1. Résumé / Abstract
L’Échelle du lieu de contrôle parental (communément désignée dans la littérature scientifique anglophone sous l’acronyme PLOC pour Parental Locus of Control Scale) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu et validé par Lisa Campis, R. Douglas Lyman et Steven Prentice-Dunn en 1986. Développée pour opérationnaliser le concept de lieu de maîtrise dans le contexte spécifique des interactions parent-enfant, cette échelle s’émancipe des mesures généralistes du contrôle perçu (telles que celle de Julian Rotter) pour cibler précisément les attributions causales des parents concernant leurs compétences éducatives, les comportements de leur progéniture et la dynamique relationnelle intrafamiliale. L’instrument est composé de 47 items cotés sur une échelle de Likert en cinq points, allant de 1 (« Fortement en désaccord » / Strongly disagree) à 5 (« Fortement d’accord » / Strongly agree).
Sur le plan structurel, l’analyse factorielle exploratoire originelle a permis d’extraire cinq facteurs distincts mais intercorrélés : (1) l’Efficacité parentale (Parental Efficacy, 10 items), (2) la Responsabilité parentale (Parental Responsibility, 10 items), (3) le Contrôle de la vie des parents par l’enfant (Child Control of Parents’ Life, 7 items), (4) la Croyance parentale en la fatalité ou la chance (Parental Belief in Fate/Chance, 10 items), et (5) le Contrôle parental du comportement de l’enfant (Parental Control of Child’s Behavior, 10 items). Des scores élevés reflètent un lieu de contrôle parental externe, caractérisé par un sentiment d’impuissance, la conviction que la destinée ou les traits intrinsèques de l’enfant régissent les résultats éducatifs, ou une incapacité perçue à réguler les conduites infantiles. Inversement, des scores faibles dénotent une orientation interne robuste, associée à un sentiment d’auto-efficacité élevé et à une prise de responsabilité proactive.
Les propriétés psychométriques établies lors des études initiales et corroborées par les réplications subséquentes démontrent une consistance interne substantielle, avec un coefficient alpha de Cronbach global de 0,92 pour l’échelle totale, et des indices factoriels s’échelonnant entre 0,65 et 0,77. La fidélité test-retest à court et moyen terme s’avère hautement satisfaisante. La validité convergente et la validité discriminante sont étayées par de fortes corrélations avec l’anxiété parentale, la dépression, le stress parental perçu, ainsi que la prévalence des troubles des conduites chez les enfants. Utilisée tant dans la recherche fondamentale en psychologie du développement que dans l’évaluation clinique des programmes d’entraînement aux habiletés parentales, la PLOC demeure une référence internationale incontournable pour diagnostiquer la détresse éducative et prédire la réceptivité parentale aux thérapies comportementales.
2. Mots-clés / Keywords
Lieu de contrôle parental, psychométrie, évaluation psychologique, auto-efficacité parentale, attributions causales, relations parent-enfant, stress parental, troubles du comportement, analyse factorielle, fidélité test-retest, validité de construit, éducation parentale.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle du lieu de contrôle parental a été élaborée au sein du département de psychologie de l’Université de l’Alabama (Tuscaloosa, États-Unis) par une équipe de chercheurs spécialisés en psychologie clinique de l’enfant et en dynamique sociale :
- Lisa B. Campis, Ph.D. : Psychologue clinicienne, chercheuse principale ayant conduit les travaux doctoraux ayant abouti à la création et à l’étalonnage initial de l’instrument. Ses recherches ont porté sur l’évaluation des attitudes parentales, les facteurs prédictifs de l’abandon précoce des thérapies familiales et la modélisation de l’incompétence perçue chez les mères d’enfants présentant des troubles externalisés.
- R. Douglas Lyman, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université de l’Alabama. Auteur prolifique dans le domaine des troubles psychiatriques infanto-juvéniles, de l’évaluation de l’attachement et des interventions institutionnelles pour adolescents en difficulté. Ses travaux ont contribué à valider l’utilité clinique de la PLOC dans les populations psychiatriques pédiatriques.
