1. Résumé / Abstract
L’Échelle des tactiques de présentation de soi (Self-Presentation Tactics Scale, SPTS), développée initialement par Sang-Pil Lee, Brian M. Quigley, Michael S. Nesler, Amy B. Corbett et James T. Tedeschi en 1999, constitue l’un des instruments psychométriques les plus complets et rigoureux conçus pour évaluer la diversité des comportements de gestion des impressions (impression management) dans les interactions sociales quotidiennes. Fondée sur la typologie théorique bidimensionnelle de Tedeschi et Norman (1985), l’échelle distingue formellement les comportements d’autoprésentation défensive — mobilisés pour réparer, protéger ou restaurer une identité sociale menacée — des comportements d’autoprésentation assertive — déployés proactivement dans le but d’établir, d’enrichir ou de consolider une image sociale favorable ou d’acquérir un pouvoir interpersonnel.
L’instrument comprend 64 items auto-rapportés, évalués à l’aide d’une échelle de réponse en 9 points allant de 1 (« très rarement » / very infrequently) à 9 (« très fréquemment » / very frequently). Ces items se déploient à travers 12 sous-échelles factorielles distinctes : cinq tactiques défensives (l’excuse [Excuse], la justification [Justification], la dénégation ou avertissement préalable [Disclaimer], l’auto-handicap [Self-handicapping] et les excuses réparatrices [Apology]) et sept tactiques assertives (la flagornerie ou séduction [Ingratiation], l’intimidation [Intimidation], la supplication [Supplication], l’attribution de mérite ou revendication [Entitlement], la valorisation [Enhancement], le dénigrement d’autrui ou dynamitage [Blasting] et l’exemplarité [Exemplification]).
Sur le plan métrologique, l’échelle globale présente une cohérence interne exceptionnelle avec un coefficient alpha de Cronbach rapporté de 0,93. Les méta-dimensions assertive et défensive affichent respectivement des indices de fidélité de 0,91 et 0,86, tandis que les sous-échelles individuelles démontrent une consistance variant de modérée à excellente (alphas compris entre 0,56 pour l’auto-handicap et 0,84 pour l’intimidation). La SPTS s’est imposée comme un étalon de référence en psychologie sociale, en psychologie des organisations et en psychopathologie de la personnalité pour étudier les mécanismes sous-jacents aux dynamiques de pouvoir, au machiavélisme, à l’anxiété d’évaluation sociale et aux relations intergroupes.
2. Mots-clés / Keywords
Présentation de soi, Gestion des impressions, Tactiques assertives, Tactiques défensives, Psychométrie, Psychologie sociale, Relations interpersonnelles, Évaluation de la personnalité, Auto-handicap, Intimidation, Flagornerie, Alpha de Cronbach, Analyse factorielle, Validité de construit.
3. Auteurs / Authors
L’échelle SPTS a été conçue et standardisée par une équipe de chercheurs du Département de Psychologie de l’Université d’État de New York à Albany (State University of New York at Albany, SUNY Albany) :
- Sang-Pil Lee, Ph.D. : Chercheur en psychologie sociale et de la personnalité, State University of New York at Albany, Albany, NY, États-Unis.
- Brian M. Quigley, Ph.D. : Professeur et chercheur au Research Institute on Addictions, University at Buffalo, State University of New York, Buffalo, NY, États-Unis. Spécialiste de l’agression, des dynamiques interpersonnelles et des comportements sociaux déviants. Courriel institutionnel : [email protected].
- Michael S. Nesler, Ph.D. : Spécialiste en mesure psychologique, méthodes quantitatives et dynamique de groupe, State University of New York at Albany, Albany, NY, États-Unis.
- Amy B. Corbett, Ph.D. : Psychologue chercheuse, spécialiste de l’évaluation comportementale et des processus de négociation sociale, State University of New York at Albany, Albany, NY, États-Unis.
