1. Résumé / Abstract
L’Échelle de stress général (en anglais, Stress in General Scale ou SIG), développée par Jeffrey M. Stanton, William K. Balzer, Patricia Cain Smith, Luis F. Parra et Gail H. Ironson en 2001, constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et largement adoptés pour quantifier le stress global perçu au travail dans le champ de la psychologie de la santé au travail et de la psychologie des organisations. Conçue pour pallier les écueils des échelles antérieures qui confondaient fréquemment les sources environnementales d’agression (stresseurs), l’état subjectif d’activation physiologique et psychologique (stress) et les conséquences délétères à long terme (souffrance, épuisement ou strain), la SIG se concentre spécifiquement sur l’évaluation cognitive et affective globale que l’individu porte sur son niveau de stress professionnel actuel.
L’instrument repose sur une architecture brève comprenant 15 items sous forme d’adjectifs ou de courtes locutions descriptives, héritée de la tradition méthodologique du Job Descriptive Index (JDI). La SIG se décompose en deux dimensions factorielles distinctes mais corrélées : la sous-échelle de Pression (Pressure, 7 items), qui capte la cadence frénétique, la charge temporelle et les exigences pressantes de la tâche, et la sous-échelle de Menace (Threat, 8 items), qui reflète une atteinte plus profonde, caractérisée par des sentiments de détresse, d’anxiété, d’accablement et d’irritabilité. Les participants répondent généralement selon le format tripartite historique du JDI (« Oui » = 3 points, « Non » = 0 point, « ? » / Ne peut pas décider = 1,5 point) ou via une échelle de type Likert en 5 points (de 1 = « Jamais » à 5 = « Tout le temps »).
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre d’excellentes propriétés psychométriques établies auprès de larges cohortes professionnelles hétérogènes. La cohérence interne est remarquable, affichant des coefficients alpha de Cronbach d’environ 0,88 pour la Pression, 0,82 pour la Menace et 0,91 pour le score composite total. Les analyses factorielles confirmatoires appuient la validité de sa structure bidimensionnelle, tandis que sa validité convergente et divergente s’illustre par de fortes corrélations avec l’épuisement professionnel (burnout), l’intention de départ, la détresse somatique et l’insatisfaction professionnelle globale, tout en maintenant une distinction conceptuelle nette avec les traits de personnalité comme l’affectivité négative et les simples évaluateurs de conditions physiques de travail.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de stress général, Stress in General Scale, SIG, stress professionnel, psychométrie, évaluation psychologique, psychologie du travail, pression temporelle, menace perçue, santé au travail, analyse factorielle, Job Descriptive Index.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de stress général a été élaborée et standardisée par un groupe de chercheurs éminents en psychologie industrielle et organisationnelle, rattachés notamment à la Bowling Green State University et à la Syracuse University :
- Jeffrey M. Stanton, Ph.D. : Professeur à la School of Information Studies de l’Université de Syracuse (New York, États-Unis). Spécialiste reconnu de la psychométrie appliquée, du stress technologique et professionnel, et des méthodes quantitatives d’évaluation organisationnelle. Courriel institutionnel : [email protected].
- William K. Balzer, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à la Bowling Green State University (Ohio, États-Unis). Ses travaux portent sur le jugement humain, la prise de décision au travail et l’évaluation des attitudes professionnelles.
- Patricia Cain Smith, Ph.D. (1917–2007) : Figure historique de la psychologie industrielle américaine, professeure à la Bowling Green State University, mondialement célèbre pour avoir co-développé le Job Descriptive Index (JDI) et le Job in General Scale (JIG).
- Luis F. Parra, Ph.D. : Chercheur en psychométrie et statistiques appliquées, ayant contribué aux modélisations par équations structurelles et aux applications de la théorie de réponse aux items (TRI) au sein de l’équipe de recherche sur le JDI.
- Gail H. Ironson, M.D., Ph.D. : Professeure de psychologie et de psychiatrie à l’Université de Miami (Floride, États-Unis). Experte internationale des interactions entre stress psychologique, santé somatique, neuroendocrinologie et immunologie.