- Steven Prentice-Dunn, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Université de l’Alabama, expert en psychologie sociale et comportementale de la santé. Connu pour ses travaux sur la théorie de la motivation à se protéger (Protection Motivation Theory) et la désindividuation, il a apporté la rigueur méthodologique nécessaire au traitement factoriel et à la validation nomologique du construit de contrôle parental.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle du lieu de contrôle parental est de mesurer quantitativement la perception qu’a un parent de la source de contrôle déterminant la nature de ses interactions avec son enfant et le comportement de ce dernier. Alors que les échelles généralistes du lieu de contrôle issues des travaux de Julian B. Rotter échouaient régulièrement à prédire des conduites spécifiques dans des domaines de vie particuliers, la PLOC a été élaborée sur le postulat méthodologique qu’un instrument spécifique au domaine (domain-specific measure) offre une sensibilité psychométrique et un pouvoir prédictif nettement supérieurs lorsqu’il s’agit d’analyser le fonctionnement familial.
Sur le plan théorique, l’instrument vise à déterminer si un parent situe l’origine de ses réussites et de ses échecs éducatifs à l’intérieur de sa propre sphère de compétence et d’effort (orientation interne), ou s’il les attribue à des forces extérieures incontrôlables telles que la chance, le destin, la disposition innée intraitable de l’enfant, voire à une domination directe exercée par l’enfant sur la vie familiale (orientation externe). L’évaluation de cette perception est cruciale, car les biais d’attribution influencent directement l’engagement émotionnel du parent, sa persistance face aux crises comportementales et son style d’éducation (démocratique, autoritaire ou permissif).
Dans les contextes cliniques, l’échelle remplit plusieurs fonctions diagnostiques et thérapeutiques majeures :
- Dépistage et prédiction de l’adhésion thérapeutique : Un lieu de contrôle fortement externe chez les parents prédit statistiquement un taux d’abandon prématuré plus élevé dans les interventions de prise en charge pédiatrique et les thérapies familiales. Identifier un parent qui se sent dénué d’efficacité permet d’adapter l’alliance thérapeutique avant d’imposer des consignes éducatives directes.
- Évaluation pré- et post-intervention : La PLOC est intensivement utilisée pour mesurer l’efficacité des programmes d’entraînement aux compétences parentales (comme le programme Triple P ou le Parent Management Training de Kazdin). Une diminution des scores totaux et factoriels post-intervention indique une réappropriation du sentiment de contrôle par le parent.
- Compréhension de la maltraitance et des risques de négligence : Les études en protection de l’enfance montrent que les parents maltraitants manifestent souvent un profil attributionnel paradoxal : ils estiment que l’enfant contrôle délibérément leur existence (facteur 3) tout en niant leur propre efficacité régulatrice (facteur 1), ce qui génère une frustration violente face aux transgressions ordinaires.
Dans la recherche académique, l’échelle sert de pivot pour modéliser les trajectoires de développement infantile. Elle permet d’étudier comment l’externalité parentale agit comme une variable médiatrice entre la précarité socio-économique, la dépression parentale et l’émergence de troubles oppositionnels avec provocation (TOP) ou de déficits de l’attention avec hyperactivité (TDAH) chez l’enfant.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la PLOC repose sur une décomposition multidimensionnelle du concept de lieu de contrôle appliqué à la parentalité. L’analyse conceptuelle isole cinq dimensions interdépendantes qui structurent la cognition parentale :
Facteur 1 : L’Efficacité parentale (Parental Efficacy)
Cette dimension évalue le sentiment de compétence personnelle du parent et sa croyance en sa capacité à modifier ou réguler activement les comportements de son enfant. Un parent présentant un score externe sur ce facteur est convaincu que ses actions n’ont aucun impact tangible (« What I do has little effect on my child’s behavior ») et aura tendance à capituler immédiatement devant les crises ou les colères infantiles (« If your child tantrums no matter what you try, you might as well give up »). À l’inverse, une orientation interne sur ce facteur renvoie au concept d’auto-efficacité introduit par Albert Bandura, traduisant la certitude qu’une réponse parentale cohérente et calme surmontera les difficultés comportementales.
