1. Résumé / Abstract
L’Échelle de stigmatisation par courtoisie chez les membres de la famille d’usagers de drogues (connue dans sa version originale sous l’acronyme ECOFAD, pour Escala de Estigma de Cortesia entre Familiares de Usuários de Drogas) constitue un instrument psychométrique novateur et robuste élaboré pour conceptualiser, mesurer et évaluer l’intensité ainsi que les répercussions psychosociales du stigmate de courtoisie (ou stigmatisation par association) éprouvé par l’entourage proche des personnes présentant des troubles liés à l’usage de substances psychoactives. Conçue par Daniel Augusto Costa Maldonado, Leonardo Fernandes Martins, Pollyanna Santos da Silveira et Telmo Mota Ronzani, l’échelle a initialement émergé d’une revue systématique de la littérature internationale, suivie de la traduction, de l’adaptation transculturelle et de la génération d’items inédits afin de cerner avec acuité les spécificités de l’environnement socioculturel brésilien et latino-américain.
L’ECOFAD est structurée en 38 items répartis au sein de trois dimensions psychologiques fondamentales : la dimension affective, la dimension cognitive et la dimension comportementale. La validation de contenu a été corroborée par un panel pluridisciplinaire d’experts (psychologues, addictologues, spécialistes de la thérapie systémique familiale et psychométriciens), atteignant des coefficients de validité de contenu (CVC) hautement satisfaisants pour la clarté (0,82) et la pertinence théorique (0,87). L’analyse factorielle exploratoire (AFE) couplée à une analyse parallèle a identifié une structure tridimensionnelle expliquant 48,7 % de la variance totale, accompagnée d’indices d’ajustement structurels exceptionnels ($\chi^2 = 651,457$, $gl = 592$, $p = 0,04528$ ; $RMSEA = 0,034$ ; $CFI = 0,993$ ; $TLI = 0,992$) et d’indices de réplicabilité factorielle (indice $H$) remarquables (1,017 pour l’affectif ; 1,000 pour le cognitif ; 0,941 pour le comportemental).
Sur le plan de la fidélité, l’ECOFAD démontre une cohérence interne de premier ordre avec un coefficient alpha de Cronbach global de 0,94, et des valeurs sous-échelles oscillant entre 0,82 et 0,89. La fidélité par la méthode de bissection (split-half de Spearman-Brown) s’élève à 0,95. Cet outil auto-administré sur support informatisé fournit aux chercheurs en santé publique et aux cliniciens un cadre diagnostique empiriquement fondé pour quantifier le fardeau stigmatisant, orienter les prises en charge thérapeutiques et guider les politiques de désinstitutionalisation du blâme familial.
2. Mots-clés / Keywords
Stigmatisation par courtoisie, Stigmate associé, Usagers de drogues, Famille, Relations familiales, Troubles liés à l’usage de substances, Psychométrie, Analyse factorielle exploratoire, Évaluation psychologique, Répercussions psychosociales, Dépendance, Santé mentale.
3. Auteurs / Authors
- Daniel Augusto Costa Maldonado — Departamento de Psicologia, Instituto de Ciências Humanas, Universidade Federal de Juiz de Fora (UFJF), Juiz de Fora, Minas Gerais, Brésil.
- Leonardo Fernandes Martins — Departamento de Psicologia, Pontifícia Universidade Católica do Rio de Janeiro (PUC-Rio), Rio de Janeiro, Brésil.
- Pollyanna Santos da Silveira — Faculdade de Psicologia, Universidade Católica de Petrópolis (UCP), Petrópolis, Rio de Janeiro, Brésil.
- Telmo Mota Ronzani (Auteur correspondant) — Departamento de Psicologia, Instituto de Ciências Humanas, Universidade Federal de Juiz de Fora (UFJF), Juiz de Fora, Minas Gerais, Brésil. Courriel : [email protected]. Adresse postale : Universidade Federal de Juiz de Fora, Instituto de Ciências Humanas, Departamento de Psicologia, Campus Universitário, Bairro Martelos, Juiz de Fora, MG, Brésil, CEP 36036-900.
