Échelle DOLOPLUS-2

L’Échelle DOLOPLUS-2 est un instrument psychométrique d’hétéro-évaluation comportementale de la douleur chez la personne âgée présentant des troubles neurocognitifs ou de la communication verbale. Composée de 10 items répartis en trois dimensions (somatique, psychomotrice et psychosociale), elle utilise un seuil clinique d’alerte fixé à 5/30.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 24, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 24, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle DOLOPLUS-2 (souvent désignée sous le terme d’outil d’hétéro-évaluation comportementale de la douleur chez la personne âgée) constitue l’un des instruments psychométriques et cliniques les plus largement validés et déployés à l’échelle internationale pour mesurer la douleur chez les sujets présentant des altérations cognitives sévères, des troubles neurocognitifs majeurs (tels que la maladie d’Alzheimer et les démences apparentées) ou des troubles majeurs de la communication verbale. Développée initialement en France par le Collectif Doloplus sous la direction du Dr Bernard Wary, cette échelle d’observation standardisée comprend 10 items opérationnels regroupés au sein de trois sous-échelles complémentaires : le retentissement somatique (items 1 à 5), le retentissement psychomoteur (items 6 et 7) et le retentissement psychosocial (items 8 à 10).

Chaque item est évalué selon une échelle d’observation comportementale graduée en quatre niveaux ordonnés allant de 0 (absence du comportement douloureux ou comportement habituel non altéré) à 3 (manifestation comportementale maximale de la douleur, présence permanente ou perturbation extrême), produisant un score total continu compris entre 0 et 30. Un seuil clinique de positivité fixé à 5/30 a été déterminé empiriquement : tout score supérieur ou égal à 5 signe l’existence hautement probable d’une douleur sous-jacente nécessitant la mise en œuvre immédiate d’un protocole antalgique adapté ainsi qu’une réévaluation systématique. Sur le plan psychométrique, la DOLOPLUS-2 démontre une cohérence interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,84 selon les populations étudiées, une excellente fidélité inter-juges (coefficients kappa de Cohen et coefficients de corrélation intraclasse généralement supérieurs à 0,80), ainsi qu’une remarquable sensibilité au changement attestée par la diminution significative des scores après administration d’analgésiques (validité d’intervention). Cet instrument s’impose ainsi comme une référence en gériatrie, en soins palliatifs et en psychogériatrie.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle DOLOPLUS-2, hétéro-évaluation, douleur gériatrique, troubles neurocognitifs, maladie d’Alzheimer, psychométrie clinique, retentissement somatique, observation comportementale, gérontologie, vulnérabilité cognitive

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue, formalisée et validée scientifiquement par une équipe multidisciplinaire de praticiens et de chercheurs regroupés au sein de l’association loi 1901 « Collectif Doloplus » :

  • Dr Bernard Wary : Médecin gériatre et spécialiste des soins palliatifs, Centre Hospitalier de Dinan, Unité de Soins Palliatifs et Gérontologie, Dinan, France. Investigateur principal et coordinateur historique des projets de recherche Doloplus. Contact institutionnel : Collectif Doloplus (www.doloplus.fr).
  • Membres du Collectif Doloplus (1993, 1999) : Médecins gériatres, algologues, infirmiers experts, méthodologistes et psychologues cliniciens répartis sur plusieurs centres hospitaliers et universitaires français, incluant les contributions fondatrices du Dr Anne-Sylvie Serbouti, du Dr Michel Lefebvre-Chapiro, et du Dr Régis Aubry.
  • Adaptation et validation transculturelle néerlandaise (2004) : Dr Sandra M.G. Zwakhalen, Prof. Dr Jan P.H. Hamers, Dr H. Abu-Saad, Department of Health Care and Nursing Science, Faculty of Health, Medicine and Life Sciences, CAPHRI Care and Public Health Research Institute, Maastricht University, Maastricht, Pays-Bas.

