Échelle des croyances irrationnelles des enseignants (TIBS)

Découvrez l’Échelle des croyances irrationnelles des enseignants (TIBS) de Michael E. Bernard : cadre théorique REBT, dimensions, analyse psychométrique et items complets.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 8, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 8, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle des croyances irrationnelles des enseignants (en anglais, Teacher Irrational Belief Scale ou TIBS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par le psychologue australien Michael E. Bernard à la fin des années 1980 et formalisé au début des années 1990. Cet outil s’enracine rigoureusement dans les postulats de la thérapie comportementale rationnelle-émotive (REBT) développée par Albert Ellis. La TIBS a été développée afin d’opérationnaliser et de quantifier les distorsions cognitives, exigences absolues et schémas d’évaluation dysfonctionnels spécifiquement activés en contexte pédagogique et scolaire. Dans sa version canonique la plus étudiée, l’échelle comporte 22 items répartis en quatre sous-échelles factoriellement validées : l’auto-dévalorisation pédagogique (Self-Downing Attitudes), la faible tolérance à la frustration professionnelle (Low Frustration Tolerance Attitudes), les attitudes dysfonctionnelles relatives à l’organisation scolaire (Attitudes to School Organization) et les attitudes autoritaires et rigides envers les élèves (Authoritarian Attitudes toward Students).

Les enseignants répondent à chaque énoncé à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Les scores peuvent être analysés sous la forme d’un score global d’irrationalité professionnelle ou via des sous-scores dimensionnels permettant un profilage cognitif fin. Les analyses psychométriques attestent d’une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,89 pour l’échelle globale, et des valeurs de 0,70 à 0,85 pour les différentes dimensions selon les cohortes étudiées (australiennes, américaines et roumaines notamment). Les données de validité convergente et prédictive démontrent de manière constante que des scores élevés à la TIBS sont prédictifs de niveaux critiques d’épuisement professionnel (burnout), de détresse psychologique, d’anxiété de performance en classe, d’irritabilité relationnelle et d’une attrition professionnelle accrue, tandis qu’ils corréler négativement avec le sentiment d’auto-efficacité pédagogique.

2. Mots-clés / Keywords

Croyances irrationnelles, enseignants, stress professionnel, thérapie rationnelle-émotive, REBT, épuisement professionnel, Albert Ellis, Michael E. Bernard, psychométrie, gestion de classe, cognition pédagogique, santé mentale au travail, dévalorisation de soi, tolérance à la frustration.

3. Auteurs / Authors

L’architecture conceptuelle initiale de la TIBS a été élaborée par le Professeur Michael E. Bernard, professeur émérite à l’Université de Melbourne (Australie) et psychologue consultant de renommée internationale, pionnier de l’application de la thérapie rationnelle-émotive au milieu scolaire et éducatif (University of Melbourne). Ses travaux fondamentaux sur le stress enseignant et l’irrationalité cognitive (Bernard, 1988, 1990 ; Bernard & Joyce, 1984) ont posé les jalons de l’instrument.

Par la suite, des adaptations transculturelles et des approfondissements psychométriques rigoureux ont été menés par une équipe de chercheurs en psychologie clinique et cognitive de l’Université d’Oradea en Roumanie :

  • Carmen Bora, Département de Psychologie, Faculté des Sciences Socio-Humaines, Université d’Oradea, Roumanie.
  • Michael E. Bernard, Melbourne Graduate School of Education, Université de Melbourne, Australie.
  • Simona Trip, Département de Psychologie, Université d’Oradea, Roumanie.
  • Alina Decsei-Radu, Département de Psychologie, Université d’Oradea, Roumanie.
  • Simona Chereji, Département de Psychologie, Université d’Oradea, Roumanie.

4. Objectif / Purpose

L’exercice du métier d’enseignant confronte quotidiennement les professionnels à des stresseurs environnementaux majeurs : indiscipline scolaire, surcharge bureaucratique, pressions institutionnelles quantitatives, relations parfois conflictuelles avec les parents d’élèves et sentiment d’isolement pédagogique. Si la littérature en psychologie de la santé au travail a abondamment documenté ces stresseurs externes, le modèle cognitivo-comportemental postule que ce ne sont pas les événements scolaires objectifs en soi qui génèrent directement la souffrance émotionnelle, mais la manière dont l’enseignant évalue, interprète et juge ces événements au travers de son système d’attentes et de croyances.

