1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation motrice (connue internationalement sous le nom de Motor Assessment Scale ou MAS) est un instrument d’évaluation clinique et psychométrique standardisé développé en 1985 par les physiothérapeutes australiennes Janet H. Carr et Roberta B. Shepherd. Conçue initialement pour quantifier la récupération fonctionnelle motrice chez les patients ayant subi un accident vasculaire cérébral (AVC), l’échelle se distingue par son approche résolument orientée vers la tâche (task-oriented approach). Contrairement aux échelles purement neurométriques mesurant des synergies motrices réflexes isolées ou des amplitudes passives, l’Échelle d’évaluation motrice analyse la performance motrice dans le contexte d’activités fonctionnelles écologiquement valides et signifiantes pour l’autonomie quotidienne de l’individu.
L’instrument se compose de neuf sections ou sous-échelles distinctes : (1) Passage du décubitus dorsal au décubitus latéral, (2) Passage du décubitus dorsal à la position assise au bord du lit, (3) Équilibre assis, (4) Passage de la position assise à la position debout, (5) Marche, (6) Fonction du bras (membre supérieur proximal), (7) Mouvements de la main (motricité distale), (8) Activités manuelles avancées (motricité fine et coordination bimanuelle) et (9) Tonus général. Chacune des huit premières sections est graduée selon une échelle ordinale de type Guttman hiérarchisée de 0 à 6 points, où le niveau 0 indique l’incapacité totale à exécuter la moindre composante du mouvement et le niveau 6 correspond à une performance motrice fluide, rapide, stable et parfaitement autonome selon des critères temporels et qualitatifs stricts. Le score total pour les huit sections fonctionnelles varie de 0 à 48 points, le tonus général faisant l’objet d’une cotation catégorielle distincte.
Sur le plan psychométrique, l’Échelle d’évaluation motrice possède une fidélité inter-évaluateurs et test-retest exceptionnelle, avec des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et des coefficients kappa de Cohen souvent supérieurs à 0,85 et 0,95 dans la littérature de réadaptation neurologique. Sa validité de construit, démontrée par des analyses factorielles et des modélisations de Rasch, révèle une forte cohérence interne ainsi qu’une excellente validité convergente avec des mesures classiques telles que l’évaluation motrice de Fugl-Meyer (FMA) et l’indice de Barthel, tout en présentant un temps de passation nettement plus court (environ 15 à 30 minutes) et une réduction notable des effets de plancher et de plafond au cours des différentes phases de réadaptation post-AVC.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’évaluation motrice, Motor Assessment Scale, accident vasculaire cérébral, neuroréhabilitation, évaluation motrice, réapprentissage moteur, physiothérapie neurologique, échelle de Guttman, analyse de Rasch, récupération fonctionnelle.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’évaluation motrice a été élaborée par une équipe pionnière en physiothérapie neurologique et en sciences de la réadaptation au sein de la Faculté des sciences de la santé de l’Université de Sydney (Australie) :
- Janet H. Carr, EdD, FACP : Ancienne professeure associée au Département de physiothérapie de l’Université de Sydney, chercheuse internationalement reconnue pour ses travaux novateurs sur le réapprentissage moteur post-AVC et la biomécanique du mouvement fonctionnel.
- Roberta B. Shepherd, EdD, FACP : Professeure émérite au Département de physiothérapie de la Faculté des sciences de la santé de l’Université de Sydney, co-développeuse avec Janet Carr de l’approche du réapprentissage moteur pour l’hémiplégie (Motor Relearning Programme for Stroke).
- Lena Nordholm, PhD : Psychométricienne et statisticienne, alors rattachée à l’Université de Sydney, ayant contribué à la modélisation statistique et aux études initiales de fidélité et de validité de l’échelle.
