1. Résumé / Abstract
L’Échelle des relations sociales (en anglais, Social Relationship Scale ou SRS), développée initialement par le psychiatre Allan H. McFarlane et ses collaborateurs en 1981 à l’Université McMaster, constitue un instrument psychométrique pionnier conçu pour mesurer de façon multidimensionnelle le soutien social et les dynamiques de réseau interpersonnel. Contrairement aux outils unidimensionnels qui se limitaient traditionnellement à dénombrer les contacts sociaux d’un individu ou à quantifier une disponibilité théorique de l’aide, la SRS évalue simultanément la structure du réseau social, la réciprocité des échanges et la qualité perçue des interactions à travers plusieurs domaines clés de l’existence (tels que la famille et le foyer, le travail, les questions financières ou les problèmes personnels).
L’une des innovations conceptuelles majeures de la SRS réside dans sa capacité à appréhender non seulement le soutien social positif, mais également les interactions sociales délétères ou non soutenantes. Pour chaque personne identifiée dans un domaine de vie donné, le répondant indique le lien relationnel, la bidirectionnalité du contact (« Cette personne viendrait-elle vers vous ? ») et l’utilité des discussions sur une échelle ordinale en 4 points allant de 1 (makes things a lot worse / aggrave beaucoup les choses) à 4 (helps things a lot / aide beaucoup). Les propriétés psychométriques de l’instrument, établies au cours de plusieurs vagues longitudinales (McFarlane et al., 1981, 1983, 1984), démontrent une fidélité test-retest robuste (coefficients r compris généralement entre 0,70 et 0,91 selon les sous-échelles), une consistance interne satisfaisante et une remarquable validité prédictive vis-à-vis de la détresse psychologique, de la symptomatologie dépressive et des troubles psychosomatiques.
2. Mots-clés / Keywords
Soutien social, Échelle des relations sociales, SRS, McFarlane, réseau social, réciprocité interpersonnelle, stress psychosocial, effet tampon, évaluation psychométrique, santé mentale
3. Auteurs / Authors
L’Échelle des relations sociales a été conceptualisée et validée par une équipe multidisciplinaire de chercheurs et cliniciens de la Faculté des sciences de la santé de l’Université McMaster (Hamilton, Ontario, Canada) :
- Allan H. McFarlane, M.D. : Psychiatre et professeur au Département de psychiatrie et de neurosciences comportementales de l’Université McMaster. Ses travaux portent sur l’épidémiologie psychiatrique, l’impact des stresseurs environnementaux et le rôle modérateur des réseaux sociaux.
- K. A. Neale, M.Sc. : Statisticienne et méthodologiste de recherche, Département d’épidémiologie clinique et de biostatistique, Université McMaster.
- Geoffrey R. Norman, Ph.D. : Professeur émérite au Département d’épidémiologie clinique et de biostatistique de l’Université McMaster, autorité internationalement reconnue en mesure en sciences de la santé et en psychométrie.
- David L. Streiner, Ph.D. : Psychologue clinicien, professeur émérite aux Départements de psychiatrie des universités McMaster et de Toronto, co-auteur de traités de référence en psychométrie de la santé (ex. Health Measurement Scales).
4. Objectif / Purpose
Le développement de la Social Relationship Scale répondait à une lacune méthodologique critique identifiée à la fin des années 1970 dans la littérature sur le stress psychosocial. À cette époque, de nombreuses études épidémiologiques postulaient que le soutien social agissait comme un médiateur ou un modérateur essentiel face aux événements de vie stressants. Néanmoins, la plupart des outils de mesure de l’époque souffraient de confusions conceptuelles majeures : ils confondaient la simple existence d’un réseau social (intégration quantitative) avec la fonction réelle d’aide (qualité qualitative), supposaient implicitement que tout contact social était obligatoirement bénéfique, et omettaient la dimension de mutualité ou de réciprocité.
L’objectif fondamental de la SRS est d’opérationnaliser le soutien social comme un processus transactionnel contextuel. L’instrument vise à :
- Désagréger les composantes structurales et qualitatives : Mesurer la taille du réseau actif par domaine de vie spécifique, tout en évaluant séparément l’impact fonctionnel (positif ou négatif) de chaque lien.
- Capturer le soutien social négatif ou inefficace : Reconnaître explicitement que certaines relations sociales aggravent la détresse plutôt qu’elles ne la soulagent (réponses 1 et 2 de l’échelle d’aide).
