Échelle d’empathie médicale de Jefferson (JSPE)

Découvrez l’Échelle d’empathie médicale de Jefferson (JSPE) : cadre théorique, dimensions (prise de perspective, soins empreints de compassion), validité clinique, fidélité et items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’empathie médicale de Jefferson (Jefferson Scale of Physician Empathy, JSPE), développée en 2001 par Mohammadreza Hojat et ses collaborateurs au sein du Center for Research in Medical Education and Health Care de l’Université Thomas Jefferson, constitue l’instrument psychométrique de référence internationale pour l’évaluation de l’empathie clinique chez les médecins et les étudiants en médecine. Contrairement aux échelles d’empathie générale qui mesurent principalement les composantes affectives et viscérales de la contagion émotionnelle, la JSPE opérationnalise l’empathie comme un attribut avant tout cognitif, caractérisé par la capacité d’un professionnel de santé à comprendre les expériences intérieures, les perspectives et les souffrances du patient, tout en conservant une neutralité affective suffisante pour communiquer cette compréhension et agir avec une visée thérapeutique.

L’instrument se compose de 20 items auto-rapportés évalués sur une échelle de type Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 7 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Dix items sont formulés de manière positive et dix items sont inversés afin de contrôler les biais d’acquiescement. Le score total s’échelonne théoriquement entre 20 et 140 points, les scores les plus élevés reflétant un degré supérieur d’orientation empathique dans la pratique médicale. La structure factorielle de la JSPE révèle classiquement trois dimensions sous-jacentes robustes : la prise de perspective (Perspective Taking), qui regroupe la majorité de la variance, la compassion / soins empreints de compassion (Compassionate Care), et la capacité à se mettre à la place du patient (Standing in the Patient’s Shoes).

Sur le plan métrologique, l’échelle démontre d’excellentes qualités psychométriques à travers de nombreuses cultures et langues : la cohérence interne oscille généralement entre α = 0,78 et α = 0,89, avec une stabilité temporelle satisfaisante (coefficients test-retest compris entre r = 0,65 et r = 0,77 à plusieurs mois d’intervalle). Sa validité convergente a été confirmée par des corrélations positives avec des outils mesurant la prise de perspective (tels que l’Interpersonal Reactivity Index de Davis) et la sensibilité clinique, tandis que sa validité prédictive a été démontrée par des associations directes avec l’adhésion thérapeutique des patients, le contrôle métabolique chez les diabétiques et la satisfaction générale vis-à-vis des soins reçus.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’empathie médicale de Jefferson, JSPE, empathie clinique, relation médecin-patient, prise de perspective, soins de santé humanisés, psychométrie médicale, formation médicale, compétences relationnelles, Mohammadreza Hojat, alliance thérapeutique.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et standardisée par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs en sciences du comportement et en éducation médicale rattachés au Sidney Kimmel Medical College de l’Université Thomas Jefferson (Philadelphie, Pennsylvanie, États-Unis) :

  • Mohammadreza Hojat, Ph.D. : Professeur de psychiatrie et de comportement humain, directeur de recherche au Centre d’évaluation et de recherche en éducation médicale (Center for Research in Medical Education and Health Care), Université Thomas Jefferson. Spécialiste mondial de la métrologie de l’empathie clinique. (Courriel institutionnel : [email protected])
  • Salvatore Mangione, M.D. : Professeur agrégé de médecine, clinicien et expert de l’intégration des humanités médicales dans l’enseignement clinique, Université Thomas Jefferson.
  • Thomas J. Nasca, M.D., MACP : Néphrologue, ancien doyen du Jefferson Medical College et ultérieurement directeur général de l’Accreditation Council for Graduate Medical Education (ACGME).
  • Michael J. Cohen, M.D. : Département de médecine interne, Sidney Kimmel Medical College.
  • Joseph S. Gonnella, M.D. : Doyen émérite et fondateur du Center for Research in Medical Education and Health Care, pionnier des modèles d’évaluation de la compétence clinique.
  • J. Jon Veloski, M.S. : Directeur des études d’évaluation de l’éducation médicale, Université Thomas Jefferson.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la JSPE est d’offrir une mesure quantitative, standardisée, valide et fidèle de l’empathie dans le contexte spécifique des soins médicaux. Avant la publication des travaux de Hojat et al. en 2001, les chercheurs et éducateurs en médecine étaient contraints d’utiliser des instruments génériques issus de la psychologie sociale et de la personnalité, tels que l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) de Mark Davis ou l’échelle d’empathie d’Albert Mehrabian. Cependant, ces instruments généralistes posaient un écueil conceptuel majeur : ils mélangent indistinctement la composante cognitive de l’empathie et les manifestations de la sympathie ou de la détresse personnelle (personal distress). En médecine, la sympathie non régulée et la contagion émotionnelle peuvent conduire à l’épuisement professionnel (burnout), à la perte de lucidité diagnostique et à une surcharge affective néfaste pour le praticien comme pour le soigné.

