Échelle d’évaluation motrice

L’Échelle d’évaluation motrice (Motor Assessment Scale, MAS) est un instrument psychométrique d’évaluation de la performance motrice fonctionnelle post-AVC, composé de 8 items hiérarchisés (0-48) et d’une mesure du tonus général.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’évaluation motrice (connue internationalement sous l’appellation Motor Assessment Scale ou MAS) est un instrument d’évaluation clinique standardisé de la motricité fonctionnelle conçu spécifiquement pour les patients ayant subi un accident vasculaire cérébral (AVC). Développée initialement en 1985 par Janet H. Carr et ses collaboratrices à l’Université de Sydney, cette échelle repose sur les paradigmes de la rééducation motrice orientée vers la tâche (task-oriented approach) et de l’apprentissage moteur contemporain. La MAS mesure les capacités motrices effectives à travers huit domaines d’activités motrices hiérarchisées : le passage du décubitus dorsal au décubitus latéral sur le côté sain, le passage du décubitus dorsal à la position assise au bord du lit, l’équilibre assis, le passage assis-debout, la marche, la fonction motrice globale du membre supérieur, les mouvements fins de la main et les activités manuelles avancées. Une neuvième composante, évaluant le tonus musculaire général, est observée de façon continue tout au long du protocole mais fait l’objet d’une cotation indépendante non sommative.

Chacun des huit items moteurs est gradué sur une échelle ordinale hiérarchique en 7 points (notée de 0 à 6), où le niveau 0 indique une incapacité totale à initier la tâche et le niveau 6 correspond à une exécution motrice optimale, fluide et conforme aux critères physiologiques de normalité. Le score moteur global s’échelonne ainsi de 0 à 48 points. Les études psychométriques ont invariablement établi que l’Échelle d’évaluation motrice possède d’excellentes qualités de mesure : la fidélité inter-évaluateurs présente des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) fréquemment supérieurs à 0,90, la cohérence interne (alpha de Cronbach) dépasse régulièrement 0,88 et la validité convergente avec des instruments tels que le test de Fugl-Meyer (Fugl-Meyer Assessment) et l’indice de Barthel affiche des corrélations allant de 0,75 à 0,92. L’instrument fait preuve d’une grande sensibilité au changement lors de la phase aiguë et subaiguë de la rééducation neuro-motrice, constituant ainsi un outil de référence tant en pratique clinique courante qu’en recherche biomédicale internationale.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’évaluation motrice, Motor Assessment Scale, accident vasculaire cérébral, hémiplégie, rééducation motrice, kinésithérapie neurologique, apprentissage moteur, contrôle moteur, analyse fonctionnelle, propriétés psychométriques, fidélité inter-évaluateurs, validité de construit.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle d’évaluation motrice a été élaborée et validée par une équipe de pionnières de la physiothérapie neurologique et de la réadaptation fonctionnelle à l’Université de Sydney et dans les hôpitaux de recherche affiliés en Australie :

  • Janet H. Carr, EdD, FACP : physiothérapeute clinicienne, chercheuse émérite et professeure associée au Département de physiothérapie de la Faculté des sciences de la santé de l’Université de Sydney (Australie). Figure internationale majeure dans le domaine de la rééducation neurologique orientée vers les tâches fonctionnelles.
  • Roberta B. Shepherd, EdD, FACP : professeure associée honoraire au sein de la Faculté des sciences de la santé de l’Université de Sydney. Co-auteure avec Janet Carr de multiples ouvrages fondamentaux sur la science du mouvement et le réapprentissage moteur post-AVC.
  • Lennart Nordholm, PhD : biostatisticien et chercheur en méthodologie de la recherche clinique à l’Université de Sydney, ayant supervisé la modélisation psychométrique et les analyses statistiques initiales de l’échelle.
  • Denise Condie, BAppSc : clinicienne et chercheuse en physiothérapie neurologique, collaboratrice directe sur les protocoles de standardisation empirique des critères de cotation opérationnelle.

