Échelle des préoccupations relatives au counseling auprès des clients issus de minorités raciales

Découvrez l’Échelle des préoccupations relatives au counseling auprès des clients issus de minorités raciales (CCRMCS) de Wei et al. (2012) : validation psychométrique, théorie, 4 facteurs et passation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle des préoccupations relatives au counseling auprès des clients issus de minorités raciales (en anglais, The Concerns about Counseling Racial Minority Clients Scale — CCRMCS), élaborée par Meifen Wei, Ruth Chu-Lien Chao, Pei-Chun Tsai et Reyes Botello-Zamarron en 2012 (publiée en ligne en 2011), constitue un instrument psychométrique de référence conçu pour mesurer l’anxiété d’évaluation, les appréhensions spécifiques et les doutes introspectifs ressentis par les professionnels de la relation d’aide et les stagiaires en psychothérapie face à la prise en charge de consultants issus de minorités ethnoculturelles et raciales. Alors que la vaste majorité de la littérature sur les compétences multiculturelles s’était jusqu’alors concentrée sur des mesures auto-rapportées de sentiment d’efficacité personnelle — souvent sujettes à d’importants biais de désirabilité sociale —, la CCRMCS adopte un changement de paradigme fondamental en opérationnalisant l’inconfort psychologique, la peur de l’offense et la vulnérabilité relationnelle du thérapeute.

L’instrument comprend 20 items répartis de façon équilibrée sur quatre dimensions factorielles distinctes comportant chacune cinq items : (1) les Différences culturelles (Cultural Differences), (2) le Risque d’offenser ou de blesser le client (Offending or Hurting Clients), (3) les Pensées et comportements biaisés (Biased Thoughts and Behaviors), et (4) les Perceptions du client à l’égard du thérapeute (Client Perceptions). Les répondants expriment leur degré d’accord sur une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« fortement en désaccord ») à 5 (« fortement d’accord »). Les scores peuvent être calculés par sous-échelle ou agrégés pour fournir un indice global des préoccupations interculturelles.

Les propriétés psychométriques de l’échelle ont été rigoureusement établies à travers plusieurs échantillons de praticiens et d’étudiants gradués en psychologie clinique, psychologie du counseling et travail social. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires ont validé la structure tétradimensionnelle corrélée de premier ordre ainsi qu’un modèle hiérarchique de second ordre. La consistance interne est remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,81 et 0,91 pour les quatre facteurs et atteignant 0,93 pour l’échelle globale. Les preuves de validité de construit incluent des corrélations convergentes probantes avec l’anxiété liée au counseling, le besoin d’approbation et l’auto-efficacité multiculturelle perçue, tout en démontrant une validité discriminante solide vis-à-vis des mesures générales d’anxiété-trait et de désirabilité sociale. La CCRMCS s’affirme comme un levier diagnostique, pédagogique et clinique indispensable pour la supervision et la formation continue à la justice sociale et à l’humilité culturelle.

2. Mots-clés / Keywords

CCRMCS, counseling multiculturel, minorités raciales, compétences multiculturelles, anxiété de supervision, biais implicites, alliance thérapeutique, psychométrie transculturelle, formation des thérapeutes, diversité ethnoculturelle, microagressions, validité factorielle.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés en psychologie du counseling, en processus transculturels et en justice sociale :

  • Meifen Wei, Ph.D. — Professeure titulaire au Département de Psychologie de l’Iowa State University (Ames, Iowa, États-Unis). Ses axes de recherche majeurs portent sur la théorie de l’attachement appliquée aux adultes, le perfectionnisme inadapté, la discrimination raciale, les mécanismes de régulation émotionnelle chez les minorités ethniques et l’efficacité des interventions psychologiques interculturelles. (Courriel institutionnel : [email protected]).
  • Ruth Chu-Lien Chao, Ph.D. — Professeure associée en counseling psychologique à l’Université de Denver (University of Denver, Morgridge College of Education, Colorado, États-Unis). Ses travaux se focalisent sur la formation à la diversité multiculturelle, l’oppression intériorisée, le racisme institutionnel et le bien-être subjectif des populations marginalisées.
  • Pei-Chun Tsai, Ph.D. — Psychologue clinicienne et chercheuse affiliée au Student Counseling and Mental Health Center, spécialisée dans l’acculturation, l’adaptation psychosociale des étudiants internationaux et les dynamiques de transfert culturel en milieu universitaire.
  • Reyes Botello-Zamarron, M.S., Ph.D. — Praticien et chercheur en psychologie du counseling à l’Iowa State University, expert des processus thérapeutiques auprès des populations hispaniques et des approches décoloniales en santé mentale.

