1. Résumé / Abstract
L’Échelle des comportements de contrôle révisée (Controlling Behaviors Scale – Revised, CBS-R), conçue initialement par la professeure Nicola Graham-Kevan et le professeur John Archer (2003, 2005, 2008), constitue un instrument psychométrique de référence internationale dédié à l’évaluation systématique des tactiques de contrôle coercitif au sein des relations de couple hétérosexuelles et de même sexe. Développée dans le contexte des recherches contemporaines sur la violence entre partenaires intimes (Intimate Partner Violence, IPV), la CBS-R opérationnalise les dynamiques d’emprise psychologique, d’isolement social, de domination économique, d’intimidation comportementale et de manipulation parentale indépendamment des seuls actes d’agression physique.
La version complète révisée comprend 32 items structurés autour de dimensions centrales : le contrôle économique (Economic control), le contrôle menaçant (Threatening control), le contrôle intimidant (Intimidating control), le contrôle émotionnel (Emotional control), le contrôle isolant (Isolating control), l’utilisation instrumentale des enfants (Using children, items conditionnels) et les stratégies de minimisation et de renversement de la faute (Minimizing). Chaque comportement est évalué sur une échelle ordinale de type Likert en cinq points allant de 0 (« Jamais » / Never) à 4 (« Toujours » / Always). L’instrument permet une passation dyadique, mesurant soit la perpétration autorapportée de ces comportements par le sujet, soit la victimation perçue infligée par le partenaire.
Sur le plan psychométrique, la CBS-R démontre une consistance interne globale excellente (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,94 selon les sous-échelles et les échantillons communautaires, cliniques ou judiciaires). La validité de construit et la validité convergente ont été établies au moyen de corrélations significatives avec des mesures d’agression physique comme la Conflict Tactics Scale (CTS2), des inventaires de détresse psychologique, d’anxiété, de dépression et d’attachement insécure. L’outil s’avère fondamental pour distinguer le « terrorisme intime » de la « violence conjugale situationnelle » selon la typologie théorique de Michael P. Johnson, offrant ainsi une granularité analytique indispensable tant à la recherche empirique qu’à l’expertise médico-légale et clinique.
2. Mots-clés / Keywords
Comportements de contrôle, Contrôle coercitif, Violence conjugale, Dynamiques d’emprise, Violence psychologique, Évaluation psychométrique, Relations de couple, Typologie de Johnson, Terrorisme intime, CBS-R, Psychologie médicolégale, Échelle de mesure.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs britanniques spécialistes de l’agression humaine et de la psychologie médico-légale :
- Nicola Graham-Kevan, Ph.D. : Professeure de psychologie criminologique et médico-légale à l’École de psychologie et des sciences humaines de l’University of Central Lancashire (UCLan), Preston, Royaume-Uni. Ses travaux pionniers portent sur les dynamiques de contrôle au sein des relations intimes, les typologies d’agresseurs et les interventions auprès des auteurs de violences conjugales. E-mail institutionnel : [email protected].
- John Archer, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’University of Central Lancashire (UCLan), Preston, Royaume-Uni. Théoricien de renommée mondiale dans le domaine de la psychologie évolutionniste de l’agression, des différences de genre dans les conflits interpersonnels et des méta-analyses sur la violence entre partenaires. E-mail : [email protected].
Des adaptations transculturelles ultérieures notables incluent les travaux de l’équipe du Dr Agnes Tiwari (Université de Hong Kong) pour la validation en langue chinoise (C-CBS-R, 2015).
4. Objectif / Purpose
La conception de l’Échelle des comportements de contrôle révisée répond à un besoin méthodologique et conceptuel critique apparu dans les sciences comportementales à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Historiquement, la recherche sur la violence conjugale reposait presque exclusivement sur des inventaires axés sur les actes physiques manifestes, à l’instar des célèbres échelles Conflict Tactics Scales (CTS et CTS2) développées par Murray Straus. Bien que précieuses pour dénombrer les coups, poussées ou blessures, ces mesures comportementales quantitatives ignoraient la trame de fond relationnelle, le climat de peur, la dissymétrie de pouvoir et les tactiques systématiques d’assujettissement non physique mises en œuvre par l’un des partenaires.