4. Objectif / Purpose

Le développement de l’Échelle d’évaluation motrice répondait à une lacune majeure dans l’arsenal d’évaluation en neuroréhabilitation au milieu des années 1980. Jusqu’alors, l’évaluation du patient hémiplégique était dominée par deux approches divergentes mais également limitées : d’une part, les examens neurologiques axés sur les déficits neuro-physiologiques isolés (réflexes ostéotendineux, synergies stéréotypées de Brunnstrom, spasticité via l’échelle d’Ashworth), lesquels ne prédisent que très imparfaitement la capacité du patient à fonctionner dans son environnement quotidien ; d’autre part, les indices d’autonomie globale tels que l’indice de Barthel ou la Mesure d’Indépendance Fonctionnelle (MIF), qui mesurent le résultat fonctionnel mais autorisent des compensations massives par le membre sain, masquant ainsi la récupération motrice intrinsèque de l’hémicorps parétique.

La MAS a donc été spécifiquement conçue pour combler cet écart en offrant une mesure objective, quantitative et standardisée de la performance motrice fonctionnelle réelle du côté atteint, sans accorder de crédit aux stratégies de compensation anormales. L’objectif clinique primaire de l’instrument est d’évaluer la séquence développementale et fonctionnelle de récupération motrice chez les patients adultes et âgés victimes d’un AVC ou de lésions cérébrales acquises. En découpant le contrôle moteur en tâches concrètes de mobilité au lit, de transferts posturaux, de locomotion et de préhension bimanuelle, la MAS fournit au thérapeute une cartographie détaillée des capacités préservées, émergentes et absentes.

Sur le plan de la recherche clinique, la MAS remplit plusieurs vocations indispensables :

  • Mesure de l’efficacité thérapeutique : elle sert de critère de jugement principal (primary outcome) ou secondaire dans les essais cliniques randomisés évaluant des interventions novatrices en rééducation (thérapie induite par la contrainte, robotique de rééducation, stimulation magnétique transcrânienne, réalité virtuelle).
  • Suivi longitudinal et modélisation de la récupération : la structure ordinale stricte permet d’analyser les trajectoires de récupération temporelle et d’identifier les plateaux moteurs.
  • Orientation de la prescription thérapeutique : chaque niveau de cotation d’un item correspond à un objectif moteur intermédiaire concret, permettant au physiothérapeute d’établir un plan de traitement personnalisé immédiatement aligné sur la prochaine étape développementale de la tâche.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par l’Échelle d’évaluation motrice relève du domaine de la performance motrice fonctionnelle et du contrôle neuromoteur volontaire chez les personnes présentant une atteinte du motoneurone supérieur. Contrairement aux approches réductionnistes qui dissocient la force musculaire unitaire, la sensibilité proprioceptive et les réflexes spinaux, la MAS envisage le comportement moteur comme une interaction dynamique et coordonnée entre de multiples systèmes physiologiques (musculo-squelettique, neuronal, vestibulaire et visuel) orientés vers un but environnemental précis.

Le construit s’articule autour de huit dimensions fonctionnelles fondamentales, accompagnées d’une dimension régulatrice neurovégétative et tonique :

1. Mobilité au lit : décubitus dorsal au décubitus latéral sain

Cette dimension examine la coordination synergique axiale et appendiculaire nécessaire à la rotation du tronc. Elle explore la capacité du sujet à fléchir activement le membre inférieur parétique, à dissocier les ceintures scapulaire et pelvienne et à croiser l’hémicorps atteint au-dessus de la ligne médiane vers le côté sain sans recours à une traction externe exercée par le bras sain.

2. Mobilité au lit : décubitus dorsal à la position assise au bord du lit

Ce construit évalue la transition posturale dynamique contre gravité. Il sollicite les muscles abdominaux obliques, le redressement latéral du rachis, ainsi que la poussée sélective du membre supérieur parétique couplée à l’abaissement contrôlé des membres inférieurs hors du lit.

