1. Résumé / Abstract
L’Échelle Dépensier–Avare (Spendthrift–Tightwad Scale, STS), développée par George Loewenstein, Scott I. Rick et Cynthia E. Cryder en 2008, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents dans l’étude des différences individuelles en économie comportementale et en psychologie du consommateur. Cet instrument bref composé de 4 items évalue la propension affective d’un individu à ressentir une détresse psychologique anticipatoire lors de l’acte de dépense monétaire, concept théorisé sous le terme de « douleur de payer » (pain of paying). Loin de mesurer une simple compétence en gestion financière ou un niveau de revenu, l’échelle capture une réaction émotionnelle automatique qui pousse certains individus à dépenser moins qu’ils ne le souhaiteraient rationnellement (les « avares » ou tightwads) et d’autres à dépenser davantage qu’ils ne le devraient en raison d’une absence de signal affectif inhibiteur (les « paniers-percés » ou spendthrifts).
Validée sur un échantillon cumulé de plus de 13 000 participants incluant des enquêtes en ligne représentatives, des protocoles de laboratoire et des données d’archives comportementales, l’échelle STS démontre des propriétés psychométriques robustes. Elle présente une consistance interne satisfaisante (coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,82 selon les cohortes) et une structure factorielle unidimensionnelle stable. L’échelle prédit de manière significative le niveau d’endettement revolving par carte de crédit, le taux d’épargne des ménages, la propension à payer dans des contextes d’enchères réelles et les réactions différentielles face aux architectures de choix (notamment le découplage temporel ou monétaire des paiements). Sur le plan épidémiologique et distributionnel, les recherches indiquent qu’environ 24 % des individus sont classifiés comme avares, 15 % comme dépensiers, tandis que la majorité (environ 61 %) se situe dans une zone intermédiaire sans conflit affectif aigu. Cet instrument s’impose aujourd’hui comme une échelle de référence pour la modélisation des comportements de consommation et la recherche sur la littératie financière.
2. Mots-clés / Keywords
Économie comportementale, psychologie du consommateur, douleur de payer, prise de décision financière, avare, dépensier, détresse anticipatoire, endettement, épargne des ménages, psychométrie, propension marginale à consommer, neuroéconomie.
3. Auteurs / Authors
L’échelle STS a été conçue et validée par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés dans l’intersection de la psychologie du jugement et de l’économie comportementale :
- Scott I. Rick : Professeur associé de marketing à la Ross School of Business de l’Université du Michigan (Ann Arbor, États-Unis). Ses recherches portent principalement sur les fondements émotionnels des décisions financières des consommateurs et les dynamiques financières au sein des couples. Courriel institutionnel : [email protected].
- Cynthia E. Cryder : Professeure de marketing à l’Olin Business School de l’Université de Washington à Saint-Louis (États-Unis). Elle étudie l’impact des états affectifs sur le comportement d’achat, la philanthropie et le bien-être économique des ménages. Courriel institutionnel : [email protected].
- George Loewenstein : Professeur universitaire Herbert A. Simon d’économie et de psychologie à l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, États-Unis). Figure pionnière de l’économie comportementale et de la neuroéconomie, il est l’un des cofondateurs théoriques de la notion de « douleur de payer ». Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Spendthrift–Tightwad Scale est de quantifier une divergence psychologique spécifique : le décalage entre les intentions de dépense normatives (ce qu’un individu juge rationnel ou souhaitable de dépenser sur la base d’un calcul utilitariste) et ses dépenses réelles, médié par une réponse émotionnelle viscérale. Contrairement aux modèles néoclassiques de la théorie du choix rationnel — qui postulent que les consommateurs arbitrent entre la consommation présente et future par simple maximisation de l’utilité intertemporelle —, la STS postule que l’arbitrage financier est régulé par une réaction affective immédiate et viscérale, la « douleur de payer » (pain of paying).