L’objectif fondamental de la CBS-R est de quantifier et d’objectiver le contrôle coercitif (coercive control), c’est-à-dire l’arsenal de micro-régulations, de menaces, d’intimidations et de restrictions qui privent une personne de son autonomie individuelle, de sa liberté de mouvement et de son autodétermination. L’outil a été spécifiquement opérationnalisé pour disséquer les mécanismes non létaux par lesquels un individu asservit son partenaire dans la vie quotidienne.
Applications en recherche
Dans le domaine académique, la CBS-R est employée pour tester empiriquement les modèles théoriques de l’agression conjugale. Elle a notamment permis de dépasser les débats clivants sur la « symétrie du genre » dans la violence entre partenaires. Alors que les actes physiques mineurs peuvent parfois sembler distribués de manière équilibrée entre hommes et femmes dans des échantillons de population générale, l’intégration de la CBS-R a révélé que les patterns étendus et unilatéraux de contrôle coercitif massif caractérisent majoritairement les agresseurs masculins orientés vers le terrorisme intime ou les profils hautement pathologiques. L’échelle est également mobilisée dans les études évaluant les facteurs de risque longitudinaux d’escalade vers la violence létale ou les homicides conjugaux.
Applications cliniques et médico-légales
En contexte clinique, la CBS-R sert d’outil diagnostique et de dépistage de l’emprise psychologique dans les thérapies de couple, les prises en charge individuelles de victimes et les expertises médico-légales ordonnées par les tribunaux aux affaires familiales ou pénales :
- Évaluation du risque et planification de la sécurité : Permet d’identifier les signaux avant-coureurs de dangerosité avant même que des agressions physiques sévères ne surviennent. Les menaces suicidaires instrumentalisées ou l’isolement social extrême constituent des marqueurs de vulnérabilité majeure.
- Différenciation diagnostique des types de violence : Aide les thérapeutes à déterminer si un couple traverse des conflits interpersonnels dysfonctionnels bilatéraux (violence situationnelle) ou s’il s’agit d’une dynamique asymétrique d’oppression nécessitant l’arrêt immédiat de la médiation de couple et la protection de la victime.
- Interventions auprès des auteurs de violences : Utilisée en début et en fin de programme psycho-éducatif pour confronter l’agresseur à ses tactiques de minimisation, de manipulation financière et d’intimidation, et mesurer objectivement le changement comportemental.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par la CBS-R est le comportement de contrôle interpersonnel au sein du couple. Ce construit multidimensionnel repose sur la théorie selon laquelle le contrôle ne se résume pas à une pulsion d’agressivité ponctuelle, mais constitue une constellation structurée de stratégies visant à assujettir autrui. La CBS-R mesure ce construit à travers sept dimensions spécifiques :
1. Le contrôle économique (Economic control)
Cette dimension évalue l’ingérence délibérée dans les ressources financières et l’autonomie matérielle du partenaire. Le contrôle économique empêche la victime de subvenir de façon indépendante à ses besoins fondamentaux ou d’accumuler les ressources nécessaires pour quitter la relation toxique. Les comportements mesurés incluent l’interdiction de travailler ou d’étudier, le fait d’accaparer l’argent du conjoint, de garder ses propres finances secrètes tout en exigeant une reddition de comptes totale de l’autre, et le refus de contribuer équitablement aux dépenses communes du foyer.
2. Le contrôle menaçant (Threatening control)
Le contrôle menaçant repose sur l’instillation de la terreur psychologique et du chantage affectif. L’agresseur impose sa volonté en brandissant des conséquences catastrophiques en cas de non-soumission. Les items mesurent les menaces de violence physique directe envers le partenaire, les menaces de rupture relationnelle imminente, le chantage au suicide (menacer de s’automutiler ou de se donner la mort pour contraindre l’autre à céder) ainsi que la menace de divulguer des informations personnelles dégradantes, intimes ou professionnelles dans le but de détruire la réputation du sujet.