4. Objectif / Purpose
Raison d’être et justification sociosanitaire
Les désordres liés à l’usage de substances psychoactives (Substance Use Disorders) demeurent parmi les conditions médicales et psychiatriques les plus profondément stigmatisées à l’échelle planétaire. Bien que l’accent de la recherche épidémiologique et clinique se soit longtemps cantonné aux conséquences physiologiques, psychologiques et légales subies directement par les consommateurs de drogues, un pan considérable du fardeau morbide retombe insidieusement sur leur réseau d’appartenance primaire, au premier rang duquel figurent les membres de la famille (parents, conjoints, fratrie, enfants). Ces proches subissent une extension collatérale du discrédit social, un phénomène désigné sous le concept théorique de « stigmate de courtoisie » ou de « stigmatisation par association ».
L’objectif fondamental qui a présidé à la construction de l’ECOFAD (Escala de Estigma de Cortesia entre Familiares de Usuários de Drogas) est de pallier une carence méthodologique majeure : l’absence d’instruments psychométriques valides, fiables et culturellement contextualisés capables de jauger avec rigueur la nature, l’intensité et les mécanismes d’intériorisation de ce préjudice chez les familles vivant dans des contextes à forte vulnérabilité sociale, tels que le Brésil. Les familles de consommateurs de drogues sont fréquemment désignées par la communauté comme incompétentes, moralement défaillantes, complices ou directement responsables des dérives comportementales de leur proche, ce qui entraîne une détresse psychologique disproportionnée, de l’anxiété chronique, une symptomatologie dépressive réactionnelle, ainsi qu’une détérioration sévère de leur propre bien-être somatique.
Applications en recherche et en pratique clinique
Sur le plan clinique, l’ECOFAD a été élaborée afin de doter les praticiens (psychologues cliniciens, thérapeutes familiaux, travailleurs sociaux, psychiatres et intervenants en addictologie) d’un outil d’évaluation standardisé pour repérer le niveau de vulnérabilité psychosociale des aidants naturels. L’échelle permet de :
- Identifier précocement les profils de souffrance intériorisée : Distinguer les familles qui expérimentent principalement des émotions douloureuses de honte et d’impuissance de celles qui adoptent des conduites d’évitement, de retrait social ou d’hypervigilance défensive.
- Structurer les thérapies familiales et systémiques : Offrir des cibles thérapeutiques empiriquement objectivables afin de déconstruire la culpabilisation parentale et de briser les schémas d’isolement entretenus par la peur du jugement d’autrui.
- Mesurer l’impact des interventions de psychoéducation et des groupes d’entraide : Servir de mesure d’évaluation pré- et post-intervention au sein de groupes de soutien mutuel (par exemple, Al-Anon, Nar-Anon, Amor-Exigente) et dans les centres de soins ambulatoires spécialisés (tels que les CAPS-ad au Brésil).