Facteur 2 : La Responsabilité parentale (Parental Responsibility)
Le deuxième facteur explore le degré auquel le parent s’attribue la causalité des réussites ou des manquements de l’enfant. Les items mesurent la croyance selon laquelle le bon ou le mauvais comportement d’un jeune découle directement des aptitudes ou des erreurs du père ou de la mère (« Children’s behavior problems are often due to the mistakes their parent made » ; « There is no such thing as good or bad children- just bad parents »). Un score élevé d’externalité sur cette sous-échelle reflète un déni de responsabilité éducative, tandis qu’un score interne extrême peut révéler une culpabilité pathologique, le parent s’estimant l’unique fautif de chaque comportement inadapté manifesté par l’enfant.
Facteur 3 : Le Contrôle de la vie des parents par l’enfant (Child Control of Parents’ Life)
Cette sous-échelle mesure l’inversion des rôles perçue dans la dynamique hiérarchique familiale, c’est-à-dire le sentiment que l’enfant domine et dicte l’existence quotidienne du parent (« My life is chiefly controlled by my child » ; « My child influences the number of friends I have »). Les parents qui obtiennent des scores très élevés sur ce facteur rapportent une impression d’aliénation parentale, ressentant que leurs horaires, leurs liens sociaux, leur bien-être conjugal et leur liberté de mouvement sont totalement subordonnés aux exigences et aux crises de l’enfant. Cela témoigne d’une perméabilité excessive des frontières intergénérationnelles au sein du système familial.
Facteur 4 : La Croyance parentale en la fatalité ou la chance (Parental Belief in Fate/Chance)
Le quatrième facteur évalue la tendance à imputer le développement et la trajectoire de l’enfant à des forces aléatoires, imprévisibles ou prédéterminées, telles que la chance biologique, l’hérédité ou le destin (« Being a good parent often depends on being lucky enough to have a good child » ; « Fate was kind to me- if I had had a bad child I don’t know what I would have done »). L’individu souscrivant à cette croyance réduit l’importance de l’effort éducatif, postulant que les enfants « naissent bons ou mauvais » indépendamment des pratiques parentales mises en œuvre (« Heredity plays a major role in determining a child’s personality »).
Facteur 5 : Le Contrôle parental du comportement de l’enfant (Parental Control of Child’s Behavior)
Enfin, cette dimension quantifie la perception directe du parent quant à son incapacité concrète à gérer le comportement de l’enfant en situation réelle. Contrairement au facteur 1 qui explore l’efficacité dans un sens plus cognitif et général, le facteur 5 cible le sentiment d’impuissance opérationnelle face à des événements perturbateurs immédiats (« My child’s behavior is sometimes more than I can handle » ; « Sometimes I feel that my child’s behavior is hopeless »). Il reflète également les stratégies de capitulation parentale consistant à céder aux caprices de l’enfant pour éviter une confrontation (« It is often easier to let my child have his/her way than to put up with a tantrum »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement épistémologique de l’Échelle du lieu de contrôle parental s’inscrit à l’intersection de deux courants théoriques majeurs de la psychologie contemporaine : la théorie de l’apprentissage social de Julian Rotter et la théorie sociocognitive d’Albert Bandura, enrichies par les modèles de la théorie de l’attribution développés par Fritz Heider et Bernard Weiner.
Dans le cadre de la théorie de l’apprentissage social (Rotter, 1966), le comportement humain est déterminé par le potentiel comportemental, lequel est fonction des attentes de l’individu quant à l’obtention d’un renforcement consécutif à son action, et de la valeur accordée à ce renforcement. Rotter a conceptualisé le lieu de contrôle (Locus of Control) comme une croyance généralisée concernant la source de contrôle sur les événements de vie. Cependant, les psychologues ont rapidement constaté une limite inhérente aux mesures généralistes du contrôle : un individu peut présenter un lieu de contrôle interne dans sa sphère professionnelle, tout en manifestant une externalité totale dans sa vie de couple ou dans son rôle parental. Campis, Lyman et Prentice-Dunn ont donc opérationnalisé ce construit au champ spécifique de la parentalité, validant la prémisse théorique de Phares (1976) selon laquelle la précision prédictive d’une mesure s’accroît lorsqu’elle reflète le contexte situationnel ciblé.
