1. Résumé / Abstract
L’Échelle des buts de compassion et d’image de soi (en anglais, Compassionate and Self-Image Goals Scale [CSIGS]), développée par les chercheuses Jennifer Crocker et Amy Canevello en 2008, constitue un instrument psychométrique de référence conçu pour mesurer deux orientations motivationnelles interpersonnelles fondamentales : les buts de compassion (compassionate goals) et les buts d’image de soi (self-image goals). Fondée sur le modèle théorique articulant les perspectives de l’« égosystème » et de l’« écosystème », cette mesure évalue la façon dont les individus abordent leurs relations sociales, leurs tâches académiques ou leurs interactions quotidiennes. Les buts d’image de soi se caractérisent par la volonté de défendre, d’établir et de promouvoir une identité positive aux yeux d’autrui ou de soi-même, en cherchant à obtenir la validation sociale et à masquer ses vulnérabilités. À l’inverse, les buts de compassion sont sous-tendus par le désir sincère de soutenir le bien-être d’autrui, d’agir de façon constructive et de ne causer aucun tort, dans une optique de bien commun et de connectivité mutuelle.
L’instrument se décline principalement en deux versions contextualisées : l’échelle appliquée aux relations amicales (Friendship Compassionate and Self-Image Goals Scale, comprenant 13 items) et l’échelle adaptée aux relations entre colocataires ou relations de proximité immédiate (Roommate Compassionate and Self-Image Goals Scale, comportant 16 items). Les participants évaluent leurs intentions et comportements sur une échelle de réponse ordinale de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout ») à 5 (« Extrêmement »). Les études psychométriques démontrent une excellente validité factorielle orthogonale ou modérément corrélée, confirmant que ces deux orientations ne représentent pas les extrémités opposées d’un même continuum, mais bien deux dimensions indépendantes et cumulables. L’outil présente une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,91 pour les deux dimensions, ainsi qu’une validité prédictive remarquable concernant l’évolution du soutien social perçu, la réactivité relationnelle, la diminution de l’anxiété et de la détresse psychologique au sein des transitions de vie majeures.
2. Mots-clés / Keywords
Buts de compassion, buts d’image de soi, motivation interpersonnelle, modèle égosystème-écosystème, soutien social, régulation émotionnelle, relations interpersonnelles, psychométrie, bien-être psychologique, connectivité sociale, Jennifer Crocker, Amy Canevello, estime de soi dépendante.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conceptualisée et validée par une équipe de psychologues sociales renommées dans l’étude des motivations du soi et des dynamiques relationnelles :
- Jennifer Crocker, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie à l’Université d’État de l’Ohio (The Ohio State University), titulaire de la chaire Julian R. & Martha C. Cowin en psychologie sociale. Ses recherches pionnières portent sur les contingences de l’estime de soi, les coûts psychologiques de la recherche d’approbation et les dynamiques motivationnelles de l’égosystème et de l’écosystème. Courriel institutionnel : [email protected].
- Amy Canevello, Ph.D. : Professeure agrégée de psychologie à l’Université de Caroline du Nord à Charlotte (University of North Carolina at Charlotte). Spécialiste des relations interpersonnelles, de l’intimité, de la réactivité mutuelle et des processus de soutien social dans les dyades relationnelles. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle des buts de compassion et d’image de soi est de décortiquer les leviers motivationnels sous-jacents qui orientent la façon dont un être humain interagit avec autrui, poursuit ses objectifs de vie et interprète les situations sociales complexes. Contrairement aux approches traditionnelles qui examinent principalement les compétences sociales ou les traits de personnalité stables (tels que l’agréabilité ou le névrosisme dans le modèle des Big Five), le CSIGS se concentre sur les finalités intentionnelles et les désirs sous-jacents aux comportements quotidiens.
