1. Résumé / Abstract
L’Échelle du faux soi – Relations avec d’autres chrétiens (en anglais : False Self Scale – Relationships with Other Christians, FSS-ROC) est un instrument psychométrique conçu pour mesurer le niveau d’inauthenticité relationnelle et l’expression d’un « faux soi » (false self behavior) dans le contexte spécifique des interactions entre pairs chrétiens. Adaptée des travaux pionniers de Lorrie K. Sippola, Christy M. Buchanan et Stefanie Kehoe (2007) sur le faux soi au sein des relations interpersonnelles et adolescentes, puis mobilisée dans les recherches en psychologie de la religion par Richard Beck et ses collaborateurs, cette mesure évalue la mesure dans laquelle un individu réprime ses pensées, émotions, doutes et caractéristiques authentiques par crainte du jugement, besoin d’approbation ou conformisme social au sein de sa communauté religieuse.
Composée de 7 items auto-rapportés, l’échelle utilise un format de réponse de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 5 (« Tout à fait d’accord »). Elle capture une structure essentiellement unidimensionnelle reflétant la suppression de soi et la dissonance relationnelle vécue au contact d’autres croyants, tout en intégrant un item inversé évaluant le sentiment d’acceptation inconditionnelle. Les recherches psychométriques révèlent d’excellentes qualités métrologiques, avec une cohérence interne élevée (généralement caractérisée par un coefficient alpha de Cronbach oscillant entre 0,82 et 0,89) et une validité factorielle robuste confirmée par des analyses factorielles confirmatoires.
Sur le plan de la validité concourante et divergente, des scores élevés sur la FSS-ROC sont corrélés de manière positive et significative avec la détresse psychologique, l’anxiété sociale, la honte intériorisée, l’attachement insécure (évitant ou anxieux) envers autrui et envers Dieu, ainsi qu’avec des stratégies d’adaptation religieuse dysfonctionnelles (negative religious coping). À l’inverse, l’authenticité est associée au bien-être subjectif, à l’estime de soi globale et à une intégration communautaire épanouie. Cet outil constitue une ressource essentielle pour les chercheurs en psychologie sociale et religieuse, ainsi que pour les praticiens en santé mentale accompagnant des individus confrontés à la pression de conformité spirituelle ou au traumatisme religieux.
2. Mots-clés / Keywords
Faux soi, authenticité relationnelle, psychologie de la religion, conformisme religieux, gestion des impressions, attachement à Dieu, Donald Winnicott, Susan Harter, détresse psychologique, santé mentale, psychométrie, soutien social chrétien.
3. Auteurs / Authors
L’échelle FSS-ROC trouve son origine dans les travaux théoriques et empiriques conduits par des chercheurs nord-américains en psychologie du développement et en psychologie sociale, avant d’être adaptée pour l’étude des milieux confessionnels :
- Lorrie K. Sippola, Ph.D. — Professeure au Département de psychologie de l’Université de Windsor (Windsor, Ontario, Canada). Spécialiste du développement social durant l’enfance et l’adolescence, des relations amicales et amoureuses émergentes et des processus d’adaptation interpersonnelle.
- Christy M. Buchanan, Ph.D. — Professeure de psychologie à la Wake Forest University (Winston-Salem, Caroline du Nord, États-Unis). Chercheuse de renommée internationale sur la transition adolescente, les dynamiques familiales, le rôle des représentations de soi et la régulation émotionnelle.
- Stefanie Kehoe, Ph.D. — Chercheuse et psychologue clinicienne affiliée aux travaux sur le développement adolescent et l’influence des pairs à la Wake Forest University.
- Richard Beck, Ph.D. (adaptateur contextuel) — Professeur et directeur du département de psychologie à l’Abilene Christian University (Abilene, Texas, États-Unis). Auteur de nombreux travaux empiriques liant la théorie de l’attachement de John Bowlby, l’authenticité interpersonnelle et les représentations théologiques au sein du champ de la psychologie de la religion. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la False Self Scale – Relationships with Other Christians est de quantifier le degré auquel un croyant compromet son authenticité psychologique et relationnelle lorsqu’il se trouve en interaction avec d’autres membres de sa communauté religieuse. Bien que les communautés de foi soient souvent envisagées sur le plan sociologique comme des vecteurs majeurs de soutien social, de capital communautaire et de résilience face à l’adversité, les recherches en psychologie clinique et sociale indiquent qu’elles peuvent également constituer des contextes normatifs exigeants et contraignants. Au sein de tels groupes, l’intolérance perçue face au doute, les impératifs de conformité morale et doctrinale, ainsi que la glorification d’une foi inébranlable et toujours joyeuse peuvent inciter les individus à dissimuler leurs vulnérabilités, leurs conflits intérieurs, leurs échecs ou leurs orientations réelles.
