1. Résumé
L’Échelle des attitudes sexuelles (en anglais, Sexual Attitudes Scale ou HSAS), développée initialement par Clyde Hendrick et Susan S. Hendrick en 1987, puis condensée dans une version abrégée (Brief Sexual Attitudes Scale ou BSAS) en 2006, représente l’un des instruments psychométriques les plus influents dans l’étude scientifique de la sexualité humaine, de la psychologie sociale et de la dynamique relationnelle. Conçue pour surmonter les limites des conceptualisations unidimensionnelles traditionnelles qui réduisaient la sexualité à un simple continuum entre libéralisme et conservatisme, la HSAS opérationnalise une approche multidimensionnelle sophistiquée des attitudes à l’égard de la sexualité.
Dans sa version originale intégrale de 1987, l’échelle comprend 43 items mesurant quatre dimensions fondamentales : la Permissivité (évaluant l’acceptation des relations sexuelles occasionnelles, sans engagement et multipartenaires), les Pratiques sexuelles (incluant les attitudes envers les comportements sexuels variés tels que la masturbation, l’éducation sexuelle et les accessoires érotiques), la Communion (captant une vision hautement idéalisée, romantique et émotionnelle de la sexualité comme fusion spirituelle et communication intime suprême), et l’Instrumentalité (mesurant une conception biologique, égocentrée, pragmatique et physique du plaisir sexuel). La version brève (BSAS, 2006) compte quant à elle 23 items structurés autour de quatre facteurs étroitement réajustés : la Permissivité (10 items), la Contraception (3 items, isolée de la sous-échelle originale des pratiques), la Communion (5 items) et l’Instrumentalité (5 items).
Les items sont évalués au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points, allant de « Fortement d’accord » (A) à « Fortement en désaccord » (E). Sur le plan psychométrique, l’instrument démontre une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,94 pour les différentes sous-échelles dans la forme longue, et entre 0,75 et 0,94 dans la forme brève. La stabilité temporelle test-retest à quatre semaines s’avère solide (r allant de 0,66 à 0,88). L’échelle a fait l’objet de nombreuses validations transculturelles et a largement documenté les différences entre les sexes ainsi que l’interaction complexe entre styles d’amour, attachement amoureux et satisfaction conjugale.
2. Mots-clés
Attitudes sexuelles, psychométrie, permissivité sexuelle, communion sexuelle, instrumentalité, contraception, comportements sexuels, sexualité humaine, psychologie sociale, relations amoureuses, évaluation psychologique.
3. Auteurs
L’Échelle des attitudes sexuelles a été conceptualisée et validée par une équipe de chercheurs éminents en psychologie sociale et relationnelle :
- Clyde Hendrick, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à la Texas Tech University (Lubbock, Texas, États-Unis). Ancien doyen de la Graduate School à Texas Tech University, Clyde Hendrick est reconnu internationalement pour ses contributions fondamentales à la psychologie sociale expérimentale, aux théories de l’amour (notamment la typologie des styles d’amour avec l’échelle Love Attitudes Scale) et à la mesure des attitudes interpersonnelles.
- Susan S. Hendrick, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie à la Texas Tech University. Chercheuse de premier plan dans le domaine des relations proches, de la satisfaction maritale, de la communication au sein du couple et de la sexualité relationnelle. Elle a co-développé la Relationship Assessment Scale (RAS) et collaboré étroitement à la théorisation multidimensionnelle de l’intimité.
- David A. Reich, Ph.D. : Chercheur associé et co-auteur des premiers travaux empiriques sur les différences de genre dans les attitudes sexuelles (1985) et de la version brève de l’échelle (2006).
Coordonnées institutionnelles historiques : Department of Psychological Sciences, Texas Tech University, Box 42051, Lubbock, TX 79409-2051, États-Unis.
4. Objectif
Ce que mesure l’échelle et justification scientifique
L’Échelle des attitudes sexuelles (HSAS/BSAS) a été conçue pour capturer la structure cognitive, évaluative et affective des croyances individuelles relatives à la sexualité humaine. Avant la publication des travaux de Hendrick et Hendrick en 1987, la majorité des outils d’évaluation sexologique considéraient les attitudes sexuelles comme un construit bipolaire linéaire, opposant rigidement le libéralisme sexuel au conservatisme religieux ou traditionnel. Cette approche simpliste ne parvenait pas à expliquer pourquoi un individu pouvait simultanément approuver des pratiques sexuelles responsables (comme l’usage strict de la contraception) tout en maintenant une philosophie sexuelle hautement idéalisée et romantique, ou comment une personne pouvait valoriser la communion émotionnelle tout en reconnaissant les aspects physiques et instrumentaux du désir.
