1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’empathie de Jefferson – Version pour étudiants des professions de santé (Jefferson Scale of Empathy – Health Profession Students’ version, ou JSPE-HPS) constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureusement validés et largement employés à l’échelle internationale pour mesurer l’empathie dans le contexte spécifique de la relation soignant-soigné. Développée sous la direction du professeur Mohammadreza Hojat et de ses collaborateurs au Center for Research in Medical Education and Health Care de l’Université Thomas Jefferson de Philadelphie, cette échelle est une adaptation de la version originale destinée aux étudiants en médecine (JSPE-S), spécialement calibrée pour englober la diversité des disciplines paramédicales et des sciences de la santé (soins infirmiers, pharmacie, physiothérapie, ergothérapie, odontologie, maïeutique, services paramédicaux d’urgence, etc.).
L’instrument se compose de 20 items auto-rapportés évaluant les attitudes et orientations cognitives des étudiants envers l’empathie clinique. Les participants répondent au moyen d’une échelle de Likert en 7 points, s’étendant de 1 (« Strongly Disagree » / Fortement en désaccord) à 7 (« Strongly Agree » / Fortement d’accord). Dix items sont formulés de manière positive et dix items sont formulés de manière négative, nécessitant une inversion de cotation pour neutraliser les biais d’acquiescement. Le score total oscille entre 20 et 140 points, un score plus élevé reflétant une orientation empathique accrue.
Sur le plan factoriel, la JSPE-HPS met en évidence une structure tripartite prédominante : la prise de perspective (perspective taking), les soins compatissants (compassionate care), et la capacité à se mettre à la place du patient (standing in the patient’s shoes / thinking from the patient’s perspective). Les analyses psychométriques attestent d’une remarquable consistance interne (coefficients alpha de Cronbach généralement compris entre 0,78 et 0,89 selon les cohortes professionnelles et les pays), d’une excellente stabilité temporelle test-retest, ainsi que d’une validité de construit, convergente et discriminante solidement documentée dans une multitude de contextes culturels et linguistiques.
2. Mots-clés / Keywords
Empathie clinique, Échelle d’empathie de Jefferson, JSPE-HPS, professions de santé, psychométrie, relation soignant-soigné, formation médicale, prise de perspective, soins compatissants, évaluation des compétences relationnelles.
3. Auteurs / Authors
Le développement et la standardisation de la JSPE-HPS s’inscrivent dans le programme de recherche longitudinal sur l’empathie médicale conduit à la Thomas Jefferson University (Sidney Kimmel Medical College) à Philadelphie, Pennsylvanie, États-Unis. Les principaux concepteurs et investigateurs associés à l’outil sont :
- Mohammadreza Hojat, Ph.D. : Professeur de recherche en psychiatrie et comportement humain, directeur de projet au Center for Research in Medical Education and Health Care (CRMEHC), Sidney Kimmel Medical College, Thomas Jefferson University. Chercheur principal et théoricien central de l’empathie médicale.
- Salvatore Mangione, M.D. : Professeur associé de médecine, clinicien et éducateur médical, Sidney Kimmel Medical College, Thomas Jefferson University.
- Thomas J. Nasca, M.D., MACP : Ancien doyen du Jefferson Medical College, directeur exécutif émérite de l’ACGME (Accreditation Council for Graduate Medical Education).
- Joseph S. Gonnella, M.D. : Doyen émérite et fondateur du CRMEHC, professeur émérite de médecine, Thomas Jefferson University.
- Nancy Fjortoft, Ph.D., Lon J. Van Winkle, Ph.D., et collaborateurs associés : Universitaires ayant piloté l’extension, l’adaptation terminologique et la validation spécifique de la version HPS auprès des cohortes de pharmacie et d’autres filières de santé.
Contact académique institutionnel : Center for Research in Medical Education and Health Care, Thomas Jefferson University, Philadelphia, PA 19107, USA. Site officiel : Thomas Jefferson University – CRMEHC.
4. Objectif / Purpose
La finalité première de la JSPE-HPS est d’opérationnaliser et de quantifier l’empathie dans la relation clinique auprès des étudiants engagés dans des cursus des professions de santé autres que la seule médecine générale, tels que les soins infirmiers, la pharmacie clinique, la kinésithérapie, la médecine d’urgence préhospitalière (paramédics), l’ergothérapie, la radiologie médicale et la dentisterie. Avant l’émergence des travaux de l’équipe de Jefferson au début des années 2000, la quasi-totalité des mesures d’empathie disponibles dans la littérature psychologique relevait d’instruments généralistes conçus pour la population tout-venant, tels que l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) de Mark Davis ou l’Empathy Quotient (EQ) de Simon Baron-Cohen. Or, ces échelles évaluent des composantes affectives, viscérales ou projectives qui ne capturent pas adéquatement la spécificité déontologique et opératoire du cadre clinique.
