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Échelle d’évaluation du rétablissement (RAS)

Découvrez l’Échelle d’évaluation du rétablissement (RAS) : instrument psychométrique de référence mesurant l’espoir, l’agentivité, le soutien social et l’autonomisation dans le cadre du rétablissement en santé mentale.

PUBLIÉ

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’évaluation du rétablissement (en anglais, Recovery Assessment Scale [RAS]) constitue l’un des instruments psychométriques les plus reconnus et validés à l’échelle internationale pour mesurer le processus de rétablissement en santé mentale chez les personnes vivant avec des troubles psychiatriques sévères et persistants, tels que la schizophrénie ou les troubles de l’humeur majeurs. Développée initialement par Patrick W. Corrigan et ses collaborateurs en 1999, la RAS envisage le rétablissement non pas selon une perspective biomédicale étroite axée uniquement sur la rémission symptomatique, mais comme un parcours psychologique, subjectif et multidimensionnel axé sur l’autodétermination, l’espoir, l’agentivité et la reconstruction d’une identité positive au-delà de la maladie.

L’instrument se compose de 41 items auto-rapportés, évalués à l’aide d’une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Les analyses factorielles révèlent de manière consensuelle une structure multidimensionnelle, le plus fréquemment modélisée en cinq sous-échelles : la confiance personnelle et l’espoir (Personal confidence and hope), la propension à demander de l’aide (Willingness to ask for help), l’orientation vers des buts et le succès (Goal and success orientation), le recours aux autres (Reliance on others), et la non-domination par les symptômes (No domination by symptoms). Un score composite global peut également être calculé pour refléter le niveau global de rétablissement perçu.

Les propriétés psychométriques de la RAS témoignent d’une excellente consistance interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,90 et 0,93 pour l’échelle globale, et entre 0,74 et 0,89 pour les différentes dimensions factorielles. La validité convergente est étayée par des corrélations positives robustes avec l’estime de soi, le sentiment d’autonomisation (empowerment), l’espoir et la qualité de vie, ainsi que par des corrélations négatives avec la dépression, le désespoir et le sentiment de stigmatisation intériorisée. La fidélité test-retest s’avère particulièrement stable dans le temps, confirmant ainsi la pertinence de l’échelle tant en recherche clinique qu’en évaluation de programmes de réhabilitation psychosociale.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’évaluation du rétablissement, Recovery Assessment Scale, RAS, rétablissement personnel, santé mentale, réhabilitation psychosociale, espoir, agentivité, réadaptation psychiatrique, psychométrie, autonomisation, empowerment.

3. Auteurs / Authors

L’élaboration princeps de la Recovery Assessment Scale a été dirigée par une équipe de chercheurs et cliniciens pionniers dans le domaine de la réhabilitation psychiatrique et de la lutte contre la stigmatisation en santé mentale, au sein de l’Université de Chicago et du système de santé de l’Illinois :

  • Patrick W. Corrigan, Psy.D. — Professeur émérite de psychologie au National Consortium on Stigma and Empowerment de l’Illinois Institute of Technology (Chicago, États-Unis). Chercheur de renommée mondiale sur la réhabilitation psychiatrique, l’auto-stigmatisation et le modèle du rétablissement. Courriel institutionnel : [email protected].
  • David W. Giffort, Ph.D. — Département des services de santé humaine de l’Illinois (Illinois Department of Human Services, Office of Mental Health, Springfield, États-Unis). Spécialiste de l’évaluation des systèmes de soins et des politiques publiques de santé mentale.
  • Farah Rashid, M.A. — Université de Chicago (University of Chicago Center for Psychiatric Rehabilitation, Tinley Park, États-Unis). Statisticienne et chercheuse associée aux travaux sur la mesure de la santé mentale communautaire.
  • Mary Leary, M.S. — Consultante en santé mentale communautaire et défenseure des droits des usagers (Illinois Mental Health Recovery Initiative, États-Unis).
  • Ida Okeke, B.A. — Assistante de recherche clinique au University of Chicago Center for Psychiatric Rehabilitation (États-Unis).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Recovery Assessment Scale (RAS) est de quantifier de manière standardisée et rigoureuse le degré d’avancement d’un individu dans son processus personnel de rétablissement face à une maladie psychiatrique sévère. Historiquement, l’évaluation des interventions en psychiatrie reposait quasi exclusivement sur des indicateurs cliniques négatifs ou déficitaires, tels que la réduction des scores sur des échelles symptomatiques (par exemple la BPRS ou la PANSS), la baisse des taux de réhospitalisation, l’observance thérapeutique ou la gestion des effets secondaires pharmacologiques. Bien que ces mesures demeurent indispensables, elles s’avèrent incapables de saisir la transformation existentielle, subjective et relationnelle vécue par la personne.

