Échelle d’empathie face au viol (RES)

L’Échelle d’empathie face au viol (Rape Empathy Scale, RES) développée par Deitz et al. (1982) évalue l’orientation de l’empathie envers les victimes d’agression sexuelle par rapport aux agresseurs, le blâme de la victime et l’adhésion aux mythes du viol.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 8, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 8, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’empathie face au viol (Rape Empathy Scale ou RES), conçue originellement par Sheila R. Deitz, Kathleen T. Blackwell, Patricia C. Daley et Bobbie J. Bentley en 1982, constitue l’un des premiers instruments psychométriques standardisés spécifiquement développés pour mesurer la direction et l’intensité des réactions empathiques différentielles éprouvées envers les victimes d’agression sexuelle par rapport aux auteurs de viol. Contrairement aux mesures d’empathie générale qui évaluent la réactivité émotionnelle ou la prise de perspective globale en tant que trait de personnalité transcendant les situations, la RES opérationnalise l’empathie comme un processus socio-cognitif et affectif fortement modulé par les stéréotypes de genre, les attitudes socioculturelles relatives aux rôles sexuels et les mythes relatifs au viol (rape myths).

Dans sa structure originale de dérivation, l’échelle comprend 20 items présentés sous la forme d’un choix forcé dyadique (chaque item juxtaposant une affirmation empathique envers la victime et une affirmation empathique ou disculpatoire envers l’agresseur), bien que l’item 15 ait été éliminé dans la version définitive validée, aboutissant à une échelle à 19 items. Le format de passation invite les répondants à évaluer leur positionnement au moyen d’une échelle de type Likert en 6 points (allant de « Tout à fait d’accord » [1] à « Tout à fait en désaccord » [6]), permettant de quantifier le degré d’adhésion aux postulats orientés vers la victime ou vers l’agresseur. Les analyses psychométriques initiales et ultérieures confirment une consistance interne élevée (généralement mesurée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,84 et 0,91 selon les échantillons) ainsi qu’une fidélité test-retest substantielle.

La validité de construit de la RES a été démontrée par des corrélations négatives robustes avec l’acceptation des mythes du viol (RMA) et l’adhésion aux rôles sexuels traditionnels, et par des corrélations positives avec les mesures d’empathie dispositionnelle et de soutien aux survivantes de violences fondées sur le genre. La RES demeure un outil méthodologique incontournable en psychologie sociale, en victimologie et en criminologie légale pour investiguer le blâme de la victime (victim-blaming), les biais de décision des jurés dans les procès d’assises pour viol, ainsi que pour évaluer l’impact des programmes éducatifs de prévention des violences sexuelles en milieu universitaire.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’empathie face au viol, Rape Empathy Scale, empathie envers les victimes, blâme de la victime, agression sexuelle, mythes du viol, psychométrie, attitudes envers le viol, prise de décision judiciaire, victimologie.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et standardisée par une équipe de chercheuses et chercheurs en psychologie sociale et clinique de la Texas Woman’s University :

  • Sheila R. Deitz, Ph.D. — Département de psychologie, Texas Woman’s University, Denton, Texas, États-Unis. Spécialiste de la psychologie sociale légale, des représentations judiciaires du viol et de la cognition sociale appliquée aux agressions sexuelles.
  • Kathleen T. Blackwell, M.A. — Département de psychologie, Texas Woman’s University. Chercheuse en psychologie sociale expérimentale.
  • Patricia C. Daley, M.A. — Département de psychologie, Texas Woman’s University. Travaux axés sur les dynamiques de genre et l’attribution de responsabilité.
  • Bobbie J. Bentley, M.A. — Département de psychologie, Texas Woman’s University. Spécialiste de l’évaluation psychologique des attitudes relatives aux violences sexuelles.