4. Objectif / Purpose
Fondements et justification de l’instrument
L’objectif fondamental qui a motivé la création de la Stress in General Scale par Stanton et ses collègues (2001) était de combler un vide méthodologique et théorique majeur dans la littérature scientifique consacrée au stress au travail. Pendant plusieurs décennies, la recherche sur le stress organisationnel a été entachée d’une confusion conceptuelle systématique entre trois composantes distinctes du phénomène :
- Les stresseurs objectifs ou environnementaux (par exemple, la surcharge quantitative de travail, le conflit de rôle, l’ambiguïté organisationnelle, le bruit ambiant ou les horaires atypiques).
- Le stress perçu ou l’état subjectif d’évaluation (l’expérience cognitive et affective globale que l’individu vit face à la configuration globale de son environnement).
- Les souches ou conséquences nocives (strains) (les symptômes dépressifs, l’anxiété somatique, l’hypertension artérielle, les céphalées de tension ou les comportements de retrait organisationnel).
Avant la SIG, la majorité des instruments disponibles obligeaient les répondants soit à lister des stresseurs spécifiques – ce qui empêchait de quantifier l’état d’épuisement ou de tension globale ressenti par l’individu indépendamment de sources particulières – soit à rapporter des symptômes somato-psychiques déjà déclarés, rendant tautologiques les études cherchant à prédire la santé à partir du stress. Les auteurs ont donc cherché à modéliser un instrument qui capterait l’évaluation générale, synthétique et directe que fait un salarié de son propre niveau de stress, à l’instar de ce que l’échelle Job in General (JIG; Ironson et al., 1989) avait accompli pour la satisfaction professionnelle globale.
Applications en recherche et en pratique organisationnelle
Dans le domaine de la recherche académique, la SIG offre un outil d’une remarquable efficacité pour tester des modèles médiateurs et modérateurs complexes dans le cadre de la modélisation par équations structurelles. Elle permet aux chercheurs d’évaluer comment diverses interventions ergonomiques, modifications managériales ou ressources psychosociales (telles que le soutien social perçu ou le sentiment d’auto-efficacité) influencent directement le stress global avant que celui-ci ne se cristallise en pathologies chroniques ou en démissions.
En pratique clinique, organisationnelle et de conseil en ressources humaines, la SIG présente une utilité diagnostique immédiate :
- Diagnostic de climat psychosocial : Elle permet aux psychologues du travail et médecins du travail de cartographier rapidement les niveaux de détresse à travers différents départements ou catégories professionnelles d’une organisation sans surcharger cognitivement les salariés.
- Évaluation pré- et post-intervention : En raison de son format ultra-court et de son insensibilité aux détails anecdotiques des tâches, elle est parfaitement adaptée aux devis longitudinaux pour mesurer l’impact de programmes de gestion du stress, de méditation de pleine conscience ou de réorganisations managériales.
- Dépistage individuel : Bien que principalement conçue pour la recherche de groupe, elle aide le clinicien du travail à identifier si la plainte du travailleur relève d’une tension liée au rythme et aux délais (pression) ou d’un vécu d’angoisse et de persécution plus profond (menace), orientant ainsi la prise en charge thérapeutique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle de stress général est le stress professionnel global, défini comme une appréciation cognitive-affective intégrée selon laquelle les exigences globales de l’environnement de travail mettent à l’épreuve, excèdent ou menacent les capacités d’adaptation de l’individu. Contrairement aux approches unidimensionnelles simplistes, les travaux de Stanton et al. (2001) ont démontré empiriquement que cette expérience subjective générale se structure en deux dimensions psychologiques orthogonales ou modérément corrélées : la Pression et la Menace.
