1. Résumé
L’Échelle des attitudes socioculturelles envers l’apparence (connue sous l’acronyme anglophone Sociocultural Attitudes Towards Appearance Scale ou SATAQ, développée initialement par Heinberg, Thompson et Stormer en 1995 puis révisée et étendue dans ses versions SATAQ-3 et SATAQ-3R par Thompson et ses collaborateurs en 2000 et 2004) constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureusement validés et largement employés au niveau international pour évaluer l’impact et l’influence des médias socioculturels sur l’image corporelle et l’étiologie des troubles des conduites alimentaires.
Cet instrument auto-rapporté a été conçu afin de disséquer finement les mécanismes psychologiques par lesquels la diffusion omniprésente des idéaux corporels standardisés se traduit par une vulnérabilité psychologique individuelle. L’échelle opérationnalise notamment la distinction fondamentale entre la simple prise de conscience cognitive des normes esthétiques dominantes (Awareness), la reconnaissance des médias comme sources d’information prépondérantes (Importance ou Information), le sentiment subjectif d’injonction et d’exigence corporelle (Pressures), et l’incorporation active ou l’assimilation intime de ces normes au système de valeurs personnelles de l’individu (Internalization). Cette internalisation est elle-même subdivisée selon la nature de l’idéal poursuivi, distinguant l’idéal de minceur ou l’idéal véhiculé par les célébrités et les magazines (Internalization-TV/Mag ou General), l’idéal athlétique et musclé (Internalization-Athlete), et la propension à la comparaison sociale de son apparence physique avec les modèles médiatiques (Internalization-Comparison).
Dans sa version SATAQ-3/SATAQ-3R, l’instrument comprend entre 30 et 38 items (selon les déclinaisons factorielles exploratoires et révisées) évalués au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Tout à fait en désaccord » / Definitely Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Definitely Agree). Sur le plan psychométrique, le SATAQ présente une consistance interne exceptionnelle, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,85 et 0,96 pour l’ensemble des sous-échelles à travers une grande variété d’échantillons cliniques et non cliniques. Sa validité de construit, sa validité convergente et sa validité prédictive ont été démontrées à travers des corrélations robustes avec des construits tels que l’insatisfaction corporelle, la restriction cognitive, la boulimie nerveuse, la quête de minceur et la détresse psychologique liée à l’apparence.
2. Mots-clés
Image corporelle, attitudes socioculturelles, internalisation de l’idéal de minceur, idéal athlétique, pression médiatique, SATAQ, troubles des conduites alimentaires, comparaison sociale, psychométrie, insatisfaction corporelle.
3. Auteurs
L’échelle a été développée et révisée par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés dans l’évaluation psychologique des troubles alimentaires et de l’image corporelle, rattachés principalement au Département de psychologie de l’Université de South Florida (Tampa, Floride, États-Unis) :
- J. Kevin Thompson, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’University of South Florida (USF), figure pionnière internationale dans la modélisation théorique de l’insatisfaction corporelle et le développement du Tripartite Influence Model. Courriel de contact institutionnel :
[email protected]ou[email protected]. - Patricia A. Van den Berg, Ph.D., MPH : Chercheuse en épidémiologie comportementale et santé publique, contributrice majeure aux analyses longitudinales des facteurs de risque biopsychosociaux chez les adolescents et jeunes adultes.
- Heather Keery, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse ayant co-élaboré la formulation psychométrique du modèle tripartite d’influence.
- Rick M. Williams, Ph.D. : Spécialiste de la mesure psychométrique et des protocoles d’analyse factorielle appliquée aux comportements de santé.
- Hermi M. Shroff, Ph.D. : Chercheuse et professeure affiliée au Tata Institute of Social Sciences, experte des variations interculturelles de l’image corporelle.
- G. I. Haselhuhn, M.A. : Chercheur associé en psychologie clinique à l’University of South Florida.