3. Le contrôle intimidant (Intimidating control)
Cette dimension capture les manifestations non verbales et matérielles de la coercition destinées à susciter l’effroi, le sentiment d’impuissance et la dévalorisation sans nécessairement porter immédiatement atteinte à l’intégrité physique de la personne. Elle comprend l’obligation d’accomplir des actes contre la volonté du sujet, l’usage de regards menaçants et de mimiques méprisantes, la destruction d’objets ou de biens appartenant à la victime en état de colère, l’agressivité verbale dirigée vers les proches ou la famille, et les sévices ou décharges de colère exercés sur les animaux de compagnie de la famille.
4. Le contrôle émotionnel (Emotional control)
Souvent qualifié d’abus psychologique ou de déstabilisation cognitive (incluant les tactiques assimilables au gaslighting), le contrôle émotionnel vise à miner l’estime de soi, le sentiment de compétence et la santé mentale perçue de la victime. Les items explorent le rabaissement systématique (« remettre à sa place » le partenaire lorsqu’il prend confiance en lui), l’humiliation publique, le fait d’insinuer que le partenaire devient fou, les accusations de mensonge ou de délire lorsqu’il tente d’exprimer son ressenti, ainsi que l’utilisation répétée de sobriquets injurieux et dégradants.
5. Le contrôle isolant (Isolating control)
L’isolement social est le pivot central de l’emprise, car il coupe la victime de ses réseaux de soutien naturels, de ses repères normatifs extérieurs et de ses possibilités d’aide. Cette sous-échelle évalue la restriction du temps passé avec les amis et la famille, la surveillance intrusive des déplacements et des communications (savoir en permanence où se trouve le partenaire et à qui il s’adresse), la limitation drastique des activités extérieures à la relation, la jalousie maladive affichée sous forme d’inquisitions paranoïaques, et les manœuvres pour susciter une jalousie insécurisante chez le partenaire.
6. L’utilisation des enfants (Using children)
Applicable aux partenaires ayant des enfants à charge, cette dimension évalue l’instrumentalisation du lien parental comme levier de contrainte et de nuisance. L’agresseur culpabilise le conjoint quant à ses compétences parentales, utilise les enfants comme messagers hostiles pour éviter de communiquer directement avec l’adulte, brandit la menace de priver l’autre de la garde des enfants, engage des disputes agressives délibérément devant les mineurs ou commet des agressions physiques (frapper, pousser) sous leurs yeux.
7. La minimisation et le déni de responsabilité (Minimizing)
Ajoutée pour saisir les stratégies cognitives et discursives post-agressives, cette composante évalue la manière dont l’agresseur déforme la réalité des conflits physiques. Elle englobe les fausses accusations portées contre le partenaire en prétendant que c’est lui qui use de violence, la minimisation systématique des coups portés (prétendre que la victime exagère la sévérité des blessures) et le renversement pervers de culpabilité (blâmer le partenaire en affirmant qu’il est responsable d’avoir été frappé).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La CBS-R s’inscrit au carrefour de trois paradigmes majeurs de la psychologie et de la sociologie contemporaines : la sociologie féministe de l’intervention contre les violences familiales, la typologie relationnelle de Johnson et l’approche évolutionniste de l’agression interpersonnelle.
La Roue du pouvoir et du contrôle (Modèle de Duluth)
L’inspiration empirique directe des catégories de la CBS-R trouve ses racines dans la célèbre Power and Control Wheel élaborée au début des années 1980 dans le cadre du Domestic Abuse Intervention Project à Duluth, Minnesota. Ce modèle postulait que la violence physique ne constitue pas un événement isolé ou une perte de contrôle impulsive, mais plutôt la partie émergée d’un système cohérent de domination fondé sur l’isolement, les menaces, l’intimidation et le contrôle économique. Cependant, le modèle de Duluth originel reposait sur une idéologie strictement sociologique et patriarcale sans assise psychométrique formelle. Graham-Kevan et Archer ont extrait ces tactiques comportementales pour les transformer en un instrument standardisé, rigoureux et vérifiable empiriquement, s’appliquant universellement indépendamment du sexe de l’agresseur.