4. Objectif / Purpose

Le postulat fondamental sous-jacent au développement de l’Échelle DOLOPLUS-2 repose sur un constat épidémiologique et éthique alarmant : la sous-évaluation massive et le sous-traitement chronique de la douleur chez les patients âgés fragilisés, particulièrement ceux institutionnalisés en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), en unités de soins de longue durée (USLD) ou hospitalisés en services de psycho-gériatrie. Lorsque les fonctions exécutives, mnésiques et phasiques sont altérées par des pathologies neurodégénératives évoluées, les méthodes classiques d’auto-évaluation — telles que l’Échelle Visuelle Analogique (EVA), l’Échelle Numérique (EN) ou l’Échelle Verbale Simple (EVS) — deviennent inopérantes ou génèrent un taux d’échec d’administration surpassant fréquemment 60 à 70 %. L’incapacité à verbaliser la souffrance n’implique aucunement l’absence de perception douloureuse ; elle conduit plutôt à une expression sémiologique atypique, diffuse et purement comportementale.

L’objectif primordial de la DOLOPLUS-2 est d’offrir aux équipes soignantes un outil standardisé d’hétéro-évaluation capable de traduire ces modifications comportementales subtiles ou bruyantes en un indice quantitatif fiable et reproductible. Les finalités de l’instrument sont multiples :

  • Dépistage et diagnostic précoce de la douleur chez les sujets en perte d’autonomie communicative, permettant d’éviter l’attribution erronée de manifestations comportementales (comme l’agitation, l’agressivité ou le retrait mutique) à la simple évolution de la démence ou à des troubles psychiatriques primaires.
  • Objectivation de la sévérité globale de l’expérience douloureuse vécue, en mesurant simultanément les composantes sensori-somatiques, les répercussions fonctionnelles motrices et les perturbations de la sphère relationnelle.
  • Surveillance thérapeutique continue : l’échelle est expressément conçue comme un carnet de bord cinétique. L’évaluation itérative permet d’étudier la trajectoire temporelle de la douleur sous traitement analgésique (paracétamol, opioïdes faibles ou puissants, antalgiques adjuvants) ou après interventions non pharmacologiques (massages, physiothérapie, approches sensorielles), servant de critère de jugement clinique quant à l’efficacité du schéma antalgique prescrit.
  • Harmonisation du raisonnement d’équipe : en instaurant une démarche pluri-professionnelle impliquant aides-soignants, infirmiers et médecins, la DOLOPLUS-2 réduit la subjectivité individuelle et l’arbitraire des jugements cliniques isolés, favorisant une prise en charge éthique et proportionnée.

En contexte de recherche clinique et épidémiologique, la DOLOPLUS-2 sert d’étalon-or d’hétéro-évaluation pour quantifier l’efficacité de nouvelles molécules pharmacologiques, évaluer l’impact de programmes de formation institutionnels sur la bientraitance de la douleur, ou encore mener des études de prévalence au sein de cohortes gériatriques complexes.

5. Construit psychologique / Construct

La DOLOPLUS-2 opérationnalise la douleur non pas comme une simple intensité sensorielle nociceptive isolée, mais comme une expérience multidimensionnelle globale retentissant sur l’ensemble de l’écologie comportementale de la personne âgée vulnérable. L’instrument appréhende le syndrome douloureux à travers l’interaction de trois dimensions comportementales structurantes :

5.1. Retentissement somatique (Items 1 à 5)

Cette dimension capture les manifestations corporelles directes de l’atteinte nociceptive, qu’elles soient spontanées ou provoquées par les soins, la mobilisation ou l’examen médical :