4. Objectif / Purpose

Le développement de la CCRMCS répond à une impasse méthodologique et empirique majeure qui a longtemps entravé la recherche sur la formation aux compétences multiculturelles en psychologie. Depuis l’introduction fondatrice des compétences multiculturelles par Derald Wing Sue et ses collègues dans les années 1980 et 1990 (modèle tripartite : attitudes/croyances, connaissances et habiletés), la quasi-totalité des instruments psychométriques existants — tels que le Multicultural Counseling Inventory (MCI) ou la Multicultural Awareness, Knowledge, and Skills Survey (MAKSS) — reposait sur des auto-évaluations de maîtrise et de confiance. Or, plusieurs méta-analyses et revues critiques ont démontré que ces auto-évaluations reflètent davantage une conformité discursive, une surestimation narcissique de ses capacités ou des pressions de désirabilité sociale qu’une véritable compétence clinique validée par des observateurs externes ou par les résultats thérapeutiques rapportés par les clients racisés.

Conscients de cette limite critique, Wei et ses collaborateurs (2012) ont postulé qu’une compréhension authentique de la posture d’un thérapeute face à la diversité raciale devait explorer non pas ce que le professionnel prétend maîtriser, mais plutôt ce qu’il redoute de ne pas savoir gérer. La CCRMCS a ainsi été conçue pour capturer la nature complexe, multifacette et souvent anxiogène des expériences cognitives et émotionnelles internes vécues par les cliniciens (qu’ils soient issus de la majorité blanche ou eux-mêmes membres de minorités raciales) lorsqu’ils sont confrontés à des dynamiques de pouvoir, d’oppression et d’altérité au sein du colloque singulier.

Sur le plan des applications concrètes, l’échelle remplit une triple fonction :

  • En contexte de formation et d’enseignement académique : La CCRMCS permet aux directeurs de programmes doctoraux et aux formateurs cliniques de dresser un profil diagnostique précis des angoisses vécues par les étudiants avant et pendant leurs stages en milieu multiculturel. Elle permet d’adapter les curricula non plus de manière théorique et décontextualisée, mais en ciblant explicitement les blocages spécifiques des apprenants, qu’il s’agisse de la crainte d’aborder le racisme systémique ou de l’appréhension de commettre des impairs culturels impardonnables.
  • En contexte de supervision clinique : L’instrument sert de catalyseur puissant pour faciliter des discussions transparentes entre superviseur et supervisé. La peur d’être qualifié de « raciste », d’insensible ou de perpétuer des microagressions conduit fréquemment les stagiaires au silence, à l’évitement ou à une paralysie technique. En quantifiant et en normalisant ces préoccupations à l’aide d’un outil standardisé, la supervision peut devenir un espace sécurisant d’humilité culturelle et d’analyse réflexive du contre-transfert.
  • En recherche empirique sur l’alliance et les processus : L’échelle permet aux chercheurs d’étudier comment les inquiétudes non résolues du thérapeute influencent la rupture précoce de l’alliance thérapeutique, les biais d’évaluation diagnostique, l’abandon prématuré de la thérapie par les clients issus de minorités et l’efficacité différentielle des interventions adaptées culturellement.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par la CCRMCS est défini comme l’ensemble des appréhensions subjectives, des anticipations cognitives anxieuses et des craintes d’inadéquation professionnelle éprouvées par un professionnel de la santé mentale à l’idée d’interagir cliniquement avec des personnes appartenant à des minorités raciales ou ethniques. Ce construit n’est pas réductible à un simple manque de connaissances théoriques : il englobe la menace perçue pour l’identité professionnelle et morale du thérapeute. Wei et al. (2012) ont identifié et validé quatre sous-construits interdépendants mais conceptuellement distincts :