La typologie de la violence conjugale de Michael P. Johnson
Le cadre théorique d’ancrage le plus puissant de la CBS-R est la théorie dyadique développée par le sociologue Michael P. Johnson (1995, 2008). Johnson a résolu la contradiction apparente entre les données féministes (montrant des femmes victimes de violences masculines unilatérales dévastatrices) et les données des enquêtes sociologiques en population générale (montrant une parité d’actes physiques mineurs entre hommes et femmes). Il a démontré l’existence de deux formes distinctes de violence conjugale :
- Le terrorisme intime (Intimate Terrorism) : Une dynamique asymétrique où un partenaire utilise un pattern global et persistant de contrôle coercitif couplé ou non à la violence physique pour asseoir sa domination absolue sur l’autre. Dans cette configuration, les scores sur la CBS-R sont extrêmement élevés.
- La violence conjugale situationnelle (Situational Couple Violence) : Des épisodes d’agressivité physique déclenchés par une mauvaise gestion des conflits du quotidien sans motivation sous-jacente de domination globale. Les scores à la CBS-R demeurent ici faibles à modérés.
Grâce à la CBS-R, Graham-Kevan et Archer (2003, 2008) ont pu opérationnaliser avec exactitude la mesure du contrôle pour classifier les couples selon la matrice de Johnson (terrorisme intime, résistance violente, violence situationnelle, violence mutuellement contrôlante).
La perspective de la psychologie évolutionniste
John Archer et Nicola Graham-Kevan intègrent également une grille d’analyse évolutionniste. Selon cette perspective, les comportements de contrôle (notamment l’isolement, la jalousie et la surveillance des déplacements) représentent des tactiques archaïques de mate retention (rétention du partenaire) et de dissuasion de l’infidélité. Lorsque ces mécanismes ancestraux deviennent dysfonctionnels ou disproportionnés, ils basculent vers des pathologies relationnelles coercitives destructrices, motivées par la peur de l’abandon, la perception d’une perte de valeur marchande de l’union ou une asymétrie de dépendance affective.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle des comportements de contrôle révisée a fait l’objet de multiples investigations empiriques au cours des deux dernières décennies, attestant de sa robustesse méthodologique à travers divers contextes d’échantillonnage.
Validité de construit
La validité de construit est étayée par la capacité de la CBS-R à reproduire fidèlement les distinctions prédites par la théorie entre groupes cliniques et groupes non cliniques. Dans l’étude princeps de Graham-Kevan et Archer (2003), comparant un échantillon de femmes hébergées en refuges pour victimes de violences domestiques (n = 101) et un échantillon d’étudiantes et d’employées issues de la communauté (n = 153), les scores sur toutes les sous-échelles de contrôle de la CBS-R se sont révélés dramatiquement plus élevés dans le groupe des refuges (p < 0,001), avec des tailles d’effet considérables (d de Cohen dépassant 1,20 pour le contrôle isolant et intimidant). Cela démontre que l’outil capte l’intensité de l’oppression coercitive vécue dans les environnements à haut risque.
Validité convergente
La validité convergente de la CBS-R a été confirmée par de fortes corrélations positives avec d’autres échelles réputées mesurant les abus interpersonnels :
- Corrélations élevées avec les échelles d’agression psychologique et physique de la Conflict Tactics Scale – Revised (CTS2 ; r oscillant entre 0,55 et 0,72).
- Corrélations significatives avec l’échelle d’abus psychologique Psychological Maltreatment of Women Inventory (PMWI ; Tolman, 1989), notamment entre les dimensions d’isolement et de contrôle émotionnel de la CBS-R et les facteurs d’isolement et de domination du PMWI (r > 0,65).