Sur le plan théorique, l’échelle a été conçue pour résoudre un paradoxe majeur des relations humaines : la raison pour laquelle les individus cherchant ardemment à se faire apprécier, valoriser et accepter finissent fréquemment par susciter le rejet, la défensive et le conflit chez leurs pairs. Crocker et Canevello (2008) démontrent que lorsque l’intention première d’un individu consiste à préserver ou valoriser son image (buts d’image de soi), l’interaction sociale devient une arène transactionnelle à somme nulle où les vulnérabilités personnelles doivent être dissimulées et où les fautes des autres sont perçues comme des menaces. À l’opposé, lorsque l’intention dominante vise le bien-être d’autrui et la contribution constructive (buts de compassion), l’individu perçoit les relations sous l’angle de l’interdépendance et du soutien mutuel, déclenchant des spirales vertueuses de réciprocité.
Dans les contextes de recherche académique et appliquée, cette mesure permet d’explorer des phénomènes aussi variés que l’adaptation des étudiants lors de la transition vers l’enseignement supérieur, le climat organisationnel au sein des équipes de travail, l’ajustement conjugal des couples en détresse, ou encore la santé mentale face au stress chronique. Sur le plan clinique et psychothérapeutique, l’évaluation de ces orientations motivationnelles offre aux praticiens de la psychologie cognitive, comportementale et humaniste une grille de lecture opérationnelle pour identifier les schémas relationnels dysfonctionnels. Elle permet de travailler avec les patients sur le désengagement des stratégies rigides de protection de soi (souvent associées à l’anxiété sociale, au narcissisme vulnérable ou à la dépression) au profit d’attitudes prosociales altruistes qui restaurent la sécurité d’attachement et le lien social authentique.
5. Construit psychologique / Construct
L’instrument repose sur la modélisation de deux dimensions motivationnelles distinctes, non exclusives et conceptuellement orthogonales :
5.1. Les buts de compassion (Compassionate Goals)
Les buts de compassion sont définis comme des motivations focalisées sur le soutien, la protection et l’amélioration du bien-être des autres. Ils ne relèvent pas de l’abnégation de soi ou de l’assujettissement sacrificiel, mais d’une reconnaissance de l’interconnexion humaine dans laquelle le bien-être d’autrui et le bien-être propre sont intrinsèquement liés.
- Non-nuisance et bienveillance active : L’individu veille à éviter tout comportement destructeur, toxique ou inutilement agressif envers ses partenaires (« éviter de faire quoi que ce soit de nuisible pour autrui »).
- Compassion face aux faiblesses : Une acceptation sereine des erreurs et limites humaines, tant chez autrui que chez soi-même, permettant de désamorcer les conflits plutôt que de juger moralement (« faire preuve de compassion envers les erreurs et faiblesses d’autrui »).
- Contribution constructive : La volonté délibérée d’avoir une influence positive et d’encourager le développement de ses pairs (« avoir un impact positif dans la vie de quelqu’un », « être constructif dans ses remarques »).
Les recherches montrent que ces buts favorisent un sentiment de clarté de soi, renforcent les émotions positives (telles que la gratitude, l’empathie et la sérénité) et atténuent significativement les symptômes d’anxiété et de détresse psychologique.
5.2. Les buts d’image de soi (Self-Image Goals)
Les buts d’image de soi sont motivés par le désir de construire, préserver et défendre une image publique ou privée favorable, tout en évitant d’apparaître sous un jour négatif, incompétent ou rejetable. Ces buts s’enracinent dans un système de valorisation conditionnelle où l’individu estime que son acceptation par le groupe dépend de sa performance ou de ses attributs visibles.
- Recherche de validation et de supériorité : La quête active de signaux confirmant sa valeur, son intelligence ou sa rectitude (« amener les autres à reconnaître ou valoriser ses qualités positives », « convaincre les autres que l’on a raison »).
- Défense de soi et peur du jugement : La crainte obsessionnelle de l’échec perçu ou de l’exposition publique des fragilités (« éviter la possibilité d’avoir tort », « éviter de montrer ses faiblesses »).
- Évitement du rejet : Une vigilance exacerbée face aux signaux de désapprobation sociale, conduisant fréquemment à la rétractation, au retrait affectif ou à l’hyper-réactivité (« éviter d’être rejeté par autrui », « éviter d’être blâmé ou critiqué »).