En contexte de soins, l’empathie ne saurait être assimilée à une simple contagion émotionnelle ou à de la sympathie pure, lesquelles risquent d’entraîner une perte de neutralité bienveillante, un épuisement professionnel (burnout) ou une détresse empathique néfaste pour la prise de décision thérapeutique. La JSPE-HPS a été précisément formulée pour pallier ce vide méthodologique en mesurant une disposition cognitive professionnelle : la capacité à appréhender le vécu émotionnel et les perspectives cognitives du patient tout en conservant une distance réflexive protectrice.
Les objectifs d’application de la JSPE-HPS se déploient sur trois axes fondamentaux :
- Évaluation et suivi pédagogique longitudinal : Mesurer l’évolution des attitudes empathiques au fil des années de formation universitaire. De nombreuses recherches internationales ont documenté un phénomène d’« érosion de l’empathie » survenant lors de la transition entre les années précliniques théoriques et l’immersion clinique pratique face aux contraintes hospitalières réelles. L’échelle permet de diagnostiquer ce déclin et d’en identifier les facteurs prédictifs.
- Évaluation de programmes d’intervention : Servir d’outil de mesure avant/après (pré-test / post-test) lors de modules d’enseignement consacrés à la communication thérapeutique, aux humanités médicales, au jeu de rôle, à la simulation relationnelle ou à la médecine narrative.
- Recherche translationnelle et prédictive : Étudier les corrélations entre les scores d’empathie des étudiants soignants et leurs performances académiques ultérieures, leur satisfaction professionnelle, la prévention de l’épuisement émotionnel, ainsi que les indicateurs objectifs de santé chez leurs futurs patients (adhésion thérapeutique, gestion de la douleur, contrôle glycémique, observance médicamenteuse).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la JSPE-HPS est rigoureusement ancré dans la définition opérationnelle formulée par le Dr Mohammadreza Hojat. L’empathie clinique y est définie comme un attribut cognitif prédominant (plutôt qu’affectif) impliquant la compréhension des expériences intérieures, des perspectives et de la souffrance du patient, combinée à la capacité de lui communiquer cette compréhension et à l’intention thérapeutique de lui venir en aide.
Contrairement aux modèles sociocognitifs de l’empathie générale qui englobent la sympathie, la contagion affective et l’angoisse personnelle (personal distress), le construit de la JSPE-HPS distingue formellement l’empathie de la sympathie. Alors que la sympathie implique de « ressentir avec » l’autre (partage émotionnel direct pouvant submerger le clinicien), l’empathie clinique implique de « comprendre le ressenti de » l’autre (reconnaissance cognitive, intellectuelle et humaniste).
Dimensions sous-jacentes du construit
Les analyses factorielles menées sur la version HPS identifient généralement trois facteurs constitutifs interdépendants mais distincts :
1. La prise de perspective (Perspective Taking)
Ce premier facteur, qui rassemble le noyau dur de la variance expliquée (comprenant des items tels que l’item 2, 4, 9, 13, 15, 16, 17, 20), mesure la disposition active du futur professionnel de santé à envisager la réalité clinique à travers le prisme phénoménologique du patient. Il renvoie à la théorie de l’esprit appliquée au soin : le praticien ne se limite pas à décoder les symptômes biomédicaux, mais s’efforce de décrypter la communication non verbale, le langage corporel et les répercussions existentielles de la pathologie. Par exemple, l’item 9 (« Health care providers should try to stand in their patients’ shoes when providing care to them ») et l’item 13 (« Health care providers should try to understand what is going on in their patients’ minds by paying attention to their non-verbal cues and body language ») illustrent cette posture d’exploration cognitive et perceptuelle active.