Correspondance historique : Les demandes d’informations scientifiques relatives aux protocoles d’étalonnage initiaux étaient initialement adressées au Dr Sheila R. Deitz, Department of Psychology, Texas Woman’s University, Denton, Texas 76204, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

L’Échelle d’empathie face au viol (RES) a été conçue pour répondre à un vide méthodologique criant dans la littérature sur les violences interpersonnelles au début des années 1980 : l’absence d’outils sensibles capables d’appréhender spécifiquement la valence et l’asymétrie de l’empathie dans le contexte précis d’une accusation de viol. Jusqu’alors, la majorité des recherches évaluaient les réactions au viol à travers des échelles d’attitudes générales (telles que l’échelle des attitudes envers les femmes d’Spence et Helmreich) ou des questionnaires d’attribution causale de culpabilité. Cependant, ces mesures ne capturaient pas l’expérience affective et phénoménologique par laquelle un observateur s’identifie viscéralement à la détresse, à la terreur et à la honte de la victime, ou au contraire rationalise, minimise et ressent de la sympathie pour le dilemme social, juridique et émotionnel de l’agresseur présumé.

Applications en recherche psychosociale et légale

La RES est mobilisée dans de vastes programmes de recherche fondamentale et appliquée :

  • Dynamiques de jurés et psychologie légale : La RES permet de prédire avec une précision remarquable le verdict des jurés simulés. Les individus présentant un score faible d’empathie envers la victime (ou un score élevé d’empathie envers l’auteur) sont statistiquement bien plus enclins à voter l’acquittement de l’accusé, à considérer le témoignage de la victime comme mensonger ou provocateur, et à recommander des peines minimales lorsque la culpabilité est retenue.
  • Étude des stéréotypes de genre et de la culture du viol : L’instrument sert à tester empiriquement les modèles théoriques démontrant comment l’adhésion aux normes de domination masculine et l’hypermasculinité étouffent l’empathie envers les femmes agressées sexuellement.
  • Attribution de responsabilité et victim-blaming : En quantifiant le biais empathique, les chercheurs analysent comment la détresse émotionnelle de la victime est soit reconnue, soit ignorée au profit d’une focalisation sur son comportement vestimentaire, sa consommation d’alcool ou son passé sexuel.

Applications cliniques, institutionnelles et éducatives

Sur le plan pratique et interventionnel, la RES remplit plusieurs rôles prépondérants :

  • Évaluation des programmes de prévention : Les universités et organisations non gouvernementales utilisent la RES pour mesurer l’efficacité à court et long terme des ateliers de sensibilisation au consentement sexuel et de déconstruction des mythes du viol. Une augmentation significative du score à la RES après intervention constitue un indicateur direct d’humanisation de l’expérience de la survivante.
  • Formation des intervenants de première ligne : L’outil a été employé pour diagnostiquer les attitudes implicites des professionnels de la police, du système judiciaire, de la médecine d’urgence et du travail social, identifiant le besoin de modules de formation axés sur l’accueil non traumatisant (trauma-informed care).
  • Prise en charge des auteurs d’infractions à caractère sexuel : Dans les contextes médico-légaux et thérapeutiques pénitentiaires, des adaptations de la RES sont explorées pour évaluer la capacité des délinquants sexuels à reconnaître la souffrance infligée et à dépasser les mécanismes de défense projectifs qui justifient l’acte criminel.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle d’empathie face au viol s’articule autour de la polarisation de la réactivité empathique dans une situation d’agression sexuelle. L’empathie n’y est pas postulée comme une capacité cognitive neutre ou unidirectionnelle, mais comme une ressource affective et socio-cognitive sélectivement allouée soit à la victime, soit à l’agresseur.

1. L’identification affective et cognitive avec la victime

Cette dimension centrale capture la capacité d’un observateur à résonner avec les états internes vécus par la femme subissant le viol, tant durant l’agression que lors des phases subséquentes (contact avec la police, examens médico-légaux, procès public). Elle englobe :

  • La reconnaissance de la terreur, de l’impuissance absolue (helplessness) et du traumatisme psychique infligé par la contrainte physique ou psychologique.
  • L’appréhension de l’angoisse et de l’humiliation sociale lors de la confrontation au système pénal et médiatique (comme illustré par les items 14 et 17).
  • Le rejet catégorique de l’idée selon laquelle une victime pourrait éprouver du plaisir ou consentir tacitement à un acte forcé (item 12).