Ces buts créent une charge cognitive et émotionnelle substantielle. Comme l’attention est focalisée sur la perception que les autres ont de soi, l’individu devient hyper-vigilant aux menaces identitaires potentielles, ce qui engendre de la frustration, un sentiment d’isolement et une propension accrue aux conflits interpersonnels.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique au cœur de cette échelle est le modèle motivationnel de l’égosystème et de l’écosystème (Egosystem and Ecosystem Motivational Framework), formulé de manière systématique par Jennifer Crocker et ses collaborateurs au début des années 2000 (Crocker & Canevello, 2008 ; Crocker, Canevello, & Brown, 2017).
6.1. La perspective de l’égosystème
Dans la perspective de l’égosystème, le soi est conceptualisé comme une entité distincte, isolée, en compétition permanente avec son environnement pour l’accès aux ressources matérielles et symboliques (approbation, statut, pouvoir, sécurité). Cette perspective s’inscrit dans les prolongements des travaux sur l’estime de soi contingente (Contingencies of Self-Worth) et les théories de la gestion de la terreur ou de l’auto-affirmation. Dans ce cadre, les interactions humaines sont perçues selon un jeu à somme nulle : le gain ou la valeur d’une personne se fait potentiellement au détriment de l’autre. Lorsque les individus adoptent une orientation d’égosystème, ils poursuivent principalement des buts d’image de soi. Ils sont guidés par le besoin de prouver leur valeur, ce qui les rend prompts au ressentiment, à la comparaison sociale défavorable et à la justification perpétuelle de leurs actes.
6.2. La perspective de l’écosystème
À l’opposé, la perspective de l’écosystème envisage le soi comme une composante intégrée et interdépendante d’un réseau relationnel et écologique plus vaste. Inspirée des approches de la théorie de l’autodétermination (Ryan & Deci, 2000), de la psychologie bouddhiste et des théories évolutionnistes de la coopération humaine, cette approche considère que les besoins fondamentaux des individus et ceux de leurs partenaires sont intimement connectés. Dans l’écosystème, la relation n’est pas un moyen d’obtenir une gratification identitaire, mais un lieu d’échange, de réciprocité et de soin partagé. Les buts de compassion découlent directement de cette perspective : l’individu s’investit pour nourrir le système global (la relation, la communauté), sachant qu’un système florissant bénéficie in fine à l’ensemble de ses membres.
6.3. Dynamiques en spirale et circularité interpersonnelle
L’apport majeur de ce cadre repose sur la démonstration des spirales interactives :
- La spirale vertueuse de l’écosystème : Des buts de compassion élevés amènent l’individu à manifester des comportements de soutien et une réactivité attentive (responsiveness). En réponse, les partenaires perçoivent cette sollicitude, se sentent en sécurité psychologique, accordent davantage leur confiance et offrent à leur tour un soutien authentique. Cette dynamique consolide le capital relationnel de la dyade.
- La spirale vicieuse de l’égosystème : Des buts d’image de soi prononcés incitent l’individu à monopoliser l’attention, à se défendre agressivement lors des désaccords ou à dissimuler ses erreurs. Les partenaires perçoivent cette attitude égocentrée comme froide ou manipulatrice, deviennent défiants et réduisent leur soutien social. L’individu, voyant ses craintes de rejet se concrétiser, intensifie alors ses efforts de protection identitaire, exacerbant l’isolement.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle des buts de compassion et d’image de soi a été démontrée à travers une série d’études longitudinales, corrélationnelles et expérimentales publiées notamment dans le Journal of Personality and Social Psychology.
7.1. Validité de construit et validité convergente
Les corrélations observées entre les sous-échelles du CSIGS et divers instruments psychologiques étayent solidement la validité de construit :
- Buts de compassion : Ces buts présentent des corrélations positives fortes avec l’orientation prosociale, l’empathie dispositionnelle mesurée par l’Index de réactivité interpersonnelle (Interpersonal Reactivity Index de Davis), l’agréabilité des Big Five ($r \approx 0{,}35$ à $0{,}48$), l’autocompassion de Neff ($r \approx 0{,}30$), et le sentiment de connexion sociale.
- Buts d’image de soi : Ces buts sont significativement corrélés de manière positive avec l’anxiété d’évaluation, le névrosisme ($r \approx 0{,}25$ à $0{,}38$), l’orientation de comparaison sociale de Gibbons et Buunk ($r \approx 0{,}40$), l’estime de soi dépendante de l’approbation d’autrui ($r \approx 0{,}45$ à $0{,}55$), ainsi que le narcissisme vulnérable.
