1. Résumé / Abstract
L’Échelle du courage de défier (en anglais, Courage to Challenge Scale, abrégée CCS) est un instrument psychométrique novateur conçu pour évaluer la robustesse psychologique (hardiness) et la résilience chez les adultes appartenant aux minorités sexuelles et de genre (LGBTQ+). Élaborée par Miriam S. Smith et Susan W. Gray en 2009, cette échelle a été conçue pour dépasser les modèles traditionnels axés sur le déficit et la pathologie, en adoptant résolument une perspective orientée sur les forces (strengths-based approach). Face aux stresseurs chroniques uniques décrits par le modèle du stress des minorités d’Ilan Meyer — incluant la stigmatisation sociale, la discrimination, le rejet familial et l’hétérosexisme intériorisé —, la CCS mesure les compétences d’adaptation spécifiques qui permettent aux individus non seulement de survivre, mais de s’épanouir et d’affirmer leur identité avec intégrité.
L’instrument se compose de 18 items auto-rapportés évaluant plusieurs dimensions interdépendantes de la robustesse existentielle : l’optimisme résilient, la maîtrise émotionnelle face à l’hostilité, la détermination proactive envers les buts personnels, l’authenticité identitaire (notamment liée au processus du coming out), l’utilisation de l’humour comme mécanisme d’adaptation et le sens éthique de l’intégrité. Les participants évaluent chaque énoncé sur une échelle de réponse de type Likert en sept points, allant de « Fortement en désaccord » (Strongly Disagree) à « Fortement d’accord » (Strongly Agree), comprenant un item inversé (item 15). D’un point de vue psychométrique, la CCS présente une cohérence interne élevée (avec un coefficient alpha de Cronbach global généralement supérieur à 0,85) et une validité de construit robuste, démontrée par des corrélations négatives avec la détresse psychologique et l’homophobie intériorisée, et des corrélations positives avec l’estime de soi, le bien-être subjectif et le soutien social perçu. Cet outil représente une contribution majeure pour les chercheurs en psychologie sociale, en travail social et pour les cliniciens accompagnant les populations minoritaires.
2. Mots-clés / Keywords
Courage to Challenge Scale, robustesse psychologique, résilience, minorités sexuelles, adultes LGBT, stress des minorités, authenticité identitaire, affirmation de soi, évaluation axée sur les forces, psychométrie.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle du courage de défier a été développée et validée par :
- Miriam S. Smith, Ph.D., LCSW : Chercheuse et praticienne clinicienne en travail social, affiliée à l’époque de la publication principale à la School of Social Work de la Barry University (Miami Shores, Floride, États-Unis). Ses travaux de recherche se concentrent sur la santé mentale des minorités sexuelles et de genre, le vieillissement au sein de la communauté LGBTQ+ et le développement d’outils d’évaluation clinique fondés sur les forces.
- Susan W. Gray, Ed.D., LCSW : Professeure émérite de travail social à l’Ellen Whiteside McDonnell School of Social Work de la Barry University. Spécialiste renommée des méthodes de recherche clinique, de la pratique avancée du travail social et de la supervision clinique, elle a largement publié sur l’évaluation des compétences psychologiques et l’éthique professionnelle.
Pour toute correspondance universitaire ou demande relative aux recherches originelles, les contacts institutionnels s’effectuent via l’Ellen Whiteside McDonnell School of Social Work, Barry University, 11300 NE 2nd Ave, Miami Shores, FL 33161, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
Le développement de l’Échelle du courage de défier répond à une lacune historique et méthodologique majeure dans les sciences du comportement et le travail social clinique. Pendant des décennies, la littérature scientifique consacrée aux personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres a été dominée par une approche quasi exclusivement psychopathologique. Les recherches mettaient quasi systématiquement l’accent sur les vulnérabilités accrues, telles que le risque suicidaire, les troubles de l’usage de substances, l’anxiété chronique, la dépression majeure et les conséquences délétères de l’homophobie institutionnelle et interpersonnelle. Bien que la mise en lumière de ces disparités de santé demeure indispensable pour guider les politiques publiques, ce paradigme déficitaire a souvent occulté les capacités extraordinaires d’adaptation, de courage moral et d’épanouissement développées par ces populations face à l’adversité.