2. Les soins compatissants (Compassionate Care)
Cette composante, principalement alimentée par les items formulés de manière négative nécessitant une inversion de cotation (notamment les items 1, 7, 8, 11, 12, 14), évalue le rejet du réductionnisme strictement biomédical et la valorisation du lien thérapeutique humain. Un score élevé sur ce facteur dénote la conviction profonde que la sphère émotionnelle et biographique du patient joue un rôle déterminant dans l’issue thérapeutique. À l’inverse, un score faible reflète une adhésion au modèle biomédical mécaniste où l’émotion est perçue comme un obstacle parasitaire à l’efficacité technique (ex. item 14 : « I believe that emotion has no place in the treatment of medical illness » ou item 11 : « Patients’ illnesses can be cured only by targeted treatment; therefore, health care providers’ emotional ties with their patients do not have a significant influence in treatment outcomes »).
3. La capacité à se mettre à la place du patient (Standing in the Patient’s Shoes / Pragmatic Perspective)
Ce troisième facteur, souvent isolé dans les études factorielles confirmatoires menées sur les filières paramédicales (ex. items 3 et 6), quantifie la perception des obstacles ou de la faisabilité pragmatique de l’adoption du point de vue d’autrui. Les items 3 (« It is difficult for a health care provider to view things from patients’ perspectives ») et 6 (« Because people are different, it is difficult to see things from patients’ perspectives ») examinent si l’hétérogénéité individuelle et socio-culturelle est conçue comme une barrière infranchissable ou au contraire comme un défi surmontable par l’effort clinique réflexif.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le socle conceptuel de la JSPE-HPS prend racine au carrefour de la psychologie humaniste, des neurosciences sociales contemporaines et de l’éthique médicale du soin (Care Ethics). Plusieurs piliers théoriques majeurs sous-tendent l’instrument :
L’approche centrée sur la personne de Carl Rogers
La théorie de la relation d’aide formulée par Carl Rogers (1957) représente l’ancêtre conceptuel le plus direct de l’empathie thérapeutique. Rogers a décrit l’empathie comme la capacité de percevoir le cadre de référence interne d’autrui avec une grande précision, tout en maintenant les composantes émotionnelles associées « comme si » l’on était cette personne, sans jamais perdre la condition du « comme si ». Hojat intègre fidèlement cette condition rogerienne : la préservation de la limite de soi (self-other boundary) est impérative pour prévenir l’épuisement du clinicien tout en offrant un espace de sécurité thérapeutique au patient.
Le modèle biopsychosocial de George Engel
Formulé à la fin des années 1970 par George Engel en réaction au réductionnisme biomédical dominant, le modèle biopsychosocial postule que la maladie et la santé résultent de l’interaction indissociable de déterminants biologiques, psychologiques et contextuels. La JSPE-HPS s’inscrit au cœur de ce paradigme : les items de l’échelle sondent directement la disposition de l’étudiant à explorer l’histoire de vie, les liens familiaux (items 1, 16, 18) et le vécu psychosocial du patient comme des variables cliniquement décisionnelles et non comme de simples anecdotes périphériques.
Les modèles neurocognitifs à double processus de l’empathie
Les neurosciences cognitives (travaux de Jean Decety, Tania Singer) distinguent formellement :
- La voie bottom-up : Résonance affective motrice et émotionnelle pré-réflexive, médiée par le système des neurones miroirs, le cortex insulaire et le cortex cingulaire antérieur.
- La voie top-down : Régulation cognitive, contrôle inhibiteur exécutif et mentalisation (théorie de l’esprit), médiée par le cortex préfrontal ventromédian, le cortex préfrontal dorsolatéral et la jonction temporo-pariétale.
La théorie d’Hojat sur l’empathie médicale postule explicitement que l’empathie soignante fonctionnelle doit reposer de manière prévalente sur la voie cognitive top-down. La sollicitation prépondérante du système affectif bottom-up prédispose le professionnel à l’angoisse par procuration, au stress compassionnel (compassion fatigue) et au repli défensif cynique. La JSPE-HPS a été volontairement bâtie pour capturer cette maîtrise cognitive de la compréhension clinique.
7. Validité / Validity
Les qualités métrologiques et la validité de l’échelle d’empathie de Jefferson dans sa version HPS ont été attestées par une multitude de travaux empiriques internationaux.
Validité de contenu et d’apparence
Le contenu des items a été élaboré au départ via des revues systématiques de littérature, des groupes de discussion (focus groups) avec des éducateurs médicaux, des cliniciens et des étudiants, ainsi qu’une validation formelle par panels d’experts. Pour la version HPS, les formulations ont fait l’objet d’ajustements sémantiques rigoureux : le terme générique « physician » présent dans la version originale S a été remplacé par l’expression inclusive « health care provider », garantissant que les étudiants en pharmacie, soins infirmiers ou physiothérapie s’identifient pleinement aux situations décrites.
