1. Résumé
L’Échelle multidimensionnelle de soutien social perçu (en anglais, Multidimensional Scale of Perceived Social Support ou MSPSS) est un instrument psychométrique auto-rapporté composé de 12 items, conçu pour évaluer la perception subjective qu’a un individu de la disponibilité et de l’adéquation du soutien social dont il bénéficie. Développée initialement par Gregory D. Zimet et ses collaborateurs en 1988, la MSPSS se distingue par sa brièveté, sa simplicité d’administration et sa structure factorielle particulièrement robuste, articulée autour de trois sources relationnelles distinctes : la Famille (Family), les Amis (Friends) et une Personne significative ou partenaire privilégié (Significant Other).
Chacune des trois sous-échelles comprend quatre items formulés de manière positive et évalués à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en 7 points, s’étendant de 1 (Very Strongly Disagree / Pas du tout d’accord) à 7 (Very Strongly Agree / Tout à fait d’accord). Cette granularité de réponse offre une sensibilité psychométrique élevée pour capturer les nuances des représentations interpersonnelles et du sentiment d’intégration sociale. Sur le plan psychométrique, la MSPSS présente une cohérence interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant typiquement entre 0,85 et 0,93 pour l’échelle globale, et entre 0,81 et 0,94 pour les trois sous-échelles à travers diverses populations cliniques et générales. La fidélité test-retest à court et moyen terme confirme une excellente stabilité temporelle du construit.
Sur le plan de la validité empirique, de nombreuses analyses factorielles confirmatoires ont corroboré la supériorité du modèle tridimensionnel par rapport aux structures unidimensionnelles ou bidimensionnelles. De surcroît, la validité convergente et la validité prédictive de la MSPSS ont été largement documentées : des scores élevés de soutien perçu sont systématiquement associés à des niveaux réduits de dépression, d’anxiété et de détresse psychologique, ainsi qu’à une meilleure régulation émotionnelle et une résilience accrue face au stress chronique ou aigu. Traduite et validée dans des dizaines de langues à l’échelle internationale, la MSPSS demeure l’un des outils de référence majeurs en psychologie de la santé, en psychologie clinique, en psychiatrie et en épidémiologie sociale pour quantifier les ressources de soutien informel.
2. Mots-clés
Soutien social perçu, MSPSS, psychométrie, évaluation psychologique, relations interpersonnelles, famille, pairs, santé mentale, échelle de Likert, validité factorielle, régulation du stress, résilience psychologique.
3. Auteurs
L’échelle multidimensionnelle de soutien social perçu a été conçue et standardisée par une équipe de chercheurs en psychologie clinique et en santé comportementale :
- Gregory D. Zimet, Ph.D. : Professeur émérite de pédiatrie et de psychologie clinique à l’Indiana University School of Medicine, Division of Adolescent Medicine, Indianapolis, Indiana, États-Unis. Ses travaux portent sur les comportements de santé, l’adhésion thérapeutique, le soutien social et la santé des adolescents. Courriel institutionnel : [email protected].
- Nancy W. Dahlem, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse affiliée au Department of Psychiatry, University of Colorado Health Sciences Center, Denver, Colorado, États-Unis.
- Sara G. Zimet, Ed.D. : Chercheuse et éducatrice clinicienne au Department of Psychiatry, University of Colorado Health Sciences Center, Denver, Colorado, États-Unis.
- Gordon K. Farley, M.D. : Pédopsychiatre et professeur au Day Challenge Program, Department of Psychiatry, University of Colorado Health Sciences Center, Denver, Colorado, États-Unis.
Par la suite, des adaptations et des travaux méthodologiques additionnels sur la structure de l’échelle ont été menés en collaboration avec des chercheurs internationaux, notamment le Professeur Ronald Okada (Department of Psychology, Faculty of Health, York University, Toronto, Ontario, Canada ; courriel : [email protected]).
4. Objectif
La Multidimensional Scale of Perceived Social Support a été spécifiquement conçue pour combler un manque méthodologique majeur dans l’évaluation psychologique des réseaux sociaux au cours des années 1980. Jusqu’à cette période, une majorité d’instruments mesuraient le soutien social sous l’angle quantitatif ou structurel (par exemple, la taille du réseau social, le nombre de contacts hebdomadaires ou la fréquence des visites) ou agrégeaient l’ensemble des interactions au sein d’un score composite global sans distinguer l’origine relationnelle de l’aide perçue. L’objectif fondamental de la MSPSS est de mesurer la dimension cognitive et subjective du soutien social — c’est-à-dire l’évaluation par l’individu de la disponibilité, de la bienveillance et de la fiabilité émotionnelle de son entourage — tout en segmentant précisément cette perception en fonction des sources relationnelles clés : les membres de la famille, le groupe de pairs (amis) et une figure d’attachement privilégiée (personne significative ou partenaire).
