1. Résumé / Abstract
L’Échelle de stress lié au rôle de genre masculin (Masculine Gender Role Stress Scale, MGRS), élaborée initialement par Richard M. Eisler et Jay R. Skidmore en 1987, constitue l’un des instruments psychométriques fondamentaux dans l’étude de la psychologie du genre masculin et de la santé des hommes. Conçue pour évaluer les réponses cognitives et émotionnelles de stress découlant de l’adhésion rigide aux exigences normatives du rôle masculin traditionnel, la MGRS postule que la socialisation masculine engendre des vulnérabilités spécifiques lorsque les individus perçoivent une incapacité à satisfaire ces normes prescrites ou lorsqu’ils sont confrontés à des situations transgressant les impératifs culturels de la masculinité hégémonique.
L’instrument comprend 40 items répartis de façon équilibrée sur cinq sous-échelles factorielles distinctes comportant chacune 8 items : l’Inadéquation physique (Physical Inadequacy), l’Inexpressivité émotionnelle (Emotional Inexpressiveness), la Subordination aux femmes (Subordination to Women), l’Infériorité intellectuelle (Intellectual Inferiority) et les Échecs de performance (Performance Failures). Les répondants évaluent le niveau d’anxiété ou de tension suscité par chaque situation sur une échelle de Likert en 6 points, allant de 1 (« Not Stressful ») à 6 (« Extremely Stressful »).
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach globaux oscillant généralement entre 0,88 et 0,93, et des coefficients compris entre 0,73 et 0,86 pour les cinq facteurs spécifiques. La validité de construit, confirmée par de nombreuses analyses factorielles confirmatoires et études corrélationnelles, établit des liens empiriques solides entre des scores élevés à la MGRS et une réactivité cardiovasculaire accrue face au stress, des niveaux élevés de colère et d’hostilité, de l’anxiété, ainsi que l’adoption de comportements à risque préjudiciables à la santé physique et psychologique.
2. Mots-clés / Keywords
Stress lié au rôle de genre masculin, MGRS, masculinité hégémonique, psychologie du genre, réactivité cardiovasculaire, santé des hommes, inexpressivité émotionnelle, subordination aux femmes, psychométrie, évaluation du stress.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par des chercheurs émérites en psychologie clinique et comportementale :
- Richard M. Eisler, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie clinique à l’Institut polytechnique et université d’État de Virginie (Virginia Polytechnic Institute and State University – Virginia Tech), Département de psychologie, Blacksburg, Virginie, États-Unis. Pionnier des approches cognitivo-comportementales appliquées aux questions de genre, à la colère et aux troubles cardiovasculaires.
- Jay R. Skidmore, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur ayant mené ses travaux doctoraux à Virginia Tech, ultérieurement affilié au Département de psychologie de l’Université de Seattle Pacific (Seattle Pacific University), Seattle, Washington, États-Unis. Spécialiste de la médecine comportementale et de la psychométrie.
- Collaborateurs ultérieurs majeurs :
- C. Harold Ward, Ph.D. (Virginia Tech) : Collaborateur sur les études initiales reliant le stress masculin aux facteurs de risque cardiovasculaire et à l’anxiété (1988).
- Janice A. Blalock, Ph.D. (The University of Texas M. D. Anderson Cancer Center) : Chercheuse ayant étendu le modèle théorique et clinique de la MGRS à l’évaluation diagnostique masculine (1991).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de stress lié au rôle de genre masculin (MGRS) est d’opérationnaliser et de quantifier le stress psychologique résultant spécifiquement des attentes, des pressions normatives et des exigences rigides inhérentes au rôle de genre masculin dans les sociétés occidentales. Avant l’émergence de la MGRS à la fin des années 1980, l’évaluation de la masculinité reposait principalement sur des inventaires de traits globaux, tels que le Bem Sex-Role Inventory (BSRI) ou le Personal Attributes Questionnaire (PAQ). Bien que ces instruments aient permis de mesurer l’adhésion auto-déclarée à des traits masculins ou instrumentaux, ils présentaient une limite conceptuelle majeure : ils ne parvenaient pas à évaluer la charge émotionnelle toxique, l’anxiété d’évaluation et la détresse associées à la peur de transgresser ces normes de rôle.