7.2. Validité discriminante
Les analyses factorielles et les corrélations bivariées démontrent que les buts de compassion et les buts d’image de soi sont conceptuellement et statistiquement distincts. Dans la majorité des échantillons de Crocker et Canevello (2008), la corrélation bivariée entre les deux sous-échelles est modeste ou proche de zéro ($r$ variant typiquement entre $-0{,}10$ et $+0{,}25$ selon les contextes relationnels et les moments de mesure), attestant qu’il ne s’agit pas d’un axe bipolaire unique mais de deux dimensions indépendantes. De plus, les buts de compassion se distinguent nettement de la simple désirabilité sociale : même après contrôle statistique de la désirabilité sociale (mesurée par exemple via l’échelle de Marlowe-Crowne), les associations prédictives des buts de compassion avec le soutien et l’ajustement psychologique demeurent inchangées et significatives ($p < 0{,}001$).
7.3. Validité prédictive et longitudinale
L’étude longitudinale de Crocker et Canevello (2008), menée auprès d’étudiants de première année universitaire évalués hebdomadairement pendant un semestre, a démontré que :
- Les scores initiaux de buts de compassion prédisent une augmentation progressive du soutien social perçu au fil du temps ($\eta = 0{,}24$, $p < 0{,}01$), une réactivité accrue envers les colocataires et une diminution de l’anxiété et de la dysphorie.
- Les buts d’image de soi prédisent, au cours des semaines suivantes, une détérioration du soutien perçu, une hausse des sentiments de solitude et une augmentation significative des conflits interpersonnels rapportés par les pairs.
8. Fidélité / Reliability
Les qualités métrologiques en termes de fidélité et de cohérence interne de l’échelle ont été confirmées dans de multiples cohortes et contextes culturels.
8.1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les coefficients de cohérence interne satisfont rigoureusement aux standards psychométriques établis par Nunnally et Bernstein (1994) :
- Version Amicale (F-CSIGS, 13 items) :
- Sous-échelle des buts de compassion (7 items) : $\alpha$ de Cronbach systématiquement situé entre 0,82 et 0,90.
- Sous-échelle des buts d’image de soi (6 items) : $\alpha$ de Cronbach oscillant entre 0,78 et 0,85.
- Version Colocataires (Roommate CSIGS, 16 items) :
- Sous-échelle des buts de compassion (9 items) : $\alpha$ de Cronbach variant entre 0,85 et 0,91.
- Sous-échelle des buts d’image de soi (7 items) : $\alpha$ de Cronbach compris entre 0,80 et 0,87.
8.2. Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Dans la mesure où les buts peuvent être conceptualisés à la fois comme des orientations chroniques (stables) et comme des états motivationnels fluctuants (sensibles au contexte quotidien), les recherches distinguent la stabilité dispositionnelle des variations écologiques journalières :
- À un niveau dispositionnel général (mesures à 10 ou 12 semaines d’intervalle), les corrélations test-retest se situent entre $r = 0{,}55$ et $r = 0{,}68$, révélant une stabilité modérée à forte caractéristique des orientations motivationnelles autorégulées.
- Dans les paradigmes de recueil quotidien (daily diary methods), la modélisation multiniveau montre que les items captent avec une sensibilité remarquable à la fois la composante interindividuelle (stabilité des traits) et la composante intra-individuelle (variations d’un jour à l’autre selon les interactions vécues), attestant d’une excellente fidélité des scores agrégés quotidiens ($R_{C} > 0{,}80$).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle du CSIGS a fait l’objet d’évaluations factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies, confirmant de façon convergente l’existence de deux facteurs orthogonaux ou faiblement corrélés.
9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Lors de la phase de développement initial des instruments par Crocker et Canevello (2008), une analyse en composantes principales suivie d’une rotation oblimin ou varimax a été conduite sur l’ensemble des énoncés proposés. Les résultats ont systématiquement extrait deux facteurs principaux ayant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,5, expliquant conjointement plus de 50 % de la variance totale des réponses :
- Le premier facteur regroupait l’ensemble des items formulés en termes de bienveillance, de non-nuisance, de compréhension des faiblesses d’autrui et de contribution constructive (saturations factorielles comprises entre 0,54 et 0,82).