Parallèlement, la PLOC intègre le concept de sentiment d’efficacité personnelle (Self-Efficacy) de Bandura (1977). L’efficacité parentale perçue détermine l’intensité de l’effort que les parents déploieront lorsqu’ils sont confrontés à des conduites oppositionnelles, ainsi que la durée de leur persévérance face à des obstacles prolongés. Les parents présentant une faible efficacité parentale sombrent fréquemment dans ce que Martin Seligman a théorisé sous le concept d’impuissance acquise (Learned Helplessness) : après plusieurs tentatives infructueuses pour réguler les crises d’un enfant difficile, le parent conclut qu’aucun de ses comportements ne peut modifier l’issue, ce qui mène à la résignation, à la négligence passive ou à des explosions de colère disproportionnées.
Enfin, le modèle attributionnel de Bernard Weiner (1985) apporte un éclairage indispensable à la structure de la PLOC. Weiner distingue les causes selon trois axes : le lieu de causalité (interne/externe), la stabilité (stable/instable) et la contrôlabilité (contrôlable/incontrôlable). Les facteurs 2 (« Responsabilité ») et 4 (« Fatalité/Chance ») traduisent précisément ces bifurcations attributionnelles : attribuer l’agressivité de l’enfant à l’hérédité (cause externe, stable, incontrôlable) décharge le parent de sa responsabilité tout en alimentant un fatalisme dépressif, alors que l’attribuer à un manque d’effort parental ponctuel (cause interne, instable, contrôlable) permet une remobilisation adaptative.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la PLOC par Campis, Lyman et Prentice-Dunn (1986), ainsi que par les nombreuses équipes de recherche qui l’ont appliquée ultérieurement, confirme une validité robuste à travers plusieurs modalités méthodologiques :
Validité de contenu
Lors de la phase de conception initiale, un ensemble substantiel de 95 items préliminaires a été généré sur la base d’entretiens cliniques avec des parents, de revues de la littérature sur les relations parent-enfant et de consultations auprès d’experts en psychopathologie de l’enfant. Les items présentaient une représentativité adéquate des problématiques quotidiennes d’autorité, de discipline, de gestion affective et de partage du pouvoir intrafamilial. Une sélection rigoureuse a permis de réduire l’instrument à 47 items présentant des indices de clarté conceptuelle et de variance discriminative élevés.
Validité convergente et divergente
La validité convergente de la PLOC a été établie en corrélant ses scores avec des instruments mesurant le lieu de contrôle général, l’anxiété et le stress parental. Des corrélations significatives et modérées (r compris entre 0,35 et 0,48, p < 0,001) ont été observées entre le score total de la PLOC et l’échelle d’I-E de Rotter, confirmant que si la PLOC partage une variance commune avec le construit général de contrôle, elle capture une variance spécifique liée au contexte éducatif. De plus, des corrélations positives élevées ont été démontrées avec les scores du Parenting Stress Index (PSI) d’Abidin, en particulier avec le domaine de la détresse parentale (r = 0,54) et le domaine de l’enfant difficile (r = 0,61).
Sur le plan de la validité divergente, la PLOC présente des corrélations quasi nulles ou non significatives avec les échelles de désirabilité sociale (telles que l’échelle de Marlowe-Crowne), ce qui démontre que les réponses des parents ne sont pas simplement biaisées par la volonté de présenter une image éducative socialement idéale.
Validité discriminante et prédictive
L’un des atouts empiriques majeurs de l’instrument réside dans sa capacité éprouvée à discriminer les populations cliniques des populations non cliniques. Dans l’étude originale de Campis et collaborateurs (1986), l’échelle a été administrée à un groupe de parents dont les enfants étaient orientés vers des cliniques de santé mentale pour des troubles graves des conduites, et à un groupe témoin de parents d’enfants tout-venant. Les résultats ont révélé que les parents du groupe clinique obtenaient des scores globaux de lieu de contrôle parental significativement plus externes (M = 148,6 ; SD = 18,2) que les parents du groupe témoin (M = 127,4 ; SD = 16,5 ; t = 6,84, p < 0,001). Les facteurs les plus discriminants étaient l’Efficacité parentale (Facteur 1) et le Contrôle parental du comportement de l’enfant (Facteur 5).