1. Différences culturelles (Cultural Differences)

Cette composante opérationnalise l’anxiété liée à l’incapacité perçue de naviguer, d’intégrer ou d’aborder explicitement les divergences d’héritage socioculturel, de normes de communication et d’expériences de vie dans l’espace thérapeutique. Le praticien s’inquiète de son manque d’aisance procédurale : comment amener la question de la race en séance sans paraître intrusif ? Comment réagir si le patient exprime une détresse profonde liée à un traumatisme racial ou à une agression discriminatoire ? Par exemple, l’item 2 (« I do not know how to handle my clients’ feelings if issues of racism are addressed in a session ») et l’item 12 (« I do not know how to address cultural differences in a session ») capturent cette sensation de vertige méthodologique et de désarmement technique.

2. Risque d’offenser ou de blesser le client (Offending or Hurting Clients)

Cette sous-échelle évalue la terreur internalisée de commettre involontairement des faux pas relationnels, des impairs langagiers ou des microagressions qui pourraient traumatiser, aliéner ou blesser le consultant issu d’une minorité raciale. Il ne s’agit pas d’une intention malveillante, mais au contraire d’une hypervigilance paralysante où le praticien craint que ses bonnes intentions déclarées ne soient reçues comme de l’incompréhension ou de l’hostilité déguisée. L’item 11 (« My positive intentions may be taken differently by my minority clients ») et l’item 13 (« I may unknowingly offend my minority clients ») illustrent parfaitement cette tension psychologique où la culpabilité anticipée inhibe la spontanéité thérapeutique.

3. Pensées et comportements biaisés (Biased Thoughts and Behaviors)

Ce facteur renvoie à la lucidité inquiète du thérapeute concernant ses propres stéréotypes implicites, ses biais d’attribution socioculturels et le risque d’imposer son propre cadre de référence (généralement eurocentré, individualiste ou de classe moyenne) sur l’analyse de la problématique clinique du client. Le praticien craint d’adhérer inconsciemment à des préjugés intériorisés issus de sa socialisation et de pathologiser des comportements qui constituent en réalité des stratégies d’adaptation saines face à l’adversité environnementale. Les items 7 (« I may impose my own values on the presenting issues of my clients ») et 10 (« I may impose my own stereotypes on the presenting problems of my clients ») traduisent cette vigilance critique face au risque de colonisation cognitive de l’espace clinique.

4. Perceptions du client à l’égard du thérapeute (Client Perceptions)

La quatrième dimension se focalise sur l’anxiété interpersonnelle projective : le praticien est habité par la conviction ou la hantise que le client minoritaire le perçoit d’ores et déjà négativement, le juge partial, le soupçonne de racisme ou refuse de lui accorder sa confiance en raison de son appartenance raciale ou culturelle. Cette composante capture le sentiment d’illégitimité et la crainte d’être rejeté avant même que la relation thérapeutique ne puisse s’établir. L’item 3 (« My clients think that I have stereotypes about their culture ») et l’item 18 (« My clients perceive me negatively ») reflètent cette vulnérabilité quant au regard de l’autre et à la rupture d’intercompréhension anticipée.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La conception de la CCRMCS s’enracine dans la convergence de plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie contemporaine, articulant modèles de compétence multiculturelle, théories de l’anxiété d’évaluation et sociologie des relations intergroupes :

Le modèle des compétences multiculturelles et le tournant vers l’humilité culturelle

Historiquement, le modèle des compétences multiculturelles développé par Derald Wing Sue, Arredondo et McDavis (1992) a postulé que la pratique éthique exigeait une prise de conscience de ses propres biais culturels, une connaissance approfondie des visions du monde des groupes minoritaires et le développement de techniques d’intervention congruentes. Cependant, ce modèle a parfois été interprété de façon réductionniste comme l’acquisition mécanique d’un savoir encyclopédique figé sur chaque communauté. En réaction, Tervalon et Murray-García (1998), puis Hook, Davis, Owen, Worthington et Utsey (2013), ont introduit le paradigme de l’humilité culturelle, qui met l’accent sur l’autoréflexion permanente, l’abandon d’une posture de supériorité épistémique et la reconnaissance de ses propres limites. La CCRMCS s’inscrit au cœur de cette transition : admettre et mesurer ses inquiétudes constitue le premier acte opérationnel d’humilité culturelle, rompant avec l’illusion d’une neutralité ou d’une maîtrise omnisciente.