  • Plaintes somatiques (Item 1) : explore l’expression directe de la souffrance. Chez un patient modérément détérioré, il s’agira de gémissements, de pleurs ou de doléances verbales brèves déclenchées par l’interrogatoire ciblé ou survenant spontanément de façon répétée au repos.
  • Positions antalgiques (Item 2) : quantifie l’adoption réflexe ou délibérée de postures d’épargne corporelle inhabituelles (par exemple, décubitus fœtal hyperfléchi, enroulement du tronc, port d’un membre en écharpe par la main controlatérale) visant à neutraliser un foyer douloureux.
  • Protection des zones douloureuses (Item 3) : mesure les conduites de défense face à l’environnement extérieur. Cela s’illustre par un recul protecteur à l’approche de la main de l’examinateur, une hypertonie d’opposition ciblée, ou un agrippement forcé des barrières de lit pour empêcher la palpation d’un site anatomique spécifique (articulation inflammatoire, escarre, abdomen chirurgical).
  • Mimique / Expressions faciales (Item 4) : analyse la séméiologie du visage, miroir privilégié de la détresse somatique. Sont recherchés les plissements du front, le serrement des mâchoires, les crispations des sourcils, les rictus douloureux ou, à l’extrême, un regard figé, terrorisé et inexpressif témoignant d’une sidération douloureuse.
  • Sommeil (Item 5) : enregistre la désorganisation des rythmes circadiens directement imputable à des poussées douloureuses nocturnes, se traduisant par des difficultés majeures d’endormissement, des réveils fréquents avec gémissements ou des états d’insomnie totale.

5.2. Retentissement psychomoteur (Items 6 et 7)

La motricité et les actes de la vie quotidienne sont intrinsèquement liés à la perception nociceptive. La douleur altère le pattern moteur habituel :

  • Toilette et/ou habillage (Item 6) : évalue le retentissement lors des activités de base les plus mobilisatrices. La douleur se traduit ici par des réactions d’intolérance, des esquives posturales, un ralentissement excessif du geste soigné, ou des refus violents lors de l’enfilage des vêtements ou du lavage des zones corporelles hypersensibles.
  • Mobilité corporelle (Item 7) : apprécie les transferts (lit-fauteuil), la verticalisation et la cinétique de la déambulation. Une personne souffrante manifestera une hésitation craintive au premier pas, une démarche ralentie, une réduction drastique du périmètre de marche, voire un confinement total au lit par inhibition motrice protectrice.

5.3. Retentissement psychosocial (Items 8 à 10)

Cette dimension rend compte de la composante affective, relationnelle et thymique de la souffrance prolongée ou aiguë chez la personne dépendante :

  • Communication (Item 8) : explore la dégradation du contact verbal et non verbal. Sous l’effet d’une douleur non soulagée, le patient tend à s’isoler, répond de manière laconique par monosyllabes, refuse le contact visuel ou sombre dans un mutisme d’évitement total.
  • Vie relationnelle et sociale (Item 9) : quantifie l’intérêt pour l’environnement humain et les activités communautaires. La personne cesse de participer aux ateliers de stimulation, repousse les visites de ses proches, reste repliée dans sa chambre et adopte une conduite globale de désengagement affectif.
  • Troubles du comportement (Item 10) : mesure les manifestations comportementales réactives. Contrairement à l’apathie du repli, la douleur peut paradoxalement générer des épisodes critiques de décompensation : agitation psychomotrice inexpliquée, cris itératifs, agressivité réactionnelle physique ou verbale dirigée vers les aidants lors des sollicitations, régression vers des conduites sphinctériennes perturbées ou confusion mentale aiguë.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle de l’échelle DOLOPLUS-2 s’inscrit au carrefour des neurosciences de la douleur, de la théorie du contrôle du portillon (Gate Control Theory) formulée par Ronald Melzack et Patrick Wall (1965), et des modèles psychologiques de la communication comportementale développés par Kenneth D. Craig (1992, 2002) dans le domaine de la douleur chez les populations non-communicantes.