En matière de santé publique et de recherche translationnelle, l’ECOFAD constitue une avancée décisive pour étudier les trajectoires épidémiologiques de l’accès aux soins. La littérature met régulièrement en évidence le fait que le stigmate ressenti par la famille représente l’une des barrières les plus insurmontables retardant la demande d’aide médicale et psychiatrique spécialisée pour l’usager de drogues. En mesurant avec précision le degré d’exposition au stigmate de courtoisie, les chercheurs peuvent désormais modéliser l’impact de ce dernier sur le retard d’intervention, l’observance thérapeutique globale et la prévalence du syndrome d’épuisement de l’aidant (caregiver burnout).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique appréhendé par l’ECOFAD est le stigmate de courtoisie (courtesy stigma) associé à l’usage problématique d’alcool et d’autres drogues au sein de la cellule familiale. Afin d’embrasser la complexité phénoménologique de cette expérience vécue, les concepteurs de l’échelle ont opérationnalisé le construit selon le modèle tripartite classique des attitudes en psychologie sociale, divisant les 38 items de l’échelle en trois dimensions interconnectées mais factoriellement distinctes :
1. La Dimension Affective
La composante affective de l’ECOFAD explore l’éventail des réponses émotionnelles néfastes générées par la perception du regard dépréciateur de la société et par l’exposition aux micro-agressions interpersonnelles. Cette sous-échelle saisit l’expérience intime de souffrance ressentie par les membres de la famille, qui intériorisent l’opprobre social sous la forme d’affects dysphoriques envahissants. Elle regroupe :
- La honte et la culpabilité : Sentiments cuisants d’avoir échoué dans son rôle parental, conjugal ou fraternel, accompagnés d’une auto-dépréciation permanente (« Qu’ai-je fait de mal pour que mon enfant/conjoint devienne dépendant ? »).
- L’impuissance et l’amertume : Perception d’une détresse insurmontable face à la détérioration progressive du cadre familial sous l’emprise des produits, doublée d’un sentiment d’injustice face à l’hostilité de l’environnement social.
- La tristesse, la détresse et l’anxiété anticipatoire : Angoisse permanente liée à la possibilité que l’usage de drogues du proche soit découvert publiquement, provoquant une tension psychique chronique.
2. La Dimension Cognitive
La dimension cognitive quantifie les schémas de pensée, les croyances dysfonctionnelles, les attributions de responsabilité et les représentations internalisées relatives au statut social dégradé de la famille. Cette composante s’attache à déceler la façon dont les aidants traitent et interprètent l’information sociale environnante. Ses composantes fondamentales englobent :
- L’internalisation du blâme social : Adhésion cognitive implicite ou explicite aux préjugés sociétaux affirmant que les dysfonctionnements éducatifs ou les faiblesses morales de la famille sont la cause première de l’addiction.
- La perception de dévaluation et de discrimination : Conviction inébranlable que les voisins, collègues, employeurs ou professionnels de santé portent un jugement dépréciatif et condescendant sur la valeur intrinsèque de la famille.
- L’anticipation du rejet : Élaboration de scénarios catastrophistes où la divulgation de la toxicomanie du proche entraîne inévitablement la rupture des liens amicaux et l’ostracisme communautaire.
3. La Dimension Comportementale
La sous-échelle comportementale mesure les manifestations observables, les stratégies de régulation interpersonnelle et les comportements d’adaptation (coping) dysfonctionnels adoptés par les proches pour tenter d’échapper au discrédit social ou pour en limiter les retombées. Cette dimension évalue :
- Le secret et la dissimulation délibérée : Déploiement d’efforts monumentaux pour masquer l’état de santé, les crises ou les démêlés judiciaires de l’usager de drogues aux yeux du voisinage et de la parentèle éloignée.
- Le retrait social et l’isolement protecteur : Désengagement volontaire des événements communautaires, refus d’inviter des tiers au domicile, rupture des amitiés de longue date afin d’éviter les questions embarrassantes ou les commérages.
- L’hypervigilance et l’évitement proactif : Comportements de contrôle visant à surveiller en permanence les espaces publics partagés et évitement systématique des lieux où la présence de l’usager pourrait susciter des frictions ou des regards inquisiteurs.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’héritage d’Erving Goffman et la conceptualisation du stigmate par association
Le socle théorique premier de l’ECOFAD prend racine dans les travaux pionniers du sociologue Erving Goffman, et plus particulièrement dans son ouvrage séminal Stigma: Notes on the Management of Spoiled Identity (1963). Goffman a conceptualisé le stigmate comme un attribut profondément discréditant qui rétrograde un individu d’une identité sociale entière et ordinaire à une identité « gâchée » ou dévalorisée. C’est dans ce corpus qu’apparaît pour la première fois le terme de courtesy stigma (stigmate de courtoisie), défini comme la propagation d’une marque d’infamie par contiguïté relationnelle. Selon Goffman, les individus entretenant des rapports étroits d’intimité, de parenté ou de loyauté avec une personne stigmatisée finissent inéluctablement par partager le même statut d’exclusion au sein de la structure sociale, devenant par extension des « personnes contaminées » par le discrédit.