L’objectif premier de la CCS est d’opérationnaliser et de mesurer empiriquement la robustesse psychologique (hardiness) sous un prisme culturellement adapté aux réalités des adultes LGBT. La robustesse générale, telle que conceptualisée par Suzanne Kobasa à la fin des années 1970, postule qu’une constellation d’attitudes fondamentales (engagement, contrôle, défi) agit comme un bouclier contre les effets délétères du stress biologique et psychologique. Cependant, les échelles classiques de robustesse (comme le Personal Views Survey) ont été élaborées et standardisées sur des cohortes d’hommes d’affaires blancs hétérosexuels travaillant au sein de grandes entreprises, rendant leurs items insensibles aux défis sociétaux, structurels et identitaires vécus par les minorités opprimées.
Dans cette perspective, la CCS mesure :
- La capacité d’un individu à neutraliser et réguler l’impact émotionnel des micro-agressions et des attitudes manifestement hostiles rencontrées dans son environnement social quotidien.
- La ténacité et l’autonomie dans la poursuite des objectifs de vie, indépendamment de l’absence de soutien social, de la désapprobation familiale ou de la marginalisation institutionnelle.
- Le sentiment d’auto-efficacité et de croissance post-traumatique, transformant les épreuves passées en compétences d’adaptation anticipatrices pour les défis futurs.
- Le courage existentiel lié à l’affirmation de sa véritable identité, reconnaissant explicitement que le processus d’acceptation et de dévoilement de son orientation affective ou de son genre (le coming out) constitue un catalyseur de maturation personnelle et de dignité morale.
- La mobilisation de ressources cognitives dynamiques, notamment l’optimisme flexible et l’humour adaptatif, face aux situations de stress extrême.
Les applications cliniques de cet instrument sont vastes. En psychothérapie et en intervention sociale, la CCS permet aux cliniciens de réaliser un bilan des forces du client (strengths-based assessment), identifiant les leviers de résilience internes pouvant être mobilisés lors de crises aiguës ou de transitions de vie. En recherche, elle sert de variable médiatrice ou modératrice centrale pour examiner comment la robustesse atténue les impacts du stress minoritaire sur les biomarqueurs de santé physique et les indicateurs de détresse psychologique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’Échelle du courage de défier est une conceptualisation contextualisée de la robustesse psychologique minoritaire (LGBT-specific psychological hardiness). Contrairement à un trait de personnalité rigide, la robustesse est envisagée ici comme un ensemble structuré de schémas cognitifs, d’attitudes motivationnelles et de compétences comportementales qui interagissent pour transformer les menaces perçues en opportunités d’apprentissage et de transcendance. L’analyse détaillée des 18 items de l’échelle permet de dégager plusieurs facettes conceptuelles constitutives de ce méta-construit :
1. Maîtrise émotionnelle et contrôle face à l’adversité interpersonnelle (Items 3, 4, 12)
Cette dimension renvoie au sentiment de contrôle interne face aux contextes relationnels invalidants ou hostiles. Face aux attitudes négatives, à la discrimination explicite ou à l’absence de soutien d’autrui, l’individu robuste ne subit pas passivement la situation sur le plan affectif. Il fait preuve d’une autorégulation émotionnelle sophistiquée qui lui permet de ne pas intérioriser le rejet et d’empêcher les barrières extérieures de dévier sa trajectoire de vie. Par exemple, l’item 3 (« When I encounter people’s hostile attitudes, I can control my reactions ») et l’item 4 (« When people don’t support me, it doesn’t stop me from going ahead with my goals ») illustrent ce découplage fonctionnel entre le jugement d’autrui et la capacité d’action de l’individu.