L’objectif fondamental de la HSAS est de fournir une évaluation différentielle et multidimensionnelle. L’instrument permet d’explorer comment les individus se positionnent face à quatre problématiques distinctes de la vie sexuelle contemporaine :
- La déconnexion acceptable ou non entre l’activité sexuelle et l’engagement affectif (la permissivité) ;
- La responsabilité éthique, médicale et partagée liée à la reproduction et aux comportements érotiques (les pratiques et la contraception) ;
- L’élévation émotionnelle, spirituelle et relationnelle permise par la rencontre intime (la communion) ;
- L’orientation hédoniste, corporelle et centrée sur la gratification individuelle de l’acte (l’instrumentalité).
Applications en recherche et contextes cliniques
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, la HSAS et sa forme brève (BSAS) constituent des instruments privilégiés dans l’analyse des dynamiques de couple, des études de genre et de la santé publique. Elles permettent d’étudier :
- L’assortiment des partenaires et la compatibilité relationnelle : Les recherches démontrent que la congruence des attitudes sexuelles entre partenaires au sein d’une dyade amoureuse prédit significativement la satisfaction sexuelle, la longévité du couple et la résolution efficace des conflits conjugaux.
- Les différences liées au genre et aux rôles sociaux : L’échelle a permis de documenter de manière empirique et nuancée les disparités systématiques entre hommes et femmes, notamment la tendance masculine à obtenir des scores plus élevés en permissivité et en instrumentalité, tandis que les femmes privilégient fréquemment la communion sexuelle.
- L’interface entre styles d’amour et attachement : Les chercheurs mobilisent l’échelle pour croiser les attitudes sexuelles avec les styles d’amour de John Alan Lee (Éros, Ludus, Storgé, Pragma, Mania, Agapé) et les styles d’attachement adulte de Bowlby/Ainsworth, démontrant par exemple que le style Ludus (amour-jeu) est fortement corrélé à la permissivité et à l’instrumentalité.
En clinique sexologique et thérapie de couple, l’instrument fournit une grille de lecture diagnostique inestimable. Lors d’une prise en charge pour dysfonction sexuelle (baisse de désir, anorgasmie, divergences de libido) ou détresse relationnelle, la passation de l’échelle permet de mettre en lumière des décalages axiologiques majeurs entre conjoints. Par exemple, lorsqu’un partenaire envisage le rapport sexuel principalement sous l’angle de la « communion » (recherche d’une fusion affective intense) tandis que l’autre le perçoit sous l’angle de l’« instrumentalité » (détente purement corporelle et décharge physique), ces divergences interprétatives peuvent générer des malentendus chroniques, de la culpabilité ou un sentiment de rejet affectif que le thérapeute peut expliciter et travailler.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par l’Échelle des attitudes sexuelles repose sur une architecture cognitive quadridimensionnelle. Contrairement aux inventaires de comportements sexuels qui dénombrent des actes effectifs, la HSAS évalue des attitudes, c’est-à-dire des prédispositions psychologiques apprises à évaluer des objets, des situations ou des comportements sexuels avec un certain degré de faveur ou de défaveur.
1. La Permissivité (Permissiveness)
La sous-échelle de Permissivité mesure l’adhésion à une sexualité déliée de l’obligation de sentiment amoureux, d’engagement institutionnel ou de fidélité exclusive. Elle capte l’acceptation morale et cognitive des relations sexuelles occasionnelles, des aventures d’un soir (one-night stands), du multipartenariat simultané ou consécutif, et de la dissociation entre affection et plaisir corporel.
Un score élevé sur cette dimension reflète une attitude sociosexuelle ouverte et permissive, où l’activité sexuelle est jugée légitime pour son propre compte, sans justification matrimoniale ou sentimentale préalable. À l’inverse, un score faible dénote une adhésion stricte aux normes traditionnelles valorisant la fidélité, la chasteté prénuptiale ou l’exclusivité amoureuse comme prérequis indispensables à toute intimité physique. Par exemple, l’item « Casual sex is acceptable » ou l’item « I do not need to be committed to a person to have sex with him/her » illustrent parfaitement ce construit d’affranchissement vis-à-vis des contraintes relationnelles classiques.