2. L’empathie envers l’agresseur et la minimisation de l’acte

À l’opposé du continuum, le construit explore la tendance à adopter la perspective de l’homme accusé de viol, à rationaliser son passage à l’acte et à s’identifier à ses vulnérabilités perçues. Ce pôle se manifeste par :

  • La croyance que l’homme est assujetti à des pulsions biologiques irrépressibles le rendant « impuissant face à des forces qui le dépassent » (item 13a).
  • La compassion disproportionnée pour la honte, la stigmatisation et la détresse émotionnelle de l’agresseur faisant face à la justice (item 8a).
  • L’attribution d’une responsabilité conjointe ou exclusive à la femme en raison de son apparence ou de ses antécédents relationnels (items 2, 7 et 9).

3. L’acceptation vs le rejet des mythes légitimateurs du viol

Bien que conceptuellement distincte des échelles pures d’attitudes (comme celle de Martha Burt), la RES intègre intrinsèquement la manière dont les stéréotypes socioculturels filtrent la réponse empathique. Le construit mesure la perméabilité de l’individu aux distorsions cognitives classiques : le viol conjugal comme impossibilité juridique ou morale (item 19), la croyance au consentement implicite fondé sur la réputation sexuelle (item 9), ou le mythe de la fausse accusation guidée par la malveillance féminine (item 20).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration de la RES s’ancre à la croisée de trois courants majeurs de la psychologie et de la sociologie critique : la théorie attributionnelle socio-cognitive, les modèles de l’empathie dispositionnelle et situationnelle, et la théorie féministe de la violence patriarcale.

La théorie de l’attribution et l’hypothèse du monde juste

Selon la théorie de l’attribution de Fritz Heider et Harold Kelley, les observateurs confrontés à un événement dramatique cherchent spontanément à en imputer la causalité soit à des facteurs dispositionnels internes, soit à des facteurs situationnels externes. Dans le cas du viol, cette dynamique est exacerbée par l’hypothèse du monde juste formulée par Melvin Lerner. Selon Lerner, les êtres humains possèdent un besoin fondamental de croire que le monde est un environnement ordonné et prévisible où les gens obtiennent ce qu’ils méritent. Être témoin d’une agression sexuelle infligée à une victime innocente menace profondément ce sentiment de sécurité psychologique. Pour rétablir l’équilibre cognitif sans succomber à l’anxiété existentielle, l’observateur opère un « blâme de la victime » : si la victime a été violée, c’est qu’elle a agi de manière imprudente, provocante ou immorale. Ce mécanisme défensif bloque l’empathie envers la victime et favorise l’empathie envers l’agresseur, perçu comme le simple exécutant d’un ordre causal logique.

Le modèle multidimensionnel de l’empathie de Davis

Le cadre théorique de Deitz et al. s’appuie également sur la conceptualisation de l’empathie développée notamment par Mark Davis (Interpersonal Reactivity Index), qui distingue la prise de perspective cognitive (capacité à adopter le point de vue d’autrui) de la détresse personnelle et de la sollicitude empathique (orientation affective bienveillante envers la personne en détresse). Dans le viol, la capacité cognitive à se projeter dans l’esprit de l’agresseur (« comprendre pourquoi un homme utiliserait la force ») inhibe la sollicitude émotionnelle envers la victime. La RES postule que les deux cibles (victime vs agresseur) entrent en compétition dans l’arène cognitive de l’observateur.

Les théories féministes et la sociologie des violences sexuelles

Sur le plan socioculturel, Deitz et ses collègues se sont inspirés des écrits pionniers de Susan Brownmiller (Against Our Will: Men, Women, and Rape, 1975) et des recherches empiriques de Martha Burt (1980) sur les mythes du viol. Selon cette perspective, le viol n’est pas un acte de pulsion sexuelle incontrôlable, mais un acte de pouvoir, de domination et de contrôle visant à perpétuer la hiérarchie de genre. Les croyances traditionnelles sur la sexualité masculine (présentant les hommes comme des prédateurs naturels incapables de freiner leur libido) et sur la sexualité féminine (considérant les femmes comme des gardiennes de la chasteté responsables de poser les limites) fonctionnent comme des scripts culturels. La RES évalue dans quelle mesure les individus adhèrent à ces scripts, transformant l’agresseur en victime de la provocation féminine et déniant à la survivante son statut de victime authentique.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de la RES ont fait l’objet de multiples validations empiriques dès sa publication par Deitz, Blackwell, Daley et Bentley (1982), puis au cours d’études ultérieures menées auprès de populations étudiantes, de citoyens éligibles pour être jurés et de professionnels de la justice.