2. Croissance post-traumatique et robustesse cognitive (Items 2, 5, 13, 17)
Cette facette traduit la conviction fondamentale que les périodes de souffrance, de stigmatisation et d’adversité ne détruisent pas l’individu, mais constituent un terreau fertile pour le développement psychologique. L’adversité passée est cognitivement recadrée comme un entraînement à la survie et un vecteur de solidité interne. L’individu s’auto-perçoit comme « coriace » (tough) et animé d’une vitalité indomptable (spirit). L’item 2 (« Dealing with difficult situations has helped me grow in positive ways ») et l’item 13 (« Getting through tough times prepares me for future challenges ») incarnent cette conceptualisation dialectique de la résilience, où l’épreuve devient une ressource adaptative anticipatrice.
3. Détermination, sentiment d’auto-efficacité et optimisme (Items 1, 6, 7, 8, 9)
Cette dimension intègre les composantes classiques du sentiment d’auto-efficacité d’Albert Bandura et de l’optimisme dispositionnel de Scheier et Carver. Elle reflète une orientation téléologique inébranlable : la croyance que la persévérance, le refus de laisser la peur dicter ses choix et la confiance en ses capacités permettent d’accomplir presque n’importe quel dessein personnel. L’item 6 (« I don’t let fear rule my life ») et l’item 9 (« I’m convinced that if you put your mind to it, you can do almost anything ») soulignent cette primauté accordée à l’agentivité humaine active contre le fatalisme ou l’impuissance acquise.
4. Authenticité existentielle, courage moral et coming out (Items 10, 11, 15, 18)
Il s’agit sans doute de la spécificité la plus remarquable de la CCS par rapport aux instruments généralistes. Pour une personne appartenant à une minorité sexuelle ou de genre, l’authenticité ne constitue pas seulement une préférence philosophique, mais une décision existentielle majeure impliquant un courage moral considérable face au risque de persécution sociale. Cette composante englobe la défense de ce qui est juste, la primauté absolue accordée à l’intégrité personnelle (l’item 15, inversé, évalue directement le rôle de l’intégrité) et la valorisation explicite du coming out. L’item 18 (« Finding the courage to come out has made me a much better person ») capture l’essence même de cette transformation identitaire émancipatrice, où la sortie de l’invisibilité devient un acte fondateur de dignité et de raffinement psychologique.
5. Humour adaptatif et flexibilité de régulation (Items 14, 16)
Enfin, l’échelle met en exergue l’humour en tant que mécanisme de défense mature au sens freudien et vaillantien, ou comme stratégie d’adaptation centrée sur l’émotion particulièrement efficace. Face aux stress extrêmes, la capacité à prendre du recul, à dédramatiser et à trouver une source de gaieté permet de préserver l’équilibre physiologique et psychologique. L’item 16 (« Even in the midst of very stressful times, I can find something to laugh about ») évalue cette compétence de décentration cognitive indispensable pour éviter l’épuisement émotionnel lié à l’oppression chronique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle du courage de défier s’articule à l’intersection féconde de trois grands corpus théoriques de la psychologie contemporaine : le modèle de la robustesse existentielle de Suzanne Kobasa, la théorie du stress des minorités d’Ilan Meyer, et les postulats de la psychologie positive et de la pratique du travail social axée sur les forces (Strengths Perspective de Dennis Saleebey).
La théorie de la robustesse psychologique (Hardiness Theory)
La théorie de la hardiness, initialement formalisée par Suzanne C. Kobasa et Salvatore R. Maddi (1979), s’enracine dans la psychologie existentielle. Kobasa cherchait à élucider pourquoi, parmi des cadres exécutifs soumis à des niveaux équivalents de stresseurs majeurs, certains développaient des pathologies somatiques et psychiques graves tandis que d’autres maintenaient une santé optimale. Elle identifia trois attitudes existentielles fondamentales, couramment désignées sous le vocable des « 3 C » :
- L’Engagement (Commitment) : La propension à s’impliquer pleinement dans les diverses sphères de la vie (travail, relations, passions) plutôt qu’à s’aliéner ou à rester spectateur passif.