Eisler et Skidmore (1987) ont développé la MGRS pour combler cette lacune en s’appuyant sur le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman. Dans ce paradigme, le stress n’est pas inhérent à un trait fixe de personnalité, mais découle d’une évaluation cognitive (cognitive appraisal) selon laquelle les exigences environnementales excèdent les ressources de coping de l’individu ou menacent son identité. Pour de nombreux hommes socialisés selon les préceptes patriarcaux traditionnels, toute situation qui compromet leur statut de pourvoyeur, leur domination, leur contrôle émotionnel, leur vigueur sexuelle ou leur puissance physique est appréhendée comme une menace existentielle envers leur masculinité.
Sur le plan clinique, l’échelle offre aux praticiens une grille diagnostique permettant d’identifier les déclencheurs spécifiques de colère, d’agressivité défensive, de repli social et de somatisation. Les hommes présentant des scores élevés à la MGRS ont une probabilité accrue de refuser la recherche d’aide médicale ou psychologique, d’adopter des conduites addictives (consommation abusive d’alcool et de substances), d’exprimer des conflits relationnels et conjugaux exacerbés, et de manifester une hostilité interpersonnelle susceptible de déboucher sur la violence conjugale ou la misogynie défensive.
Dans le domaine de la recherche empirique, la MGRS s’est avérée être un puissant prédicteur des réponses physiologiques au stress. Les études en médecine comportementale démontrent régulièrement que lors de tâches de laboratoire mettant en jeu la compétition ou la subordination, les hommes affichant un stress de rôle élevé manifestent une hyperréactivité cardiovasculaire caractérisée par une augmentation significative de la pression artérielle systolique et diastolique, ainsi qu’une élévation prolongée des résistances vasculaires périphériques, facteurs de risque reconnus dans l’étiologie des coronaropathies.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de stress lié au rôle de genre masculin repose sur l’hypothèse multidimensionnelle selon laquelle la socialisation masculine traditionnelle impose des devoirs stricts dans cinq domaines majeurs de l’existence. La menace perçue dans chacun de ces domaines constitue une sous-échelle distincte de la MGRS, comprenant chacune 8 items représentatifs :
1. Inadéquation physique (Physical Inadequacy)
Cette dimension mesure la détresse psychologique ressentie lorsqu’un homme craint de ne pas satisfaire aux normes de force corporelle, de vigueur, d’endurance athlétique et d’attractivité physique associées à la masculinité hégémonique. La socialisation masculine associe étroitement la virilité à l’invulnérabilité biologique, à la robustesse musculaire et à la puissance corporelle. Les situations typiques de cette sous-échelle renvoient au sentiment de ne pas être en bonne condition physique (item 1), de paraître moins athlétique qu’un pair (item 26) ou de ne pas supporter l’alcool aussi bien que les autres hommes (item 36). Pour les hommes à haut score, toute manifestation de faiblesse corporelle, de maladie ou de vieillissement est vécue comme une déchéance identitaire intolérable.
2. Inexpressivité émotionnelle (Emotional Inexpressiveness)
Ce facteur évalue l’anxiété et le malaise intense générés par les situations exigeant la verbalisation d’émotions vulnérables, l’expression de la tendresse, de la tristesse, de la peur ou le soutien affectif ouvert. La norme masculine traditionnelle prescrit le stoïcisme émotionnel (restrictive emotionality) : l’homme doit afficher un contrôle inébranlable et refouler toute manifestation affective perçue comme un signe de faiblesse. Cette sous-échelle intègre des contextes tels que dire à son/sa partenaire qu’on l’aime (item 2), avouer que l’on a été blessé par une remarque (item 12), admettre avoir peur (item 17) ou pleurer devant ses propres enfants (item 22). Ce blocage émotionnel constitue une entrave majeure à l’intimité relationnelle et favorise la somatisation de la détresse psychologique.