Dans ce contexte, la RAS a été conçue pour opérationnaliser le rétablissement selon la perspective des personnes usagères des services de santé mentale. Elle vise à capturer la reconquête de l’espoir, le développement d’un sentiment d’efficacité personnelle, la capacité à tisser des liens sociaux réciproques, la propension à demander du soutien et la reprise en main de sa propre trajectoire de vie. L’accent est déplacé d’un état de passivité médicale vers une posture active où l’individu redéfinit ses projets personnels indépendamment de la présence ou de l’absence de symptômes résiduels.

Sur le plan des applications cliniques, la RAS sert d’outil diagnostique fonctionnel et de guide thérapeutique dans le cadre des démarches de planification de services axées sur les forces (strengths-based approach). Elle permet aux cliniciens, aux psychologues et aux pairs-aidants :

  • D’identifier les domaines de résilience et les vulnérabilités perçues par la personne au début d’un accompagnement ;
  • De co-construire des plans de rétablissement personnalisés et concertés (Personal Recovery Plans) respectant les priorités de vie de l’usager ;
  • D’évaluer l’efficacité longitudinale d’interventions innovantes, comme la remédiation cognitive, l’entraînement aux compétences sociales, l’emploi accompagné selon le modèle IPS (Individual Placement and Support) ou les groupes de soutien par les pairs ;
  • De favoriser le dialogue réflexif entre l’usager et l’équipe soignante autour d’objectifs qui font sens pour la personne, en évitant l’imposition de buts exclusivement médicaux.

En recherche psychosociale, la RAS s’est imposée comme une variable dépendante de référence pour tester des modèles médiateurs et modérateurs portant sur la stigmatisation intériorisée, le soutien social, l’autonomie décisionnelle et le bien-être subjectif. Elle offre un étalon robuste permettant de comparer les trajectoires d’usagers au sein de cohortes épidémiologiques et d’essais cliniques randomisés axés sur les approches orientées vers le rétablissement.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la RAS s’inscrit au carrefour de la psychologie humaniste, de la psychologie positive et de la psychiatrie communautaire contemporaine. Le concept de « rétablissement personnel » (personal recovery), distinct du « rétablissement clinique » (clinical recovery), postule qu’un individu peut mener une existence riche, productive et satisfaisante même en cohabitant avec des symptômes ou des vulnérabilités psychologiques durables. Corrigan et ses collègues (1999) ont mis en évidence que ce processus est composé de dimensions intriquées, ultérieurement affinées par les travaux factoriels de Corrigan, Salzer, Ralph, Sangster et Keck (2004). L’échelle RAS s’articule ainsi autour de cinq dimensions psychologiques majeures :

5.1. Confiance personnelle et espoir (Personal confidence and hope)

Cette dimension représente le noyau affectif et motivationnel du rétablissement. L’espoir constitue le moteur initial sans lequel aucune démarche de transformation ne peut être initiée. Cette sous-échelle évalue la conviction profonde de l’individu qu’un avenir meilleur est possible, qu’il possède une valeur intrinsèque inaliénable et que les événements négatifs ou les rechutes potentielles peuvent être surmontés. Elle mesure également la résilience face à l’adversité et l’acceptation de soi (par exemple, item 14 : « I don’t give up when things get tough » ; item 17 : « I like myself » ; item 30 : « I have something of value to offer the world »). Un score élevé sur cette dimension reflète un sentiment puissant de dignité et d’optimisme existentiel.