- James T. Tedeschi, Ph.D. (1932–2016) : Professeur émérite de psychologie à l’Université d’État de New York à Albany. Figure de proue mondiale de la théorie de l’interaction sociale, du pouvoir coercitif et des modèles théoriques de l’autoprésentation et de l’agression.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Self-Presentation Tactics Scale (SPTS) est de quantifier de façon standardisée, multidimensionnelle et différentielle les patterns comportementaux qu’un individu utilise pour manipuler, réguler ou protéger son identité sociale perçue aux yeux des autres. Avant l’émergence de la SPTS, la majorité des outils psychométriques en psychologie sociale traitaient la gestion des impressions comme un construit global unitaire ou unidimensionnel (par exemple, à travers l’échelle de monitorage de soi de Snyder, 1974, ou les composantes de désirabilité sociale de Paulhus, 1984). Ces approches antérieures échouaient à cartographier la vaste panoplie de comportements stratégiques discrets que les individus emploient selon les contextes interactionnels.
La SPTS a été construite pour combler ce vide fondamental en fournissant un inventaire opérationnel fondé sur une classification théorique rigoureuse. L’instrument permet d’analyser non seulement *si* un individu se soucie de son image publique, mais précisément *comment* il agit pour influencer les perceptions d’autrui. L’outil distingue les manoeuvres proactives destinées à susciter l’admiration, la peur, le respect ou l’affection, des manoeuvres réactives destinées à atténuer la désapprobation, éluder la culpabilité morale ou justifier une transgression.
Dans le domaine de la recherche en psychologie sociale et différentielle, la SPTS sert à étudier les corrélats de la personnalité, notamment en lien avec la Triade Noire (machiavélisme, narcissisme, psychopathie), l’estime de soi, l’orientation vers la dominance sociale et l’auto-détermination. Elle permet de disséquer comment les traits stables de personnalité interagissent avec les contextes environnementaux pour déclencher des tactiques de communication spécifiques.
Dans le domaine de la psychologie du travail et des organisations, l’échelle est mobilisée pour analyser les comportements politiques en entreprise, les tactiques d’influence ascendante envers les supérieurs hiérarchiques, les styles de négociation, ainsi que les distorsions volontaires observées lors des entretiens de recrutement ou des évaluations de performance. Par exemple, la prépondérance de tactiques d’intimidation ou de dynamitage (blasting) éclaire les climats de travail toxiques et les dynamiques de harcèlement psychologique.
Sur le plan de la recherche clinique et psychopathologique, la SPTS constitue une grille de lecture précieuse pour explorer les troubles de la personnalité (particulièrement narcissique, histrionique, antisociale et borderline) ainsi que l’anxiété sociale. Les personnes souffrant d’anxiété d’évaluation manifestent fréquemment des scores élevés aux tactiques défensives préventives (auto-handicap, désaveu préalable), tandis que les pathologies du spectre narcissique recourent massivement à l’attribution de mérite (entitlement), à la valorisation (enhancement) et à la flagornerie instrumentale.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la SPTS s’enracine dans la distinction fondamentale entre deux grandes polarités fonctionnelles de la présentation de soi : les tactiques défensives (réactives ou préventives de protection de l’image) et les tactiques assertives (proactives d’acquisition de statut ou de ressources). Chacune de ces deux super-catégories regroupe des tactiques comportementales spécifiques, hautement contextualisées.
1. Tactiques d’autoprésentation défensive (Defensive Self-Presentation Tactics)
Les tactiques défensives sont déclenchées lorsqu’un acteur social perçoit une menace réelle, imminente ou potentielle pesant sur son identité publique ou son honneur social (par exemple, suite à un échec, une bévue, une violation de norme ou une baisse de performance). Elles ont pour fonction primaire la limitation des dommages et la préservation de l’intégrité de l’acteur :
- Excuse (Excuses) : Comportement verbal par lequel l’individu reconnaît la survenue d’un événement négatif mais nie en être la cause ou la source de contrôle (ex. : alléguer des circonstances extérieures incontrôlables, un manque de temps ou une mauvaise interprétation). L’acteur décline la responsabilité causale personnelle.
- Justification (Justifications) : L’acteur assume la responsabilité pleine et entière de l’acte accompli, mais conteste le caractère négatif, illégitime ou répréhensible qui lui est attribué. Il soutient que son action était moralement acceptable, nécessaire ou commandée par un bien supérieur (ex. : affirmer que tout le monde aurait agi de la sorte dans les mêmes circonstances).
- Désaveu préalable / Avertissement (Disclaimers) : Explications orales fournies *en amont* d’une action potentiellement ambiguë, controversée ou risquée, visant à désamorcer par anticipation toute inférence négative sur le caractère ou les compétences de l’acteur (ex. : déclarer à l’avance que l’on n’est pas expert avant d’émettre une opinion discutable).