- Associations positives avec l’échelle de tactiques de rétention du partenaire (Mate Retention Inventory, MRI ; Buss, 1988), corroborant le soubassement évolutionniste de la surveillance jalouse.
Validité prédictive
Dans une étude longitudinale et corrélationnelle majeure, Graham-Kevan et Archer (2008) ont examiné si les scores à la CBS-R prédisaient l’occurrence et la sévérité des violences physiques ultérieures. Les résultats d’analyses de régression logistique multiple ont démontré que les scores élevés au contrôle intimidant et au contrôle menaçant étaient les prédicteurs les plus puissants de la sévérité des blessures infligées au partenaire (odds ratios variant de 1,8 à 3,4), surpassant la valeur prédictive des antécédents d’altercations verbales banales.
Validité discriminante
La CBS-R démontre une bonne validité discriminante vis-à-vis des mesures de désirabilité sociale (telles que l’échelle de Marlowe-Crowne), indiquant que les réponses des participants ne sont pas de simples artefacts d’auto-présentation favorable lorsque l’anonymat est garanti. De plus, la sous-échelle de contrôle économique discrimine parfaitement les couples en précarité financière objective sans dynamique d’emprise de ceux subissant une privation financière coercitive ciblée.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la CBS-R a été documentée au sein d’échantillons universitaires, communautaires, judiciaires (auteurs de violences sous contrôle judiciaire) et cliniques (victimes hébergées en foyer d’urgence).
Consistance interne
La consistance interne de l’instrument s’avère uniformément solide. Dans les études de Graham-Kevan et Archer (2003, 2005, 2009), les coefficients alpha de Cronbach (α) rapportés pour les sous-échelles individuelles et le score total s’établissent comme suit :
- Score total de contrôle coercitif (CBS-R total) : α = 0,91 à 0,95, reflétant une cohérence globale exceptionnelle.
- Contrôle économique : α = 0,74 à 0,82.
- Contrôle menaçant : α = 0,80 à 0,88.
- Contrôle intimidant : α = 0,81 à 0,89.
- Contrôle émotionnel : α = 0,83 à 0,90.
- Contrôle isolant : α = 0,84 à 0,89.
- Utilisation des enfants : α = 0,76 à 0,85.
- Minimisation : α = 0,72 à 0,79.
Dans l’étude de validation transculturelle de Tiwari et collaborateurs (2015) menée auprès d’une cohorte clinique en milieu hospitalier, le coefficient alpha global de la version traduite atteignait 0,92, avec des coefficients par sous-échelle demeurant stables (α > 0,75), attestant que la structure de mesure conserve sa cohérence interne à travers différentes cultures.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Les évaluations de la fidélité test-retest menées sur des intervalles de quatre à six semaines auprès d’échantillons communautaires non exposés à des interventions thérapeutiques ont révélé des coefficients de corrélation intra-classe (CCI) compris entre 0,78 et 0,86. Cette stabilité temporelle confirme que la CBS-R évalue un pattern comportemental habituel et persistant plutôt qu’un état émotionnel transitoire dépendant de fluctuations de l’humeur.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la CBS-R a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales, suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) approfondies visant à tester la robustesse des modèles de mesure concurrents.
Structure exploratoire originale
Lors de la phase initiale d’élaboration par Graham-Kevan (2004) au sein de sa thèse doctorale et de ses publications subséquentes, l’extraction en composantes principales avec rotation oblique (Promax) a mis en évidence une solution factorielle multidimensionnelle robuste. Les items se sont regroupés nettement sur leurs facteurs théoriques respectifs, avec des saturations factorielles (factor loadings) primaires généralement élevées, oscillant entre 0,51 et 0,86, sans saturations croisées significatives supérieures à 0,30 pour la majorité des items.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Les modélisations par équations structurelles conduites dans des études ultérieures (notamment Tiwari et al., 2015 ; Graham-Kevan & Archer, 2009) ont comparé un modèle unifactoriel global (où tous les items satureraient sur un seul facteur général de contrôle) à un modèle corrélé de premier ordre à cinq ou sept facteurs, ainsi qu’à un modèle hiérarchique de second ordre.