5.2. Propension à demander de l’aide (Willingness to ask for help)

Contrairement à une vision individualiste de l’autonomie qui assimilerait l’indépendance à l’isolement, le rétablissement authentique reconnaît l’interdépendance comme une compétence adaptative cruciale. Cette dimension évalue la lucidité de la personne quant à ses limites actuelles et sa disposition proactive à solliciter l’aide de professionnels, de proches ou de pairs en cas de besoin (par exemple, item 22 : « I know when to ask for help » ; item 23 : « I am willing to ask for help »). Savoir demander de l’aide implique d’avoir dépassé la honte et la crainte du jugement souvent associées à la maladie mentale.

5.3. Orientation vers des buts et le succès (Goal and success orientation)

Cette composante opérationnalise l’agentivité et l’orientation téléologique du comportement. Elle capture la capacité de l’individu à concevoir des projets d’avenir concrets, à formuler des objectifs signifiants et à développer des stratégies d’auto-gestion (self-management) pour maintenir son équilibre psychologique (par exemple, item 2 : « I have my own plan for how to stay well or for how to handle problems » ; item 3 : « I have goals in life that I want to reach » ; item 10 : « I can help myself become better »). Elle témoigne de la transition d’un rôle passif de « patient pris en charge » vers celui d’acteur central de sa santé et de sa trajectoire de vie.

5.4. Recours aux autres et intégration sociale (Reliance on others)

L’appartenance sociale et le sentiment d’être accepté inconditionnellement constituent des piliers indispensables de l’identité sociale. Cette sous-échelle mesure l’importance que la personne accorde à ses relations interpersonnelles saines, à l’entraide mutuelle et à la participation communautaire par le travail ou des activités valorisées (par exemple, item 25 : « Being able to work is important to me » ; item 28 : « I like people to be with me » ; item 29 : « Having people who accept me helps me feel good about myself »). Elle évalue la capacité à bâtir un filet de sécurité relationnel facilitant la désaliénation.

5.5. Non-domination par les symptômes (No domination by symptoms)

Cette dimension évalue le degré auquel la personne parvient à compartimenter l’impact de ses manifestations psychiatriques, de sorte que la maladie cesse d’être le prisme exclusif à travers lequel elle perçoit son existence. Les items ciblent la diminution de l’interférence des symptômes au quotidien et le décentrement identitaire vis-à-vis de l’étiquette diagnostique (par exemple, item 18 : « Coping with my mental illness is no longer the main focus of my life » ; item 19 : « My symptoms interfere less and less with my life » ; item 20 : « My mental illness does not define who I am »). La personne ne vise pas nécessairement l’éradication complète des symptômes, mais acquiert la liberté d’investir sa vie malgré leur présence épisodique.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de la RAS prend racine dans le mouvement des droits civiques des usagers de la psychiatrie (Consumer/Survivor/Ex-patient Movement) apparu dans les pays anglo-saxons durant les décennies 1970 et 1980, associé aux travaux académiques pionniers de figures telles que Patricia Deegan, William Anthony et Courtenay Harding. William Anthony (1993) a défini le rétablissement comme « une façon de vivre une vie satisfaisante, pleine d’espoir et utile, malgré les limites causées par la maladie ». Cette reconceptualisation radicale a marqué une rupture épistémologique avec le modèle asilaire et la perspective kraepelinienne classique qui postulait un déclin inexorable des fonctions cognitives et affectives chez les personnes atteintes de psychose.

Sur le plan psychologique formel, la RAS s’appuie sur trois grands piliers théoriques contemporains :