La JSPE a donc été élaborée pour mesurer un construit strictement délimité : l’empathie cognitive contextualisée à la relation de soin. Ses applications se déclinent en plusieurs volets cruciaux :

  • Recherche en éducation médicale : L’un des usages les plus documentés de l’instrument réside dans l’analyse de l’évolution longitudinale de l’empathie au cours du cursus médical. De multiples études longitudinales ont mis en évidence le phénomène d’« érosion empathique », survenant fréquemment durant la troisième année d’études médicales, au moment précis où les étudiants entrent en contact immersif avec le milieu hospitalier et la charge clinique directe.
  • Évaluation des interventions pédagogiques : La JSPE sert de critère de jugement principal pour évaluer l’efficacité des programmes pédagogiques novateurs visant à préserver ou cultiver l’empathie : ateliers de communication clinique, apprentissage par simulation, formation aux humanités médicales (littérature, arts visuels, théâtre) et pratiques réflexives.
  • Prédicteur de la qualité des soins et des issues cliniques : Sur le plan clinique, la JSPE permet de corréler le profil empathique du soignant avec des indicateurs objectifs de santé. Des études pionnières ont démontré que les patients pris en charge par des médecins obtenant des scores élevés à la JSPE présentent une meilleure observance thérapeutique, une diminution significative des complications aiguës (notamment chez les patients diabétiques) et un niveau de confiance accru envers l’équipe soignante.
  • Sélection et développement professionnel continu : Bien que les concepteurs déconseillent son utilisation comme outil éliminatoire unilatéral lors de la sélection des candidats aux écoles de médecine, l’échelle est largement utilisée pour le bilan réflexif individuel, le mentorat et l’identification des praticiens à risque d’épuisement compassionnel.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la JSPE repose sur une distinction conceptuelle fondamentale opérée par Mohammadreza Hojat entre l’empathie médicale et la sympathie. L’empathie en contexte clinique est définie comme : « un attribut cognitif (plutôt qu’affectif ou émotionnel) qui implique une compréhension (plutôt qu’un partage) des expériences, des préoccupations et des perspectives du patient, combinée à une capacité à communiquer cette compréhension et à une intention d’aider ». Cette définition implique que le clinicien doit être capable d’entrer intellectuellement dans le cadre de référence interne du patient, tout en maintenant une frontière psychologique claire évitant la fusion affective.

La modélisation psychométrique de la JSPE structure ce construit en trois dimensions principales :

1. La Prise de Perspective (Perspective Taking)

Cette dimension constitue le noyau dur de l’empathie cognitive. Elle représente la capacité du soignant à appréhender rationnellement la vision du monde, les craintes et les interprétations que le patient développe au sujet de sa propre maladie. Elle s’illustre par la reconnaissance des indices non verbaux, du langage corporel et des affects sous-jacents sans que le médecin ne soit submergé par eux. Par exemple, l’item 2 (« I try to understand what is going on in my patients’ minds by paying attention to their nonverbal cues and body language ») capture cet effort actif de décodage herméneutique. Les soignants dotés d’une forte prise de perspective intègrent la dimension biopsychosociale de la pathologie plutôt que de la réduire à un dysfonctionnement purement organique.

2. Les Soins Empreints de Compassion (Compassionate Care)

Cette composante explore la conviction éthique et clinique selon laquelle l’attention portée aux émotions du patient et l’établissement d’une alliance humaine authentique sont des vecteurs déterminants de l’efficacité thérapeutique. Cette dimension est principalement opérationnalisée à travers des items inversés qui sanctionnent le détachement cynique ou le réductionnisme biomédical. Par exemple, l’item 14 (« I believe that emotion has no place in the treatment of medical illness ») ou l’item 12 (« Attentiveness to my patients’ personal experiences is irrelevant to treatment effectiveness ») mesurent le degré de rejet de la dimension humaine dans l’acte de soin. Le clinicien valorisant cette dimension considère la réassurance et la validation émotionnelle comme des interventions pharmacologiques ou chirurgicales à part entière.