- Michael S. Boroughs, Ph.D. : Professeur associé et psychologue clinicien (chercheur ultérieur au Massachusetts General Hospital / Harvard Medical School), spécialiste des disparités de santé et de l’image corporelle chez les populations diverses.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la Sociocultural Attitudes Towards Appearance Scale est de quantifier précisément la réceptivité, l’exposition cognitive et l’adhésion psychologique d’un individu aux messages normatifs véhiculés par la société de consommation et les médias de masse concernant l’esthétique corporelle. La construction de cet outil découle du constat selon lequel l’environnement socioculturel occidental contemporain promeut des idéaux morphologiques extrêmes et largement irréalistes — historiquement caractérisés par une minceur absolue chez les femmes et une musculature hyper-définie associée à un faible taux adipeux chez les hommes. Cependant, l’exposition universelle à ces représentations ne conduit pas uniformément l’ensemble des individus à développer une pathologie corporelle ou un trouble alimentaire. Il apparaissait donc impératif, tant sur le plan théorique que clinique, d’isoler les variables modératrices et médiatrices déterminant le passage d’un environnement pathogène à une psychopathologie individuelle.
Dans cette perspective, le SATAQ permet de distinguer précisément le degré auquel un sujet perçoit les médias comme des prescripteurs d’attractivité (Information/Importance), l’intensité de la pression coercitive externe qu’il ressent pour s’y conformer (Pressures), et surtout le degré d’assimilation interne où l’individu fait siennes ces exigences en les adoptant comme son propre standard d’auto-évaluation (Internalization). En contexte clinique, cet instrument offre aux praticiens (psychiatres, psychologues cliniciens, nutritionnistes) une grille de lecture diagnostique fine : il permet d’identifier si l’insatisfaction corporelle d’un patient souffrant d’anorexie mentale, de boulimie mentale ou d’hyperphagie boulimique est préférentiellement alimentée par une vulnérabilité aux stimuli médiatiques et par des processus d’auto-dévalorisation comparative.
Sur le versant préventif et épidémiologique, le questionnaire est employé comme outil de criblage (screening) pour détecter les adolescents et jeunes adultes à haut risque avant l’éclosion clinique d’un trouble alimentaire. Il constitue également l’instrument de référence pour mesurer l’efficacité empirique des programmes d’intervention préventive fondés sur la dissonance cognitive (comme le Body Project de Stice et al.) ou sur l’éducation critique aux médias (Media Literacy). Une réduction significative des scores d’internalisation au SATAQ après intervention constitue le principal indicateur validé de la diminution ultérieure des conduites de purge, des jeûnes restrictifs et du recours compulsif à l’exercice physique.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par le SATAQ repose sur une conceptualisation multidimensionnelle de l’influence socioculturelle. L’architecture du SATAQ-3R explore six dimensions complémentaires qui capturent le continuum allant de la perception externe à l’incorporation intrapsychique la plus profonde :
5.1. Importance / Information
Cette sous-échelle mesure l’attribution d’un rôle informatif et normatif central aux médias de masse (télévision, magazines de mode, vidéoclips musicaux, cinéma, célébrités) en matière de style vestimentaire, d’esthétique et de ce qui constitue « l’attractivité physique ». L’individu évalue si les médias constituent pour lui un guide de référence quant aux canons de beauté contemporains. Un score élevé reflète une dépendance informationnelle envers les vecteurs médiatiques pour définir sa propre compréhension de l’esthétique corporelle.
5.2. Pressions (Pressures)
La dimension des pressions évalue le sentiment subjectif et anxiogène d’être la cible d’injonctions directes et répétées provenant de l’environnement médiatique pour modifier son anatomie. Elle mesure l’expérience d’une coercition à perdre du poids, à restreindre son alimentation, à pratiquer l’exercice physique de manière utilitaire, et à atteindre un « corps parfait ». Contrairement à la simple exposition passive, cette dimension reflète l’impact émotionnel et le stress perçu induits par le décalage entre la silhouette de l’individu et l’exigence projective des médias.