Dans le domaine des dépendances chimiques, ce phénomène est démultiplié. Contrairement à certaines affections médicales purement somatiques (comme les cancers ou certaines maladies génétiques), les troubles liés à l’usage de substances sont perçus dans l’imaginaire collectif comme relevant du choix individuel, de la dégénérescence morale ou d’une défaillance du caractère. En conséquence, les observateurs sociaux transfèrent une part substantielle de cette réprobation éthique sur les figures parentales ou conjugales, postulant l’existence de carences affectives précoces, d’un laxisme permissif ou d’une complicité tacite.
Modèles sociocognitifs modernes et approches de Corrigan
L’opérationnalisation moderne du stigmate au sein de l’ECOFAD s’articule également avec les modélisations sociocognitives développées par Patrick W. Corrigan et ses contemporains. Corrigan a distingué trois niveaux hiérarchiques dans l’édification du préjudice :
- Les stéréotypes : Structures de connaissances partagées par le public (ex. « Les familles de drogués sont désorganisées et toxiques »).
- Les préjugés : Adhésion affective et évaluative à ces stéréotypes, suscitant de la méfiance, de la peur ou de la colère (ex. « Ces parents ne méritent pas notre considération »).
- La discrimination : Traduction comportementale directe menant à l’exclusion, à la restriction des opportunités sociales et au rejet institutionnel.
L’ECOFAD s’appuie spécifiquement sur le processus d’auto-stigmatisation (ou stigmate intériorisé appliqué aux proches), dans lequel les membres de la famille adoptent involontairement la perspective dénigrante du groupe social dominant. L’application du modèle tripartite des attitudes — Affect, Cognition, Comportement — confère à l’instrument une congruence méthodologique avec les paradigmes canoniques de la psychologie différentielle et sociale contemporaine, facilitant ainsi l’exploration des répercussions psychosomatiques sur l’axe du stress chronique.
7. Validité / Validity
La validation psychométrique de l’ECOFAD a fait l’objet d’un processus séquentiel exhaustif et rigoureux, guidé par les recommandations méthodologiques internationales édictées par l’American Psychological Association (APA) et le Conseil Fédéral de Psychologie du Brésil.
Validité de contenu (Content Validity)
La validité de contenu a constitué la première étape critique du développement de l’échelle. À la suite d’une analyse systématique des instruments anglo-saxons disponibles et de la génération d’un ensemble préliminaire d’items rédigés en langue portugaise pour capturer la totalité du construit, un panel d’experts indépendants a été sollicité. Ce comité regroupait des cliniciens chevronnés, des enseignants-chercheurs spécialistes de la stigmatisation, des intervenants en addictologie, des psychothérapeutes de couple et de famille, ainsi que des psychométriciens de haut niveau.
Les juges ont examiné chaque item selon la méthode de quantification du Coefficient de Validité de Contenu (CVC) proposée par Hernandez-Nieto (2002), en évaluant trois critères distincts :
- La qualité rédactionnelle (Writing) : Le CVC moyen s’est établi à 0,78. Bien que ce score se situe légèrement en deçà du seuil optimal conventionnel en raison de multiples propositions d’ajustements syntaxiques et lexicaux émanant des réviseurs, 82 % des items ont atteint individuellement un CVC supérieur à 0,70. Les retours qualitatifs ont permis d’affiner la rédaction sans compromettre le sens théorique.
- La clarté du langage (Clarity) : Le CVC moyen a atteint 0,82, avec 89,5 % des items dépassant le critère standard de 0,70, attestant de l’intelligibilité aisée des formulations pour des répondants de divers niveaux d’instruction.
