil a été conçu pour mesurer simultanément et indépendamment deux processus distincts :
- L’acculturation au sens strict : le degré d’acquisition, d’adoption et de valorisation des pratiques linguistiques, des coutumes, des relations sociales et de l’identité propres à la culture d’accueil anglo-saxonne (évaluée par l’AOS).
- L’enculturation (ou rétention culturelle) : le degré de maintien, de pratique et de valorisation des coutumes, de la langue et des normes de la culture mexicaine d’origine (évaluée par la MOS).
- La marginalité psychologique et culturelle : les sentiments de rejet, de difficulté d’adhésion ou d’aliénation ressentis envers les membres et les normes de la culture anglo-saxonne, mexicaine ou mexicaine-américaine (évalués par l’Échelle 2).
Sur le plan des applications cliniques et épidémiologiques, l’ARSMA-II répond à une nécessité critique de contextualisation culturelle dans les diagnostics psychopathologiques et neuropsychologiques. Les niveaux d’acculturation modulent puissamment la présentation des symptômes cliniques (notamment la somatisation face à la détresse affective), les croyances relatives à la santé, la compliance thérapeutique, ainsi que les performances aux tests cognitifs et neuropsychologiques standardisés normés sur des populations anglo-saxonnes unilingues. L’ARSMA-II permet ainsi d’éviter les biais d’évaluation diagnostique et de concevoir des interventions psychothérapeutiques culturellement adaptées (culturally congruent mental health services).
Dans le domaine de la recherche, l’instrument permet d’explorer les interactions complexes entre le statut d’acculturation, le stress d’acculturation, la consommation de substances, les risques cardiovasculaires, l’adaptation scolaire et la cohésion familiale intergénérationnelle. Il permet également d’opérationnaliser le concept de biculturalisme intégratif en tant que facteur protecteur contre la détresse psychologique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’ARSMA-II repose sur une modélisation multidimensionnelle de l’identité et du comportement socioculturel. L’acculturation n’y est pas définie comme un trait statique, mais comme un processus dynamique et multifactoriel comprenant des facettes manifestes (comportementales) et latentes (affectives et cognitives). Les deux échelles de l’ARSMA-II opérationnalisent ces construits à travers des dimensions rigoureusement définies :
Échelle 1 : Dimensions d’Orientation Culturelle (AOS et MOS)
L’Échelle 1 évalue le degré d’orientation vers la culture anglo-saxonne et la culture mexicaine à travers quatre domaines fondamentaux :
- Usage et préférence linguistique (Language use and preference) : Ce domaine explore la compétence d’usage déclarée et le plaisir subjectif associé à la communication verbale, écrite et cognitive en anglais et en espagnol. Il comprend l’évaluation de la langue de pensée (ex. « My thinking is done in the English language » vs « My thinking is done in the Spanish language »), la lecture, la rédaction épistolaire et la consommation de médias (télévision, cinéma, musique). La langue est reconnue comme le vecteur primaire et le marqueur le plus sensible du changement d’acculturation.
- Identité et classification ethniques (Ethnic identity and classification) : Cette dimension capture l’auto-identification psychologique et l’appartenance groupale choisie par l’individu. Les participants indiquent dans quelle mesure ils aiment s’identifier en tant que « Mexicain », « Mexican-American », « Anglo-American » ou « Américain ». Elle prend également en compte l’auto-identification parentale (maternelle et paternelle), reflétant l’ancrage générationnel.
- Héritage culturel et comportements ethniques (Cultural heritage and ethnic behaviors) : Ce domaine mesure l’engagement dans les pratiques culturelles concrètes, telles que la préparation et la consommation d’aliments traditionnels (ex. « My family cooks Mexican foods »), ainsi que la fréquence des contacts physiques et culturels directs avec le Mexique et les États-Unis.
- Interactions sociales ethniques (Ethnic interaction) : Cette composante évalue la composition ethnique des réseaux de sociabilité de l’individu à deux périodes charnières de la trajectoire de vie : durant l’enfance/l’adolescence (ex. « My friends, while I was growing up, were of Mexican origin ») et à l’âge adulte actuel (ex. « My friends now are of Anglo origin »).