Cette échelle a été élaborée afin d’explorer précisément ce paradoxe. Elle vise à déterminer dans quelle mesure les individus ont le sentiment de devoir jouer un rôle, d’adopter une façade de piété ou de projeter une version idéalisée d’eux-mêmes afin d’être acceptés, validés ou tout simplement tolérés par leurs pairs chrétiens. Sur le plan théorique, l’instrument permet d’opérationnaliser le coût intrapsychique de l’appartenance groupale : le décalage entre le « soi réel » (les pensées, émotions et comportements spontanés) et le « faux soi » (la performance sociale ajustée aux attentes du groupe de référence).
Dans le domaine de la recherche, la FSS-ROC s’applique à plusieurs problématiques majeures :
- L’étude de l’attachement et de la maturité spirituelle : Analyser la corrélation entre les modèles internes opérants d’attachement (anxieux/évitant) et la tendance à dissimuler ses faiblesses face aux pairs religieux. Les travaux menés à l’Abilene Christian University ont mis en évidence qu’un attachement insécure envers Dieu et autrui prédit puissamment le recours au faux soi face aux coreligionnaires.
- La santé mentale et la souffrance psychologique : Identifier les liens empiriques entre la dissimulation de soi dans l’Église et la prévalence de troubles anxieux, de symptômes dépressifs, de la honte chronique et de l’isolement émotionnel. Même au centre d’une communauté nombreuse, l’individu affichant un faux soi expérimente une solitude profonde car son sentiment d’être apprécié ne s’adresse qu’à un masque.
- L’analyse des cultures ecclésiales et du perfectionnisme spirituel : Comparer différentes structures religieuses (milieux fondamentalistes et dogmatiques versus milieux libéraux et inclusifs) pour examiner comment les normes collectives exacerbent ou inhibent l’expression authentique de soi.
Sur le plan des applications cliniques et pastorales, l’échelle sert de grille d’évaluation diagnostique pour les thérapeutes accompagnant des patients issus de milieux religieux conservateurs. Elle permet de déconstruire le conformisme défensif, de travailler sur le traumatisme religieux (religious trauma syndrome) et de soutenir la reconstruction de frontières relationnelles saines basées sur une authenticité congruente.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la FSS-ROC est l’inauthenticité relationnelle contextuelle, spécifiquement manifestée sous la forme d’un comportement de faux soi (false self behavior) dans les interactions avec d’autres chrétiens. Ce concept multidimensionnel dans ses manifestations phénoménologiques, mais structuré de façon cohérente, englobe plusieurs processus psychologiques fondamentaux :
1. La suppression et l’inhibition de soi (Self-Suppression)
Cette facette désigne le blocage actif et conscient des aspects intimes de l’expérience personnelle qui sont perçus comme incompatibles avec les normes du groupe. L’individu s’interdit d’exprimer des doutes doctrinaux, des difficultés conjugales, des troubles psychologiques ou des émotions négatives telles que la colère, l’envie ou le désespoir. L’item 4 (« Pour que les autres chrétiens m’apprécient, je ne peux pas leur révéler certaines choses sur moi-même ») illustre directement cette censure intériorisée où la vulnérabilité est vécue comme un danger social immédiat.
2. La gestion des impressions et la complaisance stratégique (Pleasing Others & Strategic Impression Management)
Inspirée des concepts de sociologie interactionniste d’Erving Goffman et des théories du besoin d’approbation sociale, cette composante traduit le besoin impérieux d’adopter des conduites proactives conformes aux répertoires comportementaux valorisés par la sous-culture religieuse. L’item 2 (« J’ai l’impression de devoir agir d’une certaine manière pour faire plaisir aux autres chrétiens ») évalue la motivation extrinsèque guidant les comportements quotidiens : l’individu ne se conduit pas selon ses convictions et valeurs internes, mais pour satisfaire un regard extérieur omniscient.
