1. Résumé
L’Échelle d’évaluation vocale GRBAS (développée initialement sous l’égide de la Japan Society of Logopedics and Phoniatrics par le phoniatre et chirurgien de la voix Minoru Hirano en 1981) constitue l’étalon-or international de l’évaluation perceptive auditive de la dysphonie et de la qualité vocale. Cet instrument standardisé a été conçu pour permettre aux orthophonistes, phoniatres et oto-rhino-laryngologistes (ORL) de quantifier de manière rapide, reproductible et cliniquement pertinente les altérations multidimensionnelles du timbre et du comportement vocal. L’acronyme GRBAS opérationnalise cinq dimensions fondamentales de la voix pathologique : G (Grade, degré global de l’atteinte vocale), R (Roughness, rugosité ou raucité acoustique liée à l’irrégularité vibratoire), B (Breathiness, souffle ou déperdition d’air glottique), A (Asthenia, asthénie ou faiblesse de l’émission vocale) et S (Strain, forçage, serrage ou hyperfonction vocale).
L’instrument repose sur 5 items évalués par un auditeur expert au moyen d’une échelle ordinale à intervalles d’apparence égale en quatre points (allant de 0 = Normal / None à 3 = Severe / Extreme). L’analyse peut donner lieu à l’établissement d’un profil qualitatif individualisé (ex. G2 R2 B1 A0 S1) ainsi qu’à un score cumulé de sévérité globale s’étendant de 0 à 15. D’un point de vue psychométrique, l’échelle GRBAS présente une excellente validité de construit et une validité concourante démontrée par des corrélations robustes avec les mesures aérodynamiques (débit d’air transglottique, pression sous-glottique), acoustiques (gigue ou jitter, scintillement ou shimmer, rapport harmonique/bruit) et vidéolaryngostroboscopiques. La fidélité inter-juges et intra-juge est largement documentée dans la littérature internationale, affichant des coefficients kappa de Cohen et des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) variant typiquement de 0,65 à 0,92 chez des cliniciens formés, garantissant son statut de pilier diagnostique tant en pratique clinique courante qu’en recherche fondamentale en laryngologie.
2. Mots-clés
Échelle GRBAS, évaluation perceptive de la voix, dysphonie, phoniatrie, orthophonie, qualité vocale, rugosité, déperdition aérienne, asthénie vocale, forçage vocal, Minoru Hirano, psychométrie vocale.
3. Auteurs
L’instrument GRBAS a été formalisé et introduit auprès de la communauté scientifique internationale par le Dr Minoru Hirano, MD, PhD (1932–2017), éminent laryngologue japonais et professeur au Département d’Oto-rhino-laryngologie et de Chirurgie Cervico-faciale de l’Université de Kurume (Kurume, Japon). Ses travaux novateurs sur l’anatomie microstructurale des cordes vocales — notamment la description révolutionnaire de la structure en couches de la lamina propria et la théorie corps-couverture (cover-body theory of vocal fold vibration) — ont servi de fondement physiologique à la création de cette échelle.
Le développement de la grille GRBAS a été réalisé en étroite collaboration avec le Committee for Phonatory Function Tests de la Japan Society of Logopedics and Phoniatrics (Société japonaise d’orthophonie et de phoniatrie). Les affiliations institutionnelles historiques de cette initiative incluent la School of Medicine de l’Université de Kurume ainsi que les principaux centres hospitaliers universitaires phoniatriques japonais. Bien que le Pr Hirano soit décédé en 2017, la pérennité clinique et méthodologique de ses travaux est assurée par la Japan Society of Logopedics and Phoniatrics, la European Laryngological Society (ELS) et l’American Speech-Language-Hearing Association (ASHA).