- Denise Lynne, BAppSc : Physiothérapeute clinicienne ayant participé à l’expérimentation clinique initiale et au calibrage des critères opératoires de cotation.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’évaluation motrice est de fournir aux cliniciens, physiothérapeutes, ergothérapeutes et chercheurs un instrument standardisé, objectif, rapide et sensible au changement permettant de mesurer la récupération motrice et fonctionnelle chez les patients ayant subi une lésion cérébrale acquise, en particulier un accident vasculaire cérébral. Avant l’introduction de cette échelle au milieu des années 1980, l’évaluation de la motricité post-lésionnelle reposait principalement sur deux types d’instruments : d’une part, des bilans neuromusculaires purement analytiques (mesure de la force musculaire isolée par testing manuel, évaluation des réflexes ostéotendineux et cotation de la spasticité), et d’autre part, des indices d’incapacité globale ou d’activités de la vie quotidienne comme l’indice de Barthel ou la Mesure d’indépendance fonctionnelle (MIF).
Cette dichotomie traditionnelle laissait un vide méthodologique majeur. Les mesures analytiques de déficiences (au sens de la classification internationale du fonctionnement du handicap) ne reflétaient pas la capacité réelle du patient à coordonner des synergies complexes pour réaliser une action orientée vers un but. Inversement, les indices d’autonomie globale mesuraient souvent des compensations instrumentales ou l’aide fournie par une tierce personne sans renseigner sur la qualité intrinsèque du contrôle moteur retrouvé. L’Échelle d’évaluation motrice a été spécifiquement conçue pour combler ce fossé en évaluant la motricité à travers des tâches fonctionnelles fondamentales pour la mobilité et l’autonomie corporelle.
Dans la pratique clinique, l’échelle poursuit plusieurs visées majeures :
- L’évaluation initiale et le diagnostic fonctionnel : Établir un profil moteur de référence dès la phase aiguë ou subaiguë, identifiant avec précision les composantes biomécaniques manquantes ou altérées (par exemple, le manque de translation antérieure du tronc lors du lever de la chaise ou la faiblesse de la protraction scapulaire lors de l’élévation du bras).
- La planification d’interventions ciblées : Servir de guide direct à l’élaboration du programme de réadaptation selon les principes de l’apprentissage moteur, en sélectionnant des exercices adaptés au niveau ordinal exact du patient dans chaque domaine fonctionnel.
- Le suivi longitudinal et l’évaluation de l’efficacité thérapeutique : Quantifier les progrès réalisés au cours du séjour hospitalier, en centre de rééducation ou en ambulatoire, grâce à des critères de cotation opérationnels non ambigus qui réduisent la variabilité subjective entre différents professionnels de santé.
- La recherche clinique translationnelle : Offrir une mesure de résultat (outcome measure) robuste, standardisée et reproductible pour comparer des protocoles expérimentaux (tels que la thérapie par contrainte induite, la rééducation assistée par robotique, la réalité virtuelle ou les thérapies pharmacologiques favorisant la plasticité cérébrale).
5. Construit psychologique / Construct
L’Échelle d’évaluation motrice s’articule autour du construit théorique du contrôle moteur dynamique orienté vers la tâche. Ce construit postule que la motricité humaine ne résulte pas de patrons d’activation réflexes préprogrammés ou de synergies stéréotypées immuables, mais de l’interaction adaptative entre les systèmes sensorimoteurs, musculo-squelettiques, cognitifs et l’environnement physique. Chaque dimension de l’échelle correspond à un sous-système d’action biomécanique indispensable à l’autonomie posturale et motrice de l’individu.
1. Mobilité au lit (Sous-échelles 1 et 2)
Ces dimensions évaluent la capacité du patient à contrôler les rotations axiales du tronc et la dissociation des ceintures scapulaire et pelvienne. Le passage du décubitus dorsal au décubitus latéral nécessite l’activation sélective des obliques de l’abdomen et des rotateurs de hanche sans recours exclusif à la compensation par le membre supérieur sain. De manière similaire, le passage de la position couchée à la position assise au bord du lit mesure la synergie complexe entre la flexion latérale du tronc, le redressement céphalique latéral et le contrôle de la pesanteur lors de la descente des membres inférieurs.
