1. Résumé / Abstract
L’Échelle des sources de soutien social (Sources of Social Support Scale, SSSS), développée par le psychologue américain Charles S. Carver en collaboration avec Michael H. Antoni et leur équipe de recherche à l’Université de Miami (2006), est un instrument psychométrique multidimensionnel conçu pour évaluer de manière granulaire la nature, l’intensité et l’origine relationnelle des interactions de soutien chez des personnes confrontées à des stresseurs médicaux majeurs, en particulier les pathologies oncologiques telles que le cancer du sein et le cancer de la prostate. Contrairement aux outils traditionnels de mesure du soutien social perçu qui agrègent indifféremment l’ensemble des figures de l’entourage en un score global abstrait, la SSSS repose sur une double articulation novatrice : d’une part, la différenciation explicite des sources interpersonnelles fournissant l’aide (partenaire/conjoint, membres féminins adultes de la famille, autres membres de la famille, amis, professionnels de santé) ; d’autre part, la distinction fonctionnelle fondamentale entre les interactions de soutien positif (conseil, assistance instrumentale, réassurance affective, écoute active, sentiment de sécurité relationnelle, ouverture expressive) et les interactions négatives ou délétères (conflits, critiques, faillite de la confiance, évitement ou changement de sujet de conversation face à la maladie).
Dans sa structure matricielle standardisée, la SSSS applique une série homogène de dix items à chaque groupe cible de donneurs de soutien. Les réponses sont recueillies sur une échelle de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout » / Not at all) à 5 (« Énormément » / A lot). Les propriétés psychométriques documentées dans de multiples cohortes longitudinales de psycho-oncologie et d’interventions de gestion du stress cognitivo-comportementale (Cognitive-Behavioral Stress Management, CBSM) mettent en évidence une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,92 pour les dimensions positives et entre 0,72 et 0,88 pour la dimension de contraintes/interactions négatives. La validité de construit, explorée au moyen d’analyses factorielles confirmatoires, corrobore une modélisation bifactorielle ou multidimensionnelle par source, confirmant l’asymétrie fonctionnelle bien documentée dans la littérature : le soutien négatif exerce un impact délétère disproportionné sur la détresse psychologique et l’adaptation immunologique, tandis que le soutien positif favorise le bien-être et la régulation émotionnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Soutien social, Sources de soutien social, Psycho-oncologie, Interactions négatives, Adaptation au stress, Évaluation psychométrique, Cancer du sein, Relations interpersonnelles, Contraintes sociales, Validité factorielle
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et formalisée par une équipe de renommée internationale en psychologie de la santé et psychologie de la personnalité :
- Charles S. Carver, Ph.D. (1947–2019) : Professeur émérite de psychologie au Département de psychologie du College of Arts and Sciences de l’Université de Miami (Coral Gables, Floride, États-Unis). Pionnier des théories de l’autorégulation du comportement, de l’optimisme dispositionnel et du coping (auteur du COPE Inventory).
- Michael H. Antoni, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie et de psychiatrie et sciences du comportement à l’Université de Miami, chercheur principal au Sylvester Comprehensive Cancer Center. Concepteur des programmes d’intervention CBSM (Cognitive-Behavioral Stress Management). Courriel institutionnel : [email protected].
- Collaborateurs de recherche du Groupe d’oncologie comportementale de Miami : Équipe multidisciplinaire intégrant des psychologues cliniciens, des oncologues et des biostatisticiens ayant conduit les grands essais cliniques randomisés longitudinaux financés par les National Institutes of Health (NIH) et le National Cancer Institute (NCI).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental qui a guidé la genèse de l’Échelle des sources de soutien social réside dans la nécessité clinique et empirique de dépasser les écueils des échelles de soutien social de première génération, telles que le Social Support Questionnaire (SSQ) de Sarason ou l’Interpersonal Support Evaluation List (ISEL) de Cohen et Hoberman. Bien que ces instruments aient joué un rôle séminal dans l’essor de la psychologie de la santé, ils présentaient deux limites conceptuelles majeures lorsqu’ils étaient appliqués à des populations gravement malades : premièrement, ils agrégeaient fréquemment les diverses sources de soutien en un indice global, occultant les dynamiques différenciées existant entre la dyade conjugale, le réseau familial élargi, les pairs et les soignants ; deuxièmement, ils se focalisaient de manière quasi exclusive sur les manifestations bienveillantes et positives de l’aide, ignorant les tensions, les jugements et les ruptures communicationnelles inhérentes aux contextes de maladie grave.