Le modèle à facteurs corrélés de premier ordre et le modèle hiérarchique de second ordre (dans lequel les dimensions spécifiques sont sous-tendues par un méta-facteur général de « Contrôle Coercitif Global ») ont démontré des indices d’adéquation statistiques bien supérieurs au modèle unidimensionnel :
- Chi-deux normé (χ²/df) : compris entre 1,85 et 2,40, indiquant un ajustement satisfaisant.
- Comparative Fit Index (CFI) : > 0,92 à 0,95.
- Tucker-Lewis Index (TLI) : > 0,90 à 0,94.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : < 0,055 à 0,062 (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,045 et 0,068).
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : ≤ 0,058.
Ces indices d’ajustement soutiennent solidement l’intégrité de la structure factorielle de la CBS-R. Ils autorisent les chercheurs et cliniciens soit à analyser les profils différentiels selon les 7 sous-domaines spécifiques, soit à agréger l’ensemble des scores sous la forme d’un score composite d’emprise globale.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Controlling Behaviors Scale – Revised (CBS-R)
- Traduction française usuelle : Échelle des comportements de contrôle révisée
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-administré ou hétéro-administré (évaluation autorapportée de ses propres conduites ou évaluation par procuration des agissements du partenaire)
- Nombre total d’items : 32 items
- Items 1 à 4 : Contrôle économique (4 items)
- Items 5 à 8 : Contrôle menaçant (4 items)
- Items 9 à 13 : Contrôle intimidant (5 items)
- Items 14 à 18 : Contrôle émotionnel (5 items)
- Items 19 à 24 : Contrôle isolant (6 items)
- Items 25 à 29 : Utilisation des enfants (5 items, réservés aux participants avec enfants)
- Items 30 à 32 : Minimisation (3 items, administrés à tous)
- Format et échelle de réponse : Échelle de fréquence ordinale de type Likert en 5 points :
0 = never(Jamais)1 = Rarely(Rarement)2 = Sometimes(Parfois)3 = Often(Souvent)4 = always(Toujours)
- Modalités de passation : Papier-crayon ou passation informatisée sur tablette/ordinateur. Durée moyenne de passation : 8 à 12 minutes.
- Directives de cotation (Scoring) :
- Scores de sous-échelles : Somme arithmétique ou moyenne des items composant chaque dimension respective. Aucun item n’est inversé (tous les items pointent dans le sens d’un contrôle accru).
- Score total de contrôle : Somme de l’ensemble des items applicables (les scores des répondants sans enfants sont soit standardisés en moyenne sur 27 items, soit calculés sur le tronc commun hors dimension enfants).
- Interprétation catégorielle : Un score moyen par item proche de 0 indique une absence de dynamique coercitive ; des scores supérieurs à 1,5 ou 2 sur plusieurs sous-échelles signent la présence de patterns caractérisés d’emprise et de terrorisme intime au sens de Johnson.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 2003 (premières validations empiriques dans Violence and Victims) ; révision doctrinale et doctorale complète en 2004 ; publications de consolidation en 2005, 2008 et 2009 ; intégration formelle de la sous-échelle Minimizing en 2010.
- Statut du droit d’auteur : Propriété intellectuelle des auteurs originaux (Nicola Graham-Kevan et John Archer) et des revues scientifiques détentrices des droits éditoriaux (Springer Publishing Company, SAGE Publications, Elsevier).
- Tarification et accessibilité : La CBS-R est un instrument mis à disposition gratuitement (Open Access) à des fins de recherche académique non commerciale, d’enseignement et d’évaluation clinique standard. Aucun droit d’usage ou redevance pécuniaire n’est exigé des chercheurs universitaires.