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’échelle GRBAS est de standardiser la caractérisation perceptive-auditive de la voix humaine afin d’établir un diagnostic fonctionnel précis de la dysphonie, de guider l’indication thérapeutique (médicale, chirurgicale ou rééducative) et de mesurer objectivement l’efficacité des interventions cliniques. La voix humaine est un phénomène acoustique et physiologique d’une immense complexité, produit par l’interaction fluide-structure entre l’écoulement d’air sous-glottique pulmonaire et la biomécanique oscillatoire des plis vocaux. Bien que les instruments instrumentaux (stroboscopie, électroglottographie, spectroscopie acoustique) fournissent des données quantitatives essentielles, l’oreille humaine demeure le récepteur ultime pour juger de l’intelligibilité, du confort et de l’acceptabilité sociale de la communication vocale. L’évaluation perceptive auditive constitue ainsi le point d’ancrage clinique par rapport auquel tous les autres paramètres diagnostiques sont interprétés.
Avant l’avènement de l’échelle GRBAS, les descriptions cliniques de la dysphonie souffraient d’un manque d’uniformité critique, chaque praticien employant des qualificatifs idiosyncrasiques et subjectifs (ex. « voix voilée », « voix éraillée », « timbre étouffé », « voix cassée »), ce qui rendait impossible la comparaison inter-centres des données et la réplication des essais cliniques. Hirano (1981) a remédié à ce flou taxonomique en isolant cinq descripteurs auditifs indépendants et orthogonaux qui reflètent des anomalies physiopathologiques laryngées précises. L’échelle répond à un triple impératif :
- Diagnostic clinique différentiel : Distinguer rapidement la prédominance d’une fuite glottique (paramètre B prépondérant dans les paralysies récurrentielles ou les atrophies séniles) d’une irrégularité de masse vibratoire (paramètre R prépondérant dans les polypes ou nodules) ou d’un comportement d’hyperfonctionnement de compensation (paramètre S dans les dysphonies de tension musculaire).
- Surveillance longitudinale et évaluation des résultats : Quantifier le bénéfice thérapeutique suite à une microchirurgie laryngée (phonochirurgie d’exérèse lésionnelle), une injection intracordale de graisse ou d’acide hyaluronique, ou une rééducation orthophonique ciblée.
- Recherche translationnelle et normalisation scientifique : Offrir une métrique universelle pour les méta-analyses, la validation de nouveaux biomarqueurs vocaux fondés sur l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, et les études multicentriques en laryngologie.
L’échelle est conçue pour être appliquée lors de l’écoute d’échantillons standardisés de voix parlée, incluant typiquement la lecture à voix haute d’un texte phonétiquement équilibré (tel que le texte de « La bise et le soleil » ou « The Rainbow Passage »), la tenue d’une voyelle soutenue (/a/ prolongé à hauteur et intensité confortables) et un échantillon de discours spontané.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par l’échelle GRBAS est la qualité vocale dysphonique perçue, appréhendée sous un modèle factoriel multicomposant. La perception auditive de la voix ne constitue pas un attribut unidimensionnel, mais un percept psychoacoustique résultant du traitement cortical complexe des fréquences, des harmoniques, du bruit d’écoulement et des transitoires d’attaque vocale. Hirano a décomposé ce construit psychoacoustique global en cinq dimensions distinctes et interdépendantes :
1. Grade (G) : Gravité ou sévérité globale de la dysphonie
Le paramètre G capture l’impression clinique générale et holistique de l’altération vocale. Il s’agit d’une métrique intégrative qui évalue dans quelle mesure la voix s’écarte de la normalité biologique, esthétique et fonctionnelle pour un individu du même sexe et de la même classe d’âge. Le clinicien intègre ici l’ensemble des perturbations acoustiques perçues. Une cotation G0 désigne une voix eurythmique, claire et harmonieuse, sans aucune trace d’altération pathologique. Une note de G1 signale une altération discrète, souvent perceptible uniquement par une oreille entraînée ou lors d’épreuves de charge vocale. Le score G2 reflète une dysphonie modérée, aisément décelable lors d’une conversation ordinaire par tout interlocuteur naïf, entraînant une gêne fonctionnelle patente. Le score G3 correspond à une dysphonie sévère, où le timbre fondamental est presque entièrement déstructuré, la voix étant extrêmement altérée, inintelligible ou réduite à un murmure apractique ou aphonique.