La justification théorique et empirique de cette distinction repose sur le fait que l’efficacité fonctionnelle du soutien social dépend intrinsèquement de son adéquation contextuelle et de la nature du lien qui unit le pourvoyeur et le récepteur. Ainsi, un soutien provenant d’un ami peut amortir différemment les stresseurs liés au développement de l’autonomie chez un jeune adulte, comparativement au soutien apporté par le milieu intrafamilial. De même, chez une personne confrontée à une maladie chronique ou à une crise existentielle, l’absence d’une personne significative privilégiée peut précipiter un sentiment de détresse que le soutien familial étendu ne parvient pas nécessairement à compenser. La MSPSS permet de capturer ces dissociations fonctionnelles avec une remarquable économie de passation.
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, la MSPSS est abondamment employée pour :
- Examiner les modèles de médiation et de modération dans la relation entre l’exposition aux événements de vie stressants et l’apparition de troubles psychopathologiques (dépression majeure, anxiété généralisée, trouble de stress post-traumatique).
- Analyser l’impact des ressources interpersonnelles sur les marqueurs biologiques du stress, l’immunité, la récupération post-opératoire et la gestion des pathologies somatiques chroniques (telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires ou l’infection par le VIH).
- Étudier les trajectoires développementales de l’adolescence au grand âge en documentant les glissements d’importance relative entre le soutien parental et le soutien des pairs au fil du cycle de vie.
Dans la pratique clinique et psychiatrique, la MSPSS constitue un outil de dépistage rapide et non invasif. Elle aide les praticiens à identifier les patients en situation d’isolement social sévère, à évaluer les ressources écosystémiques mobilisables dans le cadre d’une psychothérapie (notamment en thérapie interpersonnelle ou en thérapie cognitivo-comportementale), et à mesurer l’efficacité d’interventions psychosociales visant à réhabiliter les compétences relationnelles ou à restructurer le réseau de soutien d’un patient.
5. Construit psychologique
Le construit psychologique opérationnalisé par la MSPSS est le soutien social perçu (perceived social support). En psychométrie et en psychologie sociale, il convient de distinguer rigoureusement ce concept du soutien social reçu (received support) et de l’intégration sociale structurelle (social network size). Alors que le soutien reçu comptabilise les comportements d’aide réels rapportés sur une période donnée (qui peuvent parfois induire un sentiment de dépendance ou d’incompétence), le soutien perçu reflète une croyance stable, une confiance cognitive selon laquelle des ressources d’aide adéquates seront disponibles et bienveillantes en cas de nécessité. La MSPSS mesure trois dimensions orthogonales mais corrélées de ce construit :
5.1. La dimension « Personne significative » (Significant Other)
Cette sous-échelle (items 1, 2, 5 et 10) évalue le sentiment d’avoir un individu privilégié, unique ou central dans sa vie, vers qui se tourner lors des moments de détresse ou de joie. Cette composante n’impose pas une étiquette rigide : pour certains, il s’agira d’un conjoint, d’un partenaire amoureux ou d’un fiancé ; pour d’autres, d’un mentor, d’un conseiller spirituel, d’un thérapeute, d’un travailleur social ou d’un enseignant référent. Cette flexibilité terminologique (« special person ») confère à l’instrument une adaptabilité culturelle et contextuelle précieuse. Les items mesurent la présence concrète en cas de besoin (item 1), le partage émotionnel des joies et peines (item 2), le réconfort affectif profond (item 5) et la sensibilité portée à ses propres états internes (item 10).
5.2. La dimension « Famille » (Family)
La sous-échelle familiale (items 3, 4, 8 et 11) mesure la perception de la disponibilité, de l’engagement et de l’assistance émanant de la cellule familiale d’origine ou de cohabitation. Les items ciblent à la fois le soutien instrumental et intentionnel (« Ma famille essaie vraiment de m’aider », item 3), l’apport émotionnel et affectif nécessaire (« Je reçois l’aide émotionnelle et le soutien dont j’ai besoin de ma famille », item 4), la communication intime et l’ouverture face aux difficultés personnelles (« Je peux parler de mes problèmes avec ma famille », item 8), ainsi que l’assistance cognitive dans la prise de décision complexe (« Ma famille est disposée à m’aider à prendre des décisions », item 11). Un score faible sur cette dimension révèle souvent des conflits familiaux latents, des dynamiques de négligence ou un sentiment d’aliénation au sein du foyer.