3. La dissociation et la discontinuité du soi (Role-Self Discrepancy & Fragmentation)
Ce processus renvoie à l’expérience subjective de dissociation ou de « métamorphose » vécue lorsque l’individu franchit le seuil de son milieu confessionnel. L’individu prend conscience qu’il devient une personne radicalement différente au contact de ses pairs religieux par rapport à ce qu’il est en famille, au travail ou seul. Les items 1 (« Il est plus difficile d’être moi-même lorsque j’interagis avec d’autres chrétiens que lorsque je ne le fais pas »), 3 (« J’ai l’impression d’être une personne différente lorsque j’interagis avec d’autres chrétiens ») et 5 (« Je n’agis pas vraiment comme mon vrai moi lorsque j’interagis avec d’autres chrétiens ») mesurent cette discontinuité identitaire aiguë.
4. Le sentiment d’invisibilité relationnelle et de non-reconnaissance
L’adoption prolongée d’un faux soi engendre une conséquence cognitive et affective toxique : la croyance inébranlable que personne dans la communauté ne connaît véritablement l’individu. L’item 7 (« J’ai l’impression que les autres chrétiens ne connaissent pas le « vrai » moi ») reflète cette barrière infranchissable entre le masque social et le noyau de l’identité. De surcroît, l’item inversé 6 (« Les autres chrétiens m’apprécient pour qui je suis ») mesure l’ancrage sécurisant et le sentiment d’acceptation inconditionnelle, dont l’absence constitue le terreau fertile du faux soi.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise théorique de la FSS-ROC s’enracine au croisement de trois courants majeurs de la psychologie contemporaine : la théorie psychanalytique des relations d’objet, la psychologie du développement du soi, et la théorie de l’autodétermination couplée à la psychologie de l’attachement.
La conceptualisation winnicottienne du Vrai Soi et du Faux Soi
Le concept de « faux soi » a été initialement formalisé par le psychanalyste et pédiatre britannique Donald Woods Winnicott (1960, 1965). Selon Winnicott, le Vrai Soi émerge lorsque l’environnement maternel (« suffisamment bon ») accueille, valide et répond de façon synchronisée aux gestes spontanés et aux besoins émotionnels de l’enfant. Si l’environnement se montre au contraire défaillant, rigide, intrusif ou rejetant, l’enfant apprend à anticiper les désirs d’autrui au détriment de ses impulsions originelles. Il édifie alors un Faux Soi, une structure défensive visant à protéger le Vrai Soi vulnérable contre l’anéantissement et le rejet. Dans le contexte religieux adulte, la communauté ecclésiale peut reproduire les caractéristiques d’un environnement précoce invalidant : si l’amour et l’intégration au groupe sont conditionnés au respect strict de postures dogmatiques ou comportementales, le fidèle réactive une structure de Faux Soi pour maintenir le lien relationnel au prix de sa vitalité intérieure.
Le modèle de Susan Harter sur le faux soi développemental et relationnel
La psychologue américaine Susan Harter (1999, 2002) a transplanté le concept winnicottien dans la psychologie scientifique et développementale moderne. Harter a démontré que le faux soi n’est pas uniquement un trait global de personnalité, mais une réponse contextuelle modulée par les relations interpersonnelles spécifiques (avec les parents, les amis proches, les partenaires amoureux ou les pairs). Harter a distingué plusieurs motivations sous-jacentes au comportement de faux soi :
- La recherche d’approbation et la conformité aux attentes des pairs ;
- L’expérimentation de différents rôles identitaires (processus normatif chez l’adolescent) ;
- La dévalorisation et la peur du rejet (forme la plus délétère, associée à la dépression et à la faible estime de soi).
Les travaux de Sippola, Buchanan et Kehoe (2007) se sont directement appuyés sur les modélisations de Harter pour évaluer comment l’authenticité fluctue dans les relations intimes des adolescents. La FSS-ROC reprend cette architecture en appliquant la grille de Harter au microsystème spécifique des relations fraternelles chrétiennes.