Validité convergente
La validité convergente de la JSPE-HPS a été démontrée par des corrélations positives statistiquement significatives avec d’autres échelles validées évaluant les compétences relationnelles :
- Corrélations positives modérées à fortes (r = 0,40 à r = 0,68) avec la sous-échelle de Prise de perspective (Perspective Taking) de l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) de Davis.
- Corrélations significatives positives avec la sous-échelle de Préoccupation empathique (Empathic Concern) de l’IRI.
- Corrélations positives avec les scores d’intelligence émotionnelle (ex. Mayer-Salovey-Caruso Emotional Intelligence Test / MSCEIT ou le TEIQue).
- Corrélations positives avec des évaluations objectives de la relation thérapeutique lors d’Examens Cliniques Objectifs Structurés (ECOS / OSCE) impliquant des patients standardisés.
Validité discriminante
La validité discriminante est solidement établie par l’absence de corrélation ou l’existence de corrélations très faibles (proches de zéro) entre les scores de la JSPE-HPS et des construits théoriquement non corrélés :
- Absence de corrélation significative avec la sous-échelle de Détresse personnelle (Personal Distress) de l’IRI (r < 0,10, p > 0,05), ce qui confirme empiriquement la distinction cruciale entre empathie cognitive opérante et anxiété émotionnelle désorganisatrice.
- Faibles corrélations avec les mesures d’anxiété générale, de neuroticisme ou de désirabilité sociale (évaluée par exemple via l’échelle de Marlow-Crowne).
Validité de groupe connu (Known-Groups Validity)
La JSPE-HPS reproduit de manière constante les disparités sociodémographiques classiquement documentées dans la recherche en psychologie sociale :
- Effet du genre : Dans la quasi-totalité des études empiriques (aux États-Unis, en Australie, en Europe, en Asie et en Amérique latine), les étudiantes obtiennent des scores moyens de JSPE-HPS statistiquement supérieurs à ceux de leurs homologues masculins (p < 0,001, tailles d’effet de d = 0,25 à 0,55).
- Spécialité visée : Les étudiants s’orientant vers des disciplines orientées vers le contact humain et la prise en charge globale (soins palliatifs, pédiatrie, psychiatrie, médecine générale, soins de premier recours) présentent des scores significativement plus élevés que ceux choisissant des filières centrées sur la technique instrumentale ou l’imagerie.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de la JSPE-HPS a été examinée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle.
Consistance interne
Dans l’étude pionnière menée par Fjortoft, Van Winkle et Hojat (2011) auprès d’étudiants en pharmacie, l’alpha de Cronbach s’est élevé à 0,81. Des résultats similaires ont été répliqués dans de nombreuses cohortes internationales :
- Williams, Brown, Boyle et Dousek (2013) ont rapporté un coefficient alpha de Cronbach de 0,84 chez des étudiants australiens en soins d’urgence paramédicaux (paramedic students).
- Dans des promotions d’étudiants en sciences infirmières au Brésil, en Corée du Sud, au Canada et en Espagne, les coefficients de consistance interne oscillent régulièrement entre 0,80 et 0,87.
- Les coefficients de corrélation item-total corrigés sont pour la plupart supérieurs au seuil critique de 0,30, la majorité se situant entre 0,38 et 0,62, ce qui confirme que chaque énoncé contribue de façon substantielle et homogène à la mesure du construit global.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle a été mesurée lors de protocoles à court et moyen terme chez des cohortes n’ayant reçu aucune intervention pédagogique intercurrente :
- À un intervalle de 2 à 4 semaines, les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et de corrélation test-retest de Pearson se situent généralement entre r = 0,65 et r = 0,78, dénotant une excellente fiabilité relative.
- À long terme (sur 6 à 12 mois), la mesure conserve une stabilité notable tout en restant suffisamment sensible aux variations induites par les événements de formation clinique ou les interventions spécifiques d’entraînement aux compétences empathiques.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration de l’architecture factorielle de la JSPE-HPS a fait l’objet de multiples investigations par analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Les extractions par factorisation en axes principaux avec rotation oblique (Promax) ou orthogonale (Varimax) mettent quasi systématiquement en lumière une solution à 3 facteurs expliquant entre 35 % et 48 % de la variance totale, en adéquation avec la structure observée sur la version médicale originale :
- Facteur 1 : Prise de perspective (Perspective Taking) — Ce facteur explique à lui seul la part prépondérante de la variance (souvent 25 % à 32 %). Il agrège les items positifs (notamment items 2, 4, 5, 9, 10, 13, 15, 16, 17, 20) avec des saturations factorielles robustes comprises entre 0,42 et 0,78.