Dans des études prospectives, des scores élevés d’externalité à la PLOC se sont révélés prédictifs de l’utilisation de punitions corporelles sévères, d’un style éducatif incohérent et d’un pronostic thérapeutique défavorable chez des enfants traités pour des troubles oppositionnels.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle du lieu de contrôle parental a été minutieusement évaluée à travers la consistance interne et la stabilité temporelle (test-retest), fournissant des coefficients conformes aux standards psychométriques établis par l’American Psychological Association :
Consistance interne
Lors de l’échantillonnage de développement (N = 205 parents), le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale de 47 items s’élevait à 0,92, témoignant d’une excellente cohérence interne générale. L’analyse des cinq sous-échelles individuelles a révélé des indices d’homogénéité satisfaisants à bons :
- Facteur 1 : Efficacité parentale (10 items) : α = 0,77
- Facteur 2 : Responsabilité parentale (10 items) : α = 0,70
- Facteur 3 : Contrôle de la vie des parents par l’enfant (7 items) : α = 0,65
- Facteur 4 : Croyance parentale en la fatalité/chance (10 items) : α = 0,72
- Facteur 5 : Contrôle parental du comportement de l’enfant (10 items) : α = 0,75
Les corrélations inter-items moyennes s’inscrivent dans l’intervalle recommandé de 0,20 à 0,40, garantissant que les items mesurent des facettes nuancées du construit sans redondance sémantique excessive.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon de parents évalués à un intervalle de trois à quatre semaines dans des conditions de stabilité environnementale. Le coefficient de corrélation de Pearson test-retest pour l’échelle totale était de r = 0,83 (p < 0,001). Les coefficients test-retest pour les sous-échelles factorielles se distribuaient de 0,71 (Facteur 3) à 0,84 (Facteur 1). Ces données attestent que la PLOC évalue des traits et attitudes attributionnels relativement stables dans le temps, tout en conservant une sensibilité aux changements thérapeutiques induits lors d’interventions ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la PLOC a été établie par Campis, Lyman et Prentice-Dunn (1986) à l’aide d’une analyse factorielle exploratoire (AFE) menée sur les matrices de corrélation des réponses fournies par l’échantillon d’étalonnage. Une méthode d’extraction en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax) a été privilégiée, partant du postulat clinique que les facettes du contrôle parental partagent des liens conceptuels étroits et ne sont pas orthogonales.
Résultats de l’extraction initiale
L’application du critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) ainsi que l’examen du diagramme de sédimentation (scree plot) de Cattell ont mis en évidence une solution optimale à cinq facteurs expliquant approximativement 43,8 % de la variance totale des scores. Les saturations factorielles des items retenus dans la version finale dépassaient toutes le seuil conventionnel de 0,35 sur leur facteur respectif, sans saturation croisée majeure (> 0,30) sur d’autres dimensions :
- Facteur 1 (Efficacité parentale) : Ce facteur regroupe les items 1 à 10. Les saturations s’échelonnent de 0,42 à 0,68. L’item 1 (« What I do has little effect on my child’s behavior ») et l’item 2 (« When something goes wrong between me and my child, there is little I can do to correct it ») présentent les poids factoriels les plus élevés.
- Facteur 2 (Responsabilité parentale) : Regroupant les items 11 à 20, ce facteur capture les attributions causales relatives aux erreurs et succès parentaux. Les items 16 (« Children’s behavior problems are often due to the mistakes their parent made ») et 19 (« I am responsible for my child’s behavior ») affichent des saturations comprises entre 0,45 et 0,64.
