1. Résumé
L’Échelle de stress perçu à 14 items (connue à l’échelle internationale sous l’appellation Perceived Stress Scale 14-item ou PSS-14) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu par les psychologues Sheldon Cohen, Tom Kamarck et Robin Mermelstein en 1983. Développée dans le cadre des recherches en psychologie de la santé et en épidémiologie comportementale, cette échelle mesure le degré auquel les situations de la vie quotidienne d’un individu sont évaluées subjectivement comme imprévisibles, incontrôlables et accablantes au cours du dernier mois. Contrairement aux inventaires d’événements de vie objectifs (tels que l’échelle d’évaluation du réajustement social de Holmes et Rahe), la PSS-14 repose sur le postulat cognitivo-transactionnel selon lequel l’impact du stress dépend fondamentalement de l’évaluation cognitive qu’en fait l’individu plutôt que de la simple survenue objective d’agents stresseurs.
L’instrument est composé de quatorze items formulés de manière générale, non restreints à un contexte spécifique ou à une sous-population clinique, ce qui lui confère une grande universalité. Les participants répondent sur une échelle de type Likert en 5 points allant de 0 (« Never » / Jamais) à 4 (« Very Often » / Très souvent). L’échelle comprend sept items formulés négativement évaluant la détresse perçue ou la surcharge émotionnelle, et sept items inversés mesurant le sentiment d’efficacité personnelle et la capacité de maîtrise face aux stresseurs. Le score global varie de 0 à 56, un score plus élevé reflétant un niveau supérieur de stress perçu.
Sur le plan psychométrique, la PSS-14 a démontré une consistance interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach généralement compris entre 0,75 et 0,86 dans les échantillons originaux et répliqués internationalement. Bien que conçue initialement comme une mesure unidimensionnelle du stress perçu global, de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires ont mis en évidence une structure bifactorielle robuste composée de deux dimensions interdépendantes : la détresse perçue (Perceived Helplessness) et l’auto-efficacité perçue (Perceived Self-Efficacy). L’échelle présente une validité convergente et prédictive solide vis-à-vis des marqueurs de morbidité somatique, des symptômes dépressifs, de l’anxiété et des dysrégulations physiologiques telles que l’élévation du cortisol salivaire et la réactivité cardiovasculaire.
2. Mots-clés
Stress perçu, PSS-14, psychométrie, évaluation cognitive, psychologie de la santé, auto-efficacité, détresse psychologique, validité de construit, fidélité test-retest, modèle transactionnel, épidémiologie comportementale, échelle de Likert.
3. Auteurs
L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs pionniers en psychologie sociale et de la santé affiliés à l’Université de l’Oregon et à l’Université Carnegie Mellon :
- Sheldon Cohen, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie (Robert E. Doherty University Professor of Psychology) au Département de psychologie du Dietrich College of Humanities and Social Sciences de l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis). Spécialiste mondial des interactions entre le stress psychologique, l’immunité et la susceptibilité aux maladies infectieuses. Courriel académique : [email protected].
- Tom W. Kamarck, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie et de psychiatrie au Département de psychologie de l’Université de Pittsburgh (Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis). Chercheur spécialisé dans l’évaluation écologique ambulatoire et les mécanismes cardiovasculaires du stress chronique.
- Robin J. Mermelstein, Ph.D. : Professeure émérite et directrice de l’Institute for Health Research and Policy à l’Université de l’Illinois à Chicago (UIC, Chicago, Illinois, États-Unis). Ses travaux portent sur les comportements de santé, les addictions et l’impact des stresseurs environnementaux chez les adolescents et les adultes.
4. Objectif
L’objectif principal de la PSS-14 est de quantifier l’intensité avec laquelle des situations vécues sont interprétées comme dépassant les capacités d’adaptation et les ressources disponibles du sujet. Avant la publication des travaux de Cohen, Kamarck et Mermelstein en 1983, l’évaluation du stress dans la littérature épidémiologique et comportementale était dominée par le dénombrement cumulatif d’événements majeurs (les Life Events Checklists). Or, ces inventaires quantitatifs présentaient plusieurs limites conceptuelles et méthodologiques majeures : ils négligeaient les micro-stresseurs quotidiens (daily hassles), présumaient que chaque événement possède un impact identique pour tous les individus, et omettaient le rôle déterminant des processus d’évaluation cognitive et des capacités de coping individuelles.