- Facteur 2 : Soins compatissants (Compassionate Care) — Ce facteur rend compte de 6 % à 10 % additionnels de la variance. Il regroupe principalement les énoncés formulés négativement qui rejettent l’impact de l’émotion et de l’écoute sur le succès thérapeutique (items 1, 7, 8, 11, 12, 14, 18), avec des saturations oscillant entre 0,38 et 0,72.
- Facteur 3 : Se mettre à la place du patient (Standing in Patient’s Shoes) — Ce facteur plus circonscrit (3 % à 6 % de variance) regroupe typiquement les items 3 et 6, évaluant le sentiment de difficulté ou de complexité à adopter le point de vue d’un patient singulier.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les études de modélisation par équations structurelles confirment que le modèle tri-factoriel hiérarchique ou corrélé offre des indices d’ajustement statistiquement supérieurs à un modèle unifactoriel unidimensionnel :
- Comparative Fit Index (CFI) : compris généralement entre 0,91 et 0,96.
- Tucker-Lewis Index (TLI) : compris entre 0,90 et 0,95.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : valeurs typiquement comprises entre 0,042 et 0,058 (IC 90 % < 0,07), traduisant une excellente adéquation du modèle aux données observées.
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : inférieur au seuil de tolérance de 0,06.
Ces données confirment que bien que l’utilisation d’un score total global soit justifiée par l’existence d’un facteur général d’ordre supérieur, l’analyse détaillée des sous-échelles fournit des nuances pédagogiques précieuses.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Jefferson Scale of Empathy – Health Profession Students’ Version (JSPE-HPS).
- Acronyme : JSPE-HPS.
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report measure).
- Population cible : Étudiants inscrits dans l’ensemble des filières de santé et paramédicales (pharmacie, soins infirmiers, masso-kinésithérapie / physiothérapie, ergothérapie, orthophonie, maïeutique, odontologie, ambulanciers paramédicaux, radiologie médicale, etc.).
- Nombre d’items : 20 items rédigés sous forme d’affirmations comportementales et attitudinales.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 7 points graduée de 1 (« Strongly Disagree » / Fortement en désaccord) à 7 (« Strongly Agree » / Fortement d’accord).
- Modalités de passation : Format papier-crayon traditionnel ou administration informatisée en ligne (durée moyenne de complétion : 5 à 10 minutes).
- Procédure de cotation (Scoring) :
- Items cotés directement (10 items positifs) : Items 2, 4, 5, 9, 10, 13, 15, 16, 17, 20. La note attribuée correspond directement à la valeur cochée par le répondant (1 = 1 point, 2 = 2 points … 7 = 7 points).
- Items inversés (10 items négatifs) : Items 1, 3, 6, 7, 8, 11, 12, 14, 18, 19. Pour ces items, la valeur doit être rigoureusement inversée selon la formule :
Score révisé = 8 - Valeur brute(c’est-à-dire : 1 devient 7, 2 devient 6, 3 devient 5, 4 reste 4, 5 devient 3, 6 devient 2, 7 devient 1). - Score total : Somme algébrique des 20 items après inversion. L’étendue théorique des scores va de 20 à 140 points.
- Interprétation : Plus le score cumulé est élevé, plus l’attitude et l’orientation cognitive de l’étudiant soignant envers l’empathie clinique sont considérées comme favorables et développées.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : La matrice originale pour médecins (JSPE) a été publiée en 2001 par l’équipe de Mohammadreza Hojat. L’adaptation formelle destinée aux étudiants des professions de santé (HPS-version) a été déployée et validée à la fin des années 2000, avec des jalons majeurs de publication empirique documentés entre 2011 (validation chez les étudiants en pharmacie) et 2013 (paramédics et filières interdisciplinaires).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : L’instrument, ses déclinaisons et ses traductions officielles sont la propriété intellectuelle exclusive du Center for Research in Medical Education and Health Care (CRMEHC) de la Thomas Jefferson University, Philadelphie, États-Unis. Tous droits réservés.