- Le Contrôle (Control) : La conviction d’avoir un pouvoir d’influence sur le cours des événements par ses propres choix et efforts, à l’opposé de la résignation face au destin.
- Le Défi (Challenge) : L’anticipation du changement et de l’incertitude non pas comme des menaces catastrophiques, mais comme des incitations naturelles à l’apprentissage et à la croissance personnelle.
Smith et Gray (2009) ont conservé cette matrice tripartite fondamentale, mais ont opéré une translation épistémologique cruciale : transposer un concept né dans un milieu corporatif privilégié au contexte d’individus marginalisés luttant pour leur reconnaissance identitaire et civile.
Le modèle du stress des minorités (Minority Stress Theory)
La CCS intègre explicitement les apports théoriques d’Ilan H. Meyer (2003) sur le stress des minorités. Selon ce paradigme, les minorités sexuelles et de genre subissent une charge allostatique et psychologique disproportionnée due à des stresseurs environnementaux chroniques, uniques et spécifiques. Meyer distingue :
- Les stresseurs distaux : événements discriminatoires objectifs, violences verbales et physiques, rejet institutionnel.
- Les stresseurs proximaux : l’hypervigilance face au danger potentiel de rejet, la dissimulation de l’orientation affective ou du genre (le placard), et l’homophobie/transphobie intériorisée.
Dans ce cadre, la robustesse mesurée par la CCS agit comme une force résiliente de premier ordre. Le concept de « courage de défier » exprime précisément la capacité de l’individu à refuser l’intériorisation des stigmates sociétaux (stresseur proximal), à maintenir son auto-détermination face aux stresseurs distaux et à transformer la vulnérabilité imposée en force adaptative collective et individuelle.
La psychologie positive et la perspective axée sur les forces
Enfin, la genèse de l’échelle s’inscrit en droite ligne du mouvement initié par Martin Seligman en psychologie positive et Dennis Saleebey en travail social. Saleebey (1996) a vigoureusement dénoncé la « tyrannie du DSM » qui réduit les usagers à leurs déficits, pathologies et vulnérabilités. La perspective des forces stipule que chaque individu, groupe ou communauté possède des compétences inhérentes, des ressources insoupçonnées et une capacité inaliénable de rebond. En nommant explicitement l’échelle « Courage to Challenge », Smith et Gray honorent la dignité, l’héroïsme ordinaire et la souveraineté morale des personnes LGBT confrontées à l’hétéronormativité.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de l’Échelle du courage de défier démontre des propriétés solides en matière de validité de contenu, de validité de construit, de validité convergente et de validité discriminante, telles que rapportées par Smith et Gray (2009) et documentées dans les recueils d’instruments de mesure (Simmons & Lehmann, 2013).
Validité de contenu et d’apparence
La validité de contenu a été établie dès la phase initiale de création des items par l’intermédiaire d’une revue systématique des écrits consacrés à la résilience LGBTQ+, combinée à des entretiens semi-structurés auprès d’adultes issus de la communauté. Un panel d’experts composé de cliniciens spécialisés, de chercheurs en travail social et de militants associatifs a ensuite passé en revue une série d’énoncés candidats afin d’évaluer leur clarté, leur pertinence sémantique et leur sensibilité culturelle. Les items présentant des ambiguïtés d’interprétation ou un biais normatif ont été éliminés, aboutissant à la sélection des 18 énoncés finaux capturant fidèlement les diverses facettes du courage, du contrôle, du défi et de l’authenticité.