5.3. Internalisation – TV/Magazines (Internalization – General / Media)
L’internalisation générale capture le processus par lequel un individu s’approprie cognitivement les idéaux de minceur et de perfection plastique véhiculés par les mannequins, les acteurs et les vedettes de la télévision ou des magazines. Le sujet ne se contente pas d’observer ces images : il souhaite intensément calquer son anatomie sur ces stéréotypes et modifie activement ses comportements (régimes, vérifications corporelles) dans l’espoir de leur ressembler. Il s’agit de la dimension la plus délétère et la plus fortement prédictive de la psychopathologie alimentaire.
5.4. Internalisation – Athlétique (Internalization – Athlete)
Introduite pour pallier les limites des premières versions du questionnaire qui se focalisaient exclusivement sur la minceur squelettique, cette sous-échelle évalue le désir d’acquérir une silhouette tonique, athlétique, musclée et vigoureuse, modelée sur l’apparence des sportifs d’élite et des athlètes professionnels. Cette dimension revêt une importance capitale pour comprendre tant la dysmorphie musculaire chez les hommes que l’émergence d’une double injonction (« être mince mais musclée » ou le phénomène contemporain fitspiration) chez les femmes.
5.5. Comparaison corporelle (Internalization – Comparison)
Cette dimension opérationnalise la fréquence avec laquelle l’individu engage des comparaisons descendantes et surtout ascendantes de son propre corps avec les silhouettes des célébrités et des mannequins. Fondée sur la propension au contraste physique systématique, cette sous-échelle mesure la tendance chronique à inspecter les médias dans le but de jauger sa propre valeur corporelle par rapport aux étalons esthétiques idéalisés.
5.6. Prise de conscience socioculturelle (Awareness)
L’échelle d’Awareness évalue la reconnaissance intellectuelle et l’adhésion aux stéréotypes sociaux reliant la beauté physique, la minceur et la condition athlétique à des bénéfices psychosociaux majeurs (popularité, réussite sociale, bonheur, respectabilité). Elle capture la croyance du sujet selon laquelle « les personnes minces ou belles ont une vie meilleure », constituant ainsi le substrat idéologique qui légitime la quête éperdue de conformité corporelle.
6. Cadre théorique
Le développement du SATAQ s’enracine principalement dans le Modèle d’Influence Tripartite (Tripartite Influence Model) élaboré par J. Kevin Thompson, Leslie J. Heinberg, Madeleine Altabe et Stacey Tantleff-Dunn (1999). Selon ce cadre théorique majeur en psychopathologie développementale, trois sources d’influence primordiales concourent à modeler l’image corporelle et à précipiter les troubles alimentaires chez les individus vulnérables : les pairs, la famille et les médias de masse.
Le modèle postule formellement que l’impact de ces trois vecteurs environnementaux sur l’insatisfaction corporelle et les comportements pathologiques (comme la restriction alimentaire, l’anxiété corporelle ou le recours aux vomissements provoqués) n’est pas direct, mais transite par deux médiateurs cognitifs clés :
- L’internalisation des idéaux d’apparence : le processus par lequel les standards socioculturels de beauté sont intégrés par l’individu au point de devenir des principes structurants de sa propre estime de soi.
- Les processus de comparaison sociale : la tendance à évaluer son statut et sa valeur personnelle en confrontant son reflet aux images corporelles idéalisées omniprésentes dans l’environnement social.
Ce cadre s’articule directement avec la Théorie de la comparaison sociale de Leon Festinger (1954). Festinger soutenait que les êtres humains possèdent une impulsion innée à évaluer leurs capacités et leurs opinions, et qu’en l’absence de critères objectifs, ils se comparent à leurs semblables. Lorsque cette comparaison s’oriente vers des cibles jugées supérieures (comparaison sociale ascendante), elle engendre fréquemment des sentiments d’infériorité, de honte et d’inadéquation. Dans le contexte moderne, les images médiatiques ultra-retouchées et hyper-sélectionnées fonctionnent comme des cibles ascendantes artificielles et inatteignables, garantissant un échec adaptatif chronique chez le consommateur de médias.