2. Les Pratiques sexuelles et la Contraception (Sexual Practices & Birth Control)
Dans la version originale de 1987, cette dimension englobait un large éventail de conduites et de valeurs associées à la sexualité moderne et responsable (items 22 à 28), incluant l’éducation sexuelle des jeunes, l’usage d’accessoires érotiques, l’acceptation de la masturbation individuelle et partagée, ainsi que la gestion de la contraception. Dans la version révisée et brève (BSAS, 2006), cette composante a été recentrée sur la Contraception (Birth Control), captant la conscience de la responsabilité procréative et médicale.
Cette dimension évalue la croyance selon laquelle la sexualité doit être abordée avec maturité, prévoyance et équité de genre. Elle postule que le contrôle des naissances et la prévention des risques sanitaires relèvent d’une responsabilité conjointe de l’homme et de la femme. Un individu affichant des scores élevés sur cette sous-échelle conçoit la santé sexuelle et reproductive comme un impératif éthique non négociable au sein d’une sexualité adulte épanouie (par exemple, « Birth control is part of responsible sexuality »).
3. La Communion (Communion)
La sous-échelle de Communion reflète une conception hautement idéaliste, spirituelle et fusionnelle de l’expérience sexuelle. Profondément ancrée dans une perspective humaniste et romantique, cette dimension envisage la sexualité non comme une simple fonction biologique, mais comme le vecteur privilégié de la communication interpersonnelle la plus profonde qui soit entre deux êtres humains.
Pour un individu dont les scores de Communion sont prédominants, l’acte sexuel acquiert sa pleine signification lorsqu’il s’enracine dans un amour profond, devenant une fusion symbolique de deux âmes (« At its best, sex seems to be the merging of two souls ») et l’interaction humaine par excellence (« A sexual encounter between two people deeply in love is the ultimate human interaction »). Cette attitude subordonne l’épanouissement érotique à la connexion émotionnelle, postulant que l’intensité de l’orgasme et du plaisir est indissociable de la transcendance du lien affectif.
4. L’Instrumentalité (Instrumentality)
À l’opposé conceptuel de la Communion, l’Instrumentalité opérationnalise une vision pragmatique, physique, individualiste et hédoniste du sexe. La sexualité y est appréhendée comme un besoin biologique primaire, analogue à l’alimentation, destiné en premier lieu à procurer une décharge physique, une réduction de tension corporelle et un plaisir auto-centré.
L’attitude instrumentale ne porte pas nécessairement un jugement moral péjoratif sur la sexualité, mais dédramatise l’acte érotique en le ramenant à ses mécanismes sensoriels et physiologiques fondamentaux (« Sex is primarily a bodily function, like eating » ; « The main purpose of sex is to enjoy oneself »). L’individu fortement instrumental accorde une priorité au plaisir personnel immédiat et envisage fréquemment l’interaction charnelle comme un jeu ou un échange mutuel de sensations physiques, sans projection mystique ni transcendance affective requise.
6. Cadre théorique
L’Échelle des attitudes sexuelles s’enracine à la croisée de plusieurs courants majeurs de la psychologie sociale, de la psychologie de l’évolution et des théories interpersonnelles contemporaines.
L’approche multidimensionnelle des attitudes
Sur le plan métathéorique, Hendrick et Hendrick s’inscrivent dans le sillage des travaux de Gordon Allport et de la théorie de l’action raisonnée de Martin Fishbein et Icek Ajzen. Selon ce paradigme, les attitudes constituent des structures cognitives complexes composées d’éléments cognitifs (croyances), affectifs (sentiments d’attirance ou de répulsion) et conatifs (intentions comportementales). En contestant le modèle unidimensionnel prédominant (conservatisme versus libéralisme), les auteurs ont démontré que les attitudes sexuelles fonctionnent selon un espace factoriel orthogonal ou oblique, dans lequel des dimensions apparemment contradictoires (comme l’appréciation du plaisir physique brut et la quête de communion spirituelle) peuvent coexister chez un même individu à des degrés variables.
La théorie des styles d’amour de John Alan Lee
Le développement de la HSAS a été directement catalysé par les recherches de Clyde et Susan Hendrick sur la typologie des styles d’amour (Love Attitudes Scale), issue de la sociologie de John Alan Lee (1973). Lee identifie six styles amoureux fondamentaux : Éros (passionnel), Ludus (ludique et non engagé), Storgé (amitié amoureuse), Pragma (calculé et rationnel), Mania (possessif et anxieux) et Agapé (altruiste et dévoué).