Validité de construit et validité convergente

La validité de construit de la RES est établie par sa convergence théorique avec les construits associés aux attitudes sexistes et aux mythes entourant les violences :

  • Acceptation des mythes du viol (RMA) : Des corrélations négatives très élevées et statistiquement significatives ont été systématiquement observées entre la RES et l’échelle Rape Myth Acceptance Scale de Burt (coefficients $r$ oscillant généralement entre $-0,65$ et $-0,78$, $p < 0,001$). Plus les individus manifestent de l'empathie pour la victime sur la RES, moins ils adhèrent aux mythes excusant le viol.
  • Adhésion aux rôles traditionnels de genre : Les corrélations avec l’Attitudes Toward Women Scale (AWS) révèlent que les scores pro-victime à la RES sont fortement associés à des attitudes égalitaires et progressistes ($r \approx 0,50$ à $0,62$).
  • Conservatisme sexuel et croyance en un monde juste : Des corrélations négatives significatives ont été rapportées avec les échelles de conservatisme sexuel et les scores à la Just World Scale de Rubin et Peplau.

Validité discriminante

La RES se distingue nettement des mesures d’empathie globale non contextuelle. Les corrélations entre la RES et des outils comme l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) ou l’échelle d’empathie de Mehrabian et Epstein sont modérées ($r$ compris entre $0,25$ et $0,40$). Ce résultat démontre que la RES ne mesure pas simplement la propension générique à être bienveillant ou sensible, mais capture spécifiquement les processus d’attribution empathique médiatisés par le tabou et les préjugés liés au viol.

Validité prédictive et écologique

La validité prédictive de la RES a été abondamment démontrée dans des protocoles de procès simulés (mock jury studies) :

  • Dans l’étude princeps de Deitz et al. (1982), les participants ayant des scores élevés d’empathie pour la victime attribuaient significativement plus de culpabilité à l’agresseur ($F(1, 142) = 38,4, p < 0,001$) et lui assignaient des peines d'emprisonnement nettement plus longues face au même dossier judiciaire.
  • Inversement, les scores d’empathie envers l’agresseur prédisaient une probabilité accrue de considérer que la victime avait consenti ou qu’elle exagérait les faits.

8. Fidélité / Reliability

Les indices de précision et de consistance temporelle de l’Échelle d’empathie face au viol démontrent une stabilité psychométrique tout à fait conforme aux standards académiques contemporains.

Consistance interne

Dans l’échantillon de dérivation originel de Deitz et al. (1982), comprenant des centaines d’étudiants de premier cycle universitaire des deux sexes, la version à 19 items (après retrait de l’item 15) présentait un coefficient alpha de Cronbach de 0,89 pour l’échantillon combiné.

  • Sous-échantillon féminin : $\alpha = 0,86$ à $0,88$.
  • Sous-échantillon masculin : $\alpha = 0,89$ à $0,91$.

Les réplications indépendantes ultérieures menées dans des contextes universitaires ou communautaires ont systématiquement rapporté des valeurs d’alpha de Cronbach situées entre 0,84 et 0,92, attestant d’une excellente homogénéité du pool d’items.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

La fidélité test-retest a été évaluée sur des intervalles de deux à quatre semaines dans des sous-échantillons d’étudiants n’ayant subi aucune intervention éducative entre les passations. Les coefficients de corrélation intraclasse et de Pearson rapportés se situent autour de $r = 0,81$ à $0,86$ ($p < 0,001$), attestant que le positionnement empathique mesuré par l’échelle reflète une disposition attitudinale relativement stable dans le temps en l’absence de stimuli modificateurs.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Lors de la phase de conception initiale par Deitz et ses collaborateurs (1982), le pool original de 20 items a été soumis à une analyse factorielle exploratoire (AFE) en composantes principales, suivie d’une rotation varimax, dans le but d’élucider la structure sous-jacente des réponses.