De surcroît, le SATAQ s’inscrit en convergence avec la Théorie de l’objectivation (Objectification Theory) développée par Barbara Fredrickson et Tomi-Ann Roberts (1997). Selon cette théorie, la culture socioculturelle traite le corps féminin (et de plus en plus masculin) comme un objet destiné à être regardé et évalué selon des critères visuels d’attractivité. L’exposition répétée à ce regard objectifiant conduit à l’auto-objectivation (self-objectification), où l’individu adopte la perspective d’un observateur extérieur sur son propre corps. Le SATAQ opérationnalise avec une acuité particulière les conséquences cognitives de cette auto-objectivation en mesurant le degré d’alignement du sujet sur ces impératifs esthétiques exogènes.
7. Validité
Les propriétés métrologiques du SATAQ et de ses différentes versions ont fait l’objet de centaines de validations empiriques à travers le monde, consolidant sa réputation de référence méthodologique.
7.1. Validité de construit
La validité de construit a été amplement confirmée lors de l’étude princeps de Thompson et al. (2004) ainsi que dans les travaux préliminaires de 2000. Les analyses factorielles confirmatoires ont démontré que l’éclatement du facteur d’internalisation en composantes distinctes (minceur/médias versus athlétique) apportait un gain d’ajustement statistiquement hautement significatif par rapport à un modèle unidimensionnel. Les indices d’ajustement structurel (CFI > 0,92, TLI > 0,91, RMSEA < 0,06) confirment que le modèle multidimensionnel reflète fidèlement l’organisation psychologique des attitudes des participants.
7.2. Validité convergente
La validité convergente du SATAQ est établie par ses corrélations positives robustes et significatives avec une batterie d’échelles mesurant les troubles de l’image corporelle et de l’alimentation :
- La sous-échelle « Quête de minceur » (Drive for Thinness) et « Insatisfaction corporelle » (Body Dissatisfaction) de l’Eating Disorder Inventory (EDI), avec des coefficients de Pearson $r$ variant généralement entre 0,55 et 0,72 ($p < 0,001$).
- Le Body Shape Questionnaire (BSQ), montrant des corrélations fortes ($r = 0,60$ à $0,75$) avec les sous-échelles Pressions et Internalisation-Générale.
- L’Eating Attitudes Test (EAT-26), où les scores globaux du SATAQ corrèlent positivement avec les conduites d’anorexie et de boulimie ($r pprox 0,45 – 0,65$).
7.3. Validité discriminante
La validité discriminante est étayée par la capacité de l’échelle à dissocier la détresse spécifiquement liée à l’apparence des troubles psychopathologiques généraux. Bien que l’internalisation soit modérément corrélée à l’estime de soi globale mesurée par l’échelle de Rosenberg (corrélations négatives typiques entre $-0,30$ et $-0,45$) et aux scores de dépression générale du BDI ($r pprox 0,25 – 0,35$), les analyses de régression multiple hiérarchique montrent que les sous-échelles du SATAQ prédisent l’insatisfaction corporelle bien au-delà de la variance expliquée par l’affect négatif ou l’anxiété généralisée.
7.4. Validité prédictive
De nombreuses études prospectives et longitudinales (notamment menées par Stice, Keery, Van den Berg et Thompson) ont démontré que les scores élevés aux sous-échelles d’Internalisation et de Pressions lors du temps 1 prédisent l’apparition de nouveaux épisodes de restriction calorique sévère, de crises d’hyperphagie et de symptômes dépressifs au temps 2 (1 à 3 ans plus tard), confirmant le rôle causal et prédictif des dimensions mesurées par le SATAQ.
8. Fidélité
Les études psychométriques consacrées au SATAQ démontrent des indices de fidélité et de précision métrologique remarquables au sein de populations diversifiées (adolescents, étudiants universitaires, adultes, cohortes cliniques) :
8.1. Cohérence interne
Les estimations de la consistance interne via le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) atteignent systématiquement des niveaux d’excellence méthodologique dans l’ensemble de la littérature :
- Sous-échelle Importance / Information : $lpha = 0,92$ à $0,96$.
- Sous-échelle Pressions (Pressures) : $lpha = 0,92$ à $0,95$.
- Sous-échelle Internalisation – TV/Magazines (Générale) : $lpha = 0,89$ à $0,93$.
- Sous-échelle Internalisation – Athlétique : $lpha = 0,85$ à $0,91$.