La PSS-14 a été conçue pour surmonter ces faiblesses en mesurant directement l’état cognitif et affectif final résultant de la transaction entre l’individu et son environnement. Elle cherche à déterminer dans quelle mesure le sujet perçoit sa vie comme :
- Imprévisible : fréquence à laquelle des événements imprévus surviennent et bouleversent l’organisation personnelle ;
- Incontrôlable : sentiment d’impuissance face aux exigences extérieures et incapacité ressentie à diriger le cours des événements majeurs ;
- Surchargée : perception que les difficultés s’accumulent à un point tel qu’il devient impossible de les surmonter avec les ressources actuelles.
Applications en recherche et en pratique clinique
Sur le plan de la recherche scientifique, la PSS-14 est largement employée dans les protocoles d’épidémiologie sociale, de psycho-neuro-immunologie et de médecine comportementale. Elle sert de variable prédictive, modératrice ou médiatrice pour évaluer l’effet du stress chronique sur la vulnérabilité aux infections virales respiratoires, la progression des maladies cardiovasculaires, les anomalies de la réponse inflammatoire (telles que l’interleukine-6 et la protéine C-réactive) et le raccourcissement des télomères cellulaires.
En pratique clinique et en santé au travail, bien qu’elle ne constitue pas en soi un outil diagnostique psychiatrique nosographique (ne ciblant pas un trouble répertorié dans le DSM-5 ou la CIM-11), la PSS-14 est largement utilisée comme mesure de dépistage global de la charge allostatique ressentie. Elle permet aux cliniciens d’évaluer le niveau de détresse psychologique générale, de suivre la réponse thérapeutique lors d’interventions de réduction du stress basées sur la pleine conscience (MBSR), de thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou de programmes d’optimisation de la gestion du temps et du coping en entreprise.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par la PSS-14 est le stress psychologique perçu global. Contrairement aux échelles focalisées sur un domaine restreint (comme le stress professionnel avec le modèle de Karasek ou le modèle Déséquilibre Efforts-Récompenses de Siegrist), la PSS-14 capture une synthèse globale et transversale de l’expérience vécue au cours des trente derniers jours. Cohen et ses collègues ont délibérément formulé les questions de manière générale afin qu’elles transcendent les contextes socioculturels et professionnels particuliers.
Bien que le score total soit fréquemment utilisé de façon unidimensionnelle, l’analyse approfondie du construit révèle l’existence de deux sous-dimensions psychologiques complémentaires qui interagissent dynamiquement :
1. La détresse perçue ou sentiment d’impuissance (Perceived Helplessness)
Cette dimension regroupe les 7 items formulés négativement (items 1, 2, 3, 8, 11, 12 et 14). Elle évalue la réactivité émotionnelle négative, le débordement cognitif et l’incapacité ressentie à exercer un contrôle sur les contraintes externes. Elle englobe :
- La perturbation émotionnelle face à l’imprévu : illustrée par l’item 1 (« In the last month, how often have you been upset because of something that happened unexpectedly? ») et l’item 11 (« In the last month, how often have you been angered because of things that were outside your control? »). Ces énoncés mesurent la propension à réagir par de l’anxiété ou de la colère face à des ruptures de routine non anticipées.
- L’absence de contrôle perçue : illustrée par l’item 2 (« In the last month, how often have you felt that you were unable to control the important things in your life? »). L’individu éprouve un sentiment de passivité et une perte d’autonomie décisionnelle.
- L’hyperactivation affective et la tension nerveuse : capturées par l’item 3 (« In the last month, how often have you felt nervous and “stressed”? »).
- L’épuisement face à la charge cumulative : incarné par l’item 8 (« In the last month, how often have you found that you could not cope with all the things that you had to do? ») et l’item 14 (« In the last month, how often have you felt difficulties were piling up so high that you could not overcome them? »), reflétant la sensation d’un point de rupture où les exigences dépassent les réserves d’adaptation.