2. Roughness (R) : Rugosité ou raucité acoustique
Le paramètre R évalue le caractère acoustique heurté, râpeux ou rauque du timbre vocal. Sur le plan psychoacoustique, la rugosité est engendrée par des fluctuations apériodiques de basse fréquence dans l’onde sonore fondamentale. Sur le plan physiopathologique, elle correspond à l’irrégularité spatio-temporelle de la vibration des cordes vocales (asymétrie de phase, décalage vibratoire entre la corde gauche et la corde droite, ou variations d’amplitude cycle à cycle). Cette composante est typiquement élevée dans les pathologies s’accompagnant d’une inhomogénéité de masse ou d’élasticité le long du bord libre glottique, telles que les nodules vocaux, les polypes unilatéraux, les kystes épidermiques intracordaux, ou encore les carcinomes épidermoïdes invasifs.
3. Breathiness (B) : Souffle ou fuite d’air glottique
Le paramètre B quantifie la sensation auditive de déperdition aérienne ou de chuchotement sous-jacent, perçu sous la forme d’un bruit de souffle turbulent à haute fréquence accompagnant l’émission vocale. Cette composante reflète directement l’incompétence de l’affrontement glottique lors de la phase de fermeture du cycle vibratoire : une portion significative du flux pulmonaire traverse la fente glottique sans être modulée en énergie acoustique périodique. Le souffle est particulièrement prédominant dans les atteintes neuromusculaires entraînant une hypomobilité ou une paralysie d’une corde vocale (paralysie récurrentielle post-thyroïdectomie), dans les atrophies cordales liées à la presbyphonie (cordes vocales arquées), ainsi que dans les ponts cicatriciels post-chirurgicaux ou les sulcus glottidis créant un décalage d’affrontement longitudinal.
4. Asthenia (A) : Asthénie ou faiblesse vocale
Le paramètre A décrit le manque de puissance, d’énergie acoustique et de projection de la voix. Une voix asthénique apparaît faible, dévitalisée, hypotonique et dénuée de brillance harmonique. Physiologiquement, elle traduit une diminution marquée de la pression sous-glottique, une faiblesse de l’activité du muscle thyro-aryténoïdien et des muscles expiratoires, ou un défaut d’impédance acoustique du tractus vocal. On observe une asthénie marquée chez les patients atteints de myasthénie grave, de sclérose latérale amyotrophique à début bulbaire, d’affections débilitantes systémiques, ou dans le cadre de dysphonies hypofonctionnelles psychogènes.
5. Strain (S) : Forçage, serrage ou hyperfonction vocale
Le paramètre S mesure l’effort excessif, la tension hypertonique et la contrainte perceptibles dans l’appareil vocal. La voix est perçue comme étranglée, comprimée, pressurisée ou anormalement aiguë, comme si l’émission exigeait une lutte permanente contre une résistance laryngée disproportionnée. Sur le plan biomécanique, le forçage résulte d’une contraction exagérée des muscles intrinsèques et extrinsèques du larynx (muscles crico-thyroïdiens, thyro-hyoïdiens, et constriction supraglottique médio-latérale par les bandes ventriculaires). Ce paramètre est au cœur de la sémiologie des dysphonies de tension musculaire (MTD), des dysphonies spasmodiques en adduction et des mécanismes de compensation inadaptés développés par des professionnels de la voix (chanteurs, enseignants) confrontés à un surmenage vocal chronique.
6. Cadre théorique
Le développement de l’échelle GRBAS s’inscrit au carrefour de deux cadres théoriques majeurs : la théorie psychoacoustique de la perception des timbres et la théorie aéroacoustique corps-couverture de la phonation de Minoru Hirano.
La théorie myoélastique-aérodynamique et le modèle corps-couverture de Hirano
La compréhension scientifique moderne de la physiologie vocale repose sur les travaux initiaux de Johannesw Müller, étendus par Janwillem van den Berg dans les années 1950 avec la théorie myoélastique-aérodynamique, puis magnifiés par les découvertes histologiques de Hirano (1974, 1981). Hirano a démontré que le pli vocal humain n’est pas un bloc homogène de tissu musculaire, mais une structure fonctionnelle stratifiée divisée en :
- La couverture (cover) : Constituée de l’épithélium pavimenteux stratifié et de la couche superficielle de la lamina propria (espace de Reinke), extrêmement souple, gélatineuse et élastique, qui ondule passivement sous l’effet du souffle aérien pour former l’onde muqueuse.