L’objectif fondamental de la Teacher Irrational Belief Scale (TIBS) est de fournir une mesure standardisée, fiable et empiriquement fondée des croyances irrationnelles spécifiques au domaine de l’enseignement. Contrairement aux échelles généralistes mesurant l’irrationalité cognitive dans la population générale (telles que le General Attitude and Belief Scale ou le Survey of Personal Beliefs), la TIBS contextualise expressément les processus cognitifs dysfonctionnels dans le théâtre d’opérations professionnel de la classe et de l’établissement scolaire.

Sur le plan de la recherche scientifique, la TIBS poursuit plusieurs finalités :

  • Examiner les médiateurs cognitifs reliant l’exposition aux stresseurs scolaires objectifs et le développement des trois dimensions du syndrome d’épuisement professionnel (épuisement émotionnel, dépersonnalisation/cynisme, diminution de l’accomplissement personnel).
  • Étudier les styles cognitifs prédisposant aux conflits interpersonnels au sein des équipes pédagogiques et avec l’administration centrale.
  • Analyser l’impact des croyances des enseignants sur leurs pratiques de gestion de classe, notamment l’utilisation disproportionnée de sanctions punitives plutôt que de renforcements proactifs.

Sur le plan clinique, diagnostique et préventif, l’outil s’avère précieux dans le cadre de programmes de développement professionnel, de coaching cognitif et d’ateliers de gestion du stress fondés sur la REBT (Rational-Emotive Occupational Stress Management). Il permet aux psychologues du travail et formateurs d’enseignants d’identifier précisément les postulats dysfonctionnels d’un praticien (par exemple : le besoin absolu de contrôle total, l’intolérance aux erreurs pédagogiques, ou la conviction que tout comportement perturbateur d’élève est une attaque intolérable dirigée contre sa personne). Une fois ces schémas mis en lumière, ils peuvent être contestés de façon structurée (disputing) afin de développer des croyances rationnelles alternatives, caractérisées par des préférences flexibles, une acceptation inconditionnelle de soi et une tolérance accrue à la frustration.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par la TIBS est l’irrationalité cognitive spécifique à l’enseignement. Dans le cadre de la théorie d’Albert Ellis, une croyance est qualifiée d’« irrationnelle » lorsqu’elle est rigide, dogmatique, contraire à la réalité logique et empirique, et qu’elle engendre des conséquences affectives dysfonctionnelles (anxiété clinique, colère destructrice, dépression, culpabilité) ainsi que des comportements contre-productifs (procrastination, agressivité, repli relationnel, démission). La TIBS décline ce méta-construit en quatre dimensions intriquées, chacune ciblant un domaine fondamental de l’activité enseignante :

1. Auto-dévalorisation pédagogique (Self-Downing Attitudes)

Cette dimension (couverte par les items 1 à 8) évalue la tendance de l’enseignant à lier l’intégralité de sa valeur personnelle intrinsèque à ses performances professionnelles, à la réussite immédiate de ses élèves ou à l’approbation reçue d’autrui. L’enseignant opérant selon ce schéma transforme un échec pédagogique ponctuel en un jugement global d’incompétence et de nullité personnelle. Par exemple, ne pas réussir à captiver un élève ou commettre une erreur dans le déroulement d’une leçon est interprété comme la preuve irréfutable que l’enseignant est un « raté absolu » (« I think I’m a failure when I haven’t ‘got through’ to a student or class »). Cette sous-échelle intègre également le perfectionnisme inconditionnel (devoir résoudre parfaitement tous les problèmes de chaque élève) et une anxiété d’évaluation exacerbée face au jugement critique d’autrui.

2. Faible tolérance à la frustration professionnelle (Low Frustration Tolerance Attitudes)

Les items 9 à 12 mesurent l’incapacité perçue à supporter l’inconfort, l’effort soutenu, les exigences temporelles et le déséquilibre inhérent à la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. Ce schéma repose sur la croyance fondamentale que le travail pédagogique ne devrait pas être aussi astreignant ni exiger autant d’heures en dehors de la classe (« I shouldn’t have to work so hard »). L’enseignant projette une exigence d’aisance et de facilité, qualifiant les contraintes inévitables de la profession d’« insupportables » ou « d’injustement accablantes », ce qui précipite l’épuisement émotionnel et le découragement précoce.