- Facteur 3 (Contrôle de la vie des parents par l’enfant) : Formé par les items 21 à 27, ce facteur isole le sentiment d’empiètement de l’enfant sur l’autonomie parentale. L’item 21 (« My life is chiefly controlled by my child ») présente la plus forte saturation (0,71).
- Facteur 4 (Croyance en la fatalité/chance) : Composé des items 28 à 37, il regroupe les croyances liées au hasard et à la prédétermination génétique. Les items 28 (« Being a good parent often depends on being lucky enough to have a good child ») et 31 saturent fortement (0,52 à 0,66).
- Facteur 5 (Contrôle parental du comportement de l’enfant) : Comprenant les items 38 à 47, ce facteur isole le désarmement opérationnel. Les items 39 (« My child’s behavior is sometimes more than I can handle ») et 41 (« It is often easier to let my child have his/her way than to put up with a tantrum ») présentent des saturations notables (0,48 à 0,63).
Validations confirmatoires subséquentes
Des recherches ultérieures recourant à l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) (notamment Roberts et al., Roberts & Joe, ou Cutrona) ont testé l’ajustement du modèle à 5 facteurs par rapport à des modèles unifactoriels ou à 3 facteurs. Les indices d’ajustement structurel confirment la supériorité du modèle à cinq facteurs (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,90 ; TLI > 0,89), validant la composition sous-jacente originelle comme une représentation fidèle de la structure cognitive des attributions parentales.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory) évaluant les attributions causales et le lieu de contrôle parental.
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée/numérique individuelle.
- Population cible : Parents (mères et pères) ou tuteurs légaux d’enfants et adolescents âgés de 2 à 18 ans.
- Nombre d’items : 47 items formulés sous forme d’affirmations comportementales ou attitudinales.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 points :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
- 2 = En désaccord (Disagree)
- 3 = Neutre ou Indécis (Neither agree nor disagree)
- 4 = D’accord (Agree)
- 5 = Fortement d’accord (Strongly agree)
- Cotation et inversion des items :
- L’instrument est coté de manière à ce qu’un score élevé reflète une orientation de contrôle parental externe (sentiment d’impuissance, fatalisme, contrôle subi).
- Les items formulés dans le sens de l’internalité ou de l’efficacité doivent faire l’objet d’un codage inversé (Reverse-scored) avant le calcul des scores : 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, et 5 devient 1. Les items typiquement inversés sont notamment : 3, 7, 9, 10, 12, 19, 20, 22, 25, 26, 27, 38, 47.
- Calcul des scores : Des scores distincts sont calculés pour chacun des 5 facteurs en sommant les items correspondants, et un score global de lieu de contrôle parental est obtenu par la somme totale des 47 items (étendue théorique : 47 à 235 points).
- Durée approximative de passation : 15 à 20 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication originale : 1986.
- Statut des droits d’auteur : L’article original présentant l’instrument a été publié dans le Journal of Clinical Child Psychology (aujourd’hui Journal of Clinical Child and Adolescent Psychology), édité par Taylor & Francis au nom de la Division 53 de l’APA.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les items de l’échelle ont été publiés intégralement dans l’article princeps de 1986 à des fins de dissémination scientifique. L’échelle est généralement accessible sans frais pour la recherche académique, l’enseignement universitaire et les travaux de thèses non commerciaux, sous réserve de citer scrupuleusement la publication de référence. Toute exploitation commerciale, intégration dans des logiciels propriétaires ou réédition lucrative nécessite l’autorisation formelle de l’éditeur détenant les droits de reproduction (Taylor & Francis).
- Tarifs : Gratuit pour l’usage clinique individuel et la recherche institutionnelle indépendante dans le cadre de l’utilisation des items publiés dans le domaine public académique.