- La zone de transition : Formée par les couches intermédiaire et profonde de la lamina propria (le ligament vocal), riche en fibres d’élastine et de collagène.
- Le corps (body) : Représenté par le muscle thyro-aryténoïdien (muscle vocal), doté de propriétés contractiles actives régulant la raideur, l’épaisseur et la géométrie interne du pli vocal.
Selon ce cadre théorique, l’harmonie acoustique du timbre résulte du glissement parfait et indépendant de la couverture sur le corps rigide sous-jacent. Toute lésion bénigne ou maligne modifiant cette architecture biomécanique perturbe immédiatement les régularités du cycle vibratoire. Dès lors, les items de l’échelle GRBAS ne sont pas des concepts abstraits, mais des transpositions psychoacoustiques directes de défaillances biomécaniques : Roughness traduit la dissociation vibratoire de la couverture ; Breathiness quantifie l’absence de fermeture de la glotte membraneuse ou cartilagineuse ; Strain reflète une hypercontraction compensatoire globale du corps musculaire et des structures périlaryngées pour maintenir l’accolement glottique.
Le modèle psychoacoustique et la théorie de la décision perceptivo-auditive
Le cadre théorique de l’évaluation perceptive s’appuie également sur la psychophysique classique de Stanley Smith Stevens relative aux échelles d’intervalles d’apparence égale (equal-appearing interval scales). La perception d’une voix pathologique constitue un jugement cognitif complexe dans lequel un observateur compare le signal entrant à une norme acoustique interne (le prototype de la voix saine mémorisé à travers l’apprentissage perceptif). L’approche de Hirano a consisté à substituer aux descriptions globales impressionnistes une grille d’analyse par traits sélectifs (feature extraction), permettant au cerveau de l’évaluateur de déconvoluer le signal sonore global en sous-dimensions acoustiques quasi-indépendantes, réduisant ainsi la charge cognitive et améliorant la fidélité de l’observateur.
7. Validité
La validité psychométrique et clinique de l’échelle GRBAS a été validée dans des centaines de publications internationales au cours des quatre dernières décennies.
Validité de construit et validité structurale
La validité de construit de l’échelle a été confirmée par de nombreuses études montrant que les 5 items permettent de discriminer sans ambiguïté les voix saines des voix pathologiques, ainsi que de graduer fidèlement la sévérité des atteintes. Des travaux conduits par Dejonckere et al. (1996, 2001) au sein de la European Laryngological Society ont établi que le paramètre G corrèle massivement avec la sensation globale de handicap ressenti par le patient, mesurée par le Voice Handicap Index (VHI, r = 0,62 à 0,78, p < 0,001).
Validité convergente et concourante
La validité convergente de la GRBAS est solidement établie par sa confrontation avec des mesures acoustiques multiparamétriques instrumentales :
- Roughness (R) : Corrèle de manière très significative avec les indices de perturbation de la fréquence fondamentale à court terme, notamment le jitter (pourcentage de perturbation de la fréquence, r = 0,60 à 0,75), le Relative Average Perturbation (RAP), ainsi qu’avec les mesures non linéaires de dynamique chaotique (dimension de corrélation, exposant de Lyapunov).
- Breathiness (B) : Présente des corrélations robustes avec les ratios de bruit acoustique, notamment le Harmonics-to-Noise Ratio (HNR, r = -0,68 à -0,81) et le Normalized Noise Energy (NNE), ainsi qu’avec les mesures aérodynamiques directes telles que le débit transglottique moyen (mean airflow rate, r = 0,72).
- Strain (S) : Montre une corrélation directe avec l’élévation anormale de la pression sous-glottique estimée (r = 0,55 à 0,69) et avec l’indice d’énergie acoustique dans les hautes fréquences (au-delà de 4 kHz).