  • La théorie sociocognitive et le sentiment d’efficacité personnelle d’Albert Bandura (1977, 1997) : Selon cette approche, les croyances d’un individu quant à sa capacité à mobiliser la motivation, les ressources cognitives et les cours d’action nécessaires pour exercer un contrôle sur les événements de sa vie déterminent ses efforts, sa persévérance et sa résilience. Plusieurs items de la RAS traduisent directement le concept d’efficacité d’action et de maîtrise environnementale.
  • La théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan (2000) : Cette théorie postule que le bien-être psychologique optimal dépend de la satisfaction de trois besoins psychologiques fondamentaux : le besoin d’autonomie (se sentir à l’origine de ses choix), le besoin de compétence (se sentir efficace dans ses interactions avec l’environnement) et le besoin d’affiliation sociale (se sentir connecté à autrui et soutenu). Les sous-échelles de la RAS cartographient fidèlement ces trois besoins via la gestion active du traitement, l’atteinte de buts personnels et l’inscription dans des réseaux relationnels de confiance.
  • Le cadre CHIME formalisé par Leamy, Bird, Le Boutillier, Williams et Slade (2011) : Cette synthèse narrative de la littérature internationale sur le rétablissement personnel structure le concept autour de cinq processus cardinaux : la connexion aux autres (Connectedness), l’espoir et l’optimisme (Hope), l’identité positive (Identity), le sens de la vie (Meaning in life) et l’autonomisation (Empowerment). La structure factorielle de la RAS correspond presque point par point aux composantes du cadre CHIME, expliquant pourquoi elle demeure l’instrument le plus souvent mobilisé pour évaluer empiriquement ce cadre théorique.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de la Recovery Assessment Scale a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques à travers diverses populations cliniques et contextes culturels, attestant de sa robustesse méthodologique.

7.1. Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu initiale a été établie par Corrigan et al. (1999) à partir d’une vaste analyse thématique de récits autobiographiques de rétablissement rédigés par des personnes vivant avec des troubles psychiques sévères. Les items ont été formulés en collaboration étroite avec des usagers-chercheurs et des comités de pairs afin de garantir que le langage utilisé reflète authentiquement les expériences vécues plutôt que le jargon médicalisé des professionnels. Les indices de validité d’apparence et d’acceptabilité sont systématiquement très élevés auprès des répondants, qui jugent les énoncés valorisants, respectueux et dénués de stigmatisation.

7.2. Validité convergente et discriminante

La validité convergente a été démontrée par des associations statistiques fortes et significatives avec des instruments mesurant des concepts apparentés :

  • Autonomisation (Empowerment) : Corrélations positives substantielles (r = 0,55 à 0,72) avec l’échelle de l’autonomisation (Boston University Empowerment Scale), confirmant que la perception du rétablissement est indissociable de la reprise de pouvoir sur sa vie.
  • Espoir et optimisme : Corrélations positives élevées (r = 0,60 à 0,75) avec l’échelle d’espoir de Herth (Herth Hope Index) et l’échelle d’espoir de Snyder.
  • Estime de soi : Associations positives marquées (r = 0,52 à 0,68) avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (Rosenberg Self-Esteem Scale).
  • Qualité de vie : Corrélations positives significatives (r = 0,40 à 0,58) avec les dimensions subjectives de la qualité de vie (ex. Q-LES-Q ou WHOQOL-BREF).

Sur le plan de la validité discriminante, la RAS démontre des corrélations négatives attendues avec les indices de désespoir (Beck Hopelessness Scale, r = -0,50 à -0,65), de symptomatologie dépressive (Beck Depression Inventory, r = -0,42 à -0,58) et de stigmatisation intériorisée (Internalized Stigma of Mental Illness Scale [ISMI], r = -0,48 à -0,62). De plus, les corrélations avec les mesures objectives de sévérité symptomatique hétéro-évaluées (comme les sous-échelles positives de la PANSS) s’avèrent faibles à modérées (r = -0,15 à -0,30), ce qui confirme empiriquement la distinction théorique fondamentale entre le rétablissement clinique (réduction des symptômes) et le rétablissement personnel (croissance psychologique subjective).

7.3. Validité prédictive et sensibilité au changement

Des études longitudinales ont démontré la valeur prédictive de la RAS : des scores initiaux élevés prédisent une meilleure intégration communautaire, une participation accrue aux programmes de formation professionnelle ou d’emploi, ainsi qu’une diminution des réadmissions hospitalières non planifiées sur des périodes de suivi de 12 à 24 mois. En outre, l’instrument fait preuve d’une sensibilité au changement adéquate lors de l’évaluation pré- et post-intervention dans le cadre de programmes d’entraînement aux habiletés de rétablissement (Illness Management and Recovery [IMR]), affichant des tailles d’effet modérées à fortes (d de Cohen = 0,45 à 0,70).

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité de la Recovery Assessment Scale ont été rigoureusement documentées dans l’étude princeps de Corrigan et al. (1999) ainsi que dans des dizaines de réplications indépendantes menées aux États-Unis, en Europe, en Asie et en Océanie.