Dans le cadre des essais cliniques conduits par Carver, Antoni et leurs collègues évaluant l’efficacité d’interventions de gestion du stress cognitivo-comportementale chez des femmes opérées d’un cancer du sein précoce, les chercheurs ont rapidement observé qu’un même acte de soutien pouvait produire des effets diamétralement opposés selon la personne qui l’émettait. Par exemple, recevoir des conseils médicaux insistants et non sollicités de la part d’un conjoint peut être perçu comme intrusif ou invalidant, alors que ce même comportement venant d’un oncologue ou d’un infirmier est jugé sécurisant et légitime. De surcroît, la littérature émergente en psychologie sociale et clinique (notamment les travaux de Karen S. Rook) démontrait avec insistance que les interactions interpersonnelles négatives exerçaient un poids statistique et clinique supérieur à celui des interactions positives sur la survenue des symptômes dépressifs, de l’anxiété et de la dérégulation neuroendocrine.
La SSSS a donc été conçue pour répondre à trois finalités précises :
- Cartographier la provenance spécifique du soutien : Identifier quelles figures d’attachement et de soutien (partenaire intime, parentes adultes, autres proches, amis, professionnels de la santé) constituent des piliers de résilience ou, à l’inverse, des vecteurs de détresse psychologique tout au long de la trajectoire de soins oncologiques.
- Démêler l’influence respective du soutien positif et des interactions délétères : Quantifier parallèlement le soutien instrumental, informatif et émotionnel d’une part, et les réactions d’invalidation, d’agacement, de critique ou de repli protecteur d’autre part, au sein de chaque relation individuelle.
- Servir de mesure de processus et de résultat dans les interventions psychosociales : Évaluer si les interventions thérapeutiques, en développant les compétences de communication assertive et de résolution de conflits, réduisent la prévalence des interactions négatives perçues et maximisent l’utilisation adaptative des ressources sociales disponibles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par la SSSS s’articule autour d’une matrice croisant la source relationnelle et les dimensions fonctionnelles du soutien. Au sein de chaque source évaluée (le protocole standard examinant le partenaire, les femmes de la famille, le reste de la famille, les amis et le personnel soignant), les dix items capturent six facettes du soutien positif et quatre facettes critiques des interactions négatives.
5.1. Les dimensions du soutien positif (Items 1 à 6)
Les interactions positives mesurées par l’échelle ne se réduisent pas à une approbation passive ; elles englobent des actions concrètes et des climats relationnels favorisant la régulation homéostatique :
- Soutien informatif et conseils (Item 1) : Mesure la transmission d’informations, d’orientations cognitives ou de recommandations pratiques relatives à la maladie (ex. : « advice or information about your breast cancer »). Cet item intègre une nuance écologique cruciale en précisant la dimension non sollicitée éventuelle (« whether you want it or not »), reflétant le réalisme des échanges quotidiens.
- Assistance instrumentale et tangible (Item 2) : Évalue l’aide concrète apportée pour faire face aux impératifs matériels induits par la pathologie, tels que les tâches ménagères quotidiennes, le transport vers les centres hospitaliers pour les chimiothérapies ou la gestion administrative et financière des dossiers médicaux.
- Soutien émotionnel et réassurance affective (Item 3) : Concerne les manifestations explicites d’affection, d’encouragement, d’amour inconditionnel et de validation émotionnelle face à l’épreuve existentielle de la maladie.
- Écoute active et empathie cognitive (Item 4) : Traduit la disponibilité psychique de l’interlocuteur pour entendre, accueillir et comprendre les inquiétudes profondes, les angoisses de récidive et les souffrances subjectives exprimées par le patient.
- Authenticité relationnelle et sentiment de détente (Item 5) : Évalue la capacité du sujet à abaisser ses défenses psychologiques, à « être soi-même » et à se détendre en présence de l’autre sans craindre le jugement, l’injonction au positivisme toxique ou le rejet.
- Divulgation de soi émotionnelle (Item 6) : Mesure le sentiment d’ouverture et d’accessibilité relationnelle permettant au patient de se confier sans réserve lorsqu’il ressent le besoin impérieux de verbaliser ses angoisses les plus sombres.