La comparaison avec d’autres grilles perceptives standardisées, telles que l’échelle CAPE-V (Consensus Auditory-Perceptual Evaluation of Voice de l’ASHA), démontre une convergence exceptionnelle : les corrélations de rang de Spearman entre les dimensions équivalentes de la GRBAS et de la CAPE-V (Overall Severity vs G, Roughness vs R, Breathiness vs B, Strain vs S) dépassent systématiquement r = 0,85 (Zraick et al., 2007 ; Nemr et al., 2012).
Validité discriminante
L’instrument permet de discriminer nettement différentes étiologies laryngées. Une étude classique de Piccirillo et al. (1998) a démontré que des profils GRBAS distincts émergent selon la pathologie : les paralysies récurrentielles se caractérisent par un profil où B > R et A élevé, tandis que les lésions nodulaires ou polyploïdes présentent un profil où R > B avec une asthénie quasi nulle (A = 0). De plus, l’échelle discrimine avec une sensibilité supérieure à 88 % les répondeurs cliniques des non-répondeurs après injection de toxine botulique dans la dysphonie spasmodique.
8. Fidélité
La reproductibilité et la précision métrique de l’échelle GRBAS ont fait l’objet de méticuleuses investigations psychométriques. L’évaluation perceptive étant par essence tributaire de l’oreille humaine, la fidélité dépend intrinsèquement de l’expertise des juges et de la standardisation des échantillons vocaux.
Cohérence interne
Lorsque les items de l’échelle GRBAS sont sommés pour produire un score total de sévérité (allant de 0 à 15), la cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach se situe généralement entre 0,82 et 0,91 (Wuyts et al., 2000), indiquant une excellente homogénéité du construit de dysphonie globale tout en préservant la spécificité des cinq traits descriptifs.
Fidélité inter-juges
La fidélité inter-observateurs a été documentée à travers le monde. Chez des cliniciens entraînés (phoniatres et orthophonistes expérimentés), les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et les coefficients de concordance pondérés (weighted kappa de Cohen/Fleiss) oscillent régulièrement entre :
- Grade (G) : CCI = 0,80 à 0,93 (accord quasi parfait).
- Roughness (R) : CCI = 0,72 à 0,86 (accord substantiel à excellent).
- Breathiness (B) : CCI = 0,74 à 0,88 (accord substantiel à excellent).
- Strain (S) : CCI = 0,58 à 0,74 (accord modéré à substantiel ; la détection de la tension laryngée demeurant la tâche perceptive la plus sujette aux variations d’interprétation).
- Asthenia (A) : CCI = 0,52 à 0,70 (accord modéré ; ce paramètre présentant parfois des chevauchements perceptifs avec l’intensité d’émission ou le souffle).
Des programmes d’étalonnage et d’entraînement auditif à l’aide d’échantillons d’ancrage sonore (auditory anchor samples) permettent de rehausser la concordance inter-juges de plus de 20 % pour les paramètres S et A (Eadie & Doyle, 2005).
Fidélité intra-juge (test-retest)
La fidélité intra-évaluateur (mesurée par la réévaluation aveugle des mêmes stimuli sonores à plusieurs semaines d’intervalle) est remarquablement élevée. Les coefficients kappa intra-juge rapportés dans les publications fondatrices et récentes dépassent fréquemment 0,85 pour l’item G et se situent entre 0,75 et 0,90 pour les quatre autres paramètres (Carding et al., 2000 ; Kreiman et al., 1993).
9. Analyse factorielle
La structure factorielle de l’échelle GRBAS a été abondamment scrutée par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), afin de tester si les cinq items reflètent une dimension unique de dysphonie ou une architecture multidimensionnelle.
Structure factorielle exploratoire (AFE)
Les études factorielles (notamment celles de De Bodt et al., 1997 ; Wuyts et al., 2000) révèlent de manière systématique l’émergence d’une solution à deux facteurs principaux expliquant entre 72 % et 84 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Perturbation structurelle/Acoustique (Variance expliquée : ~48-55 %) : Ce facteur primaire est dominé par de très fortes saturations du Grade (G, saturation habituelle > 0,90) et de la Roughness (R, saturation > 0,85). Il capture l’atteinte lésionnelle intrinsèque de la muqueuse et la perte de régularité vibratoire.