3. Subordination aux femmes (Subordination to Women)
Cette sous-échelle capte la menace narcissique et le stress ressentis lorsqu’un homme se trouve en position de dépendance, d’infériorité hiérarchique, de compétition défavorable ou de soumission vis-à-vis d’une femme. Ancrée dans le modèle patriarcal où l’homme doit exercer l’autorité, la direction et le leadership au sein du couple et de la sphère publique, cette dimension examine la résistance cognitive à l’égalité de genre. Les items illustratifs incluent le fait d’être surpassé professionnellement par une femme (item 3), d’avoir une femme pour supérieure hiérarchique (item 7), de laisser une femme prendre le contrôle d’une situation (item 9) ou de dialoguer avec une personne se réclamant du féminisme (item 19). Des scores élevés traduisent une rigidité patriarcale et prédisent des conflits de pouvoir au sein du couple ainsi qu’une hostilité accrue envers les femmes accédant à des postes de décision.
4. Infériorité intellectuelle (Intellectual Inferiority)
La quatrième dimension évalue l’angoisse éprouvée lorsqu’un homme voit sa compétence cognitive, sa rationalité, ses capacités décisionnelles ou son acuité stratégique remises en cause en public. Le rôle masculin valorise l’expertise, la certitude, l’autorité intellectuelle et la capacité à apporter des solutions logiques immédiates sans manifester de doute. Cette dimension est illustrée par l’obligation de demander son chemin lorsqu’on est perdu (item 4), le fait d’être qualifié d’indécis par autrui (item 24) ou de devoir collaborer avec des collègues perçus comme plus brillants que soi (item 34). La peur d’apparaître ignorant ou incompétent pousse souvent ces individus à adopter des postures défensives, dogmatiques ou autoritaires.
5. Échecs de performance (Performance Failures)
Cette dimension quantifie le stress associé à l’incapacité de satisfaire aux impératifs primordiaux de réussite socio-économique, de statut professionnel de pourvoyeur (breadwinner) et de performance sexuelle. L’identité masculine traditionnelle lie intrinsèquement la valeur personnelle de l’homme à sa productivité financière et à sa virilité reproductive et mécanique. Les items couvrent le chômage (item 5), le fait de ne pas gagner suffisamment d’argent (item 10), les dysfonctions érectiles ou l’incapacité d’avoir un rapport sexuel satisfaisant (item 20, item 30), ainsi que le licenciement (item 40). Les perturbations dans ces domaines induisent fréquemment des effondrements dépressifs majeurs marqués par la honte et la perte de repères.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de la MGRS s’inscrit au carrefour de deux courants majeurs des sciences humaines et médicales : le paradigme de la tension du rôle de genre (Gender Role Strain Paradigm) issu de la sociologie et de la psychologie sociale féministe, et la théorie cognitive du stress et du coping formalisée par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984).
Le paradigme de la tension du rôle de genre de Pleck
Historiquement, l’analyse du genre en psychologie était dominée par le modèle de l’identité de genre (Gender Role Identity Paradigm), postulant que l’intériorisation adéquate des traits stéréotypés masculins était un prérequis indispensable à la santé mentale de l’homme. Dès le début des années 1980, le psychologue Joseph Pleck a renversé cette perspective en introduisant le paradigme de la tension du rôle de genre (1981, 1995). Pleck soutient que les rôles de genre sont des constructions sociales contradictoires, rigides et intrinsèquement dysfonctionnelles. Selon lui, la conformité même à ces normes produit une détresse psychologique systématique en raison de trois mécanismes distincts :
- La tension d’écart (Discrepancy Strain) : la détresse éprouvée lorsqu’un homme échoue à se conformer aux standards inatteignables de la masculinité idéale.