Échelle 2 : Construit de Marginalité Culturelle
L’Échelle 2 repose sur le concept sociologique et psychologique de « l’homme marginal » développé initialement par Robert E. Park et Everett Stonequist, puis révisé dans le cadre des tensions intergroupes. Elle quantifie les difficultés cognitives, affectives et comportementales ressenties par l’individu dans l’acceptation des valeurs, des coutumes, des attitudes et des relations interpersonnelles avec trois groupes distincts :
- Marginalité anglo-saxonne (ANGMAR, items 1 à 6) : Mesure le rejet ou l’incapacité d’adhésion aux codes et relations du groupe dominant anglo-américain.
- Marginalité mexicaine (MEXMAR, items 7 à 12) : Mesure la distance ou le sentiment d’aliénation éprouvé à l’égard des Mexicains de souche ou des normes traditionnelles mexicaines.
- Marginalité mexicaine-américaine (MAMARG, items 13 à 18) : Évalue l’inconfort ou la difficulté d’identification au groupe hybride biculturel mexicano-américain.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique de l’ARSMA-II s’enracine dans la critique épistémologique du modèle assimilationniste classique de l’école de Chicago (Robert E. Park, Milton Gordon). Dans ce modèle traditionnel unipolaire, l’assimilation culturelle était postulée comme inéluctable et linéaire, aboutissant à la dissolution progressive des identités minoritaires au sein du « melting pot » dominant.
Cuellar et ses collègues ont adopté le paradigme pluraliste et bidimensionnel développé par John W. Berry (1980, 1997). Selon Berry, l’adaptation culturelle se déploie le long de deux axes indépendants et orthogonaux qui répondent à deux interrogations fondamentales :
- Est-il jugé important de maintenir son identité culturelle et ses caractéristiques d’origine ? (Axe d’enculturation / MOS).
- Est-il jugé important de développer et de maintenir des relations positives avec la société dominante d’accueil ? (Axe d’acculturation / AOS).
Le croisement orthogonal de ces deux dimensions indépendantes génère quatre stratégies d’acculturation distinctes :
- Intégration (Biculturalisme) : Forte orientation vers la culture mexicaine (MOS élevée) combinée à une forte orientation vers la culture anglo-saxonne (AOS élevée). L’individu maîtrise les deux répertoires culturels et navigue avec fluidité entre eux.
- Assimilation : Faible rétention de la culture d’origine (faible MOS) associée à une forte adoption de la culture dominante (AOS élevée).
- Séparation (Résistance culturelle) : Rétention intégrale et exclusive de la culture mexicaine (MOS élevée) avec rejet ou évitement systématique de la culture dominante (faible AOS).
- Marginalisation : Rejet ou absence d’identification aux deux cultures (faibles scores sur l’AOS et la MOS), fréquemment accompagné d’un sentiment d’anomie, d’aliénation et de détresse psychologique.
Cuellar, Arnold et Maldonado ont également intégré le concept de « stress d’acculturation » et de « marginalité multidimensionnelle ». L’introduction de l’Échelle 2 permet de mesurer l’échec ou la tension inhérente à l’appartenance groupale. L’ARSMA-II conceptualise ainsi le biculturalisme non pas comme un état transitoire ou une confusion identitaire, mais comme un état d’adaptation psychologique optimal, caractérisé par une flexibilité cognitive supérieure et une compétence biculturelle avérée.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’ARSMA-II a été exhaustivement documentée lors de l’étude de standardisation initiale menée auprès d’un échantillon diversifié de 379 étudiants universitaires et membres de la communauté, puis répliquée dans de nombreuses cohortes cliniques et épidémiologiques.
Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit a été établie en démontrant l’indépendance orthogonale entre l’AOS et la MOS. La corrélation entre les deux sous-échelles est quasi nulle ou très modeste ($r = -0,17$, $p < 0,01$), confirmant formellement que l’acquisition de la culture anglo-saxonne ne s’opère pas au détriment direct de l’héritage mexicain. L’analyse en composantes principales avec rotation orthogonale a corroboré la présence de deux facteurs distincts expliquant la majorité de la variance totale des comportements d’acculturation.