L’échelle a été conçue pour répondre à un paradoxe empirique récurrent : certains individus souffrent intensément lorsqu’ils déboursent de l’argent, au point d’éviter des achats utilitaires ou hédoniques qu’ils ont pourtant les moyens financiers d’assumer et qu’ils jugent intrinsèquement bénéfiques (les « avares » ou tightwads). À l’inverse, d’autres individus ressentent une douleur de payer quasi inexistante ou trop atténuée pour servir de frein régulateur, ce qui les conduit à des dépenses compulsives, impulsives ou chroniquement supérieures à leurs limites budgétaires objectives (les « dépensiers » ou spendthrifts). L’instrument ne mesure donc pas la frugalité volontaire (qui relève d’une valeur cognitive ou morale orientée vers la simplicité et l’optimisation) ni la prodigalité ostentatoire par recherche de statut social, mais bien un dysfonctionnement du mécanisme affectif régulateur.
Sur le plan de la recherche fondamentale et appliquée, la STS remplit plusieurs fonctions critiques :
- En économie comportementale et marketing : Elle sert de modérateur central pour tester l’efficacité des modes de paiement (cartes de crédit, paiements sans contact, cryptomonnaies) et des formats de tarification (forfaits tout compris, tarification fractionnée, abonnements). L’échelle permet de prédire quels consommateurs seront les plus sensibles à la saillance des prix.
- En psychologie clinique et financière : Elle constitue un outil diagnostique pour le conseil budgétaire et la thérapie financière, permettant d’identifier si les difficultés financières d’un individu ou d’un couple proviennent d’une hyper-réactivité anxieuse ou d’une hypo-réactivité affective à la sortie monétaire.
- En politiques publiques et littératie financière : Elle aide à concevoir des interventions ciblées (nudges), démontrant que l’information purement cognitive (taux d’intérêt, tableaux d’amortissement) reste inefficace si l’on ne module pas la charge affective associée à l’acte d’achat.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’échelle STS est conceptualisé comme une dimension continue bipolaire allant de la tendance avare (hypoconsommation conflictuelle) à la tendance dépensière (hyperconsommation conflictuelle). Il repose sur trois composantes phénoménologiques et comportementales majeures :
1. L’intensité de la douleur affective immédiate (Pain of Paying)
Au cœur du construit se trouve l’expérience affective négative ressentie lors du dessaisissement financier. Chez les tightwads, la perspective de dépenser active des signaux de détresse psychologique comparables à une douleur physique, inhibant l’action d’achat même lorsque le ratio coût-bénéfice est objectivement très favorable. Par exemple, un individu avare au sens de l’échelle STS éprouvera une anxiété aiguë à l’idée d’acheter un café dans une gare ou de payer un supplément pour un siège plus confortable lors d’un long voyage, et regrettera amèrement cet achat par la suite. Chez le spendthrift, ce signal de détresse est émoussé, absent ou différé, de sorte que l’acte d’achat ne suscite aucun frein émotionnel immédiat.
2. Le conflit normatif perçu
Une caractéristique déterminante du construit est la dissonance entre le comportement effectif et le jugement réflexif de l’individu. Les avares ne se félicitent pas nécessairement de leur retenue ; ils reconnaissent souvent avec frustration qu’ils privent leur propre bien-être ou celui de leurs proches en raison d’une incapacité émotionnelle à dépenser (« Je sais que je devrais acheter ces nouvelles chaussures dont j’ai besoin, mais je ne parviens pas à franchir le pas »). De la même manière, les dépensiers expriment fréquemment le regret de leur manque de contrôle (« Je sais que je ne devrais pas faire cette dépense, mais rien ne m’arrête sur le moment »). C’est ce sentiment d’inadéquation entre l’évaluation cognitive rationnelle et la pulsion affective qui sépare le profil STS des concepts voisins.
3. Distinction discriminante avec d’autres construits
Il est indispensable de différencier le continuum STS de plusieurs dimensions adjacentes :
- Frugalité (Frugality) : La frugalité, telle que définie par Lastovicka et al. (1999), est une disposition positive et disciplinée visant l’usage mesuré des ressources pour atteindre des objectifs à long terme. Le consommateur frugal prend plaisir à économiser, tandis que l’avare de la STS est motivé par la peur et la douleur d’affronter la dépense.