2. L’auto-efficacité perçue ou maîtrise personnelle (Perceived Self-Efficacy)
Cette seconde dimension regroupe les 7 items inversés formulés positivement (items 4, 5, 6, 7, 9, 10 et 13). Elle mesure l’estimation subjective par l’individu de ses propres ressources d’ajustement, de son contrôle comportemental et de son aptitude à rétablir l’équilibre psychologique face aux contraintes. Elle englobe :
- La résolution efficace des contrariétés quotidiennes : illustrée par l’item 4 (« In the last month, how often have you dealt successfully with day to day problems and annoyances ») et l’item 9 (« In the last month, how often have you been able to control irritations in your life? »).
- L’adaptation aux transitions et événements majeurs : illustrée par l’item 5 (« In the last month, how often have you felt that you were effectively coping with important changes that were occurring in your life? »).
- La confiance dans ses capacités de résolution de problèmes : capturée par l’item 6 (« In the last month, how often have you felt confident about your ability to handle your personal problems? ») et l’item 10 (« In the last month, how often have you felt that you were on top of things? »), traduisant un sentiment de compétence et de leadership personnel sur son environnement.
- Le contrôle temporel : mesuré par l’item 13 (« In the last month, how often have you been able to control the way you spend your time »), évaluant l’autonomie dans la planification temporelle, reconnue comme un facteur de protection fondamental contre le stress chronique.
6. Cadre théorique
Le socle théorique fondamental de la PSS-14 repose directement sur la théorie transactionnelle et cognitive du stress développée par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984). Selon ce paradigme, le stress psychologique ne peut être défini ni exclusivement comme une caractéristique de l’environnement (stimulus), ni purement comme une réponse physiologique stéréotypée (telle que la réaction d’alarme du syndrome général d’adaptation proposé par Hans Selye). Le stress est plutôt appréhendé comme une relation dynamique, transactionnelle, entre la personne et son environnement, évaluée par le sujet comme excédant ses ressources et mettant en péril son bien-être.
Les processus d’évaluation cognitive (Cognitive Appraisal)
Le modèle transactionnel postule l’existence de deux processus centraux d’évaluation :
- L’évaluation primaire (Primary Appraisal) : le sujet évalue la signification de la situation. La situation est-elle bénigne, positive, ou représente-t-elle une menace, un défi ou un dommage/perte potentiel ? Dans la PSS-14, les questions relatives au sentiment d’être submergé, irrité ou déstabilisé reflètent cette évaluation primaire où l’environnement est jugé menaçant ou contraignant.
- L’évaluation secondaire (Secondary Appraisal) : l’individu évalue ses propres ressources personnelles, sociales et comportementales pour faire face à cette situation (« Que puis-je faire ? Ai-je les moyens d’y remédier ? »). Les items mesurant l’efficacité, la confiance et la gestion du temps dans la PSS-14 constituent l’exact reflet de cette évaluation secondaire.
Le niveau de stress perçu mesuré par l’instrument résulte de l’écart dynamique entre l’évaluation de la menace environnementale et l’évaluation des ressources personnelles de gestion. Lorsque les exigences externes ou internes sont perçues comme largement supérieures aux capacités de régulation, le niveau de stress grimpe de manière critique.
La notion d’évaluation cognitive non spécifique
Sheldon Cohen et ses co-auteurs ont également intégré les théories de l’attribution et de l’impuissance apprise (learned helplessness) de Martin Seligman. L’exposition répétée à des situations imprévisibles et incontrôlables peut amener l’individu à développer une croyance généralisée selon laquelle ses actions n’auront aucun impact sur les résultats futurs. La PSS-14 capte cette disposition en demandant au sujet si les difficultés « s’accumulent au point de ne plus pouvoir être surmontées ».
Enfin, le choix méthodologique de borner l’évaluation aux « trente derniers jours » constitue un compromis théorique rigoureux : cette période est suffisamment longue pour mesurer un niveau de stress chronique ou semi-chronique significatif sur le plan biologique, tout en étant suffisamment brève pour minimiser les biais rétrospectifs et les altérations de mémoire à long terme.
7. Validité
La PSS-14 a fait l’objet de nombreuses validations empiriques documentées à travers des centaines d’études internationales, démontrant une excellente robustesse psychométrique.