3. Équilibre assis statique et dynamique

L’équilibre assis mesure la régulation posturale anticipatoire et réactionnelle du tronc en position érigée sans support dorsal. L’échelle évalue la stabilité de la base d’appui pelvienne, la capacité à effectuer des transferts de poids antéro-postérieurs et médio-latéraux, ainsi que les réactions de redressement lors de la rotation axiale de la tête et du tronc.

4. Passage assis-debout

Ce construit biomécanique clé mesure la capacité à générer un moment de force suffisant au niveau des extenseurs des genoux et des hanches tout en projetant le centre de masse corporel vers l’avant sur les pieds. La cotation pénalise sévèrement l’asymétrie de charge au sol et la rétro-pulsion pathologique fréquente chez l’hémiplégique.

5. Locomotion et marche

La dimension de la marche examine la régulation de la phase d’appui (stabilité unipodale sur le membre parétique, extension de la hanche) et de la phase oscillante (flexion active de hanche, dégagement du pied sans circumduction compensatoire du bassin). Elle intègre également des critères de vitesse et de distance de marche autonome sans aides techniques externes.

6. Fonction globale du membre supérieur

Cette dimension évalue le contrôle moteur proximal et intermédiaire de l’épaule et du coude, indispensable au positionnement spatial de la main. Les critères explorent l’élévation antérieure du bras en rotation neutre sans élévation compensatoire du moignon de l’épaule, le maintien prolongé à 90 degrés de flexion, et la dissociation entre l’extension du coude et les syncinésies de flexion du membre supérieur.

7. Mouvements fins de la main

Ce construit cible le contrôle moteur distal segmentaire : extension active du poignet, pronosupination de l’avant-bras avec coude fléchi ou étendu, préhension palmaire et ouverture coordonnée des doigts. La cotation impose une sélectivité neuromotrice excluant le déclenchement involontaire de syncinésies motrices globales.

8. Activités manuelles avancées

Cette dimension hautement différenciée mesure la dextérité manuelle fine, la motricité oculo-manuelle et la coordination temporelle complexe requises pour la manipulation d’objets usuels (peigne, crayon, tasse, pièces de monnaie). Elle reflète l’intégration complète du feedback somatosensoriel et du contrôle moteur corticomoteur descendant.

9. Tonus musculaire général

Contrairement aux huit dimensions précédentes, le tonus n’est pas une mesure de performance d’action mais un état neurophysiologique continu. Le construit sous-jacent est l’excitabilité réflexe et la résistance passive à l’étirement des masses musculaires. Il est évalué de façon bipolaire afin de capturer tant l’hypotonie flasque initiale que la spasticité hypertonique pyramidale ultérieure.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Échelle d’évaluation motrice s’ancre résolument dans les courants contemporains des sciences du mouvement qui ont émergé dans les années 1970 et 1980 en réaction aux approches neuro-facilitatrices traditionnelles (telles que les méthodes Bobath, Kabat-Knott-Voss ou Brunnstrom). Les fondements théoriques de la MAS reposent sur trois piliers conceptuels majeurs :

1. L’approche du réapprentissage moteur pour l’hémiplégie (Motor Relearning Programme)

Conçue par Carr et Shepherd (1987), cette théorie postule que le rétablissement de la motricité après une lésion cérébrale n’est pas la simple réémergence passive d’un programme moteur rigide ou la suppression de réflexes anormaux, mais un processus actif d’apprentissage cognitif et moteur. Selon cette perspective, le patient doit réapprendre à résoudre des problèmes biomécaniques concrets en s’entraînant sur des tâches contextualisées plutôt qu’en exécutant des mouvements artificiels sans finalité écologique. La MAS a été construite pour être le reflet direct de cette approche : les items ne testent pas des patterns isolés mais des actions motrices écologiquement signifiantes.