- La pertinence théorique (Relevance) : Le CVC moyen s’est élevé au niveau remarquable de 0,87. La quasi-totalité des items (97,4 %) a obtenu un coefficient largement supérieur à 0,70, confirmant la représentativité clinique et conceptuelle des énoncés vis-à-vis des dimensions ciblées.
Au terme de cette évaluation qualitative et quantitative, la totalité des 38 items a été conservée pour l’administration pilote auprès de la population cible.
Validité de construit et ajustement structurel (Construct Validity)
La validité de construit a été documentée au moyen d’analyses factorielles rigoureuses sur un échantillon d’aidants familiaux participant à des groupes de soutien mutuel au Brésil. Le modèle tridimensionnel extrait a exhibé des indices d’ajustement global remarquablement élevés :
- Chi-carré ($\chi^2$) : 651,457 pour 592 degrés de liberté ($gl$), avec une valeur de probabilité de $p = 0,04528$, tout à fait acceptable compte tenu de la sensibilité statistique du test à la taille de l’échantillon.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : 0,034 (avec un intervalle de confiance confirmant une valeur nettement inférieure au seuil strict de 0,05), indiquant une approximation exceptionnelle de la matrice de covariance de la population.
- Comparative Fit Index (CFI) : 0,993, dépassant très largement le seuil d’adéquation de 0,95.
- Tucker-Lewis Index (TLI) : 0,992, signalant un niveau d’adéquation ajusté exceptionnel.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation des propriétés de fidélité et de cohérence interne de l’ECOFAD a révélé des indices de précision de mesure particulièrement élevés, confirmant la stabilité métrique de l’instrument.
Cohérence interne (Internal Consistency)
La cohérence interne globale et dimensionnelle a été mesurée à l’aide du coefficient alpha de Cronbach. L’ensemble de la batterie d’items présente une homogénéité remarquable :
- Échelle globale (38 items) : $lpha = 0,94$, démontrant une fidélité globale d’excellence, largement suffisante pour des diagnostics cliniques individualisés.
- Dimension Affective : $lpha = 0,89$, illustrant la forte convergence des indicateurs de détresse émotionnelle, de culpabilité et d’angoisse.
- Dimension Cognitive : $lpha = 0,88$, attestant de la solidité des items mesurant les distorsions attributionnelles et le sentiment de jugement social.
- Dimension Comportementale : $lpha = 0,82$, confirmant la cohérence des conduites d’évitement, de repli et de secret.
Fidélité par bissection et corrélations item-total
La technique de fidélité par bissection (split-half reliability), corrigée à l’aide du coefficient de corrélation de Spearman-Brown, a produit un score de 0,95, garantissant l’équivalence psychométrique des deux moitiés du test. En outre, l’analyse des corrélations item-total corrigées a confirmé que presque tous les items présentaient des valeurs supérieures au critère d’acceptabilité conventionnel de 0,30, attestant de leur capacité de discrimination. Les seules exceptions isolées concernaient les items 15 et 25, qui affichaient des corrélations légèrement plus modestes au sein de la dimension cognitive, sans pour autant altérer la robustesse générale du modèle factoriel.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyses exploratoires et critère d’extraction
Une Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) approfondie a été déployée pour examiner la configuration sous-jacente des interrelations entre les variables manifestes. Afin de déterminer objectivement le nombre optimal de facteurs à retenir, les auteurs ont mis en œuvre une Analyse Parallèle de Horn, une technique de simulation computationnelle réputée très supérieure à la règle empirique de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1) pour prévenir le sur-dimensionnement ou le sous-dimensionnement factoriel.
Les résultats de l’analyse parallèle ont incontestablement désigné une solution à trois facteurs comme étant la structure la plus parcimonieuse, interprétable et statistiquement représentative des données empiriques. Cette architecture à trois facteurs a permis d’expliquer 48,7 % de la variance totale observée, un pourcentage tout à fait honorable dans le domaine des sciences psychosociales pour un construit d’une telle étendue subjective.