2. Contrôle postural et équilibre (Sous-échelle 3)
L’équilibre assis dynamique évalue le système d’ajustement postural anticipatoire et réactionnel. L’échelle progresse de la capacité à maintenir une posture statique sans appui dorsal vers des tâches dynamiques impliquant le déplacement du centre de gravité au-delà de la base d’appui, comme la rotation du tronc avec regard vers l’arrière ou l’antépulsion du tronc pour aller toucher le sol à 10 cm en avant des pieds sans perte d’équilibre.
3. Transitions et locomotion (Sous-échelles 4 et 5)
Le passage assis-debout (sit-to-stand) est une épreuve fondamentale de puissance musculaire et de coordination neuromécanique. L’échelle évalue la symétrie de mise en charge entre le membre parétique et le membre sain, l’extension complète des hanches et des genoux, ainsi que la capacité à répéter le geste sous contrainte de temps (3 répétitions en 10 secondes). La sous-échelle de marche analyse quant à elle la transition du contrôle en appui unipodal avec extension de hanche vers la marche autonome sur différentes distances (3 mètres avec aide, 5 mètres sans aide, 10 mètres avec ramassage d’un objet au sol) et le franchissement d’escaliers sous contrainte temporelle.
4. Motricité et dextérité du membre supérieur (Sous-échelles 6, 7 et 8)
Cette composante hiérarchisée reflète l’organisation proximale-distale et la complexité neuromotrice croissante du membre supérieur :
- Fonction du bras : Évalue le contrôle postural proximal de la ceinture scapulaire et du bras (flexion antérieure à 90°, rotation externe, supination de l’avant-bras, maintien de postures antigravitaires sans syncinésies en élévation scapulaire ou en pronation).
- Mouvements de la main : Mesure le contrôle des préhensions fondamentales, l’extension active du poignet (indispensable pour libérer la flexion réflexe de la main hémiplégique), la déviation radiale, la prono-supination et la manipulation grossière (sphère, gobelet en polystyrène sans l’écraser).
- Activités manuelles avancées : Explore la motricité fine, la coordination visuo-motrice, la sélectivité digitale (opposition pouce-doigts rapide), l’écriture ou la réalisation de points consécutifs, et des activités de la vie quotidienne exigeant une haute précision spatio-temporelle (porter une cuillère de liquide à la bouche sans renverser ni pencher la tête, se peigner l’arrière de la tête).
5. Tonus général (Section 9)
Cette section qualitative mesure la résistance neuromusculaire passive et l’état d’excitabilité des motoneurones sur le côté affecté, allant de la flaccidité totale à l’hypertonie constante, un score de normalité continue (6) étant requis pour valider une intégrité tonique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de l’Échelle d’évaluation motrice s’ancre dans le basculement épistémologique opéré au début des années 1980 dans les neurosciences du mouvement et la réadaptation neurologique. Historiquement, la physiothérapie de l’AVC était dominée par les modèles hiérarchiques et réflexes de l’organisation motrice, conceptualisés notamment par Sir Charles Sherrington et popularisés en rééducation par Berta et Karel Bobath (concept neurodéveloppemental – NDT) ou Signe Brunnstrom.
La rupture avec le modèle hiérarchique neurodéveloppemental
Dans l’approche neurodéveloppementale classique, la motricité volontaire était considérée comme subordonnée à l’inhibition des réflexes primitifs et au contrôle du tonus postural anormal. Selon cette vision, le patient ne pouvait progresser vers une motricité distale sélective tant que les synergies spastiques n’avaient pas été réprimées. Janet Carr et Roberta Shepherd ont remis en question cette vision dogmatique en s’appuyant sur l’émergence de la théorie des systèmes dynamiques initiée par le biomécanicien et neurophysiologiste soviétique Nikolaï Bernstein, ainsi que sur les théories de l’apprentissage moteur développées par Richard Schmidt et Jack Adams.