- Auto-handicap (Self-Handicapping) : Création délibérée ou revendication d’obstacles réels ou imaginaires précédant une situation d’évaluation (ex. : se coucher très tard la veille d’un examen, invoquer des maladies soudaines ou un stress paralysant). En cas d’échec, la performance est attribuée à l’obstacle (protection de l’estime de soi) ; en cas de succès, la compétence perçue en ressort décuplée (valorisation).
- Excuses réparatrices / Pardon (Apologies) : Reconnaissance formelle de la faute commise, accompagnée de remords sincères ou stratégiques, d’expressions de culpabilité et d’engagements à réparer le préjudice subi par autrui. Cette tactique vise à susciter la clémence et la réintégration sociale par la soumission morale.
2. Tactiques d’autoprésentation assertive (Assertive Self-Presentation Tactics)
Les tactiques assertives sont déployées de manière proactive par des individus cherchant à façonner activement une réputation positive spécifique, à conquérir du prestige social ou à obtenir la soumission et l’allégeance de leurs pairs :
- Flagornerie / Séduction (Ingratiation) : Recours à la flatterie, à l’adoption conformiste des opinions d’autrui, à l’octroi de faveurs et à l’amabilité calculée pour se faire apprécier et gagner la bienveillance de cibles stratégiques.
- Intimidation (Intimidation) : Manifestation de puissance physique, verbale ou psychologique, profération de menaces ouvertes ou voilées afin de projeter une image de dangerosité et de susciter la peur, contraignant ainsi autrui à la conformité comportementale.
- Supplication (Supplication) : Affichage calculé de vulnérabilité, de faiblesse, d’incompétence ou de dépendance dans le but de mobiliser les normes sociales de responsabilité et d’aide, poussant autrui à assumer des tâches contraignantes à la place de l’individu.
- Revendication de mérite (Entitlement) : Tentatives d’attirer l’attention sur des réalisations positives, d’exagérer son implication personnelle dans des succès collectifs ou de s’attribuer le crédit d’événements favorables pour lesquels la contribution réelle était minime ou nulle.
- Valorisation / Rehaussement (Enhancement) : Surestimation verbale de l’importance, de la difficulté ou de la grandeur des actions accomplies, ou insistance appuyée sur la valeur marchande et symbolique de ses possessions personnelles.
- Dynamitage / Dénigrement d’autrui (Blasting) : Dévalorisation agressive, critique véhémente ou dénigrement public des rivaux, des concurrents ou des groupes d’appartenance opposés, dans le dessein d’améliorer indirectement son propre statut comparatif par contraste intergroupe ou interindividuel.
- Exemplarité (Exemplification) : Mise en scène ostentatoire de son propre comportement moral, civique ou professionnel, dans le but d’être perçu comme un parangon d’intégrité, de dévouement sacrificiel ou de rigueur éthique digne d’être imité.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement épistémologique de la SPTS s’inscrit au carrefour de la sociologie dramaturgique et de la psychologie sociale cognitive des interactions. L’ancêtre conceptuel majeur de ce modèle est la métaphore théâtrale développée par Erving Goffman dans son ouvrage fondamental The Presentation of Self in Everyday Life (1959). Goffman postulait que chaque acteur social joue un rôle sur une scène (« façade ») face à un public, employant des rituels expressifs rigoureux pour soutenir la définition de la situation et préserver sa « face » (face-work).
Dans les années 1980, Edward E. Jones et Thane S. Pittman (1982) ont formalisé ce paradigme au sein de la psychologie sociale expérimentale en isolant cinq archétypes de présentation stratégique de soi : la flagornerie (visant l’affection), l’intimidation (visant la crainte), l’auto-promotion (visant l’attribution de compétence), l’exemplarité (visant le respect moral) et la supplication (visant l’aide et la pitié). Cependant, leur modèle se focalisait quasi exclusivement sur des stratégies assertives et négligeait les dynamiques défensives complexes déployées lors d’échecs sociaux.
Pour dépasser ces limites, James T. Tedeschi et Marc Norman (1985) ont proposé une matrice théorique intégrative articulée autour de deux axes orthogonaux majeurs :
- L’axe Comportement Assertif vs Comportement Défensif : L’assertivité réfère à l’établissement intentionnel d’identités favorables et de capital social, tandis que la défensivité réfère à la neutralisation de reproches, à l’évitement de sanctions ou à la restauration d’une face dégradée.