5.3. La dimension « Amis » (Friends)
Cette sous-échelle (items 6, 7, 9 et 12) explore la force des liens d’affinité élective avec le réseau de pairs. Elle quantifie l’effort déployé par les amis pour apporter leur assistance (item 6), la fiabilité et la prévisibilité de cette présence lors des situations critiques ou défavorables (« Je peux compter sur mes amis quand les choses vont mal », item 7), la réciprocité dans le partage des expériences affectives (item 9) et l’accessibilité communicationnelle pour verbaliser ses tourments intérieurs (item 12). Cette dimension s’avère particulièrement discriminante durant l’adolescence, chez les jeunes adultes scolarisés et dans les contextes où l’individu vit éloigné de son cadre familial d’origine.
6. Cadre théorique
L’architecture de la MSPSS s’ancre à la croisée de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie sociale, de la psychologie cognitive et de la théorie de l’attachement.
6.1. Le modèle tampon du stress (Buffering Hypothesis) de Cohen et Wills
L’un des fondements théoriques cardinaux de l’évaluation du soutien social perçu est le modèle élaboré par Sheldon Cohen et Thomas A. Wills (1985). Ces théoriciens ont opposé le modèle d’effet direct (selon lequel l’intégration sociale confère des bénéfices constants sur la santé, indépendamment du niveau de stress) et le modèle de l’effet tampon (buffering model). Selon cette seconde hypothèse, le soutien social perçu agit comme un mécanisme de protection psychosocial qui s’active particulièrement lorsque l’individu est confronté à des événements hautement menaçants. En percevant que des ressources externes bienveillantes sont immédiatement mobilisables, la personne réévalue cognitivement la menace (selon le modèle transactionnel de Richard Lazarus et Susan Folkman) : le stresseur apparaît moins accablant, prévenant ainsi le déclenchement d’une réponse neuroendocrinienne prolongée et la survenue de symptômes psychopathologiques.
6.2. La théorie de l’attachement de John Bowlby
La décomposition tripartite de la MSPSS trouve une résonance profonde dans la théorie de l’attachement de John Bowlby et Mary Ainsworth. Les « modèles internes opérants » (MIO) élaborés durant l’enfance structurent les attentes d’un individu quant à la disponibilité et à la réactivité d’autrui face à la détresse. Tandis que la sous-échelle « Famille » fait directement écho aux figures d’attachement primaires, la sous-échelle « Personne significative » reflète souvent le transfert des fonctions d’attachement vers un partenaire romantique ou une figure refuge adulte (concept de base de sécurité et de havre de sécurité). La sous-échelle « Amis » correspond quant à elle aux systèmes d’affiliation et de camaraderie, essentiels pour l’exploration et l’affirmation identitaire à l’adolescence et à l’âge adulte.
6.3. La perspective cognitive de Sarason et la spécificité des pourvoyeurs
Irwin G. Sarason et ses collègues ont démontré dès le début des années 1980 que le soutien social perçu s’apparente davantage à une disposition cognitive stable — une lentille perceptuelle ou un schéma d’aperception sociale — qu’à une pure photographie objective des transactions comportementales. Zimet et al. (1988) ont enrichi ce courant en postulant que l’évaluation du soutien n’est pas monolithique : les schémas cognitifs relatifs à la famille ne sont pas superposables à ceux relatifs aux pairs. En séparant nettement ces sources, la MSPSS intègre la notion de « complémentarité fonctionnelle » du réseau, selon laquelle différentes crises de vie requièrent différents types d’alliances relationnelles.
7. Validité
Les qualités métrologiques et la validité de la MSPSS ont fait l’objet d’investigations exhaustives dans un large éventail d’échantillons démographiques, allant d’étudiants universitaires nord-américains à des adolescents urbains défavorisés, des femmes enceintes, des vétérans militaires, des patients hospitalisés en psychiatrie et des personnes âgées.