- Sous-échelle Internalisation – Comparaison : $lpha = 0,86$ à $0,92$.
- Sous-échelle Prise de conscience (Awareness) : $lpha = 0,81$ à $0,88$.
Ces valeurs, très largement supérieures au seuil conventionnel de 0,70 ou 0,80 préconisé par Nunnally, confirment l’homogénéité stricte des items au sein de chaque pôle factoriel.
8.2. Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été investiguée sur des intervalles temporels variant de deux à six semaines chez des populations non soumises à des interventions ciblées. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de corrélation de Pearson test-retest se situent entre $r = 0,82$ et $r = 0,91$, attestant que les attitudes socioculturelles mesurées par l’outil représentent des traits cognitifs et motivationnels relativement stables dans le temps, tout en demeurant sensibles aux modifications thérapeutiques intentionnelles (sensibilité au changement démontrée dans les essais randomisés contrôlés).
9. Analyse factorielle
L’évolution structurale de l’instrument témoigne de raffinements successifs basés sur l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) :
9.1. Genèse et transition du SATAQ-1 au SATAQ-3/SATAQ-3R
Le SATAQ d’origine (Heinberg et al., 1995) comprenait 14 items structurés en deux facteurs : l’Internalization (8 items) et l’Awareness (6 items). Bien que largement utilisé, des difficultés méthodologiques sont apparues, notamment une intercorrélation parfois trop élevée entre les facteurs et l’incapacité de l’outil à capter l’émergence des nouvelles pressions corporelles centrées sur le fitness et la musculature athlétique.
Dans la refonte majeure initiée en 2000 (présentée à l’Academy for Eating Disorders par Thompson, Van den Berg, Keery, Williams, Shroff, Haselhuhn et Boroughs) puis formalisée dans Thompson et al. (2004), des analyses factorielles en composantes principales avec rotation oblique (Promax) et orthogonale (Varimax) ont été appliquées à un pool étendu d’items. Ces analyses ont permis d’isoler une structure multidimensionnelle stable :
- Séparation nette entre le rôle purement informatif des médias (Importance) et le sentiment coercitif d’injonction (Pressures). Les saturations factorielles pour ces dimensions dépassent typiquement 0,65 sans saturation croisée majeure.
- Dédoublement conceptuel et empirique de l’internalisation : l’émergence d’un facteur distinct dédié à l’idéal athlétique (Internalization-Athlete), distinct de l’idéal de minceur traditionnel véhiculé par les mannequins de mode (Internalization-TV/Mag).
- Isolement de la propension comparative spécifique à l’apparence physique (Internalization-Comparison).
9.2. Données confirmatoires et validité trans-échantillons
Les modélisations par équations structurelles (SEM) et les AFC ont validé cette structure factorielle à travers différents groupes démographiques. Chez les femmes, la distinction entre la minceur et l’athlétisme est particulièrement saillante. Les indices d’adéquation rapportés dans les études de référence font état de :
- $\chi^2 / ext{dl} < 2,5$ ;
- Comparative Fit Index (CFI) $ge 0,93$ ;
- Tucker-Lewis Index (TLI) $ge 0,92$ ;
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) $pprox 0,051 – 0,058$ (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,045 et 0,064) ;
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) $le 0,05$.
Ces résultats confirment que chaque sous-échelle isole une variance unique du construit socioculturel, justifiant le calcul de scores spécifiques pour chaque dimension plutôt qu’un score global indifférencié.
10. Instrument de mesure
- Type de test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation papier-crayon ou administration informatisée en ligne).
- Format : Énoncés déclaratifs standardisés explorant les attitudes, désirs et comportements en regard des médias et des idéaux de beauté.
- Nombre total d’items : 38 items dans la version étendue SATAQ-3R (répartis en 6 sous-échelles thématiques : Importance [9 items], Pressures [7 items], Internalization-TV/Mag [6 items], Internalization-Athlete [3 items], Internalization-Comparison [4 items], Awareness [9 items]).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points rigoureusement ancrée comme suit :
1= Tout à fait en désaccord (Definitely Disagree)2= Plutôt en désaccord (Mostly Disagree)3= Ni en désaccord ni d’accord (Neither Agree Nor Disagree)4= Plutôt d’accord (Mostly Agree)5= Tout à fait d’accord (Definitely Agree)
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Modalités de cotation (Scoring) :
- Chaque item reçoit une note allant de 1 à 5 correspondant au choix du sujet.