2. La théorie des systèmes dynamiques du contrôle moteur

Inspirée des travaux de Nicolai Bernstein et popularisée par des théoriciens comme Esther Thelen et Scott Kelso, la théorie des systèmes dynamiques (dynamical systems theory) rejette le modèle strictement hiérarchique et centralisé du système nerveux au profit d’un modèle distribué où le mouvement émerge de l’interaction auto-organisée entre l’organisme, la tâche et l’environnement. La MAS intègre ce paradigme en contraignant l’environnement d’évaluation (hauteur de la table, taille des objets, repères temporels) pour observer comment le système musculo-squelettique réorganise ses degrés de liberté pour accomplir l’action demandée.

3. Les principes de la plasticité neuronale dépendante de l’usage

La formulation de la MAS anticipe les découvertes modernes en neurobiologie montrant que le cortex cérébral se réorganise en fonction de la spécificité des sollicitations motrices (use-dependent neuroplasticity). En pénalisant explicitement l’usage de mouvements compensatoires anormaux lors des épreuves motrices, la MAS prévient l’installation de ce que Taub a qualifié de « non-usage appris » (learned non-use) de l’hémicorps parétique, favorisant une rééducation centrée sur la restitution de synergies physiologiques optimales.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de validité de l’Échelle d’évaluation motrice ont été abondamment documentées au cours de quatre décennies d’investigations cliniques dans divers contextes hospitaliers et communautaires :

Validité de contenu et validité apparente

La validité de contenu a été établie dès l’étude princeps de Carr et al. (1985) par un panel d’experts en kinésithérapie et neurologie. Les huit items ont été sélectionnés pour couvrir l’ensemble du répertoire de mobilité axiale, proximale et distale indispensable au recouvrement de l’autonomie. La validité apparente est particulièrement élevée : les cliniciens et les patients reconnaissent immédiatement l’utilité pratique des tâches demandées, ce qui renforce l’adhésion du sujet lors de la passation.

Validité de construit et hiérarchicité de Guttman

Un aspect distinctif de la validité de construit de la MAS réside dans la structure hiérarchique intrinsèque de chaque item. Des analyses d’échelonnement cumulatif selon le modèle de Guttman ont démontré que les scores au sein de chaque sous-test suivent un ordre croissant de difficulté neuro-mécanique : la réussite d’un niveau supérieur (par exemple le niveau 5) implique quasi systématiquement la maîtrise préalable des composantes biomécaniques des niveaux sous-jacents (niveaux 1 à 4). Le coefficient de reproductibilité de Guttman calculé pour les items de la MAS excède régulièrement le seuil conventionnel de 0,90, confirmant la cohérence de l’agencement structural de l’échelle.

Validité convergente

La validité convergente de la MAS a été démontrée par des corrélations robustes avec les étalons de référence de la neuroréhabilitation :

  • Fugl-Meyer Assessment (FMA) : les coefficients de corrélation de Pearson ou de Spearman entre le score total de la MAS et l’échelle motrice de Fugl-Meyer se situent typiquement entre r = 0,78 et r = 0,92 (Poole & Whitney, 1988 ; Malouin et al., 1994). Les sous-items de la MAS pour le membre supérieur montrent une corrélation particulièrement forte avec la section motrice du membre supérieur du FMA (r > 0,85).
  • Indice de Barthel et MIF : des corrélations modérées à fortes (r = 0,65 à 0,82) sont rapportées entre le score moteur total de la MAS et les mesures d’indépendance fonctionnelle globale, illustrant que la récupération motrice intrinsèque mesurée par la MAS se traduit effectivement par des gains dans les activités de la vie quotidienne.
  • Vitesse de marche chronométrée (10-Meter Walk Test) : l’item 5 (Marche) de la MAS présente une corrélation inverse significative avec le temps de parcours (r = -0,76, p < 0,001), validant sa pertinence dans l’évaluation de la vélocité locomotrice.