5.2. Les dimensions des interactions négatives et contraintes sociales (Items 7 à 10)
Les quatre derniers items de la SSSS mesurent ce que la littérature nomme les contraintes sociales (social constraints) ou le soutien négatif :
- Conflits ouverts et disputes (Item 7) : Mesure la fréquence des altercations interpersonnelles, des heurts verbaux et des tensions ouvertes déclenchés par les décisions médicales, l’organisation de la vie quotidienne ou les conséquences psychologiques du diagnostic.
- Critiques et jugements dévalorisants (Item 8) : Évalue les reproches explicites adressés au patient concernant sa manière de réagir à la maladie, son humeur, son observance ou son niveau d’énergie physique.
- Déception et faillite de la fiabilité (Item 9) : Quantifie le sentiment d’abandon ou de trahison relationnelle survenant lorsque le donneur de soutien potentiel fait défaut au moment précis où le patient comptait impérativement sur son aide.
- Évitement cognitif/émotionnel et diversion communicationnelle (Item 10) : Capture les comportements de fuite où l’interlocuteur se retire de la conversation, se mure dans le silence ou change précipitamment de sujet dès que la maladie ou la mortalité est abordée. Ce comportement, souvent motivé chez le proche par sa propre angoisse non régulée, agit chez le patient comme une puissante injonction au silence, bloquant le traitement cognitif et émotionnel du traumatisme.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle des sources de soutien social s’enracine au confluent de trois courants théoriques majeurs de la psychologie contemporaine :
6.1. Le modèle transactionnel du stress et du coping de Lazarus et Folkman
Selon le modèle transactionnel de Richard Lazarus et Susan Folkman (1984), l’évaluation cognitive d’un stresseur vital dépend de l’estimation de ses propres ressources pour y faire face (évaluation secondaire). Le soutien social agit comme une ressource externe prépondérante capable de modifier l’évaluation de la menace. Toutefois, Carver et Antoni ont enrichi cette approche en démontrant que le soutien social est lui-même une source potentielle de stress transactionnel : si les tentatives d’aide d’un proche sont maladroites ou teintées de reproches, elles induisent une seconde vague de stress interpersonnel qui surcharge les capacités d’adaptation du sujet.
6.2. L’hypothèse du tampon protecteur versus l’effet principal (Cohen & Wills)
Dans leur synthèse classique, Sheldon Cohen et Thomas A. Wills (1985) ont articulé deux modèles : le modèle des effets principaux (l’intégration sociale globale est bénéfique en soi) et le modèle de l’effet tampon (stress-buffering hypothesis), selon lequel un soutien social spécifique atténue l’impact délétère d’un stresseur aigu uniquement s’il répond précisément aux besoins générés par ce stresseur. La SSSS operationalise ce principe de correspondance fonctionnelle (matching hypothesis) : pour une patiente confrontée à la fatigue post-chimiothérapie, l’assistance instrumentale est requise ; face à la peur de la récidive, c’est l’écoute active et la réassurance qui neutralisent l’effet pathogène du stress.
6.3. Le modèle des contraintes sociales de Lepore et les travaux de Rook sur les coûts des relations
L’apport le plus distinctif de la SSSS provient de l’intégration théorique du modèle des contraintes sociales formalisé par Stephen J. Lepore. Selon Lepore, l’adaptation psychologique à un événement traumatique exige la divulgation verbale des émotions et l’élaboration cognitive de l’expérience vécue. Lorsque les partenaires sociaux réagissent par la critique, l’évitement ou le changement de sujet (mesurés par les items 7 à 10 de la SSSS), ils imposent des contraintes sociales qui forcent le patient à inhiber ses pensées intrusives. Cette inhibition relationnelle empêche l’extinction de la peur et aggrave la réactivité psychophysiologique. Les travaux fondateurs de Karen S. Rook (1984) corroborent que les liens interpersonnels ont un double tranchant : les interactions négatives sont quantitativement plus rares que les interactions positives, mais leur impact psychologique unitaire sur le bien-être subjectif est significativement plus lourd, un phénomène d’asymétrie affective parfaitement appréhendé par la SSSS.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle des sources de soutien social a été établie de manière rigoureuse à travers plusieurs études prospectives et longitudinales menées principalement auprès de cohortes de patientes atteintes de cancer du sein à un stade précoce et d’hommes traités pour un cancer localisé de la prostate.