- L’axe Tactique vs Stratégique : La dimension tactique concerne les comportements à court terme orientés vers la résolution immédiate d’une situation interactionnelle concrète, alors que la dimension stratégique désigne les orientations dispositionnelles à long terme visant la construction d’une réputation permanente.
La SPTS de Lee et collaborateurs (1999) constitue la concrétisation empirique et psychométrique directe de la dimension tactique de la théorie de Tedeschi et Norman. L’architecture théorique intègre également les modèles attributionnels de Weiner (1985), les théories de l’excuse de Snyder et Higgins (1988), ainsi que les travaux séminaux de Berglas et Jones (1978) sur l’auto-handicap comportemental et revendiqué. Selon ce cadre unifié, les tactiques d’autoprésentation ne sont pas de simples anomalies communicationnelles, mais des mécanismes d’adaptation et de régulation du statut social et de l’interdépendance humaine.
7. Validité / Validity
Les propriétés psychométriques de la SPTS ont été documentées de façon exhaustive à travers les études fondatrices de Lee et al. (1999) menées auprès de larges échantillons d’étudiants universitaires et d’adultes (N > 1 200), puis corroborées par des réplications indépendantes (notamment Lewis, 2005 ; Leary, Jongman-Sereno, & Diebels, 2015).
Validité de construit et convergente
La validité convergente de la SPTS a été établie par des corrélations statistiquement significatives avec de multiples instruments validés mesurant des traits interpersonnels théoriquement congruents :
- Monitorage de soi (Self-Monitoring Scale de Snyder) : Les individus à fort monitorage de soi obtiennent des scores nettement plus élevés sur les échelles assertives globales (r = 0,42, p < 0,001), et particulièrement en flagornerie (r = 0,39) et en valorisation (r = 0,36), confirmant leur vigilance stratégique à l’égard des indices environnementaux.
- Machiavélisme (Mach-IV de Christie & Geis) : Des corrélations positives substantielles ont été observées entre le machiavélisme et l’ensemble des tactiques manipulatrices : intimidation (r = 0,45), dynamitage d’autrui (r = 0,48), flagornerie (r = 0,38) et auto-handicap (r = 0,34).
- Anxiété d’évaluation et de peur de l’évaluation négative (BFNE de Leary) : La méta-dimension défensive est fortement corrélée avec la peur de l’évaluation négative (r = 0,46, p < 0,001), prédisant significativement le recours à l’auto-handicap (r = 0,41), aux désaveux préalables (r = 0,38) et à la supplication (r = 0,32).
- Estime de soi globale (Rosenberg Self-Esteem Scale) : L’estime de soi est négativement corrélée avec les tactiques de supplication (r = -0,44) et d’auto-handicap (r = -0,38), mais positivement corrélée avec l’exemplarité (r = 0,26).
Validité discriminante
La validité discriminante a été examinée via des analyses comparatives avec les échelles de désirabilité sociale (notamment le Balanced Inventory of Desirable Responding, BIDR, de Paulhus). Les sous-échelles de la SPTS affichent des corrélations faibles à modérées avec l’auto-tromperie (self-deceptive enhancement ; r médian < 0,20), ce qui démontre que l’instrument capte des choix comportementaux délibérés et conscients plutôt qu’un simple biais inconscient d’embellissement personnel. De plus, les corrélations entre les deux méta-dimensions (assertive et défensive) demeurent modérées (r oscillant entre 0,35 et 0,45 selon les cohortes), confirmant leur statut de construits théoriquement distincts et non réductibles l’un à l’autre.
Validité prédictive et de critère
Dans des contextes expérimentaux de laboratoire et des études de terrain en organisation (Lewis, 2005), les scores aux sous-échelles de la SPTS prédisent avec précision les choix réels des participants placés sous menace de performance ou en situation de compétition intergroupe. Notamment, les participants présentant des scores élevés en auto-handicap réduisent de façon effective leur temps de préparation avant une tâche cognitive difficile lorsqu’un observateur externe est présent.