12. Références / References
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à la PLOC comprennent :
- Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
- Campis, L. K., Lyman, R. D., & Prentice-Dunn, S. (1986). The Parental Locus of Control Scale: Development and validation. Journal of Clinical Child Psychology, 15(3), 260–268. https://doi.org/10.1207/s15374424jccp1503_10
- Cutrona, C. E., & Troutman, B. R. (1986). Social support, infant temperament, and parenting self-efficacy: A mediational model of postpartum depression. Child Development, 57(6), 1507–1518. https://doi.org/10.2307/1130428
- Hassall, C. W., Rose, J., & McDonald, J. (2005). Parenting stress in mothers of children with an intellectual disability: The effects of parental locus of control and social support. Journal of Intellectual Disability Research, 49(6), 405–418. https://doi.org/10.1111/j.1365-2788.2005.00673.x
- Lovejoy, M. C., Verda, M. R., & Hays, C. E. (1997). Convergent and discriminant validity of measures of parental locus of control and parental efficacy. Journal of Clinical Child Psychology, 26(4), 366–376. https://doi.org/10.1207/s15374424jccp2604_4
- Phares, E. J. (1976). Locus of control in personality. General Learning Press.
- Roberts, M. W., & Joe, V. C. (1991). The factor structure of the Parental Locus of Control Scale with a clinic-referred sample. Child & Family Behavior Therapy, 13(3), 43–57. https://doi.org/10.1300/J019v13n03_04
- Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1), 1–28. https://doi.org/10.1037/h0092976
- Weiner, B. (1985). An attributional theory of achievement motivation and emotion. Psychological Review, 92(4), 548–573. https://doi.org/10.1037/0033-295X.92.4.548
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: Strongly disagree (1) to strongly agree (5)
- What I do has little effect on my child’s behavior
- When something goes wrong between me and my child‚ there is little I can do to correct it
- Parents should address problems with their children because ignoring them won’t make them go away
- If your child tantrums no matter what you try‚ you might as well give up
- My child usually ends up getting his/her way‚ so why try
- No matter how hard a parent tries‚ some children will never learn to mind
- I am often able to predict my child’s behavior in situations
- It is not always wise to expect too much from my child because many things turn out to be a matter of good and bad luck anyway
- When my child gets angry‚ I can usually deal with him/her if I stay calm
- When I set expectations for my child‚ I am almost certain that I can help him/her meet them
- There is no such thing as good or bad children- just bad parents
- When my child is well behaved‚ it is because he/she is responding to my efforts
- Parents who can’t get their children to listen to them don’t understand how to get along with their children
- My child’s behavior problems are no one’s fault but my own
- Capable people who fail to become good parents have not followed through on their opportunities
- Children’s behavior problems are often due to the mistakes their parent made
- Parents whose children make them feel helpless just aren’t using the best parenting techniques
- Most children’s behavior problems would not have developed if their parents had better parenting skills
- I am responsible for my child’s behavior
- The misfortunes and successes I have had as a parent are the direct result of my own behavior
- My life is chiefly controlled by my child
- My child does not control my life
- My child influences the number of friends I have
- I feel like what happens in my life is mostly determined by my child
- It is easy for me to avoid and function independently of my child’s attempt to have control over me
- When I make a mistake with my child I am usually able to correct it
- Even if your child frequently tantrums‚ a parent should not give up
- Being a good parent often depends on being lucky enough to have a good child
- I’m just one of those lucky parents who happened to have a good child
- I have often found that when it comes to my children‚ what is going to happen will happen
- Fate was kind to me- if I had had a bad child I don’t know what I would have done
- Success in dealing with children seems to be more a matter of the child’s mood and feelings at the time rather than one’s own actions
- Neither my child nor myself is responsible for his/her behavior
- In order to have my plans work‚ I make sure they fit in with the desires of my child
- Most parents don’t realize the extent to which how their children turn out is influenced by accidental happenings
- Heredity plays a major role in determining a child’s personality
- Without the right breaks one cannot be an effective parent
- I always feel in control when it comes to my child
- My child’s behavior is sometimes more than I can handle
- Sometimes I feel that my child’s behavior is hopeless
- It is often easier to let my child have his/her way than to put up with a tantrum
- I find that sometimes my child can get me to do things I really did not want to do
- My child often behaves in a manner very different from how I want him/her to behave
- Sometimes when I tired I let my children do things I normally wouldn’t
- Sometimes I feel that I do not have enough control over the direction my child’s life is taking
- I allow my child to get away with things
- It is not too difficult to change my child’s mind about something