7.1. Validité de construit
La validité de construit de la SSSS a été confirmée par sa capacité à discriminer systématiquement les profils de soutien au sein de réseaux interpersonnels distincts. Les données issues des études de Carver et Antoni révèlent que les scores de soutien positif et d’interactions négatives varient de manière significative selon la source interrogée : le conjoint est typiquement la source associée aux niveaux les plus élevés d’assistance instrumentale et d’affection, mais également le foyer principal des conflits et des frustrations relationnelles (en raison de l’interdépendance quotidienne). À l’inverse, les professionnels de santé reçoivent des scores élevés en soutien informatif tout en présentant des niveaux quasi nuls d’interactions négatives conflictuelles directes.
7.2. Validité convergente et discriminante
La validité convergente de l’instrument a été vérifiée par des corrélations statistiquement significatives avec des mesures standardisées préexistantes du réseau social et du climat interpersonnel :
- Les sous-échelles de soutien positif de la SSSS corrèlent positivement avec les dimensions correspondantes du Medical Outcomes Study Social Support Survey (MOS-SSS) et de l’Interpersonal Support Evaluation List (ISEL), avec des coefficients compris entre r = 0,55 et r = 0,74 (p < 0,001).
- Les items d’interactions négatives de la SSSS corrèlent de façon modérée à forte (r = 0,48 à 0,68) avec le Social Constraints Scale (SCS) de Lepore et avec les échelles de conflit dyadique du Dyadic Adjustment Scale (DAS).
- La validité discriminante est attestée par le fait que les dimensions positives et négatives ne sont que faiblement corrélées entre elles au sein d’une même source (corrélations oscillant généralement entre r = -0,15 et r = -0,32), prouvant qu’il ne s’agit pas des deux pôles opposés d’un même continuum univarié, mais bien de deux dimensions relationnelles orthogonales et indépendantes.
7.3. Validité prédictive et clinique
La SSSS a démontré une validité prédictive remarquable à l’égard de critères d’adaptation psychosociale et de biomarqueurs physiologiques dans des suivis longitudinaux de 12 à 24 mois :
- Détresse psychologique et dépression : Des scores élevés d’interactions négatives provenant du partenaire (items 7-10) prédisent une élévation significative des scores au Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D) et à l’inventaire POMS (Profile of Mood States), même après contrôle de la gravité clinique du cancer, du type de chirurgie et du niveau initial de détresse.
- Biomarqueurs neuroendocriniens et immunitaires : Dans les travaux psycho-immunologiques conduits par Michael Antoni et collègues, le soutien positif mesuré par la SSSS était associé à une meilleure cytotoxicité des cellules Natural Killer (NK) et à une pente de sécrétion diurne du cortisol plus saine, tandis que les interactions négatives répétées étaient prédictives d’une dérégulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et d’une augmentation de marqueurs pro-inflammatoires (tels que l’interleukine 6, IL-6).
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’instrument ont fait l’objet d’évaluations exhaustives, attestant d’une grande stabilité métrique et d’une remarquable consistance interne.
8.1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les coefficients de cohérence interne calculés sur des échantillons de recherche translationnelle dépassent systématiquement les seuils psychométriques recommandés pour la recherche fondamentale et clinique :
- Sous-échelle globale de soutien positif (Items 1 à 6) : Présente un coefficient alpha de Cronbach (α) particulièrement robuste, généralement situé entre 0,84 et 0,92 pour la source « Conjoint/Partenaire », entre 0,82 et 0,89 pour la source « Femmes adultes de la famille », et entre 0,79 et 0,86 pour les « Amis » et les « Professionnels de santé ».
- Sous-échelle d’interactions négatives / contraintes (Items 7 à 10) : Affiche des coefficients alpha variant entre 0,72 et 0,85 selon les sources. Bien que composée de seulement 4 items, cette sous-échelle conserve une excellente homogénéité, l’item relatif à l’évitement/changement de sujet (item 10) et celui concernant les critiques (item 8) présentant les corrélations item-total corrigées les plus fortes (souvent supérieures à 0,55).
- Stabilité à travers les sous-dimensions positives : Lorsqu’elles sont analysées séparément, les facettes du soutien émotionnel (items 3, 4, 5, 6) démontrent un alpha moyen supérieur à 0,85.