Hendrick et Hendrick (1987) ont émis l’hypothèse théorique que les attitudes sexuelles devaient refléter ces orientations amoureuses profondes. Les données empiriques ont confirmé cette convergence : les personnes adoptant un style Ludus manifestent systématiquement des niveaux élevés de Permissivité et d’Instrumentalité, percevant le sexe comme une sphère de divertissement autonome exempte d’obligation affective. En revanche, les adeptes du style Éros et Agapé obtiennent des scores particulièrement élevés sur la dimension de Communion, liant indissolublement l’extase corporelle au dévouement et à l’authenticité émotionnelle de la dyade.
La psychologie évolutionniste et les stratégies sexuelles
Le cadre théorique de l’instrument s’articule également avec la théorie des stratégies sexuelles formulée par David Buss et David Schmitt (1993), elle-même issue de la théorie de l’investissement parental de Robert Trivers (1972). Selon cette perspective, les pressions sélectives ancestrales ont façonné des asymétries psychologiques adaptatives entre les sexes :
- Les hommes, investissant biologiquement moins de ressources minimales par descendance potentielle, ont en moyenne développé une plus grande propension aux stratégies d’accouplement à court terme, se traduisant par une tolérance accrue pour la multiplicité des partenaires, la sexualité occasionnelle (Permissivité) et la recherche de décharge physiologique (Instrumentalité).
- Les femmes, assumant les coûts physiologiques et énergétiques substantiels de la gestation et de la lactation, ont développé des mécanismes préférentiels pour l’évaluation de l’engagement, de l’investissement protecteur et de l’intimité relationnelle (Communion), ainsi qu’une attention rigoureuse à la sécurité et à la gestion reproductive (Contraception).
L’Échelle des attitudes sexuelles a offert un cadre psychométrique standardisé permettant de vérifier empiriquement ces prédictions théoriques à travers des échantillons variés.
7. Validité
Les qualités métrologiques de la HSAS et de la BSAS ont fait l’objet d’investigations empiriques approfondies, garantissant une validité de construit, une validité convergente et une validité différentielle exemplaires.
Validité de construit
La validité de construit a été initialement établie par Hendrick et Hendrick (1987) auprès d’échantillons universitaires substantiels (plus de 800 participants). Les quatre facteurs identifiés correspondaient étroitement aux prédictions théoriques. La structure factorielle s’est révélée stable à travers différentes cohortes et a été répliquée dans la version brève de 2006 (Hendrick, Hendrick, & Reich) auprès de vastes cohortes d’étudiants et d’adultes en population générale.
Validité convergente et corrélations relationnelles
La validité convergente a été démontrée par des associations théoriquement cohérentes avec de multiples construits psychologiques :
- Sociosexualité : La sous-échelle de Permissivité corrèle très fortement de manière positive avec l’orientation sociosexuelle non restreinte mesurée par le Sociosexual Orientation Inventory (SOI) de Simpson et Gangestad, confirmant que l’échelle mesure fidèlement la propension à dissocier le sexe de l’attachement.
- Styles d’amour : La dimension Permissivité corrèle positivement avec le style d’amour Ludus (r > 0,45) et négativement avec le style Storgé. La Communion présente des corrélations positives robustes avec le style Éros (r > 0,50) et la composante d’Intimité du modèle triangulaire de Sternberg.
- Satisfaction relationnelle : Contrairement à ce qu’une vision conservatrice pourrait suggérer, la permissivité ne prédit pas négativement la satisfaction au sein d’une relation amoureuse établie ; en revanche, l’accord ou la similarité dyadique sur les dimensions de Communion et de Pratiques sexuelles corrèle positivement et significativement avec l’évaluation globale de la qualité du couple (mesurée par la Relationship Assessment Scale, Hendrick, 1988).
Validité discriminante et différences de genre
La validité discriminante est étayée par la capacité de l’instrument à différencier des populations distinctes selon leur orientation sexuelle, leur religiosité et leur genre :
- Religiosité : Les scores élevés de ferveur ou de pratique religieuse sont systématiquement associés à des scores faibles en Permissivité et en Instrumentalité, tandis qu’ils n’affectent pas négativement la sous-échelle de Communion.
- Différences intersexes : À travers l’ensemble des études de réplication, les hommes obtiennent des scores significativement plus élevés que les femmes sur les dimensions de Permissivité (tailles d’effet d de Cohen oscillant entre 0,50 et 0,80) et d’Instrumentalité (d autour de 0,40). En revanche, les femmes obtiennent des scores significativement plus élevés sur l’attitude face à la Contraception partagée et responsable, et manifestent des niveaux de Communion équivalents ou supérieurs à ceux des hommes.