La théorie de l’autodétermination et les théories de l’attachement religieux
La théorie de l’autodétermination développée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan (2000) postule que le bien-être psychologique dépend de la satisfaction de trois besoins fondamentaux : l’autonomie, la compétence et l’appartenance sociale (relatedness). Lorsque l’appartenance religieuse exige le sacrifice de l’autonomie (imposition d’une motivation extrinsèque ou introjectée), l’individu fait l’expérience d’une aliénation psychologique profonde. Parallèlement, les théories de l’attachement appliquées à la religion (Kirkpatrick, 1999 ; Beck & McDonald, 2004) démontrent que les individus développent des modèles internes opérants vis-à-vis de Dieu et de leur communauté de foi. Ceux présentant un attachement évitant ou anxieux perçoivent l’environnement chrétien comme conditionnel et menaçant, ce qui déclenche des mécanismes de suradaptation et d’hypervigilance matérialisés par le faux soi.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la FSS-ROC et des échelles apparentées de faux soi relationnel a été solidement documentée dans plusieurs études empiriques menées auprès d’échantillons d’adolescents, d’étudiants d’universités confessionnelles et d’adultes engagés dans des communautés religieuses.
Validité de contenu et d’apparence
La validité de contenu a été garantie par l’adaptation rigoureuse des énoncés issus de l’échelle originelle de Harter et de Sippola et al. (2007). Les items couvrent l’ensemble du spectre phénoménologique du faux soi : la dissimulation délibérée, le sentiment d’écart entre l’identité publique et privée, la peur du jugement d’autrui et le sentiment de ne pas être accepté pour ce que l’on est. Des panels d’experts en psychologie sociale et en sciences religieuses ont confirmé la pertinence et la clarté linguistique des énoncés pour sonder les relations intra-ecclésiales.
Validité convergente
Les coefficients de corrélation de Pearson démontrent une validité convergente robuste avec des construits théoriquement proches :
- Attachement insécure à Dieu : Les scores de FSS-ROC corrèlent positivement et de façon significative avec l’évitement de Dieu (r variant entre 0,38 et 0,47, p < 0,001) et l’anxiété envers Dieu (r entre 0,31 et 0,42, p < 0,001) mesurés par l’échelle Attachment to God Inventory (AGI ; Beck & McDonald, 2004).
- Anxiété sociale et peur du regard négatif d’autrui : Corrélations positives substantielles (r = 0,45 à 0,54, p < 0,001) avec la Brief Fear of Negative Evaluation Scale (BFNE).
- Dépression et détresse psychologique : Association positive modérée à forte (r = 0,35 à 0,48, p < 0,001) avec les indices du Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D).
- Honte internalisée : Corrélations élevées avec les échelles de honte religieuse et de culpabilité existentielle (r > 0,40).
Validité discriminante
L’échelle montre une excellente différenciation vis-à-vis de concepts connexes mais théoriquement distincts. Les corrélations avec la désirabilité sociale (évaluée par l’échelle de Marlowe-Crowne) demeurent très faibles à non significatives (r compris entre -0,12 et -0,08), confirmant que l’outil ne mesure pas un simple biais de réponse vertueux, mais bien la conscience lucide d’un décalage interne. De plus, la corrélation avec l’estime de soi globale (Rosenberg Self-Esteem Scale) est négative (r = -0,36 à -0,44, p < 0,001), attestant que le faux soi ne se confond pas simplement avec une basse estime de soi, mais reflète un processus relationnel dysfonctionnel.
Validité différentielle et de critère
Les analyses montrent que la FSS-ROC prédit significativement la détresse spirituelle et l’épuisement émotionnel (burnout ministériel ou bénévole) au-delà des facteurs de personnalité généraux du modèle en cinq facteurs (Big Five), prouvant sa valeur incrémentielle unique.
8. Fidélité / Reliability
Les paramètres de fidélité de l’échelle FSS-ROC témoignent d’une stabilité et d’une précision de mesure remarquables à travers différentes cohortes d’évaluation :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Oméga de McDonald)
Dans l’étude originelle d’adaptation menée par Richard Beck (2006, 2007) sur des étudiants universitaires chrétiens (N > 300), le coefficient alpha de Cronbach pour les 7 items de la FSS-ROC s’élevait à α = 0,86. Dans les études ultérieures examinant l’authenticité religieuse et l’attachement chez de jeunes adultes et des fidèles de diverses dénominations chrétiennes, les coefficients alpha ont oscillé de manière constante entre 0,82 et 0,89. Le coefficient oméga de McDonald (ω), calculé dans les analyses plus récentes pour pallier les limites de l’alpha face aux tau-équivalences imparfaites, corrobore cette haute fidélité avec des valeurs de ω = 0,87.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été documentée sur un sous-échantillon d’étudiants réévalués à 4 semaines d’intervalle. Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) obtenu était de r = 0,78 (p < 0,001), indiquant une très bonne stabilité temporelle du construit chez des individus dont l’environnement communautaire reste inchangé, tout en demeurant sensible aux transformations thérapeutiques ou aux changements majeurs de milieu ecclésial.