7.1. Validité de construit
La validité de construit de la MSPSS a été établie initialement par Zimet et al. (1988) auprès d’un échantillon d’étudiants de premier cycle universitaire. L’analyse en composantes principales a mis en évidence trois facteurs distincts rendant compte de 80,1 % de la variance totale des scores, chaque item saturant fortement et exclusivement sur sa dimension cible (saturations factorielles oscillant entre 0,72 et 0,91). Cette structure a été confirmée ultérieurement par Zimet et al. (1990) auprès de populations plus diversifiées, confirmant que le construit sous-jacent est stable et ne souffre pas de redondance conceptuelle entre les sources.
7.2. Validité convergente et discriminante
La validité convergente est démontrée par des corrélations négatives statistiquement significatives entre les scores de la MSPSS et les échelles mesurant la symptomatologie dépressive (telles que le Beck Depression Inventory ou l’échelle CES-D) ainsi que l’anxiété (STAI de Spielberger). Dans l’étude princeps de Zimet et al. (1988), les scores totaux de soutien social étaient inversement corrélés aux symptômes dépressifs (r = -0,25, p < 0,01) et anxieux (r = -0,24, p < 0,01). Chez des populations cliniques ou des sujets sous fort stress, ces corrélations négatives atteignent fréquemment des magnitudes de r = -0,40 à r = -0,55.
Inversement, la validité convergente s’exprime par des corrélations positives robustes avec les mesures d’estime de soi (Échelle d’estime de soi de Rosenberg), d’affectivité positive, de satisfaction de vie (SWLS de Diener) et d’auto-efficacité perçue. Sur le plan discriminant, la MSPSS se distingue clairement des mesures de désirabilité sociale (telles que l’échelle de Marlowe-Crowne) avec des corrélations faibles (habituellement r < 0,15), démontrant que les réponses des sujets ne sont pas simplement le produit d’un biais d’auto-présentation favorable.
7.3. Validité prédictive et transculturelle
Dans des études longitudinales, les scores à la MSPSS prédisent avec précision la trajectoire de rétablissement psychiatrique après un premier épisode psychotique ou un épisode dépressif caractérisé, ainsi que l’adhérence aux traitements antiviraux ou antinéoplasiques. Les versions validées en français, espagnol, chinois, turc, arabe ou portugais attestent d’invariances de mesure métriques et scalaires rigoureuses, confirmant l’universalité du découpage tridimensionnel du soutien social.
8. Fidélité
La fidélité de l’instrument a été documentée tant sous l’angle de l’homogénéité interne (cohérence interne) que sous celui de la stabilité temporelle (test-retest).
8.1. Cohérence interne
Dans la publication originale de Zimet et al. (1988), les coefficients alpha de Cronbach calculés sur l’ensemble de l’échantillon étaient exceptionnellement élevés :
- Échelle globale (Total MSPSS) : α = 0,88
- Sous-échelle « Personne significative » (Significant Other) : α = 0,91
- Sous-échelle « Famille » (Family) : α = 0,87
- Sous-échelle « Amis » (Friends) : α = 0,85
Dans l’étude de réplication menée par Zimet, Powell, Farley, Werkman et Berkoff (1990) auprès de trois cohortes distinctes (étudiants universitaires, femmes enceintes et adolescents en clinique psychiatrique), les coefficients alpha de Cronbach pour le score global ont oscillé entre 0,85 et 0,93. Chez les adolescents urbains, Canty-Mitchell et Zimet (2000) ont rapporté des alphas de 0,93 pour le score total, 0,91 pour le soutien de la personne significative, 0,87 pour le soutien familial et 0,89 pour le soutien des amis. Les corrélations item-total corrigées dépassent presque systématiquement le seuil de 0,60 pour tous les items, soulignant l’excellente homogénéité du construit.
8.2. Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été initialement évaluée sur un sous-échantillon d’étudiants réévalués après un intervalle de 2 à 3 mois (Zimet et al., 1988). Les coefficients de corrélation produit-moment de Pearson ont confirmé une robustesse remarquable dans le temps :
- Score total : r = 0,85
- Sous-échelle « Personne significative » : r = 0,72
- Sous-échelle « Famille » : r = 0,85
- Sous-échelle « Amis » : r = 0,75
Ces indices numériques indiquent que, bien que la perception du soutien puisse légitimement fluctuer lors de transitions majeures d’existence, elle présente une inertie dispositionnelle substantielle sur des périodes de plusieurs semaines à plusieurs mois.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle de la MSPSS représente l’un de ses points forts méthodologiques les plus largement confirmés par la littérature psychométrique contemporaine.