Structure factorielle unidimensionnelle vs bidimensionnelle

L’analyse initiale a révélé l’émergence d’un facteur général prédominant expliquant une part majeure de la variance totale (plus de 35 % de la variance commune), sur lequel la quasi-totalité des items saturaient de manière substantielle (saturations factorielles $> 0,40$). Ce facteur bipolaire opposait directement l’empathie pour la victime à l’empathie pour l’agresseur / acceptation du viol.

Cependant, des analyses secondaires plus poussées ont mis en évidence la présence de deux composantes fortement corrélées mais conceptuellement distinctes :

  • Facteur 1 : Empathie et protection de la victime (Victim Empathy) : Composé des items abordant directement la souffrance, le traumatisme psychologique, la détresse face aux institutions judiciaires et le droit inaliénable de refuser un rapport sexuel (par exemple, les items 1, 6, 8, 12, 14, 17, 18, 19). Ces items affichent des saturations comprises entre 0,52 et 0,76.
  • Facteur 2 : Minimisation de la responsabilité de l’agresseur et blâme de la victime (Rapist Empathy / Justification) : Regroupant les items mettant en avant les pulsions masculines incontrôlables, la provocation par la tenue vestimentaire ou le passé sexuel, et les difficultés rencontrées par l’accusé face à la justice (items 2, 3, 4, 5, 7, 9, 10, 11, 13, 16, 20). Les saturations oscillent entre 0,45 et 0,71.

Élimination de l’item 15

L’analyse factorielle a également justifié l’exclusion de l’item 15 (« If a rape were interrupted, I think the victim would feel more embarrassment than the rapist »). Cet item présentait une saturation factorielle résiduelle médiocre ($< 0,25$) sur le facteur principal ainsi qu'une corrélation item-total corrigée insuffisante, en grande partie en raison de l'ambiguïté sémantique du terme « embarrassment » (gêne / embarras), inadapté pour décrire la terreur d'une tentative de viol interrompue. L'échelle finale a ainsi été ramenée à 19 items.

10. Instrument de mesure / Instrument

Voici les caractéristiques structurelles et opérationnelles de l’instrument :

  • Format du questionnaire : Questionnaire auto-administré sur support papier-crayon ou informatisé.
  • Nombre d’items : 20 items originaux (19 items retenus dans la forme définitive validée psychométriquement).
  • Structure des items : Choix forcé dyadique avec cotation graduée. Chaque item présente deux propositions antithétiques : une proposition (a) et une proposition (b). Pour chaque énoncé, un astérisque (*) identifie la proposition pro-victime (empathique envers la victime).
  • Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 6 points :
    Strongly agree (1) to strongly disagree (6) (allant de « Tout à fait d’accord » [1] à « Tout à fait en désaccord » [6]).
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Dans le format de cotation standard, les réponses sont codées de façon à ce qu’un score élevé reflète une empathie élevée envers la victime (et une faible empathie/tolérance envers le violeur).
    • Les items pour lesquels l’affirmation pro-victime est associée à la modalité d’accord sont cotés directement, tandis que les affirmations pro-agresseur sont inversées avant sommation.
    • L’item 15 est systématiquement exclu du calcul du score total final.
    • Le score global correspond à la somme ou à la moyenne des 19 items valides. Un score élevé indique une empathie marquée pour la victime, un rejet catégorique des mythes du viol et une attribution claire de responsabilité à l’agresseur.
  • Temps d’administration : Environ 10 à 15 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1982.
  • Auteurs dépositaires : Sheila R. Deitz, Kathleen T. Blackwell, Patricia C. Daley, et Bobbie J. Bentley.
  • Statut des droits et conditions d’accès : L’article fondateur a été publié dans le Journal of Personality and Social Psychology par l’American Psychological Association (APA). L’instrument lui-même est considéré comme un outil du domaine académique et de la recherche.
  • Tarification : L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche scientifique non commerciale ou d’enseignement est gratuite. L’échelle complète a été reproduite et mise à disposition dans des compendiums publics de référence en victimologie, notamment dans le recueil compilé par Michael Flood pour le Sexual Violence Research Initiative (SVRI).
  • Modalités d’autorisation : Aucune licence commerciale payante n’est requise pour les chercheurs universitaires. La citation rigoureuse de la publication princeps de Deitz et al. (1982) est obligatoire dans toute communication scientifique.