- Mesurer la réciprocité relationnelle : Déterminer si l’échange est asymétrique (l’individu sollicite sans être sollicité, ou inversement) ou équilibré, un facteur clé pour prédire la pérennité du soutien et l’estime de soi du receveur.
- Servir d’outil d’évaluation clinique et de recherche : Identifier en pratique clinique les patients isolés ou, au contraire, enfermés dans des réseaux dysfonctionnels (« toxiques » ou surprotecteurs), et permettre aux chercheurs d’éprouver formellement l’hypothèse de l’effet tampon du soutien social (stress-buffering hypothesis).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la SRS est le soutien social interpersonnel perçu et reçu, articulé autour de trois dimensions primaires interconnectées :
1. La structure et l’étendue du réseau par domaine de vie
La SRS ne demande pas une estimation abstraite du type « Vous sentez-vous soutenu dans la vie ? ». Elle ancre la réflexion du répondant dans des sphères concrètes de l’existence : le foyer et la famille (home and family), le travail ou les activités principales, les questions financières, la santé physique et émotionnelle, ainsi que les crises aiguës. Pour chaque sphère, le participant énumère les individus réels avec lesquels il échange. Cette dimension mesure l’étendue du réseau focal et permet d’analyser la diversification relationnelle (par exemple, un individu qui ne compte que sur son conjoint versus un individu mobilisant des pairs, des collègues et des professionnels).
2. La réciprocité perçue (Mutualité des échanges)
Pour chaque personne citée, le participant doit déclarer si cette dernière viendrait également se confier à lui pour des questions similaires (« Would this person come to you to discuss home and family? »). Ce paramètre dichotomique (oui / non) mesure le statut d’interdépendance dans le lien. Selon les théories de l’équité relationnelle, un soutien purement unilatéral peut susciter des sentiments de culpabilité, de dette morale ou d’infériorisation, tandis qu’un soutien hautement réciproque renforce le sentiment d’efficacité personnelle et la cohésion du réseau.
3. La valence et l’efficacité qualitative du soutien
Le troisième axe constitue le cœur évaluatif de l’instrument : l’utilité des discussions (Helpfulness of discussion). La SRS utilise une échelle bidirectionnelle en 4 points :
- Score 1 (Makes things a lot worse) : Interaction délétère majeure provoquant une accentuation du stress, du blâme ou des conflits.
- Score 2 (Makes things a bit worse) : Interaction modérément contre-productive ou inadéquate.
- Score 3 (Helps things a bit) : Soutien fonctionnel modéré (écoute empathique de base, soulagement partiel).
- Score 4 (Helps things a lot) : Soutien hautement efficace, apportant des solutions concrètes ou un réconfort émotionnel profond.
Grâce à cette graduation, l’instrument permet de dériver deux indices distincts : un score de soutien social positif et un score de soutien social négatif / dysfonctionnel, évitant ainsi le piège méthodologique d’une simple moyenne arithmétique qui masquerait l’effet toxique de relations conflictuelles.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture de la Social Relationship Scale s’enracine dans les développements de l’épidémiologie sociale et de la psychologie de la santé de la fin du XXe siècle, sous l’influence directe de plusieurs cadres conceptuels majeurs :
Le modèle transactionnel du stress et du coping (Lazarus & Folkman)
Selon le modèle transactionnel élaboré par Richard Lazarus et Susan Folkman, le stress résulte d’un déséquilibre perçu entre les exigences de l’environnement et les ressources dont dispose l’individu pour y faire face. Le soutien social n’est pas une entité statique ; il constitue une ressource adaptative majeure sollicitée lors de l’évaluation secondaire (« Que puis-je faire ? De quelle aide puis-je disposer ? »). La SRS s’aligne rigoureusement sur ce paradigme en évaluant comment l’interaction avec autrui modifie concrètement la trajectoire de l’évaluation du problème (soulagement vs aggravation).
L’hypothèse du tampon protecteur versus l’effet direct (Cassel, Cobb, Cohen & Wills)
Les écrits séminaux de John Cassel (1976) et Sidney Cobb (1976), ultérieurement formalisés par Sheldon Cohen et Thomas Wills (1985), ont posé les fondations de l’effet tampon (buffering model). Ce modèle postule que les relations sociales protègent l’organisme des répercussions neuroendocriniennes et psychopathologiques des événements délétères. McFarlane et ses collègues (1983) ont conçu la SRS pour départager empiriquement l’effet principal (le réseau améliore le bien-être en tout temps) de l’effet modérateur (le réseau n’intervient positivement que sous haute charge de stress). Leurs études longitudinales ont démontré que seules les relations réciproques et perçues comme hautement utiles exercent un véritable effet tampon.