Dimension 1 : La Pression (Pressure)
La dimension de Pression reflète l’accélération perçue du tempo de travail, la charge temporelle intense, le sentiment de courir contre la montre et les sollicitations incessantes qui pèsent sur l’exécutant. Cette facette du stress est fortement ancrée dans l’intensité opérationnelle de la tâche quotidienne :
- Elle renvoie à des stresseurs de type « défis » (challenge stressors), où l’individu ressent une tension aiguë due aux exigences de production, sans nécessairement que son intégrité psychologique ou son estime de soi ne soient directement menacées.
- Exemples d’items illustrant cette composante : Demanding (Exigeant), Hectic (Frénétique / Trépidant), Pushed (Bousculé), Pressured (Sous pression).
- Sur le plan fonctionnel, des niveaux modérés de pression peuvent parfois s’accompagner d’une activation physiologique constructive (eustress), mais des niveaux chroniques entraînent une déplétion rapide des réserves énergétiques et un épuisement physique.
Dimension 2 : La Menace (Threat)
La dimension de Menace capture une composante beaucoup plus toxique et déstabilisante de l’expérience du stress. Elle incarne la détresse psychologique, l’anticipation de conséquences nocives, le sentiment de perte de contrôle et l’incapacité à faire face à une situation perçue comme hostile, débordante ou insoutenable :
- Elle est étroitement associée aux stresseurs de type « entraves » (hindrance stressors), qui génèrent un sentiment d’impuissance acquise, de frustration existentielle et d’atteinte au bien-être fondamental.
- Exemples d’items illustrant cette composante : Nerve-wracking (Énervant / Éreintant pour les nerfs), Overwhelming (Écrasant / Débordant), Hassled (Harcelé / Tracassé), Irritating (Irritant).
- Cette sous-échelle est celle qui corrèle le plus fortement avec les troubles anxio-dépressifs cliniques, la somatisation aiguë, les perturbations du sommeil et les ruptures d’engagement organisationnel.
Items inversés et valence affective positive
Afin de limiter les biais de réponse systématiques (tels que l’acquiescement passif ou les schémas de réponse automatiques), la SIG intègre des adjectifs à polarité positive qui doivent être inversés lors de la cotation : Calm (Calme), Relaxed (Détendu), Under control (Sous contrôle), Comfortable (Confortable), Smooth-running (Fluide / Bien réglé). Ces items ne constituent pas un facteur distinct mais mesurent l’extrémité inverse du continuum de tension et de détresse, évaluant la capacité du sujet à préserver des îlots d’homéostasie et de maîtrise dans son cadre professionnel.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman
Le socle conceptuel dominant de la SIG prend racine dans la théorie transactionnelle du stress et de l’adaptation formulée par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984). Selon cette perspective épistémologique, le stress ne réside ni exclusivement dans l’environnement extérieur (approche par le stimulus) ni purement dans les réponses physiologiques de l’organisme (approche par la réponse de Hans Selye), mais émerge de la transaction dynamique entre la personne et son environnement.
Dans ce modèle, l’évaluation cognitive se déroule en deux étapes :
- L’évaluation primaire : L’individu juge si la situation représente un danger, une perte, une menace ou un défi pour ses objectifs vitaux. Les items de la sous-échelle « Menace » de la SIG mesurent précisément le produit négatif de cette évaluation primaire.
- L’évaluation secondaire : L’individu évalue les ressources de coping (stratégies d’ajustement) dont il dispose pour neutraliser les contraintes. Les items reflétant la maîtrise (tels que Under control ou Overwhelming) témoignent de l’équilibre perçu entre contraintes environnementales et ressources personnelles disponibles.
La tradition méthodologique du Job Descriptive Index (JDI)
Au-delà de la théorie cognitive du stress, la SIG est l’héritière directe de la tradition psychométrique initiée par Patricia Cain Smith, Kendall et Hulin (1969) lors de la création du JDI. Cette école de pensée repose sur le constat fondamental que les êtres humains évaluent plus fidèlement leur état interne lorsqu’on leur présente des listes d’adjectifs descriptifs brefs plutôt que des énoncés phrastiques complexes et verbeux.