3. Attitudes envers l’organisation scolaire (Attitudes to School Organization)

Cette facette (items 13 à 17) appréhende les exigences absolues projetées sur le système institutionnel, la direction et l’administration de l’établissement scolaire. L’enseignant considère qu’il est impératif, absolu et non négociable que l’administration consulte systématiquement le personnel, réponde immédiatement à ses moindres besoins et offre un soutien sans faille (« Teachers should be consulted about decisions » ; « Schools really should attend more to teachers’ problems and it is totally unfair when they don’t »). Lorsque ces exigences absolutistes se heurtent à la réalité bureaucratique ou aux contraintes organisationnelles, l’enseignant bascule dans la dramatisation (« catastrophisation »), qualifiant l’école de « pire endroit où travailler » et développant une rancœur chronique envers la hiérarchie.

4. Attitudes autoritaires envers les élèves (Authoritarian Attitudes toward Students)

La quatrième dimension (items 18 à 22) mesure les exigences absolutistes imposées au comportement et à la docilité des élèves. L’enseignant adhérant à ces croyances estime qu’il doit posséder un pouvoir absolu et total sur la classe, et que les élèves ont l’obligation stricte d’être en permanence respectueux, calmes et obéissants (« Students should always be respectful, considerate and behave well »). Les écarts de conduite, perturbations ou attitudes rebelles ordinaires ne sont pas perçus comme des défis développementaux normaux à gérer professionnellement, mais comme des affronts intolérables méritant un châtiment sévère (« Students who constantly misbehave are horrible and should be severely punished »). Ce profil cognitif favorise une réactivité émotionnelle punitive et altère la relation pédagogique bienveillante.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’ancrage conceptuel de la TIBS repose sans équivoque sur le modèle A-B-C de la thérapie rationnelle-émotive et comportementale (REBT) introduite par Albert Ellis dès 1955. Selon cette formulation théorique :

  • A (Activating Event) représente l’événement activateur ou l’adversité situationnelle (par exemple : un élève perturbe le cours, l’administration modifie les horaires d’enseignement sans concertation préalable, ou une inspection scolaire émet des remarques critiques).
  • B (Beliefs) correspond au système de croyances et d’évaluations cognitives de l’individu face à l’événement A. Ces croyances peuvent être soit rationnelles (flexibles, préférentielles, logiques, pragmatiques), soit irrationnelles (rigides, dogmatiques, absolutistes, déconnectées de la réalité).
  • C (Consequences) englobe les conséquences émotionnelles et comportementales résultant de ces croyances (par exemple : calme déterminé et recadrage pédagogique versus accès de rage, crise d’angoisse ou démotivation résignée).

Dans l’architecture théorique d’Ellis, les croyances irrationnelles se déclinent en une composante primaire (le besoin dogmatique ou exigence absolue, en anglais demandingness, traduit par les fameux « il faut absolument », « je dois impérativement », « ils devraient sans exception ») et trois composantes cognitives secondaires dérivées de ce dogme central :

  1. La dramatisation ou catastrophisation (Awfulizing) : l’évaluation cognitive d’une situation défavorable comme étant pire que 100 % mauvaise, tragique ou apocalyptique (ex. : l’item 6 : « To make mistakes or perform poorly as a teacher is for me one of the worst things in the world »).
  2. La faible tolérance à la frustration (Low Frustration Tolerance / I-Can’t-Stand-It-itis) : l’affirmation selon laquelle il est impossible de survivre psychologiquement ou de supporter l’inconfort lié à un événement déplaisant (ex. : l’item 21 : « I can’t stand it when students misbehave »).
  3. La dévalorisation globale de soi ou d’autrui (Global Rating / Self-Downing or Other-Downing) : le jugement catégorique de la valeur totale d’une personne sur la base d’un acte isolé ou d’une performance transitoire (ex. : l’item 3 : « I think I’m a failure when I haven’t ‘got through’ to a student or class » ; l’item 20 : « Students who constantly misbehave are horrible… »).

Michael E. Bernard (1988, 1990) a conceptualisé l’enseignement comme un terreau particulièrement vulnérable à l’activation de ces schémas irrationnels en raison de l’imprévisibilité intrinsèque de la dynamique de classe et des attentes sociétales idéalisées pesant sur le rôle professoral. Selon Bernard, l’enseignant qui transforme son souhait légitime de réussir en une exigence absolue de perfection s’expose mécaniquement à une détresse psychologique disproportionnée lorsque la réalité quotidienne diverge de son idéal normatif.