La théorie de l’échange social et de l’équité
La théorie de l’échange social (George Homans, Peter Blau) postule que les interactions humaines reposent sur des attentes d’équilibre entre bénéfices apportés et coûts engagés. L’intégration par McFarlane de la question sur la réciprocité découle directement de cette tradition : un réseau où l’individu est perpétuellement assisté sans pouvoir redonner engendre une dépendance psychologique délétère, alors que l’équité relationnelle favorise l’intégration communautaire stable.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de la SRS ont été documentées au travers de cohortes prospectives rigoureuses menées auprès de populations communautaires et cliniques (McFarlane et al., 1981, 1983, 1984 ; McDowell, 2006).
Validité de construit
La validité de construit a été démontrée en comparant les profils de réseau social d’individus confrontés à des événements de vie majeurs standardisés (mesurés par des inventaires de stresseurs vitaux). Les analyses ont révélé que les participants disposant d’un ratio élevé de relations réciproques et positives présentaient des niveaux de détresse significativement inférieurs à ceux possédant des réseaux de taille identique mais caractérisés par une faible réciprocité ou des scores d’utilité négatifs (scores 1 et 2), confirmant que l’outil capte précisément la dimension fonctionnelle du soutien et non un artefact de désirabilité sociale.
Validité convergente et discriminante
- Validité convergente : Les sous-échelles de soutien positif de la SRS corrèlent de manière statistiquement significative et négative avec les indices de psychopathologie générale mesurés par le General Health Questionnaire (GHQ) et le Symptom Checklist-90 (SCL-90) (corrélations oscillant entre r = -0,28 et r = -0,44, p < 0,01). De plus, la SRS converge fortement avec d’autres échelles de réseau contemporaines, telles que l’Arizona Social Support Interview Schedule (ASSIS) de Barrera.
- Validité discriminante : Les corrélations entre la SRS et des mesures de traits de personnalité stables (comme l’extraversion ou le névrosisme) restent modérées (généralement r < 0,25), démontrant que la SRS évalue des dynamiques relationnelles contextuelles réelles et non une simple propension affective négative générale.
Validité prédictive (critérielle)
Dans une étude prospective longitudinale sur un an, McFarlane et al. (1983) ont démontré que les scores initiaux de soutien négatif sur la SRS prédisaient l’apparition de nouveaux symptômes psychiatriques et somatiques lors des suivis ultérieurs, même après contrôle statistique du niveau initial de détresse psychologique et du nombre d’événements stressants subis (R² incrémentiel significatif, p < 0,001).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle des relations sociales a fait l’objet d’évaluations méthodologiques approfondies lors de sa phase de standardisation :
- Fidélité test-retest : Évaluée à des intervalles d’une semaine et de six semaines par McFarlane et al. (1981), la stabilité temporelle des scores quantitatifs du réseau (nombre d’individus identifiés) présente des coefficients de corrélation de Pearson compris entre r = 0,72 et r = 0,91. La stabilité de l’évaluation qualitative de l’utilité moyenne (helpfulness) s’est avérée également élevée, avec des coefficients test-retest se situant entre r = 0,68 et r = 0,84 selon les domaines de vie.
- Cohérence interne : Bien que la SRS fonctionne comme un inventaire de réseau où chaque individu cité représente une unité d’analyse distincte, les analyses de consistance interne des scores agrégés d’utilité par domaine révèlent des coefficients alpha de Cronbach se situant entre 0,74 et 0,86, indiquant une homogénéité satisfaisante de l’évaluation au sein de chaque domaine de vie.