- La tension de traumatisme (Trauma Strain) : les blessures psychologiques résultant des processus brutaux et punitifs de socialisation masculine durant l’enfance.
- La tension de dysfonction (Dysfunction Strain) : les conséquences négatives directes subies par l’homme et son entourage lorsque celui-ci applique rigidement les normes prescrites (par exemple, violence, incapacité à communiquer ses émotions, conduites à haut risque).
Le modèle cognitif transactionnel d’Eisler
Eisler et Skidmore ont opérationnalisé la « tension d’écart » et la « tension de dysfonction » de Pleck à travers le prisme transactionnel du stress. Selon leur formulation théorique, le stress de rôle masculin ne provient pas de la situation objective en elle-même, mais de l’évaluation primaire de menace que l’individu porte sur un événement. Un homme conditionné par une éthique patriarcale évalue toute situation révélant de la vulnérabilité (par exemple, une conjointe gagnant un salaire supérieur, item 13) non comme un fait neutre ou positif, mais comme une invalidation catastrophique de son statut masculin.
L’évaluation secondaire (les ressources perçues pour faire face à la menace) se trouve également bridée par la rigidité du rôle : l’homme s’interdit d’utiliser des stratégies d’adaptation centrées sur l’expression émotionnelle, la recherche de soutien social ou la négociation collaborative. En conséquence, les seules stratégies de coping autorisées par son répertoire comportemental sont l’action agressive, le contrôle accru, l’évitement ou la somatisation. La MGRS constitue ainsi la mesure quantitative directe de ces évaluations cognitives de menace spécifiques au mandat de genre.
7. Validité / Validity
Depuis sa publication originale, l’échelle MGRS a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques confirmant sa solidité métrologique à travers diverses cultures et sous-populations cliniques ou non-cliniques.
Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit a été solidement établie dès l’étude princeps d’Eisler et Skidmore (1987) auprès de 274 étudiants universitaires masculins. Les 40 items finaux ont émergé d’un pool initial de situations stressantes évaluées pour leur pertinence différentielle entre hommes et femmes. Des analyses en composantes principales suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques ont systématiquement confirmé l’existence des cinq facteurs indépendants mais corrélés entre eux, expliquant une part substantielle de la variance totale de l’instrument.
Validité convergente
La validité convergente de la MGRS a été largement démontrée par ses corrélations statistiquement significatives et positives avec plusieurs mesures établies de psychopathologie et de traits de personnalité :
- Colère et Hostilité : Des corrélations positives modérées à fortes (r variant de 0,35 à 0,55, p < 0,001) ont été observées avec le State-Trait Anger Expression Inventory (STAXI) de Spielberger et l’échelle d’hostilité du MMPI (Cook-Medley Hostility Scale). Les hommes ayant un MGRS élevé expriment leur colère de manière externalisée et destructive.
- Anxiété : Des associations significatives avec le State-Trait Anxiety Inventory (STAI), indiquant que les situations de menace de genre activent une anxiété généralisée chronique.
- Attitudes envers les femmes : Des corrélations négatives avec les échelles mesurant l’égalitarisme de genre (comme l’Attitudes Toward Women Scale), démontrant que les scores élevés à la sous-échelle « Subordination to Women » prédisent des attitudes sexistes et antiféministes.
Validité discriminante
La validité discriminante est étayée par le fait que la MGRS n’est que très faiblement corrélée aux mesures globales de désirabilité sociale (telles que l’échelle de Marlowe-Crowne, avec des r généralement inférieurs à |0,15|), attestant que les scores ne sont pas de simples artefacts de présentation de soi. De plus, la MGRS démontre une valeur incrémentale par rapport aux échelles de stress généraliste (comme l’échelle de stress perçu de Cohen, PSS) : le score global à la MGRS prédit la détresse masculine et les réactions cardiovasculaires même après contrôle statistique du niveau de stress de vie global.