Les phrases longues et complexes présentent plusieurs biais majeurs : elles sollicitent excessivement la mémoire de travail, induisent des inférences causales indésirables et favorisent des réactions de désirabilité sociale. À l’inverse, une liste d’adjectifs concis (comme Hectic, Calm, Pressured) active des réseaux sémantiques immédiats dans la mémoire à long terme de l’employé, capturant une réponse affective globale, rapide et robuste. Cette approche méthodologique garantit que la SIG évalue le sentiment viscéral et cognitif global de stress plutôt qu’une rationalisation post-hoc de conditions de travail précises.
Articulation avec les modèles Demandes-Contrôle et Exigences-Ressources
La SIG s’articule également avec le modèle Job Demands-Resources (JD-R) de Bakker et Demerouti, ainsi qu’avec le modèle classique de Robert Karasek (Demandes-Contrôle-Soutien). Dans ces paradigmes, la composante de Pression est la conséquence psychologique directe d’une élévation massive des exigences quantitatives de travail, tandis que la composante de Menace survient lorsque des exigences excessives se combinent à une faible latitude décisionnelle et à un déficit de soutien social, transformant la simple contrainte productive en un danger psychologique chronique pour la santé mentale de l’employé.
7. Validité / Validity
La validation psychométrique de la Stress in General Scale a fait l’objet de protocoles expérimentaux et corrélationnels d’une rigueur exemplaire, documentés initialement par Stanton et al. (2001) sur plusieurs échantillons totalisant plus de 4 000 participants issus de secteurs industriels, hospitaliers, éducatifs et tertiaires.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de la SIG a été établie par sa confrontation avec d’autres échelles de stress et d’affect préexistantes :
- Corrélation avec l’indice de stress perçu : La SIG présente de très fortes corrélations positives (allant de r = 0,65 à r = 0,78, p < 0,001) avec l’échelle de stress perçu (Perceived Stress Scale – PSS de Cohen et al.) et avec les sous-échelles de stress professionnel du Job Stress Survey (JSS).
- Convergence avec le burnout : Les scores à la sous-échelle Menace sont fortement corrélés à la dimension Épuisement émotionnel du Maslach Burnout Inventory (MBI) (r = 0,60 à 0,72), confirmant que l’expérience d’un stress envahissant au travail est l’antécédent immédiat de la calcification du syndrome d’épuisement.
- Symptomatologie somatique : Des relations significatives ont été démontrées avec des indicateurs de détresse physique mesurés par la Physical Symptoms Inventory (maux de dos, troubles gastro-intestinaux, insomnies) avec des corrélations moyennes oscillant entre r = 0,35 et r = 0,48.
Validité discriminante
Un enjeu psychométrique crucial pour Stanton et al. (2001) était de prouver que la SIG ne se réduisait pas simplement à une mesure déguisée de l’insatisfaction professionnelle ou à une manifestation de l’affectivité négative générale (névrosisme) des individus :
- Distinction avec la satisfaction professionnelle : Bien que la SIG corrèle négativement avec l’échelle Job in General (JIG) (typiquement autour de r = -0,45 à -0,55), les modélisations en équations structurelles ont démontré qu’un modèle à deux facteurs distincts (Stress Global vs Satisfaction Globale) s’ajuste significativement mieux aux données empiriques qu’un modèle à facteur unique réunissant les deux concepts (Δχ² hautement significatif, p < 0,0001). Un travailleur peut être extrêmement stressé par des délais serrés tout en aimant profondément son travail et en étant satisfait de ses réalisations.
- Indépendance vis-à-vis de l’affectivité négative : Lorsqu’on contrôle l’affectivité négative des participants (mesurée via la PANAS), les relations de la SIG avec les conséquences organisationnelles (absentéisme, intentions de démissionner) demeurent stables et substantielles, démontrant que la SIG capture une variance situationnelle réelle liée au travail et non un simple biais de plainte dispositionnelle.
Validité prédictive et critères organisationnels
La validité critériée et prédictive de l’échelle a été mise en évidence par sa capacité à pronostiquer des comportements organisationnels réels sur le plan longitudinal :
- La SIG prédit de façon robuste les intentions de départ volontaire (β = 0,38 à 0,46, p < 0,001) ainsi que les démissions effectives mesurées un an plus tard.