La théorie de l’anxiété intergroupe de Stephan et Stephan

Sur le plan psychosociologique, l’instrument s’appuie directement sur la théorie de l’anxiété intergroupe (Walter G. Stephan & Cookie White Stephan, 1985). Selon ce modèle, les interactions entre membres de groupes sociaux distincts — particulièrement lorsqu’elles s’inscrivent dans un contexte d’asymétrie historique et de disparités de pouvoir racial — génèrent spontanément des sentiments d’inconfort, de gêne et de tension. Ces affects dérivent de quatre formes de menaces anticipées : la menace de conséquences psychologiques négatives pour soi (baisse de l’estime de soi, honte d’apparaître partial), la menace comportementale négative (être rejeté ou attaqué par l’autre), la menace réaliste et la menace symbolique. Dans la situation de consultation, le thérapeute craint la confirmation de stéréotypes réciproques, ce qui augmente sa charge cognitive et perturbe son écoute bienveillante.

L’anxiété d’évaluation et les modèles du contre-transfert interculturel

Dans la tradition psychanalytique et psychodynamique, l’inconfort du clinicien est conceptualisé sous l’angle du contre-transfert culturel (Comas-Díaz & Jacobsen, 1991). Les praticiens projettent involontairement leurs défenses, leurs culpabilités raciales non résolues et leurs stéréotypes inconscients sur leurs patients. Du point de vue de la psychologie cognitive et cognitive-comportementale, les inquiétudes mesurées par la CCRMCS constituent une forme spécialisée d’anxiété de performance clinique. Lorsque cette anxiété dépasse un seuil fonctionnel, elle engendre de l’évitement comportemental (le thérapeute change de sujet dès que la race est évoquée) ou un repli défensif pseudo-universalisant (l’adoption d’une idéologie dite « color-blind » qui nie la réalité des discriminations vécues par le client).

7. Validité / Validity

Les études initiales de Wei et al. (2012) ont établi la validité de la CCRMCS à travers un programme empirique rigoureux impliquant trois études séquentielles indépendantes menées auprès de stagiaires en psychologie (praticiens prédoctoraux, internes et professionnels en exercice) :

Validité de contenu

La création initiale du réservoir d’items (composé initialement de plus de 60 énoncés) s’est appuyée sur une analyse thématique qualitative d’entretiens cliniques et de journaux réflexifs de stagiaires confrontés à des cas multiculturels, ainsi que sur l’évaluation par un panel d’experts en diversité et psychométrie. Les items jugés ambigus, redondants ou insuffisamment saturés sur le plan théorique ont été éliminés pour aboutir aux 20 items définitifs présentant une clarté sémantique optimale.

Validité convergente

La validité convergente a été démontrée par des associations théoriquement cohérentes et statistiquement significatives avec plusieurs construits apparentés :

  • Auto-efficacité multiculturelle : Des corrélations négatives modérées à fortes (allant de r = -0,38 à r = -0,56, p < 0,001) ont été observées avec l’échelle Multicultural Counseling Knowledge and Awareness Scale (MCKAS). Plus les cliniciens éprouvent de préoccupations et de doutes quant à leurs compétences, moins ils déclarent un sentiment de maîtrise technique, ce qui atteste que la CCRMCS capte l’envers cognitif de l’efficacité perçue.
  • Anxiété générale liée au counseling : La CCRMCS présente des corrélations positives modérées (r variant de 0,34 à 0,48, p < 0,001) avec des mesures de l’anxiété globale de supervision et de performance thérapeutique (telle que la Counselor Activity Self-Efficacy Scales – sous-échelles d’anxiété), confirmant que l’instrument capte une composante anxieuse affective bien réelle.
  • Crainte de l’évaluation négative : Des corrélations positives significatives ont été établies avec la Brief Fear of Negative Evaluation Scale (BFNE ; r ≈ 0,30 à 0,42), illustrant la composante d’appréhension interpersonnelle présente dans la sous-échelle Client Perceptions.