8. Fidélité
La fidélité psychométrique de l’Échelle des attitudes sexuelles a été documentée au travers d’indices de cohérence interne et de stabilité temporelle rigoureux.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude princeps de Hendrick et Hendrick (1987) sur la forme longue (43 items), les coefficients alpha de Cronbach calculés sur de larges échantillons démontrent une excellente homogénéité des énoncés :
- Permissivité : α = 0,94 (démontrant une cohérence interne exceptionnelle pour les 21 items) ;
- Pratiques sexuelles : α = 0,71 (homogénéité satisfaisante pour 7 items couvrant des pratiques diverses) ;
- Communion : α = 0,80 (bonne consistance pour 9 items) ;
- Instrumentalité : α = 0,80 (bonne consistance pour 6 items).
Dans la validation de la version brève (BSAS, Hendrick, Hendrick, & Reich, 2006), l’optimisation des items a permis de conserver des propriétés psychométriques remarquables malgré la réduction substantielle du temps de passation :
- Permissivité (10 items) : α = 0,94 ;
- Contraception (3 items) : α = 0,81 ;
- Communion (5 items) : α = 0,75 ;
- Instrumentalité (5 items) : α = 0,76.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle par la méthode du test-retest à un intervalle de quatre semaines a mis en évidence des corrélations de Pearson élevées, démontrant que les attitudes sexuelles évaluées par l’outil représentent des traits dispositionnels et évaluatifs relativement stables dans le temps plutôt que de simples états émotionnels fluctuants :
- Permissivité : r = 0,88 ;
- Pratiques sexuelles : r = 0,80 ;
- Communion : r = 0,67 ;
- Instrumentalité : r = 0,66.
9. Analyse factorielle
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la conception initiale de l’instrument en 1987, Hendrick et Hendrick ont soumis un ensemble de plus de 50 items préliminaires à des analyses factorielles exploratoires en composantes principales (ACP) suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Oblimin). L’analyse de l’éboulis de Cattell (scree test) ainsi que le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) ont convergé de manière univoque vers une solution à quatre facteurs distincts, rendant compte d’une part substantielle de la variance totale expliquée.
Les saturations factorielles observées dans la solution finale ont mis en évidence une netteté remarquable :
- Les items de Permissivité saturaient fortement sur le premier facteur (la majorité présentant des saturations > 0,55, plusieurs dépassant 0,75), sans saturation croisée notable sur les autres dimensions.
- Le facteur de Pratiques sexuelles regroupait spécifiquement les comportements non traditionnels et préventifs (saturations entre 0,40 et 0,70).
- Les items de Communion saturaient sur un facteur autonome dédié à la fusion spirituelle et affective (saturations comprises entre 0,50 et 0,78).
- Les items d’Instrumentalité formaient un groupement distinct caractérisé par des saturations élevées (> 0,55) sur les notions de plaisir corporel brut, de jeu et de décharge physique.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et version brève (2006)
Lors du développement de la Brief Sexual Attitudes Scale (BSAS) en 2006, Hendrick, Hendrick et Reich ont mobilisé des modélisations en équations structurelles et des analyses factorielles confirmatoires pour tester la robustesse de l’organisation dimensionnelle. Les indices d’ajustement globaux (CFI > 0,92, TLI > 0,90, RMSEA ≤ 0,06) ont confirmé la supériorité du modèle à quatre facteurs corrélés par rapport à un modèle unidimensionnel ou bidimensionnel concurrent.
L’AFC a particulièrement justifié l’isolement des items de responsabilité reproductive dans un facteur autonome intitulé « Contraception » (Birth Control), en éliminant les items plus disparates de la sous-échelle originale des pratiques sexuelles qui présentaient des saturations plus faibles ou dépendantes de l’évolution sociétale des moeurs (comme l’usage des sex-toys ou la perception de la masturbation).
10. Instrument de mesure
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (papier-crayon ou administration numérique/en ligne).
- Format des questions : Énoncés déclaratifs formulés à la première personne du singulier ou sous forme d’affirmations axiologiques générales concernant la sexualité.
- Nombre d’items :
- Forme longue originale (HSAS, 1987) : 43 items.
- Forme brève validée (BSAS, 2006) : 23 items.