9.1. Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Dans l’étude inaugurale de Zimet et al. (1988), une analyse factorielle exploratoire avec extraction en composantes principales et rotation orthogonale (Varimax) a été conduite. Les critères d’arrêt d’extraction (critère de Kaiser des valeurs propres supérieures à 1 et test d’éboulis de Cattell) ont catégoriquement désigné une solution à trois facteurs. Les valeurs propres (eigenvalues) étaient de 4,79 pour le facteur « Personne significative », 2,86 pour le facteur « Famille », et 1,96 pour le facteur « Amis », expliquant cumulativement 80,1 % de la variance totale.
Les saturations factorielles (factor loadings) après rotation étaient remarquablement pures :
- Les items 1, 2, 5 et 10 ont saturé sur le premier facteur (« Personne significative ») à des niveaux compris entre 0,84 et 0,91, avec des saturations croisées sur les autres facteurs n’excédant pas 0,18.
- Les items 3, 4, 8 et 11 ont saturé sur le deuxième facteur (« Famille ») à des niveaux compris entre 0,77 et 0,89, avec des saturations croisées minimales.
- Les items 6, 7, 9 et 12 ont saturé sur le troisième facteur (« Amis ») à des niveaux compris entre 0,72 et 0,84.
9.2. Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Depuis le début des années 2000, de nombreuses études ont soumis la MSPSS à des analyses factorielles confirmatoires utilisant la modélisation par équations structurelles (SEM). Les modèles concurrents comparés incluent systématiquement :
- Un modèle unidimensionnel à 1 facteur (hypothèse d’un soutien social général indifférencié) ;
- Un modèle bidimensionnel opposant le soutien familial au soutien extra-familial (amis et personne significative regroupés) ;
- Le modèle tridimensionnel théorique originel à 3 facteurs corrélés (Famille, Amis, Personne significative) ;
- Un modèle hiérarchique ou bifactoriel (un facteur général de soutien social et trois facteurs spécifiques).
Les indices d’ajustement globaux obtenus dans la quasi-totalité des études transculturelles et cliniques démontrent la supériorité éclatante du modèle tridimensionnel à 3 facteurs corrélés :
- Indice de comparabilité de Bentler (Comparative Fit Index, CFI) > 0,95 (couramment entre 0,96 et 0,99).
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,95.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (Root Mean Square Error of Approximation, RMSEA) < 0,06 (généralement entre 0,035 et 0,055 avec un intervalle de confiance à 90 % étroit).
- Résidu standardisé quadratique moyen (Standardized Root Mean Square Residual, SRMR) < 0,04.
Les corrélations inter-facteurs entre les trois dimensions oscillent généralement entre r = 0,35 et r = 0,60, confirmant que bien que ces trois sources partagent une composante d’évaluation sociale commune, elles constituent des entités psychologiques irréductibles les unes aux autres.
10. Instrument de mesure
L’administration et la cotation de la MSPSS obéissent à des règles standardisées simples :
- Type de test : Questionnaire auto-rapporté d’évaluation psychosociale (self-report inventory).
- Nombre d’items : 12 propositions rédigées à la première personne du singulier sous forme affirmative.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 7 échelons de désaccord/accord progressif :
1 = Very Strongly Disagree(Pas du tout d’accord)
2 = Strongly Disagree(Fortement en désaccord)
3 = Mildly Disagree(Légèrement en désaccord)
4 = Neutral(Neutre)
5 = Mildly Agree(Légèrement d’accord)
6 = Strongly Agree(Fortement d’accord)
7 = Very Strongly Agree(Tout à fait d’accord) - Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes pour un adulte ou un adolescent autonome.
- Règles d’inversion des items : Aucun item n’est inversé. Tous les énoncés sont orientés positivement, ce qui élimine les erreurs de cotation couramment observées lors de l’inversion d’items dans des populations vulnérables.
- Sous-échelles et calcul des scores :
- Sous-échelle « Personne significative » (Significant Other) : Items 1, 2, 5 et 10. Calcul du score moyen en sommant les points et en divisant par 4 (score compris entre 1 et 7).
- Sous-échelle « Famille » (Family) : Items 3, 4, 8 et 11. Calcul du score moyen en sommant les points et en divisant par 4 (score compris entre 1 et 7).
- Sous-échelle « Amis » (Friends) : Items 6, 7, 9 et 12. Calcul du score moyen en sommant les points et en divisant par 4 (score compris entre 1 et 7).
- Score total global (Total Support) : Somme des 12 items divisée par 12 (score moyen compris entre 1 et 7). Certains chercheurs emploient également la somme brute (score variant de 12 à 84).