Validité de critère et générationnelle
La validité concurrente et de critère a été testée en mesurant la relation entre le score linéaire d’acculturation de l’ARSMA-II et le statut générationnel des participants aux États-Unis. La théorie psychologique stipule que le niveau d’acculturation anglo-saxonne doit croître de manière robuste et significative à travers les générations successives d’immigration :
- Génération 1 : Individus nés au Mexique ayant immigré aux États-Unis (moyenne d’acculturation la plus basse, orientée vers la MOS).
- Génération 2 : Individus nés aux États-Unis dont au moins un parent est né au Mexique.
- Génération 3 : Individus nés aux États-Unis dont les deux parents sont nés aux États-Unis, mais dont tous les grands-parents sont nés au Mexique.
- Génération 4 : Individus nés aux États-Unis dont les parents et au moins un grand-parent sont nés aux États-Unis.
- Génération 5 : Individus dont les parents et l’ensemble des grands-parents sont nés aux États-Unis.
Les analyses de variance (ANOVA) ont démontré des différences intergénérationnelles hautement significatives ($F(4, 374) = 75,8$, $p < 0,001$). Les scores moyens d’acculturation augmentent de manière monotone et linéaire de la 1ère à la 5ème génération, confirmant une validité théorique et prédictive exemplaire.
Validité convergente et discriminante
L’ARSMA-II démontre une corrélation convergente très élevée avec l’échelle originale ARSMA-I ($r = 0,89$, $p < 0,001$). Les sous-échelles de marginalité (Échelle 2) corrèlent de façon significative et attendue avec des instruments mesurant le stress d’acculturation, les symptômes dépressifs (CES-D) et l’anxiété, tout en restant distinctes des scores de désirabilité sociale.
8. Fidélité / Reliability
Les études empiriques rapportées par Cuellar, Arnold et Maldonado (1995) mettent en évidence une consistance interne robuste ainsi qu’une excellente stabilité temporelle pour l’ensemble des échelles et sous-échelles de l’instrument.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les coefficients de consistance interne calculés sur l’échantillon de dérivation témoignent d’une excellente précision de mesure :
- Sous-échelle d’orientation anglo-saxonne (AOS, 13 items) : $\alpha = 0,83$
- Sous-échelle d’orientation mexicaine (MOS, 17 items) : $\alpha = 0,88$
- Échelle globale de marginalité (Échelle 2, 18 items) : $\alpha = 0,87$
- Sous-échelle de marginalité anglo-saxonne (ANGMAR, items 1-6) : $\alpha = 0,90$
- Sous-échelle de marginalité mexicaine (MEXMAR, items 7-12) : $\alpha = 0,68$
- Sous-échelle de marginalité mexicano-américaine (MAMARG, items 13-18) : $\alpha = 0,91$
Stabilité test-retest
La fidélité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon réévalué à un intervalle d’une semaine (test-retest reliability). Les coefficients de corrélation de Pearson indiquent une stabilité remarquable :
- AOS : $r = 0,94$
- MOS : $r = 0,96$
- Échelle globale de marginalité : $r = 0,78$
- Sous-échelle ANGMAR : $r = 0,72$
- Sous-échelle MEXMAR : $r = 0,80$
- Sous-échelle MAMARG : $r = 0,81$
Ces données démontrent que les orientations culturelles de base représentent des dimensions psychologiques hautement stables dans le temps, tandis que les mesures de marginalité reflètent une variabilité légèrement supérieure, cohérente avec la sensibilité contextuelle du sentiment d’exclusion intergroupale.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture psychométrique interne de l’ARSMA-II a été rigoureusement confirmée par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) publiées dans la littérature spécialisée.