- Le second facteur rassemblait l’ensemble des énoncés axés sur la défense de soi, la volonté de ne pas avoir tort, la recherche d’admiration et la dissimulation des vulnérabilités (saturations factorielles comprises entre 0,51 et 0,79).
- Aucun item ne présentait de saturation croisée (cross-loading) problématique supérieure à 0,30 sur le facteur opposé, justifiant l’épuration de l’outil et l’attribution claire des items aux deux sous-échelles respectives.
9.2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Des analyses factorielles confirmatoires conduites dans des études ultérieures (ex. Moeller et al., 2012 ; Canevello & Crocker, 2017) ont testé l’adéquation d’un modèle à deux facteurs par rapport à des modèles rivaux (notamment un modèle unidimensionnel bipolaire où compassion et image de soi s’opposeraient sur un axe unique). Les indices d’ajustement du modèle bifactoriel se sont révélés remarquables :
- Indice de qualité d’ajustement comparatif : $\text{CFI} > 0{,}94$
- Indice de Tucker-Lewis : $\text{TLI} > 0{,}92$
- Erreur quadratique moyenne d’approximation : $\text{RMSEA} < 0{,}06$ (intervalle de confiance à 90 % : $[0{,}045 ; 0{,}068]$)
- Résidu quadratique moyen standardisé : $\text{SRMR} < 0{,}055$
Le modèle unidimensionnel concurrent a été massivement rejeté en raison d’indices d’ajustement très dégradés ($\text{CFI} < 0{,}65$, $\text{RMSEA} > 0{,}15$), prouvant de manière irréfutable que la compassion et la préservation de l’image de soi constituent des construits distincts et non les polarités d’une même dimension.
10. Instrument de mesure / Instrument
Les caractéristiques métriques et modalités de passation de l’instrument se présentent comme suit :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (self-report inventory) utilisable en passation papier-crayon, informatique ou dans le cadre de protocoles d’évaluation écologique momentanée (ESM / journaux quotidiens).
- Versions disponibles :
- Friendship Compassionate and Self-Image Goals Scale (F-CSIGS) : 13 items mesurant les motivations au sein des réseaux d’amitié.
- Roommate Compassionate and Self-Image Goals Scale : 16 items évaluant les motivations au sein des relations de promiscuité quotidienne ou dyades de colocation.
- Format des réponses : Échelle de type Likert en 5 points graduée comme suit :
- 1 = Pas du tout (Not at all)
- 2 = Un peu (A little)
- 3 = Modérément (Somewhat)
- 4 = Beaucoup (A lot)
- 5 = Extrêmement (Extremely)
- Consignes temporelles : Adaptables selon l’objectif méthodologique (ex. « Au cours de la semaine passée… », « Aujourd’hui dans ma relation avec… », ou « En règle générale dans mes relations… »).
- Procédure de calcul des scores (Cotation) :
- Calculer la moyenne arithmétique des items assignés à chaque dimension. Aucun item n’est inversé.
- Version Amicale (13 items) : Buts de compassion = moyenne des items 1, 4, 5, 8, 10, 11, 12 ; Buts d’image de soi = moyenne des items 2, 3, 6, 7, 9, 13.
- Version Colocataires (16 items) : Buts de compassion = moyenne des items 1, 2, 4, 5, 6, 7, 9, 10, 13 ; Buts d’image de soi = moyenne des items 3, 8, 11, 12, 14, 15, 16.
- Chaque sous-échelle génère un score continu allant de 1,0 à 5,0.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’instrument a été initialement publié en 2008 au sein d’un article de recherche dans le Journal of Personality and Social Psychology. Conformément aux directives édictées par les auteures, le statut légal et les conditions d’utilisation de l’échelle sont définis comme suit :
- Droits d’utilisation pour la recherche : Les chercheuses Jennifer Crocker et Amy Canevello accordent une permission ouverte et explicite à la communauté académique et scientifique mondiale d’utiliser, reproduire et adapter les échelles pour des travaux de recherche non commerciaux sans paiement de redevance ni frais de licence.