Validité de construit et convergente
Dans l’étude princeps de Cohen et al. (1983), menée auprès de trois échantillons (deux cohortes d’étudiants universitaires, $N = 332$ et $N = 114$, et un échantillon participant à un programme d’arrêt du tabac, $N = 64$), la PSS-14 a démontré une forte validité convergente avec des mesures établies de détresse psychologique et d’affect négatif :
- Corrélations positives substantielles avec l’inventaire de dépression de Beck (BDI), avec des coefficients $r$ oscillant entre 0,65 et 0,76.
- Corrélations significatives avec l’échelle de symptômes du Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D) ($r = 0,70$ à $0,72$).
- Corrélations positives avec le nombre de symptômes physiques somatiques autodéclarés (Cohen-Hoberman Inventory of Physical Symptoms, CHIPS) ($r = 0,52$ à $0,65$).
- Corrélations négatives attendues avec des construits de bien-être, d’optimisme et de sentiment d’efficacité personnelle générale.
Validité discriminante
Un enjeu psychométrique crucial était de démontrer que la PSS-14 ne mesurait pas simplement la même chose que les échelles d’événements de vie objectifs. Cohen et al. (1983) ont révélé que les corrélations entre la PSS-14 et les échelles de stress cumulatif événementiel (telles que le College Student Life-Events Scale) étaient modérées ($r = 0,24$ à $0,35$). De plus, les analyses de régression multiple ont prouvé que la PSS-14 expliquait une part importante de variance incrémentielle dans les symptômes physiques et la détresse émotionnelle, au-delà de la variance expliquée par le simple nombre d’événements de vie vécus. Cela a confirmé que l’évaluation subjective apporte une information psychologique unique non captée par les indicateurs objectifs.
Validité prédictive
Dans l’échantillon de sujets suivant un sevrage tabagique (Cohen et al., 1983), les scores élevés à la PSS-14 se sont révélés de puissants prédicteurs de l’échec du maintien de l’abstinence tabagique après le traitement ($r = 0,39$). Dans des études épidémiologiques ultérieures, Cohen et ses collègues (1991, 1998) ont montré que des scores élevés à l’échelle de stress perçu prédisaient un taux d’infection significativement accru et une incidence plus élevée de rhume clinique après inoculation expérimentale de rhinovirus, même après contrôle strict de l’âge, du sexe, de la saison et du niveau initial d’anticorps.
8. Fidélité
La fidélité de la PSS-14 a été méticuleusement examinée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle (test-retest).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans la publication originale de Cohen, Kamarck et Mermelstein (1983), les indices de consistance interne ont révélé une homogénéité élevée des items :
- Échantillon 1 (étudiants en psychologie) : $\alpha = 0,84$
- Échantillon 2 (étudiants universitaires généraux) : $\alpha = 0,85$
- Échantillon 3 (fumeurs en sevrage) : $\alpha = 0,86$
Dans l’échantillon représentatif de la population américaine de Cohen et Williamson (1988) ($N = 2 387$), la PSS-14 a présenté un coefficient alpha global de $0,75$. Les études d’adaptation transculturelle (en français, espagnol, portugais, chinois et allemand) rapportent de manière constante des valeurs d’alpha de Cronbach comprises entre $0,78$ et $0,88$, attestant d’une excellente fiabilité statistique à travers différents contextes linguistiques.
Fidélité test-retest
Étant donné que la PSS-14 évalue un état subjectif fluctuant sensible aux changements circonstanciels sur une fenêtre temporelle d’un mois, les coefficients de corrélation test-retest attendus dépendent fortement de l’intervalle temporel considéré :
- À court terme (intervalle de 2 jours) : la fidélité test-retest rapportée par Cohen et al. (1983) dans un sous-groupe d’étudiants s’élevait à $r = 0,85$, indiquant une excellente stabilité temporelle immédiate sans effet d’apprentissage majeur.
- À moyen terme (intervalle de 6 semaines) : la corrélation diminuait logiquement à $r = 0,55$. Cette baisse est parfaitement conforme aux prédictions théoriques : le stress perçu est conçu comme un construit situationnel dynamique et non comme un trait de personnalité immuable. Les changements d’environnement et de circonstances de vie au cours d’une période de six semaines modifient naturellement le niveau d’évaluation du stress.