- Elle est prédictive d’une baisse des comportements de citoyenneté organisationnelle (OCB) et d’une augmentation des comportements contre-productifs au travail (CWB), l’individu submergé par la menace tendant à réduire son engagement discrétionnaire pour préserver ses ressources psychiques.
8. Fidélité / Reliability
Les caractéristiques de fidélité de l’Échelle de stress général ont été analysées avec une grande rigueur méthodologique, recourant à la fois à la théorie classique des tests (TCT) et à la théorie de réponse aux items (TRI).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Oméga de McDonald)
Dans l’étude princeps de Stanton et al. (2001) ainsi que dans les réplications ultérieures menées dans divers contextes professionnels internationaux, la SIG présente une cohérence interne exceptionnellement robuste pour un instrument de seulement 15 adjectifs :
- Score total SIG (15 items) : Le coefficient α de Cronbach global est généralement de 0,91 (avec des fourchettes empiriques observées entre 0,89 et 0,93 selon les échantillons).
- Sous-échelle Pression (7 items) : L’alpha de Cronbach est évalué à 0,88 (variant de 0,85 à 0,89), dénotant une homogénéité remarquable des adjectifs décrivant l’accélération et les exigences temporelles.
- Sous-échelle Menace (8 items) : L’alpha de Cronbach atteint 0,82 (variant de 0,80 à 0,85), témoignant d’une mesure stable de la détresse et de la surcharge affective.
- Les calculs contemporains du coefficient ω de McDonald corroborent ces valeurs, confirmant que l’erreur de mesure aléatoire est très faible au sein des deux dimensions.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
L’évaluation de la stabilité test-retest a été conduite sur des cohortes professionnelles suivies à des intervalles variables :
- À un intervalle de deux à quatre semaines en milieu de travail stable, le coefficient de corrélation test-retest est de r = 0,81 (p < 0,001), attestant que l’instrument mesure une expérience cognitive consolidée et non une simple fluctuation d’humeur instantanée liée à un événement anecdotique de la journée.
- À des intervalles plus longs (six mois à un an), le coefficient oscille entre r = 0,55 et r = 0,62, ce qui est théoriquement attendu et souhaitable : le stress général au travail doit être sensible aux réorganisations structurelles, aux changements de postes et aux variations réelles du contexte professionnel.
Analyse selon la théorie de réponse aux items (TRI)
L’un des atouts distinctifs de la SIG réside dans l’utilisation pionnière de la TRI (modèles de Samejima pour réponses graduées) lors de son développement :
- Les courbes d’information des items ont permis de sélectionner exclusivement les adjectifs disposant d’un paramètre de discrimination (a) élevé (généralement a > 1,5), garantissant que chaque item différencie très nettement les individus à faible niveau de stress de ceux à niveau élevé.
- La fonction d’information du test (TIF) montre que la SIG fournit une précision de mesure maximale sur un large spectre de l’échelle latente (θ allant de -1,5 à +2,5 écarts-types), évitant les effets de plafond ou de plancher fréquents dans d’autres instruments.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Au cours des phases initiales de développement, une réserve de plus de 40 adjectifs potentiels liés au stress a été soumise à des analyses factorielles exploratoires en composantes principales suivies de rotations obliques (Promax et Oblimin), compte tenu de l’interdépendance théorique attendue entre les différentes facettes du stress. Ces analyses ont systématiquement extrait deux facteurs majeurs expliquant la majorité de la variance commune :
- Un premier facteur d’exigence temporelle et de rythme (Pression).
- Un second facteur de détresse, d’irritation et d’écrasement psychologique (Menace).