- Facteur 2 : Incompétence glottique et dynamique de flux (Variance expliquée : ~25-30 %) : Ce second facteur regroupe de fortes saturations pour le Breathiness (B, saturation > 0,82) et l’Asthenia (A, saturation > 0,78), reflétant la composante d’hypofonction, d’hypotonie et de fuite aérienne.
- Positionnement du Strain (S) : Le paramètre Strain sature souvent de façon bipolaire ou indépendante. Dans certaines modélisations à trois facteurs, S forme à lui seul un troisième facteur autonome (Hyperfonction / Effort phonatoire, saturation > 0,88), attestant de son orthogonalité fonctionnelle par rapport au pôle asthénique.
Modélisation confirmatoire (AFC)
Les modélisations en équations structurelles corroborent qu’un modèle hiérarchique de second ordre — où un facteur général de « Sévérité de la dysphonie » sous-tend deux sous-dimensions de premier ordre (Perturbation de la texture vibratoire d’un côté, Régulation dynamique glottique/effort de l’autre) — présente d’excellents indices d’ajustement (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,96 ; TLI > 0,95). Ces résultats confirment empiriquement le bien-fondé de l’intuition clinique d’Hirano, qui avait combiné une mesure globale (G) avec quatre traits phénoménologiques différenciés (R, B, A, S).
10. Instrument de mesure
- Nom du test : Échelle d’évaluation vocale GRBAS (GRBAS Voice Rating Scale / GRBAS (stem)beoordelingsinstrument).
- Type d’instrument : Échelle d’évaluation perceptive-auditive par hétéro-évaluation clinique (observation experte standardisée).
- Domaine clinique : Phoniatrie, oto-rhino-laryngologie, orthophonie, réhabilitation vocale, sciences de la parole.
- Nombre d’items : 5 items perceptifs fondamentaux (G, R, B, A, S).
- Format d’administration : Écoute critique d’échantillons de parole standardisés enregistrés dans des conditions acoustiques contrôlées (bruit de fond < 40 dB SPL) ou lors de l’examen clinique en direct. Les tâches phonatoires comprennent : voyelle /a/ tenue à hauteur et intensité confortables, lecture d’un texte de référence phonétiquement équilibré, et échantillon de discours spontané standardisé de 1 à 2 minutes.
- Échelle de réponse (authentique et obligatoire) : Échelle d’évaluation ordinale à intervalles d’apparence égale en 4 points (4-point equal-appearing interval rating scale) :
- 0 = Normal / None (Normal / Absent)
- 1 = Slight / Mild (Léger)
- 2 = Moderate (Modéré)
- 3 = Severe / Extreme (Sévère / Extrême)
- Cotation et calcul des scores :
- Profil qualitatif : Les scores sont habituellement consignés sous forme de profil clinique synthétique (ex. G2 R2 B1 A0 S1), permettant d’apprécier la morphologie de la dysphonie au premier coup d’œil.
- Score total cumulé : Somme arithmétique directe des cinq paramètres (G + R + B + A + S), comprise entre 0 et 15. Un score de 0 correspond à une eurythmie vocale parfaite, tandis qu’un score approchant 15 traduit une désorganisation phonatoire majeure et multimorphe.
- Temps d’administration : Environ 1 à 3 minutes par patient lors d’un examen phoniatrique ou orthophonique standard.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’échelle GRBAS a été initialement publiée en 1981 par le Professeur Minoru Hirano dans son ouvrage princeps Clinical Examination of Voice paru aux éditions Springer-Verlag (Vienne / New York). L’échelle a été développée dans le cadre d’un comité d’experts public par la Japan Society of Logopedics and Phoniatrics.
Conditions d’utilisation et droits d’auteur : L’échelle GRBAS relève du domaine public académique et clinique. Aucun droit d’usage, redevance financière ou licence commerciale payante n’est exigée pour son utilisation en cabinet libéral, en milieu hospitalier ou dans le cadre de projets de recherche universitaire. Les praticiens et chercheurs sont libres de l’utiliser, sous réserve de citer expressément les travaux originaux de Hirano (1981) dans leurs publications scientifiques ou rapports cliniques. L’instrument est fréquemment intégré sans frais supplémentaires dans des suites logicielles d’analyse vocale (ex. Praat, Computerized Speech Lab, VoceVista).