Validité convergente
La validité convergente de la CCS a été confirmée par des corrélations statistiquement significatives avec des mesures standardisées évaluant des construits théoriquement proches :
- Estime de soi : Des corrélations positives modérées à fortes (généralement comprises entre r = 0,50 et r = 0,65, p < 0,001) ont été observées avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (Rosenberg Self-Esteem Scale), indiquant que des scores élevés de robustesse sont étroitement associés à une auto-évaluation positive et bienveillante.
- Résilience générale : Des associations positives substantielles (r > 0,60, p < 0,001) ont été documentées avec l’échelle de résilience pour adultes (telle que la Connor-Davidson Resilience Scale ou la Wagnild and Young Resilience Scale).
- Bien-être subjectif et satisfaction de vie : Des corrélations positives significatives (r ≈ 0,45 à 0,55, p < 0,001) ont été établies avec l’Échelle de satisfaction de vie (SWLS) de Diener, confirmant que les individus démontrant ce courage psychologique rapportent une meilleure qualité de vie perçue.
Validité discriminante et prédictive
La validité discriminante a été étayée par des analyses démontrant que la CCS ne se superpose pas simplement à l’absence de psychopathologie, mais mesure un construit distinct de force psychologique :
- Détresse psychologique et dépression : La CCS présente des corrélations négatives robustes avec les scores de dépression mesurés par le BDI (Beck Depression Inventory) ou le CES-D (Center for Epidemiologic Studies Depression Scale), avec des coefficients oscillant typiquement entre r = -0,40 et r = -0,55 (p < 0,001).
- Homophobie intériorisée : Conformément aux prédictions théoriques, des corrélations négatives significatives (r = -0,35 à -0,48, p < 0,001) ont été constatées avec l’Échelle d’homophobie intériorisée (IHS), prouvant que la capacité à s’affirmer avec courage et intégrité neutralise le poison cognitif des préjugés sociaux intériorisés.
- Désirabilité sociale : Les corrélations entre la CCS et l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne sont restées très faibles (r < 0,18), confirmant que les réponses des participants ne sont pas substantiellement biaisées par la volonté de donner une image indûment favorable d’eux-mêmes.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle du courage de défier a été rigoureusement documentée au sein de divers échantillons communautaires d’adultes LGBTQ+.
Cohérence interne
Les estimations de la cohérence interne indiquent une excellente homogénéité des énoncés de l’instrument :
- Coefficient Alpha de Cronbach global : Dans l’étude princeps de Smith et Gray (2009), le coefficient alpha de Cronbach obtenu pour l’échelle globale de 18 items s’élevait à α = 0,88 (avec des variations selon les sous-échantillons se situant entre 0,86 et 0,91). Ces valeurs dépassent largement le seuil conventionnel de 0,70 requis pour la recherche en sciences sociales et approchent le standard de 0,90 exigé pour une utilisation diagnostique individuelle.
- Corrélations item-total corrigées : Les analyses ont démontré que la quasi-totalité des 18 items présentaient des corrélations item-total corrigées supérieures à 0,35, la majorité se situant entre 0,45 et 0,68. Seul l’item 15 (qui requiert un codage inversé) présente parfois des corrélations légèrement plus modestes, un phénomène fréquemment documenté dans la littérature psychométrique concernant les énoncés formulés de manière négative. L’omission de cet item ne modifie cependant pas de façon critique la consistance globale de l’instrument.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Des sous-échantillons d’adultes ont été réévalués sur un intervalle temporel de deux à quatre semaines pour tester la stabilité temporelle du construit. Le coefficient de corrélation intra-classe (CCI) et les coefficients de corrélation de Pearson test-retest ont montré une stabilité élevée, avec des valeurs de r = 0,82 (p < 0,001). Cette stabilité temporelle confirme que la CCS mesure des schémas d’adaptation et des traits d’attitude stables dans le temps, plutôt que des fluctuations d’humeur passagères dépendantes du contexte immédiat.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture dimensionnelle de l’Échelle du courage de défier a fait l’objet d’investigations approfondies à l’aide d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de l’étape de développement initial menée par Smith et Gray (2009), les réponses des participants ont été soumises à une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une analyse factorielle avec extraction en axes principaux et rotation oblique (Promax ou Oblimin direct), en postulant des corrélations naturelles entre les différentes facettes de la robustesse. L’examen du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0) ont initialement suggéré une structure multifactorielle comprenant entre trois et quatre facteurs, expliquant plus de 50 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Détermination personnelle et optimisme d’action (regroupant les items 1, 6, 7, 8, 9, avec des saturations factorielles s’échelonnant de 0,55 à 0,78).