- Les items ambigus présentant des saturations croisées élevées (supérieures à 0,35 sur les deux axes) ou des communalités trop faibles (< 0,40) ont été rigoureusement éliminés pour aboutir à la version définitive épurée de 15 items.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les analyses factorielles confirmatoires menées par Stanton et al. (2001) sur des échantillons de validation indépendants ont comparé formellement plusieurs structures concurrentes :
- Modèle unifactoriel (Stress global unique) : Ce modèle postulant que tous les 15 items s’agrègent sur une seule dimension indifférenciée a produit des indices d’ajustement insatisfaisants (χ²/df > 5,8 ; RMSEA = 0,098 ; CFI = 0,84 ; TLI = 0,81).
- Modèle à deux facteurs corrélés (Pression et Menace) : Ce modèle présente un ajustement excellent et hautement supérieur aux données : χ²/df < 2,4 ; RMSEA = 0,049 (IC 90% [0,041 ; 0,057]) ; CFI = 0,97 ; TLI = 0,96 ; SRMR = 0,041.
- La corrélation latente estimée entre le facteur Pression et le facteur Menace s’établit généralement entre r = 0,50 et r = 0,65, confirmant que bien qu’elles fassent partie d’un même macro-construit de stress au travail, les deux dimensions demeurent empiriquement non redondantes.
Saturations factorielles des items
Les saturations standardisées (λ) issues des AFC sont particulièrement élevées et homogènes, toutes statistiquement significatives à p < 0,001 :
| Sous-échelle | Item | Saturation standardisée (λ) |
|---|---|---|
| Pression (Pressure) | 1. Demanding | 0,68 – 0,74 |
| 2. Hectic | 0,78 – 0,84 | |
| 3. Calm (inv.) | 0,70 – 0,76 | |
| 4. Relaxed (inv.) | 0,72 – 0,79 | |
| 6. Pushed | 0,75 – 0,81 | |
| 7. Pressured | 0,82 – 0,87 | |
| 13. More stressful than I’d like | 0,65 – 0,71 | |
| Menace (Threat) | 5. Many things stressful | 0,63 – 0,69 |
| 8. Irritating | 0,66 – 0,72 | |
| 9. Under control (inv.) | 0,58 – 0,65 | |
| 10. Nerve-wracking | 0,76 – 0,82 | |
| 11. Hassled | 0,71 – 0,77 | |
| 12. Comfortable (inv.) | 0,64 – 0,70 | |
| 14. Smooth-running (inv.) | 0,60 – 0,68 | |
| 15. Overwhelming | 0,74 – 0,80 |
Ces données confirment l’excellente validité de structure interne de l’instrument, autorisant à la fois le calcul de scores spécifiques pour chacune des deux sous-échelles et le calcul d’un score composite global de stress.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Dénomination de l’outil : Échelle de stress général (Stress in General Scale – SIG).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (adjectifs et locutions descriptives brèves).
- Nombre d’items : 15 items au total.
- Structure factorielle :
- Sous-échelle de Pression (Pressure) : 7 items (Items 1, 2, 3*, 4*, 6, 7, 13).
- Sous-échelle de Menace (Threat) : 8 items (Items 5, 8, 9*, 10, 11, 12*, 14*, 15).
- Note : Les items marqués d’un astérisque (*) sont formulés positivement et doivent faire l’objet d’une inversion de cotation (Items 3, 4, 9, 12, 14).
- Formats de réponse validés :
- Format original JDI (tripartite) :
- Pour les items directs (stresants) : « Oui » (Yes) = 3 points, « Non » (No) = 0 point, « ? » (Ne peut pas décider) = 1,5 point.
- Pour les items inversés (3, 4, 9, 12, 14) : « Oui » = 0 point, « Non » = 3 points, « ? » = 1,5 point.
- Justification théorique du score de 1,5 : Dans la tradition psychométrique du JDI, l’incertitude ou l’hésitation traduit un niveau modéré ou partiel de tension plutôt qu’une absence de stress.
- Format alternatif Likert en 5 points :
- 1 = Jamais (never)
- 2 = Rarement (rarely)
- 3 = Parfois (sometimes)
- 4 = Souvent (often)
- 5 = Tout le temps (all of the time)
- Cotation Likert : Les items inversés sont recodés (1=5, 2=4, 3=3, 4=2, 5=1). Les scores de chaque sous-échelle sont obtenus en faisant la moyenne ou la somme des items correspondants.