L’approche orientée vers la tâche et la théorie des systèmes dynamiques
Selon l’approche de Carr et Shepherd (Motor Relearning Programme), le mouvement n’est pas simplement dicté par une commande descendante corticale rigide ; il émerge de l’interaction dynamique entre de multiples sous-systèmes anatomiques, contraints par la tâche mécanique à accomplir et l’environnement physique. Bernstein a démontré que le système nerveux central doit résoudre le problème des degrés de liberté articulaires en organisant des coordinations fonctionnelles spécifiques à un but. Dès lors :
- Les synergies motrices anormales observées chez le patient cérébrolésé ne sont pas exclusivement l’expression de réflexes archaïques libérés, mais représentent souvent des stratégies adaptatives ou compensatoires inefficaces développées pour surmonter une faiblesse musculaire focale (parésie) et un défaut de coordination.
- La rééducation motrice doit se concentrer sur l’entraînement de tâches réelles complètes et décomposables, plutôt que sur la facilitation passive de mouvements ou l’inhibition passive de la spasticité.
- L’évaluation doit refléter les capacités du patient dans des situations écologiques précises régies par les lois biomécaniques de la gravité, de la friction, de l’élan et de la chaîne cinétique fermée ou ouverte.
Structure hiérarchique de type Guttman
Sur le plan métrologique, Carr et Shepherd ont adopté le modèle d’échelle cumulative de Louis Guttman. Selon ce principe, chaque sous-échelle présente une gradation ordinale stricte de difficulté biomécanique et de sélectivité neuromotrice : la réussite d’un niveau d’indice supérieur (par exemple le niveau 4) présuppose théoriquement la maîtrise des niveaux inférieurs (niveaux 1, 2 et 3). Cette construction permet d’isoler rapidement le seuil exact de rupture fonctionnelle du patient.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de validité de l’Échelle d’évaluation motrice ont été abondamment étudiées au cours des quatre dernières décennies auprès de cohortes de patients post-AVC en phase aiguë, subaiguë et chronique.
Validité de contenu et validité d’apparence
La validité de contenu a été initialement établie par un panel d’experts en physiothérapie neurologique, en biomécanique et en neurologie clinique. Chaque item a été soigneusement sélectionné pour représenter une fonction motrice essentielle au rétablissement de l’indépendance fonctionnelle physique. Les critères de performance ont été rédigés de manière opérationnelle, éliminant au maximum les jugements subjectifs d’observateurs (par exemple : mesurer des distances fixes en centimètres, des chronométrages en secondes et le nombre de répétitions exactes).
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de la MAS a été confirmée par de nombreuses corrélations significatives avec d’autres échelles de référence :
- Corrélation avec l’évaluation de Fugl-Meyer (FMA) : Dans des études comparatives (notamment Malouin et al., 1994 ; Poole & Whitney, 1988), la corrélation de Spearman entre le score total de l’Échelle d’évaluation motrice et le sous-score moteur global de la Fugl-Meyer s’échelonne régulièrement entre r = 0,88 et r = 0,96 (p < 0,001), attestant que les deux instruments mesurent la même dimension motrice sous-jacente, bien que la MAS soit nettement plus rapide à administrer.
- Corrélation avec l’indice de Barthel et la MIF : Des coefficients de corrélation modérés à élevés (r = 0,65 à 0,82) sont systématiquement observés avec les scores d’indépendance fonctionnelle globale, confirmant que le niveau de récupération motrice mesuré par la MAS prédit directement l’autonomie dans les activités élémentaires de la vie quotidienne.
- Validité de dimensionnalité motrice vs sensitive : La validité discriminante est étayée par des corrélations nettement plus faibles (r < 0,35) entre les scores de la MAS et les mesures de déficits sensitifs superficiels ou de champ visuel, confirmant la spécificité motrice du construit mesuré.
Validité prédictive et sensibilité au changement
Dean et Mackey (1992) ont mis en évidence que les scores obtenus à l’Échelle d’évaluation motrice lors de l’admission initiale en réadaptation sont de puissants prédicteurs de la durée de séjour hospitalier, du mode de sortie (retour au domicile vs institutionnalisation) et du pronostic de marche autonome à 6 mois. Concernant la sensibilité au changement (réactivité), l’échelle démontre une taille d’effet (effect size) élevée (> 0,80) au cours des huit premières semaines post-AVC, captant des gains fonctionnels discrets avant même qu’ils ne se traduisent par une élévation des scores d’autonomie globale.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle d’évaluation motrice a été documentée dès sa publication princeps par Carr et al. (1985) et reproduite dans de multiples contextes cliniques internationaux.