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne et la stabilité temporelle de la Self-Presentation Tactics Scale ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses dans de nombreuses recherches psychométriques (Lee et al., 1999 ; Lewis, 2005 ; Leary et al., 2015).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les coefficients de cohérence interne révèlent une excellente robustesse pour l’instrument général ainsi que pour ses méta-facteurs :
- Échelle globale SPTS (64 items) : $\alpha = 0,93$
- Méta-dimension Assertive : $\alpha = 0,91$
- Méta-dimension Défensive : $\alpha = 0,86$
Les coefficients alpha de Cronbach obtenus pour chacune des douze sous-échelles individuelles se ventilent comme suit :
- Excuses (Excuse) : $\alpha = 0,83$ (5 items)
- Intimidation (Intimidation) : $\alpha = 0,84$ (5 items)
- Exemplarité (Exemplification) : $\alpha = 0,82$ (5 items)
- Justification (Justification) : $\alpha = 0,81$ (5 items)
- Flagornerie (Ingratiation) : $\alpha = 0,81$ (8 items)
- Revendication de mérite (Entitlement) : $\alpha = 0,79$ (5 items)
- Dynamitage d’autrui (Blasting) : $\alpha = 0,76$ (5 items)
- Désaveu préalable (Disclaimer) : $\alpha = 0,73$ (5 items)
- Valorisation (Enhancement) : $\alpha = 0,72$ (5 items)
- Supplication (Supplication) : $\alpha = 0,71$ (5 items)
- Excuses réparatrices / Pardon (Apology) : $\alpha = 0,66$ (5 items)
- Auto-handicap (Self-handicapping) : $\alpha = 0,56$ (5 items)
Bien que la sous-échelle d’auto-handicap présente une consistance plus faible ($lpha = 0,56$), cela reflète la grande hétérogénéité des manifestations de ce construit (handicaps somatiques, handicaps organisationnels et handicaps émotionnels) regroupées au sein d’un même indice court. Les analyses d’omission d’items confirment que tous les énoncés contribuent positivement à leur sous-échelle respective.
Fidélité test-retest
L’évaluation de la stabilité temporelle sur un intervalle de quatre semaines (Lee et al., 1999) auprès d’un sous-échantillon d’étudiants (N = 142) a mis en évidence des corrélations test-retest solides, oscillant entre r = 0,71 et r = 0,82 pour les sous-échelles individuelles, et atteignant r = 0,85 pour le score total de l’instrument, témoignant de la stabilité dispositionnelle des tactiques de présentation de soi en l’absence d’interventions ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement initial de la SPTS a suivi un processus factoriel rigoureux en plusieurs étapes pour épurer le bassin initial d’items et garantir l’indépendance des facteurs.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la phase de création, Lee et ses collaborateurs (1999) ont soumis plus d’une centaine d’énoncés comportementaux rédigés sur la base de la littérature théorique à une analyse en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin direct), en raison des intercorrélations théoriques postulées entre tactiques de présentation de soi. Les critères d’extraction (valeurs propres supérieures à 1,5 et observation du diagramme de Cattell / scree test) ont systématiquement validé une solution factorielle claire à 12 facteurs de premier ordre, expliquant conjointement plus de 52 % de la variance totale des scores.
Les critères de rétention des items étaient stricts : une saturation primaire (factor loading) minimale de 0,40 sur le facteur théorique cible et aucune saturation secondaire supérieure à 0,25 sur un autre facteur. Les saturations factorielles observées sur les 64 items finaux s’étendent pour la grande majorité entre 0,48 et 0,81, démontrant une excellente spécificité de contenu pour chaque tactique.
Structure factorielle de second ordre et Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Afin de tester l’organisation hiérarchique postulée par Tedeschi et Norman (1985), les corrélations entre les 12 facteurs primaires ont été soumises à une analyse factorielle de second ordre. Cette analyse a extrait avec netteté deux super-facteurs orthogonaux/obliques majeurs :
- Facteur Assertif de second ordre : Saturé principalement par la flagornerie, l’intimidation, l’exemplarité, la valorisation, l’attribution de mérite et le dénigrement d’autrui.
- Facteur Défensif de second ordre : Saturé prioritairement par l’excuse, la justification, le désaveu préalable, l’auto-handicap et les excuses réparatrices.