9. Analyse factorielle
Bien que Sheldon Cohen et ses collaborateurs aient initialement conçu la PSS-14 comme une échelle unidimensionnelle représentant une mesure globale unique du stress perçu, les analyses factorielles ultérieures ont généré d’importants débats méthodologiques et enrichi la compréhension de sa structure latente.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Dès les premières AFE menées avec rotation Varimax et Oblimin, une solution à deux facteurs a émergé avec une régularité frappante dans la quasi-totalité des études empiriques indépendantes :
- Facteur 1 : Détresse perçue (Perceived Helplessness / Negative Stress) : Ce facteur regroupe les 7 items formulés négativement (items 1, 2, 3, 8, 11, 12, 14). Les saturations factorielles de ces items sur ce premier axe oscillent généralement entre 0,55 et 0,78. Ce facteur explique approximativement 25 % à 32 % de la variance totale.
- Facteur 2 : Auto-efficacité perçue (Perceived Self-Efficacy / Coping Ability) : Ce facteur est composé des 7 items formulés positivement et inversés (items 4, 5, 6, 7, 9, 10, 13). Leurs saturations factorielles se situent habituellement entre 0,58 et 0,82, expliquant entre 16 % et 22 % de la variance additionnelle.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et modèles concurrents
Avec l’avènement des méthodes de modélisation par équations structurelles (SEM), plusieurs modèles ont été testés et comparés :
- Modèle unidimensionnel strict : tous les items saturent sur un unique facteur général de stress. Les indices d’ajustement de ce modèle sont systématiquement médiocres (RMSEA > 0,08, CFI < 0,88, TLI < 0,86).
- Modèle bifactoriel corrélé : deux facteurs distincts mais corrélés (Détresse perçue et Auto-efficacité perçue). Ce modèle présente d’excellents indices d’ajustement (RMSEA < 0,05, CFI > 0,94, SRMR < 0,05). La corrélation entre les deux dimensions latentes varie généralement de $-0,40$ à $-0,60$.
- Modèle bifactor (Bifactor Model) : un facteur général de stress perçu coexistant avec deux facteurs de groupe spécifiques (items positifs vs items négatifs). De nombreuses études contemporaines démontrent que le modèle bifactor offre le meilleur compromis statistique, suggérant que si un facteur global de stress perçu sous-tend l’ensemble de l’instrument, la formulation positive/négative induit une variance spécifique qui ne doit pas être négligée.
Il est à noter que dans les travaux de Cohen et Williamson (1988), l’item 12 (« In the last month, how often have you found yourself thinking about things that you have to accomplish ») présentait une saturation factorielle plus faible (souvent inférieure à 0,35) et une plus faible corrélation item-total, ce qui a conduit les auteurs à concevoir la version abrégée en 10 items (PSS-10), dans laquelle les items 4, 5, 12 et 13 ont été écartés pour optimiser les indices psychométriques.
10. Instrument de mesure
Voici les caractéristiques techniques de l’instrument psychométrique :
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (auto-questionnaire papier-crayon ou numérique).
- Nombre total d’items : 14 items.
- Format d’administration : Individuel ou collectif, en passation libre non chronométrée.
- Temps de passation moyen : Entre 3 et 5 minutes.
- Période de référence temporelle : Les 30 derniers jours (« In the last month »).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 points évaluant la fréquence relative :
- 0 = Never (Jamais)
- 1 = Almost Never (Presque jamais)
- 2 = Sometimes (Parfois)
- 3 = Fairly Often (Assez souvent)
- 4 = Very Often (Très souvent)
- Cotation et calcul du score global :
- Items directs (cotation standard 0 à 4) : Items 1, 2, 3, 8, 11, 12 et 14. (0 = 0, 1 = 1, 2 = 2, 3 = 3, 4 = 4).
- Items inversés (cotation inversée 4 à 0) : Items 4, 5, 6, 7, 9, 10 et 13. Pour ces items, les points doivent être convertis : 0 = 4, 1 = 3, 2 = 2, 3 = 1, 4 = 0.
- Score total : Somme de l’ensemble des 14 items après inversion. L’étendue possible du score va de 0 à 56.