- Fidélité inter-juges : Lors d’administrations sous forme d’entretien clinique semi-structuré, les coefficients de concordance kappa de Cohen pour la catégorisation de la réciprocité (oui / non) dépassent κ = 0,88.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations psychométriques portant sur la structure dimensionnelle de la SRS (McFarlane et al., 1981 ; Streiner et al., 1984) ont mis en évidence plusieurs caractéristiques structurelles majeures :
- Bi-dimensionnalité de l’impact relationnel : L’analyse factorielle exploratoire (AFE) menée sur les items qualitatifs révèle systématiquement deux facteurs distincts non superposables plutôt qu’un continuum unidimensionnel unique : un premier facteur de Soutien constructif/aidant (saturations élevées pour les scores 3 et 4) et un second facteur de Frottement/détresse interpersonnelle (saturations élevées pour les scores 1 et 2). Cela corrobore la thèse selon laquelle le soutien négatif n’est pas simplement l’absence de soutien positif, mais une dimension psychologique orthogonale distincte.
- Différenciation par domaines de vie : L’analyse en composantes principales a montré que les réseaux mobilisés pour la sphère « Foyer et famille » se distinguent nettement des réseaux mobilisés pour le travail ou les crises aiguës, avec des saturations factorielles croisées faibles (inférieures à 0,30), confirmant la nécessité de maintenir un découpage modulaire par domaine plutôt que d’agréger prématurément un score global uniforme.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’une grille matricielle structurée, administrable par auto-questionnaire guidé ou sous forme d’entretien standardisé :
- Type d’instrument : Inventaire d’évaluation de réseau social et de soutien perçu (approche par génération de noms / name generator approach).
- Domaines évalués : Foyer et famille (Home and family), travail/activités principales, finances, santé, et situations de crise personnelle.
- Format des questions par individu listé :
- Nom ou initiales : Identification de la personne ressource.
- Lien de parenté / relation : Conjoint, parent, enfant, ami, collègue, voisin, professionnel.
- Réciprocité : « Cette personne viendrait-elle vers vous pour discuter de ces sujets ? » (Réponse binaire : Oui [1] / Non [2]).
- Utilité de la discussion : Échelle ordinale en 4 points (1 = makes things a lot worse, 2 = makes things a bit worse, 3 = helps things a bit, 4 = helps things a lot).
- Modalités de cotation (Scoring) :
- Taille du réseau : Nombre total de contacts uniques cités.
- Score de réciprocité : Ratio ou pourcentage de relations signalées avec une réponse « Oui ».
- Indice de soutien positif : Moyenne ou somme des scores d’utilité de 3 et 4.
- Indice de soutien négatif : Moyenne ou fréquence des scores d’utilité de 1 et 2.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1981 (avec extensions méthodologiques et longitudinales en 1983 et 1984).
- Droits d’auteur et permissions : Les travaux initiaux ont été publiés dans des revues scientifiques académiques (notamment Schizophrenia Bulletin et le Journal of Health and Social Behavior). L’instrument est accessible dans le domaine public académique à des fins de recherche non commerciale et d’enseignement, sous réserve de citer adéquatement les publications originales des auteurs (McFarlane et al., 1981).
- Tarifs : L’utilisation de l’échelle est libre de droits d’accès financiers (gratuite pour la recherche et la pratique clinique académique).
12. Références / References
Les publications de référence décrivant la genèse, la validation et l’utilisation psychométrique de la SRS comprennent :
- McDowell, I. (2006). Measuring Health: A Guide to Rating Scales and Questionnaires (3rd ed.). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195165678.001.0001
- McFarlane, A. H., Neale, K. A., Norman, G. R., Roy, R. G., & Streiner, D. L. (1981). Methodological issues in developing a scale to measure social support. Schizophrenia Bulletin, 7(1), 90–100. https://doi.org/10.1093/schbul/7.1.90
- McFarlane, A. H., Norman, G. R., Streiner, D. L., Roy, R. G., & Scott, D. J. (1983). The process of social stress: Stable, reciprocal, and mediating relationships. Journal of Health and Social Behavior, 24(2), 160–173. https://doi.org/10.2307/2136642
- McFarlane, A. H., Norman, G. R., Streiner, D. L., & Roy, R. G. (1984). Characteristics and correlates of effective and ineffective social supports. Journal of Psychosomatic Research, 28(6), 501–510. https://doi.org/10.1016/0022-3999(84)90086-6
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Helpfulness of discussion:
- 1 – makes things a lot worse
- 2 – makes things a bit worse
- 3 – helps things a bit
- 4 – helps things a lot
I discuss home and family with:
Would this person come to you to discuss home and family?
| Name or initial | Relation | Helpfulness of discussion | Reciprocity | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | yes | no | ||
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |
| _______ | _______ | 1 | 2 | 3 | 4 | 1 | 2 |