Validité discriminante

Pour garantir que l’échelle ne mesurait pas simplement une tendance névrotique générale ou un trait d’anxiété diffus, Wei et al. (2012) ont corrélé la CCRMCS avec le STAI-Trait (State-Trait Anxiety Inventory) et avec des indices de dépression du BDI. Les corrélations étaient faibles (r < 0,20), indiquant que l’instrument mesure bien une anxiété de domaine spécifique liée à la relation thérapeutique multiculturelle et non une détresse psychologique générale. De plus, les corrélations avec l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne se sont révélées quasi-nulles ou non significatives (r entre -0,05 et -0,12), ce qui prouve la supériorité méthodologique majeure de la CCRMCS par rapport aux anciens inventaires d’auto-efficacité multiculturelle qui étaient massivement pollués par la désirabilité sociale.

Validité incrémentielle et prédictive

Des analyses de régression hiérarchique ont confirmé la validité prédictive et incrémentielle de la CCRMCS : au-delà de la variance expliquée par l’anxiété générale, le nombre de cours de diversité suivis et les années d’expérience clinique, les scores à la CCRMCS prédisaient significativement le niveau d’évitement comportemental des discussions raciales lors d’entretiens simulés enregistrés sur vidéo et évalués par des juges indépendants à l’aveugle.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de la CCRMCS a été documentée de façon exhaustive sur le plan de la consistance interne et de la stabilité temporelle :

Consistance interne

Dans l’échantillon initial de validation (Wei et al., 2012, N = 314 cliniciens en formation), les coefficients de consistance interne ont atteint des niveaux d’excellence psychométrique :

  • Échelle globale (20 items) : Coefficient alpha de Cronbach (α) de 0,93.
  • Sous-échelle « Différences culturelles » (5 items) : α = 0,86.
  • Sous-échelle « Risque d’offenser ou de blesser le client » (5 items) : α = 0,85.
  • Sous-échelle « Pensées et comportements biaisés » (5 items) : α = 0,81.
  • Sous-échelle « Perceptions du client » (5 items) : α = 0,84.

Des réplications ultérieures menées auprès d’échantillons diversifiés de psychologues scolaires, de conseillers en réadaptation et de travailleurs sociaux agréés ont rapporté des coefficients de cohérence interne comparables, les alphas oscillant systématiquement entre 0,80 et 0,92 pour l’ensemble des sous-échelles. Les corrélations moyennes inter-items s’échelonnent entre 0,42 et 0,58, démontrant une homogénéité substantielle sans redondance sémantique excessive.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La stabilité temporelle a été évaluée auprès d’un sous-échantillon de participants sur un intervalle de trois semaines, sans intervention pédagogique ou clinique intercalée. Les coefficients de corrélation test-retest intra-classe (ICC) se sont établis comme suit :

  • Score global : r = 0,85 (p < 0,001).
  • Différences culturelles : r = 0,82.
  • Offenser ou blesser le client : r = 0,79.
  • Pensées et comportements biaisés : r = 0,77.
  • Perceptions du client : r = 0,80.

Ces données démontrent que les scores reflètent des schémas cognitifs stables chez le clinicien, tout en demeurant sensibles aux apprentissages expérientiels et aux supervisions ciblées de longue durée.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la CCRMCS a été explorée et confirmée selon une démarche méthodologique rigoureuse en deux étapes distinctes :

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Une analyse factorielle exploratoire a initialement été conduite sur un premier échantillon de participants (n = 210) en appliquant la méthode d’extraction en axes principaux (Principal Axis Factoring) suivie d’une rotation oblique (Promax), afin de tenir compte de la corrélation théorique attendue entre les dimensions de préoccupation. L’examen du diagramme de Cattell (scree plot), le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) et l’analyse parallèle de Horn ont tous convergé vers une solution à quatre facteurs clairs, rendant compte de 60,4 % de la variance totale.