12. Références
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De Bodt, M. S., Wuyts, F. L., Van de Heyning, P. H., & Croux, C. (1997). Test-retest study of the GRBAS scale: Influence of experience and professional background on perceptual rating of voice quality. Journal of Voice, 11(1), 74–80. https://doi.org/10.1016/S0892-1997(97)80026-4
Dejonckere, P. H., Remacle, M., Fresnel, E., Woisard, V., Crevier-Buchman, L., & Millet, B. (1996). Differentiated perceptual evaluation of pathological voice quality: Reliability and correlations with acoustic measures. Revue de Laryngologie, Otologie, Rhinologie, 117(3), 219–224.
Dejonckere, P. H., Bradley, P., Clemente, P., Cornut, G., Crevier-Buchman, L., Friedrich, G., Van de Heyning, P., Remacle, M., & Woisard, V. (2001). A basic protocol for functional assessment of voice pathology, especially for investigating the efficacy of (phonosurgical) treatments and evaluating new assessment devices: Guideline elaborated by the Committee on Phoniatrics of the European Laryngological Society (ELS). European Archives of Oto-Rhino-Laryngology, 258(2), 77–82. https://doi.org/10.1007/s004050000299
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Hirano, M. (1981). Clinical examination of voice. Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-3-7091-8608-4
Kreiman, J., Gerratt, B. R., Kempster, G. B., Erman, A., & Berke, G. S. (1993). Perceptual evaluation of voice quality: Review, tutorial, and a framework for future research. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 36(1), 21–40. https://doi.org/10.1044/jshr.3601.21
Nemr, K., Simões-Zenari, M., Cordeiro, G. F., Tsuji, D., Ogawa, A. I., & Ubrig, M. T. (2012). GRBAS and CAPE-V scales: High reliability and consensus when applied at different points of time. Journal of Voice, 26(6), 812.e17–812.e22. https://doi.org/10.1016/j.jvoice.2012.03.007
Piccirillo, J. F., Painter, C., Haiduk, A., Fuller, D., & Fredrickson, J. M. (1998). Assessment of two objective voice function tests. Annals of Otology, Rhinology & Laryngology, 107(5), 396–400. https://doi.org/10.1177/000348949810700507
Wuyts, F. L., De Bodt, M. S., & Van de Heyning, P. H. (2000). Dysphonia Severity Index: An objective measure of vocal quality based on a multiparametric approach. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 43(3), 796–809. https://doi.org/10.1044/jslhr.4303.796
Zraick, R. I., Kempster, G. B., Lee, P. C. H., Hapner, E. R., Humphrey, R. H., & Glaze, L. E. (2007). Establishing the validity of the Consensus Auditory-Perceptual Evaluation of Voice (CAPE-V). Journal of Voice, 21(5), 558–567. https://doi.org/10.1016/j.jvoice.2006.03.007
13. Questions et items du questionnaire
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G (Grade): Overall degree of voice abnormality / severity of dysphonia
[0 = Normal / None | 1 = Slight / Mild | 2 = Moderate | 3 = Severe / Extreme]
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R (Roughness): Impression of the irregularity of vocal fold vibration (acoustic impression of harshness / raspiness)
[0 = Normal / None | 1 = Slight / Mild | 2 = Moderate | 3 = Severe / Extreme]
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B (Breathiness): Impression of the extent of air leakage through the glottis (turbulent noise in the voice)
[0 = Normal / None | 1 = Slight / Mild | 2 = Moderate | 3 = Severe / Extreme]
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A (Asthenia): Weakness or lack of power in the voice (hypofunctional vocal quality)
[0 = Normal / None | 1 = Slight / Mild | 2 = Moderate | 3 = Severe / Extreme]
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S (Strain): Impression of excessive effort, vocal tension, or hyperfunction
[0 = Normal / None | 1 = Slight / Mild | 2 = Moderate | 3 = Severe / Extreme]