Fidélité inter-évaluateurs
L’objectivité des critères de cotation (durées limites, distances prédéfinies et descriptions qualitatives univoques) confère à l’instrument une reproductibilité inter-observateurs exceptionnelle :
- Dans l’étude originale de Carr et al. (1985), la fidélité inter-juges a été mesurée par le coefficient de corrélation des rangs de Spearman ou le coefficient de Kendall entre deux évaluateurs observant simultanément les mêmes patients ; les corrélations pour les items fonctionnels variaient de r = 0,89 à r = 0,99 (p < 0,001).
- Des études subséquentes utilisant le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) pour modèles à effets mixtes ont confirmé des valeurs d’ICC oscillant entre 0,89 et 0,98 pour l’ensemble des sections motrices. Seule la section « Tonus général » présentait une concordance légèrement plus basse (kappa de Cohen pondéré = 0,68 à 0,78), reflétant la difficulté inhérente à standardiser l’évaluation manuelle passive de la résistance musculaire.
Fidélité test-retest et cohérence interne
La stabilité temporelle de la mesure (test-retest sur un intervalle de 24 à 48 heures sans changement d’état clinique du patient) présente des coefficients de corrélation très élevés (ICC > 0,92). L’analyse de la cohérence interne rapporte des coefficients alpha de Cronbach globaux compris entre 0,88 et 0,94 pour les huit sous-échelles motrices, indiquant une excellente homogénéité conceptuelle sans redondance excessive entre les items.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’Échelle d’évaluation motrice a fait l’objet de plusieurs investigations approfondies au moyen de l’analyse factorielle exploratoire (AFE), de l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) et de modèles issus de la théorie des réponses aux items (TRI), en particulier l’analyse de Rasch.
Structure bifactorielle dominante
Bien que l’échelle fournisse un score global sommatif sur 48 points, les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires (notamment Poole & Whitney, 1988 ; Pickering et al., 2001) identifient de manière quasi unanime une structure à deux facteurs principaux expliquant plus de 75 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Motricité du membre inférieur et mobilité globale axiale (expliquant environ 45 à 55 % de la variance). Ce facteur regroupe les items de décubitus latéral, passage couché-assis, équilibre assis, lever de la chaise et marche. Les saturations factorielles de ces items sur ce premier axe oscillent entre 0,78 et 0,92.
- Facteur 2 : Motricité et dextérité du membre supérieur (expliquant environ 20 à 25 % de la variance). Ce facteur comprend la fonction du bras, les mouvements de la main et les activités manuelles avancées, avec des saturations factorielles très élevées comprises entre 0,82 et 0,94.
Validation par l’analyse de Rasch et hiérarchie de Guttman
L’application du modèle de Rasch (modèle de crédit partiel ou d’échelle de notation) a permis de vérifier la validité de l’hypothèse cumulative de Guttman sous-jacente à l’échelle. Les travaux métrologiques (Lannin, 2004 ; Hsueh et al., 2002) montrent que :
- L’ordre de difficulté empirique des items est hautement congruent avec l’ordonnancement théorique proposé par Carr et Shepherd.
- Dans les sections du membre supérieur, le passage de la flexion d’épaule au contrôle sélectif du poignet, puis à la coordination digitale fine constitue un continuum linéaire invariant de difficulté motrice.
- Les indices d’ajustement (infit et outfit mean square) se situent majoritairement dans la fourchette acceptable de 0,7 à 1,3, confirmant l’unidimensionnalité relative de chaque grand domaine fonctionnel.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Échelle d’évaluation clinique et observationnelle de la performance motrice standardisée, administrée par un professionnel de santé qualifié.
- Population cible : Adultes ayant subi un accident vasculaire cérébral (ischémique ou hémorragique) ou une lésion cérébrale non évolutive avec atteinte motrice unilatérale (hémiparésie/hémiplégie).
- Nombre de sections : 9 sections au total (8 sous-échelles motrices fonctionnelles et 1 section d’évaluation du tonus général).