Structure de l’Échelle 1
Dans l’étude princeps de Cuellar et al. (1995), une analyse factorielle en composantes principales avec rotation varimax appliquée aux 30 items de l’Échelle 1 a révélé une solution bifactorielle nette qui rendait compte de la majeure partie de la variance commune :
- Facteur 1 (Orientation mexicaine – MOS) : Regroupe les 17 items liés à l’espagnol, à la culture d’origine, à l’identification parentale mexicaine et aux relations avec des pairs mexicains. Les saturations factorielles s’échelonnent entre 0,45 et 0,81. Les items linguistiques (ex. « I speak Spanish », « I enjoy speaking Spanish ») présentent les saturations les plus élevées (> 0,75).
- Facteur 2 (Orientation anglo-saxonne – AOS) : Regroupe les 13 items mesurant la pratique de l’anglais, l’auto-identification anglo-américaine et les fréquentations interethniques. Les saturations factorielles oscillent entre 0,42 et 0,84, les items relatifs à l’usage de la langue anglaise et aux médias anglophones présentant les saturations dominantes.
Des travaux ultérieurs, notamment ceux conduits par Lee, Yoon et Liu-Tom (2006), ont répliqué cette structure à l’aide d’analyses factorielles confirmatoires (AFC), démontrant des indices d’adéquation robustes ($CFI > 0,90$, $RMSEA < 0,06$) soutenant la nature orthogonale et bidimensionnelle du construit.
Structure de l’Échelle 2
L’analyse factorielle appliquée aux 18 items de l’Échelle 2 a isolé avec précision trois facteurs distincts, correspondant rigoureusement aux trois cibles de marginalisation :
- Facteur ANGMAR (Items 1 à 6) : Saturations très élevées (0,70 à 0,88) sur les énoncés mesurant la réticence à accepter les valeurs, conduites et personnes anglo-saxonnes.
- Facteur MEXMAR (Items 7 à 12) : Saturations nettes (0,55 à 0,79) sur les items relatifs à la difficulté d’acceptation des comportements et coutumes des Mexicains.
- Facteur MAMARG (Items 13 à 18) : Saturations massives (0,75 à 0,92) sur les énoncés ciblant la marginalité éprouvée à l’égard de la communauté mexicano-américaine.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’ARSMA-II est un instrument d’auto-évaluation standardisé (self-report questionnaire) conçu pour une administration individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou informatique. Son administration complète requiert environ 15 à 20 minutes.
Format et composition de l’instrument
- Nombre total d’items : 48 items au total, répartis en deux échelles distinctes :
- Échelle 1 : 30 items évaluant les orientations culturelles (AOS : 13 items ; MOS : 17 items). Note : Le symbole (B) dans l’Échelle 1 identifie les items retenus pour la version brève destinée aux enfants et adolescents (Brief ARSMA-II for Children).
- Échelle 2 : 18 items évaluant la marginalité culturelle (ANGMAR : 6 items ; MEXMAR : 6 items ; MAMARG : 6 items).
- Format de réponse : Échelle de Likert en 5 points :
- 1 = Pas du tout (Not at all)
- 2 = Très peu ou pas très souvent (Very little or not very often)
- 3 = Modérément (Moderately)
- 4 = Beaucoup ou très souvent (Much or very often)
- 5 = Extrêmement souvent ou presque toujours (Extremely often or almost always)
Modalités de cotation et de calcul des scores
Le traitement des données de l’ARSMA-II s’effectue en plusieurs étapes algorithmiques rigoureuses :
- Calcul du score moyen d’orientation anglo-saxonne (AOS) :
Sommer les scores des 13 items suivants : 2, 4, 7, 9, 10, 13, 15, 16, 19, 23, 25, 27, 30. Diviser la somme obtenue par 13.
$$\text{Score AOS} = \frac{\sum \text{Items AOS}}{13}$$ - Calcul du score moyen d’orientation mexicaine (MOS) :
Sommer les scores des 17 items suivants : 1, 3, 5, 6, 8, 11, 12, 14, 17, 18, 20, 21, 22, 24, 26, 28, 29. Diviser la somme obtenue par 17.