Validité prédictive et réactivité physiologique
Dans l’étude pionnière d’Eisler, Skidmore et Ward (1988), les chercheurs ont soumis des hommes à bas et haut score MGRS à des tâches de laboratoire simulant des défis physiques ou intellectuels compétitifs face à des femmes ou des hommes. Les participants affichant un score MGRS élevé ont présenté une réactivité cardiovasculaire significativement supérieure, mesurée par une élévation marquée de la pression artérielle systolique (augmentation moyenne de plus de 12 mmHg au-dessus de la ligne de base) et une tachycardie prolongée post-tâche, établissant la validité prédictive de l’instrument dans le champ de la psycho-neuro-immunologie et de la santé cardiovasculaire.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés psychométriques relatives à la fidélité de l’échelle MGRS ont été confirmées par des réplications indépendantes menées sur des échantillons diversifiés (étudiants, populations communautaires, militaires et patients en clinique cardiologique ou psychiatrique).
Consistance interne
L’homogénéité globale des items de l’échelle s’avère excellente. Dans l’échantillon de dérivation original d’Eisler et Skidmore (1987, N = 274), le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle totale de 40 items s’élevait à 0,92. Les analyses de consistance interne pour chacune des cinq sous-échelles de 8 items ont révélé les coefficients suivants :
- Inadéquation physique (Physical Inadequacy) : α = 0,86
- Inexpressivité émotionnelle (Emotional Inexpressiveness) : α = 0,81
- Subordination aux femmes (Subordination to Women) : α = 0,84
- Infériorité intellectuelle (Intellectual Inferiority) : α = 0,78
- Échecs de performance (Performance Failures) : α = 0,82
Des travaux ultérieurs (par exemple, Watkins et al., 1991 ; Arrindell et al., 2003 dans des adaptations transculturelles européennes) ont rapporté des coefficients alpha globaux systématiquement supérieurs à 0,89, confirmant que les 40 items participent de manière cohérente à l’évaluation du construit unifié de stress de rôle.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été mesurée par Eisler et ses collaborateurs sur un sous-échantillon d’hommes réévalués après un intervalle de deux semaines. Le coefficient de corrélation de Pearson pour l’échelle globale atteignait r = 0,93 (p < 0,001), et les coefficients des sous-échelles s’échelonnaient entre 0,85 et 0,91. Des évaluations conduites sur des périodes plus longues (8 à 12 semaines) continuent de montrer des coefficients de stabilité temporelle supérieurs à 0,75, attestant que la MGRS mesure une disposition évaluative stable dans le temps plutôt qu’un état émotionnel transitoire, tout en demeurant sensible aux interventions psychothérapeutiques ciblant la flexibilité cognitive du genre.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La confirmation de l’architecture structurelle de la MGRS a constitué une étape décisive de son intégration psychométrique.
Analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale
Lors de la phase de création, les concepteurs ont soumis un ensemble de situations potentielles de stress à une analyse en composantes principales avec rotation varimax auprès de participants masculins. Les critères d’extraction retenus comprenaient l’examen du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0). La structure s’est stabilisée de façon optimale autour de cinq facteurs majeurs expliquant conjointement plus de 45 % de la variance totale des réponses.
Les critères d’attribution des items étaient rigoureux : chaque item devait présenter une saturation factorielle (factor loading) primaire d’au moins 0,40 sur son facteur respectif et une saturation secondaire inférieure à 0,30 sur les autres facteurs. Les saturations factorielles observées sur les facteurs théoriques s’échelonnaient entre 0,42 et 0,76, garantissant une pureté dimensionnelle satisfaisante pour chacune des sous-échelles de 8 items.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Plusieurs études confirmatoires indépendantes, notamment celles synthétisées par Orbll (2013) ou les analyses menées sur des populations cliniques, ont confronté le modèle à cinq facteurs corrélés à des modèles alternatifs unidimensionnels ou hiérarchiques. Les indices d’ajustement du modèle à cinq facteurs se sont révélés nettement supérieurs :
- Chi-deux normé (χ²/ddl) : inférieur à 2,5 dans les échantillons adéquats.