8.1. Consistance interne

L’échelle globale de 41 items présente une consistance interne remarquable. Le coefficient alpha de Cronbach pour l’instrument complet est régulièrement documenté entre 0,90 et 0,93, attestant d’une excellente cohésion générale des énoncés tout en préservant une richesse de contenu qui évite la redondance excessive des items. Les valeurs d’homogénéité calculées pour les sous-échelles identifiées par Corrigan et al. (2004) et Salzer & Brusilovskiy (2014) démontrent également une fiabilité interne satisfaisante à excellente :

  • Confiance personnelle et espoir : alpha = 0,86 à 0,89 ;
  • Propension à demander de l’aide : alpha = 0,74 à 0,82 ;
  • Orientation vers des buts et le succès : alpha = 0,80 à 0,85 ;
  • Recours aux autres : alpha = 0,73 à 0,79 ;
  • Non-domination par les symptômes : alpha = 0,74 à 0,78.

8.2. Fidélité test-retest

La stabilité temporelle des scores a été éprouvée sur différents intervalles temporels chez des patients en phase de stabilité clinique. Dans l’étude originale de Corrigan et al. (1999), une fidélité test-retest sur un intervalle de 14 jours a affiché un coefficient de corrélation intraclasse (CCI) de 0,88 pour le score total (p < 0,001). Des réévaluations à un mois menées par d’autres équipes internationales (notamment lors des validations de versions adaptées en français, en japonais ou en suédois) rapportent des coefficients de fidélité oscillant entre 0,79 et 0,85, démontrant que la RAS mesure des dispositions psychologiques relativement stables tout en demeurant capable de capter les fluctuations évolutives induites par les soins ou les changements de trajectoire de vie.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de la RAS a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies, aboutissant à des consensus méthodologiques robustes dans la communauté psychométrique.

9.1. L’analyse princeps de Corrigan et al. (1999)

Dans leur étude fondatrice menée auprès de 115 usagers vivant avec des troubles mentaux graves hébergés ou suivis en psychiatrie communautaire, Corrigan et al. ont procédé à une analyse factorielle exploratoire (extraction en composantes principales avec rotation varimax). Les analyses ont extrait plusieurs facteurs initiaux rendant compte de la variance de la mesure, confirmant que le rétablissement ne peut être réduit à un construit unidimensionnel.

9.2. Le modèle structurel à cinq facteurs de Corrigan, Salzer et al. (2004)

Afin de clarifier la structure sous-jacente sur un échantillon beaucoup plus large de 1 824 usagers suivis dans des programmes de soutien par les pairs à travers les États-Unis, Corrigan et ses collègues (2004) ont réexaminé les données par analyse factorielle exploratoire puis confirmatoire. Les résultats ont mis en évidence un modèle à cinq facteurs corrélés englobant 24 des 41 items originaux, modèle largement validé par la littérature scientifique internationale :

  • Facteur 1 : Confiance personnelle et espoir (9 items) — Regroupe les items 6, 8, 9, 11, 14, 15, 17, 24 et 30. Les saturations factorielles de ces items varient entre 0,51 et 0,74. Ce facteur capture l’estime de soi, l’optimisme face aux rechutes potentielles et la persévérance.
  • Facteur 2 : Propension à demander de l’aide (3 items) — Regroupe les items 22, 23 et 27, avec des saturations factorielles élevées comprises entre 0,62 et 0,81. Il reflète l’aptitude et la volonté affirmée de solliciter l’aide d’autrui lors des crises.
  • Facteur 3 : Orientation vers des buts et le succès (5 items) — Composé des items 1, 3, 4, 7 et 10. Les saturations factorielles s’échelonnent de 0,48 à 0,71. Il capture l’intentionnalité, la planification et la conviction de pouvoir réaliser ses projets.
  • Facteur 4 : Recours aux autres (4 items) — Composé des items 25, 26, 28 et 29, avec des saturations factorielles allant de 0,45 à 0,69. Ce facteur concerne l’importance accordée au soutien d’autrui, à l’acceptation sociale et à l’activité valorisée.
  • Facteur 5 : Non-domination par les symptômes (3 items) — Comprend les items 18, 19 et 21, avec des saturations factorielles variant entre 0,55 et 0,78. Ce facteur évalue l’émancipation progressive de la vie quotidienne vis-à-vis des limitations imposées par la symptomatologie.