3. Se Mettre à la Place du Patient (Standing in the Patient’s Shoes)

Cette troisième sous-échelle, plus modeste en nombre d’items mais théoriquement indispensable, évalue la tentative délibérée du praticien d’imaginer la réalité concrète et subjective vécue par le patient souffrant. L’item 8 (« I try to imagine myself in my patients’ shoes when providing care to them ») en est l’incarnation directe, tandis que l’item 19 inversé (« It is difficult for me to view things from my patients’ perspectives ») en relève la difficulté adaptative. Il ne s’agit pas de s’approprier la détresse de l’autre, mais d’exercer une simulation mentale contrefactuelle permettant d’ajuster l’attitude thérapeutique, le ton de la voix et le choix des options de traitement aux contraintes singulières de l’existence du patient.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La genèse de la JSPE s’inscrit au carrefour de trois courants théoriques majeurs : la psychologie humaniste de Carl Rogers, le modèle biopsychosocial de George Engel et la théorie de l’esprit (Theory of Mind) issue des sciences cognitives.

L’Héritage Rogérien et l’Alliance Thérapeutique

Dans ses travaux fondateurs sur la relation d’aide, Carl Rogers (1957) identifiait l’empathie comme l’une des trois conditions nécessaires et suffisantes du changement thérapeutique, aux côtés de la considération positive inconditionnelle et de la congruence. Rogers décrivait l’empathie comme le fait de percevoir le cadre de référence interne d’autrui avec une précision émotionnelle et conceptuelle, « comme si » l’on était cette personne, mais sans jamais perdre la condition du « comme si ». Si cette condition se dissout, le praticien tombe dans l’identification projective, perdant sa capacité d’intervention professionnelle. Hojat et son équipe ont repris verbatim cette prémisse en l’appliquant à la pratique médicale, arguant que le médecin doit comprendre le vécu sans subir la souffrance affective correspondante.

Le Modèle Biopsychosocial d’Engel

Dans les années 1970, George Engel a remis en cause le modèle biomédical classique, qu’il jugeait réductionniste, plaidant pour la prise en compte intégrée des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux dans l’étiologie et la prise en charge des maladies. La JSPE traduit directement ce cadre conceptuel en postulats psychométriques : un médecin purement biomédical rejette l’intérêt des dimensions affectives (items inversés de l’échelle), considérant le corps humain comme une simple machine biologique à réparer. À l’opposé, le praticien aligné sur le modèle biopsychosocial conçoit l’expérience subjective du patient comme une variable déterminante du diagnostic et du traitement.

Cognition Sociale et Régulation Émotionnelle

Sur le plan des neurosciences cognitives, l’empathie clinique mesurée par la JSPE sollicite principalement les réseaux corticaux de la théorie de l’esprit (cortex préfrontal médian, jonction temporo-pariétale, sillon temporal supérieur) et les circuits de contrôle inhibiteur (cortex préfrontal dorso-latéral). Ces structures permettent la métacognition et la décentration cognitive sans activer de façon disproportionnée les voies sous-corticales de la détresse réflexe médiées par l’insula antérieure et le cortex cingulaire antérieur dorsal. Ce cadre théorique justifie l’orientation délibérément cognitive conférée par Hojat à la JSPE, écartant la sympathie non contrôlée qui expose au syndrome d’épuisement professionnel.

7. Validité / Validity

Les propriétés de validité de la JSPE ont fait l’objet d’investigations psychométriques rigoureuses auprès d’échantillons totalisant plusieurs dizaines de milliers de médecins et d’étudiants à travers le monde.