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de la TIBS a fait l’objet de multiples travaux de validation attestant de sa robustesse méthodologique à travers différents contextes culturels et éducatifs.

Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu a été initialement assurée par Bernard par le biais d’entretiens cliniques qualitatifs avec des enseignants en détresse professionnelle et des panels d’experts en thérapie cognitivo-comportementale et REBT. Les items générés ont été spécifiquement conçus pour refléter fidèlement le vocabulaire spontané, les ruminations et les plaintes manifestées par les enseignants lors des séances de supervision ou de consultation, garantissant ainsi une adéquation étroite avec l’expérience phénoménologique du corps enseignant.

Validité convergente et discriminante

Les études empiriques montrent des corrélations hautement significatives et cohérentes sur le plan théorique entre les scores à la TIBS et divers instruments validés évaluant la psychopathologie du travail et le stress :

  • Stress et Burnout : Dans les travaux de Bora et al. (2009) ainsi que dans les cohortes australiennes de Bernard, le score total à la TIBS présente des corrélations positives significatives (variant de r = 0,42 à r = 0,61, p < 0,001) avec les sous-échelles d’épuisement émotionnel et de dépersonnalisation du Maslach Burnout Inventory (MBI).
  • Irrationalité générale : Une corrélation positive modérée à forte (r = 0,55 à 0,68) est systématiquement retrouvée avec les échelles générales d’irrationalité (comme le GABS), confirmant que la TIBS capture bien le construit central d’irrationalité tout en apportant une variance spécifique liée au contexte scolaire.
  • Auto-efficacité enseignante : La TIBS montre une validité divergente/convergente négative claire avec la Teacher Sense of Efficacy Scale (TSES de Tschannen-Moran & Woolfolk Hoy), avec des coefficients de corrélation négatifs significatifs (typiquement entre r = -0,35 et r = -0,48), attestant que les croyances absolutistes érodent le sentiment de compétence personnelle perçue.

Validité différentielle et prédictive

Des analyses de régression multiple hiérarchique ont démontré que la TIBS prédit de manière unique et significative l’absentéisme pour cause de maladie, le nombre de symptômes somatiques rapportés (céphalées, troubles gastro-intestinaux, insomnie) et l’intention de quitter définitivement la profession enseignante, et ce au-delà de la variance déjà expliquée par des variables démographiques ou par la charge de travail objective.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de la TIBS a été explorée à travers l’analyse de sa cohérence interne et de sa stabilité temporelle dans divers échantillons d’enseignants du primaire et du secondaire.

Consistance interne

L’évaluation de la consistance interne via le coefficient alpha de Cronbach atteste d’une précision métrologique satisfaisante pour l’échelle globale comme pour ses sous-échelles constitutives :

  • Échelle totale (22 items) : Les estimations d’homogénéité globale oscillent régulièrement entre α = 0,84 et α = 0,89 selon les études, dénotant une excellente consistance générale sans redondance excessive des énoncés.
  • Auto-dévalorisation (Items 1-8) : Présente les indices de consistance les plus élevés, avec des coefficients alpha variant généralement entre 0,81 et 0,86.
  • Faible tolérance à la frustration (Items 9-12) : En raison de son nombre plus restreint d’items (4 items), cette dimension affiche des alphas variant de 0,68 à 0,76, ce qui reste pleinement acceptable pour une échelle brève.
  • Attitudes envers l’organisation scolaire (Items 13-17) : Coefficients alpha compris entre 0,72 et 0,79.
  • Attitudes autoritaires envers les élèves (Items 18-22) : Coefficients alpha rapportés entre 0,74 et 0,82.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