- Comparative Fit Index (CFI) : oscillant entre 0,90 et 0,94.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : compris entre 0,048 et 0,062 (avec un intervalle de confiance à 90 % statistiquement acceptable).
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : inférieur au seuil critique de 0,06.
Bien que certains items présentent des saturations croisées mineures (notamment entre « Infériorité intellectuelle » et « Échecs de performance », en raison de la proximité des contextes de réussite professionnelle), les modèles confirmatoires appuient vigoureusement l’organisation de l’instrument en cinq dimensions interconnectées mais conceptuellement distinctes.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Échelle de stress lié au rôle de genre masculin (Masculine Gender Role Stress Scale – MGRS).
- Auteurs : Richard M. Eisler & Jay R. Skidmore (1987).
- Format d’administration : Auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé/en ligne.
- Population cible : Hommes adultes et jeunes adultes (adolescents tardifs à partir de 17-18 ans). Utilisable en recherche psychosociale, en médecine comportementale et en psychothérapie clinique.
- Nombre d’items : 40 items brefs formulés sous la forme d’événements, d’interactions sociales ou de situations de vie courante.
- Structure sous-jacente : 5 sous-échelles de 8 items chacune :
- Physical Inadequacy (Inadéquation physique) : items 1, 6, 16, 21, 26, 31, 36, 38.
- Emotional Inexpressiveness (Inexpressivité émotionnelle) : items 2, 12, 17, 22, 27, 29, 32, 37.
- Subordination to Women (Subordination aux femmes) : items 3, 7, 9, 13, 18, 19, 23, 28.
- Intellectual Inferiority (Infériorité intellectuelle) : items 4, 14, 15, 24, 33, 34, 35, 39.
- Performance Failures (Échecs de performance) : items 5, 8, 10, 11, 20, 25, 30, 40.
- Échelle de réponse (Format obligatoire) : Échelle de Likert en 6 points :
- 1 = Not Stressful (Pas du tout stressant)
- 2 = Minimally Stressful (Très peu stressant)
- 3 = Somewhat Stressful (Légèrement stressant)
- 4 = Moderately Stressful (Modérément stressant)
- 5 = Very Stressful (Très stressant)
- 6 = Extremely Stressful (Extrêmement stressant)
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Tous les items sont cotés de manière positive et directe (aucun item inversé).
- Le score global de la MGRS est obtenu par la somme arithmétique des 40 items, produisant un score total compris entre 40 et 240 points.
- Le score de chaque sous-échelle s’obtient en sommant ses 8 items spécifiques (score compris entre 8 et 48 points).
- Il est également possible de calculer une note moyenne par item (moyenne générale de 1 à 6) pour faciliter la comparaison entre les différentes sous-échelles.
- Plus le score est élevé, plus le niveau de stress éprouvé face aux menaces du rôle de genre masculin est important.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1987.
- Droits d’auteur et permissions : Les droits initiaux de l’article princeps sont détenus par l’éditeur académique Sage Publications (Behavior Modification). L’utilisation de l’instrument dans le cadre strict de la recherche scientifique académique, universitaire et non commerciale est généralement autorisée à des fins d’étude (« Fair Use » académique) sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale d’Eisler et Skidmore (1987).
- Tarification : L’échelle n’est pas commercialisée sous forme de kit psychotechnique payant par des distributeurs de tests propriétaires (comme Pearson ou Hogrefe). Elle est accessible librement dans la littérature scientifique spécialisée pour les chercheurs et praticiens qualifiés.