Validité de Construit (Construct Validity)

La validité de construit a été documentée initialement par des comparaisons de groupes contrastés (Hojat et al., 2001, 2002). Les analyses ont révélé de manière consistante des différences statistiquement significatives :

  • Différences selon le genre : Les femmes (médecins ou étudiantes) obtiennent systématiquement des scores moyens significativement plus élevés que les hommes (d de Cohen variant entre 0,25 et 0,45, p < 0,001), une observation concordant avec la littérature internationale sur l’expression de l’empathie et la communication non verbale.
  • Différences selon la spécialité médicale : Les praticiens et résidents s’orientant vers des spécialités centrées sur le patient (médecine générale, pédiatrie, médecine interne, psychiatrie, gériatrie) obtiennent des scores significativement supérieurs à ceux engagés dans des spécialités centrées sur la technique ou la procédure (chirurgie, radiologie, anesthésiologie, pathologie).

Validité Convergente et Discriminante

La validité convergente a été démontrée par des corrélations modérées à fortes avec des instruments connexes :

  • Corrélations significatives et positives avec la sous-échelle « Prise de perspective » de l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) de Davis (r = 0,40 à 0,52, p < 0,01) et avec la sous-échelle « Préoccupation empathique » (r = 0,35 à 0,48).
  • Corrélations positives avec des mesures d’intelligence émotionnelle, de sensibilité interpersonnelle et d’évaluation de la compétence clinique par les pairs et les tuteurs (r = 0,25 à 0,38).

La validité discriminante est attestée par l’absence de corrélation ou des corrélations faibles et négatives avec la sous-échelle « Détresse personnelle » de l’IRI (r = -0,12 à 0,05), prouvant que la JSPE ne mesure pas une vulnérabilité anxieuse face à la détresse d’autrui, mais bien une compétence d’ajustement cognitif.

Validité Prédictive et Liens Cliniques

La JSPE jouit d’une validité prédictive remarquable démontrée dans des études observationnelles d’envergure. Dans une étude devenue célèbre menée auprès de 895 patients diabétiques italiens suivis par 29 médecins généralistes (Del Canale et al., 2012, Academic Medicine), les patients des praticiens du tertile supérieur de la JSPE présentaient un taux significativement inférieur de complications aiguës (acidocétose, coma hyperosmolaire ; odds ratio = 0,59) comparativement à ceux des médecins du tertile inférieur. De même, des corrélations positives robustes ont été constatées entre les scores JSPE des soignants et la fidélité aux rendez-vous de suivi, le contrôle de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) et du cholestérol LDL.

8. Fidélité / Reliability

L’ensemble des études psychométriques publiées rapporte une fidélité élevée pour l’échelle globale :

Cohérence Interne (Internal Consistency)

Dans l’échantillon initial de standardisation (Hojat et al., 2001) comprenant 704 médecins et étudiants en médecine, le coefficient α de Cronbach était de 0,89 pour la version médicale. Dans les études ultérieures répliquées aux États-Unis, en Europe, en Amérique latine et en Asie :

  • Version pour étudiants en médecine (S-Version) : α varie de 0,78 à 0,86 selon les promotions et les adaptations culturelles.
  • Version pour professionnels de santé en exercice (HP-Version) : α oscille entre 0,81 et 0,89.
  • Les coefficients de corrélation item-total ajustés se situent pour l’immense majorité au-dessus du seuil de 0,30, avec une médiane aux alentours de 0,45 à 0,55, confirmant l’homogénéité du construit.

Stabilité Temporelle (Test-Retest)

La fidélité test-retest a été examinée à différents intervalles :

  • À un intervalle de 3 à 4 mois (Hojat et al., 2002), le coefficient de stabilité temporelle était de r = 0,70 (p < 0,001).
  • Sur un intervalle plus long de 6 à 12 mois sans intervention spécifique, les coefficients demeurent stables entre r = 0,65 et r = 0,74, illustrant le fait que l’orientation empathique évaluée par la JSPE reflète un trait cognitif relativement stable dans le temps tout en restant sensible aux interventions formatives ciblées.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La dimensionalité de la JSPE a été explorée par analyse factorielle exploratoire (AFE) puis confirmée par analyse factorielle confirmatoire (AFC).