Sensibilité au changement et effets de seuil

La MAS fait preuve d’une excellente réactivité clinique (responsiveness) durant les six premiers mois suivant l’AVC, avec des tailles d’effet standardisées (d de Cohen) dépassant souvent 0,80 lors de programmes de réadaptation intensive. Néanmoins, à l’instar d’autres outils cliniques, un effet de plancher (floor effect) peut être observé chez les patients hémiplégiques sévères en phase aiguë immédiate pour les items de préhension fine, tandis qu’un léger effet de plafond (ceiling effect) peut survenir chez les sujets présentant un AVC mineur lors de l’évaluation de l’équilibre assis statique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle d’évaluation motrice a été rigoureusement confirmée dans de multiples cohortes internationales, démontrant une stabilité métrique remarquable lorsqu’elle est administrée par des évaluateurs formés.

Fidélité inter-évaluateurs

Dans l’étude originelle de validation de Carr et al. (1985), la fidélité inter-juges a été mesurée auprès de thérapeutes évaluant simultanément des patients hémiplégiques. Les coefficients de corrélation par les rangs de Spearman s’échelonnaient de 0,89 à 0,99 sur l’ensemble des huit items moteurs, avec un accord global presque parfait. Des travaux ultérieurs, utilisant le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) selon des modèles à deux facteurs à effets mixtes, ont corroboré ces données :

  • Score total de la MAS : CCI = 0,95 à 0,98 (intervalle de confiance à 95 % : [0,92 – 0,99]).
  • Items de mobilité globale (items 1 à 4) : coefficients kappa pondérés variant de 0,78 à 0,91.
  • Items de membre supérieur et main (items 6 à 8) : coefficients kappa pondérés situés entre 0,72 et 0,88.
  • Item Tonus musculaire général : cet item présente historiquement la fidélité la plus basse (kappa = 0,55 à 0,68), en raison de la nature subjective de la palpation et de l’évaluation manuelle de la résistance passive à l’étirement, justifiant sa mise à l’écart du score total sommatif.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle de l’instrument a été évaluée chez des patients en phase chronique d’AVC chez qui aucune modification neuro-fonctionnelle n’était attendue sur un intervalle court de 24 à 72 heures. Les analyses révèlent un CCI test-retest global supérieur à 0,92 pour le score total moteur. L’erreur standard de mesure (SEM) est estimée à environ 1,8 point sur l’échelle de 48 points, et le changement minimal détectable (CMD à 95 %) se situe autour de 4 à 5 points de score total, offrant aux cliniciens un seuil précis pour distinguer un progrès thérapeutique réel d’une simple variation aléatoire de mesure.

Cohérence interne

L’homogénéité unidimensionnelle des huit items moteurs est confirmée par des coefficients d’alpha de Cronbach systématiquement élevés, oscillant entre 0,88 et 0,94 dans la littérature spécialisée. Les corrélations item-total corrigées dépassent toutes 0,50, témoignant d’une forte interdépendance fonctionnelle entre les différentes composantes de la rééducation motrice évaluées par l’échelle.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Bien que la MAS ait été initialement structurée selon une logique clinique et hiérarchique pragmatique, les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) publiées ultérieurement (notamment par English et al., 2006 ; Pickering et al., 1998) ont apporté un éclairage crucial sur l’architecture dimensionnelle de l’instrument.

Structure unifactorielle vs bifactorielle

La majorité des analyses factorielles exploratoires conduites sur le score des huit items moteurs révèlent l’extraction d’un facteur général dominant (généralement désigné sous le terme de Performance Motrice Globale), qui explique à lui seul entre 60 % et 75 % de la variance totale des scores. L’ensemble des huit items sature fortement sur ce premier facteur (saturations factorielles supérieures à 0,65), ce qui légitime l’usage d’un score total sommé de 0 à 48 dans la recherche d’efficacité clinique.