- Interprétation des scores : Il n’existe pas de seuil clinique officiel universel défini par les auteurs, la PSS n’étant pas une échelle nosologique. Toutefois, dans la littérature de recherche, les scores sont fréquemment regroupés par tertiles ou quartiles normatifs : scores de 0 à 18 (stress faible), 19 à 37 (stress modéré), et 38 à 56 (stress élevé / sévère).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’Échelle de stress perçu à 14 items a été initialement publiée en 1983 par Sheldon Cohen, Tom Kamarck et Robin Mermelstein dans le Journal of Health and Social Behavior, publié par l’American Sociological Association. Une analyse normative complémentaire a été publiée en 1988 par Sheldon Cohen et Gail Williamson.
Conditions de licence et d’utilisation : Le Professeur Sheldon Cohen et ses collaborateurs ont mis la PSS-14 (ainsi que les versions PSS-10 et PSS-4) dans le domaine public à des fins de recherche académique, scientifique et pédagogique non commerciale. L’instrument est accessible gratuitement via la page académique de Sheldon Cohen à l’Université Carnegie Mellon (Laboratory for the Study of Stress, Immunity, and Disease). Aucune autorisation écrite préalable n’est requise pour une utilisation dans le cadre d’études de recherche ou de mémoires universitaires, sous réserve d’une citation bibliographique rigoureuse des articles princeps de 1983 ou 1988. Toute utilisation commerciale, intégration dans des plateformes payantes d’entreprises ou applications à but lucratif requiert l’accord formel des détenteurs des droits.
12. Références
Les références ci-dessous fournissent le cadre théorique, méthodologique et psychométrique fondamental régissant l’utilisation de l’échelle :
- Cohen, S., Kamarck, T., & Mermelstein, R. (1983). A global measure of perceived stress. Journal of Health and Social Behavior, 24(4), 385–396. https://doi.org/10.2307/2136404
- Cohen, S., & Williamson, G. M. (1988). Perceived stress in a probability sample of the United States. In S. Spacapan & S. Oskamp (Eds.), The Social Psychology of Health: The Claremont Symposium on Applied Social Psychology (pp. 31–67). Sage Publications.
- Cohen, S., Tyrrell, D. A., & Smith, A. P. (1991). Psychological stress and susceptibility to the common cold. New England Journal of Medicine, 325(9), 606–612. https://doi.org/10.1056/NEJM199108293250903
- Cohen, S., Frank, E., Doyle, W. J., Skoner, D. P., Rabin, B. S., & Gwaltney, J. M., Jr. (1998). Types of stressors that increase susceptibility to the common cold in healthy adults. Health Psychology, 17(3), 214–223. https://doi.org/10.1037/0278-6133.17.3.214
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Taylor, J. M. (2015). Psychometric analysis of the Ten-Item Perceived Stress Scale. Psychological Assessment, 27(1), 90–101. https://doi.org/10.1037/a0038100
13. Questions et items du questionnaire
The questions in this scale ask you about your feelings and thoughts during the last month. In each case, you will be asked to indicate your response by placing an “X” over the circle representing HOW OFTEN you felt or thought a certain way. Although some of the questions are similar, there are differences between them and you should treat each one as a separate question. The best approach is to answer fairly quickly. That is, don’t try to count up the number of times you felt a particular way, but rather indicate the alternative that seems like a reasonable estimate.
0 = Never
1 = Almost Never
2 = Sometimes
3 = Fairly Often
4 = Very Often
- In the last month, how often have you been upset because of something that happened unexpectedly?
- In the last month, how often have you felt that you were unable to control the important things in your life?
- In the last month, how often have you felt nervous and “stressed”?
- In the last month, how often have you dealt successfully with day to day problems and annoyances
- In the last month, how often have you felt that you were effectively coping with important changes that were occurring in your life?
- In the last month, how often have you felt confident about your ability to handle your personal problems?
- In the last month, how often have you felt that things were going your way?
- In the last month, how often have you found that you could not cope with all the things that you had to do?
- In the last month, how often have you been able to control irritations in your life?
- In the last month, how often have you felt that you were on top of things?
- In the last month, how often have you been angered because of things that were outside your control?
- In the last month, how often have you found yourself thinking about things that you have to accomplish
- In the last month, how often have you been able to control the way you spend your time
- In the last month, how often have you felt difficulties were piling up so high that you could not overcome them?