Structure Factorielle Exploratoire (AFE)

Dans les travaux initiaux de Hojat et al. (2001, 2002), l’analyse en composantes principales avec rotation varimax a mis en évidence une solution prédominante à trois facteurs, expliquant environ 35 % à 42 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Prise de perspective (Perspective Taking) : Il regroupe 10 items (items 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10), tous formulés positivement. Ce facteur représente la plus grande part de variance expliquée (20 % à 25 %). Les saturations factorielles (factor loadings) sont particulièrement élevées pour les items 3, 4 et 5 (variant de 0,55 à 0,74).
  • Facteur 2 : Soins empreints de compassion (Compassionate Care) : Il intègre 8 items (items 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18), tous formulés sous forme inversée. Il contribue à hauteur de 8 % à 12 % de la variance. Les saturations factorielles oscillent entre 0,45 et 0,68.
  • Facteur 3 : Se mettre à la place du patient (Standing in the Patient’s Shoes) : Composé des items 19 et 20 (également inversés), il rend compte de 5 % à 7 % de la variance avec des saturations supérieures à 0,60.

Modélisation Confirmatoire (AFC)

Les analyses factorielles confirmatoires menées sur de vastes cohortes internationales ont globalement validé l’adéquation de ce modèle tridimensionnel corrélé, ainsi que d’un modèle hiérarchique de second ordre où les trois dimensions convergent vers un facteur général d’empathie médicale. Les indices d’ajustement couramment rapportés sont tout à fait satisfaisants :

  • Comparative Fit Index (CFI) > 0,90 (souvent entre 0,92 et 0,95)
  • Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,90
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) compris entre 0,045 et 0,062
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) ≤ 0,055

Bien que certains chercheurs aient parfois identifié des structures unifactorielles ou bifactorielles (fusionnant les facteurs 2 et 3 en raison de la valence inversée des items), le modèle tridimensionnel demeure le standard retenu par les concepteurs de l’échelle pour l’interprétation théorique et clinique.

10. Instrument de mesure / Instrument

Voici les caractéristiques formelles de passation et de cotation de l’instrument :

  • Type de test : Questionnaire psychométrique auto-administré (auto-évaluation).
  • Population cible : Médecins praticiens (version HP), étudiants en médecine (version S) et étudiants des professions paramédicales/soignantes (version HPS).
  • Nombre d’items : 20 propositions déclaratives.
  • Format de réponse : Échelle de Likert en 7 points : de 1 (« Strongly Disagree » / Pas du tout d’accord) à 7 (« Strongly Agree » / Tout à fait d’accord).
  • Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes.
  • Mode d’administration : Papier-crayon ou formulaire numérique en ligne sécurisé.
  • Procédure de cotation (Scoring) :
    • Items directs (10 items) : Items 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. La note attribuée correspond directement à la valeur cochée (de 1 à 7).
    • Items inversés (10 items) : Items 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20 (marqués par la mention (R)). La note doit être inversée selon la formule : Score révisé = 8 - Réponse brute (ex. : une réponse brute de 7 devient 1 ; une réponse brute de 1 devient 7).
    • Score total : Somme algébrique des notes des 20 items (après inversion des items concernés). L’étendue possible du score va de 20 à 140 points.
    • Interprétation : Un score plus élevé reflète une disposition et une orientation empathiques plus prononcées. Dans les normes nord-américaines publiées par Hojat, la moyenne typique des médecins se situe autour de 120 points (écart-type ≈ 12 points).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2001 (Center for Research in Medical Education and Health Care, Thomas Jefferson University).
  • Statut du droit d’auteur : L’Échelle d’empathie médicale de Jefferson est un instrument protégé par le droit d’auteur (Copyright © Thomas Jefferson University, tous droits réservés).
  • Modalités d’accès et d’autorisation : Bien que les items aient été publiés dans des revues savantes à des fins d’examen académique, l’utilisation de l’instrument dans le cadre d’un projet de recherche, d’une évaluation institutionnelle ou d’un programme pédagogique nécessite une licence formelle préalable.
  • Tarification : L’Université Thomas Jefferson applique des frais d’administration et de licence qui varient selon le statut de l’utilisateur (étudiant, chercheur académique avec financement, établissement d’enseignement médical ou organisme à but lucratif). Des formulaires de demande de licence sont disponibles auprès du Sidney Kimmel Medical College.
  • Site officiel de l’instrument : Jefferson Scale of Empathy (JSE) – Thomas Jefferson University.