- Recherche de valeur et sensibilité au prix : La sensibilité au prix implique une comparaison active des coûts et des alternatives. L’avare peut refuser une dépense même s’il s’agit d’une excellente affaire économique, simplement parce que la sortie de fonds brute déclenche une anxiété intolérable.
- Ressources financières objectives : La position sur l’échelle STS est quasi-orthogonale au revenu disponible et au patrimoine net. Des individus fortunés peuvent se situer à l’extrême avare de l’échelle, tout comme des individus à faibles revenus peuvent manifester des profils de dépensiers chroniques.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de l’échelle STS s’inscrit au carrefour de la théorie économique duale, de la psychologie des émotions et des neurosciences de la décision. Les principaux piliers théoriques sont les suivants :
L’hypothèse de la douleur de payer (Prelec & Loewenstein, 1998)
Drazen Prelec et George Loewenstein ont formalisé l’idée que le paiement monétaire impose un prélèvement psychologique immédiat qui vient amputer le plaisir brut tiré de la consommation. Dans leur modèle du « double compte mental » (double-entry mental accounting), les individus maintiennent des comptes cognitifs où les coûts et les bénéfices s’annulent mutuellement. Cependant, le moment et le mode de règlement modifient drastiquement la saillance de ce prélèvement. L’intensité de cette saillance varie intrinsèquement d’une personne à l’autre : c’est cette variabilité individuelle stable que Rick, Cryder et Loewenstein ont formalisée en développant l’échelle STS.
Les modèles de prise de décision à double processus
L’échelle repose sur les théories du double processus (Système 1 intuitif/affectif vs Système 2 délibératif/analytique, popularisé par Daniel Kahneman). La décision de dépenser ne résulte pas d’un calcul froid d’utilité espérée, mais d’une négociation interne entre l’attente hédonique du bien (Système 1) et l’aversion viscérale liée à la perte de capital (Système 1 affectif), le Système 2 intervenant souvent a posteriori pour rationaliser l’impasse ou la capitulation. Chez les tightwads, le Système 1 génère une alarme affective disproportionnée face à la perte monétaire. Chez les spendthrifts, cette alarme fait défaut, laissant le champ libre à l’impulsion de consommation.
Substrats neurobiologiques (Knutson et al., 2007)
La validité théorique du concept a reçu une confirmation neurobiologique éclatante dans l’étude par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) menée par Brian Knutson, George Loewenstein et leurs collaborateurs (2007). Lors de l’exposition à un produit et à son prix, deux structures cérébrales clés sont activées :
- Le noyau accumbens (nucleus accumbens), centre de la récompense et de l’anticipation du plaisir, s’active proportionnellement à l’attrait du produit.
- L’insula antérieure, région corticale associée au dégoût, à la douleur physique et à l’anticipation d’expériences désagréables, s’active fortement lorsque le prix demandé est perçu comme excessif.
Les décisions d’achat effectives sont prédites par la balance entre l’activation du noyau accumbens et la désactivation de l’insula. L’échelle STS opérationnalise précisément cette sensibilité différentielle de l’insula antérieure face aux stimuli tarifaires : les avares présentent une réactivité insulaire accrue à des seuils de prix bien plus bas que la moyenne de la population.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle Dépensier–Avare a été rigoureusement démontrée à travers un programme empirique vaste combinant plus de 13 000 participants (Rick, Cryder, & Loewenstein, 2008) :
Validité convergente
L’échelle STS présente des corrélations modérées et théoriquement cohérentes avec plusieurs instruments établis :
- Une corrélation négative robuste avec l’échelle de frugalité de Lastovicka et al. (r ≈ -0,44 à -0,52), confirmant que les avares ont tendance à restreindre leurs dépenses, tout en maintenant une divergence conceptuelle nette (l’avare dépense peu par anxiété, le frugal par éthique ou efficacité).