- Contact et reproduction commerciale : Toute reproduction commerciale, traduction éditoriale officielle ou intégration dans un logiciel clinique payant requiert une autorisation écrite préalable via le système de dédouanement des droits de l’éditeur ou les ayants droit académiques.
12. Références / References
Voici les références bibliographiques académiques conformes aux normes APA (7e édition) relatives à la MGRS :
- Arrindell, W. A., Kolk, A. M., Martin, C. A., Kwee, M. G., Booms, C. W., & van der Ende, J. (2003). Masculine gender role stress: A cross-national study of its structure and validity. Journal of Personality and Social Psychology, 84(4), 856–869. https://doi.org/10.1037/0022-3514.84.4.856
- Eisler, R. M., & Blalock, J. A. (1991). Masculine gender role stress: Implications for the assessment of men. Clinical Psychology Review, 11(1), 45–60. https://doi.org/10.1016/0272-7358(91)90136-S
- Eisler, R. M., & Skidmore, J. R. (1987). Masculine gender role stress: Scale development and component factors in the appraisal of stressful situations. Behavior Modification, 11(2), 123–136. https://doi.org/10.1177/01454455870112001
- Eisler, R. M., Skidmore, J. R., & Ward, C. H. (1988). Masculine gender-role stress: Predictor of anger, anxiety, and health-risk behaviors. Journal of Personality Assessment, 52(1), 133–141. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa5201_12
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Orbll, M. M. (2013). Anger management in college students: A latent class analysis (Doctoral dissertation, University of Georgia). University of Georgia Theses and Dissertations. http://scholar.lib.vt.edu/theses/available/etd-02012007-160430/unrestricted/FinalThesis.pdf
- Pleck, J. H. (1981). The myth of masculinity. MIT Press.
- Pleck, J. H. (1995). The gender role strain paradigm: An update. In R. F. Levant & W. S. Pollack (Eds.), A new psychology of men (pp. 11–32). Basic Books.
- Watkins, P. L., Eisler, R. M., Carpenter, L., Schechtman, K. B., & Fisher, E. B. (1991). Cardiovascular reactivity to laboratory stressors and masculine gender role stress. Journal of Behavioral Medicine, 14(4), 345–362. https://doi.org/10.1007/BF00845112
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
1 = Not Stressful
2 = Minimally Stressful
3 = Somewhat Stressful
4 = Moderately Stressful
5 = Very Stressful
6 = Extremely Stressful
Items:
- Feeling that you are not in good physical condition.
- Telling your spouse that you love her/him.
- Being outperformed at work by a woman.
- having to ask for directions when you are lost.
- Being unemployed.
- Not being able to find a sexual partner.
- having a female boss.
- having your lover say that she/he is not satisfied.
- Letting a woman take control of the situation.
- Not making enough money.
- Being perceived by someone as « gay » or “lesbian”.
- Telling someone that you feel hurt by what they said.
- Being married to someone who makes more money than you.
- Working with people who seem more ambitious than you.
- Finding you lack the occupational skills to succeed.
- Losing in a sports competition.
- Admitting that you are afraid of something.
- Being with a woman who is more successful than you.
- Talking with a « feminist ».
- Being unable to perform sexually.
- Being perceived as having feminine traits.
- having your children see you cry.
- Being outperformed in a game by a woman.
- having people say that you are indecisive.
- Being too tired for sex when your lover initiates it.
- Appearing less athletic than a friend.
- Talking with a woman who is crying.
- Needing your spouse to work to help support the family.
- having others say that you are too emotional.
- Being unable to become sexually aroused when you want.
- Being compared unfavorably to men.
- Comforting a male friend who is upset.
- Admitting to your friends that you do housework.
- Working with people who are brighter than yourself.
- Getting passed over for a promotion.
- Knowing you cannot hold your liquor as well as others.
- having a man put his arm around your shoulder.
- Being with a woman who is much taller than you.
- Staying home during the day with a sick child.
- Getting fired from your job.