9.3. Analyses factorielles confirmatoires et modèles alternatifs

Les analyses factorielles confirmatoires conduites par Salzer et Brusilovskiy (2014) ont comparé différents modèles compétitifs. Le modèle à cinq facteurs corrélés a présenté d’excellents indices d’adéquation aux données (RMSEA = 0,049 ; CFI = 0,94 ; TLI = 0,93 ; SRMR = 0,044). D’autres chercheurs (ex. McNaught et al., 2007) ont proposé des solutions factorielles alternatives incluant l’ensemble des 41 items réorganisés ou des versions abrégées (notamment la RAS-24 et la RAS-DS). Néanmoins, l’échelle originale de 41 items reste fréquemment administrée in extenso en clinique en raison de la valeur clinique qualitative de chacun de ses items individuels.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Échelle d’évaluation du rétablissement (Recovery Assessment Scale [RAS]).
  • Auteurs : Patrick W. Corrigan, David Giffort, Farah Rashid, Mary Leary et Ida Okeke (1999).
  • Type d’évaluation : Questionnaire auto-rapporté (patient-reported outcome measure [PROM]). Peut être complété de façon autonome par l’usager ou sous forme d’entretien dirigé si des difficultés de lecture ou d’attention sont présentes.
  • Population cible : Personnes adultes (18 ans et plus) recevant des soins psychiatriques ou présentant des troubles psychiques sévères et durables (schizophrénie, troubles schizo-affectifs, troubles bipolaires, dépression majeure récurrente).
  • Nombre d’items : 41 énoncés formulés à la première personne du singulier.
  • Format et échelle de réponse : Échelle de Likert authentique en 5 points :
    • 1 = Strongly Disagree (Pas du tout d’accord)
    • 2 = Disagree (Pas d’accord)
    • 3 = Not Sure (Pas sûr(e) / Incertain(e))
    • 4 = Agree (D’accord)
    • 5 = Strongly Agree (Tout à fait d’accord)
  • Règles de cotation (Scoring) :
    • Tous les items sont orientés positivement et cotés directement de 1 à 5. Aucun item n’est inversé (no reverse-scored items).
    • Score total global : Calculé par la somme directe des 41 items (étendue théorique : de 41 à 205) ou par la moyenne arithmétique globale (étendue de 1,00 à 5,00). Des scores plus élevés reflètent un niveau supérieur de rétablissement subjectif.
    • Scores des sous-échelles (modèle à 5 facteurs de Corrigan et al., 2004) :
      • Confiance personnelle et espoir : Somme ou moyenne des items 6, 8, 9, 11, 14, 15, 17, 24, 30 (9 items, étendue : 9 à 45).
      • Propension à demander de l’aide : Somme ou moyenne des items 22, 23, 27 (3 items, étendue : 3 à 15).
      • Orientation vers des buts et le succès : Somme ou moyenne des items 1, 3, 4, 7, 10 (5 items, étendue : 5 à 25).
      • Recours aux autres : Somme ou moyenne des items 25, 26, 28, 29 (4 items, étendue : 4 à 20).
      • Non-domination par les symptômes : Somme ou moyenne des items 18, 19, 21 (3 items, étendue : 3 à 15).
  • Temps de passation estimé : Environ 10 à 15 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1999 (publication fondatrice dans le Community Mental Health Journal).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : La Recovery Assessment Scale a été conçue pour être largement accessible au milieu clinique et académique. L’instrument est placé dans le domaine public à des fins cliniques non commerciales et de recherche scientifique. Les praticiens et chercheurs sont autorisés à l’utiliser sans frais de licence, sous réserve de citer scrupuleusement les publications originales des auteurs (Corrigan et al., 1999, 2004).
  • Tarification : Accès libre et gratuit (aucun coût d’achat par exemplaire ni redevance d’utilisation requise).
  • Conditions d’utilisation : Les modifications des items ou de l’échelle de cotation sont formellement déconseillées afin de ne pas altérer les propriétés psychométriques et de permettre la comparabilité des données entre études. Les utilisations commerciales, dans des plateformes logicielles propriétaires ou des protocoles subventionnés par l’industrie pharmaceutique, peuvent nécessiter l’accord formel préalable de Patrick W. Corrigan ou de son institution de rattachement.