- Coût et tarification : L’instrument est totalement gratuit pour la recherche scientifique et l’enseignement supérieur.
- Utilisations commerciales ou cliniques institutionnelles : Pour toute application propriétaire, commerciale, ou intégration au sein d’outils thérapeutiques payants, les utilisateurs sont tenus de contacter directement les détentrices des droits (Jennifer Crocker : [email protected] ; Amy Canevello : [email protected]).
- Citation obligatoire : Toute publication ou rapport exploitant ces échelles doit mentionner rigoureusement la référence princeps : Crocker & Canevello (2008).
12. Références / References
Les publications fondamentales et validations psychométriques associées à l’échelle sont répertoriées ci-dessous :
- Canevello, A., & Crocker, J. (2010). Creating good relationships: Responsive provide support, and balance in communal relationships with compassionate and self-image goals. Journal of Personality and Social Psychology, 99(1), 78–106. https://doi.org/10.1037/a0018186
- Canevello, A., & Crocker, J. (2017). How self-image and compassionate goals shape relationships. Current Opinion in Psychology, 15, 147–152. https://doi.org/10.1016/j.copsyc.2017.03.009
- Crocker, J., & Canevello, A. (2008). Creating and undermining social support in communal relationships: The role of compassionate and self-image goals. Journal of Personality and Social Psychology, 95(3), 555–575. https://doi.org/10.1037/0022-3514.95.3.555
- Crocker, J., Canevello, A., & Brown, K. W. (2017). Social motivation: Costs and benefits of selfishness and otherishness. Annual Review of Psychology, 68, 299–325. https://doi.org/10.1146/annurev-psych-010416-044145
- Crocker, J., & Park, L. E. (2004). The costly pursuit of self-esteem. Psychological Bulletin, 130(3), 392–414. https://doi.org/10.1037/0033-2909.130.3.392
- Moeller, S. J., Crocker, J., & Bushman, B. J. (2012). Creating hostility and conflict: Personal goals and the development of aggression in roommates. Personality and Social Psychology Bulletin, 38(5), 652–663. https://doi.org/10.1177/0146167211432766
- Nunnally, J. C., & Bernstein, I. H. (1994). Psychometric theory (3rd ed.). McGraw-Hill.
- Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2000). Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development, and well-being. American Psychologist, 55(1), 68–78. https://doi.org/10.1037/0003-066X.55.1.68
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
FRIENDSHIP COMPASSIONATE AND SELF-IMAGE GOALS SCALE
Instructions: In the past week, in the area of friendships, how much did you want or try to:
Response Scale: 1 = Not at All, 2 = A little, 3 = Somewhat, 4 = A lot, 5 = Extremely
- avoid doing things that aren’t helpful to me or others
- avoid the possibility of being wrong
- get others to recognize or acknowledge your positive qualities
- avoid being selfish or self-centered
- have compassion for others’ mistakes and weaknesses
- avoid being rejected by others
- avoid taking risks or making mistakes
- be constructive in your comments to others
- avoid showing your weaknesses
- avoid doing anything that would be harmful to others
- be supportive of others
- make a positive difference in someone else’s life
- convince others that you are right
ROOMMATE COMPASSIONATE AND SELF-IMAGE GOALS SCALE
Instructions: TODAY in my relationship with my roommate, I wanted / tried to . . .
Response Scale: 1 = Not at all, 2 = A little, 3 = Somewhat, 4 = A lot, 5 = Extremely
- Have compassion for my roommate’s mistakes and weaknesses.
- Make a positive difference in my roommate’s life.
- Avoid the possibility of being wrong.
- Be supportive of my roommate.
- Avoid neglecting my relationship with my roommate.
- Avoid being selfish or self-centered.
- Avoid doing things that aren’t helpful to me or my roommate.
- Avoid showing my weaknesses.
- Be constructive in my comments to my roommate.
- Avoid doing anything that would be harmful to my roommate.
- Get my roommate to do things my way.
- Avoid being blamed or criticized.
- Be aware of the impact my behavior might have on my roommate’s feelings.
- Demonstrate my intelligence.
- Convince my roommate that I am right.
- Avoid coming across as unintelligent or incompetent.