Dans les études longitudinales examinant la fidélité test-retest sur un intervalle de quatre à six semaines sans intervention clinique intermédiaire, les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) ou de corrélation de Pearson se maintiennent à des niveaux élevés (r = 0,78 à 0,85 pour l’échelle globale), indiquant que les croyances irrationnelles mesurées par la TIBS possèdent les propriétés de dispositions cognitives relativement stables (traits) plutôt que de simples fluctuations d’humeur transitoires (états).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de la TIBS a fait l’objet d’investigations approfondies à l’aide d’analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) sur des échantillons indépendants.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Lors des premières études de validation conduites par Bernard (1988, 1990) au moyen de l’extraction en composantes principales assortie de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Promax), une solution claire à quatre facteurs s’est systématiquement dégagée, expliquant approximativement 48 % à 56 % de la variance totale des scores. Les saturations factorielles (factor loadings) des 22 items sur leurs facteurs théoriques assignés sont robustes, la quasi-totalité des items présentant des saturations primaires supérieures à 0,45 et de faibles saturations croisées (inférieures à 0,30) :

  • Le facteur 1 (Auto-dévalorisation) regroupe les items 1 à 8, avec des saturations maximales observées pour l’item 3 (« I think I’m a failure… », λ > 0,70) et l’item 6 (« To make mistakes… », λ > 0,68).
  • Le facteur 2 (Tolérance à la frustration face aux exigences de travail) rassemble les items 9 à 12, fortement saturés par les items 10 et 11 (λ oscillant entre 0,55 et 0,74).
  • Le facteur 3 (Organisation scolaire) associe les items 13 à 17, saturé au-delà de 0,60 par les items relatifs à la consultation et à la communication administrative.
  • Le facteur 4 (Autoritarisme envers les élèves) comprend les items 18 à 22, avec des saturations dominantes sur les items 19 et 20 (λ > 0,65).

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les modélisations en équations structurelles menées par Bora et al. (2009) ont soumis cette architecture tétradimensionnelle au test de l’analyse confirmatoire. Les indices d’ajustement globaux obtenus pour le modèle à quatre facteurs corrélés attestent d’une bonne adéquation aux données empiriques, surpassant nettement les modèles rivaux unifactoriels ou bifactoriels :

  • Ratio Chi-carré / Degrés de liberté (χ²/df) < 2,3
  • Comparative Fit Index (CFI) ≥ 0,91
  • Tucker-Lewis Index (TLI) ≥ 0,90
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) compris entre 0,048 et 0,059 (avec un intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,07)
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) ≤ 0,054

Ces données confirment que si les dimensions partagent un noyau commun d’irrationalité (autorisant l’usage d’un score total composite), elles représentent des facettes conceptuellement et empiriquement dissociables de la cognition enseignante.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’administration, le format et la cotation de la TIBS sont structurés selon des normes méthodologiques précises :

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (self-report inventory).
  • Population cible : Enseignants en formation initiale ou en exercice, exerçant de la maternelle à l’enseignement supérieur, tous types d’établissements confondus.
  • Nombre d’items : 22 items dans sa forme standardisée de référence.
  • Format de réponse : Échelle de Likert à 5 points ordonnés :
    • 1 = Pas du tout d’accord (Strongly Disagree)
    • 2 = Pas d’accord (Disagree)
    • 3 = Neutre / Indécis (Neutral)
    • 4 = D’accord (Agree)
    • 5 = Tout à fait d’accord (Strongly Agree)
  • Durée de passation : Environ 7 à 10 minutes pour une complétion standard sur support papier-crayon ou informatisé.
  • Calcul des scores :
    • Tous les items sont cotés positivement dans le sens de l’irrationalité (aucun item inversé dans la grille standard).
    • Sous-score 1 (Auto-dévalorisation) : Somme des items 1 à 8 (Score de 8 à 40).
    • Sous-score 2 (Faible tolérance à la frustration professionnelle) : Somme des items 9 à 12 (Score de 4 à 20).
    • Sous-score 3 (Attitudes envers l’organisation scolaire) : Somme des items 13 à 17 (Score de 5 à 25).
    • Sous-score 4 (Attitudes autoritaires envers les élèves) : Somme des items 18 à 22 (Score de 5 à 25).
    • Score Total TIBS : Somme des 22 items (Score global variant de 22 à 110). Plus le score est élevé, plus le niveau d’irrationalité cognitive et la vulnérabilité au stress professionnel sont prononcés.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Année de développement : Les premières formulations empiriques de l’échelle ont été présentées par Michael E. Bernard en 1988 (Congrès international de psychologie de Sydney) et formalisées dans ses ouvrages de 1990. Des étalonnages et affinements supplémentaires ont été diffusés ultérieurement, notamment par Bora et ses collègues en 2009.