- Format des réponses et cotation :
- Pour les sections 1 à 8 : Échelle ordinale hiérarchisée de 0 à 6 points. Si le patient ne parvient à réaliser aucune composante d’une section, il reçoit la note de 0 pour cette section. Le score maximal pour les sections motrices est de 48 points.
- Règle de passation : Chaque item décrit un critère fonctionnel précis. Les items sont ordonnés par difficulté croissante. Le patient n’obtient le score d’un niveau donné que s’il satisfait l’intégralité des critères de ce niveau.
- Pour la section 9 (Tonus général) : Échelle catégorielle d’observation du tonus musculaire du côté affecté. Si le tonus est constamment normal, un score de 6 est attribué.
- Matériel requis : Une table d’examen/lit d’hôpital, un tabouret sans dossier, un chronomètre, un objet cylindrique (bâton ou boîte cylindrique), une balle d’environ 12,5 cm (5 pouces), un gobelet en polystyrène, un capuchon de stylo, 8 bonbons/haricots (jellybeans), deux tasses à thé, une feuille de papier, un stylo/crayon, une cuillère à dessert et de l’eau, un peigne, un escalier de 4 marches avec rampe.
- Durée d’administration : Environ 15 à 30 minutes selon le degré d’autonomie motrice du patient.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1985.
- Auteurs initiaux : Janet H. Carr, Roberta B. Shepherd, Lena Nordholm et Denise Lynne.
- Statut des droits et conditions d’accès : L’Échelle d’évaluation motrice relève du domaine public clinique et académique. Elle a été publiée dans la revue scientifique Physical Therapy (American Physical Therapy Association) afin d’être librement accessible et utilisable par la communauté médicale et paramédicale sans paiement de redevance (royalty-free).
- Tarifs : Aucun coût de licence ni redevance d’utilisation pour la recherche ou la pratique clinique courante. Le formulaire de test et ses directives opérationnelles peuvent être librement téléchargés et reproduits à des fins non commerciales.
12. Références / References
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à l’Échelle d’évaluation motrice comprennent :
- Carr, J. H., Shepherd, R. B., Nordholm, L., & Lynne, D. (1985). Investigation of a new motor assessment scale for stroke patients. Physical Therapy, 65(2), 175–180. https://doi.org/10.1093/ptj/65.2.175
- Carr, J. H., & Shepherd, R. B. (1987). A motor relearning programme for stroke (2nd ed.). Heinemann Physiotherapy.
- Dean, C. M., & Mackey, F. M. (1992). Motor assessment scale scores as a measure of rehabilitation outcome following stroke. Australian Journal of Physiotherapy, 38(1), 31–35. https://doi.org/10.1016/S0004-9514(14)60553-6
- Hsueh, I. P., Wang, C. H., Sheu, C. F., & Hsieh, C. L. (2002). Comparison of psychometric properties of three mobility measures for patients with stroke. Stroke, 34(11), 2618–2622. https://doi.org/10.1161/01.STR.0000037108.72883.EB
- Lannin, N. A. (2004). Reliability, validity and factor structure of the upper limb subscales of the Motor Assessment Scale (MAS) in adults following stroke. Disability and Rehabilitation, 26(2), 109–116. https://doi.org/10.1080/09638280310001629687
- Malouin, F., Pichard, L., Bonneau, C., Durand, A., & Corriveau, H. (1994). Evaluating motor recovery early after stroke: Comparison of the Fugl-Meyer Assessment and the Motor Assessment Scale. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 75(11), 1206–1212. https://doi.org/10.1016/0003-9993(94)90006-X
- Pickering, R. M., Ashburn, A., & Philp, I. (2001). The Motor Assessment Scale for stroke patients: Validity and sensitivity to change in a randomized controlled trial. Clinical Rehabilitation, 15(6), 666–676. https://doi.org/10.1191/0269215501cr460oa
- Poole, J. L., & Whitney, S. L. (1988). Motor Assessment Scale for stroke patients: Concurrent validity and interrater reliability. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 69(3), 195–197.