$$\text{Score MOS} = \frac{\sum \text{Items MOS}}{17}$$ - Calcul du score linéaire global d’acculturation :
Le score d’acculturation global s’obtient par soustraction de la moyenne de la MOS de celle de l’AOS :
$$\text{Score d’acculturation} = \text{Score AOS} – \text{Score MOS}$$
Ce score linéaire continu s’étend théoriquement de -4,00 à +4,00. - Classification typologique par niveaux d’acculturation :
Sur la base de seuils standardisés établis par écarts-types autour de la moyenne, Cuellar et al. (1995) définissent cinq niveaux d’acculturation :- Niveau I (Orientation mexicaine très marquée) : Score < -1,33
- Niveau II (Orientation mexicaine dominante avec composante biculturelle) : Score compris entre -1,33 et -0,07
- Niveau III (Biculturalisme équilibré) : Score compris entre -0,06 et +1,19
- Niveau IV (Orientation anglo-saxonne dominante avec composante biculturelle) : Score compris entre +1,20 et +2,45
- Niveau V (Assimilation anglo-saxonne quasi exclusive) : Score > +2,45
- Cotation de l’Échelle de Marginalité (Échelle 2) :
- Marginalité anglo-saxonne (ANGMAR) : Moyenne des items 1 à 6.
- Marginalité mexicaine (MEXMAR) : Moyenne des items 7 à 12.
- Marginalité mexicano-américaine (MAMARG) : Moyenne des items 13 à 18.
- Score global de marginalité : Moyenne de l’ensemble des 18 items.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’ARSMA-II a été formellement publiée en 1995 dans le Hispanic Journal of Behavioral Sciences. L’instrument est tombé dans le domaine de l’évaluation académique ouverte pour les chercheurs et cliniciens à des fins d’enseignement, de pratique clinique non commerciale et de recherche scientifique sans but lucratif, sous réserve de citer scrupuleusement l’article princeps de Cuellar, Arnold et Maldonado (1995).
Les manuels d’utilisation, protocoles détaillés et recueils psychométriques normatifs ont été réédités et intégrés dans plusieurs ouvrages académiques majeurs, notamment au sein du volume Measuring Race and Ethnicity de L. E. Davis et R. J. Engel (Springer, 2011). Toute utilisation commerciale, adaptation logicielle propriétaire ou inclusion dans des plateformes payantes nécessite l’accord explicite des ayants droit ou de l’éditeur scientifique d’origine (Sage Publications / Springer Science+Business Media).
12. Références / References
Les publications fondatrices suivantes constituent les références majeures pour l’étude, l’interprétation et l’administration de l’ARSMA-II :
- Berry, J. W. (1980). Acculturation as varieties of adaptation. Dans A. M. Padilla (Dir.), Acculturation: Theory, models, and some new findings (pp. 9–25). Westview Press.
- Berry, J. W. (1997). Immigration, acculturation, and adaptation. Applied Psychology, 46(1), 5–34. https://doi.org/10.1111/j.1464-0597.1997.tb01087.x
- Cuellar, I., Arnold, B., & Maldonado, R. (1995). Acculturation rating scale for Mexican Americans-II: A revision of the original ARSMA scale. Hispanic Journal of Behavioral Sciences, 17(3), 275–304. https://doi.org/10.1177/00957984950173001
- Cuellar, I., Harris, L. C., & Jasso, R. (1980). An acculturation scale for Mexican American normal and clinical populations. Hispanic Journal of Behavioral Sciences, 2(3), 199–217. https://doi.org/10.1177/073998638000200301
- Davis, L. E., & Engel, R. J. (2011). Measuring race and ethnicity. Springer Science+Business Media. http://www.springer.com/978-1-4419-6696-4
- Lee, R. M., Yoon, E., & Liu-Tom, H.-T. T. (2006). Structure and measurement of acculturation/enculturation for Asian Americans using the ARSMA-II. Measurement and Evaluation in Counseling and Development, 39(1), 42–55. https://doi.org/10.1080/07481756.2006.11909789
- Park, R. E. (1928). Human migration and the marginal man. American Journal of Sociology, 33(6), 881–893. https://doi.org/10.1086/214592
- Stonequist, E. V. (1935). The problem of the marginal man. American Journal of Sociology, 41(1), 1–12. https://doi.org/10.1086/217001