- Une corrélation positive avec l’échelle d’achat compulsif de Faber et O’Guinn (r ≈ 0,38 à 0,46), les dépensiers montrant une susceptibilité nettement accrue aux pulsions d’achat incontrôlées.
- Des corrélations significatives avec les sous-échelles de rétention d’argent et d’anxiété financière de la Money Attitude Scale (MAS) de Yamauchi et Templer.
Validité discriminante
La force majeure de l’échelle STS réside dans son indépendance par rapport aux variables socio-économiques traditionnelles. Les analyses de régression multiple révèlent que le score STS est virtuellement orthogonal :
- Au revenu du ménage (r généralement compris entre -0,04 et 0,02, non significatif), ce qui prouve que l’avarice affective n’est pas le produit de la pauvreté matérielle, ni la prodigalité l’apanage des classes aisées.
- Au niveau d’éducation formelle (r < 0,05).
- À la littératie financière objective : connaître les mécanismes d’intérêts composés ou la diversification de portefeuille ne modifie pas la réactivité affective viscérale face au paiement.
Validité prédictive et écologique
L’échelle s’est avérée un prédicteur remarquable de comportements économiques réels et d’indicateurs de bilan patrimonial :
- Dette de carte de crédit : Les dépensiers déclarent détenir significativement plus de dettes de crédit renouvelable (revolving) non apurées à la fin du mois que les individus moyens, tandis que les avares n’en détiennent pratiquement aucune, même après contrôle strict du revenu, de l’âge et du niveau d’études.
- Épargne liquide : Le score STS prédit directement le volume de l’épargne de précaution. Les avares accumulent une épargne liquide supérieure, parfois au détriment d’investissements plus rentables mais perçus comme risqués.
- Sensibilité au cadrage tarifaire (Framing Effects) : Dans une expérience marquante de Rick et al. (2008), les participants devaient décider d’expédier un article par livraison standard ou express pour un coût modique de 5 $. Lorsque le coût était qualifié de « frais de 5$ », les avares refusaient massivement l’option. Lorsqu’il était recadré sous la mention « petits frais de 5 $ » (small $5 fee), la propension des avares à payer augmentait de 20 points de pourcentage, alors que cette modification lexicale subtile n’avait aucun impact sur les dépensiers. Ce résultat démontre que la réduction de la douleur psychologique lève spécifiquement le verrou décisionnel des avares.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle STS a été évaluée à travers de multiples échantillons représentatifs et universitaires, confirmant une stabilité métrique remarquable pour un instrument ne comportant que quatre items :
Cohérence interne
Le coefficient alpha de Cronbach de l’échelle globale se situe de manière consistante dans une plage de 0,75 à 0,82 selon les études :
- Dans l’échantillon initial de validation de Rick et al. (2008, Étude 1, N = 3 723), le coefficient alpha s’élevait à 0,77.
- Dans des réplications ultérieures à grande échelle (incluant des panels nationaux représentatifs aux États-Unis et au Royaume-Uni), les coefficients ont oscillé entre 0,74 et 0,80.
- L’indice de corrélation moyenne inter-items se situe entre 0,42 et 0,55, ce qui est optimal : cela reflète une cohésion conceptuelle étroite sans redondance sémantique excessive.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité temporelle de la STS a été confirmée sur des périodes de suivi allant de plusieurs semaines à plusieurs mois :
- Un coefficient de corrélation test-retest (r de Pearson) de 0,81 a été observé à un intervalle de 4 semaines dans des sous-échantillons d’étudiants et d’adultes.