Tous les items présentaient des saturations factorielles primaires substantielles (> 0,50), oscillant entre 0,54 et 0,84 sur leur facteur respectif, sans saturation croisée critique (< 0,25 sur les facteurs secondaires). Les saturations observées s’organisaient nettement comme suit :

  • Facteur 1 (Différences culturelles) : Items 2, 4, 12, 14, 19 (saturations de 0,62 à 0,84).
  • Facteur 2 (Risque d’offenser ou de blesser) : Items 11, 13, 15, 17, 20 (saturations de 0,58 à 0,79).
  • Facteur 3 (Pensées et comportements biaisés) : Items 1, 7, 9, 10, 16 (saturations de 0,54 à 0,76).
  • Facteur 4 (Perceptions du client) : Items 3, 5, 6, 8, 18 (saturations de 0,59 à 0,81).

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Sur un second échantillon indépendant (n = 265), une analyse factorielle confirmatoire a été exécutée par la méthode du maximum de vraisemblance pour mettre à l’épreuve trois modèles concurrents : (a) un modèle unidimensionnel à un seul facteur général, (b) un modèle à quatre facteurs indépendants (non corrélés), et (c) un modèle tétradimensionnel corrélé de premier ordre, doublé d’un modèle hiérarchique de second ordre.

Le modèle tétradimensionnel corrélé a démontré un ajustement excellent aux données empiriques, nettement supérieur aux modèles rivaux :

  • Chi-deux normé : χ² / dl = 1,84 (χ² = 299,92, dl = 163, p < 0,001).
  • CFI (Comparative Fit Index) : 0,95.
  • TLI (Tucker-Lewis Index) : 0,94.
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : 0,056 (intervalle de confiance à 90 % : [0,046 ; 0,066]).
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : 0,049.

Les corrélations inter-factorielles variaient de r = 0,48 à r = 0,71. Le modèle hiérarchique de second ordre — postulant qu’un facteur supérieur de « Préoccupations globales envers le counseling multiculturel » sous-tend les quatre dimensions spécifiques — présentait des indices d’ajustement quasi-identiques (CFI = 0,94 ; RMSEA = 0,058), légitimant ainsi tant l’usage des scores dimensionnels spécifiques que l’utilisation d’un score total globalisé.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de test : Échelle d’auto-évaluation psychologique et psychométrique (questionnaire standardisé auto-administré).
  • Format d’administration : Questionnaire papier-crayon ou formulaire numérique informatisé.
  • Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes.
  • Nombre total d’items : 20 items rédigés sous forme d’affirmations à la première personne (« I » / « My »).
  • Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points ancrée de la façon suivante :
    1 = strongly disagree (fortement en désaccord)
    2 = disagree (en désaccord)
    3 = neutral (neutre)
    4 = agree (d’accord)
    5 = strongly agree (fortement d’accord)
  • Distribution des sous-échelles :
    • Différences culturelles (Cultural Differences) : Items 2, 4, 12, 14, 19.
    • Risque d’offenser ou de blesser le client (Offending or Hurting Clients) : Items 11, 13, 15, 17, 20.
    • Pensées et comportements biaisés (Biased Thoughts and Behaviors) : Items 1, 7, 9, 10, 16.
    • Perceptions du client à l’égard du thérapeute (Client Perceptions) : Items 3, 5, 6, 8, 18.
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Aucun item n’est inversé. Tous les items sont cotés directement de 1 à 5.
    • Score moyen par sous-échelle : Somme des 5 items de la dimension divisée par 5 (étendue théorique de 1,00 à 5,00).
    • Score total global : Somme des 20 items divisée par 20 (ou score brut total variant de 20 à 100).
    • Interprétation clinique : Des scores moyens supérieurs à 3,5 indiquent une anxiété et des préoccupations élevées nécessitant un travail de déconstruction ciblé en supervision clinique ou un aménagement pédagogique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2011 (publication anticipée en ligne), parue officiellement dans le volume de janvier 2012 du Journal of Counseling Psychology.
  • Statut des droits d’auteur : L’article fondateur et l’instrument sont protégés par le copyright de l’American Psychological Association (APA).
  • Tarifs et conditions d’accès : L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche académique non commerciale, d’enseignement ou d’évaluation clinique interne dans le cadre de la supervision universitaire est généralement autorisée gratuitement par les auteurs, à condition de citer scrupuleusement la publication originale.
  • Procédure de demande : Les chercheurs et formateurs souhaitant reproduire l’échelle dans des thèses ou des protocoles subventionnés sont invités à consulter les conditions de permissions de l’APA ou à contacter directement le Dr Meifen Wei (Département de Psychologie, Iowa State University).