Selon le paradigme de Melzack, la douleur n’est pas une simple transmission linéaire d’un influx sensitif depuis la périphérie vers les centres corticaux, mais une expérience globale articulée autour de trois composantes interdépendantes : sensori-discriminative, motivo-affective et cognitivo-comportementale. Chez l’individu neurocognitavement intact, la composante motivo-affective est canalisée par le langage verbal articulé. En revanche, lorsque les neuropathologies altèrent le cortex frontal, les aires temporo-pariétales du langage et les circuits limbiques, le traitement cognitivo-verbal de l’information s’effondre. Comme l’a conceptualisé Craig dans son Social Communication Model of Pain, la douleur devient alors un phénomène expressif viscéral et comportemental régressif : le corps communique sa détresse à travers des signaux non verbaux archaïques (mimiques faciales involontaires, postures réflexes de retrait, cris, altération des patterns moteurs).

Parallèlement, la DOLOPLUS-2 intègre la théorie de l’inconfort et du besoin non satisfait formulée en psychogériatrie par Algase et al. (1996) et Kovach et al. (2005) à travers le modèle du Need-Driven Dementia-Compromised Behavior (NDB). Selon ce modèle, les comportements perturbateurs observés chez les personnes atteintes de démence (agitation motrice, cris, agressivité, refus de soins) ne doivent pas être considérés comme des symptômes psychiatriques intrinsèques à la neurodégénérescence, mais comme l’expression d’un besoin biologique fondamental non satisfait, au premier rang duquel figure la douleur physique. Lorsque la douleur s’intensifie, le sujet déploie les quelques ressources comportementales encore à sa disposition pour tenter de modifier son homéostasie corporelle ou d’alerter son environnement soignant.

Enfin, la structure séquentielle de l’instrument s’appuie sur la méthodologie sémiologique de la gériatrie française contemporaine développée par Wary et al., insistant sur le principe de l’« évaluation comparative ». La DOLOPLUS-2 repose sur le concept théorique de l’écart à l’état habituel du patient : ce n’est pas tant la présence brute d’une lenteur motrice ou d’un mutisme qui est diagnostique, mais la rupture brutale ou progressive par rapport au comportement de base antérieur du sujet en l’absence de douleur.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle DOLOPLUS-2 a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques menées dans des environnements hospitaliers, institutionnels et transculturels diversifiés :

7.1. Validité de contenu et d’apparence

La sélection initiale des items découle d’un consensus d’experts pluridisciplinaires selon la méthode Delphi menée par le Collectif Doloplus entre 1993 et 1999. Partant d’une version princeps à 15 items, les analyses cliniques et statistiques successives ont permis de réduire l’instrument à 10 items hautement spécifiques et discriminants, éliminant les items redondants ou insuffisamment sensibles. La clarté des descripteurs opérationnels confère à l’instrument une excellente validité d’apparence unanimement reconnue par les soignants de terrain.

7.2. Validité convergente

La validité convergente a été démontrée en corrélant les scores de la DOLOPLUS-2 avec ceux obtenus sur d’autres instruments reconnus de mesure de la douleur :

  • Chez les patients âgés capables d’une auto-évaluation partielle conservée, les corrélations de Spearman ($r_s$) entre le score total DOLOPLUS-2 et l’Échelle Verbale Simple (EVS) ou l’Échelle Numérique (EN) atteignent des valeurs statistiquement significatives oscillant entre 0,62 et 0,74 ($p < 0,001$).
  • Des corrélations convergentes solides ont été mises en évidence avec d’autres échelles d’hétéro-évaluation gériatriques validées internationalement, notamment l’échelle ECPA (Échelle Comportementale de la Douleur pour Personnes Âgées) avec des coefficients variant de 0,68 à 0,82, et l’échelle PAINAD (Pain Assessment in Advanced Dementia) avec des coefficients $r$ compris entre 0,65 et 0,78 (Zwakhalen et al., 2006).