- À long terme (intervalles supérieurs à 12 mois dans des études longitudinales de finances personnelles), les scores conservent une corrélation supérieure à 0,70, attestant que la tendance à être avare ou dépensier reflète un trait de personnalité stable et ancré plutôt qu’un état émotionnel transitoire ou circonstanciel.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture interne de l’échelle STS a fait l’objet d’examens psychométriques approfondis par analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC) :
Structure unidimensionnelle
Les analyses factorielles exploratoires menées sur la matrice de corrélation des 4 items extraient de manière invariable un seul facteur dominant présentant une valeur propre (eigenvalue) nettement supérieure au critère de Kaiser (> 2,2), expliquant entre 58 % et 66 % de la variance totale selon les cohortes. Le tracé d’éboulis (scree plot) affiche une chute brutale après le premier facteur, sans second facteur significatif (la deuxième valeur propre étant généralement inférieure à 0,70).
Saturations factorielles (Factor Loadings)
Dans les modèles d’analyse factorielle confirmatoire, les charges factorielles standardisées des 4 items sur le construit latent unique sont particulièrement équilibrées et élevées (toutes significatives à p < 0,001) :
- Item 1 (Auto-description bipolaire globale, échelle de 1 à 11) : saturation standardisée λ ≈ 0,72 – 0,78.
- Item 2 (Difficulté à limiter ses dépenses / achats non assumables) : saturation standardisée λ ≈ 0,68 – 0,75.
- Item 3 (Difficulté à dépenser / anxiété à dépenser même si abordable) : saturation standardisée λ ≈ 0,70 – 0,77.
- Item 4 (Scénario comportemental comparatif Personne A vs Personne B) : saturation standardisée λ ≈ 0,74 – 0,81.
Indices d’ajustement du modèle
Les modèles d’équations structurelles confirmant l’unidimensionnalité du construit affichent des indices d’adéquation excellents dans la littérature empirique :
- CFI (Comparative Fit Index) > 0,98.
- TLI (Tucker-Lewis Index) > 0,97.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) < 0,05 (avec intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,02 et 0,07).
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) < 0,03.
Ces données confirment que, malgré l’hétérogénéité intentionnelle des formats d’échelle entre les items (échelles en 5 points et échelle en 11 points), l’instrument capture une seule et même dimension sous-jacente.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle Dépensier–Avare est un questionnaire d’auto-évaluation conçu pour être administré rapidement, en moins de 3 minutes, aussi bien dans des protocoles de laboratoire que dans des enquêtes à grande échelle.
Caractéristiques techniques
- Format d’administration : Questionnaire papier-crayon ou numérique (en ligne).
- Nombre d’items : 4 items hétérogènes (échelles d’identification, d’estimation de fréquence et de mise en situation scénarisée).
- Temps de passation : Environ 2 à 3 minutes.
- Population cible : Adultes et adolescents à partir de 16 ans prenant des décisions économiques autonomes.
Format des réponses et codification des items
- Item 1 : Échelle de Likert bipolaire en 11 points, allant de 1 (Tightwad: Difficulty spending money) à 11 (Spendthrift: Difficulty withholding spending).
- Item 2 : Échelle de fréquence en 5 points (1 = Never or rarely, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = Very often, 5 = Always or almost always).
- Item 3 : Échelle de fréquence en 5 points (1 = Never or rarely, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = Very often, 5 = Always or almost always).
- Item 4 : Échelle différentielle en 5 points basée sur un scénario descriptif contrastant la Personne A et la Personne B (1 = Much more like Person A, 2 = Somewhat more like Person A, 3 = Middle, 4 = Somewhat more like Person B, 5 = Much more like Person B).
Règles de cotation et calcul du score total standard
La cotation standard de Rick, Cryder et Loewenstein (2008) repose sur la sommation des scores des 4 items après inversion spécifique de l’Item 2, de sorte que les scores faibles reflètent systématiquement le profil d’avare et les scores élevés le profil de dépensier :
- Item 1 : Conservé tel quel, score brut de 1 à 11.
- Item 2 : Inversé selon la formule :
Score recodé = 6 - Score brut(ainsi, 1 devient 5, et 5 devient 1 ; un score inversé faible indique un comportement d’avare, un score élevé indique un comportement de dépensier). Note méthodologique : L’énoncé de l’Item 2 évalue la difficulté à limiter ses dépenses (comportement dépensier) ; l’inversion standard l’harmonise avec le pôle « douleur de dépenser » selon les conventions de cotation de Rick et al. - Item 3 : Conservé tel quel (1 à 5).