Les analyses factorielles confirmatoires menées ultérieurement (Lewis, 2005) sur des cohortes indépendantes ont comparé des modèles concurrents (modèle unidimensionnel, modèle à 2 facteurs simples, et modèle hiérarchique à 12 facteurs primaires subordonnés aux 2 méta-facteurs). Les indices d’ajustement ont soutenu la supériorité éclatante du modèle hiérarchique bidimensionnel à 12 tactiques : $\chi^2 / dl < 2,1$, Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,049 [IC 90% : 0,045 – 0,053], Comparative Fit Index (CFI) = 0,91, et Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) = 0,056.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet : Échelle des tactiques de présentation de soi (Self-Presentation Tactics Scale – SPTS).
- Auteurs : Sang-Pil Lee, Brian M. Quigley, Michael S. Nesler, Amy B. Corbett et James T. Tedeschi (1999).
- Domaine d’application : Psychologie sociale, psychométrie de la personnalité, psychologie organisationnelle, recherche clinique sur les troubles relationnels.
- Nombre total d’items : 64 items auto-rapportés.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 9 points graduée de 1 (very infrequently / très rarement) à 9 (very frequently / très fréquemment).
- Structure des sous-échelles :
- Excuse (Excuses) : items 35, 36, 39, 48, 62.
- Justification (Justifications) : items 5, 44, 45, 61, 64.
- Disclaimer (Désaveu préalable) : items 4, 10, 17, 25, 49.
- Self-handicapping (Auto-handicap) : items 12, 42, 53, 57, 58.
- Apology (Excuses réparatrices / Pardon) : items 3, 13, 18, 29, 50.
- Ingratiation (Flagornerie / Séduction) : items 9, 11, 28, 33, 38, 43, 52, 63.
- Intimidation (Intimidation) : items 1, 2, 32, 51, 59.
- Supplication (Supplication) : items 7, 8, 14, 31, 54.
- Entitlement (Revendication de mérite) : items 22, 23, 40, 46 (noté 45 dans certaines variantes), 55.
- Enhancement (Valorisation) : items 6, 19, 30, 41, 60.
- Blasting (Dynamitage / Dénigrement d’autrui) : items 20, 27, 34, 47, 56.
- Exemplification (Exemplarité) : items 15, 21, 24, 26, 37.
- Temps de passation estimé : Environ 15 à 20 minutes en administration individuelle ou collective (papier-crayon ou informatique).
- Modalités de cotation : Calcul de la moyenne ou du score brut total par sous-échelle (somme des items constitutifs divisée par le nombre d’items), ainsi que le calcul de deux scores composites globaux : le score composite d’autoprésentation défensive et le score composite d’autoprésentation assertive. L’échelle ne comprend aucun item inversé (tous les énoncés sont cotés directement de 1 à 9).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1999 (revue Personality and Individual Differences, Elsevier).
- Statut du copyright : L’article original et l’instrument sont protégés par le droit d’auteur d’Elsevier Ltd.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit pour la recherche scientifique fondamentale, l’enseignement universitaire et les travaux académiques non commerciaux, sous réserve de citer scrupuleusement la publication princeps de Lee et al. (1999).
- Autorisations et licences : Toute utilisation commerciale, adaptation propriétaire ou intégration dans des progiciels d’évaluation en entreprise requiert une autorisation préalable de reproduction auprès du service des droits d’Elsevier (via le service RightsLink / Copyright Clearance Center).
12. Références / References
Les sources bibliographiques ci-dessous documentent la fondation théorique, l’étalonnage empirique et les applications psychométriques de l’échelle SPTS en conformité avec les normes APA 7e édition :
- Berglas, S., & Jones, E. E. (1978). Drug choice as a self-handicapping strategy in response to noncontingent success. Journal of Personality and Social Psychology, 36(4), 405–417. https://doi.org/10.1037/0022-3514.36.4.405
- Goffman, E. (1959). The presentation of self in everyday life. Anchor Books.
- Jones, E. E., & Pittman, T. S. (1982). Toward a general theory of strategic self-presentation. In J. Suls (Ed.), Psychological perspectives on the self (Vol. 1, pp. 231–262). Lawrence Erlbaum Associates.