- Format et échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 options de réponse codées alphabétiquement dans l’instrument original :
- A = Strongly agree (Fortement d’accord)
- B = Moderately agree (Modérément d’accord)
- C = Neutral – neither agree or disagree (Neutre – ni en accord ni en désaccord)
- D = Moderately disagree (Modérément en désaccord)
- E = Strongly disagree (Fortement en désaccord)
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Les options sont généralement converties sur une échelle numérique de 1 à 5 (A = 5, B = 4, C = 3, D = 2, E = 1) ou inversée (A = 1 à E = 5) selon le protocole de recherche retenu. Dans le protocole original d’Hendrick, A = 1 et E = 5 (les scores faibles reflétant une forte adhésion), mais la convention contemporaine standard attribue A = 5 à E = 1 pour associer score élevé et approbation forte.
- Items inversés (Reverse-scored items) : Dans la forme longue de 1987, les items 19, 20 et 21 sont formulés de manière négative par rapport à la permissivité (« Sex without love is meaningless », « People should at least be friends before they have sex together », « In order for sex to be good, it must also be meaningful ») et nécessitent une inversion de score avant tout calcul.
- Attribution des items aux sous-échelles dans la forme longue (HSAS 1987) :
- Permissivité : Items 1 à 21 (21 items, dont items 19-21 inversés).
- Pratiques sexuelles : Items 22 à 28 (7 items).
- Communion : Items 29 à 37 (9 items).
- Instrumentalité : Items 38 à 43 (6 items).
- Attribution des items aux sous-échelles dans la forme brève (BSAS 2006) :
- Permissivité : Items 1 à 10 (10 items).
- Contraception (Birth Control) : Items 11 à 13 (3 items).
- Communion : Items 14 à 18 (5 items).
- Instrumentalité : Items 19 à 23 (5 items).
- Score moyen : Pour chaque sous-échelle, on calcule la moyenne arithmétique des items correspondants (somme des items divisée par le nombre d’items de la dimension), ce qui produit un score composite d’attitude variant de 1,0 à 5,0 facilitant les comparaisons directes inter-dimensions.
- Temps de passation estimé : 10 à 15 minutes pour la forme complète (43 items) ; 3 à 5 minutes pour la forme brève (23 items).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Année de publication initiale : L’Échelle des attitudes sexuelles a été introduite dans les études préliminaires de 1985 (Hendrick, Hendrick, & Reich) et formellement publiée dans sa version multidimensionnelle intégrale en 1987 (The Journal of Sex Research). La version brève (BSAS) a été publiée en 2006.
Statut légal et droits d’utilisation : L’échelle est un instrument psychométrique à vocation universitaire et académique. Les auteurs, Clyde Hendrick et Susan S. Hendrick, ont mis la HSAS et la BSAS à la disposition de la communauté scientifique internationale pour une utilisation dans le cadre de la recherche non commerciale, de l’enseignement supérieur et de la pratique clinique individuelle.
Tarifs : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont gratuits (libre de droits pour la recherche scientifique et académique). Aucune redevance n’est exigée des chercheurs ou des praticiens, sous réserve d’une citation bibliographique adéquate et complète des publications originales de 1987 et 2006 dans tout rapport d’étude, mémoire, thèse ou article scientifique faisant usage de l’échelle.
12. Références
Les sources académiques de référence encadrant le développement, la validation et l’application empirique de l’Échelle des attitudes sexuelles sont les suivantes :
- Fischer, J., & Corcoran, K. J. (2007). Measures for clinical practice and research: A sourcebook (4e éd., Vol. 1, p. 106-108). Oxford University Press. Lien éditeur Oxford
- Hendrick, C., & Hendrick, S. S. (1987). Multidimensionality of sexual attitudes. The Journal of Sex Research, 23(4), 502-526. https://doi.org/10.1080/00224498709551387
- Hendrick, C., Hendrick, S. S., & Reich, D. A. (2006). The Brief Sexual Attitudes Scale. The Journal of Sex Research, 43(1), 76-86. https://doi.org/10.1080/00224490609552301
- Hendrick, S. S. (1988). A generic measure of relationship satisfaction. Journal of Marriage and Family, 50(1), 93-98. https://doi.org/10.2307/352430
- Hendrick, S. S., Hendrick, C., & Reich, D. A. (1985). Gender differences in sexual attitudes. Journal of Personality and Social Psychology, 48(6), 1630-1642. https://doi.org/10.1037/0022-3514.48.6.1630
- Zacchilli, T. L. (2007). The relationship between conflict and communication, sex, relationship satisfaction, and other relational variables in dating relationships (Thèse de doctorat en psychologie expérimentale, Texas Tech University). Lien archive Texas Tech University