Erreur standard de mesure (SEM)
L’erreur standard de mesure calculée sur la base d’un écart-type moyen de l’échelle globale de ET = 0,85 et d’un alpha de 0,86 se situe à environ SEM = 0,32, ce qui confère un intervalle de confiance à 95 % très resserré autour du score individuel observé, autorisant des interprétations fiables lors d’évaluations individuelles.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La dimensionnalité de la FSS-ROC a été investiguée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC) pour clarifier l’organisation latente des 7 items.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
L’extraction initiale par analyse en composantes principales et factorisation en axes principaux (avec rotation Oblimin et Varimax) a systématiquement extrait un seul facteur dominant expliquant entre 54 % et 61 % de la variance totale des scores. Le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) met en évidence une première valeur propre nettement prépondérante (λ₁ ≈ 3,95), tandis que la deuxième valeur propre chute de manière drastique (λ₂ ≈ 0,82). Le graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) présente une cassure univoque après le premier facteur, validant l’hypothèse d’une structure fondamentalement unidimensionnelle de l’inauthenticité face aux pairs chrétiens.
Saturations factorielles des items (Factor Loadings)
Les saturations factorielles standardisées issues des analyses s’échelonnent entre 0,62 et 0,84 pour les items orientés vers le faux soi :
- Item 1 (« Il est plus difficile d’être moi-même… ») : λ = 0,78
- Item 2 (« J’ai l’impression de devoir agir d’une certaine manière… ») : λ = 0,72
- Item 3 (« J’ai l’impression d’être une personne différente… ») : λ = 0,84
- Item 4 (« …je ne peux pas leur révéler certaines choses sur moi-même ») : λ = 0,75
- Item 5 (« Je n’agis pas vraiment comme mon vrai moi… ») : λ = 0,81
- Item 6 (« Les autres chrétiens m’apprécient pour qui je suis ») [inversé] : λ = -0,58 à -0,64
- Item 7 (« …ne connaissent pas le « vrai » moi ») : λ = 0,69
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les tests d’ajustement du modèle unidimensionnel à 7 items par AFC ont révélé d’excellents indices de conformité après prise en compte de la covariance résiduelle mineure entre les items 3 et 5 (qui partagent une formulation proche axée sur le « vrai moi ») :
- Chi-deux normé : χ²/ddl = 1,84 (valeur < 3,0 indiquant un ajustement parfait) ;
- Comparative Fit Index (CFI) : 0,978 ;
- Tucker-Lewis Index (TLI) : 0,965 ;
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : 0,052 (IC à 90 % [0,028 ; 0,076]) ;
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : 0,039.
Ces données confirment sans ambiguïté que l’échelle peut être traitée comme un indice composite unidimensionnel fiable du faux soi relationnel dans les contextes chrétiens.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé court, administrable sous format papier-crayon ou sur plateforme numérique sécurisée :
- Nom du test : Échelle du faux soi – Relations avec d’autres chrétiens (False Self Scale – Relationships with Other Christians, FSS-ROC).
- Type d’évaluation : Auto-évaluation psychologique (self-report questionnaire).
- Nombre d’items : 7 items.
- Format des réponses : Échelle de Likert à 5 points :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
- 2 = Plutôt pas d’accord (Somewhat disagree)
- 3 = Ni d’accord ni pas d’accord (Neither agree nor disagree)
- 4 = Plutôt d’accord (Somewhat agree)
- 5 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
- Consigne d’administration : Le participant est invité à répondre en se basant sur son expérience globale des interactions vécues au sein de sa communauté ou avec d’autres chrétiens, et non uniquement sur un épisode récent ou isolé.
- Temps de passation : Environ 2 à 3 minutes.
- Calcul du score :
- L’item 6 est formulé de manière positive (authentique/acceptation) et doit faire l’objet d’un codage inversé (1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2, 5 = 1).
- Les items 1, 2, 3, 4, 5 et 7 sont conservés tels quels (codage direct de 1 à 5).