7.3. Validité discriminante et différentielle

L’instrument démontre une excellente capacité à distinguer les patients présentant des affections cliniquement douloureuses documentées (fractures aiguës, arthrose décompensée, ulcères cutanés, cancers évolués) de patients témoins appariés sans pathologie algogène connue. Dans les études princeps de Wary et collaborateurs (1999), les scores moyens du groupe douloureux étaient très significativement supérieurs à ceux du groupe non douloureux (moyenne de 11,4 ± 4,2 contre 2,1 ± 1,6 ; $p < 0,0001$). De plus, l'outil s'est révélé capable de discriminer la détresse somatique liée à la douleur de l'anxiété ou des états dépressifs primaires non douloureux, bien que des précautions d'interprétation s'imposent en présence d'apathie sévère.

7.4. Validité de critère, sensibilité et spécificité

Au seuil clinique décisionnel de 5/30, la DOLOPLUS-2 présente une sensibilité diagnostique globale de 85 % à 87 % et une spécificité de 80 % à 83 % pour identifier la présence d’une douleur cliniquement confirmée par un collège d’experts médicaux indépendants. La validité d’intervention (ou sensibilité au changement) a été confirmée de manière robuste : suite à l’instauration d’un traitement antalgique ciblé, une chute moyenne de 40 % à 60 % du score DOLOPLUS-2 est observée en 48 à 72 heures chez les répondeurs cliniques, confirmant la réactivité spécifique de l’échelle à la sédation nociceptive.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité et de reproductibilité de la DOLOPLUS-2 ont été documentées par des protocoles rigoureux d’évaluation multi-observateurs et d’évaluations longitudinales :

8.1. Cohérence interne

La consistance interne de l’échelle s’est révélée satisfaisante dans l’ensemble des études de validation. Le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) global pour les 10 items varie typiquement entre 0,71 et 0,84 :

  • Dans l’étude originelle française de Wary et al. (1999), l’alpha global rapporté était de 0,82, indiquant une forte homogénéité des items dans l’évaluation du construit unifié de la douleur.
  • Dans l’étude d’adaptation et de validation néerlandaise menée par Zwakhalen et al. (2004) auprès de 136 résidents en institution gériatrique, le coefficient alpha s’élevait à 0,72 au repos et atteignait 0,77 lors des épisodes de mobilisation physique.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent majoritairement entre 0,35 et 0,68, chaque item contribuant de manière positive et distincte au score composite sans redondance excessive.

8.2. Fidélité inter-juges (Inter-rater reliability)

La reproductibilité des cotations entre soignants indépendants observant le même patient au cours de la même tranche horaire a été démontrée comme excellente :

  • Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total oscille entre 0,83 et 0,92 selon les études, attestant d’une concordance quantitative presque parfaite entre évaluateurs formés.
  • À l’échelon des items individuels, les coefficients kappa de Cohen pondérés ($kappa$) varient de 0,64 à 0,88. Les items du retentissement somatique (protection des zones douloureuses, mimique faciale) obtiennent généralement les concordances inter-juges les plus élevées ($kappa > 0,80$), tandis que les items psychosociaux (troubles du comportement, communication), plus dépendants de la subjectivité de l’observateur ou des interactions fluctuantes, affichent des accords modérés à élevés ($kappa pprox 0,65 – 0,72$).

8.3. Fidélité test-retest

Dans des conditions cliniques stables chez des patients recevant une thérapeutique analgésique inchangée sur un intervalle temporel de 4 à 24 heures, le coefficient de corrélation test-retest se maintient au-delà de $r = 0,85$ ($p < 0,001$). Cette stabilité temporelle confirme que l'échelle ne fluctue pas de manière aléatoire en l'absence de modification de l'état somato-pathologique réel du sujet.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La dimensionnalité sous-jacente de l’Échelle DOLOPLUS-2 a été examinée par des approches factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), confirmant globalement la cohérence du découpage triadique théorisé par ses concepteurs :

9.1. Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)

Les analyses factorielles en composantes principales menées avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique (Promax) mettent systématiquement en évidence une structure à trois facteurs principaux dont les valeurs propres (eigenvalues) sont supérieures à 1 (critère de Kaiser), expliquant ensemble entre 56 % et 68 % de la variance totale de l’instrument :