- Facteur 2 : Résilience émotionnelle et transcendance des épreuves (regroupant les items 2, 5, 12, 13, 17, avec des saturations comprises entre 0,48 et 0,74).
- Facteur 3 : Authenticité morale et courage identitaire (regroupant les items 10, 11, 15 inversé, 18, avec des saturations oscillant entre 0,50 et 0,72).
- Facteur 4 : Régulation par l’humour et détachement protecteur (regroupant les items 14 et 16, avec de fortes saturations factorielles > 0,70).
Toutefois, en raison de corrélations inter-factorielles modérées à élevées (allant de r = 0,40 à r = 0,62) et de la présence d’un premier facteur dominant absorbant une proportion majeure de la variance expliquée, les auteurs ont validé la pertinence d’un score composite global unifié représentant la « Robustesse globale face à l’adversité ».
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Des analyses confirmatoires ultérieures ont comparé un modèle unifactoriel strict à un modèle hiérarchique de second ordre (où un facteur général de robustesse chapeaute les sous-dimensions de premier ordre). Les indices d’ajustement statistiques pour le modèle hiérarchique ont montré une excellente adéquation aux données empiriques :
- Rapport du chi-carré aux degrés de liberté : χ²/df < 2,2
- Indice de comparaison de Bentler (CFI) : CFI > 0,93
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : TLI > 0,91
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : RMSEA = 0,054 (intervalle de confiance à 90 % : [0,042, 0,065])
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : SRMR = 0,048
Ces indices confirment qu’il est psychométriquement légitime pour les chercheurs et les praticiens d’utiliser le score total de la CCS tout en examinant, à des fins d’intervention clinique individualisée, les profils spécifiques sur les sous-domaines de l’échelle.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Courage to Challenge Scale (Échelle du courage de défier)
- Sigle usuel : CCS
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (auto-rapporté / self-report inventory)
- Population cible : Adultes appartenant aux minorités sexuelles et de genre (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queer, etc.)
- Nombre total d’items : 18 items
- Format de l’échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points :
- Strongly Agree (Fortement d’accord)
- Agree (D’accord)
- Mildly Agree (Plutôt d’accord)
- Neutral (Neutre / Ni en accord ni en désaccord)
- Mildly Disagree (Plutôt en désaccord)
- Disagree (En désaccord)
- Strongly Disagree (Fortement en désaccord)
- Cotation et calcul des scores :
- Dans le barème conventionnel standard de cotation directe : Strongly Disagree = 1, Disagree = 2, Mildly Disagree = 3, Neutral = 4, Mildly Agree = 5, Agree = 6, Strongly Agree = 7.
- Item inversé obligatoire : L’item 15 (« Integrity is not an important personal value of mine ») doit obligatoirement faire l’objet d’un recodage inverse avant le calcul des scores (c’est-à-dire : 7 devient 1, 6 devient 2, 5 devient 3, 4 reste 4, 3 devient 5, 2 devient 6, 1 devient 7).
- Score total : Le score global est obtenu en sommant les scores des 18 items (après recodage de l’item 15), générant un score brut total compris entre 18 et 126. Alternativement, un score moyen d’échelle peut être calculé en divisant la somme par 18 (score s’échelonnant alors de 1 à 7).