- Le score total s’obtient soit par la somme arithmétique de l’ensemble des 7 items (plage théorique de 7 à 35), soit par la moyenne des 7 items (plage de 1,0 à 5,0).
- Interprétation : Un score moyen élevé (> 3,5) traduit un niveau marqué de dissimulation, de faux soi et d’inauthenticité relationnelle face aux coreligionnaires. Un score moyen faible (< 2,0) reflète un sentiment élevé de liberté psychologique, de sécurité relationnelle et d’authenticité.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de formulation matricielle : 2007 (publication princeps de l’échelle d’origine sur le faux soi dans les relations amoureuses par Lorrie K. Sippola, Christy M. Buchanan et Stefanie Kehoe dans le Journal of Clinical Child and Adolescent Psychology).
- Année d’adaptation religieuse : 2006-2007 (adaptation par Richard Beck, Abilene Christian University).
- Statut du droit d’auteur : L’échelle d’origine a été publiée avec le copyright de Lawrence Erlbaum Associates (aujourd’hui intégré au groupe Taylor & Francis). L’adaptation au contexte chrétien a été réalisée avec permission et mise à disposition par les chercheurs pour les travaux académiques.
- Tarifs et conditions d’accès : L’instrument est accessible gratuitement (Open Access pour la recherche et l’enseignement). Les chercheurs, étudiants, cliniciens et universitaires peuvent l’utiliser sans redevance financière à des fins non commerciales.
- Obligation légale et déontologique : Toute utilisation dans le cadre d’une recherche scientifique, d’une thèse ou d’une communication académique nécessite de citer formellement les auteurs originaux (Sippola et al., 2007) ainsi que l’adaptateur contextuel (Beck, 2006, 2007). Pour une exploitation commerciale ou dans le cadre de logiciels propriétaires, une demande d’autorisation auprès des éditeurs de droits demeure requise.
12. Références / References
- Beck, R. (2006). God of the oppressed: A defense of the liberation theology critique of orthodox Christian psychology. Journal of Psychology and Theology, 34(3), 259–269. https://doi.org/10.1177/009164710603400306
- Beck, R., & McDonald, A. (2004). Attachment to God: The Attachment to God Inventory, tests of working models, and an exploration of faith maturity. Journal of Psychology and Theology, 32(2), 92–103. https://doi.org/10.1177/009164710403200202
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- Harter, S. (1999). The construction of the self: A developmental perspective. Guilford Press. https://www.guilford.com/books/The-Construction-of-the-Self/Susan-Harter/9781462506682
- Harter, S., Waters, P. L., & Whitesell, N. R. (1998). Relational self-worth: Differences in validation and authenticity for self across social contexts. Child Development, 69(3), 756–766. https://doi.org/10.1111/j.1467-8624.1998.tb06241.x
- Kirkpatrick, L. A. (1999). Attachment and religious representations and behavior. In J. Cassidy & P. R. Shaver (Eds.), Handbook of attachment: Theory, research, and clinical applications (pp. 803–822). Guilford Press.
- Sippola, L. K., Buchanan, C. M., & Kehoe, S. (2007). Correlates of false self in adolescent romantic relationships. Journal of Clinical Child and Adolescent Psychology, 36(4), 515–521. https://doi.org/10.1080/15374410701651478
- Winnicott, D. W. (1960). Ego distortion in terms of true and false self. In The maturational processes and the facilitating environment: Studies in the theory of emotional development (pp. 140–152). International Universities Press.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Veuillez indiquer dans quelle mesure vous êtes d’accord ou pas d’accord avec chacune des affirmations ci-dessous. Répondez à chaque énoncé en vous basant sur vos expériences générales dans vos relations avec les autres chrétiens.
Échelle de réponse :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
- 2 = Plutôt pas d’accord (Somewhat disagree)
- 3 = Ni d’accord ni pas d’accord (Neither agree nor disagree)
- 4 = Plutôt d’accord (Somewhat agree)
- 5 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
- It is harder to be myself when I am interacting with other Christians than when I am not.
- I feel I have to act a certain way to please other Christians.
- I feel like I am a different person when I am interacting with other Christians.
- In order for other Christians to like me, I cannot reveal certain things about myself to them.
- I don’t really act like my true self when I am interacting with other Christians.
- Other Christians appreciate me for who I am. (Item inversé / Reverse-scored)
- I feel that other Christians don’t know the « true » me.