12. Références / References

  • Comas-Díaz, L., & Jacobsen, F. M. (1991). Ethnocultural transference and countertransference in the therapeutic dyad. American Journal of Orthopsychiatry, 61(3), 392–402. https://doi.org/10.1037/h0079267
  • Hook, J. N., Davis, D. E., Owen, J., Worthington, E. L., Jr., & Utsey, S. O. (2013). Cultural humility: Measuring openness to culturally diverse clients. Journal of Counseling Psychology, 60(3), 353–366. https://doi.org/10.1037/a0032595
  • Stephan, W. G., & Stephan, C. W. (1985). Intergroup anxiety. Journal of Social Issues, 41(3), 157–175. https://doi.org/10.1111/j.1540-4560.1985.tb01134.x
  • Sue, D. W., Arredondo, P., & McDavis, R. J. (1992). Multicultural counseling competencies and standards: A call to the profession. Journal of Counseling & Development, 70(4), 477–486. https://doi.org/10.1002/j.1556-6676.1992.tb01642.x
  • Tervalon, M., & Murray-García, J. (1998). Cultural humility versus cultural competence: A critical distinction in defining physician training outcomes in multicultural education. Journal of Health Care for the Poor and Underserved, 9(2), 117–125. https://doi.org/10.1353/hpu.2010.0233
  • Wei, M., Chao, R. C., Tsai, P. C., & Botello-Zamarron, R. (2012). The Concerns about Counseling Racial Minority Clients Scale. Journal of Counseling Psychology, 59(1), 107–119. https://doi.org/10.1037/a0026046

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response Scale:
1 = strongly disagree, 2 = disagree, 3 = neutral, 4 = agree, 5 = strongly agree
  1. I may not be aware of my own biases.
  2. I do not know how to handle my clients’ feelings if issues of racism are addressed in a session.
  3. My clients think that I have stereotypes about their culture.
  4. I am not ready to see racially diverse clients.
  5. My clients have a bias about my cultural group.
  6. My clients may not feel comfortable about opening themselves up to me.
  7. I may impose my own values on the presenting issues of my clients.
  8. My clients have a bias about me.
  9. I may underestimate how issues of diversity are linked to my client’s presenting problems.
  10. I may impose my own stereotypes on the presenting problems of my clients.
  11. My positive intentions may be taken differently by my minority clients.
  12. I do not know how to address cultural differences in a session.
  13. I may unknowingly offend my minority clients.
  14. I do not know how to handle the situation when diversity issues are addressed in a session.
  15. I may unintentionally hurt my clients for reasons I do not know.
  16. I am not aware of assumptions which prevent me from accurately understanding my clients.
  17. I may unintentionally hurt my clients due to my lack of knowledge.
  18. My clients perceive me negatively.
  19. I do not know how to let my clients know that I have limited knowledge of their group.
  20. I may say/do something that would be seen as ignorant by my clients.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 1). Échelle des préoccupations relatives au counseling auprès des clients issus de minorités raciales. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-preoccupations-relatives-au-counseling-aupres-des-clients-issus-de-minorites-raciales/
Looti, Mohammed. “Échelle des préoccupations relatives au counseling auprès des clients issus de minorités raciales.” Base de données de psychologie en français, 1 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-preoccupations-relatives-au-counseling-aupres-des-clients-issus-de-minorites-raciales/.
Looti, Mohammed. “Échelle des préoccupations relatives au counseling auprès des clients issus de minorités raciales.” Base de données de psychologie en français. octobre 1, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-preoccupations-relatives-au-counseling-aupres-des-clients-issus-de-minorites-raciales/.