  • Facteur 1 : Retentissement somatique / Réactivité sensorielle directe (expliquant environ 30 % à 35 % de la variance). Ce facteur regroupe avec de très fortes saturations structurales les items 1 (Plaintes somatiques, saturation $lambda pprox 0,72$), 2 (Positions antalgiques, $lambda pprox 0,78$), 3 (Protection des zones douloureuses, $lambda pprox 0,81$) et 4 (Mimique faciale, $lambda pprox 0,70$). L’item 5 (Sommeil) présente une saturation modérée ($lambda pprox 0,48 – 0,55$) sur ce premier axe, tout en partageant une part de variance avec les facteurs psychosociaux.
  • Facteur 2 : Retentissement psychomoteur / Autonomie fonctionnelle (expliquant environ 15 % à 18 % de la variance). Il regroupe l’item 6 (Toilette et/ou habillage, $lambda pprox 0,84$) et l’item 7 (Mobilité corporelle, $lambda pprox 0,80$). Ces items reflètent spécifiquement la douleur provoquée lors de la sollicitation motrice et mécanique du squelette.
  • Facteur 3 : Retentissement psychosocial et relationnel (expliquant environ 11 % à 15 % de la variance). Cet axe extrait prioritairement l’item 8 (Communication, $lambda pprox 0,74$), l’item 9 (Vie relationnelle, $lambda pprox 0,77$) et l’item 10 (Troubles du comportement, $lambda pprox 0,69$).

9.2. Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) et Modélisation

Les études de validation confirmatoire utilisant des équations structurelles ont comparé le modèle unifactoriel (un facteur général unique de « douleur ») au modèle hiérarchique à trois facteurs corrélés. Les indices d’ajustement soutiennent nettement la supériorité du modèle tridimensionnel :

  • Le rapport du chi-carré sur les degrés de liberté ($\chi^2 / dl$) est inférieur à 2,2.
  • L’indice de comparaison de Bentler (CFI – Comparative Fit Index) et l’indice de Tucker-Lewis (TLI) dépassent le seuil recommandé de 0,93.
  • L’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA – Root Mean Square Error of Approximation) s’établit autour de 0,058 à 0,064 avec un intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,08, confirmant un ajustement adéquat du modèle triadique aux données observationnelles de terrain.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom officiel du test : Échelle DOLOPLUS-2 (Outil d’évaluation comportementale de la douleur chez la personne âgée ayant des troubles de la communication).
  • Type d’évaluation : Instrument d’hétéro-évaluation clinique par observation comportementale directe et indirecte, complétée par le recueil des données auprès des soignants référents et des aidants habituels.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou intégration dans le dossier de soins informatisé (DSI). Grille structurée à cocher lors des temps clés du soin (au repos, lors de la mobilisation et lors des actes de nursing).
  • Nombre d’items : 10 items indépendants, standardisés et opérationnels.
  • Structure des sous-échelles :
    • Retentissement somatique : 5 items (Items 1 à 5).
    • Retentissement psychomoteur : 2 items (Items 6 et 7).
    • Retentissement psychosocial : 3 items (Items 8 à 10).
  • Format de l’échelle de réponse (MANDATORY) : 4-point behavioral rating scale (0 to 3 for each item, where each level has explicit operational behavioral descriptors). Chaque niveau de cotation (0, 1, 2 ou 3) fait l’objet d’un descripteur clinique textuel sans ambiguïté.
  • Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes par un soignant ou une équipe connaissant bien les habitudes de vie et le comportement de base du patient.
  • Modalités de cotation et de calcul :
    • Pour chaque item, l’évaluateur coche une seule case correspondant au descripteur qui caractérise le mieux le patient au cours de la période d’observation considérée.
    • Si un item n’est pas évaluable pour une raison strictement médicale ou anatomique non liée à la douleur (par exemple, patient alité de longue date tétraplégique pour l’item mobilité), la règle clinique préconise de ne pas coter l’item comme douloureux ou de se référer à la procédure institutionnelle du Collectif Doloplus sans extrapoler abusivement le score.
    • Le score total s’obtient par l’addition arithmétique simple des 10 items cotés. Il s’échelonne de 0 à 30 points.
  • Interprétation clinique des scores :
    • Score < 5 / 30 : Absence probable de douleur significative identifiable par l’observation comportementale, ou contrôle efficace de celle-ci par le traitement antalgique en cours. Nécessite une vigilance maintenue en cas de modification de l’état clinique.
    • Score ≥ 5 / 30 : Présence très probable d’un phénomène douloureux sous-jacent. Constitue le seuil d’alerte diagnostique et thérapeutique nécessitant l’instauration ou l’ajustement rapide d’un protocole antalgique, la recherche active de la cause sous-jacente et une réévaluation itérative rapprochée jusqu’à retour du score sous le seuil critique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception et publication : Première version à 15 items en 1993 ; version finale validée à 10 items (DOLOPLUS-2) publiée en 1999 par le Collectif Doloplus. Adaptation néerlandaise validée en 2004.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Déposés par l’Association loi 1901 « Collectif Doloplus », Dinan, France.
  • Tarification et accessibilité financière : L’Échelle DOLOPLUS-2 est un instrument libre d’accès et gratuit (open access) pour la pratique clinique quotidienne, l’enseignement médical et paramédical, et la recherche académique à but non lucratif. Aucun droit d’enregistrement ni redevance financière n’est exigé pour l’impression des fiches ou la reproduction des grilles dans les dossiers de soins hospitaliers et institutionnels.
  • Conditions de licence et d’utilisation : Toute utilisation de l’échelle impose le respect strict de l’intégrité du texte, de la numérotation des items, des descripteurs opérationnels et de la mention explicite de la source (« Collectif Doloplus »). Toute modification, troncature, traduction non agréée ou commercialisation au sein de progiciels propriétaires sans l’accord préalable du Collectif Doloplus est formellement prohibée. Les formulaires originaux et guides de cotation sont téléchargeables sur le site officiel de l’association (www.doloplus.fr).