- Les scores de chaque sous-échelle sont obtenus soit en calculant la somme brute des items correspondants, soit (méthode privilégiée sur le plan psychométrique) en calculant la moyenne des items de la sous-échelle (score moyen sur 5), ce qui permet de comparer directement les intensités entre sous-échelles de longueurs inégales.
- Une note élevée sur une sous-échelle donnée dénote une plus forte vulnérabilité ou adhésion au construit correspondant (ex. plus forte pression ressentie, plus forte internalisation de l’idéal de minceur ou athlétique).
- Population cible : Adolescents (à partir de 12-13 ans) et adultes de tous genres. Des versions spécifiques adaptées aux enfants (SATAQ-C) ou aux minorités sexuelles et masculines ont fait l’objet de déclinaisons dérivées dans la littérature.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de développement et diffusion : 2000 (présentation de la version révisée et étendue lors de la 9e Conférence annuelle de l’Academy for Eating Disorders, New York) ; publiée officiellement dans l’International Journal of Eating Disorders en 2004.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le SATAQ et ses dérivés sont protégés par les droits d’auteur de J. Kevin Thompson et de ses collaborateurs de recherche.
- Conditions d’utilisation et tarification : L’instrument est accessible gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique et clinique non commerciale. L’autorisation d’utilisation est généralement accordée sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources originales. Pour tout usage commercial, adaptation informatique dans des logiciels payants ou intégration dans des programmes lucratifs, une autorisation formelle préalable doit être sollicitée auprès des auteurs (Dr. J. Kevin Thompson, Department of Psychology, University of South Florida).
12. Références
- Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. Human Relations, 7(2), 117-140. https://doi.org/10.1177/001872675400700202
- Fredrickson, B. L., & Roberts, T. A. (1997). Objectification theory: Toward understanding women’s lived experiences and mental health risks. Psychology of Women Quarterly, 21(2), 173-206. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1997.tb00108.x
- Heinberg, L. J., Thompson, J. K., & Stormer, S. (1995). Development and validation of the Sociocultural Attitudes Towards Appearance Questionnaire. International Journal of Eating Disorders, 17(1), 81-89. https://doi.org/10.1002/1098-108X(199501)17:1<81::AID-EAT2260170111>3.0.CO;2-Y
- Keery, H., van den Berg, P., & Thompson, J. K. (2004). An evaluation of the Tripartite Influence Model of body dissatisfaction and eating disturbance with adolescent girls. Body Image, 1(3), 237-251. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2004.03.001
- Thompson, J. K., Coovert, M. D., & Stormer, S. M. (1999). Body image, social comparison, and eating disturbance: A covariance structure modeling investigation. International Journal of Eating Disorders, 26(1), 43-51. https://doi.org/10.1002/(SICI)1098-108X(199907)26:1<43::AID-EAT6>3.0.CO;2-U
- Thompson, J. K., Heinberg, L. J., Altabe, M., & Tantleff-Dunn, S. (1999). Exacting beauty: Theory, assessment, and treatment of body image disturbance. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10312-000
- Thompson, J. K., Van den Berg, P., Keery, H., Williams, R., Shroff, H. M., Haselhuhn, G. I., & Boroughs, M. (2000, May). A revision and extension of the Sociocultural Attitudes Towards Appearance Questionnaire. Paper presented at the 9th Annual Conference of the Academy for Eating Disorders, New York, NY.
- Thompson, J. K., van den Berg, P., Roehrig, M., Guarda, A. S., & Heinberg, L. J. (2004). The Sociocultural Attitudes Towards Appearance Scale-3 (SATAQ-3): Development and validation. International Journal of Eating Disorders, 35(3), 293-304. https://doi.org/10.1002/eat.10257