- Directives d’interprétation clinique : Bien que les seuils puissent varier selon les populations de référence, les auteurs recommandent traditionnellement la stratification suivante basée sur le score moyen (global ou par sous-échelle) :
- Score moyen de 1,0 à 2,9 : Niveau de soutien perçu faible (indicateur d’isolement ou d’aliénation sociale).
- Score moyen de 3,0 à 5,0 : Niveau de soutien perçu modéré.
- Score moyen de 5,1 à 7,0 : Niveau de soutien perçu élevé (bonnes ressources psychosociales perçues).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
La Multidimensional Scale of Perceived Social Support a été publiée pour la première fois en 1988 par le Dr Gregory D. Zimet et son équipe dans le Journal of Personality Assessment.
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : La MSPSS est considérée comme un instrument relevant du domaine public académique pour la recherche clinique, scientifique et pédagogique non commerciale. L’auteur principal, le Pr Gregory D. Zimet, a expressément mis l’échelle à la disposition de la communauté scientifique sans exiger de redevance ni d’autorisation formelle préalable pour un usage universitaire standard, à condition que la citation bibliographique princeps de 1988 soit rigoureusement mentionnée.
- Tarification : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont entièrement gratuits (aucun frais de licence, d’abonnement ou de copyright pour les chercheurs et praticiens).
- Utilisation commerciale : Tout déploiement commercial ou intégration au sein d’une plateforme propriétaire à but lucratif requiert l’accord préalable explicite des auteurs originaux ou des titulaires de droits de l’article princeps (Taylor & Francis / Routledge).
12. Références
Canty-Mitchell, J., & Zimet, G. D. (2000). Psychometric properties of the Multidimensional Scale of Perceived Social Support in urban adolescents. American Journal of Community Psychology, 28(3), 391–400. https://doi.org/10.1023/A:1005109522457
Cohen, S., & Wills, T. A. (1985). Stress, social support, and the buffering hypothesis. Psychological Bulletin, 98(2), 310–357. https://doi.org/10.1037/0033-2909.98.2.310
Dahlem, N. W., Zimet, G. D., & Walker, R. R. (1991). The Multidimensional Scale of Perceived Social Support: A study of ethnic and gender differences. Journal of Personality Assessment, 57(2), 261–271. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa5702_6
Denis, A., Callahan, S., & Bouvard, M. (2015). Évaluation du soutien social perçu : Adaptation française de la Multidimensional Scale of Perceived Social Support (MSPSS). Annales Médico-Psychologiques, 173(4), 331–336. https://doi.org/10.1016/j.amp.2013.10.020
Sarason, I. G., Levine, H. M., Basham, R. B., & Sarason, B. R. (1983). Assessing social support: The Social Support Questionnaire. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 127–139. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.127
Zimet, G. D., Dahlem, N. W., Zimet, S. G., & Farley, G. K. (1988). The Multidimensional Scale of Perceived Social Support. Journal of Personality Assessment, 52(1), 30–41. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa5201_2
Zimet, G. D., Powell, S. S., Farley, G. K., Werkman, S., & Berkoff, K. A. (1990). Psychometric characteristics of the Multidimensional Scale of Perceived Social Support. Journal of Personality Assessment, 55(3-4), 610–617. https://doi.org/10.1080/00223891.1990.9674095
13. Questions et items du questionnaire
Instructions: We are interested in how you feel about the following statements. Read each statement carefully. Indicate how you feel about each statement.
Response Scale:
Circle the « 1 » if you Very Strongly Disagree
Circle the « 2 » if you Strongly Disagree
Circle the « 3 » if you Mildly Disagree
Circle the « 4 » if you are Neutral
Circle the « 5 » if you Mildly Agree
Circle the « 6 » if you Strongly Agree
Circle the « 7 » if you Very Strongly Agree
- There is a special person who is around when I am in need. [SO]
- There is a special person with whom I can share my joys and sorrows. [SO]
- My family really tries to help me. [Fam]
- I get the emotional help and support I need from my family. [Fam]
- I have a special person who is a real source of comfort to me. [SO]
- My friends really try to help me. [Fri]
- I can count on my friends when things go wrong. [Fri]
- I can talk about my problems with my family. [Fam]
- I have friends with whom I can share my joys and sorrows. [Fri]
- There is a special person in my life who cares about my feelings. [SO]
- My family is willing to help me make decisions. [Fam]
- I can talk about my problems with my friends. [Fri]