12. Références / References

Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à la JSPE sont les suivantes :

  • Del Canale, S., Louis, D. Z., Maio, V., Wang, X., Rossi, G., Hojat, M., & Gonnella, J. S. (2012). The relationship between physician empathy and disease complications: An empirical study of primary care physicians and their diabetic patients in Parma, Italy. Academic Medicine, 87(9), 1243–1249. https://doi.org/10.1097/ACM.0b013e3182628fbf
  • Hojat, M., Mangione, S., Nasca, T. J., Cohen, M. J., Gonnella, J. S., Erdmann, J. B., Veloski, J., & Magee, M. (2001). The Jefferson Scale of Physician Empathy: Development and preliminary psychometric data. Educational and Psychological Measurement, 61(2), 349–365. https://doi.org/10.1177/00131640121971158
  • Hojat, M., Gonnella, J. S., Mangione, S., Nasca, T. J., Veloski, J. J., Erdmann, J. B., Callahan, C. A., & Magee, M. (2002). Empathy in medical students as related to academic performance, clinical competence and gender. Medical Education, 36(6), 522–527. https://doi.org/10.1046/j.1365-2923.2002.01234.x
  • Hojat, M., Mangione, S., Kane, G. C., & Gonnella, J. S. (2005). Relationships between scores of the Jefferson Scale of Physician Empathy (JSPE) and the Interpersonal Reactivity Index (IRI). Medical Teacher, 27(7), 625–628. https://doi.org/10.1080/01421590500069744
  • Hojat, M. (2016). Empathy in Health Professions Education and Patient Care. Springer International Publishing. https://doi.org/10.1007/978-3-319-27625-0
  • Kane, G. C., Gotto, J. L., Mangione, S., West, S., & Hojat, M. (2007). Jefferson Scale of Patient’s Perceptions of Physician Empathy: Preliminary psychometric data. Croatian Medical Journal, 48(1), 81–86.
  • Shariat, S. V., Eshtad, E., & Ansari, S. (2010). Empathy and its correlates in Iranian physicians: A preliminary psychometric study of the Jefferson Scale of Physician Empathy. Medical Teacher, 32(10), e417–e421. https://doi.org/10.3109/0142159X.2010.509419
  • Williams, B., Brown, T., Boyle, M., & Dousek, S. (2013). Psychometric testing of the Jefferson Scale of Empathy Health Profession Students’ version with Australian paramedic students. Nursing & Health Sciences, 15(1), 45–50. https://doi.org/10.1111/nhs.12000

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale: “1-Strongly Disagree” To “7- Strongly Agree”
(R) = Reverse-scored item

  1. An important component of the relationship with my patients is my understanding of the emotional status of the patients and their families.
  2. I try to understand what is going on in my patients’ minds by paying attention to their nonverbal cues and body language.
  3. I believe that empathy is an important therapeutic factor in medical treatment.
  4. Empathy is a therapeutic skill without which my success as a physician would be limited.
  5. My understanding of my patients’ feelings gives them a sense of validation that is therapeutic in its own right.
  6. My patients feel better when I understand their feelings.
  7. I consider understanding my patients’ body language as important as verbal communication in physician-patient relationships.
  8. I try to imagine myself in my patients’ shoes when providing care to them.
  9. I have a good sense of humor, which I think contributes to a better clinical outcome.
  10. I try to think like my patients in order to render better care.
  11. Patients’ illnesses can be cured only by medical treatment; therefore, affectional ties to my patients cannot have a significant place in this endeavor. (R)
  12. Attentiveness to my patients’ personal experiences is irrelevant to treatment effectiveness. (R)
  13. I try not to pay attention to my patients’ emotions in interviewing and history taking. (R)
  14. I believe that emotion has no place in the treatment of medical illness. (R)
  15. I do not allow myself to be touched by intense emotional relationships among my patients and their family members. (R)
  16. My understanding of how my patients and their families feel is an irrelevant factor in medical treatment. (R)
  17. I do not enjoy reading nonmedical literature or experiencing the arts. (R)
  18. I consider asking patients about what is happening in their lives an unimportant factor in understanding their physical complaints. (R)
  19. It is difficult for me to view things from my patients’ perspectives. (R)
  20. Because people are different, it is almost impossible for me to see things from my patients’ perspectives. (R)
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Échelle d’empathie médicale de Jefferson (JSPE). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-empathie-medicale-jefferson-jspe/
Looti, Mohammed. “Échelle d’empathie médicale de Jefferson (JSPE).” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-empathie-medicale-jefferson-jspe/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’empathie médicale de Jefferson (JSPE).” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-empathie-medicale-jefferson-jspe/.