Tarifs et accessibilité : La Teacher Irrational Belief Scale (TIBS) est un instrument du domaine de la recherche académique fondamentale et appliquée. À ce titre, son utilisation est généralement gratuite pour des travaux de recherche scientifique universitaire non commerciale, les thèses de doctorat, mémoires de master et évaluations cliniques individuelles au sein des établissements publics. Les chercheurs sont néanmoins invités à citer scrupuleusement les publications originales des auteurs lors de toute communication scientifique.

Licence et utilisation : Les adaptations commerciales, intégrations dans des progiciels payants de ressources humaines ou modules lucratifs de coaching nécessitent une autorisation contractuelle préalable auprès des titulaires des droits d’auteur ou des éditeurs institutionnels associés.

12. Références / References

  • Bernard, M. E. (1988). Teacher stress and irrationality. Communication présentée au 24th International Congress of Psychology, Sydney, Australie.
  • Bernard, M. E. (1990). Taking the stress out of teaching. Melbourne, VIC: Collins-Dove.
  • Bernard, M. E., & Joyce, M. R. (1984). Rational-emotive therapy with children and adolescents: Theory, treatment strategies, preventive methods. New York: John Wiley & Sons.
  • Bora, C., Bernard, M. E., Trip, S., Decsei-Radu, A., & Chereji, S. (2009). Teacher Irrational Belief Scale – Preliminary Norms for Romanian Population. Journal of Cognitive and Behavioral Psychotherapies, 9(2), 211-220. http://www.scipio.ro/documents/13115/03a86701-a9c8-4734-ae58-e61a29904059
  • Ellis, A. (1994). Reason and emotion in psychotherapy: A comprehensive method of treating human disturbances (Rev. ed.). New York: Birch Lane Press.
  • Maslach, C., Jackson, S. E., & Leiter, M. P. (1996). Maslach Burnout Inventory manual (3rd ed.). Palo Alto, CA: Consulting Psychologists Press.
  • Tschannen-Moran, M., & Woolfolk Hoy, A. (2001). Teacher efficacy: Capturing an elusive construct. Teaching and Teacher Education, 17(7), 783-805. https://doi.org/10.1016/S0742-051X(01)00036-1

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response Scale: Strongly Disagree = 1, Disagree = 2, Neutral = 3, Agree = 4, Strongly Agree = 5
  1. I think I’m really inadequate when I don’t get the approval or respect for what I do.
  2. The prospect of teaching a class I don’t have good control over is more than I can take.
  3. I think I’m a failure when I haven’t “got through” to a student or class.
  4. I really should be able to solve all my students’ problems perfectly.
  5. I should be able to succeed at all the important things I do at school.
  6. To make mistakes or perform poorly as a teacher is for me one of the worst things in the world.
  7. I feel totally hopeless when I don’t get all of my work done on time.
  8. I can’t stand being criticized or thought badly of when I haven’t finished something or done it properly.
  9. I find it too hard to balance my home and work demands.
  10. I shouldn’t have to work so hard.
  11. Schools are really lousy places because they give teachers too much work and not enough time to do it.
  12. It’s really bad to have to put in so many hours both inside and outside the classroom.
  13. One thing I find totally bad is the lack of communication between teachers and central administration.
  14. Teachers should be consulted about decisions.
  15. Schools really should attend more to teachers’ problems and it is totally unfair when they don’t.
  16. Without good teacher-administrator communication and support, schools are the very worst places to work.
  17. I can’t stand it when I am not consulted about a decision that affects my teaching.
  18. As a teacher, I should have the power to be able to make my students do what I want.
  19. Students should always be respectful, considerate and behave well.
  20. Students who constantly misbehave are horrible and should be severely punished.
  21. I can’t stand it when students misbehave.
  22. It’s really awful to have to teach in a class where there are so many problems.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 8). Échelle des croyances irrationnelles des enseignants (TIBS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-croyances-irrationnelles-des-enseignants-tibs/
Looti, Mohammed. “Échelle des croyances irrationnelles des enseignants (TIBS).” Base de données de psychologie en français, 8 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-croyances-irrationnelles-des-enseignants-tibs/.
Looti, Mohammed. “Échelle des croyances irrationnelles des enseignants (TIBS).” Base de données de psychologie en français. octobre 8, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-des-croyances-irrationnelles-des-enseignants-tibs/.