- Format original JDI (tripartite) :
- Temps de passation estimé : 1 à 2 minutes (extrêmement rapide, adapté aux enquêtes en ligne et aux baromètres RH).
- Scores et interprétation :
- Un score élevé à la sous-échelle Pression indique une sensation aiguë de cadence effrénée, d’urgence temporelle et de surmenage dans l’exécution.
- Un score élevé à la sous-échelle Menace indique un vécu alarmant de détresse émotionnelle, de désarroi, d’irritabilité et d’épuisement face à la charge.
- Le score global (somme ou moyenne de tous les items après inversion) fournit un indice d’évaluation générale du stress psychosocial en entreprise.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Année de publication et historique
L’échelle a été officiellement publiée dans la revue scientifique à comité de lecture Educational and Psychological Measurement en 2001 par Jeffrey M. Stanton et ses associés. Elle s’inscrit dans la lignée des instruments psychométriques développés depuis les années 1960 au sein du département de psychologie de la Bowling Green State University (BGSU, Ohio).
Droits d’utilisation et politique de licence
- Utilisation en recherche académique et universitaire non commerciale : L’accès aux items et leur utilisation dans des projets de recherche non financés par des tiers, des mémoires d’étudiants ou des thèses doctorales sont généralement autorisés à titre gracieux sous le principe du Fair Use académique, sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale de Stanton et al. (2001).
- Utilisation commerciale, organisationnelle et en entreprise : Comme pour l’ensemble des instruments de la suite JDI/JIG, l’exploitation commerciale, le déploiement au sein d’entreprises à des fins d’audit social ou l’intégration dans des plateformes logicielles payantes de ressources humaines relèvent des droits de propriété intellectuelle gérés par le bureau de recherche sur le JDI (Job Descriptive Index Office) de la Bowling Green State University. Une licence officielle payante et des droits d’utilisation par participant peuvent être requis pour ces contextes.
- Coordonnées administratives : Les demandes formelles d’autorisation ou d’achat de manuels d’utilisateurs et de normes de référence s’effectuent auprès du JDI Office, Department of Psychology, Bowling Green State University, Bowling Green, OH 43403, États-Unis.
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques, psychométriques et empiriques de l’Échelle de stress général :
- Ironson, G. H., Smith, P. C., Brannick, M. T., Gibson, W. M., & Paul, K. B. (1989). Construction of a Job in General scale: A comparison of global, composite, and specific measures. Journal of Applied Psychology, 74(2), 193–200. https://doi.org/10.1037/0021-9010.74.2.193
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Lipka, P. (2010). Sexual minorities in the workplace: An examination of individual differences that affect responses to workplace heterosexism (Doctoral dissertation, Clemson University). All Dissertations, Paper 539. https://tigerprints.clemson.edu/all_dissertations/539/
- Smith, P. C., Kendall, L. M., & Hulin, C. L. (1969). The measurement of satisfaction in work and retirement: A strategy for the study of attitudes. Rand McNally.
- Stanton, J. M., Balzer, W. K., Smith, P. C., Parra, L. F., & Ironson, G. (2001). A general measure of work stress: The Stress in General scale. Educational and Psychological Measurement, 61(5), 866–888. https://doi.org/10.1177/00131640121971455
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: Think of your job in general. All in all, what is it like most of the time? For each of the words or phrases listed below, indicate how well it describes your job.
Response Formats:
Original JDI Format: Yes ("Y") / No ("N") / ? ("I can’t decide")
Alternative Likert Format: 1 = never, 2 = rarely, 3 = sometimes, 4 = often, 5 = all of the time
- Demanding
- Hectic
- Calm
- Relaxed
- Many things stressful
- Pushed
- Pressured
- Irritating
- Under control
- Nerve-wracking
- Hassled
- Comfortable
- More stressful than I’d like
- Smooth-running
- Overwhelming