- Item 4 : Conservé tel quel (1 à 5).
- Score composite global : Somme des 4 composantes. Le score total s’étend de 4 à 26.
Classification typologique des participants
Les auteurs ont établi des seuils de découpage catégoriel basés sur la distribution empirique de la population :
- Scores de 4 à 11 — Avares (Tightwads) : Représentent environ 24 % de la population générale. Ces individus éprouvent une détresse affective aiguë à la dépense et s’abstiennent fréquemment d’achats raisonnables.
- Scores de 12 à 18 — Consommateurs sans conflit / Médians (Unconflicted / Middle Consumers) : Représentent environ 61 % de la population. Ils ressentent un niveau modéré et équilibré de douleur de payer, maintenant une congruence satisfaisante entre leurs désirs et leurs dépenses réelles.
- Scores de 19 à 26 — Dépensiers / Paniers-percés (Spendthrifts) : Représentent environ 15 % de la population. Ils éprouvent une douleur de payer insuffisante pour modérer leurs sorties d’argent, ce qui les expose à un risque financier accru.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’échelle STS a été publiée pour la première fois en 2008 dans le prestigieux Journal of Consumer Research.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les auteurs ont mis l’échelle STS à la disposition de la communauté scientifique en libre accès (open access for academic research). Son utilisation dans un cadre académique, de recherche non commerciale, d’enseignement ou d’évaluation clinique est totalement libre de droits et ne nécessite pas de paiement de redevance ni d’autorisation préalable écrite, sous réserve de citer rigoureusement l’article fondateur de Rick, Cryder et Loewenstein (2008).
- Tarifs : Gratuit pour toute recherche universitaire et scientifique. Pour des applications commerciales propriétaires de grande envergure intégrées dans des logiciels bancaires ou de conseil commercial, il convient de se référer aux politiques éditoriales du Journal of Consumer Research (Oxford University Press) et de contacter directement les auteurs.
12. Références / References
Les références ci-dessous regroupent les publications clés relatives à la conception, à la validation empirique et aux applications théoriques de l’échelle STS (normes APA 7e édition) :
- Cryder, C. E., & Loewenstein, G. (2012). The critical role of emotion in consumer financial decisions. Dans The science of giving: Experimental approaches to the study of charity (pp. 147–168). Psychology Press.
- Faber, R. J., & O’Guinn, T. C. (1992). A clinical screener for compulsive buying. Journal of Consumer Research, 19(3), 459–469. https://doi.org/10.1086/209315
- Knutson, B., Rick, S., Wimmer, G. E., Prelec, D., & Loewenstein, G. (2007). Neural predictors of purchases. Neuron, 53(1), 147–156. https://doi.org/10.1016/j.neuron.2006.11.010
- Lastovicka, J. L., Bettencourt, L. A., Hughner, R. S., & Kuntze, R. J. (1999). Lifestyle of the tight and frugal: Theory and measurement. Journal of Consumer Research, 26(1), 85–98. https://doi.org/10.1086/209552
- Prelec, D., & Loewenstein, G. (1998). The red and the black: Mental accounting of savings and debt. Marketing Science, 17(1), 4–28. https://doi.org/10.1287/mksc.17.1.4
- Rick, S. I. (2018). Tightwads and spendthrifts: An interdisciplinary review. Financial Planning Review, 1(1-2), e1010. https://doi.org/10.1002/cfp2.1010
- Rick, S. I., Cryder, C. E., & Loewenstein, G. (2008). Tightwads and spendthrifts. Journal of Consumer Research, 34(6), 767–782. https://doi.org/10.1086/523285
- Yamauchi, K. T., & Templer, D. I. (1982). The development of a money attitude scale. Journal of Personality Assessment, 46(5), 522–528. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa4605_14