Cependant, des analyses factorielles confirmatoires avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) soutiennent de manière plus robuste l’existence d’une structure à deux sous-dimensions corrélées (r inter-facteurs ≈ 0,68) :

  • Facteur 1 : Mobilité globale et contrôle postural (Gross Motor / Postural Control)

    Ce facteur regroupe les items 1 à 5 (Mobilité au lit, Équilibre assis, Passage assis-debout et Marche). Les saturations factorielles pour ces items sont remarquablement élevées :

    • Item 1 (Décubitus dorsal au latéral) : λ = 0,78
    • Item 2 (Décubitus dorsal à assis) : λ = 0,84
    • Item 3 (Équilibre assis) : λ = 0,72
    • Item 4 (Assis-debout) : λ = 0,86
    • Item 5 (Marche) : λ = 0,81
  • Facteur 2 : Motricité du membre supérieur et dextérité (Upper Limb & Hand Function)

    Ce second facteur est composé des items 6, 7 et 8 (Fonction du bras, Mouvements de la main et Activités manuelles avancées) :

    • Item 6 (Fonction du bras) : λ = 0,89
    • Item 7 (Mouvements de la main) : λ = 0,93
    • Item 8 (Activités manuelles avancées) : λ = 0,88

Analyses selon la théorie de réponse aux items (TRI) et modèle de Rasch

Plusieurs études psychométriques modernes ont appliqué le modèle de Rasch à l’Échelle d’évaluation motrice (Lannin, 2004). Ces analyses confirment la remarquable unidimensionnalité des sous-échelles motrices et démontrent que la hiérarchie de difficulté des items est parfaitement respectée : les items de mobilité axiale et d’équilibre assis se positionnent aux niveaux de sévérité les plus bas (tâches les plus aisées à accomplir), tandis que les activités de marche complexe et de dextérité manuelle avancée se situent au pôle opposé du continuum latent θ de capacité motrice.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de test : Test clinique de performance motrice observée directement par un clinicien (kinésithérapeute, ergothérapeute, médecin de médecine physique et de réadaptation).
  • Format d’administration : Évaluation standardisée en tête-à-tête en milieu clinique (salle de rééducation ou chambre du patient). Le matériel requis comprend une table d’examen ferme ou un lit médicalisé standard, un chronomètre, une chaise sans accoudoirs, une table standard, une tasse, un peigne, un crayon, une feuille de papier, et des objets de petite dimension (pièces de monnaie ou haricots).
  • Nombre d’items : 8 items moteurs fonctionnels cotés de façon cumulative, plus 1 item d’observation continue du tonus musculaire (non cumulatif).
  • Format de réponse authentique : 7-point hierarchical rating scale (0 to 6) per item, where 0 indicates unable to perform and 6 indicates optimal/normal motor performance.
  • Règles de cotation et calcul des scores :
    • Chaque item moteur est subdivisé en critères séquentiels stricts numérotés de 1 à 6. Si le patient ne parvient pas à valider le niveau 1, la note de 0 lui est attribuée.
    • Principe hiérarchique : l’évaluateur teste le patient jusqu’au plus haut niveau de difficulté qu’il est capable d’accomplir. Pour valider une note donnée (par exemple 4), le patient doit satisfaire pleinement à l’ensemble des réquisits biomécaniques décrits pour ce niveau sans présenter de stratégies de compensation proscrites par le manuel.
    • Trois essais maximum sont généralement accordés pour chaque niveau, et la meilleure performance validée est retenue.
    • Le Score Moteur Total est obtenu en effectuant la somme directe des scores des huit items moteurs : score minimum = 0 (paralysie fonctionnelle complète), score maximum = 48 (motricité normale ou subnormale).
    • L’item Tonus musculaire général fait l’objet d’une cotation séparée sur une échelle ordinale en 7 points : la note 4 représente un tonus physiologique normal ; les notes inférieures à 4 (0 à 3) désignent des états d’hypotonie ou de flaccidité progressive ; les notes supérieures à 4 (5 et 6) désignent une hypertonie ou une spasticité d’intensité croissante. Cette note de tonus n’est jamais additionnée au score moteur global de 0 à 48.
  • Durée moyenne de passation : Environ 15 à 30 minutes selon la sévérité de l’atteinte motrice du patient et son niveau de fatigabilité.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1985 (première publication princeps dans la revue scientifique internationale Physical Therapy).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : L’Échelle d’évaluation motrice originale a été publiée dans le domaine académique sous le copyright initial de l’American Physical Therapy Association (APTA). L’échelle est largement considérée comme un instrument d’évaluation clinique du domaine public pour un usage clinique non lucratif et pour la recherche académique institutionnelle, à condition de citer fidèlement la source princeps de Carr et al. (1985).
  • Tarification : L’accès aux critères opérationnels de cotation de l’échelle est gratuit dans la littérature scientifique ouverte. Aucun droit d’utilisation ou licence payante (royalty fee) n’est exigé pour l’administration clinique courante ou les études universitaires non commerciales.