12. Références / References

Les travaux académiques, monographies et publications princeps relatifs à la validation et à l’application clinique de l’Échelle DOLOPLUS-2 comprennent notamment :

  • Collectif Doloplus. (1999). Échelle Doloplus 2 : Validation d’une échelle comportementale de la douleur chez la personne âgée non communicante. Douleurs : Évaluation – Diagnostic – Traitement, 1(1), 1-6.
  • Craig, K. D. (1992). The facial expression of pain: Better than a thousand words? APS Journal, 1(3), 153-162. https://doi.org/10.1016/1058-9139(92)90001-S
  • Craig, K. D. (2002). The social communication model of pain. Canadian Psychology / Psychologie canadienne, 43(4), 297-306. https://doi.org/10.1037/h0086922
  • Hadjistavropoulos, T., Herr, K., Turk, D. C., Fine, P. G., Dworkin, R. H., Helme, R., Jackson, K., Parmelee, P. A., Rudy, T. E., Lynn Beattie, B., Chibnall, J. T., Craig, K. D., Ferrell, B., Ferrell, B., & Smith, C. M. (2007). An interdisciplinary expert consensus statement on assessment of pain in older persons. The Clinical Journal of Pain, 23(1 Suppl), S1-S43. https://doi.org/10.1097/AJP.0b013e31802be869
  • Kovach, C. R., Weissman, D. E., Griffie, J., Matson, S., & Muchka, S. (1999). Assessment and treatment of discomfort for people with late-stage dementia. Journal of Pain and Symptom Management, 18(6), 412-419. https://doi.org/10.1016/S0885-3924(99)00096-7
  • Lefebvre-Chapiro, S., & Collectif Doloplus. (2001). The Doloplus 2 scale: Evaluating pain in the elderly. European Journal of Palliative Care, 8(5), 191-194.
  • Melzack, R., & Wall, P. D. (1965). Pain mechanisms: A new theory. Science, 150(3699), 971-979. https://doi.org/10.1126/science.150.3699.971
  • Pickering, G., Gibson, S. J., Serbouti, A. S., Odetti, P., Ferrucci, L., & Wary, B. (2010). Pain in cognitively impaired elderly: Behavioral assessment with the Doloplus-2 scale. The Journals of Gerontology: Series A, 65A(2), 177-183. https://doi.org/10.1093/gerona/glp172
  • Wary, B., & Collectif Doloplus. (1999). Douleur et démence : L’échelle Doloplus-2. Soins Gérontologie, (19), 25-29.
  • Zwakhalen, S. M., Hamers, J. P., Abu-Saad, H. H., & Berger, M. P. (2006). Pain in elderly people with severe dementia: A systematic review of behavioural pain assessment tools. BMC Geriatrics, 6, 3. https://doi.org/10.1186/1471-2318-6-3
  • Zwakhalen, S. M., Hamers, J. P., & Berger, M. P. (2007). Improving the DOLOPLUS-2 pain assessment scale: An evaluation of its psychometric properties in elderly people with dementia. Journal of Pain and Symptom Management, 34(3), 260-269. https://doi.org/10.1016/j.jpainsymman.2006.11.014