12. Références / References

  • Burt, M. R. (1980). Cultural myths and supports for rape. Journal of Personality and Social Psychology, 38(2), 217–230. https://doi.org/10.1037/0022-3514.38.2.217
  • Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113–126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
  • Deitz, S. R., Blackwell, K. T., Daley, P. C., & Bentley, B. J. (1982). Measurement of empathy toward rape victims and rapists. Journal of Personality and Social Psychology, 43(2), 372–384. https://doi.org/10.1037/0022-3514.43.2.372
  • Flood, M. (Comp.). (2008). Measures for the assessment of dimensions of violence against women: A compendium (pp. 29–31). Sexual Violence Research Initiative (SVRI). http://www.svri.org/measures.pdf
  • Lerner, M. J. (1980). The belief in a just world: A fundamental delusion. Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4684-3602-0
  • Spence, J. T., & Helmreich, R. L. (1978). Masculinity and femininity: Their psychological dimensions, correlates, and antecedents. University of Texas Press.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

*a) I feel that the situation in which a man compels a woman to submit to sexual intercourse against her will is an unjustifiable act under any circumstances.
2

a) In deciding the matter of guilt or innocence in a rape case‚ it is more important to know about the past sexual activity of the alleged rape victim than the past sexual activity of the alleged rapist.
3

a) In general‚ I feel that rape is an act that is provoked by the rape victim.
4

a) I would find it easier to imagine how a rapist might feel during an actual rape than how a rape victim might feel.
5

a) Under certain circumstances‚ I can understand why a man would use force to obtain sexual relations with a woman.
6

*a) In a court of law‚ I feel that the rapist must be held accountable for his behavior during the rape.
7

a) When a woman dresses in a sexually attractive way‚ she must be willing to accept the consequences of her behavior‚ whatever they are‚ since she is signaling her interest in ha‎ving sexual relations.
8

a) I would find it easier to empathize with the shame and humiliation a rapist might feel during a trial for rape than with the feelings a rape victim might have during the trial.
9

a) If a man rapes a sexually active woman‚ he would probably be justified in his actions
10

a) I believe that all women secretly want to be raped.
11

a) In deciding whether a rape has occurred or not‚ the burden of proof should rest with the woman‚ who must prove that a rape has actually occurred.
12

*a) I believe that it is impossible for a rape victim to enjoy being raped.
13

a) I can really empathize with the helplessness a rapist might feel during a rape‚ since
14

*a) After a rape has occurred‚ I think the woman would suffer more emotional torment in dealing with the police than the man would.
15

a) If a rape were interrupted‚ I think the victim would feel more embarrassment than the rapist.
16

a) I feel it is impossible for a man to rape a woman unless she is willing.
17

*a) If a rape trial were publicized in the press‚ I feel the rape victim would suffer more emotional trauma from the publicity than the rapist.
18

a) Once a couple has had sexual intercourse‚ then that issue is resolved and it is no longer possible for that man to rape that woman.
19

*a) I can understand a wife's humiliation and anger if her husband forced her to have sexual relations with him.
20

*a) If I were a member of the jury in a rape trial‚ I would probably be more likely to believe the woman's testimony than the man's‚ since it takes a lot of courage on the woman's part to accuse the man of rape.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 8). Échelle d’empathie face au viol (RES). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-dempathie-face-au-viol-res/
Looti, Mohammed. “Échelle d’empathie face au viol (RES).” Base de données de psychologie en français, 8 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-dempathie-face-au-viol-res/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’empathie face au viol (RES).” Base de données de psychologie en français. octobre 8, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-dempathie-face-au-viol-res/.