12. Références / References

Les publications fondatrices et les études psychométriques de validation relatives à l’Échelle d’évaluation motrice sont documentées ci-dessous conformément aux normes du style APA 7e édition :

  • Carr, J. H., Shepherd, R. B., Nordholm, L., & Lynne, D. (1985). Investigation of a new Motor Assessment Scale for stroke patients. Physical Therapy, 65(2), 175–180. https://doi.org/10.1093/ptj/65.2.175
  • Carr, J. H., & Shepherd, R. B. (1987). A motor relearning programme for stroke (2nd ed.). Heinemann Physiotherapy.
  • English, C. K., Hillier, S. L., Stiller, K. R., & Warden-Flood, A. (2006). The sensitivity of the Motor Assessment Scale and the Functional Independence Measure for measuring motor recovery of upper limb function after stroke. Disability and Rehabilitation, 28(20), 1281–1287. https://doi.org/10.1080/09638280600641154
  • Lannin, N. A. (2004). Reliability, validity and factor structure of the upper limb subscale of the Motor Assessment Scale for stroke patients. Disability and Rehabilitation, 26(2), 109–116. https://doi.org/10.1080/09638280310001629688
  • Malouin, F., Pichard, L., Bonneau, C., Durand, A., & Corriveau, H. (1994). Evaluating motor recovery early after stroke: Comparison of the Fugl-Meyer Assessment and the Motor Assessment Scale. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 75(11), 1206–1212. https://doi.org/10.1016/0003-9993(94)90006-X
  • Pickering, R. M., Ashburn, A., & Lovelock, L. (1998). An evaluation of the Motor Assessment Scale for stroke patients. Clinical Rehabilitation, 12(3), 209–218. https://doi.org/10.1191/026921598675685514
  • Poole, J. L., & Whitney, S. L. (1988). Motor Assessment Scale for stroke patients: Concurrent validity and interrater reliability. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 69(3), 195–197.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response Scale: 7-point hierarchical rating scale (0 to 6) per item, where 0 indicates unable to perform and 6 indicates optimal/normal motor performance.
  1. Supine to side lying onto intact side
  2. Supine to sitting over side of bed
  3. Balanced sitting
  4. Sitting to standing
  5. Walking
  6. Upper-arm function
  7. Hand movements
  8. Advanced hand activities
Scoring Protocol & General Tonus Observation:

Scores across the 8 motor performance areas are summed to yield a total score ranging from 0 to 48. General tonus is observed throughout the assessment and scored separately on a 7-point scale (score 4 represents normal tone; scores below 4 represent flaccid/hypotonic responses and scores above 4 represent hypertonic responses) and is not added to the motor score total.

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle d’évaluation motrice. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-devaluation-motrice/
Looti, Mohammed. “Échelle d’évaluation motrice.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-devaluation-motrice/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’évaluation motrice.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-devaluation-motrice/.