8.2. Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Dans les cohortes observationnelles longitudinales où aucune intervention thérapeutique n’était administrée, la stabilité test-retest de la SSSS a été évaluée à des intervalles de 3 mois, 6 mois et 12 mois. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de corrélation de Pearson se maintiennent entre r = 0,64 et 0,78 à 3 mois, et entre r = 0,55 et 0,70 à un an pour la source conjugale. Ces données indiquent que l’instrument capture des dynamiques relationnelles relativement stables dans le temps tout en restant sensible aux fluctuations contextuelles réelles induites par les transitions de traitement (ex. : fin de la radiothérapie, reprise professionnelle).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration et la confirmation de l’architecture factorielle de la SSSS ont révélé des éclairages structuraux majeurs concernant la conceptualisation des relations d’aide.
9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Les analyses factorielles exploratoires initiales (avec extraction par factorisation en axes principaux ou maximum de vraisemblance et rotation oblique Promax ou Oblimin direct) conduites sur les réponses relatives au partenaire ont systématiquement extrait deux facteurs dominants à valeurs propres supérieures à 1 (selon le critère de Kaiser et l’inspection du graphique d’éboulis de Cattell) :
- Facteur I : Soutien Positif et Climat Facilitateur (Items 1 à 6). Ce facteur sature fortement sur les items d’écoute active (item 4, saturation factorielle λ > 0,80), de réassurance affective (item 3, λ > 0,78), de sentiment de sécurité/détente (item 5, λ > 0,74) et d’ouverture expressive (item 6, λ > 0,72). L’item d’assistance pratique (item 2) et l’item de conseil (item 1) saturent également sur ce facteur de manière satisfaisante (λ > 0,55 à 0,65).
- Facteur II : Tensions et Contraintes Interpersonnelles (Items 7 à 10). Ce facteur regroupe nettement les 4 items négatifs : disputes (item 7, λ > 0,70), critiques (item 8, λ > 0,75), défaillance/déception (item 9, λ > 0,68) et esquive/évitement du sujet de la maladie (item 10, λ > 0,62).
La corrélation inter-facteurs s’avère modérée et négative (r ≈ -0,25), confirmant la quasi-orthogonalité des deux construits.
9.2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et modèles concurrents
Pour trancher entre plusieurs conceptualisations concurrentes, des modélisations d’équations structurelles (AFC) ont comparé :
- Un modèle unifactoriel global (où l’ensemble des 10 items sature sur un unique construit de soutien social, les items négatifs étant inversés) ;
- Un modèle bifactoriel orthogonal ou corrélé (Facteur Positif vs Facteur Négatif) ;
- Un modèle multifactoriel corrélé distinguant l’assistance pratique, le soutien socio-émotionnel et les contraintes relationnelles.
Les indices d’adéquation ajustés (Goodness of Fit) démontrent sans équivoque la supériorité du modèle bifactoriel corrélé par rapport au modèle unifactoriel :
| Modèle Testé | χ² / dl | CFI | TLI | RMSEA [IC 90%] | SRMR |
|---|---|---|---|---|---|
| Modèle unifactoriel (1 facteur général) | 7,85 | 0,72 | 0,65 | 0,142 [0,128 – 0,157] | 0,118 |
| Modèle bifactoriel (Positif vs Négatif) | 2,14 | 0,96 | 0,95 | 0,051 [0,038 – 0,064] | 0,042 |
| Modèle hiérarchique à 3 facteurs | 2,08 | 0,96 | 0,95 | 0,049 [0,035 – 0,063] | 0,041 |
Ces données confirment l’invariance factorielle de base à travers les différentes sous-populations cliniques et valident l’impératif de traiter les interactions positives et négatives comme des construits séparés dans l’analyse statistique.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory).
- Structure de passation : Matrice modulaire comportant des sections autonomes pour chaque source d’interaction sociale. Le participant évalue successivement chaque groupe cible pertinent pour sa situation personnelle :
- Section A : Époux / Partenaire intime (avec instruction de sauter la section si le patient vit seul) ;
- Section B : Femmes adultes de la famille (sœurs, mère, tantes, filles majeures) ;
- Section C : Autres membres de la famille (père, frères, oncles, fils adultes) ;
- Section D : Amis / Cercle amical proche ;
- Section E : Professionnels de santé et soignants (oncologues, infirmiers, psychologues, etc.).
- Nombre d’items : 10 items identiques par section/source (soit un total de 50 items si les 5 sections sont administrées dans leur intégralité).