- Conditions d’utilisation : Les praticiens et chercheurs souhaitant employer l’instrument doivent citer rigoureusement les publications originales des auteurs (voir section Références). Pour toute utilisation commerciale à grande échelle ou intégration dans des logiciels de santé payants, une autorisation expresse préalable doit être sollicitée auprès de la professeure Nicola Graham-Kevan ([email protected]).
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations psychométriques de la CBS-R doivent être citées selon les normes de l’American Psychological Association (APA, 7e édition) :
- Graham-Kevan, N., & Archer, J. (2003). Physical aggression and control in heterosexual relationships: The effect of sampling. Violence and Victims, 18(2), 181–196. https://doi.org/10.1891/vivi.2003.18.2.181
- Graham-Kevan, N. (2004). Physical Aggression and controlling behavior within relationships: The effect of sampling [Doctoral thesis, University of Central Lancashire, Preston, UK]. UCLan Research Repository.
- Graham-Kevan, N., & Archer, J. (2005). Investigating three explanations of women’s relationship aggression. Psychology of Women Quarterly, 29(3), 270–277. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.2005.00221.x
- Graham-Kevan, N., & Archer, J. (2008). Does controlling behavior predict physical aggression and violence to partners? Journal of Family Violence, 23(7), 539–548. https://doi.org/10.1007/s10896-008-9177-9
- Graham-Kevan, N., & Archer, J. (2009). Control tactics and partner violence in heterosexual relationships. Evolution and Human Behavior, 30(6), 445–452. https://doi.org/10.1016/j.evolhumbehav.2009.06.007
- Johnson, M. P. (1995). Patriarchal terrorism and common couple violence: Two forms of violence against women. Journal of Marriage and the Family, 57(2), 283–294. https://doi.org/10.2307/353683
- Johnson, M. P. (2008). A typology of domestic violence: Intimate terrorism, violent resistance, and situational couple violence. Northeastern University Press.
- Straus, M. A., Hamby, S. L., Boney-McCoy, S., & Sugarman, D. B. (1996). The revised Conflict Tactics Scales (CTS2): Development and preliminary psychometric data. Journal of Family Issues, 17(3), 283–316. https://doi.org/10.1177/019251396017003001
- Tiwari, A., Fong, D. Y. T., Choi, W. B., Cheung, H. T., Wong, J. Y. H., & Graham-Kevan, N. (2015). Evaluating the Chinese version of the Controlling Behaviors Scale – Revised (C-CBS-R). Po Leung Kuk Crisis Intervention Research Project. Rapport de recherche C-CBS-R
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
0 = never, 1 = Rarely, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = always
Economic control
- Made it difficult for the other to work or study
- Control the other’s money
- Keep own money matters secret
- Refuse to share money/pay fair share
Threatening control
- Threaten to harm the other one
- Threaten to leave the relationship
- Threaten to harm self
- Threaten to disclose damaging or embarrassing information
Intimidating control
- Try to make the other do things he or she did not want to
- Use nasty looks and gestures to make the other one feel bad or silly
- Smash the other one’s property when annoyed/angry
- Be nasty or rude to other one’s friends or family
- Vent anger on pets
Emotional control
- Try to put the other down when getting “too big for his or her boots”
- Show the other one up in public
- Tell the other he or she was going mad
- Tell the other he or she was lying or confused
- Call the other unpleasant names
Isolating control
- Try to restrict time one spent with family or friends
- Want to know where the other went and who he or she spoke to when not together
- Try to limit the amount of activities outside the relationship the other engaged in
- Act suspicious and jealous of the other one
- Check up on the other’s movements
- Try to make the other feel jealous
Using children (for respondents with children)
- Make the other feel bad about the children
- Use the children to pass messages to the other when you [he or she] did not want to speak to them [him or her]
- Threaten to take the children away from the other
- Argue in front of the children
- Strike‚ push‚ or kick the other in front of the children
Minimizing (all respondents) 2010
- Falsely accuse the other of using violence
- Made the strikes seem worse than they were
- Blame the other for being hit