12. Références / References

  • Anthony, W. A. (1993). Recovery from mental illness: The guiding vision of the mental health service system in the 1990s. Psychosocial Rehabilitation Journal, 16(4), 11–23. https://doi.org/10.1037/h0095655
  • Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
  • Corrigan, P. W., Giffort, D., Rashid, F., Leary, M., & Okeke, I. (1999). Recovery as a psychological construct. Community Mental Health Journal, 35(3), 231–239. https://doi.org/10.1023/A:1018741302682
  • Corrigan, P. W., Salzer, M., Ralph, R. O., Sangster, Y., & Keck, L. (2004). Examining the factor structure of the Recovery Assessment Scale. Schizophrenia Bulletin, 30(4), 1035–1041. https://doi.org/10.1093/oxfordjournals.schbul.a007118
  • Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
  • Leamy, M., Bird, V., Le Boutillier, C., Williams, J., & Slade, M. (2011). Conceptual framework for personal recovery in mental health: Systematic review and narrative synthesis. The British Journal of Psychiatry, 199(6), 445–452. https://doi.org/10.1192/bjp.bp.110.083733
  • McNaught, M., Caputi, P., Oades, L. G., & Deane, F. P. (2007). Testing the validity of the Recovery Assessment Scale using an Australian sample. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry, 41(5), 450–457. https://doi.org/10.1080/00048670701266668
  • Salzer, M. S., & Brusilovskiy, E. (2014). Advancing recovery science: Reliability and validity properties of the Recovery Assessment Scale. Psychiatric Services, 65(4), 442–453. https://doi.org/10.1176/appi.ps.201300089

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:

5-point Likert scale:
1 = Strongly Disagree
2 = Disagree
3 = Not Sure
4 = Agree
5 = Strongly Agree

Items:

  1. I have a desire to succeed.
  2. I have my own plan for how to stay well or for how to handle problems.
  3. I have goals in life that I want to reach.
  4. I believe I can meet my current personal goals.
  5. I have a purpose in life.
  6. Even when I don’t care about myself, other people do.
  7. I understand how to control the symptoms of my mental illness.
  8. I can handle it if I get sick again.
  9. I can identify what helps me stay well.
  10. I can help myself become better.
  11. Fear doesn’t stop me from living the way I want to.
  12. I know that there are things I can do that will help my recovery.
  13. I can learn from my mistakes.
  14. I don’t give up when things get tough.
  15. I have people I can count on and who care about me.
  16. Even though I have a mental illness, I can make friends.
  17. I like myself.
  18. Coping with my mental illness is no longer the main focus of my life.
  19. My symptoms interfere less and less with my life.
  20. My mental illness does not define who I am.
  21. My symptoms seem to be a problem for shorter periods of time each time they occur.
  22. I know when to ask for help.
  23. I am willing to ask for help.
  24. I ask for help when I need it.
  25. Being able to work is important to me.
  26. I know what helps me get through tough times.
  27. I can handle what happens in my life.
  28. I like people to be with me.
  29. Having people who accept me helps me feel good about myself.
  30. I have something of value to offer the world.
  31. I am a person of worth.
  32. I can see that good things can happen to me.
  33. I have hope for the future.
  34. I feel like I am in control of my life.
  35. I know that I have the ability to accomplish what I want.
  36. It is important to have a variety of friends.
  37. It is important to have healthy relationships.
  38. I have a role in deciding my treatment.
  39. I am responsible for my own recovery.
  40. I look forward to the future.
  41. My life is meaningful.

Citer cet article

memjavad (2026, septembre 4). Échelle d’évaluation du rétablissement (RAS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-devaluation-du-retablissement-ras/
memjavad. “Échelle d’évaluation du rétablissement (RAS).” Base de données de psychologie en français, 4 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-devaluation-du-retablissement-ras/.
memjavad. “Échelle d’évaluation du rétablissement (RAS).” Base de données de psychologie en français. septembre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-devaluation-du-retablissement-ras/.