- Format de réponse : Échelle de Likert à 5 points d’ancrage verbal :
- 1 = Not at all (Pas du tout)
- 2 = A little (Un peu)
- 3 = A moderate amount (Moyennement)
- 4 = A pretty large amount (Beaucoup)
- 5 = A lot (Énormément)
- Temps d’administration : Environ 8 à 12 minutes pour l’ensemble complet des 5 sources ; 2 à 3 minutes pour l’évaluation exclusive du partenaire.
- Modalités de cotation et de calcul des scores :
- Score de Soutien Positif par Source : Somme ou moyenne arithmétique des items 1 à 6 pour la source concernée (étendue : 6 à 30 en somme, ou 1 à 5 en moyenne). Des scores élevés traduisent un niveau élevé d’aide perçue.
- Score d’Interactions Négatives / Contraintes par Source : Somme ou moyenne arithmétique des items 7 à 10 pour la source concernée (étendue : 4 à 20 en somme, ou 1 à 5 en moyenne). Des scores élevés reflètent un climat relationnel conflictuel, critique ou évitant.
- Recommandation méthodologique formelle : Ne jamais additionner les items positifs et négatifs en un score total unique en inversant les items négatifs, car cela détruirait l’indépendance orthogonale démontrée des deux dimensions. Conserver deux scores distincts pour chaque source relationnelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de diffusion officielle : 2006 (utilisée dès le début des années 2000 dans les protocoles de recherche financés par le NCI/NIH).
- Droits d’auteur et statut légal : Droits d’auteur détenus par le Dr. Charles S. Carver et l’Université de Miami.
- Politique d’utilisation et permissions : Instrument en libre accès (open access) pour la recherche académique, scientifique et clinique non commerciale. Conformément aux directives établies par Charles S. Carver sur son portail institutionnel de psychométrie, l’échelle peut être téléchargée, reproduite, administrée et adaptée sans redevance financière ni autorisation écrite préalable, à la condition expresse de citer rigoureusement l’auteur et la référence source dans les travaux résultants.
- Tarif d’utilisation : Gratuit (0,00 $ / 0,00 €).
- Adaptation et traductions : Toute traduction linguistique pour des besoins de recherche requiert de suivre les recommandations internationales habituelles (méthode de rétro-traduction ou back-translation) tout en préservant l’intégrité conceptuelle des items originaux.
12. Références / References
Les travaux fondateurs et les études psychométriques de référence relatives à la SSSS et à ses cadres théoriques sont répertoriés ci-dessous :
- Antoni, M. H., Lehman, J. M., Kilbourn, K. M., Boyers, A. E., Culver, J. L., Alferi, S. M., Yount, S. E., McGregor, B. A., Arena, P. L., Harris, S. D., Shimizu, A. P., & Carver, C. S. (2001). Cognitive-behavioral stress management intervention decreases the prevalence of depression and enhances benefit finding among women under treatment for early-stage breast cancer. Health Psychology, 20(1), 20–32. https://doi.org/10.1037/0278-6133.20.1.20
- Carver, C. S. (2006). Sources of Social Support Scale (SSSS). University of Miami, Department of Psychology. https://local.psy.miami.edu/faculty/ccarver/sclSSSS.html
- Carver, C. S., Smith, R. G., Antoni, M. H., Petronis, V. M., Weiss, S., & Derhagopian, R. P. (2005). Optimistic personality and psychosocial well-being during treatment predict 10-year survival from breast cancer. Journal of Clinical Oncology, 23(24), 5430–5436. https://doi.org/10.1200/JCO.2005.02.046
- Cohen, S., & Wills, T. A. (1985). Stress, social support, and the buffering hypothesis. Psychological Bulletin, 98(2), 310–357. https://doi.org/10.1037/0033-2909.98.2.310
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Lepore, S. J., Silver, R. C., Wortman, C. B., & Wayment, H. A. (1996). Social constraints, intrusive thoughts, and depressive symptoms among bereaved mothers. Journal of Personality and Social Psychology, 70(2), 271–282. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.2.271
- Rook, K. S. (1984). The negative side of social interaction: Impact on psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 46(5), 1097–1108. https://doi.org/10.1037/0022-3514.46.5.1097
- Sherbourne, C. D., & Stewart, A. L. (1991). The MOS social support survey. Social Science & Medicine, 32(6), 705–714. https://doi.org/10.1016/0277-9536(91)90150-B