Charges factorielles, communalités et indices de réplicabilité
La distribution des charges factorielles (factor loadings) s’est révélée hautement congruente avec les dimensions théoriques préalablement assignées :
- Facteur Affectif : Tous les items assignés à cette dimension ont démontré de très fortes saturations factorielles (fréquemment supérieures à 0,60) ainsi que des communalités substantielles, sans ambiguïté de double projection.
- Facteur Comportemental : La vaste majorité des items comportementaux ont présenté des charges factorielles élevées, confirmant que les manifestations de repli, de dissimulation et de surveillance constituent un cluster comportemental homogène.
- Facteur Cognitif : La plupart des items cognitifs ont manifesté de solides saturations. Seuls les items 15, 18, 19, 24 et 25 ont affiché des saturations et des communalités plus modérées en comparaison du reste de l’échelle, un phénomène classique dans les items d’attribution cognitive qui capturent des facettes plus hétérogènes de l’expérience mentale.
Pour évaluer la solidité et la pérennité de cette solution factorielle lors de réplications futures dans d’autres échantillons, les chercheurs ont calculé l’indice de réplicabilité factorielle (Indice H). Des valeurs d’indice H élevées (supérieures à 0,80) signalent que les facteurs latents sont bien définis par leurs indicateurs respectifs et qu’ils sont hautement susceptibles de réapparaître de manière invariable à travers des populations indépendantes :
- Indice H du Facteur Affectif : 1,017
- Indice H du Facteur Cognitif : 1,000
- Indice H du Facteur Comportemental : 0,941
Ces coefficients confirment la transposabilité de la structure tridimensionnelle de l’ECOFAD.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom officiel complet de l’outil : Escala de Estigma de Cortesia entre Familiares de Usuários de Drogas (ECOFAD).
- Traduction française : Échelle de stigmatisation par courtoisie chez les membres de la famille d’usagers de drogues.
- Type d’instrument : Inventaire psychométrique / Auto-questionnaire standardisé original.
- Format d’administration : Administration informatisée / électronique (compatible également avec une passation papier-crayon standardisée).
- Langue originale : Portugais (Brésil).
- Population cible : Personnes majeures (hommes et femmes) ayant un membre de leur famille immédiate ou élargie présentant un usage problématique d’alcool ou d’autres drogues illicites.
- Groupe d’âge d’étalonnage : Adultes âgés de 18 ans et plus (la cohorte de validation empirique comprenait des participants âgés de 32 à 78 ans, couvrant les adultes jeunes, les trentenaires, les individus d’âge mûr et les seniors).
- Nombre total d’items : 38 items.
- Structure des sous-échelles :
- Sous-échelle Affective : Mesure les sentiments de culpabilité, honte, tristesse, anxiété, souffrance morale et désespoir.
- Sous-échelle Cognitive : Mesure l’adhésion aux jugements dépréciateurs, les distorsions attributionnelles, l’intériorisation du discrédit et les pensées d’incompétence.
- Sous-échelle Comportementale : Mesure le maintien du secret, le repli social, l’isolement du foyer, l’évitement des situations sociales et les conduites d’hypervigilance.
- Format des réponses : Échelle de type Likert (fréquemment graduée en 4 ou 5 points allant de désaccord total à accord total, ou de « jamais » à « toujours »).
- Cotation et interprétation : Le score global s’obtient par la sommation (ou le calcul de la moyenne) de l’ensemble des 38 items, des scores factoriels distincts pouvant être générés pour chacune des trois dimensions. Un score élevé reflète un degré sévère d’exposition, d’intériorisation et de répercussions délétères imputables au stigmate de courtoisie.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’officialisation et de publication : 2023.
- Coût et tarification : L’instrument est strictement non commercial. Son utilisation est entièrement gratuite pour les projets de recherche académique, les thèses universitaires et la pratique clinique non lucrative.