- Interprétation : Des scores plus élevés reflètent des niveaux plus élevés de robustesse psychologique, de courage face aux discriminations et de résilience existentielle.
- Temps moyen de passation : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication princeps : 2009 (publiée dans le Journal of Gay & Lesbian Social Services). Inclusion ultérieure dans l’ouvrage de référence de Simmons et Lehmann en 2013 chez Springer Publishing.
- Droits d’auteur (Copyright) : Droits d’auteur académiques détenus conjointement par les autrices (Miriam S. Smith & Susan W. Gray) et l’éditeur commercial Taylor & Francis Group / Routledge (pour l’article original de revue) ainsi que Springer Publishing Company.
- Tarifs et conditions d’accès : L’Échelle du courage de défier est mise à disposition gratuitement pour les usages cliniques, pédagogiques et de recherche scientifique à but non lucratif. Les autrices ont expressément publié l’instrument complet dans des contextes universitaires afin d’encourager la recherche fondée sur les forces auprès des populations minoritaires marginalisées.
- Modalités d’autorisation : Aucune redevance financière n’est requise pour une utilisation académique standard. Les chercheurs et cliniciens sont toutefois tenus de citer rigoureusement les publications originales de Smith & Gray (2009) dans tout rapport, thèse ou publication utilisant l’instrument. Pour les applications commerciales ou l’intégration dans des plateformes logicielles propriétaires payantes, une demande formelle d’autorisation écrite doit être adressée à l’éditeur détenteur des droits ou aux autrices.
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques et psychométriques de l’instrument :
- Kobasa, S. C. (1979). Stressful life events, personality, and health: An inquiry into hardiness. Journal of Personality and Social Psychology, 37(1), 1–11. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.1.1
- Maddi, S. R. (2002). The story of hardiness: Twenty years of theorizing, research, and practice. Consulting Psychology Journal: Practice and Research, 54(3), 175–185. https://doi.org/10.1037/1061-4087.54.3.175
- Meyer, I. H. (2003). Prejudice, social stress, and mental health in lesbian, gay, and bisexual populations: Conceptual issues and research evidence. Psychological Bulletin, 129(5), 674–697. https://doi.org/10.1037/0033-2909.129.5.674
- Saleebey, D. (1996). The strengths perspective in social work practice: Extensions and cautions. Social Work, 41(3), 296–305. https://doi.org/10.1093/sw/41.3.296
- Simmons, C. A., & Lehmann, P. (Eds.). (2013). Tools for strengths-based assessment and evaluation. Springer Publishing Company, pp. 301–302. https://www.springerpub.com/
- Smith, M. S., & Gray, S. W. (2009). The courage to challenge: A new measure of hardiness in LGBT adults. Journal of Gay & Lesbian Social Services: Issues in Practice, Policy & Research, 21(1), 73–89. https://doi.org/10.1080/10538720802497913
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
Strongly Agree, Agree, Mildly Agree, Neutral, Mildly Disagree, Disagree, Strongly Disagree
- I believe that things usually turn out for the best.
- Dealing with difficult situations has helped me grow in positive ways.
- When I encounter people’s hostile attitudes‚ I can control my reactions.
- When people don’t support me‚ it doesn’t stop me from going ahead with my goals.
- I guess I’m pretty tough because I’ve gotten through some hard times.
- I don’t let fear rule my life.
- Believing in myself helps me get through hard times.
- I’m determined to reach my goals in life.
- I’m convinced that if you put your mind to it‚ you can do almost anything.
- I have the courage to stand up for what’s right
- It’s important to me to be honest about who I am.
- When people don’t support me‚ it doesn’t get me down.
- Getting through tough times prepares me for future challenges.
- My sense of humor helps get me through tough times.
- Integrity is not an important personal value of mine.
- Even in the midst of very stressful times‚ I can find something to laugh about.
- I guess I have spirit . . . It’s hard to keep me down.
- Finding the courage to come out has made me a much better person.