- Leary, M. R., Jongman-Sereno, K. P., & Diebels, K. J. (2015). Measures of concerns with public image and social evaluation. In G. J. Boyle, D. H. Saklofske, & G. Matthews (Eds.), Measures of personality and social psychological constructs (pp. 448–473). Elsevier Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-386915-9.00016-5
- Lee, S., Quigley, B. M., Nesler, M. S., Corbett, A. B., & Tedeschi, J. T. (1999). Development of a self-presentation tactics scale. Personality and Individual Differences, 26(4), 701–722. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(98)00178-0
- Lewis, M. A. (2005). Self-determination and the use of self-presentation strategies. The Journal of Social Psychology, 145(4), 469–489. https://doi.org/10.3200/SOCP.145.4.469-489
- Snyder, C. R., & Higgins, R. L. (1988). Excuses: Their effective role in the negotiation of reality. Psychological Bulletin, 104(1), 23–35. https://doi.org/10.1037/0033-2909.104.1.23
- Snyder, M. (1974). Self-monitoring of expressive behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 30(4), 526–537. https://doi.org/10.1037/h0037039
- Tedeschi, J. T., & Norman, M. (1985). Social power, self-presentation, and the impression management theory. In J. T. Tedeschi (Ed.), Social power and influence (pp. 293–322). Aldine.
- Weiner, B. (1985). An attributional theory of achievement motivation and emotion. Psychological Review, 92(4), 548–573. https://doi.org/10.1037/0033-295X.92.4.548
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: 1 (very infrequently) to 9 (very frequently)
- I behave in ways that make other people afraid of me.
- I use my size and strength to influence people when I need to.
- If I harm someone‚ I apologise and promise not to do it again.
- I offer explanations before doing something that others might think is wrong
- I justify my behavior to reduce negative reactions from others.
- I tell people when I do well at tasks others find difficult.
- I use my weaknesses to get sympathy from others.
- I ask others to help me.
- I express the same attitudes as others so they will accept me.
- When I believe I will not perform well‚ I offer excuses beforehand.
- I use flattery to win the favor of others.
- I get sick when under a lot of pressure to do well.
- I apologise when I have done something wrong.
- I lead others to believe that I cannot do something in order to get help.
- I try to serve as a model for how a person should behave.
- ???
- I try to get the approval of others before doing something they might perceive negatively.
- I try to make up for any harm I have done to others.
- In telling others about things that I own‚ I also tell them of their value.
- I point out the incorrect positions of the opposing political party.
- I try to induce imitation by others by serving as a positive example.
- When telling someone about past events‚ I claim more credit for doing positive things than was warranted by the actual events.
- I tell people about my positive accomplishments.
- I try to set an example for others to follow.
- I justify beforehand actions others may not like.
- I try to get others to act in the same positive way I do.
- I have put others down in order to make myself look better.
- I do favors for people in order to get them to like me.
- I accept blame for bad behavior when it is clearly my fault.
- I exaggerate the value of my accomplishments.
- I hesitate and hope others will take responsibility for group tasks.
- I threaten others when I think it will help me get what I want from them.
- I express opinions that other people will like.
- I say negative things about unpopular groups.
- I try to convince others that I am not responsible for negative events.
- When things go wrong‚ I explain why I am not responsible.
- I act in ways I think others should act.
- I tell others about my positive qualities.
- When I am blamed for something‚ I make excuses.
- I point out the positive things I do which other people fail to notice.
- I do correct people who underestimate the value of gifts that I give to them.
- Poor health has been responsible for my getting mediocre grades in school.
- I help others so they will help me.
- I offer socially acceptable reasons to justify behavior that others might not like.
- When others view my behavior as negative‚ I offer explanations so that they will understand that my behavior was justified.
- When working on a project with a group I make my contribution seem greater than it is.
- I exaggerate the negative qualities of people who compete with me.
- I make up excuses for poor performance.
- I offer an excuse for possibly not performing well before taking a very difficult test.
- I express remorse and guilt when I do something wrong.
- I intimidate others.
- When I want something‚ I try to look good.
- I do not prepare well enough for exams because I get too involved in social activities.
- I tell others they are stronger or more competent than me in order to get others to do things for me.
- I claim credit for doing things I did not do.
- I make negative statements about people belonging to rival groups.
- I put obstacles in the way of my own success.
- Anxiety interferes with my performances.
- I do things to make people afraid of me so that they will do what I want.
- When I succeed at a task‚ I emphasize to others how important the task was.
- I offer good reasons for my behavior no matter how bad it may seem to others.
- To avoid being blamed‚ I let others know that I did not intend any harm.
- I compliment people to get them on my side.
- After a negative action‚ I try to make others understand that if they had been in my position they would have done the same thing.