- Procédure d’obtention et autorisations : Afin de solliciter l’autorisation formelle d’utilisation, d’obtenir le protocole officiel complet ainsi que les barèmes de cotation, les chercheurs et praticiens doivent contacter directement le chercheur principal et auteur correspondant, Prof. Dr. Telmo Mota Ronzani, par courrier électronique à l’adresse suivante : [email protected].
- Droits de propriété intellectuelle : Les droits d’auteur moraux et patrimoniaux appartiennent aux auteurs et à la revue scientifique Avaliação Psicológica. Toute reproduction, traduction formelle vers une autre langue ou adaptation transculturelle nécessite l’aval exprès des auteurs originaux.
12. Références / References
Corrigan, P. W., Larson, J. E., & Rüsch, N. (2009). Self-stigma and the “why try” effect: Impact on life goals and evidence-based practices. World Psychiatry, 8(2), 75–81. https://doi.org/10.1002/j.2051-5545.2009.tb00218.x
Goffman, E. (1963). Stigma: Notes on the management of spoiled identity. Prentice-Hall.
Hernández-Nieto, R. A. (2002). Contributions to statistical analysis: The content validity coefficient and the coefficient of proportional variance. Universidad de Los Andes.
Maldonado, D. A. C., Martins, L. F., da Silveira, P. S., & Ronzani, T. M. (2023). Escala de Estigma de Cortesia entre Familiares de Usuários de Drogas (ECOFAD) [Construction of the Courtesy Stigma among Family Members of Drug Users Scale (ECOFAD)]. Avaliação Psicológica, 22(1), 92–102. https://doi.org/10.15689/ap.2023.2201.25055.10
Ronzani, T. M., Higgins-Biddle, J., & Babor, T. F. (2009). Stigmatization of alcohol and other drug users by primary care providers in Southeast Brazil. Social Science & Medicine, 69(7), 1080–1084. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2009.07.026
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les 38 items composant la version officielle et validée de l’Escala de Estigma de Cortesia entre Familiares de Usuários de Drogas (ECOFAD) sont des données protégées par le droit d’auteur intellectuel et ne sont pas reproduits intégralement dans le domaine public ouvert.
Conformément aux directives de publication scientifique et aux principes de protection psychométrique, l’inventaire exhaustif des items dans sa langue d’origine (portugais) est consultable directement dans la publication source originale (Tableau 3, pages 97-98) ou sur demande formelle auprès des auteurs (Dr. Telmo Mota Ronzani, [email protected]).
Structure dimensionnelle des items officiels
L’échelle opérationnalise les 38 questions réparties au sein des trois sous-domaines suivants :
- Items de la Dimension Affective : Regroupent les énoncés explorant la détresse émotionnelle brute, la honte, le désespoir, la peur récurrente du discrédit et les sentiments de culpabilité personnelle éprouvés en raison de la consommation de substances psychoactives par le proche familial.
- Items de la Dimension Cognitive : Regroupent les énoncés examinant les jugements de valeur perçus, l’internalisation des reproches communautaires, la conviction d’être considéré comme un parent ou un conjoint défaillant (notamment au travers des items 15, 18, 19, 24 et 25, qui capturent les aspects spécifiques des attributions de responsabilité).
- Items de la Dimension Comportementale : Regroupent les énoncés évaluant les actes délibérés de dissimulation, le mensonge protecteur vis-à-vis de l’entourage, l’évitement des espaces communautaires partagés, le refus d’accueillir des visiteurs et la restriction des sorties publiques avec le membre de la famille concerné.
Format d’évaluation
Chaque énoncé est évalué au moyen d’un format de réponse ordonné de type Likert (généralement échelonné de 1 = « Jamais / Pas du tout d’accord » à 4 ou 5 = « Toujours / Tout à fait d’accord »), fournissant des sous-scores dimensionnels continus ainsi qu’un score global d’impact psychosocial du stigmate de courtoisie.