- Politique d’utilisation et tarification : L’accès à la JSPE-HPS n’est pas libre de droits (le test n’est pas dans le domaine public). L’utilisation à des fins de recherche académique, de thèse ou d’évaluation pédagogique institutionnelle requiert une autorisation préalable écrite et l’acquisition d’un contrat de licence auprès de l’Université Thomas Jefferson. Des frais administratifs et des redevances proportionnelles au nombre de participants évalués (per-use licensing fee) sont appliqués. Les chercheurs peuvent solliciter une licence officielle via le portail officiel de l’université : Jefferson Scale of Empathy Licensing Page.
12. Références / References
Les sources et études fondatrices relatives à la conception, la validation et l’analyse psychométrique de l’échelle d’empathie de Jefferson sont répertoriées ci-dessous en style APA (7e édition) :
- Fjortoft, N., Van Winkle, L. J., & Hojat, M. (2011). Measuring Empathy in Pharmacy Students. American Journal of Pharmaceutical Education, 75(6), Article 109. https://doi.org/10.5688/ajpe756109
- Hojat, M. (2016). Empathy in Health Professions Education and Patient Care. Springer International Publishing. https://doi.org/10.1007/978-3-319-27625-0
- Hojat, M., Gonnella, J. S., Mangione, S., Nasca, T. J., Veloski, J. J., & Erdmann, J. B. (2002). Empathy in medical students as related to academic performance, clinical competence and gender. Medical Education, 36(6), 522–527. https://doi.org/10.1046/j.1365-2923.2002.01234.x
- Hojat, M., Mangione, S., Kane, G. C., & Gonnella, J. S. (2005). Relationships between scores of the Jefferson Scale of Physician Empathy (JSPE) and the Interpersonal Reactivity Index (IRI). Medical Teacher, 27(6), 625–628. https://doi.org/10.1080/01421590500069744
- Hojat, M., Mangione, S., Nasca, T. J., Cohen, M. J., Gonnella, J. S., Erdmann, J. B., Veloski, J., & Magee, M. (2001). The Jefferson Scale of Physician Empathy: Development and preliminary psychometric data. Educational and Psychological Measurement, 61(2), 349–365. https://doi.org/10.1177/00131640121971158
- Kane, G. C., Gotto, J. L., Mangione, S., West, S., & Hojat, M. (2007). Jefferson Scale of Patient’s Perceptions of Physician Empathy: Preliminary psychometric data. Croatian Medical Journal, 48(1), 81–86. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2080498/
- Shariat, S. V., Eshtad, E., & Ansari, S. (2010). Empathy and its correlates in Iranian physicians: A preliminary psychometric study of the Jefferson Scale of Physician Empathy. Medical Teacher, 32(10), e417–e421. https://doi.org/10.3109/0142159x.2010.498488
- Williams, B., Brown, T., Boyle, M., & Dousek, S. (2013). Psychometric testing of the Jefferson Scale of Empathy Health Profession Students’ version with Australian paramedic students. Nursing & Health Sciences, 15(1), 45–50. https://doi.org/10.1111/nhs.12002
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: “1-Strongly Disagree” To “7- Strongly Agree”
- Health care providers’ understanding of their patients’ feelings and the feelings of their patients’ families do not influence treatment outcomes.
- Patients feel better when their health care provider understands their feelings.
- It is difficult for a health care provider to view things from patients’ perspectives.
- Understanding body language is as important as verbal communication in health care provider – patient relationships.
- A health care provider’s sense of humour contributes to a better clinical outcome.
- Because people are different‚ it is difficult to see things from patients’ perspectives.
- Attention to patients’ emotions is not important in patient interview [interviewing].
- Attentiveness to patients’ personal experiences does not influence treatment outcomes.
- Health care providers should try to stand in their patients’ shoes when providing care to them.
- Patients value a health care provider’s understanding of their feelings‚ which is therapeutic in its own right.
- Patients’ illnesses can be cured only by targeted treatment; therefore‚ health care providers’ emotional ties with their patients do not have a significant influencein treatment outcomes.
- Asking patients about what is happening in their personal lives is not helpful in understanding their physical complaints.
- Health care providers should try to understand what is going on in their patients’ minds by paying attention to their non-verbal cues and body language.
- I believe that emotion has no place in the treatment of medical illness.
- Empathy is a therapeutic skill without which a health care provider’s success is limited.
- Health care providers’ understanding of the emotional status of their patients‚ as well as that of their families is one important component of the health careprovider – patient relationship.
- Health care providers should try to think like their patients in order to render better care.
- Health care providers should not allow themselves to be influenced by strong personal bonds between their patients and their family members.
- I do not enjoy reading non-medical literature or the arts.
- I believe that empathy is an important factor in patients’ treatment.