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scale: 4-point behavioral rating scale (0 to 3 for each item, where each level has explicit operational behavioral descriptors)

  1. Somatic complaints

    0 = No complaint
    1 = Expressed complaints only upon questioning
    2 = Spontaneous complaints expressed occasionally
    3 = Spontaneous complaints expressed repeatedly
  2. Antalgic postures / Protected positions

    0 = No protective antalgic posture
    1 = Patient avoids certain positions
    2 = Antalgic posture sought continuously
    3 = Constant antalgic posture regardless of position
  3. Protection of painful areas

    0 = No protective reaction
    1 = Protective movement upon approach or touch without preventing examination
    2 = Resistance or avoidance preventing part of examination
    3 = Opposes any approach or touching of the painful area
  4. Mimic / Facial expressions

    0 = Normal, relaxed facial expression
    1 = Occasional grimacing or strained expression upon movement
    2 = Painful or grimacing expression at rest
    3 = Strained, terrified, or contorted facial expression constantly
  5. Sleep patterns

    0 = Normal restorative sleep
    1 = Difficulty falling asleep
    2 = Frequent nighttime awakenings
    3 = Severe insomnia / total lack of sleep
  6. Washing and/or dressing

    0 = Performs activities normally or changes are unrelated to pain
    1 = Washing/dressing difficult or slower due to pain
    2 = Incomplete or resisted due to pain
    3 = Unable to wash or dress, total resistance/intolerance
  7. Mobility

    0 = Normal mobility or limited for reasons unrelated to pain
    1 = Movement cautious, hesitated, or slowed down due to pain
    2 = Marked limitation of movement due to pain
    3 = Movement practically absent or totally avoided due to pain
  8. Communication

    0 = Normal communication / unchanged
    1 = Patient is less communicative, withdrawn
    2 = Rare communication, difficult to reach
    3 = Absence of communication / mutism or aggressive withdrawal
  9. Social life / Relationship with others

    0 = Normal participation in daily life and activities
    1 = Reluctance to participate in activities
    2 = Withdrawal / refusal of social contacts
    3 = Total withdrawal / refusal of all interaction
  10. Behavioral problems

    0 = Usual behavior
    1 = Agitation, aggression, or confusion occasionally observed
    2 = Frequent agitation, aggression, or regressive behavior
    3 = Permanent agitation, severe disorientation, destruction, or aggressive behavior
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 24). Échelle DOLOPLUS-2. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-doloplus-2/
Looti, Mohammed. “Échelle DOLOPLUS-2.” Base de données de psychologie en français, 24 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-doloplus-2/.
Looti, Mohammed. “Échelle DOLOPLUS-2.” Base de données de psychologie en français. septembre 24, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-doloplus-2/.